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Le transhumanisme nous entraîne dans un scénario totalitaire

A l’occasion de la parution de son dernier livre, Le temps de l’Homme, Tugdual Derville a accordé un grand entretien à FigaroVox. Il y plaide pour une révolution de l’écologie humaine afin d’éviter l’avènement d' »une société atomisée, d’individus errants, sans racines ».

Par Eléonore de Vulpillière, le 04/06/2016

Extrait :

LE FIGARO. – Le Conseil d’État a autorisé, mardi 30 mai, le transfert, en Espagne, du sperme du mari défunt d’une femme en vue d’une insémination post-mortem, et ce au nom du respect de leur projet de conception d’un enfant. Que vous inspire cette décision ?

Tugdual DERVILLE. – C’est le type même de rupture anthropologique qui confirme l’alerte que lance Le temps de l’Homme. Dès qu’on s’affranchit des trois limites inhérentes à l’humanité – le corps sexué, le temps compté et la mort inéluctable, on aboutit à une folie. Ici, on exige de concevoir un enfant déjà orphelin de père. Voilà comment notre société bascule vers la toute-puissance : en démolissant les murs porteurs de notre humanité, toujours au dépend des plus fragiles. L’alibi utilisé est celui de la souffrance d’une femme qui a perdu son mari. Mais, ainsi que j’ai pu le constater par moi-même en accompagnant de nombreuses personnes endeuillées, seul le consentement au réel permet la vraie consolation. Engendrer des enfants à partir des morts fait entrer l’humanité dans une ère de confusion généalogique. La « tyrannie du possible » génère une société atomisée, d’individus errants, sans racines.

En quoi l’écologie humaine est-elle un service vital à rendre pour l’humanité ?

L’écologie humaine vise à protéger « tout l’homme et tous les hommes »: c’est-à-dire l’homme dans toutes ses dimensions et les hommes dans leur diversité, des plus forts aux plus fragiles. C’est un humanisme intégral. Son domaine d’application s’étend à toutes les activités humaines, de l’agriculture à la culture, en les reliant par un même souci : servir l’homme. Personne ne doit être traité ni comme un objet, ni comme une variable d’ajustement. L’écologie humaine est le défi du millénaire parce que l’homme a réussi à mettre le doigt sur la vie. L’embryon transgénique n’est pas loin. La responsabilité de l’humanité n’est plus seulement de léguer aux générations futures une planète habitable ; il nous faut transmettre aux hommes de demain les repères anthropologiques et désormais «génétiques» dont nous avons tous bénéficié.

C’est une urgence anthropologique, car la nature humaine est menacée d’autodestruction. Nous risquons la généralisation du processus inconscient d’exclusion du bouc-émissaire décrit par René Girard. Il explique déjà notre eugénisme: les personnes porteuses de handicap étant considérées comme source de malheur, subissent une exclusion anténatale destinée à trouver la paix. En réalité, c’est une guerre permanente qui est déclarée aux plus fragiles. Après avoir sélectionné les hommes par l’eugénisme, les scientistes rêvent de sortir l’homme de sa condition par le transhumanisme. Ils pensent que l’homme doit à tout prix échapper à sa condition humaine, à sa part de fragilité comme aux limites qui le frustrent. C’est le nouveau fantasme prométhéen. Il faudrait aboutir à un homme tout-puissant, un homme-Dieu. Ce serait une déshumanisation de masse car la vulnérabilité est une valeur d’humanité.

Nous nous trouvons dans un scénario totalitaire, proche du Meilleur des mondes. Livrée à la technique, l’étatisation de la maternité serait liberticide. La visée transhumaniste est d’ailleurs extrêmement élitiste : ce prétendu progrès serait réservé aux sociétés opulentes. Les pauvres resteraient à quai.

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