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Le surhomme est l’avenir de l’homme

Depuis 1991, les Extropiens prêchent « l’amélioration » de l’Homme par tous les moyens technologiques possibles. Guidés par Max More et sa femme, ils ont constitué un réseau d’influence pour promouvoir les innovations les plus extrêmes.

« Préférez-vous les gènes hérités de vos parents ou des chromosomes remplaçables, choisis sur mesure ? Demeurer un homme toute votre vie ou changer de sexe à l’envi ? Être sujet à la dépression ou armé d’un optimisme inaltérable ? » Derrière son pupitre, Natasha Vita-More, la quarantaine liftée et bodybuildée, achève la présentation de son projet « artistique » d’humain amélioré. La scène se passe à New York, en juin 2001, à la conférence futuriste manTRANSforms. Un parterre d’universitaires atteste du sérieux de la chose. Natasha Vita-More ne plaisante pas. Depuis 1991, elle et son mari, Max, prêchent la bonne parole de l’Institut d’Extropie, un courant de pensée qui vise à « améliorer » l’être humain, par tous les moyens technologiques possibles.

Férus de pseudonymes futuristes comme Max More ou Tom Morrow, les Extropiens pourraient n’être qu’une bande d’illuminés sortis d’un mauvais roman de science-fiction. Mais, dans la Californie euphorique des années 90, leurs idées ont séduit des informaticiens, des scientifiques, des universitaires, des hommes d’affaires et des journalistes. Aujourd’hui, les Extropiens comptent 2 000 membres, une dizaine de mailing-lists et des centaines de sites. Chaque jour, ils scrutent les avancées qui les rapprochent de leurs rêves : vie éternelle, bébé sur mesure, sauvegarde du cerveau sur disque dur, implant bionique, super intelligence artificielle, colonisation de l’espace…

Scientisme décomplexé

La philosophie extropienne est faite du refus des « limites » et des « défauts » de la nature humaine. Elle ne prône rien de moins que l’émergence d’une nouvelle espèce « supérieure » à la nôtre. Grâce à la technologie, nous serions en train de devenir « transhumains », un état transitoire vers le « post-humanisme » ou « ultra-humanisme ». Et, sous la houlette de leur président Max More, un « philosophe-consultant-futuriste » d’origine anglo-irlandaise, formé à Oxford, les Extropiens ont peu à peu constitué un réseau d’influence aux choix politiques pragmatiques : libéralisme contre régulation, individualisme contre communautarisme, optimisme forcené contre principe de précaution, États-Unis contre Europe. Car ils en sont persuadés : c’est l’Amérique du Nord qui leur permettra de réaliser leur rêve de surhommes. Même si deux ou trois Français contribuent épisodiquement à leur mailing-list, les Extropiens considèrent l’Hexagone comme un pays conservateur et dirigiste, ennemi de la liberté totale d’expression. Autant de défauts impardonnables…

Dans une communauté scientifique se sentant souvent incomprise, le positivisme décomplexé des Extropiens est en phase avec l’air du temps. Depuis, la conférence Extro 4 qu’ils ont organisée à Stanford en 1999, ils ont été rejoints par des chercheurs de renommée mondiale. Ainsi, Marvin Minsky, fondateur du laboratoire d’intelligence artificielle du célèbre MIT (Massachussetts Institute of Technology), fait officiellement partie du conseil de l’Institut. Ray Kurzweil, inventeur du synthétiseur et spécialiste de la reconnaissance vocale, fait également partie des têtes pensantes. Le titre provocateur de son dernier best-seller, l’atteste : L’Âge des machines spirituelles, quand les ordinateurs dépasseront l’intelligence humaine. Moins officielle, la nébuleuse de leurs sympathisants compte d’autres personnalités de premier plan : le chercheur en robotique Hans Moravec, le mathématicien et écrivain de science-fiction Vernor Vinge ou Hal Varian, théoricien de la fameuse « économie de l’information ». À la fois experts du high-tech et prophètes intarissables, les membres du collectif ont su capter l’attention des médias. De CNN au New York Times, en passant par le Frankfurter Allgemeine Zeitung, Discovery Channel, ou encore Marie Claire Italie, de nombreuses rédactions se sont intéressées à leur cas… Ils disposent également de la solide bienveillance du magazine Wired, la Bible des nouvelles technologies. Le premier numéro de l’an 2000 était d’ailleurs consacré à la « super longévité ». Natasha Vita-More, la « pionnière » du mouvement, y exposait longuement son point de vue au cours d’une interview titrée « Don’t die, stay pretty » (« Ne mourrez jamais, restez beau »).

Lobbying intensif

De mieux en mieux organisés, les Extropiens ont identifié leurs adversaires. Globalement, tous ceux qui freinent le progrès : des « luddites » qui refusent la technologie, aux « mortalistes intégristes » qui ne voient pas l’intérêt de vivre plusieurs siècles, en passant par les « environnementalistes », ennemis du progrès. Exaspérés par les succès des militants anti-OGM et du mouvement anti-mondialisation, né à Seattle, ils ont créé une structure pour les neutraliser : la Progress Action Coalition ou Pro-Act, annoncée en juin 2001. Cet organisme, spécialisé dans le lobbying politique intensif, compte copier les méthodes de ses ennemis officiels, tels que Greenpeace, l’économiste star Jeremy Rifkin, Ralph Nader et ses Verts, ou encore les « josébovistes ». Max More se targue de faire financer Pro-Act par ses amis de l’industrie des biotechnologies, qui dépensent sans compter pour redorer leur image. L’inquiétante forme d’eugénisme personnalisé que prônent les Extropiens pourrait bien trouver un écho dans les débats à venir autour du clonage, de la recherche sur les cellules-souches ou du combat médical contre les « défauts » génétiques. Le cocktail de liberté individualiste, d’enthousiasme consumériste et d’optimisme high-tech sera alors difficile à contrer : « Ne souhaitez-vous pas le meilleur de la technologie pour vous et vos enfants ? Non ? Tant pis pour vous… » Qui pourra donc arrêter la croisade machiavélique des Extropiens ?

Institut d’Extropie:
http://www.extropy.org Progress Action Coalition:
http://www.progressaction.org

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