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Tous surveillés – 7 milliards de suspects

Dernière mise à jour le 06/12/2020

Faut-il, pour stopper une pandémie ou éviter un attentat, accepter de renoncer à nos libertés individuelles ? A l’heure où de plus en plus d’États ont recours aux technologies de surveillance pour endiguer la propagation du coronavirus, cette enquête dresse un panorama mondial de l’obsession sécuritaire. Des caméras à reconnaissance faciale niçoises à la répression chinoise des Ouïghours, ce film dévoile la relation incestueuse entre les industriels de la sécurité et les grandes puissances, avec un constat glaçant : le totalitarisme numérique est pour demain.

Aujourd’hui, plus de 500 millions de caméras sur la planète offrent aux autorités la capacité de nous surveiller, à peu près partout et à chaque instant. Sous couvert de lutte contre le terrorisme ou la criminalité, les grandes puissances se sont lancées dans une dangereuse course aux technologies de surveillance. Dorénavant, l’incroyable perfectionnement de l’intelligence artificielle valide l’idée d’un regard total. Aux États-Unis, les forces de police utilisent la reconnaissance faciale pour identifier les suspects. En Chine, les caméras peuvent repérer les criminels de dos, à leur simple démarche. En France, la police utilise des caméras intelligentes qui analysent les émotions et les comportements des passants. Marquée par l’attentat au camion du 14 juillet 2016, qui a fait 86 morts, et s’est produit en dépit des 2 000 caméras scrutant la ville, Nice se situe désormais à l’avant-garde de l’expérimentation. Le centre de supervision et les zones dédiées à la reconnaissance faciale sont les chevaux de bataille du maire Christian Estrosi, qui veut faire de sa ville une safe city. Comme un virus, l’idéologie du tout sécuritaire se répand à la mesure d’une révolution numérique à la puissance exponentielle. Va-t-elle transformer notre monde en une planète habitée par 7 milliards de suspects ? Quel niveau de surveillance nos libertés individuelles peuvent-elles endurer ?

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Dictature 3.0

On le surnomme le “marché de la peur”, estimé à 40 milliards de dollars par an. Colossaux, les enjeux de la surveillance intelligente aiguisent les appétits de sociétés prêtes à promouvoir le “modèle Big Brother” pour engranger les plus grands bénéfices. L’enquête internationale de Sylvain Louvet démonte les rouages de cette machine aux innombrables facettes et dévoile la relation incestueuse qui se noue entre les industriels et les pouvoirs publics. En Israël, elle souligne les liens entre l’armée, le Mossad et les start-up technologiques, soupçonnées de tester la reconnaissance faciale aux checkpoints. En France, elle met en lumière l’influence du secteur privé, dans les orientations choisies par le maire de Nice, Christian Estrosi. Aux États-Unis, l’enquête donne la parole à ceux qui dénoncent la faillibilité du logiciel de reconnaissance faciale d’Amazon couplé à un fichage biométrique généralisé. Le documentariste a également réussi à enquêter en Chine, pays où l’obsession sécuritaire est en passe de donner naissance à une nouvelle forme de régime : la dictature 3.0. Arrestations “préventives” arbitraires, mise en place d’un système de notation des citoyens, fichage ADN et persécution systématisée (allant jusqu’à l’apposition d’un QR code sur la porte des appartements) de la minorité musulmane des Ouïghours… L’arsenal de la répression connaît un degré de raffinement inédit dans l’histoire de l’humanité. Un camp du Goulag numérique : telle est la vision du futur dessinée par ce documentaire aussi percutant que glaçant.

Le prix Albert Londres 2020 de l’audiovisuel a été décerné à Sylvain Louvet pour le documentaire diffusé le 21 avril 2020 sur Arte. Cette prestigieuse distinction vient saluer une longue enquête internationale qui trouve une résonance particulière dans le contexte actuel .

2 Comments »

  1. L’hypersurveillance peut s’exercer par deux catégories de capteurs: les capteurs audio-visuels et les capteurs de transmission. Actuellement, ce sont les réseaux de surveillance audio-visuel chinois et assimilés qui font le buzz:
    a. L’exploitation de leurs données nécessite le recours à des technologies d’intelligence artificielle faible (des systèmes experts donc) qui évoque les IAG humanicides de la science-fiction.
    b. La profusion de caméras chinoises, rappelant la situation de Londres ou Monaco, nous évoque la célèbre dystopie de Georges Orwell, soit disant ringardisée par celle d’Aldous Huxley.

    On ne doit pas pour autant oublier l’hypersurveillance des transmissions pratiquée par les Américains bien avant l’élection de Donald Trump, dans le cadre des programmes échelons et prisme. Il ne s’agit pas dans mettre en oeuvre une technotature nationale mais technohégémonie mondiale, la full spectrum dominance selon l’expression de l’administration Obama.

    C’est l’occasion de rappeler un point essentiel de l’hypersurveillance: elle ne découle pas des capteurs mais de l’emploi qui en est fait.

    Une profusion de capteurs visibles (ou supposés présents) produit un sentiment d’hypersurveillance qui peut affecter le comportement de la personne visée en suscitant l’autodiscipline ou l’autosoumission. C’est une forme de panoptique qui ne produit pas de réelle hypersurveillance.

    L’hypersurveillance réelle n’apparaît que lorsque les données sont classées et recoupées correctement, transformée en information et aiguillée vers les personnes adéquates en temps utile pour être exploitée. C’est le problème de la NSA qui collecte beaucoup de données “au cas où” mais produit peu d’information et surtout des informations au profit de l’espionnage industriel. C’est aussi le problème des réseaux de caméras en panne et/ou exploités par un nombre d’opérateurs insuffisant, quand ils savent quoi chercher et interpréter les images. Ils produisent un effet panoptique mais pas de l’hypersurveillance. Les systèmes experts ne surclassent pas forcément les humains à cet exercice.

    Si la Chine arrive à produire de l’hypersurveillance, ce sera par une focalisation des capteurs sur des personnes sélectionnées sur base de leurs dossiers afin de fournir rapidement aux “inquisiteurs” du régime les données nécessaires pour tirer les bonnes déductions à temps et arrêter les éléments subersifs probables à temps. Le socle de l’hypersurveillance, ce ne sont pas les réseaux de capteurs ou les IA faible mais les recensements et la classification des administrés.

    On comprend mieux, dès lors, l’importance du système de crédit social pour l’hypersurveillance. La notation civique facilite l’établissement des listes de cibles. Les mal notés sont plus ou moins immobilisés, ce qui facilitent leur surveillance et compliquent la concertation entre mal notés. Etant ostracisés, ils ne peuvent s’échanger des messages par le biais de partisans encore bien notés.

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