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L’avenir de l’argent

Chaque jour, environ 80 % de toutes les transactions sur le marché sont effectuées par des ordinateurs. Les robots-conseillers mettent de plus en plus ce processus à la disposition des consommateurs, ce qui leur permet de gagner du temps et de l’argent.

Les humains n’intervenant plus dans la chaîne de transaction, les frais sont réduits. La plupart des robo-advisors prélèvent environ 0,25 %, alors que les gestionnaires de portefeuille prélèvent généralement 2 % de leurs bénéfices (sans parler des primes de 20 %).

Et l’IA s’insère dans presque tous les aspects du monde financier.

“Fintech” décrit la convergence de la technologie et des services financiers. D’abord colonisée par les réseaux et les apps, elle a ensuite été radicalisée par l’IA et la blockchain, et sous-tend désormais un mécanisme mondial de redistribution des richesses.

L’argent se réinvente rapidement.

Bitcoin, Ethereum, DeFi, crowdfunding, etc. perturbent massivement les systèmes financiers dans le monde entier. Pour s’en convaincre, il suffit de voir l’incroyable décision du Salvador de faire du bitcoin une monnaie légale – le premier pays au monde à le faire.

Aujourd’hui, nous aborderons la manière dont les réseaux et l’IA réinventent l’argent.

LE FINANCEMENT PEER-TO-PEER

Crowdfunding

Le crowdfunding implique un réseau de peer-to-peer où toute personne peut présenter son produit ou service au monde entier et demander un financement. Le financement peut prendre la forme d’un prêt, d’une prise de participation, d’une récompense ou d’un achat anticipé du produit ou service proposé.

Le volume mondial total du crowdfunding, y compris le prêt peer to peer, était de 14 milliards de dollars en 2019, avec plus de 2 000 plateformes pour accéder au financement. Mais comme de nombreuses plateformes numériques, celui-ci connaît lui aussi une croissance à deux chiffres. Les experts prévoient que le crowdfunding atteindra 30 B$ d’ici 2025.

En fin de compte, le crowdfunding démocratise totalement l’accès au capital, permettant à toute personne ayant une bonne idée, où qu’elle soit, de recevoir les fonds dont elle a besoin pour se lancer.

Et aux États-Unis, la Securities and Exchange Commission (SEC) a récemment mis à jour les réglementations relatives au crowdfunding pour le rendre encore plus démocratique et favorable aux entrepreneurs.

Grâce à la loi JOBS adoptée il y a plusieurs années, le crowdfunding dispose de deux voies légales : le règlement Crowdfunding et la Regulation A+.

Grâce à la réglementation sur le crowdfunding, les entrepreneurs peuvent lever des fonds auprès d’un plus grand nombre d’investisseurs. Auparavant, seuls les “investisseurs accrédités” pouvaient acquérir des parts dans une startup (historiquement, il s’agissait de personnes gagnant plus de 200 000 dollars par an ou de personnes disposant d’une valeur nette supérieure à 1 million de dollars). Mais avec la réglementation sur le crowdfunding, les entrepreneurs peuvent lever des fonds auprès de tout investisseur âgé de plus de 18 ans, y compris les clients, les fans et le grand public.

Alors que les entreprises ne pouvaient auparavant lever que 1 million de dollars sur une période de douze mois dans le cadre de la réglementation sur le crowdfunding, la SEC a porté cette limite à 5 millions de dollars au début de cette année.

La Regulation A+ s’adresse aux entreprises qui cherchent à lever davantage de fonds et est souvent considérée comme une “mini-IPO” – une forme moins intensive et moins chère de l’offre publique initiale typique. Ici aussi, en mars de cette année, la SEC a augmenté la limite que les entreprises peuvent lever en utilisant la Regulation A+ de 50 à 75 millions de dollars.

Avec toute cette activité accrue, il existe maintenant des entreprises qui proposent des portails de crowdfunding, ce qui facilite encore plus la mise en relation d’investisseurs moyens et d’entreprises en quête de financement. Parmi ces plateformes, on peut citer WeFunder, Republic et StartEngine.

WeFunder a été créé au sein de Y combinator en 2012 et est le leader du marché. Nécessitant aussi peu que 100$ pour entrer, WeFunder a démocratisé l’accès à l’investissement en actions. En outre, elle a levé près de 10 millions de dollars pour elle-même, via sa propre plateforme, dans un cycle vertueux.

