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Le transhumanisme, le cybersexe ou encore la singularité technologique. Sommes-nous prêts, collectivement, à engager ce genre de débats ?

Usbek & Rica
“Le magazine qui explore le futur”

Transhumanisme, cybersexe, singularité… les gens ne connaissent pas ces mots. Je pense que ce sont des sujets encore très largement élitistes. Les gens s’en foutent de tout ça. Le sujet principal pour les individus, c’est : on est le 17 février, je n’ai plus d’argent sur mon compte, comment je fais ? Notre rôle, c’est de préparer les éléments qui vont permettre un débat serein. Je pense qu’il y a une élite plus ou moins éclairée qui est OK pour s’intéresser à ces sujets. Pour les autres, ce n’est pas encore le cas. Mais ça va venir. 

Les questions autour du transhumanisme sont également absentes du débat politique. Comment l’expliquer ?

Des lobbies transhumanistes commencent à approcher les politiques. Les choses vont changer… Il y a un an ou deux, le grand débat sur la bioéthique a été totalement torpillé, du coup il n’a pas pu se faire. Ces sujets restent anecdotiques pour la classe politique, et ils ne sont pas préoccupants pour la majorité des individus. Pour nous, ils sont essentiels. C’est pour ça qu’on est un titre de niche.

Les transhumanistes américains, qui évoluent dans un système de pensée plutôt libertarien, ou du moins minarchiste (pour un Etat minimal), en sont déjà à créer des universités et des entreprises dédiées à la transformation de l’humain. Le transhumanisme français est-il freiné par l’Etat et son système politique ?

Je ne sais pas exactement d’où peut venir la différence. Ceux qui font ça aux Etats-Unis ont un pouvoir colossal car ils ont énormément d’argent à investir dans ces sujets. Je ne pense pas que ce soit une différence de culture politique.

Blaise Mao – Les transhumanistes français essayent de définir une ligne ancrée à gauche. Marc Roux lui-même, qui est le président de l’Association française transhumaniste, appelée Technoprog, se revendique d’un transhumanisme de gauche. C’est quelqu’un qui vient du militantisme syndical, qui a une certaine culture politique. Je pense que les transhumanistes français ne sont pas audibles parce que la ligne dominante est dictée par les Américains. La ligne française, c’est de dire qu’on peut avoir un transhumanisme qui favorise l’égalité. Mais ça reste des débats très techniques, très peu de gens s’y intéressent.

Vous consacrez votre nouvelle Une aux technocritiques. En quoi est-ce un sujet de société ? Doit-on craindre une fracture entre technophiles et technophobes ?

Jérôme Ruskin – Le numérique et plus largement la technologie sont entrés de façon fracassante dans notre quotidien. Mais très peu de gens ont développé une pensée critique là-dessus. Le travail d’enquête de Blaise, ça a été de savoir quels étaient leurs schémas de pensée, leurs revendications. C’est une ligne de fracture qui peut devenir très importante.

Blaise Mao – Cela fait très longtemps qu’on explore cette fracture. Quand on me demande de définir la ligne éditoriale d’Usbek & Rica, je réponds que c’est d’explorer le futur en interrogeant la notion de progrès : les progrès technologiques sont-ils toujours, parfois ou jamais synonymes de progrès humain ? Dans le magazine, on avait déjà pris l’habitude d’interroger le découpage entre technophiles et technophobes. On a voulu comprendre cette galaxie, cet écosystème de technocritiques qui va des mouvements libertaires aux chrétiens anarchistes. On est allé chercher la critique radicale de la technologie. C’est donc un discours peu audible, mais qui est très intéressant d’un point de vue politique et sociétal. Certains considèrent par exemple que la technique nous a dépassés en terme de puissance, et qu’il faut limiter cette volonté de puissance car elle est destructrice. Ces technocritiques vont ainsi être contre l’empowerment des individus et faire de ce discours une branche de la décroissance.

Drones, nanotechnologies, internet des objets, impression 3D… comment se préparer individuellement à ces bouleversements techniques ?

Je lisais un article, l’autre jour, qui explorait le scénario amish : dans l’avenir, l’humanité pourrait se séparer en plusieurs strates, et finir par perdre son unicité d’espèce. Il y aurait par exemple ceux qui ont tous les gadgets mais refusent de pratiquer la procréation médicalement assistée, ceux qui font de l’eugénisme hardcore mais qui refusent de se mettre une puce dans le bras, etc. Cela semble assez crédible. On va être obligé de se positionner individuellement.

Et politiquement ? L’Etat ne devrait-il pas craindre le développement de nouvelles contre-cultures hors de son contrôle ?

En ce qui concerne les technocritiques, je pense que les individus en question ne sont pas dangereux. On n’est pas sur une mise en danger des citoyens. Leur arme, c’est surtout la publication d’ouvrages, au pire l’interruption de débats publics. Faire ça, c’est une manière de fermer la porte avant même qu’elle soit ouverte. Certains considèrent que le simple fait d’organiser un débat sur un sujet est une façon de le légitimer. Ils ne cherchent pas le consensus. Ils ne veulent pas convaincre les masses. Ils ont conscience d’être minoritaires et considèrent avoir raison, seuls contre tous.

[…]

Blaise Mao – L’édito du tout premier numéro était titré : “Avec enthousiasme et optimisme”. Mais ce n’est pas le journal des bonnes nouvelles pour autant. On veut garder un esprit critique mais en essayant de donner les clés aux gens pour réfléchir efficacement. Le futur, aujourd’hui, est plus compliqué qu’à d’autres époques. On parle souvent de “changement de paradigme”, et ça me paraît assez juste. Loin de l’imaginaire collectifs sur les voitures volantes et ce genre de choses, je pense qu’on est en train de basculer dans un autre monde.

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