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Le cyborg contemporain

Le cyborg contemporain. Quand les technosciences visent le remodelage du corps humain

Robitaille Michèle, revue Interrogations, n° 7. Le corps performant, décembre 2008

Depuis les années 1940, la définition informationnelle du corps a conduit à l’élaboration de dispositifs techniques visant expressément l’optimisation des capacités humaines. Notre analyse porte sur les arguments évoqués par les chercheurs transhumanistes lors de la promotion de ces travaux auprès des gouvernements et de la population, lesquels se regroupent autour de quatre thèmes : avoir un corps plus robuste, se sentir mieux, être plus intelligents et vivre plus longtemps. De ces arguments, qui expriment clairement ce que « devrait être » un humain, émanent de nouvelles normativités.

Introduction

En 2002, la National Science Fondation publiait un important rapport intitulé Converging Technologies for Improving Human Performance auquel ont participé plus de 60 scientifiques. Chacun des articles contenus dans ce rapport vise explicitement l’optimisation de l’une ou l’autre des capacités humaines : mémoire, réflexes, sensibilité, résistance au stress ou force physique. Comme le souligne à juste titre le philosophe des sciences Jean-Pierre Dupuy, le projet philosophique qui sous-tend les technosciences – projet stipulant que tout est reprogrammable – produit un impact sur l’élaboration de normativités, sur ce qu’un humain devrait être. On peut en effet y entrevoir une forme contemporaine de biopouvoir lequel constitue la domination diffuse qu’exerce le savoir (scientifique ou autre) sur les individus qui s’y auto-assujettissent. Dans une société où la performance et le dépassement de soi sont d’ores et déjà la norme, l’individu devient de plus en plus enclin à se façonner lui-même à l’aide de chirurgies, de musculation, de psychotropes, de diètes, etc. La voie s’ouvre ainsi sur des transformations corporelles beaucoup plus radicales comme celles proposées par les chercheurs membres de la World Transhumanist Association (WTA). Fondée en 1998 par deux philosophes, cette association regroupe actuellement 4000 chercheurs militant en faveur d’une amélioration radicale du corps par le biais des technosciences. Non seulement ces chercheurs interrogent-ils, à l’instar des théoriciens du cyborg contemporain, les distinctions telles que homme/femme, humain/machine ou nature/artifice, nous verrons qu’ils ambitionnent le remodelage concret du corps humain.

Quels seraient, à leurs yeux, les bénéfices sur le plan individuel et que deviendrions-nous suite à ces transformations ? L’analyse du discours transhumaniste nous a permis de dégager certaines caractéristiques de l’homme nouveau qu’entendent créer ces scientifiques. Disons déjà qu’à la question « pourquoi donc améliorer les capacités humaines ? », de nombreux chercheurs transhumanistes répondraient simplement « pourquoi pas ? ». Du reste, nous verrons que les arguments avancés par ces chercheurs s’organisent autour de quatre énoncés principaux : être plus robuste, se sentir mieux et sentir mieux, être plus intelligent et vivre plus longtemps. Voyons d’abord un argument général selon lequel il incombe désormais aux chercheurs NBIC d’améliorer la santé des êtres humains.

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voir aussi : Le projet abolitionniste
L’abolitionnisme ou l’impératif hédoniste

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