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Les Crypto-Or d’Etat

Le dollar a perdu 80 % de son pouvoir d’achat depuis 1971 et l’euro un tiers depuis sa naissance en 1999. L’or et l’argent métal sont les solutions pour préserver de la valeur. Mais en plus de l’or, plusieurs pays étudient sérieusement la question des cryptomonnaies échangeables entre nations souveraines. Le système financier actuel basé sur la monnaie fiduciaire pourrait être remplacé à terme par des monnaies numériques adossées à des métaux précieux ou des matières premières.

On pense au Petro du Venezuela qui stupéfia le paysage économique, car pour la première fois un État émettait une cryptomonnaie officielle et adossée sur son pétrole (le pays a les premières réserves d’or noir au monde). Cette idée, défendue par l’ancien président Chavez dès mars 2009, fut lancée par son successeur Maduro en février 2018. Une tentative honorable qui n’a que peu abouti. Les îles Marshall (paradis fiscal de 180 km²) annoncèrent leur projet de cryptomonnaie d’État à peine un mois après. Il finit en queue de poisson également.

Ces initiatives de cryptomonnaies étatiques tournées en ridicule sont aujourd’hui à l’agenda, entre autres, du Royaume-Uni, du Canada, de Singapour, de la Turquie, de l’Iran, de la Russie et de la Chine. La BCE déclarait quant à elle que les cryptomonnaies ne sont pas une menace pour la stabilité financière de la zone euro par manque de crédibilité pour remplacer les espèces et les dépôts en l’état actuel des choses. L’annonce officielle du lancement de la cryptomonnaie Libra de Facebook le 18 juin 2019 poussa néanmoins la présidence finlandaise de l’UE à proposer le novembre suivant la création d’une cryptomonnaie européenne.

Si une cryptodevise n’a aucun intérêt en soi, la donne peut changer quand on y adosse un actif réel, à l’instar d’une devise traditionnelle. On a déjà vu que le yuan pouvait avoir une clause de convertibilité en or dans le cadre de transactions de pétrole. Qu’en est-il en Russie ? À deux fois, le président russe Vladimir Poutine déclara sur la scène internationale que la devise américaine ne méritait plus le statut et le privilège de « monnaie de réserve mondiale » qui permet une impression ou plutôt une émission illimitée de celle-ci. L’agence de presse russe TASS annonçait quant à elle que la Banque centrale de Russie réfléchissait à émettre une cryptomonnaie adossée à l’or pour régler les transactions du commerce international.

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À terme, la Russie suppose un monde où il y ait soit plusieurs cryptomonnaies nationales qui circuleraient sur une base or, soit une monnaie unique qui pourrait circuler pour les échanges mondiaux sous la forme d’une cryptodevise adossée à 100 % sur de l’or et détenue par un trust international à l’abri des interférences nationales. Dans ce deuxième cas, des institutions privées seraient donc responsables de l’émission de la monnaie électronique en ayant le contrôle sur la masse monétaire en circulation, tandis que les échanges ne feraient pas l’objet d’intermédiaires banquiers ou étatiques. Cette seconde version du projet semble plus difficile à mettre en place et pose un problème de souveraineté monétaire. Elle est peu convaincante, car il reste plausible qu’un trust privé gérant l’émission d’une monnaie supranationale finisse par s’émanciper du contrôle des Etats pour devenir une institution technocratique plus ou moins autonome et contre-productive, à l’instar de la FED ou de la BCE.

La première proposition peut être plus intéressante. Une alternative sérieuse aux systèmes financiers (DTS ou dollar), sur lesquels les populations et la majorité des états ont finalement peu d’emprise, pourrait effectivement être une combinaison entre les cryptomonnaies et l’or pour créer une synthèse qui servirait de réserve de valeur pour le commerce international et pourquoi pas pour les échanges nationaux. Dans l’hypothèse d’un retour au standard-or ou équivalent du genre, il semble techniquement déraisonnable de commercer en échangeant des volumes importants d’or tous les quatre matins. Le transport, la sécurité des cargaisons et le stockage seraient bien trop coûteux en temps, en argent et en énergie.

