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L’Empire des données

Credit Don Quichotte

Essai sur la société, les algorithmes et la loi

Le numérique bouleverse nos manières d’être et d’agir, mais demeure un fait social rarement compris, souvent réduit à un optimisme béat ou à un pessimisme figeant. Cet essai pluridisciplinaire propose au contraire des pistes de réflexion.

Plus de données ont été créées en 2011 que depuis le début de l’histoire de l’humanité. Cette production double tous les deux ans, si bien que notre monde est désormais organisé et déterminé par cette nouvelle matière première, qualifiée de pétrole du XXIe siècle.

Vous souffrez d’une maladie apparemment indiagnostiquable ? En comparant votre information génétique aux vingt millions d’études oncologiques, le logiciel IBM Watson pourrait bien être votre sauveur. Vous recevez des réductions personnalisées pour des couches ? Pas d’inquiétude, le supermarché Target sait si vous êtes enceinte avant que vous ne l’annonciez à vos parents. L’un de vos amis a perdu son emploi ou est en retard sur ses échéances de paiement ? Attention, vos interactions sur les réseaux sociaux peuvent être utilisées comme critère pour vous octroyer votre prochain crédit.

Nos données sont collectées, traitées, vendues, chaque seconde. Par qui ? Comment fonctionne ce monde opaque dans lequel nous vivons ? Et existe-t-il un projet politique du Big data ? Les algorithmes des géants du numérique calculent nos moindres faits et gestes, anticipent nos désirs, profilent nos comportements. Ces nouveaux acteurs bouleversent tous les secteurs de la société, de l’agriculture à l’industrie des transports, et menacent la souveraineté des États et les missions traditionnelles qui leur sont dévolues en matière de santé, d’éducation, d’emploi, de recherche, de culture…

Ces mécanismes restent pourtant largement incompris des citoyens qui s’en remettent volontairement à eux pour suggérer qui inviter au restaurant, prédire les possibilités d’échec scolaire ou de récidive criminelle. Le droit cherche à se réapproprier ces enjeux, par une redéfinition de la propriété et de la concurrence, et par une réglementation européenne sur les données personnelles. Cela suffira-t-il ? Le rythme effréné de l’innovation nous pose une question plus que jamais cruciale : dans quelle société voulons-nous vivre demain ? L’urgence de notre choix n’est dès lors plus entre l’ancienne dichotomie du XXe siècle, l’État ou le marché, mais entre l’État de droit et la dictature des data.

Largement illustré, L’Empire des données retrace la grande histoire de cette collecte pour ouvrir à de nouvelles perspectives, et offre les clefs pour sortir de l’ornière catastrophiste aussi bien que d’une vision trop technophile.

Avocat spécialiste des enjeux numériques, Adrien Basdevant enseigne aussi à Sciences-Po et au sein du Master Data Science de l’ESSEC et de Centrale sur la gouvernance des données. Jean-Pierre Mignard, docteur en droit sur la cybercriminalité, est avocat, membre du Comité consultatif national d’éthique, et maître de conférences à l’École de journalisme et en Droit pénal des affaires à Sciences-Po Paris.

Extrait :

Le contentieux de données représente à n’en pas douter le contentieux du futur. Aujourd’hui peu maîtrisé, il deviendra notre quotidien de demain. La cybercriminalité va se démocratiser. Il est primordial de définir une politique pénale cohérente au sein de l’Union européenne dans la mesure où la cybercriminalité dépasse souvent et facilement les frontières, l’infraction étant commise à distance.

Juger les individus selon les statistiques collectives.

Que se passera-t-il, en effet, lorsque les données désigneront des criminels avant mêmes qu’ils n’aient commis leurs crimes ? Que restera-t-il de la présomption d’innocence pour celui qui présente les caractéristiques d’un multirécidiviste ? Il est certain qu’à l’heure où l’on écrit ces lignes, des laboratoires de recherche, des services de sécurité privés ou étatiques, réfléchissent aux vastes possibilités d’identification d’auteurs potentiels de crimes, grâce à l’exploitation de données massives. Il s’agirait alors de glisser insensiblement du commencement d’exécution à l’acte préparatoire, puis de l’acte préparatoire à la potentialité de commettre un crime. Indéniablement, cette piste ne peut être envisagée qu’avec intérêt par les organismes publics ou privés en charge de la sécurité, que ce soit pour des raisons de sécurité publique ou d’intérêt commercial. La plus neuve des technologies, par un extraordinaire raccourci, rejoindrait alors la plus vieille des criminologies. Les systèmes numériques prédictifs permettraient d’identifier le criminel en puissance. Tout comme, les caractéristiques morphologiques devaient permettre d’identifier le criminel-né, selon le père de la criminologie italienne, Cesare Lombroso.

3 Comments »

  1. Quand l’empire des données en sera au stade de l’Empire, cela s’appellera la SINGULARITE TECHNOLOGIQUE

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