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Chine : nouveau centre mondial de l’espionnage de masse, partie 2

Introduction

Le monde voit émerger deux Internet distincts selon Eric Schmidt, ancien PDG de Google : un Internet chinois dirigé par Pékin et un Internet planétaire dirigé par les États-Unis. Actuellement, le Parti Communiste Chinois (PCC) utilise et perfectionne son réseau Internet en interne, mais l’expansion internationale de nouveaux produits et services haut de gamme asiatique commence à concurrencer le monopole de la Silicon Valley dans le monde. Cette ambition exportatrice subit des blocages des instances de régulations, des gouvernements et des services de renseignement occidentaux. Ils justifient leur méfiance des produits chinois à travers des soupçons d’espionnage de Pékin. Si le phénomène peut être tout à fait réel [cf. Partie 1], l’étonnante ampleur médiatique sur le sujet est suspecte : il s’agit avant tout d’une guerre économique pour empêcher la République populaire de Chine de voler les parts du fructueux et déterminant marché des smartphones et autres objets connectés.

Mais revenons à la politique intérieure. Grâce aux Big data, à l’intelligence artificielle et à la surveillance Web, le gouvernement chinois se dote d’une stratégie numérique à faire pâlir le startupper californien moyen. À tel point que la politique intérieure chinoise actuelle tend à la dystopie finale des romans de science-fiction de la première moitié du XXe siècle. Alors que l’on pensait avoir tout vu avec la NSA américaine, pieuvre de l’espionnage mondial, ce serait en Chine que les citoyens seraient les plus surveillés au monde et ceci de façon totalement transparente. Scan d’iris, reconnaissance faciale, intelligence artificielle, géolocalisation… les nouvelles technologies sont la pierre angulaire de la surveillance de masse chinoise, amenant au pré-crime (le crime déjoué avant son exécution !) et au conditionnement minutieux de la population. Les stages de rééducation et autre lavage de cerveau en cours ou à venir reconditionneront le Chinois frondeur avant même qu’il commence à dévier de la ligne du Parti. Cette seconde partie de notre dossier consacrée à l’espionnage chinois est à appréhender sous l’angle de l’avenir de toutes les sociétés humaines : le modèle de profilage ultra rationalisé que nous allons décrypter est plus ou moins présent partout où une connexion Internet est possible.

BATX > GAFA : la puissance des multinationales chinoises

Équivalent aux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) américains, les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) sont des entreprises chinoises tout aussi puissantes, sinon plus, en termes de prouesses technologiques et de valorisation boursière. Leurs atouts doivent être appréhendés sous l’angle démographique, car ces entreprises plutôt locales touchent une partie conséquente des individus peuplant le monde (à peu près 19 %, des 7,5 Mds d’êtres humains). L’empire du Milieu renferme effectivement 1,4 Mds d’individus dans le 3e pays le plus vaste au monde. Entre 2008 et le deuxième trimestre 2018, la Chine a vu son nombre d’internautes passer de 253 millions à 802 millions (57,7 % des Chinois sont connectés). Pour le moment, la stratégie des BATX se concentre donc sur cet immense marché intérieur chinois et touche des domaines vastes de la reconnaissance faciale et vocale aux problématiques d’intelligence artificielle.

Alors que le moteur de recherche Google est interdit en terres chinoises, c’est son équivalent local généré par la société Baidu qui est en haut du podium des moteurs de recherche utilisés en Chine. L’accès au Web chinois passe donc par lui. Il s’agit du quatrième site le plus visité au monde après Facebook, YouTube et Google. À l’instar du groupe US, Baidu investit dans la recherche sur l’intelligence artificielle et la voiture autonome. Huit années après avoir été banni de Chine, Google testerait une version de son moteur de recherche (nommée Dragonfly) conforme aux exigences de censure du Parti pour reconquérir le fructueux marché chinois (Deutsche Welle, 02/08/18). De quoi provoquer l’ire du progressiste démocrate, qui n’a toujours pas compris que le monde est régi par les droits de l’Homme d’affaires ; des centaines d’employés de Google ont effectivement signé une pétition contre ce retour en terre du Milieu. Ils n’ont pas dû bien comprendre pour qui ils travaillaient.

La plateforme e-commerce Alibaba compte aujourd’hui plus d’utilisateurs que son alter ego Amazon et propose également des services liés à l’achat en ligne, comme son propre moyen de paiement (Alipay) ou son cloud (Alicloud). L’introduction en bourse du Chinois avait fait grand bruit en 2014, avec une cotation plus élevée que le géant du e-commerce US ; Alibaba est 7e au rang des entreprises de l’économie numérique en termes de valorisation boursière. Le mastodonte chinois revendique aujourd’hui le leadership mondial du commerce en ligne en cumulant plus de transactions qu’eBay et Amazon réunis. Alibaba prépare d’ailleurs sa montée en puissance en Europe. Plusieurs fois numéro 1 du classement Forbes des milliardaires russes les plus fortunés, Alicher Ousmanov a récemment réorienté une partie de ses actifs occidentaux vers l’est de l’Eurasie ; il s’est retiré de Facebook pour s’engager avec Alibaba Group. Ce fondateur et actionnaire majoritaire d’USM Holdings possède Metalloinvest (poids lourds de la métallurgie russe), la maison d’édition Kommersant et détient également des actifs dans la Compagnie minière du Baïkal (BGK), ainsi que la majorité des parts du géant des télécoms Megafon et du mastodonte d’Internet Mail.ru.