Nous pouvons formuler quelques hypothèses de travail à partir de ces éléments. Une cryptomonnaie émise par une banque centrale et adossée à l’or pourrait être une solution de facilitation et de solidification du commerce entre les nations. Il s’agira par exemple d’émettre un volume de cryptomonnaies payables à l’échéance en or à une date convenue. Dans le système de l’étalon-or du siècle dernier, la date limite fixée par le système de lettres de crédit payable à l’échéance en pièce d’or était de trois mois. Ce système réactualisé avec des cryptomonnaies permettrait d’effectuer des centaines et des milliers de transactions sans faire circuler l’or des coffres avant la date d’échéance. Des cryptomonnaies pourraient être émises à condition qu’elles restent strictement adossées à des stocks d’or réels et disponibles. Plusieurs modèles peuvent être envisagés :

  1. Dans un cadre purement souverainiste, il s’agirait d’échanger des cryptoactifs étatiques émis par chaque nation de manière bilatérale et envoyer le paiement en or quand les cryptomonnaies arrivent à échéance. Une fois cette échéance actée, les cryptomonnaies seraient mécaniquement détruites avec le paiement en or. Il s’agira ensuite d’effectuer une nouvelle émission de cryptomonnaies pour la prochaine transaction et ainsi de suite. L’or devra être à cours légal pour laisser le choix aux citoyens d’utiliser les cryptomonnaies ou l’or quand ils le souhaitent et pour assurer que la valeur des cryptomonnaies immatérielles reste adossée à un métal physique.

  2. Dans un cadre multipolaire, des zones économiques pourraient être créées en fonction des affinités culturelles, économiques et civilisationnelles des nations pour émettre une cryptomonnaie commune adossée sur l’or qui servira au commerce extérieur à la zone. Pour ne pas réitérer les erreurs de l’euro, il s’agira de décider si tous les pays de la zone utiliseraient la cryptomonnaie commune ou si chaque pays de la zone devrait détenir en plus sa propre cryptomonnaie nationale adossée à l’or pour son marché intérieur. Le métal jaune devra dans tous les cas avoir cours légal partout pour permettre au particulier d’avoir le choix de l’outil de ses transactions (en or ou en cryptodevise). Chaque zone mondiale aurait sa propre cryptomonnaie commune et les échanges entre zones pourront avoir lieu de manière bilatérale et multilatérale avec les différentes cryptomonnaies payables à l’échéance en or, sur le modèle du cadre souverainiste énoncé précédemment. Le plus difficile restera de définir les frontières de la zone de la cryptomonnaie commune. Pour l’Europe par exemple, il s’agira de voir s’il faut intégrer les principaux partenaires comme la Russie (ce qui serait logique en tant que pays européen avec des liens économiques considérables) ou encore, plus compliqué à traiter, la Chine ou les États-Unis, sachant que le commerce entre l’Europe et ces deux pays est également considérable. Il serait en tout cas injustifié d’intégrer l’un sans l’autre (la Chine et les États-Unis) à part si l’on se limite à des critères civilisationnels. Limiter la zone économique à la géographie pure peut aussi être une solution pour faciliter le débat sur les frontières de la zone à choisir ; une cryptomonnaie africaine, une cryptomonnaie latino-américaine, etc. Un maximum de six ou sept zones mondiales pourrait être fixé.

  3. Dans un cadre multilatéral purement pragmatique, des zones économiques de crypto-or communes plus restreintes pourraient être créées entre les pays ayant une volonté d’intégration économique en gardant le fonctionnement des modèles précédents. Contrairement au cadre multipolaire, la dimension commerciale serait ici le facteur principal d’établissement d’une cryptomonnaie-or commune. Un seul pays pourrait donc créer plusieurs cryptomonnaies communes avec d’autres nations pour son commerce extérieur et une intégration économique poussée. Alors que cela n’est qu’une option dans le cadre multipolaire, les pays garderaient dans ce cas nécessairement leur propre cryptodevise nationale basée sur de l’or à cours légal pour leur marché intérieur. Ceci éviterait la complexité que générerait la circulation de plusieurs cryptomonnaies sur un territoire.

