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Jürgen Habermas : L’avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme libéral ?

essaisNé en 1929, le philosophe Jürgen Habermas est sans aucun doute le plus important et le plus célèbre des philosophes allemands vivants. Héritier de l’école de Francfort, cet ancien assistant de Theodor Adorno a enseigné à Heidelberg, à Francfort, à l’institut Max-Planck dont il a été le directeur, ainsi qu’à New York. Il conduit, depuis maintenant plus de quarante ans, une recherche centrée sur la capacité de la raison à parvenir, par l’argumentation dans un espace public, à un accord entre les sujets en vue d’une action commune.

Il est, notamment, l’auteur de Théorie et pratique (1963), Théorie de l’agir communicationnel (1981), Le discours philosophique de la modernité (1985) et De l’éthique de la discussion (1991). Théoricien de la démocratie, Habermas plaide pour un «consensus rationnellement motivé» et estime que seule une «éthique de la discussion», en nous permettant de nous accorder librement sur le choix des normes auxquelles nous acceptons de nous soumettre, peut aujourd’hui fonder nos valeurs morales.

Dans son livre, L’avenir de la nature humaine, Jürgen Habermas fait porter sa réflexion sur le défi auquel les récents progrès des biotechnologies et les nouvelles possibilités d’intervention sur le génome humain qui en résultent confrontent nos conceptions de la liberté et de la responsabilité. En effet, alors que notre nature organique était jusque-là quelque chose de donner et d’intangible, elle est désormais susceptible de devenir l’objet de manipulations et de programmations, par lesquelles une personne interviendrait intentionnellement en fonction de ses propres préférences sur l’équipement génétique et les dispositions naturelles d’une autre.

Avec cette menace d’un effacement de la frontière entre les personnes et les choses risque également de se trouver remise en cause, estime Habermas, la compréhension que nous avons de nous-mêmes comme êtres autonomes et responsables, et par là même les fondements d’une société de sujets libres et égaux. Quelles limites fixées, dans ces conditions, aux interventions génétiques? Comment garantir la possibilité d’un eugénisme thérapeutique ou négatif, simplement destiné à empêcher l’apparition de maladies graves, tout en évitant la dérive vers un eugénisme libéral, visant l’ «amélioration» d’un bien héréditaire, autrement dit un libre-service génétique?

Préface

Face aux progrès des biosciences, au développement des biotechnologies, au déchiffrement du génome, le philosophe ne peut plus se contenter des déplorations sur l’homme dominé par la technique. Les réalités sont là, qui exigent de lui qu’il les pense à bras-le-corps.

Désormais, la réponse que l’éthique occidentale apportait à la vieille question «Quelle vie faut-il mener ?» : «pouvoir être soi-même», est remise en cause. Ce qui était jusqu’ici «donné» comme nature organique par la reproduction sexuée et pouvait être éventuellement «cultivé» par l’individu au cours de son existence est, en effet, l’objet potentiel de programmation et de manipulation intentionnelles de la part d’autres personnes. Cette possibilité, nouvelle à tous les plans : ontologique, anthropologique, philosophique, politique, qui nous est donnée d’intervenir sur le génome humain, voulons-nous la considérer comme un accroissement de liberté qui requiert d’être réglementé, ou comme une autorisation que l’on s’octroie de procéder à des transformations préférentielles qui n’exigent aucune autolimitation ?

Trancher cette question fondamentale en la seule faveur de la première solution permet alors de débattre des limites dans lesquelles contenir un eugénisme négatif, visant sans ambiguïté à épargner le développement de certaines malformations graves. Et de préserver par là même la compréhension moderne de la liberté.

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