Tencent est un géant du e-service et de la publicité sur Internet. Il propose des jeux (Honor of Kings), un réseau social (QQ), une messagerie (WeChat) et divers services digitaux (musique, paiement…). Lancée en janvier 2011, WeChat est devenue une des applications multiservices pour mobile les plus puissantes au monde. Tout-en-un, elle regroupe des services de paiements, d’e-commerce, de transport en commun… Elle est 7 fois plus rémunératrice que son alter ego américain WhatsApp, avec quasiment 1 Md d’utilisateurs actifs, principalement chinois, chaque mois (contre 2,1 milliards pour Facebook dans le monde), soit plus que l’ensemble de la population européenne (Géoéconomie n° 82, juin-juillet 2017, p.58 et p.64). Tencent a effectivement détrôné le rival Facebook (également banni du territoire chinois depuis 2009) pour rentrer dans le top dix mondial en devenant l’entreprise la plus valorisée en bourse dans le domaine des réseaux sociaux (540 Mds $ de capitalisation).

Et enfin, Xiaomi, le « Apple asiatique», est la 2e startup la plus valorisée en bourse après Uber. La société produit des smartphones, des télévisions, des objets connectés, et a l’avantage de proposer des prix plus abordables que la marque à la pomme. Investissant dans le domaine de la maison connectée (ampoules connectées à la voix et autres volets connectés à venir), un partenariat avec le suédois Ikea a été annoncé en décembre 2018 pour le marché chinois d’abord et dans le reste du monde ensuite.

Relevons également l’assise des Chinois SenseTime ou encore Face++, qui a battu les meilleures équipes de Google, Microsoft et Facebook lors du concours de reconnaissance d’images COCO 2017. L’entreprise chinoise de logiciels de reconnaissance vocale iFlyTek a également supplanté tous les Américains de DeepMind (Google), Facebook et Watson (IBM) dans le traitement du langage naturel. La traduction instantanée de la parole dans n’importe quelle langue est l’objectif à atteindre pour cette société. Sur le top 10 des entreprises des nouvelles technologies les plus puissantes du monde, 6 sont américaines (Amazon, Alphabet-Google, Microsoft, Apple, Boeing, et Berkshire Hathaway) et 4 sont chinoises (Tencent, Alibaba, Ping An Insurance et ICBM finance).

Vous l’avez compris, la stratégie chinoise paye : l’émergence de ces multinationales technologiques a été réalisable grâce à l’expulsion pure et simple de l’écrasante concurrence américaine. Allez dire cela au sbire d’État français chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, et à ses maîtres européens.

Le Big data chinois

Rappelons que l’État central chinois doit gouverner un cinquième de la démographie planétaire au sein de ses frontières. Ceci lui donne un avantage non négligeable sur les États-Unis, avec un plus grand réservoir de données et peu d’obstacles (consenti et imposé) à leur captation. Bien que l’utilisation du smartphone soit courante en Occident, la population chinoise en a un usage supérieur, pour payer des factures, réserver des services, louer des biens et bien d’autres (Diplomatie Les grands dossiers n° 45, juin-juillet 2018, p.17). 65 % des internautes utilisent leur smartphone pour payer leurs achats dans la vie réelle (11 fois plus que les Américains), pour leurs courses par exemple et ce même dans les petites villes. Des startups d’intelligence artificielle et d’O2O (online-to-offline, système incitant les consommateurs dans un environnement numérique à faire des achats auprès d’entreprises physiques) émergent en masse.

Des atouts supplémentaires sont également à relever. Alors que la masse du Big data est généralement fragmentée à travers diverses plateformes et entreprises en Occident, des géants asiatiques comme Tencent ont réussi à créer des écosystèmes unifiés qui centralisent en un seul endroit la totalité des données d’un utilisateur. Des centaines de millions de caractéristiques comportementales d’un utilisateur peuvent donc être soumises à l’analyse algorithmique pour un profilage chirurgical. Des objets connectés supplémentaires, moins présents à l’Ouest, comme les vélos en libre-service (Ofo ou le Mobike) donnent des éléments supplémentaires aux entreprises chinoises pour exploiter les déplacements de chacun et ainsi cartographier les habitudes du citoyen (travail, loisir, supermarché…). Ceci, couplé à la reconnaissance faciale, donne la possibilité de faire correspondre le comportement des utilisateurs en ligne à leur monde physique.

La Chine, prochaine superpuissance de l’intelligence artificielle?