Republic a été fondée en 2016 et a levé près de 70 millions de dollars, clôturant tout récemment un cycle de série A de 36 millions de dollars. Ils embrassent également les crypto-monnaies et ont lancé un token numérique natif de la plateforme dans le cadre d’un accord de partage des bénéfices avec leurs utilisateurs.

StartEngine est le plus ancien portail de crowdfunding, ayant levé près de 350 millions de dollars pour plus de 500 startups. Ils proposent également Start-Engine Secondary, une plateforme de négociation permettant aux utilisateurs d’acheter et de vendre des titres d’entreprises qui ont levé des capitaux avec des ventes de crowdfunding de type Regulation Crowdfunding et Regulation A+.

Peer-to-Peer Crowdfunding Crowdlending. Credit Istock

Crowdlending

Outre l’investissement dans les entreprises, d’autres formes de financement de peer-to-peer ont fait leur apparition.

Dans le domaine du change, cela a donné naissance à une société appelée TransferWise, désormais simplement connue sous le nom de Wise. En mettant en relation des clients qui ont, par exemple, des pesos qu’ils veulent transformer en dollars avec des clients qui veulent changer des dollars en pesos, TransferWise utilise une application de dating adaptée pour s’attaquer à l’ensemble du marché du change.

En effet, l’entreprise a atteint une valorisation de 3,5 Md$ en moins de cinq ans. En 2017, l’entreprise gérait 1 milliard d’euros par mois en change de devises. Ils se préparent maintenant à une introduction en bourse, avec une valorisation d’environ 5 milliards de dollars, tout en étendant leurs offres avec des comptes multidevises et des services commerciaux mondiaux.

Construit sur des réseaux et des applications, TransferWise est également un exemple de la vague de colonisation de la fintech. La vague de radicalisation est apparue lorsque l’IA est entrée en scène.

Prenons l’exemple de la pratique séculaire du ” Buddy, puis-je t’emprunter un dollar ? “, également connue sous le nom de prêt de peer-to-peer. Traditionnellement, il s’agit d’une pratique à haut risque, c’est-à-dire que Buddy récupère rarement son dollar.

Ce problème ne fait qu’empirer avec son ampleur. À mesure que les villages se sont transformés en villes, que celles-ci se sont étendues et que les villes ont commencé à s’étendre, la confiance entre voisins s’est effondrée. C’est là que les banques sont entrées en jeu – elles ont réintroduit la confiance dans l’équation du prêt.

Mais qui a besoin de confiance quand il y a des données ?

Grâce à l’IA, d’énormes groupes de personnes peuvent se réunir, partager des informations financières et mettre en commun les risques, devenant ainsi le marché de peer-to-peer désormais connu sous le nom de “crowdlending”.

Prosper, Funding Circle et LendingTree sont trois exemples d’acteurs sur un marché qui devrait passer de 26 milliards de dollars en 2015 à 559 milliards de dollars en 2027.

Un autre exemple est celui du groupe Smart Finance. Créé en 2013 pour servir l’énorme population chinoise non bancarisée et sous-bancarisée, Smart Finance utilise une IA pour passer au peigne fin les données personnelles d’un utilisateur – données de médias sociaux, données de smartphones, historique d’éducation et d’emploi, etc… – afin de générer un score de crédit fiable presque instantanément.

Grâce à cette méthode, ils peuvent approuver un prêt peer-to-peer en moins de huit secondes, y compris les micro-prêts aux personnes non bancarisées.

Et les résultats parlent d’eux-mêmes. Environ 1,5 à 2 millions de prêts sont contractés chaque mois via Smart Finance.

INVESTIR AVEC L’IA

L’IA a également un impact sur les investissements.

Traditionnellement, ce jeu était joué par les riches, car il s’agit d’un jeu de données. Les conseillers financiers disposaient des meilleures données, mais il fallait être suffisamment riche pour s’offrir un conseiller financier afin d’y accéder.

Et les conseillers sont pointilleux. Comme la gestion des petits investisseurs peut prendre plus de temps que celle des gros investisseurs, de nombreux gestionnaires de portefeuille ont des investissements minimums de l’ordre de centaines de milliers de dollars.

Mais l’IA a uniformisé les règles du jeu.

Aujourd’hui, des robo-advisors comme Wealthfront et Betterment mettent la gestion de portefeuille à la portée de tous. Via une application, les clients répondent à une série de questions initiales sur leur tolérance au risque, leurs objectifs d’investissement et leurs souhaits de sortie, puis les algorithmes prennent le relais.

En réalité, les algorithmes ont déjà pris le dessus.

Comme mentionné précédemment, 80 % des transactions sur le marché sont effectuées par des ordinateurs. Tout ce que les robo-advisors ont fait, c’est mettre ce processus à la disposition directe des clients, leur permettant ainsi d’économiser de l’argent. Au lieu des 2 % de bénéfices (et des 20 % d’incitations) habituellement facturés par un gestionnaire de portefeuille, la plupart des robo-advisors prennent environ un quart de pour cent.

Et les investisseurs réagissent.

Le mois dernier, Wealthfront avait 25 milliards de dollars sous gestion, tandis que Betterment en avait 29 milliards. Bien que les robo-advisors ne soient utilisés que par environ 8 % de l’ensemble des ménages américains, les estimations suggèrent que le total des actifs sous gestion par les robo-advisors atteindra 2,5 milliards de dollars d’ici 2023, soit environ 10 % du marché total.

LA MORT DE L’ARGENT LIQUIDE

Enfin, nous arrivons à notre dernière catégorie : l’utilisation de l’argent pour payer des choses.

Mais nous connaissons déjà cette histoire. À quand remonte la dernière fois où vous avez déposé des pièces dans un poste de péage ? Ou payé en liquide pour une course en taxi ? En fait, Uber et Lyft nous permettent de nous déplacer dans une ville sans portefeuille. Les magasins sans caissier avec des services comme Amazon Go et Uber Eats et les mécanismes de paiement sans portefeuille sont sur le point de devenir la nouvelle normalité (new normal).

Le Danemark a cessé d’imprimer de la monnaie en 2017. L’année précédente, dans le but de développer les services bancaires mobiles et de démonétiser l’économie de gray-market (marché gris) du pays, l’Inde a rappelé 86 % de son argent liquide. Le Vietnam était déjà à 50 % sans argent liquide à partir de 2020. Et la Suède, où plus de 80 % des transactions sont déjà numériques, s’est engagée à devenir la première société entièrement sans espèces d’ici 2023.

Les économistes soulignent souvent que deux des principaux facteurs de croissance économique sont la disponibilité de l’argent – les réserves dans lesquelles nous pouvons puiser – et la vitesse de circulation de l’argent, c’est-à-dire la rapidité et la facilité avec lesquelles nous pouvons déplacer cet argent. Ces deux facteurs sont amplifiés par les technologies exponentielles.

À mesure que nos transactions passent dans le domaine numérique, davantage de données sur les habitudes de consommation peuvent être collectées et transmises à des algorithmes d’IA qui continuent d’apprendre sur la base de données en temps réel. Ces informations alimenteront les campagnes de marketing, les dossiers de crédit et les objectifs d’investissement.

DERNIÈRES PENSÉES

Que faisons-nous exactement avec notre argent ?

Nous le stockons, bien sûr. Principalement dans les banques. Nous le déplaçons également, parfois en transférant de l’argent entre entreprises, d’autres fois en empruntant ou en prêtant à des particuliers. Ensuite, nous l’investissons, en essayant d’utiliser notre argent pour faire fructifier davantage d’argent. Enfin, depuis l’époque où les pièces étaient des coquilles de conque, nous l’échangeons contre les choses que nous voulons.

Grâce à la convergence des technologies exponentielles, chacun de ces domaines est en train d’être réimaginé, les bits et les octets remplaçant les dollars et les cents.

Et ni l’économie contemporaine ni la façon dont nous vivons nos vies ne seront plus jamais les mêmes.

Peter Diamandis

Les cryptomonnaies-or privées, une alternative d’avenir ?

Des initiatives de monnaies virtuelles basées sur l’or émergent partout, mais restent au stade d’amorçage. L’idée est néanmoins intéressante. Par exemple, l’institution monétaire officielle australienne Perth Mint a annoncé lancer une cryptomonnaie basée sur l’or et s’appuyant sur la technologie blockchain. L’entreprise américaine Emergent Technology Holdings développe sa cryptomonnaie indexée sur l’or, le G-coin, via sa filiale suisse. La société de service financier émirati OneGram a fait de même en y ajoutant un attribut Shariah-Compliant (compatible avec la finance islamique). Il existe encore de nombreux projets similaires : le Golden Currency et le Digix à Singapour, le GoldVein et le GoldMineCoin en Russie, le KaratGold en Allemagne, le Sudan Gold Coin à Dubaï… Il s’agit en fait de la deuxième vague de monnaies digitales basées sur l’or, reste donc à voir si ces programmes aboutiront. En 1995, le E-Gold émergeait déjà, et au début des années 2000, d’autres initiatives de monnaies basées sur l’or s’étaient développées sous les noms e-Bullion, BitGold, GoldMoney ou encore OSGold. Je parlerai probablement plus précisément du sujet des crypto-or à l’avenir.

VeraOne, le 1er stablecoin européen adossé à l’or est Français

À côté de cela, il y a le cas emblématique de Facebook. L’annonce en grande pompe de la cryptomonnaie Libra (qui signifie « libre » en latin) par l’entreprise de la Silicon Valley n’a que peu d’intérêt sur le papier, en tout cas pour le moment. Facebook s’est senti poussé des ailes en annonçant ce projet au mauvais moment, alors qu’il était déjà dans le viseur des autorités américaines. Les instances de régulation et les gouvernements du monde refusent unanimement de laisser la société marcher sur les plates bandes de l’oligopole bancaire avec sa nouvelle monnaie. Les Européens ont mis leur véto sur Libra dans leurs juridictions et la monnaie privée pourrait même être totalement interdite. Le cadre juridique de mise en place de Libra va donc être très difficile à fixer.

Le Libra a un fonctionnement calqué sur le DTS dans son mécanisme de panier de monnaies. Il est adossé au dollar américain (50 %), à l’euro (18 %), au yen (14 %), à la livre sterling (11 %) et au dollar de Singapour (7 %). C’est donc un « stable coin », c’est-à-dire une cryptomonnaie dont le cours est indexé sur celui d’actif(s) de confiance. La devise chinoise yuan/renminbi, appartenant tout de même à la deuxième économie mondiale, a néanmoins été exfiltrée du projet. Ceci permit à Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, de respirer entre deux interrogatoires devant le Congrès américain qui le sommait d’expliquer son projet de cryptomonnaie mondiale, en plus du profilage de ses utilisateurs et de la non-censure des « fake news » faites sur ses réseaux sociaux. En somme, Libra est plus un service de paiement qu’autre chose et n’a aucun avenir dans l’immédiat. Elle sera sûrement mise de côté le temps de consolider l’offre et que les affaires de Facebook se tassent.

Certains ont ou ont eu beaucoup d’espoirs sur le bitcoin en tant que monnaie mondiale « libre », mais cela ne tient pas non plus sachant que seul 1,3 % des transactions passées sur le réseau bitcoin international sont des échanges marchands. Ce qui signifie que tout le reste se cantonne à de la spéculation financière. De plus, une étude du Crédit Suisse établit que 97 % des bitcoins sont détenus par 4 % des utilisateurs. Il est plausible de penser que ce monopole permettrait de contrôler le bitcoin et de manipuler son cours en cas de concertation de ces 4 % de propriétaires.

La cryptomonnaie universelle de demain devra être indexée sur des actifs physiques de référence comme l’or et l’argent métal. Ceci permettra non seulement de stabiliser sa valeur, mais également pour pouvoir la convertir en des actifs de référence universellement reconnus.

Franck Pengam

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Des transactions anonymes utilisant la monnaie numérique soutenue par la banque centrale

La Banque centrale européenne (BCE) a développé une preuve de concept pour une monnaie numérique de la banque centrale (CBDC) partiellement anonyme qui cherche à fusionner la confidentialité et la conformité.

Dans son dernier rapport, la BCE décrit les détails de l’initiative, qui a été développée sur la plate-forme DLT Corda et s’appuie sur des preuves de concept antérieures basées sur cette technologie.

Le concept est centré sur l’utilisation de coupons anonymes pour les utilisateurs qui effectuent de petites transactions et qui, de ce fait, n’auraient pas besoin de révéler leur identité. Les transactions plus importantes, cependant, ne bénéficieraient pas du même degré de confidentialité.

