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Monnaies numériques des banques centrales vs les cryptomonnaies et le cash

Dernière mise à jour le 02/06/2021

Que veut dire exactement ce terme barbare de CBDC (Central Bank Digital Currency) ? En quoi est-ce différent des espèces physiques, des dépôts bancaires et des cryptomonnaies ?

Nous verrons dans cet article en quoi ces monnaies numériques de banque centrale (traduction de CBDC) sont mises en place contre les cryptomonnaies et les monnaies fiduciaires sous forme d’espèce.

Les CBDC : ce que ce n’est pas

Commençons par énoncer ce que les CBDC ne sont pas.

Il est plus que certain que ce ne sont pas un nouveau type de cryptomonnaies, semblable par exemple au bitcoin.

Alors que les banques centrales travaillent à l’émission de CBDC sous la forme d’un jeton et de l’utilisation de la technologie du grand livre distribué (qui enregistre toutes les transactions dans une blockchain), cela ne signifie pas que les banques centrales ont l’intention de laisser les gens échanger librement.

En effet, faire du commerce, des échanges et des transactions sera évidemment intimement contrôlés par les institutions financières publiques et privées. Le but de la blockchain et de la tokenisation ne sont que des technologies permettant la gestion et la distribution de la monnaie numérique. Cela ne signifie donc pas que les banques centrales ont adopté l’une des idées derrière l’essor du bitcoin, autrement dit la décentralisation et le relatif anonymat. Nous voyons que c’est même exactement l’inverse qu’il se passe.

L’existence et la valeur marchande croissante du bitcoin et d’autres cryptoactifs majeurs prouvent qu’il existe une réelle demande de monnaie numérique. C’est donc un bon moment pour que les banques centrales intensifient leurs efforts et fournissent leur propre vision et version de la cryptomonnaie. Leurs monnaies numériques permettront de contrôler plus précisément la circulation de la masse monétaire et répondront au problème de la demande de bitcoin qui, un peu comme la demande d’or et d’argent métal physique, échappe quelque peu au contrôle des banques centrales et des gouvernements (quand on sait comment s’y prendre).

Il est également important de souligner que les espèces physiques et les CBDC sont des passifs d’une banque centrale. Les détenteurs de ces passifs ont une créance vis-à-vis des banques centrales, mais à quoi ont-ils exactement droit ? La réponse ici est bien sûr, rien. Le fait que les banques centrales enregistrent les liquidités comme un passif est un vestige d’une époque révolue où les billets de banque centrale étaient vraiment des substituts de monnaie, car ils étaient adossés à un étalon-or. Cela signifie que les banques étaient vraiment susceptibles de remettre une somme d’argent quand on réclamait sa créance, c’est-à-dire de l’or. J’en ai parlé de façon plus approfondie dans Géopolitique de l’Or.

Les CBDC : ce que c’est

La CBDC est, ou est censée être, un équivalent numérique de l’argent liquide. Un euro numérique (disponible d’ici 5 ans a priori) équivaudra à un euro en espèce physique. C’est simplement une nouvelle expression technologique de la même monnaie fiduciaire.

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Du point de vue de la banque centrale, l’émetteur officiel des devises, la monnaie numérique présente certains avantages par rapport aux espèces physiques. D’une part, la production est vraiment gratuite : les coûts de production de liquidité physique ne sont pas si élevés, mais ils sont présents et surtout ils peuvent devenir particulièrement contraignants quand des liquidités physiques doivent être distribuées rapidement ; par exemple, pour éviter une ruée bancaire (bank run).

La monnaie numérique permet au contraire d’être non seulement créée instantanément par les banquiers centraux, mais aussi d’être distribuée en quelques secondes aux institutions et aux personnes physiques. La banque centrale peut donc diriger rapidement et à moindre coût le flux de la nouvelle monnaie numérique vers qui elle souhaite : le gain d’efficacité est substantiel.

Les CBDC contre le cash et les cryptomonnaies

Bien que les CBDC et les espèces physiques fassent toutes deux partie de l’offre de monnaie fiduciaire, les principales différences entre les deux types de monnaie fiduciaire sont les suivantes : la confidentialité et l’étendue du contrôle exercé par la banque centrale. Examinons ces points.