La croissance techno-scientifique chinoise

La Chine a fait de la puissance technologique un axe stratégique de développement et compte être à l’avant-garde de la quatrième révolution industrielle avec le programme Made in China 2025. Le projet lancé en 2013 se concentre sur la numérisation et la robotisation de l’industrie et de la société en général. Il s’agit du pendant asiatique de l’industrie 4.0 allemande, concept que nous avions traité dans un article précédemment. Il s’agit dorénavant de promouvoir l’innovation en terre du Milieu. Made in China 2025 a notamment pour ambition de doper le secteur des nouvelles technologies de l’information, des machines-outils à commande numérique, des robots, du matériel aéronautique et aérospatial, des équipements d’ingénierie océanique et de navires high-tech, des équipements ferroviaires, des véhicules à énergie nouvelle, des nouveaux matériaux, de la biologie pharmaceutique et des produits médicaux avancés, etc. Ceci représente environ 40 % de la capacité manufacturière du pays.

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En juillet 2017, l’intelligence artificielle a été annoncée comme le moteur de la stratégie officielle émise par le Conseil d’État chinois. L’objectif est d’atteindre le leadership mondial de l’intelligence artificielle d’ici 2030, possible grâce à une culture profondément rationaliste qui limite les débats éthiques et les régulations que l’on peut voir en Occident. L’intelligence artificielle, qui sert notamment à automatiser le travail, imprègnera tous les domaines à partir de 2020 ; de la sécurité nationale aux armes autonomes, en passant par la santé et la smart city (ville intelligente utilisant les technologies de l’information et de la communication). Un rapport de CB Insights relève qu’en 2017, la Chine a accueilli 48 % des capitaux mondiaux investis dans l’intelligence artificielle, contre 38 % pour les USA et 13 % pour le reste du monde (Diplomatie – Les grands dossiers n° 47, octobre-novembre 2018, p.64).

La Chine a-t-elle déjà supplanté les USA en matière d’intelligence artificielle ?

Pour atteindre ses objectifs, Pékin s’est déjà doté d’un budget annuel de 22 Mds $ pour devenir leader de l’intelligence artificielle dès 2030, chiffre qui doit passer à 59 Mds $ d’ici 2025. Son objectif est de mettre sur pied d’ici une dizaine d’années une industrie de l’intelligence artificielle d’une valeur de 150 Mds $ pour devenir le premier centre d’innovation mondial d’ici 2030. Cette stratégie pourrait permettre une croissance du PIB chinois de 26 % d’ici cette échéance.

La compétition entre les États-Unis et la Chine est particulièrement féroce dans le champ de scientifique. Selon le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres), la République populaire talonne le géant américain dans ce domaine et s’impose même dans les nouveaux secteurs stratégiques. Alors que Pékin ne représentait qu’à peine 1 % des publications scientifiques mondiales en 1980, elle en génère 16,6 % en 2015 contre 20 % pour Washington. L’empire du Milieu se distingue particulièrement en mathématiques dans ses publications à hauteur de 19 %, contre 16 % pour les Américains en 2015. Dans le domaine de l’intelligence artificielle, elle est déjà en tête de file en termes de publications : 7 691 articles scientifiques ont été publiés en 2016 contre 6 345 aux USA et 2 570 au Japon.

La Chine a également atteint la deuxième place mondiale des dépenses en R&D (408,8 Mds $ dépensés en 2015 soit 21 % des dépenses totales mondiales) après les USA (26 % des dépenses totales mondiales). Entre 2000 et 2015, ces dépenses ont augmenté à un rythme moyen de 18 % par an en Chine, soit quatre fois plus qu’aux États-Unis (croissance de 4 % par an). L’empire du Milieu dépose le plus de brevets au monde et la part consacrée à la R&D par citoyen est la plus importante au monde (Diplomatie Les grands dossiers n° 44, avril-mai 2018, p.26). La formation de la main-d’œuvre chinoise est également en expansion avec un nombre de diplômés des sciences ou de l’ingénierie qui s’élève à 1,65 million en 2014 (359 000 seulement en 2000), contre 742 000 aux États-Unis (483 000 en 2000). Ces chiffres sont toujours à mettre en perspective avec la forte population chinoise.

Washington est particulièrement inquiet de l’usage militaire de l’intelligence artificielle chinoise. En réponse, le président exécutif d’Alphabet (holding de Google) a été nominé au Département de la Défense US (Conflits n° 17, avril-mai-juin 2018, p.59). Effectivement, la Chine pourrait devenir le leader mondial de l’intelligence artificielle plus tôt que prévu et cela provoque des frayeurs. En 2017, elle a plus investi dans des startups spécialisées dans l’intelligence artificielle que les États-Unis, selon une étude du cabinet CB Insight (février 2018). Un rapport du US House Oversight and Reform IT Subcommittee a suggéré que le pays asiatique allait dépasser les USA en termes de dépenses en R&D sur l’intelligence artificielle en fin 2018.

