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Il pourrait ne pas y avoir de limite à l’espérance de vie chez les humains

En octobre 2016, le généticien moléculaire Jan Vijg a publié un article déclarant que l’espérance de vie chez les humains était limitée à 115 ans. Cette annonce a déclenché une controverse enflammée au sein de la communauté scientifique, et le 28 juin 2017, cinq groupes de scientifiques ont publié des articles réfutant formellement la déclaration de Jan Vijg.

Le travail de Vijg a consisté en l’analyse de données démographiques collectées partout dans le monde au cours du 20e siècle, et a démontré que l’âge maximal atteint stagnait au seuil de 115 ans depuis les années 90. En se fondant sur ces résultats, les auteurs ont conclu que la limite naturelle d’âge d’un être humain était de 115 ans et qu’il existait une probabilité inférieure à 1 pour 10.000 de vivre au-delà de 125 ans.

Comme on peut l’imaginer, la communauté scientifique ne partage pas cette idée. La plupart des critiques émane de la façon de laquelle l’équipe de Vijg a traité les données et de la méthode menant aux conclusions. Premièrement, l’équipe de Vijg a testé ses données afin de prouver si le seuil qu’ils avaient l’impression de voir après 1995 était réellement présent ou pas. En d’autres termes, ils ont exposé une hypothèse puis l’ont testée à partir du même jeu de données, ce qui est généralement inacceptable, puisque cela mène à des résultats subjectifs du fait d’ajustements excessifs, ajustement fondé sur une erreur ou du bruit, sans véritable relation.

Deuxièmement, le jeu réel de données dont dispose l’équipe est très petit puisque chaque année ils n’ont pris en compte que les personnes les plus âgées décédées. Puis ils ont soumis ce jeu exagéré de données à des techniques standard de régression linéaire, ce qui n’était pas approprié compte tenu de la taille limitée de l’échantillon d’une part et d’autre part du fait que les individus pris en considération constituent des valeurs aberrantes qui auraient dû être sujettes à des analyses de type événements exceptionnels. En réalité, le déclin suggéré par les conclusions de 2016 ne semble lié qu’à une seule et unique mort dans le jeu de données.

Parallèlement, d’autres scientifiques ont ré-analysé les données et ont conclu qu’elles étaient cohérentes avec des trajectoires multiples d’espérances de vie, et pas uniquement avec le seul cas de 2016. Finalement, plusieurs scientifiques, dans leurs réfutations, mettent le doigt sur le fait que le travail global sur la biologie du vieillissement réalisé pendant ces dernières décennies suggère que l’espérance de vie humaine présente des variations bien plus importantes qu’on le pensait auparavant, indiquant à lui-seul que la limite proposée devrait être prise en considération avec beaucoup de précautions.

Les auteurs de l’étude initiale ont confiance en leurs travaux et ne sont pas d’accord avec les critiques relatives aux méthodes statistiques utilisées. Vijg est également persuadé que la véritable cause de ce tollé n’est pas le jeu de données, qui est cohérent, mais le fait qu’on ne peut pas stopper le vieillissement et qu’il existe une limite à la vie humaine. « J’imagine que le message principal est que beaucoup de gens ne parviennent pas à accepter que tout pointe vers un terme à l’allongement maximal de la durée de vie » a expliqué Vijg à The Scientist.

Le professeur en santé publique de l’University of Illinois à Chicago, Jay Olshansky, qui n’a pris part ni à l’étude initiale ni aux réfutations, pense que les scientifiques qui critiquent ce travail passent à côté du véritable sens de l’étude de 2016, qu’il a éclairci pour The Scientist : « Le message le plus important à faire passer, selon moi, est que nous ne devrions pas essayer d’allonger notre espérance de vie, mais plutôt simplement essayer d’augmenter la période de vie pendant laquelle nous sommes en bonne santé. »

Quoi qu’il en soit, nombreuses sont les personnes qui repoussent les limites de la longévité humaine et qui sont suffisamment en désaccord pour investir là où se trouve leur philosophie. Depuis que la recherche a démontré que les transfusions de sang d’un individu plus jeune, ou parabiose, avaient la capacité de réhabiliter les fonctions cognitives chez des souris, une startup nommée Ambrosia a commencé à proposer des essais cliniques humains de parabiose à des patients prêts à payer. Peter Diamandis de la plateforme en recherche génotypique, Human Longevity, Inc., recherche la clé permettant d’utiliser des nanomachines ou des cellules souches pour régénérer nos corps. Et la metformine, qui s’avère utile dans la prévention du cancer et l’allongement de la vie chez les animaux, fait l’objet de tests cliniques comme médicament anti-vieillissement depuis février.

Il existe tant de possibilités actuellement en cours qu’il apparaît difficile de croire en une limite définitive de l’espérance de vie chez l’humain. Au final, le temps donnera raison à l’une ou l’autre proposition une fois pour toute. Ironiquement, nous ne serons là que s’il s’avère que les critiques ont raison.

traduction Virginie Bouetel

Nature, Futurism

2 Comments »

  1. « …Depuis que la recherche a démontré que les transfusions de sang d’un individu plus jeune, ou parabiose, avaient la capacité de réhabiliter les fonctions cognitives chez des souris, une startup nommée Ambrosia a commencé à proposer des essais cliniques humains de parabiose à des patients prêts à payer… »
    Cela ressemble à une nouvelle forme de vampirisme. Un bon scénario pour un film de SF où des sociétés spécialisées ramasseraient des individus jeunes dans la rue pour leur prélever du sang jeune revendu très cher aux fortunes vieillissantes. C’est génial !

  2. « Le message le plus important à faire passer, selon moi, est que nous ne devrions pas essayer d’allonger notre espérance de vie, mais plutôt simplement essayer d’augmenter la période de vie pendant laquelle nous sommes en bonne santé. »

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