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La France contre les robots

Un demi-siècle après sa parution, ce pamphlet reste d’une incroyable actualité. Cette apologie de la Liberté est un défi jeté aux idolâtries du profit et de la force. Georges Bernanos, dans une violente critique de la société industrielle, s’adresse à la « France Immortelle » face à la « France périssable », celle des combinaisons politiques et des partis. L’auteur y estime que le progrès technique forcené limite la liberté humaine.

Bernanos conteste l’idée selon laquelle la libre entreprise conduirait automatiquement au bonheur de l’humanité. En effet, selon lui, « il y aura toujours plus à gagner à satisfaire les vices de l’homme que ses besoins ». Il explique ainsi qu’« un jour, on plongera dans la ruine du jour au lendemain des familles entières parce qu’à des milliers de kilomètres pourra être produite la même chose pour deux centimes de moins à la tonne » ; une étonnante préfiguration de ce que seront les délocalisations quarante ans plus tard !

Bernanos prédit également une révolte des élans généreux de la jeunesse contre une société trop matérialiste où ceux-ci ne peuvent s’exprimer, et cela plus de vingt ans avant la contestation de la société de consommation, qui sera l’un des aspects de Mai 1968.

Ici, on sent en permanence le courage, la loyauté, la rectitude du jugement qui ont permis à Bernanos de se tenir toujours au niveau de l’histoire de son temps et de faire toujours les bons choix : contre le clergé assassin de la guerre d’Espagne, contre les dictatures, contre la collaboration, pour la résistance, pour la rectitude du cœur et du jugement.

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Cette polémique engagée contre la « société des machines » est un cri, un appel très moderne et même futuriste à la construction d’une société où il serait possible de mener une vie digne de l’être humain.

« Paris-Marseille en un quart d’heure, c’est formidable ! Car vos fils et vos filles peuvent crever : le grand problème à résoudre sera toujours de transporter vos viandes à la vitesse de l’éclair. Que fuyez-vous donc ainsi, imbéciles ? Hélas ! C’est vous que vous fuyez, vous-mêmes — chacun de vous se fuit soi-même, comme s’il espérait courir assez vite pour sortir enfin de sa gaine de peau… On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Hélas ! La liberté n’est pourtant qu’en vous, imbéciles ! »

« Ceux qui m’ont déjà fait l’honneur de me lire savent que je n’ai pas l’habitude de désigner sous le nom d’imbéciles les ignorants ou les simples. Bien au contraire. L’expérience m’a depuis longtemps démontré que l’imbécile n’est jamais simple, et très rarement ignorant. L’intellectuel devrait donc nous être, par définition, suspect ? Certainement. Je dis l’intellectuel, l’homme qui se donne lui-même ce titre, en raison des connaissances et des diplômes qu’il possède. Je ne parle évidemment pas du savant, de l’artiste ou de l’écrivain dont la vocation est de créer – pour lesquels l’intelligence n’est pas une profession, mais une vocation. »

« Imbéciles, ne voyez ­vous pas que la civilisation des machines exige en effet de vous une discipline chaque jour plus stricte ? Elle l’exige au nom du Progrès, c’est-à­-dire au nom d’une conception nouvelle de la vie, imposé aux esprits par son énorme machinerie de propagande et de publicité. Imbéciles ! Comprenez donc que la civilisation des machines est elle­-même une machine, dont tous les mouvements doivent être de plus en plus parfaitement synchronisés ! « L’état technique n’aura demain qu’un seul ennemi : l’homme qui ne fait pas comme tout le monde » ou encore : « l’homme qui a du temps à perdre » ou plus simplement si vous voulez : « l’homme qui croit à autre chose que la technique ».

« Obéissance et irresponsabilité, voila les deux Mots Magiques qui ouvriront demain le Paradis de la Civilisation des Machines. La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c’est-à-dire pleinement responsables de leurs actes : La France refuse d’entrer dans le paradis des robots.« 

« Un monde dominé par la Force est un monde abominable, mais le monde dominé par le Nombre est ignoble. La Force fait tôt ou tard surgir des révoltés, elle engendre l’esprit de Révolte, elle fait des héros et des Martyrs. La tyrannie abjecte du Nombre est une infection lente qui n’a jamais provoqué de fièvre. Le Nombre crée une société à son image, une société d’êtres non pas égaux, mais pareils, seulement reconnaissables à leurs empreintes digitales. »

Georges Bernanos, La France contre les robots, 1945.