“La validation de principe montre qu’il est possible, en utilisant la plate-forme Corda, de construire un système de paiement CBDC simplifié qui protège la vie privée des utilisateurs pour les transactions de faible valeur, tout en garantissant que les transactions de plus grande valeur sont soumises à des contrôles LAB/CFT obligatoires”, indique le rapport. [Lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (dite LAB/FT, ou CFT/AML, pour combating the financing of terrorism and anti-money laundering)].

Qu’y a-t-il dans la preuve de concept (PoC – proof-of-concept) ?

Le PoC prévoit quatre parties – la banque centrale, deux intermédiaires et une autorité de lutte contre le blanchiment d’argent (AML) – chacune représentée par un nœud qui exploite une application distribuée Corda (CorDapp). La banque centrale n’embarque pas directement les utilisateurs, n’émet pas ou ne distribue pas les unités de la CBDC, et ne supervise pas les transferts de la CBDC. Les intermédiaires entretiennent plutôt des relations avec les utilisateurs, traitent les transactions et tiennent des registres de grand livre.

L’élément clé du système proposé est l’utilisation des “coupons anonymes”.

Chaque utilisateur est identifié dans le réseau par un pseudonyme et se voit attribuer un certain nombre de coupons par mois, explique le rapport. Lorsque les utilisateurs traitent des transactions de faible valeur, ils peuvent dépenser les coupons pour éviter de révéler leurs informations personnelles à la banque centrale ou aux intermédiaires.

En revanche, lorsqu’ils effectuent des transactions de grande valeur qui dépassent le montant autorisé des transferts anonymes, une autorité spécialisée dans la lutte contre le blanchiment d’argent surveillera les données relatives aux transactions et s’assurera qu’elles respectent les normes de conformité en vigueur et surveillera le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Domaines d’amélioration

Le rapport de la BCE se penche sur certains des défis auxquels le système proposé serait confronté s’il était mis en œuvre dans le cadre de situations d’utilisation réelles.

Premièrement, il faut un meilleur mécanisme de validation des transactions pour permettre une plus grande confidentialité. Actuellement, pour valider un transfert, un intermédiaire doit vérifier toutes les transactions passées associées à cette unité de la CBDC. Pour régler ce problème, la banque propose d’introduire un “découpage en chaîne” afin de réduire la quantité d’information rendue visible à des parties non apparentées.

Deuxièmement, les utilisateurs doivent pouvoir accéder à leurs soldes et effectuer des transactions lorsque l’intermédiaire qui leur a été assigné n’est pas disponible. Cette amélioration peut être réalisée en permettant aux utilisateurs de stocker leurs clés dans leur appareil privé, comme un portefeuille de téléphone mobile, ou en permettant à d’autres intermédiaires du système de traiter leurs unités CBDC.

De plus, la Banque croit qu’il faut davantage de techniques visant à améliorer la protection de la vie privée, l’interopérabilité avec un système de règlement brut en temps réel (RBTR : RTGS en anglais Real-time Gross settlement) ainsi qu’une analyse approfondie de l’extensibilité pratique du PoC.

Environnement réglementaire incertain

La question de savoir si la BCE doit émettre sa propre monnaie numérique pour que le public puisse bénéficier d’un moyen de paiement simple et bon marché a été débattue depuis longtemps. La semaine dernière, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a déclaré lors d’une conférence de presse que la BCE devrait accélérer ses efforts en matière de monnaie numérique et “prendre de l’avance” sur les stablecoins ou les tokens qui sont censés être liés à la valeur des monnaies émises par le gouvernement.

Mais il y a également eu une résistance considérable de la part des autorités de l’UE.

Début décembre, les ministres des finances de l’UE ont affirmé qu’aucune cryptomonnaie stable (stablecoin) mondiale ne devrait être autorisée tant que leurs risques juridiques, réglementaires et de surveillance n’auront pas été pleinement pris en compte. L’ancien président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a également affirmé sa position ferme contre les monnaies numériques.

Lors d’une conférence à Pékin en novembre, il a déclaré : “Je suis fermement contre le bitcoin, et je pense que nous sommes un peu complaisants … La cryptomonnaie elle-même n’est pas réelle, avec les caractéristiques qu’une monnaie doit avoir.”

