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Apprendre à vivre à l’ère de l’intelligence artificielle

Aux trois piliers de base de tout système éducatif – lire, écrire, compter – il faudra désormais ajouter trois autres : empathie, créativité, pensée critique. Ces aptitudes acquises généralement ailleurs doivent entrer dans les programmes scolaires en même temps que l’intelligence artificielle entre en force dans les sociétés.

En 2018, 300 000 enfants feront leur entrée dans les écoles australiennes. S’ils en sortent diplômés en 2030, ils passeront l’essentiel de leur vie professionnelle dans la seconde moitié du XXIe siècle, et certains seront peut-être encore en vie à l’aube du XXIIe. Au rythme des changements apportés par les technologies de pointe, il y a de fortes chances qu’ils vivent et travaillent dans un monde radicalement différent du nôtre. Il revient donc aux systèmes éducatifs d’anticiper dès maintenant ces changements et de préparer ces générations futures pour assurer leur prospérité.

Avec plus d’un million d’enfants et de jeunes accueillis dans 3 000 établissements, les Nouvelles-Galles du Sud (NGS) sont le plus gros secteur scolaire d’Australie. Chaque jour, dans chaque classe, un enseignant instruit ces élèves et les guide vers leur avenir. Mais au niveau du système, surtout à pareille échelle, le changement peut être lent, malgré l’urgence montante engendrée par les nouvelles technologies.

C’est pourquoi le ministère de l’Éducation des NGS a lancé en 2016 le projet Éduquer pour un monde qui change. Attentive aux implications stratégiques des avancées technologiques, cette initiative d’envergure vise à encourager des réformes en matière de programmes, d’enseignement et d’évaluation, et à orienter l’ensemble du système vers une approche plus innovante.

Dès son lancement, le ministère a ouvert le dialogue avec des leaders mondiaux des sphères économique, technologique et académique, ce qui a conduit à la publication, en novembre 2017, de Future Frontiers: Education for an AI World (Chantiers de demain : éduquer pour un monde d’IA), ouvrage qui interroge l’avenir de l’éducation dans un monde dominé par l’intelligence artificielle.

Fin 2017, un symposium international a réuni plusieurs de ses auteurs, ainsi que des spécialistes de l’éducation, des organisations non gouvernementales (ONG) et des responsables politiques, en vue d’étudier les moyens d’améliorer le soutien aux enseignants et les résultats des élèves grâce aux nouveaux outils, notamment technologiques. Cet apport d’idées nouvelles a suscité un engagement unifié en faveur de la réforme.

Les nouveaux piliers

Trois piliers – lire, écrire, compter – forment le socle de tout apprentissage, mais les élèves d’aujourd’hui ont besoin d’autres compétences de base et d’importantes compétences non cognitives, comme le sentiment d’efficacité personnelle, une meilleure compréhension des concepts et de bonnes capacités de résilience, d’adaptabilité et de flexibilité.

Les compétences spécifiquement humaines seront plus que jamais importantes dans ce monde nouveau qui se forme sous nos yeux : la pensée critique sera l’une des premières compétences que devront transmettre les systèmes éducatifs.

Pour l’heure, ces compétences essentielles peuvent être acquises dans les activités extrascolaires où l’on apprend ce que sont la coopération, la mise en place d’objectifs et la planification, par exemple. On développe la discipline et l’esprit d’équipe en faisant du sport ; la créativité, en faisant du théâtre ; la pensée critique en organisant des débats ; l’empathie, en faisant du bénévolat au sein d’une association.

Le défi consiste à structurer ce large éventail de compétences que les jeunes doivent acquérir, à le légitimer au sein du système éducatif et l’intégrer dans les programmes scolaires, à définir la façon d’évaluer les résultats des élèves dans ces domaines qui n’étaient pas jusque-là considérés comme faisant partie de l’éducation scolaire et qui devront désormais occuper une place de premier ordre.

Une chose est incontestable, plus que jamais l’avenir exigera que les enfants tissent des liens mutuels et renforcent un sens de la communauté, de la citoyenneté et de la collaboration basé sur l’empathie, que certains considèrent comme l’une des compétences clés pour le XXIe siècle.

Les compétences interpersonnelles sont de plus en plus reconnues comme un élément crucial pour les systèmes éducatifs dans le monde. Des organisations comme l’UNESCO et l’OCDE élaborent des cadres, normes et évaluations dans ce domaine, et notamment le concept de « compétences mondiales » destiné à favoriser la coopération interculturelle. En Australie, une série d’aptitudes générales, comme la pensée critique, créative et la compréhension interculturelle, ont été inscrites en 2009 dans l’agenda de l’Éducation nationale, exemple suivi depuis par de nombreux États du pays.

Le projet Éduquer pour un monde qui change a souligné la nécessité d’encourager des pratiques pédagogiques innovantes, pouvant procurer des bénéfices dans l’ensemble du système.

On voit déjà surgir au sein de la communauté éducative les pratiques novatrices, visant à motiver les élèves et à exploiter le potentiel des technologies de pointe pour augmenter leur performance. Certaines reposant sur des preuves scientifiques plus solides que d’autres, il est difficile, pour l’heure, de distinguer les plus efficaces.

Notre école ne sert à rien ?

L’IA dans la salle de classe

Reprenant à son compte les innovations nationales et internationales les plus efficientes des secteurs privé et public, le ministère de l’Éducation des NGS étudie le meilleur soutien à apporter aux spécialistes de l’éducation pour concevoir et accélérer ces idées novatrices. Le but est de trouver de nouvelles méthodes durables et évolutives permettant d’améliorer l’apprentissage, les capacités et la réussite de nos élèves.

L’intelligence artificielle a un potentiel fort en matière d’éducation, à condition d’être utilisée à bon escient et conformément aux besoins des éducateurs. Il existe déjà des systèmes à base d’intelligence artificielle capables de favoriser un apprentissage personnalisé qui libère les enseignants de certaines tâches, leur permettant ainsi de se concentrer sur les besoins individuels des élèves et sur les objectifs pédagogiques. Ces systèmes sont capables de suivre l’implication et les progrès des élèves, et, potentiellement, de proposer des ajustements de contenu.

Il est crucial que les éducateurs gardent la main en matière de conception et de développement de ces systèmes. C’est aux enseignants et aux chefs d’établissement, qui seront formés à cette fin, qu’il revient au premier chef de définir clairement la place de l’intelligence artificielle dans la salle de classe. Les élèves doivent aussi participer aux décisions dans ce domaine, et donc être éduqués sur ses aspects éthiques. Leur avenir dépendra des politiques et des approches que nous adopterons aujourd’hui.

Secrétaire adjointe au ministère de l’Éducation des Nouvelles-Galles du Sud, Leslie Loble (Australie) a piloté pendant près de vingt ans la stratégie, la réforme et l’innovation dans ce système éducatif qui est le plus vaste et le plus diversifié d’Australie. Elle a été classée en 2013 parmi les 100 femmes d’influence de l’Australian Financial Review/Westpac pour son rôle dans les affaires publiques australiennes et la réforme de l’éducation.

Le Courrier de l’UNESCO • juillet-septembre 2018

Impact de l’intelligence artificielle sur l’économie – Laurent Alexandre au Sénat

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