Skip to content

Laurent Alexandre : Lettre à mes enfants : « Vous allez vivre dans un futur vertigineux »

Comment se forger des valeurs dans un monde en pleine mutation ? Quelle formation faut-il choisir ? Que faire de sa vie ? Dans cette lettre à ses enfants, notre chroniqueur Laurent Alexandre livre quelques pistes de réflexion.

À 55 ans, je suis un vieux con. J’ai donc peu de légitimité pour vous donner des conseils. Le futur dans lequel vous allez évoluer est différent du monde qui m’a formaté. Vous ne le réalisez pas mais je suis né cinq ans avant l’énoncé par Gordon Moore de sa loi. Je viens du monde d’avant les NBIC. Je suis un homme du passé. Vous allez vivre dans un futur vertigineux.

Au XXIe siècle, les scientifiques vont euthanasier la mort, créer la vie artificielle, manipuler les cerveaux, augmenter nos capacités, développer une intelligence artificielle. Beaucoup des repères de ma génération vont se dissoudre dans la révolution technologique. Dès lors, comment se forger des valeurs ? Quelle formation faut-il choisir ? Que faire de votre vie ?

« Pisser du code n’est pas un métier d’avenir »

Sur le plan scolaire, n’oubliez jamais les humanités. Aucun technicien ne résistera à la croissance exponentielle des automates et de l’intelligence artificielle. Apprendre à coder n’est pas inutile, mais n’oubliez pas que bientôt le code sera écrit par des algorithmes : pisser du code informatique n’est pas un métier d’avenir. Il faut apprendre à décoder le monde plus qu’à coder des programmes informatiques. Vous êtes déjà des encyclopédies technologiques, tentez de devenir des « honnêtes hommes ».

Nous ne savons pas encore les tâches qui ne seront pas automatisables : soyez flexibles, transversaux et opportunistes. Ne soyez pas les victimes d’une école qui forme aujourd’hui aux métiers d’hier. Ne devenez pas chirurgiens, l’acte chirurgical sera à 100 % robotisé quand vous aurez fini vos études de médecine ! Surtout, ne faites pas l’ENA : une école dont on sort sans connaître la loi de Moore ne devrait pas exister ! N’écoutez pas vos maîtres, ils connaissent bien moins le futur que vous.

« Votre génération va dessiner les contours de cet homme 2.0 »

Le monde qui vient sera éminemment politique : que fait-on du pouvoir démiurgique dont nous allons disposer sur notre nature biologique ? Il faut faire le pont entre les NBIC et l’histoire, la culture, la philosophie. Votre génération a une responsabilité historique. Vous allez prendre des décisions qui engagent l’avenir de l’humanité. C’est votre génération qui va dessiner les contours de cet homme 2.0, puissant et quasi immortel, que la Silicon Valley et notamment les dirigeants de Google appellent de leurs vœux.

Soyez suffisamment forts pour ne pas vous laisser berner par les utopies mortifères, fussent-elles sympathiques… Les transhumanistes sont en train de gagner la bataille des cœurs : il leur faudra des contre-pouvoirs. Soyez partie prenante de ce débat fondamental : l’humanité ne doit pas se transformer sans débat philosophique et politique.

« Fuyez les gourous égocentriques et suivez de belles causes »

Une barbarie technologique est possible. Non pas sous la forme de Bienvenue à Gattaca, mais plutôt sous les traits d’un 1984 aux couleurs des NBIC. C’est pourquoi je vous conseille de refuser l’idée de gouvernement mondial. Il faut garder plusieurs ensembles géopolitiques. Imaginez un gouvernement mondial qui se servirait des NBIC pour créer une neurodictature éternelle ! Laissez encore une petite chance à l’Europe. Mais si le déclin de notre continent continue du fait de la médiocrité et de l’incompétence technologique de nos élites politiques, partez dans la zone Asie-Pacifique sans hésiter. Emportez tout de même avec vous les recettes de cuisine que je vous aurai apprises. 

Rien de ce que nous faisons n’est réellement altruiste : nous agissons toujours pour avoir des bénéfices secondaires psychiques. Augmenter notre production cérébrale d’endorphines est notre seul moteur. Ce constat troublant ne doit pas vous conduire à être misanthropes et cyniques : ce n’est pas parce qu’on est altruiste par égoïsme neurobiologique qu’il ne faut pas l’être. Essayez de faire un peu de bien au nom d’une morale détachée de Dieu (Good without God), que vous soyez athées ou croyants : faire le bien par peur de la transcendance est tellement minable !

Fuyez les gourous égocentriques et suivez de belles causes. Prenez exemple sur Bill Gates, le plus grand héros du XXIe siècle, qui a déjà sauvé 10 millions de vies grâce à ses campagnes sanitaires dans les pays pauvres. Essayez d’être le plus libre possible en combattant vos déterminismes génétiques et neurobiologiques. Bien sûr, ne faites jamais rien en fonction de ce qu’auraient fait vos parents : soyez autonomes ! C’est pourquoi vous ne devez pas lire cette lettre, que je ne vous enverrai pas.

Chronique extraite de We Demain n°11

Un commentaire »

  1. Mr Laurent Alexandre,

    Vous dites que: »Essayez de faire un peu de bien au nom d’une morale détachée de Dieu (Good without God), que vous soyez athées ou croyants : faire le bien par peur de la transcendance est tellement minable ! »
    Vous dites respecter les croyants tout en leur intimant de penser sans leur sauveur ni consolateur (ou bien juste celui qui a créé vos cellules et ce que l’on nomme la Vie – Un tel hasard d’ailleurs est un non-sens scientifique), cela est troublant.

    Voilà bien le genre de discours que les croyants devront apprendre à combattre à l’avenir pour garder leur foi intacte dans un monde où les bénéfices de la technologie peuvent être outrageusement pervertis.

    Cependant, je suis d’accord avec vous sur la crainte d’une gestion mondiale et techniciste de l’humain. Par contre, je pense que cela est un voeux pieux, et que la forme alimentant de plus en plus le fond, la technique orientant le sens du Verbe, un espace unifié semble inéluctable.

    Il y aura donc, à mon sens, beaucoup de douleurs pour les non-transhumanistes, ou ceux qui ne voient la technique que comme un moyen et non une déification, à mon avis proprement pathologique.

    Je termine sur ce proverbe:

    « La crainte de l’Eternel est le commencement de la science; Les insensés méprisent la sagesse et l’instruction ». (Proverbes 1:7)

    L’instruction de celui qui sait tout, bien au-delà de nos hautes-technologies, microbiennes d’intelligence eu égard à ce qu’il Est.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :