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Vers le post-humain : Connecter directement les cerveaux

Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin – 24/07/2014
Lettre Automates Intelligents 129 – Aout 2015

On imagine facilement que la possibilité de connecter directement un (ou plusieurs) cerveaux humains donnerait à leurs propriétaires, en temps réel, des capacités hors de portée d’un homme seul. Ainsi pourraient-ils en même temps regarder deux paysages différents, lire deux textes différents et en faire une synthèse. Dans un autre domaine, deux chirurgiens pourraient opérer de façon coordonnée en conjuguant leurs modes opératoires, deux mathématiciens partager leurs modes de calcul, deux internautes explorer simultanément deux sites différents.

Aujourd’hui, dans l’état actuel des liaisons de cerveaux à cerveaux, ces performances nécessitent des implantations d’électrode invasives, soit pour émettre des ondes cérébrales, soit pour en recevoir. Mais des techniques de transmissions intracrâniennes profondes ne nécessitant que des casques externes sont en voie de développement. Il faut aussi que chaque émetteur-récepteur soit en relation filaire ou radio avec un calculateur procédant à l’interfaçage, ordinateur programmé en conséquences. Le déchiffrement des ondes cérébrales et leur attribution à des zones cérébrales capables d’en tire profit devra par ailleurs se faire non pas à partir d’aires corticales très localisées, mais en impliquant de large parties, voire la totalité du cortex.

Tout ceci sera complexe, mais n’est pas nécessairement hors de portée. De nombreuses expériences, comme nous l’avons précédemment relaté ici, ont été conduites récemment dans le domaine de la commande à distance de divers types de prothèses par le cerveau d’une personne souffrant de paralysie. Il suffit, après un apprentissage suffisant, de convertir l’activité électrique du cerveau en commandes interprétables par un ordinateur. Rien n’empêche en ce cas de commander un appareil situé dans une autre pièce que celle où se trouve le patient.

Super-cerveaux animaux

En ce qui concerne les primates, des expérimentations bien plus poussées ont été conduites, sans les restrictions éthiques s’imposant aux expérimentations sur l’homme. Cependant, il ne s’agissait jusqu’à présent que de perfectionner l’interface cerveau-machine n’intéressant qu’un seul sujet, sans chercher à connecter plusieurs cerveaux sur la même machine de façon à ce qu’ils puissent la commander simultanément, autrement dit réaliser ce qui a été nommé un «brainet», réseau de cerveaux.

Mais les progrès sont rapides dans cette voie. Un article de Nature, Computing Arm Movements with a Monkey Brainet, daté du 9 juillet 2015, rapporte une expérience menée au Centre médical de la Duke University à Durham aux Etats-Unis. Une équipe conduite par le Dr Miguel Nicolelis, dans un laboratoire dédié aux recherches sur les primates, a permis de connecter trois de ceux-ci par des électrodes placées dans les zones appropriées du cerveau, afin qu’ils coopèrent, en vue d’une récompense, au fonctionnement d’un bras robotisé.
Un ordinateur transmettait à chaque animal des images animées de la prothèse, afin qu’ils puissent évaluer le résultat de leurs commandes intentionnelles. En coordonnant leurs pensées, les trois singes ont pu permettre au bras d’atteindre un objectif figurant sur l’écran. Des tâches plus complexes ont ensuite été commandées, avec le même succès.

Jusqu’à présent, chaque sujet était relié aux autres, non directement de cerveau à cerveau, mais par l’intermédiaire d’un ordinateur, ce qui pose moins de problèmes d’interfaçage. Mais l’équipe a repris la même expérience en l’appliquant à des rats. Chaque rat était connecté à la fois à un ordinateur commun et aux cerveaux de ses congénères. Des électrodes différentes reliaient les aires du cerveau impliquées dans le contrôle moteur, l’une pour stimuler le cerveau et l’autre pour enregistrer son activité (voir Nature, également du 9 juillet 2015 Building an organic computing device with multiple interconnected brains).

Les rats recevaient des impulsions électriques et gagnaient une récompense quand ils réussissaient à coordonner leurs actions dans un but précis. Après plusieurs essais, un taux de satisfaction de 60% a été obtenu. D’autres expériences plus complexes sont actuellement menées.

Inutile de développer les perspectives apportées par l’équivalent d’un calculateur parallèle ainsi réalisé au sein du brainet, tant en ce qui concerne les animaux que les humains. De véritables super-organismes sont ainsi créés, dont les cerveaux des futurs post humains pourront être équipés. Leurs pensées pourront être partagées sans l’échange de sons ou de mots. On peut évidement aussi imaginer les applications, positives mais aussi abusives qui pourront être faites de telles techniques, entraînant la commande des cerveaux de personnes inexpérimentées par celui d’une personne plus compétente.

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