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Tous ces modèles (très simplifiés) nécessiteront inévitablement un niveau d’ingénierie monétaire et juridique avancé pour qu’aucune des parties ne soit lésée ou subordonnée par le mécanisme monétaire et pour articuler correctement le niveau national et international. Ce serait concevable en abandonnant l’argent liquide et en passant par un système entièrement basé sur les cryptomonnaies tant sur le marché intérieur qu’extérieur. Ces cryptomonnaies devront être bien entendu obligatoirement adossées à de l’or à cours légal pour éviter les dérives financières et pour permettre au citoyen d’avoir le choix d’utiliser quand il le souhaite une monnaie physique ou numérique.

Dans un tel système d’étalon-or, l’argent métal doit également être intégré de pair pour couvrir les achats les plus modestes. Le standard-or est un terme générique intégrant de facto l’argent métal qui possède les mêmes propriétés monétaires que l’or, mais avec une valeur moindre qui permet les transactions du quotidien.

Franck Pengam

Pour en savoir plus, recevez ici 27 pages OFFERTES du livre : « Géopolitique de l’or : le métal jaune au cœur du système international ».

1 Comment »

  1. Voici quelques articles sur les avantages des cryptomonnaies pour les particuliers:

    A lire sur cryptoblog // Avantages & Inconvénients de la Crypto-Monnaie
    (https://cryptoblog.fr/2017/05/11/avantages-inconvenients-de-la-crypto-monnaie/)

    A lire sur adzcoin // Les avantages de la cryptomonnaie
    (https://www.adzcoin.info/les-avantages-de-la-cryptomonnaie/)

    A lire sur karadocteur // Avantages et inconvénients du Bitcoin et des cryptomonnaies
    (https://karadocteur.fr/blog/bitcoin-cryptomonnaies-avantages-inconvenients)

    Ce qui en ressort, c’est que les défenseurs des cryptomonnaies s’intéresse d’avantage à leur caractère non-étatique et non bancaire qu’à leur aspect « crypto ». N’importe quel monnaie virtuelle non étatique adossée à une offre de produits diversifiée et omniprésente leur conviendrait. Parce que, bon, une monnaie virtuelle ne sert pas à grand chose s’il faut l’échanger contre de la monnaie étatique avant de faire ses achats. Pour les bailleurs de fonds, par contre, l’intérêt principal sont les opportunités de spéculation.

    Mais une cryptomonnaie, à la base, c’est un joujou anarchocapitaliste dont le principal effet est de causer des soucis supplémentaires aux pouvoirs publics. Les pouvoirs publics qui, rappelons-le, sont chargés de mettre en oeuvre les tribunaux, la police, les pompiers, les secouristes, les ambulanciers, les hôpitaux, etc… On peut les critiquer mais s’ils disparaissent, on se retrouvera, au mieux, dans le même situation que les habitants des villes nouvelles pendant la conquête de l’Ouest. Leurs habitants vivaient dans une certaine précarité, mourraient rapidement (le plus souvent de maladie) et fichaient le camp vers l’Est dès que leur niveau de fortune le leur permettait.

    Pour moi, en faisant abstraction de son caractère anti-étatique, la qualité essentielle du bitcoin est qu’il n’est adossé à aucune valeur. La bonne formule pour une cryptomonnaie étatique serait qu’elle soit adossée à l’obtention de temps d’usage d’un équipement public, par exemple un supercalculateur quantique. Il devient alors possible de recourir plus facilement à la création monétaire, par exemple pour mettre en oeuvre une allocation inconditionnelle mensuelle d’un montant au moins égal au seuil de pauvreté avec un montant plancher de 1000 EUR/mois.

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