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Archives Strategie.gouv.fr : Les technologies d’amélioration des capacités humaines

Le Centre d’analyse stratégique est une institution d’expertise et d’aide à la décision placée auprès du Premier ministre. Il a pour mission d’éclairer le gouvernement dans la définition et la mise en œuvre de ses orientations stratégiques en matière économique, sociale, environnementale et technologique. Il préfigure, à la demande du Premier ministre, les principales réformes gouvernementales. Il mène par ailleurs, de sa propre initiative, des études et analyses dans le cadre d’un programme de travail annuel. Il s’appuie sur un comité d’orientation qui comprend onze membres, dont deux députés et deux sénateurs et un membre du Conseil économique, social et environnemental. Il travaille en réseau avec les principaux conseils d’expertise et de concertation placés auprès du Premier ministre.

Note d’analyse 310 – Décembre 2012
Auteur : Pierre-Yves Cusset, département Questions sociales

Va-t-on voir se développer des technologies d’amélioration des capacités physiques et intellectuelles de l’être humain ? Quels enjeux sanitaires, éthiques et sociaux ?

Depuis le début des années 2000, à la faveur notamment de la convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives, un certain nombre de rapports évoquent la possible mise au point de nouvelles technologies permettant d’améliorer significativement les capacités physiques et intellectuelles de l’être humain (human enhancement technologies). La réalité de ces avancées tout comme leur caractère désirable ou non font aujourd’hui débat. La majorité des scientifiques estime que nous sommes vraisemblablement encore assez loin des visions les plus futuristes, qu’elles soient enchantées ou au contraire catastrophistes, proposées par certains auteurs.

Certes, la connaissance du vivant et la capacité de l’homme à le manipuler ont beaucoup progressé, comme l’illustre par exemple l’émergence de la biologie de synthèse. Pour autant, les derniers développements de l’ingénierie tissulaire, de la thérapie génique, de la neuromodulation ou encore de la pharmacologie semblent indiquer que la mise au point de technologies capables d’augmenter significativement et sans danger les performances cognitives et/ou physiques de l’être humain relèvent toujours de l’hypothèse, même si celle-ci a gagné en crédibilité. En tout état de cause, le développement éventuel de ces technologies suscite des inquiétudes et interrogations nombreuses, à la fois en termes de risques sanitaires et environnementaux, de déstabilisation des équilibres sociaux et de remise en cause de principes éthiques fondamentaux. Cette note présente les principaux termes de ces débats.

Sommaire

Augmenter les capacités de l’homme : un vieux rêve dont on commence à (re)parler sérieusement
Technologies d’amélioration des capacités physiques et cognitives : l’état de l’art
L’amélioration des capacités humaines : une perspective qui inquiète

Téléchargez la note d’analyse

Les technologies d’amélioration de l’être humain présentent par ailleurs des risques pour le fonctionnement de nos sociétés. En particulier, ces technologies pourraient renforcer la tendance à l’émergence d’une société de la performance quasi eugéniste, caractérisée par une pathologisation et une médicalisation croissante des comportements. Comme l’analyse Hervé Chneiweiss), dans cette société de la performance, il s’agit d’améliorer ses performances non pas pour être meilleur que les autres, mais simplement pour être normalement intégré à sa communauté. L’amélioration artificielle de l’homme risquerait de devenir une norme imposée directement ou indirectement par les employeurs, l’école ou le gouvernement…

Un autre danger souvent évoqué est celui d’une forte croissance des inégalités, entre ceux qui pourront et ceux qui ne pourront pas avoir accès à ces technologies. À cette critique fondamentale, les partisans des technologies d’amélioration des performances humaines opposent plusieurs arguments. Tout d’abord, ils font remarquer que les nouvelles technologies sont toujours chères au début de leur développement, mais qu’elles se démocratisent avec le temps. Par ailleurs, le phénomène qui consiste, pour les plus fortunés, à investir au maximum dans l’éducation de leur progéniture n’est pas nouveau : les plus riches offrent déjà les meilleures écoles ou bien des cours particuliers à leurs enfants. Enfin, loin d’accroître les inégalités, ces technologies pourraient au contraire les atténuer. Par exemple, il semble que les psychostimulants actuels, comme le modafinil, tendent à agir davantage sur les personnes dont les performances cognitives sont les plus faibles. Mais surtout, pour les défenseurs des technologies d’amélioration, la nature elle-même est à l’origine de grandes inégalités qu’il est parfaitement légitime de vouloir combattre à la racine.

Pour autant, et dans la mesure où il s’agirait de technologies permettant d’accroître les capacités cognitives, le fait pour les plus fortunés d’y avoir accès avant tout le monde pourrait leur garantir une avance définitive sur le reste de la population : les capacités nouvellement acquises favoriseraient la réussite de ceux qui les posséderaient, leur permettant d’acquérir les premiers les technologies les plus récentes et les plus chères.

Un troisième risque fondamental évoqué fréquemment concerne les phénomènes de surpopulation qu’une augmentation importante de l’espérance de vie entraînerait, ainsi que les coûts de ces technologies pour les systèmes d’assurance sociale. Les partisans de l’extension de la durée de vie conviennent généralement que la surpopulation constituerait un défi majeur, mais que celui-ci ne peut justifier d’abandonner les efforts visant à allonger la durée de vie car cela reviendrait à légitimer un génocide générationnel (generational cleansing). Concernant les coûts, ils estiment que, si c’est bien la vie en bonne santé que l’on augmente, toutes les maladies qui nous tuent seraient décalées dans le temps, et donc la charge financière des soins pourrait être en fait moins lourde qu’aujourd’hui. […]

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