Des limites technologiques majeures

Mais les prouesses technologiques chinoises restent à relativiser. Contrairement aux apparences, la Chine est encore loin de s’émanciper de la technologie américaine. Paradoxalement, ce pays leader mondial en termes de nombre de brevets déposés se fournit en puces électroniques haut de gamme chez les Américains, à hauteur de 90 % ! Ces puces made in USA sont utilisées pour les équipements chinois, notamment pour les infrastructures critiques. De même, plus de 90 % des systèmes centraux des industries clefs nationales (banque, énergie) fonctionnent avec Microsoft comme système d’exploitation. L’Internet mobile chinois est également divisé, comme partout ailleurs, entre Android (Google) et iOs (Apple), qui détiennent respectivement 87,2 % et 12,4 % du marché.

Selon l’Indice de développement des TIC de l’Union internationale des télécommunications, la Chine se classe à la 80e position mondiale en 2017 (note de 5,6) en termes de performances par rapport à l’infrastructure, à l’usage et aux compétences dans les TIC. Loin derrière les USA (8,18), le Japon (8,43) ou la Corée du Sud (8,85). Au niveau de l’indice de la cybersécurité, la Chine est à la 32e position mondiale, largement dépassée par les USA (2e) ou la France (8e).

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le PCC a du mal à s’émanciper de la technologie américaine à l’instar de nous autres ici-bas : un vrai problème stratégique pour nos sécurités nationales respectives. La Chine est d’ailleurs une cible de choix pour des pirates informatiques malveillants ; le pays étant souvent utilisé comme proxy pour des attaques informatiques contre d’autres pays, selon l’ancien DG de la DGSE, Bernard Barbier (Diplomatie Les grands dossiers n° 45, juin-juillet 2018, p.85, 86 et 87).

L’Internet chinois est un intranet

Le « Grand Firewall de Chine », soit la surveillance numérique gérée par le ministère de la Sécurité publique, a émergé dès 1998 pour assurer un contrôle strict du cyberespace chinois par blocage d’adresse IP, filtre DNS et URL. Les sites et autres applications largement développés dans le monde (YouTube, Facebook, WhatsApp, Telegram…) sont interdits en Chine et intelligemment remplacés par des équivalents locaux (WeChat, YouKu, WeiBo…). Aujourd’hui, tout contenu Web jugé trop éloigné des « valeurs socialistes fondamentales » peut être supprimé par l’agence gouvernementale China Netcasting Services Association. Les éléments concernant la religion ou une vision négative de la Chine peuvent être également concernés, ainsi que « les insultes à l’encontre du pays, le langage grossier, le contenu religieux, la violence explicite, toute référence sexuelle implicite ou explicite (y compris l’homosexualité et les vidéos éducatives), tout contenus abordant les jeux d’argent, la drogue, le tabagisme, et les vidéos montrant la mort d’espèces animales en voie de disparition ».

Alors que le cyberespace bouleverse la souveraineté territoriale des pays en permettant des échanges transfrontaliers quasi instantanés, la Chine a réalisé un tour de force inédit en y transposant ses frontières nationales. Cette ambition a réintroduit la régulation du Parti dans l’espace numérique chinois. Leur réseau Internet est donc conçu comme un Intranet construit autour de plusieurs points de connexion contrôlant les flux venant du cyberespace mondial. Il s’agit donc d’une nouvelle forme de frontière néanmoins pénible à maintenir au vu de la rapidité de circulation des données.

En évitant les câbles sous-marins passant par les États-Unis et permettant l’accès à Internet, Pékin s’affranchit petit à petit de la domination de ces derniers en déployant des câbles vers l’Europe, notamment par le Sud en contournant la Russie. Évoquons rapidement le câble sous-marin SeaMeWe 5, qui connecte l’Asie, le Proche Orient et l’Europe ; il est opérationnel depuis le printemps 2018 grâce à un partenariat entre 20 opérateurs, dont les trois titans publics chinois des télécoms (China Unicom, China Telecom et China Mobile). Le PCC est très attentif à la problématique de ces câbles hautement stratégiques et compte bien étendre sa souveraineté dans ce champ précis.

câble SeaMeWe 5

Câble SeaMeWe 5 via Le dessous des cartes

En plus de la régulation des frontières numériques, la nouvelle régulation chinoise sur la cybersécurité, entrée en vigueur le 1er juin 2017, est un puissant outil de protection des données de la nouvelle économie numérique chinoise et du réseau d’infrastructures sécurisé. Depuis son adoption, les infrastructures et plateformes d’hébergement étrangères doivent se restructurer ou migrer obligatoirement vers un partenaire chinois, sous peine de fermeture. Certains services en ligne se voient donc obligés de stocker les données de leurs utilisateurs sur le territoire communiste et donc collaborer de fait avec la ligne du Parti. Vu que les internautes chinois doivent révéler leur identité pour pouvoir poster des commentaires et participer à des forums en ligne, cette réglementation s’avère aussi être un outil de contrôle efficace de la population chinoise sur le territoire.