⇒Auteurs liés : Bernard Charbonneau & Jacques Ellul. Deux libertaires gascons unis par une pensée commune

Extrait : La technique | Bernard Charbonneau & Jacques Ellul

C’est en 1954 que Jacques Ellul fait paraître La Technique, ou l’enjeu du siècle, premier essai d’une trilogie consacrée à la technique qu’accompagneront Le Système technicien (1977) et Le Bluff technologique (1987). Quatre propositions y sont exposées : Tout progrès technique se paie. Le progrès technique soulève plus de problèmes qu’il n’en résout. Les effets néfastes du progrès technique sont inséparables de ses effets favorables. Tout progrès technique comporte un grand nombre d’effets imprévisibles. Qui plus est, la technique est potentiellement totalitaire, elle épuise les ressources naturelles et rend l’avenir impensable. Toutes les anciennes civilisations s’uniformisent sur le mode technicien : la vraie mondialisation, c’est la techniquelire la suite

1 Comment »

  1. Je rejoins la vision de la technologie de Jacques Ellul sans être aussi pessimiste que lui.

    Je pense qu’il manque à la plupart des Etats européens une autorité apte à:
    a. Assurer la conception et la mise en oeuvre de la technologie dans le but d’assure la survie et le bien-être des populations.
    b. Mobiliser les fonds et les ressources nécessaires à cette fin.

    Ce n’est pas étonnant si l’on tient compte du fait que les Etats, notamment ceux qui se revendiquent comme « démocratie » de marché, ne sont pas pensé du point de vue des besoins du citoyen et de l’amélioration de sa situation mais en fonction des ambitions, aspirations et besoins d’une autorité centrale/d’une élite/des collaborations entre lobbies et mandataires. Les particraties occidentales restent encore des « despotats éclairés » avec une série de rustines destinées à la rendre acceptable au regard des principes des Nations unies: Si les pratiques les plus horribles n’ont plus court, l’état d’esprit et le conception du rôle de l’Etat qui animaient leurs auteurs s’est perpétué.

    Dans « L’IA va-t-elle aussi tuer la démocratie? », le Dr Laurent Alexandre s’émeut de la popularité de certains régimes autoritaires auprès d’une part croissante de l’électorat et déplore l’incapacité des démocraties européennes s’adapter à l’évolution du marché, à (re)monter en puissance, poursuivre des objectifs de long terme. C’est qu’un Etat démocratique doit être pensée différemment d’un Etat aristocratique. Il ne doit pas être conçu pour permettre à une élite d’appliquer une politique sur le mode régalien, appuyé sur une démocratie censée prévenir les révoltes. Au contraire, l’Etat démocratique doit être pensé pour informer, conseiller et « capaciter » les électeurs, ceux-ci mettant alors en oeuvre la politique qui leur semble opportune.

    Naturellement, on ne peut attendre que les politiciens occidentaux à un tel exercice dès lors qu’ils n’ont d’autre ambition que d’utiliser l’Etat pour mettre en oeuvre … leur plan de carrière. La quasi-totalité des mandataires occidentaux s’intéressent à la façon dont il va acquérir de nouveaux mandats ou assurer leur reclassement professionnel. Ils n’ont que faire du devenir du citoyen, à fortiori de son accès aux technologies utiles ou devenues indispensables.

    Quelques références sur la démocratie:

    Site « La démocratie »
    (http://www.la-democratie.fr/index.htm)

    C’est quoi la civic tech?
    (http://civictechno.fr/2016/01/16/cest-quoi-la-civic-tech/)

    Site « Démocratie électronique »
    (https://www.democratie-electronique.fr/definition/)

    Site « Les Voies de la démocratie »
    (http://www.lesvoiesdelademocratie.org/organiser/barcelone)

    Site de l’Association Périferia
    (https://periferia.be/presentation/)

    PDF “Un budget public réellement participatif, est-ce possible en Belgique ? “
    (http://www.periferia.be/Bibliomedia/PUB/EP2014/Pub_periferia_2014_manuel_bp.pdf)

    Site du mouvement “Démocratie directe & Résilience”
    (http://www.democratie-directe.com/qui-sommes-nous/)

    Projet de Constitution du mouvement “Démocratie directe & Résilience”
    (http://www.democratie-directe.com/documents/Constitution_transitoire.pdf)

    Collectif Démocratie ouverte
    (https://democratieouverte.org/themes/search/Projet)

    Site « Le Coup d’Etat citoyen »
    (http://lecoupdetatcitoyen.org)

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