Au niveau de la confidentialité, payer en espèces permet d’éviter de laisser des traces dans nos transactions. Même le bitcoin et les autres cryptomonnaies ne peuvent rivaliser avec le liquide. Si les monnaies numériques se positionnent contre l’anonymat, alors les cryptomonnaies ne sont pas les seules dans le viseur ; il s’agit d’abord et avant tout de contrôler le cash. Et pour cela, rien de mieux que de le supprimer progressivement. Quant aux CBDC, il ne peut être question de la vie privée : la BCE a explicitement déclaré dans un récent rapport sur la question qu’il sera nécessaire de permettre d’accéder à toutes les transactions pour lutter contre le blanchiment d’argent et le terrorisme. La belle affaire.

Avec une monnaie numérique, la banque centrale aura à la fois le pouvoir et les connaissances nécessaires pour contrôler ce que chaque personne et chaque entreprise détient. Elle peut même imposer toutes sortes de restrictions à la détention de monnaie. La BCE parle ouvertement de plafonner le montant qu’une personne peut détenir, de limiter le temps qu’une personne peut détenir une somme d’argent et d’imposer des taux d’intérêt négatifs sur les montants que la banque juge excessifs. Tout cela serait pratiquement impossible si les gens utilisaient de l’argent physique au lieu d’une monnaie numérique.

Les monnaies numériques de banque centrale : la centralisation à l’état pur

Je cherche un avantage réel aux CBDC pour pondérer l’article, mais j’ai vraiment du mal. À moins que je ne touche mon revenu universel en monnaie hélicoptère très très rapidement, je ne vois pas l’intérêt.

Si les monnaies numériques sont inévitables et que leur médiatisation a sans doute été accélérée par la crise du coronavirus, le pouvoir restera aux mains des gouvernements et aux institutions centralisées. La monnaie actuelle conservera toutes les failles et les vulnérabilités des monnaies fiduciaires d’aujourd’hui et sa nouvelle nature numérique les amplifiera à un degré supérieur.

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Les violations de la vie privée d’aujourd’hui deviendront tout simplement imparables, tandis que des politiques monétaires désastreuses, comme des taux négatifs, ne pourront plus être amorties par la capacité des individus à les contourner grâce à de l’argent physique ou des investissements. Il faudra donc obligatoirement placer son argent dans d’autres actifs non monétaires à terme, mais c’est déjà un peu le cas aujourd’hui.

L’hypercentralisation de demain

La voie vers la décentralisation, la libre concurrence et la souveraineté financière individuelle est très belle. Si nous choisissons de briser le monopole d’État de l’argent et de permettre aux cryptomonnaies privées de rivaliser, une myriade de solutions différentes émergeront pour répondre à une myriade de besoins différents.

Les transactions économiques peuvent être réalisées via des monnaies numériques physiques adossées à l’or et l’argent (la thèse de Géopolitique de l’Or), des cryptomonnaies spécialisées peuvent offrir de la confidentialité, voire des transactions anonymes, etc.

De nombreuses solutions comme celles-ci existent déjà. Je les défends, mais mon optique réaliste me pousse à me demander si les Etats ne vont pas interdire les échanges de cryptomonnaies les plus gênantes lorsque leurs monnaies numériques de banque centrale seront mises en place.

Et si ce n’est pas une interdiction pure et simple, ce sera une régulation et un contrôle plus strict ; il en sera de même pour les métaux précieux et les diverses transactions qui peuvent échapper au contrôle intégral de l’État.

Les monnaies numériques proposées par les banques centrales sont l’évolution finale de la monnaie fiduciaire : de l’argent totalement sous le contrôle de la banque centrale et du gouvernement émetteur. Nous sommes dans une lutte à mort entre la liberté et le pouvoir, entre la société libre et la domination finale des banques centrales. Les CBDC sont tout simplement la dernière arme dans l’arsenal du pouvoir financier et bancaire dans sa quête de domination complète des sociétés.

Ils peuvent toujours courir : nous investirons dans l’or, dans l’argent, dans les cryptomonnaies et dans des sociétés de qualité pour échapper au contrôle central et faire fructifier notre épargne au passage. C’est ma façon de faire, mais chacun résistera au projet à sa façon.

Ils nous restent encore quelques années de relative liberté pour pouvoir effectuer nos mouvements en ce sens et s’y préparer, car si le projet est instauré sans opposition, la quenelle est garantie.

Franck Pengam

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