Skynet est chinois : la cybersurveillance du PCC

Pour arriver à de telles prouesses, les partenariats public-privé très intégrés s’avèrent une fois de plus être la stratégie la plus efficace pour les intérêts géoéconomiques d’un pays, au détriment des libertés individuelles dans ce cas. L’État central s’est doté d’un système anticorruption et de surveillance globale par reconnaissance faciale appelé Skynet. Dans le film américain Terminator, Skynet est le nom d’une intelligence artificielle créée pour automatiser la riposte nucléaire américaine en cas d’attaque. Cette intelligence artificielle s’automatise dans les différents films, pour finalement prendre le contrôle des missiles nucléaires et les lancer à tout va pour détruire l’humanité. On ne sait pas si les autorités chinoises avaient en tête cette drôle de référence au moment de baptiser leur système de surveillance, mais le parallèle mérite réflexion. Présent dans 16 provinces et villes chinoises, Skynet permet de repérer tout contrevenant, et ce jusqu’aux toilettes publiques de certaines villes sous vidéosurveillance pour éviter l’usage déraisonnable du papier (Diplomatie Les grands dossiers n° 45, juin-juillet 2018, p.18).

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Dans le cadre de l’opération Colombe, plus de 30 agences gouvernementales et militaires chinoises utilisent des drones en forme de pigeons dans au moins cinq provinces (notamment dans la région sensible du Xinjiang). Ces oiseaux-espions mesurent environ 50 centimètres, pèsent 200 grammes, ont la capacité de voler à 40 km/h pendant 30 minutes et sont munis d’un GPS et d’une caméra haute définition. Le drone ressemble de très près à un véritable oiseau avec 90 % de mouvements similaires. L’objectif final de ces tests vise à créer une nouvelle génération de drones d’apparence animale. Le marché mondial des animaux bioniques est déjà estimé à 1,54 Md $.

Dans les lieux publics chinois, un visage est immédiatement identifié par « l’Œil céleste », le bien nommé système de reconnaissance faciale. D’ici 2020, le gouvernement prévoit sur le territoire 570 millions voire 626 millions de caméras dotées d’un système identifiant en temps réel un modèle de voiture, d’habit, de sexe et d’âge d’un individu. La carte d’identité fait le lien avec le visage de l’individu filmé, avec sa voiture, en suivant ses mouvements sur plusieurs jours, en enregistrant les personnes avec qui il est entré en contact, etc. S’il s’agit d’un criminel recherché, une alarme est déclenchée et toutes les données du belligérant en question sont visibles. Aux dernières nouvelles, le pays était équipé de 176 millions de caméras de surveillance (42 % du marché mondial), soit un des réseaux les plus conséquents et sophistiqués de la planète. Un exemple de son efficacité : en seulement sept minutes, le réseau de surveillance de Guiyang, dans la province du Ghizhou, a permis de retrouver un individu recherché sur la base d’une simple photo.

De la sécurité publique au paiement en caisse automatique, la reconnaissance faciale se déploie massivement à travers un des systèmes de vidéosurveillance les plus vastes au monde. La police ferroviaire chinoise est actuellement équipée de lunettes de reconnaissance faciale pour lutter contre la criminalité. La République populaire de Chine veut prévenir le crime et à terme le prédire avant qu’il ne se produise : en partenariat avec l’entreprise CloudWalk, la police chinoise teste un système de surveillance et une intelligence artificielle capable de prévoir les délits. Des systèmes similaires de détection de visages et d’analyse de comportements sont également déjà utilisés depuis plusieurs années dans de grandes villes comme Milan ou Los Angeles.

À Shenzhen, le visage des piétons traversant au rouge apparaît sur un écran géant au coin des carrefours et les contrevenants doivent s’acquitter d’une amende. Des startups locales comme SenseTime, Megvii ou Yitu Tech ont mis au point des systèmes de reconnaissance faciale automatique avec des bases de données qui regroupent 700 millions de visages de Chinois âgés de plus de 16 ans et possédant une carte d’identité. Ils permettent des paiements dématérialisés dans les aéroports, les supermarchés, les banques… Megvii et SenseTime ont directement accès aux données récoltées par le gouvernement et vice-versa. Il y a quatre ans, cette dernière société a lancé Viper, un logiciel de reconnaissance faciale dédié au fructueux marché de la surveillance. Il promet d’identifier des individus dans la rue ou au volant de leur voiture avec un taux d’erreur de 0,001 %. Du jamais vu. Dans le domaine de l’intelligence artificielle, SenseTime est la startup la plus valorisée au monde (4,5 Mds $ en 2018).

Et Pékin n’est jamais à court de bonnes idées. Un nouveau logiciel de surveillance de la société Watrix permet de reconnaître des individus dans la rue par la simple analyse de leur démarche (fonctionnel dans un rayon de 50 mètres même le visage couvert). L’outil serait en deçà des performances de la reconnaissance faciale, mais une combinaison des deux méthodes serait intéressante. Le PCC exploite par ailleurs un outil qui lui a déjà permis d’identifier un suspect dans une foule de 60 000 personnes assistant à un concert.

