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Jeanne et les Post-Humains : le Transhumanisme en question

La soirée débat organisée le 22 mai dernier à Neuilly dans le cadre des manifestations qui ont jalonné les 20 ans de la Fondation Lejeune, sur le thème : « Quelle place pour l’homme ‘diminué’ dans une humanité ‘augmentée’ ? » a donné lieu, en fin de soirée, à la représentation de la nouvelle pièce de théâtre de Fabrice Hadjadj : Jeanne et les post-humains.

« Ils perdent l’essentiel et ignorent ce qu’ils ont perdu : le sens des choses » St Exupéry

Avec Jeanne et les post-humains, le philosophe Fabrice Hadjadj nous projette dans un monde ultra-technologique, et désincarné, dont la réalisation est l’objectif du transhumanisme. Le projet de ce courant idéologique est de créer une nouvelle condition humaine « libérée » de la mort, de la vieillesse, de la maladie, du fardeau de la grossesse et des imperfections…

L’histoire est celle de Jeanne, une jeune caissière qui travaille dans une filiale du cybermarché Ark-Market. Dans ce monde idéal, tout est sous contrôle : les bébés se développent à l’extérieur du corps de la femme, la sexualité se joue en réseau sur une playbox qui permet aux citoyens de réaliser tous leurs fantasmes, et la reproduction sexuée est considérée comme  archaïque, basse, vulgaire, indigne de la femme, ignoble pour les enfants et dévalorisante pour la société. C’est dans ce monde que Jeanne va tomber enceinte de manière scandaleusement naturelle de Valentin 608, un de ses collègues de travail.

Cette recrudescence de « primitivité » va bouleverser le schéma de pensée et le mode d’être unique, qui règnent dans la Démocratie mondiale. Deux experts, Vito 633 et Corolla 47, sont chargés de diagnostiquer la jeune femme (un diagnostic qui prend toutes les apparences d’un procès), afin de comprendre cet acte spontané, gratuit, simple, hasardeux… un acte outrageant et inadmissible dans un monde ou tout n’est que prévision, efficacité, optimisation et possibilités. La gratuité, la spontanéité, la confiance qui se passe de calcul et de prévisions, ce qui ne s’explique ni ne se justifie, voilà désormais les « maladies » rares, des qualités dont le sens s’est perdu et qui, de fait, ne se comprennent plus que comme « anomalies » et « bugs ».

L’homme augmenté apparaît paradoxalement comme un homme réduit à ce qu’il est en mesure de comprendre, de contrôler et de posséder. Et c’est un enfant, non né encore, qui va déranger l’ordre établi et rappeler les démo-citoyens à une humanité refoulée. Car le diagnostic prénatal révèle que l’enfant que Jeanne porte est un « monstre ». N’ayant fait l’objet d’aucune modification génétique, il va naître handicapé. D’un handicap si lourd que rien ne permet de l’ « adapter au mieux » à son environnement et de le pourvoir de capacités supérieures.

Encore une fois, Jeanne surprend ses juges. Elle les implore de la laisser être la mère de cet enfant, et  invite ses interlocuteurs, et nous autres, spectateurs, à réfléchir à ce qui fait la valeur d’une vie. Aux yeux de Jeanne, l’enfant n’est pas seulement celui qui a besoin d’être sauvé, il est celui qui sauve. Il est l’imprévisible dans un monde programmé. Il est celui qui, parce qu’il dépend entièrement du cœur des autres, le dévoile.

La dialectique s’opère entre connu et inconnu, contrôle et abandon, utilité et gratuité, amour et haine,… Le processus de diagnostic dont Jeanne est l’objet  fini par révéler la maladie du monde dans lequel elle évolue, et sa personne par incarner un espoir : celle d’une humanité qui déborde toujours ses cadres, et qui, si elle peut être réduite, ne peut être détruite.

Fabrice Hadjadj nous invite à une réflexion sur les questionnements éthiques, civilisationnels et philosophiques de notre temps, qui se font toujours plus intenses à mesure que la science et les technologies progressent et se démocratisent, élargissant le champ des possibles : eugénisme, homme « augmenté », rapport à l’altérité… La question qu’il soulève n’est pas tant  « quel monde pouvons-nous créer ? », mais bien « quel monde voulons-nous créer ? », « dans quel monde voulons nous vivre ? »

source Gènéthique 11/06/2015

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