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Philosophie : L’utopie délirante du transhumanisme

Aux yeux de Franck Damour, l’utopie délirante du transhumanisme constitue une « idée parmi les plus dangereuses du monde » que les chrétiens ne doivent pas craindre d’aborder frontalement.

Franck Damour est philosophe et professeur agrégé d’histoire. Créateur de la revue Nunc, collaborateur de la revue Etudes, il est particulièrement attentif aux grandes tendances de la culture contemporaine.

Il aborde un thème encore peu exploré, en tout cas par un penseur chrétien et en France, à savoir toute la problématique du transhumanisme qui fait « de la transformation des corps, puis de toute l’espèce humaine, un objectif majeur. Cette transformation, dans le sens d’une augmentation des capacités et d’un allongement considérable de l’espérance de vie, serait le fruit d’une convergence de nouvelles technologies ». F. Damour abat ses cartes dès son introduction : pour lui, cette utopie délirante est une « idée parmi les plus dangereuses du monde » !

Désintégration de l’homme

Son plan est extrêmement clair, en trois chapitres. Le premier analyse en détail cette utopie technologique, autant dans ses promoteurs, qui viennent le plus souvent des Etats-Unis à partir des années 1920 (avec, entre autres, Julian Huxley, frère d’Aldous) puis dans les années 1960-70 que dans ses modalités concrètes qui apparaissent vraiment incroyables à celui qui découvre le sujet : en effet, « l’objectif est d’améliorer les performances humaines en assurant la convergence NBIC (nanotechnologie, biotechnologie, informatique et sciences cognitives) : accroître les capacités du cerveau, allonger durablement sa vie, connecter immédiatement son cerveau avec des intelligences artificielles ». Bref, au bout du compte, on aboutit à une réelle désintégration de l’homme tel qu’il était perçu jusqu’à aujourd’hui. Et le danger est que cette tentation ne semble plus aussi invraisemblable que cela autant à des individus, tels un candidat à l’investiture pour présidence américaine comme Newt Gringrich, qu’à des fondations ou sociétés, telles Google ou la Nasa, qui n’hésitent pas à investir très cher dans la recherche pour cela.

Une étrange hybridation intellectuelle 

Le deuxième chapitre s’interroge ; il commence en effet par ces deux questions : « Comment comprendre qu’une utopie aussi insensée, au futurisme aussi échevelé, rencontre une telle reconnaissance institutionnelle ? Comment comprendre que les rêves transhumanistes les plus fous – vivre plusieurs siècles, télécharger son esprit dans une clé USB, reprogrammer son génome, se transformer en cyborg – paraissent au final accessibles et crédibles ? »

Les réponses ne sont pas évidentes, en tout cas multiples. Elles sont à chercher dans l’absence de repères sûrs de notre monde actuel, le manque aussi de projets collectifs ; elles croisent de toute manière un certain nombre de courants des siècles passés, dont elles n’hésitent pas à s’en éloigner pour autant ; ainsi notre auteur peut-il conclure en une formule synthétique saisissante : « Le transhumanisme emprunte à l’humanisme sa finalité, au post-humanisme son anthropologie et aux libéralismes sa morale. Il faudrait sans doute rajouter le pragmatisme pour son épistémologie. Voilà une bien étrange hybridation intellectuelle ! » Certes !

Enfin, le troisième chapitre, dynamique, propose des solutions pour réagir à cette nouvelle idéologie sans se laisser tétaniser, impuissants, par elle. Et, F. Damour se révèle là presque optimiste ; pour lui, en effet, « le transhumanisme offre une opportunité rare. Il nous conduit à nous poser collectivement des interrogations négligées : la nature et la destinée de l’homme, le sens de la vie, de l’enfantement ou de la liberté.» C’est finalement le sens même de l’homme qui est à repenser et cela devrait conduire à la fondation d’un nouvel humanisme sur des bases complètement nouvelles et qui seraient apparues impensables il y a encore seulement quelques années.

Affronter sans crainte le transhumanisme

Cet humanisme ne devrait pas avoir peur d’affronter frontalement un transhumanisme qui peut apparaître aujourd’hui de plus en plus invincible mais qui se trompe en fait fondamentalement sur plusieurs points essentiels, entre autres, quand il confond corps humain et mécanique pouvant devenir parfaite, liberté et puissance et quand il fait preuve d’une réelle « incapacité à penser de façon cohérente la place de l’esprit (qui) s’inscrit dans une conception erronée de la liberté », laquelle n’est plus conçue que « comme une pure puissance, pur exercice sans autre but que lui-même, indifférent à toute fin, à tout besoin».

Face à ce transhumanisme, que F. Damour traite d’« inhumanisme » et même de « fossoyeur de l’humain », la tâche de renouvellement peut sembler titanesque à tous ceux qui se sentent (encore !) marqués peu ou prou par un véritable humanisme. Parmi eux, les chrétiens ne devraient pas être les derniers à s’atteler à cette lourde tâche, sans doute vitale, eux à qui leur foi au Christ ressuscité permet d’affirmer, humblement mais vigoureusement, une anthropologie qui n’est pas sans pertinence ni fondement.

F. Damour commençait son livre par une référence à un film paru en 2009, Avatar, rempli de l’utopie transhumaniste, il le termine en observant des malades et pèlerins à Lourdes… et dans sa dernière page, il indique que « le transhumanisme nous rappelle l’importance décisive d’un récit sur l’homme» ; oui, les chrétiens ont bien leur mot à dire dans ce combat que notre historien nous promet comme celui de demain !

Source blog La Croix

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