Le pays compte aujourd’hui parmi les plus grandes banques du monde, sous la tutelle du gouvernement populaire qui peut profiler les flux monétaires. Avec son smartphone, scanner un QR code pour régler ses paiements est désormais une norme dans le pays. Alors qu’il était utilisé à 60 % en 2010, l’argent liquide ne devrait plus représenter que la moitié de ce chiffre d’ici 2020. L’absence de cash permettra de tracer le moindre achat. Une mine d’or pour l’intelligence artificielle et les pirates informatiques motivés à subtiliser des informations.

Le contrôle social par la technologie

La vie privée, la confidentialité jusqu’aux émotions les plus élémentaires des individus sont mises sous contrôle. En mars, l’école Hangzhou Number 11 High School, située dans l’est de la Chine, a installé un système de reconnaissance faciale dans une salle de classe pour surveiller ses élèves. Toutes les 30 secondes, trois caméras situées à l’avant de la salle balaient les visages pour déterminer les sentiments de chaque individu (surpris, triste, antipathique, heureux, neutre…). Les caméras enregistrent aussi les actions des élèves, s’ils sont en train de lire, d’écouter, d’écrire, de s’appuyer sur le bureau, etc. L’œil intelligent avertit alors l’enseignant en temps réel s’il remarque qu’un élève semble distrait. D’autres salles de classe de cet établissement devraient être équipées de cette technologie.

Pékin soutiendrait également des projets de lecture du cerveau pour détecter les changements dans les états émotionnels chez des employés de la chaîne de production, de l’armée et des trains à grande vitesse. Ces travailleurs chinois seraient connectés à une technologie de surveillance émotionnelle par le biais de capteurs sans fil placés dans les casques et casquettes. Capable d’enregistrer et d’étudier les ondes cérébrales, le secteur privé peut s’en servir pour surveiller les niveaux de stress des travailleurs pour ajuster leurs flux de production/pause et ainsi optimiser leur efficacité. Frederick W. Taylor aurait crié au génie.

En cours de test, un système de crédits sociaux évaluant la fiabilité des individus doit être promu par l’État en 2020. L’algorithme de notation citoyenne s’appuiera sur l’analyse du Big data des comportements numériques de la population chinoise. Depuis 2014, le PCC met au point ce système de notation des citoyens : de la note du citoyen découlera l’accès aux services publics. Pleinement opérationnel et obligatoire d’ici 2020, le « Système de crédit social » (SCS) doit collecter les données de tous les internautes chinois sur tous les sujets, du respect du Code de la route aux commentaires en ligne. Chaque citoyen se verra attribué une note allant jusqu’à 1 000 maximum, qualifiant la confiance et le bon comportement qu’il suscite : « Mal s’occuper de ses enfants, 50 points en moins. Critique ou diffamation du parti sur les réseaux sociaux, 100 points de perdus. En revanche le bénévolat rapporte 10 points. Et si le parti vous reconnaît comme citoyen modèle, on en gagne 100 ». Mal garer un vélo, fumer dans un espace public ou être grossier peuvent également être des critères de notation. Autocensure et délation garanties.

Les personnes les mieux notées auront un accès facilité aux services publics et privés, tandis que les plus mauvais élèves pourront se voir interdire de voyager en première classe, de partir à l’étranger, d’envoyer leurs enfants dans les meilleures écoles, d’accéder à une promotion quelconque… Il en est de même pour les entreprises, qui peuvent se voir interdire l’émission d’obligations par exemple si elles dévient des règles du PCC. Le gouvernement justifie ce plan par la lutte contre la fraude et la corruption qui gangrènent le pays. Un tel système fonctionnera en exploitant les mécanismes du jeu, tels que les scores et les comparaisons entre collègues et amis, pour devenir un insidieux, mais très puissant instrument de contrôle social.

L’utilisation du SCS pourrait en fait avoir commencé il y a déjà plusieurs années. Effectivement, la Cour populaire suprême de Chine avait annoncé début 2017 que 6,15 millions de citoyens chinois avaient été interdits de prendre l’avion pour « des méfaits sociaux ». De plus, depuis 5 ans, entre 10 et 12 millions de Chinois ont été interdit d’acheter des billets d’avion ou de train à grande vitesse. Le but étant de contrôler les individus à travers leurs actions, et à plus long terme de façonner entièrement leur comportement (Diplomatie Les grands dossiers n° 45, juin-juillet 2018, p.20). Les citoyens n’ont évidemment aucun recours pour contester des allégations inexactes vu qu’un système judiciaire indépendant du Parti communiste est inexistant, contrairement à chez nous, où la justice peut juste être sous influence des lobbies et autres intérêts politiques.

Le SCS a été développé avec l’aide des données de sociétés privées comme Alibaba (le système de paiement Alipay), Tencent (pour une carte d’identité dématérialisée), Baidu (avec les datas compilées de ses clients) ou encore Baihe (application de rencontres). D’autres informations des tribunaux, de la police, des banques, des impôts ou des employeurs ont été utilisées. Le système de notation national chinois pourrait également inclure celui de Sesame Credit (filiale d’Alibaba), ou bien recréer son équivalent ; les notes établies par Sesame Credit sont issues de datas collectées en ligne et mesurent le degré de solvabilité de chacun (de 350 à 900 points). Plus la note de crédit Sésame d’un internaute est haute, plus il reçoit des cadeaux, des avantages et obtient facilement des emprunts. Plusieurs facteurs sont pris en compte pour fixer la note : la solvabilité, la capacité à remplir ses obligations contractuelles, la vérification des caractéristiques personnelles (adresse, téléphone, acquittement des taxes, conditions d’acquisition de diplômes…), les relations interpersonnelles en ligne et enfin le comportement et les préférences des utilisateurs : « quelqu’un qui joue à des jeux vidéo pendant dix heures par jour, par exemple, sera considéré comme un oisif » ; « quelqu’un qui achète souvent des couches sera probablement considéré comme un “parent”, qui sur la balance est plus susceptible d’avoir un sens de la responsabilité » déclarait Li Yingyun, directeur technologique de Sesame Credit.

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Des alternatives contre la censure de plus en plus limitées

Face au resserrement de la censure, les Chinois et étrangers sur place pouvaient encore il y a un an se connecter aux sites Internet du monde entier avec le cryptage et les réseaux privés virtuel VPN (Virtual Private Network). Mais fin 2017, le PCC a lancé un ultimatum aux compagnies de communication pour clôturer tout accès aux VPN au 1er février 2018. Tout ce qui a trait au chiffrement des communications est dorénavant banni en terre du Milieu, ou plutôt nécessite de disposer d’une autorisation officielle pour être commercialisé. Les VPN ne peuvent être qu’étrangers et les alternatives sur place ne peuvent être que très locales.

Depuis 2018, la nouvelle législation contraint toutes les communications à passer par des canaux autorisés par le PCC. La censure intervient à plusieurs niveaux : 1) le Grand Firewall de Chine qui censure les sites étrangers (s’ils ne passent pas par un VPN), 2) un filtrage des mots-clefs (textes et images analysées automatiquement) et 3) une censure manuelle avec des messages bloqués avant publication pour être contrôlés individuellement en fonction de certains mots-clefs. L’argumentaire justificatif utilisé par le gouvernement tourne autour de la sécurité nationale, la lutte contre les « rumeurs infondées » (fake news locales) et les influences extérieures jugées néfastes comme la pornographie, le terrorisme, les jeux d’argent, les incitations à la violence, l’homosexualité, etc.

Il est dit que la population chinoise serait sensible au maintien de l’ordre social quitte à sacrifier sa liberté d’expression. L’autocensure y serait importante avec des sujets peu abordés, même dans le cadre familial (Diplomatie Les grands dossiers n° 45, juin-juillet 2018, p.17 et 18). Mais le citoyen chinois, qui serait moins regardant sur la protection de sa vie privée par rapport à l’Occidental moyen, constate le renforcement de l’intrusion numérique du Parti. Une réelle opinion publique aurait émergé en Chine avec l’explosion des réseaux sociaux. On en sait encore peu, mais au vu du système dans lequel le pays est en train de s’enliser, on souhaite bien du courage aux récalcitrants.

Entre 2015 et 2017, 13 000 sites Web ont fermé en Chine et plus de 10 millions de comptes de réseaux sociaux en ligne ont été supprimés au cours des 3 dernières années par les autorités. En mai 2018, une importante campagne de clôture de sites considérés comme hors la loi débuta : 4 000 pages et 147 000 informations « nocives » ont été effacées en 3 mois. Un site Internet officiel (www.12339.gov.cn) donne également la possibilité aux Chinois de dénoncer un espion directement en ligne, ainsi que tout acte encourageant à la « subversion » ou au « renversement du système socialiste ».

Pour échapper aux griffes de la surveillance, les internautes chinois peuvent se tourner vers une autre alternative en vogue : la blockchain [cf. notre dossier sur les crypto]. En juillet 2018, le cas d’un article censuré sur des vaccins défectueux administrés à des bébés a défrayé la chronique. Le fabricant de médicaments Changchun Changsheng Biotechnology aurait violé les normes de fabrication de vaccin anti-DTC (diphtérie, coqueluche, tétanos) pour en vendre environ 252 600 de mauvaise qualité. Les incidents qui en ont découlé ont eu un impact populaire sur les réseaux sociaux (WeChat, Weibo) avant que toute référence soit supprimée. Les utilisateurs se sont donc tournés vers le réseau blockchain d’Ethereum pour contourner la censure. En avril dernier déjà, des étudiants activistes avaient utilisé ce réseau pour publier la lettre ouverte d’une étudiante menacée par son établissement afin de ne pas parler d’agression sexuelle et de harcèlement.

Le cas des Ouïghours : surveillance, punition, rééducation

Si à Zhengzhou ou Tiananmen, des robots mesurant 1m60 sont équipés de tasers et autres armes neutralisantes pour réprimer les individus jugés dangereux, la répression monte encore d’un cran dans certaines régions chinoises. Les Ouïghours, peuple turcophone et musulman sunnite localisés dans le Xinjiang, à l’extrême ouest du pays, sont particulièrement dans le viseur des autorités chinoises. Dans cette région, un algorithme d’une filiale du groupe China Electronics Technology permet aux autorités de procéder à des arrestations préventives. Il analyse des données de cartes d’identité, de plaques minéralogiques, d’images tournées par les caméras de vidéosurveillance ou encore des éléments concernant les mouvements bancaires, les données de santé, les connexions WiFi (téléphones, ordinateurs), les dossiers juridiques… À ceci s’ajoute le signalement des citoyens face à toute activité inhabituelle. Généralement utilisée à l’insu des individus surveillés, l’exploitation du Big data a notamment déjà amené à des arrestations et des placements dans des centres de rééducation politique extrajudiciaire.

Depuis 2010 déjà, les dispositifs sont de plus en plus invasifs dans cette région sensible du Xinjiang (vidéosurveillance avec reconnaissance faciale systématisée, traçage GPS des voitures, campagnes de fichage ADN systématisés, multiplication des camps de rééducation) où les activités des Ouïghours sont particulièrement surveillées (Diplomatie Les grands dossiers n° 45, juin-juillet 2018, p.95). Ceci est notamment dû au caractère séditieux de cette population (depuis au moins la fin des années 80) et plus récemment à cause des contingents de cette communauté qui se sont engagés avec l’État islamique en zone irako-syrienne. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’État central chinois n’y va pas de main morte.

Human Rights Watch (HRW) — ONG multinationale fondée par les Américains Robert L. Bernstein, Aryeh Neier, Jeri Laber et massivement financée par le financier György Schwartz dit Georges Soros — a publié en septembre 2018 le rapport « Éradiquer les virus idéologiques — Campagne de répression de la Chine contre les musulmans du Xinjiang ». Il contient les témoignages de cinq anciens détenus de centres de détention et de camps de rééducation chinois. Selon l’ONG, les prisonniers sont interrogés pendant plusieurs jours dans ces centres de détention, enchaînés sur une chaise, battus ou suspendus au plafond pour leur faire « avouer ». Les cellules de prison regroupent 24 à 35 personnes dans un espace de 12 m². Quant aux camps d’éducation politique, les captifs ne sont pas autorisés à communiquer dans leur langue maternelle, doivent parler le mandarin correctement sous peine de privation et sont contraints de prêter allégeance au président chinois Xi Jinping et au PCC à travers une discipline militaire. Motifs d’internement invoqués : pratiquer l’islam, avoir eu des relations avec des personnes vivant dans un des 26 pays (musulmans pour la plupart) sur la liste rouge de Pékin ou encore avoir installé l’application de messagerie instantanée WhatsApp ou un VPN sur son téléphone. Des décès suite à des tortures, par suicide ou faute d’avoir reçu les soins nécessaires à leur état de santé ont été signalés par HRW.

Le 11 août 2018, le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale annonçait que « l’affirmation selon laquelle 1 million d’Ouïghours seraient ou auraient été massivement détenus dans des camps en secret » est « crédible » et qu’ils subissaient des sévices corporels et « séances de propagande ». On n’est pas Charlie en Chine, notons bien.

Conclusion : la cybersurveillance est mondiale

Le système que nous avons décrit est aberrant. Les sociétés ouvertes de démocratie libérale ne peuvent initier de tels programmes ouvertement. Néanmoins, le terrorisme, les menaces et les peurs alimentés par du tapage médiatique sont régulièrement utilisés pour faire avancer lentement mais sûrement l’agenda de la surveillance généralisée « soft » en Occident. Il suffit de constater la diffusion de la biométrie, de la reconnaissance faciale, du pré-crime ou de la vidéosurveillance dans le monde pour s’en convaincre ; nous développerons ces points dans un prochain dossier.

La Chine commercialise déjà ses méthodes de censure à l’étranger pour que les pays demandeurs soient plus performants dans leur contrôle d’Internet et dans la lutte contre leur dissidence interne, selon le rapport Freedom on the Net de Freedom House, fameuse ONG financée par le gouvernement US et l’Agence américaine pour le développement international (USAID), branche officieuse de la CIA. Des équipements de télécommunication et de surveillance améliorés auraient déjà été fournis à certains États. Selon le Daily Mail Online, Pékin organiserait également des séminaires et des sessions de formation sur le thème du contrôle de l’information avec 36 des 65 pays relevés par la Freedom House.

Mimétisme oblige, il semble inévitable que l’efficacité du contrôle numérique du PCC sur sa population soit retranscrite sous différentes formes dans le monde entier connecté.

Franck Pengam

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