Cryptoast, The Block

Ils pourraient déterrer le corps du PDG QuadrigaCX pour voir s’il est vraiment mort

Gerald Cotten, 30 ans, PDG de QuadrigaCX, une société d’échange de devises cryptographiques basée à Vancouver, est décédé à la fin de 2018 – emportant dans sa tombe les mots de passe d’une valeur d’environ 137 millions de dollars et appartenant à 115 000 utilisateurs de QuadrigaCX.

L’incident a déclenché de nombreuses théories de conspiration : le PDG a-t-il simulé sa propre mort et s’est-il enfui avec l’argent ? Maintenant, il semble que le volet pourrait conduire à déterrer le corps de Cotten pour vérifier s’il est vraiment mort.

Selon un rapport alarmant de 70 pages publié en juin par un contrôleur des faillites canadien nommé par le tribunal, Cotten a détourné l’argent de ses clients vers de faux comptes, ses propres comptes et ceux de son épouse.

Aujourd’hui, une équipe de représentants légaux de ceux dont l’argent a disparu avec la mort de Cotten a envoyé une lettre à la Gendarmerie royale du Canada pour demander une exhumation et une autopsie post-mortem “afin de confirmer son identité et la cause du décès”, rapporte la BBC.

Après le rapport de juin, les débats “mettent encore plus en évidence le besoin de certitude quant à la question de savoir si M. Cotten est effectivement décédé”, peut-on lire dans cette lettre, telle que citée par la BBC.

La situation était un énorme gâchis avant même la mort de Cotten. Le rapport de juin indiquait que les enquêteurs n’avaient trouvé aucun dossier financier de QuadrigaCX au cours des dernières années, écrivant que “Quadriga ne semble pas avoir tenu un grand livre général ou des registres comptables traditionnels depuis au moins 2016”.

BBC

La Chine s’apprête à lancer sa monnaie numérique

La Chine prévoit un projet pilote réel de sa monnaie numérique, dont la première phase pourrait commencer avant la fin de cette année, selon un rapport de l’influente publication d’informations financières chinoise Caijing. Cela confirmerait les récentes spéculations selon lesquelles la Chine est sur le point de devenir la première grande économie à émettre une monnaie numérique souveraine.

En août, un responsable de la Banque populaire de Chine (PBOC) a déclaré que la monnaie était “proche” d’être émise. Le nouveau rapport décrit les prochaines étapes de ce processus. Le PBOC pourrait lancer des expériences à petite échelle le “paiement électronique en monnaie numérique” (DCEP) à Shenzhen et dans la ville de Suzhou, dans l’est du pays, avant la fin de l’année. En 2020, elles seraient ensuite étendues à une plus grande échelle.

L’intention est de remplacer directement l’argent liquide. Le DCEP sera compatible avec Alipay et WeChat Pay et peut être utilisé sans connexion Internet. Le rapport indique que la monnaie offrira aux utilisateurs au moins un certain degré d’anonymat. Cependant, il n’explique pas comment cela pourrait fonctionner. Lisez l’histoire complète.

MIT Technology Review

Les Crypto-Or d’Etat

Le dollar a perdu 80 % de son pouvoir d’achat depuis 1971 et l’euro un tiers depuis sa naissance en 1999. L’or et l’argent métal sont les solutions pour préserver de la valeur. Mais en plus de l’or, plusieurs pays étudient sérieusement la question des cryptomonnaies échangeables entre nations souveraines. Le système financier actuel basé sur la monnaie fiduciaire pourrait être remplacé à terme par des monnaies numériques adossées à des métaux précieux ou des matières premières.

On pense au Petro du Venezuela qui stupéfia le paysage économique, car pour la première fois un État émettait une cryptomonnaie officielle et adossée sur son pétrole (le pays a les premières réserves d’or noir au monde). Cette idée, défendue par l’ancien président Chavez dès mars 2009, fut lancée par son successeur Maduro en février 2018. Une tentative honorable qui n’a que peu abouti. Les îles Marshall (paradis fiscal de 180 km²) annoncèrent leur projet de cryptomonnaie d’État à peine un mois après. Il finit en queue de poisson également.

Ces initiatives de cryptomonnaies étatiques tournées en ridicule sont aujourd’hui à l’agenda, entre autres, du Royaume-Uni, du Canada, de Singapour, de la Turquie, de l’Iran, de la Russie et de la Chine. La BCE déclarait quant à elle que les cryptomonnaies ne sont pas une menace pour la stabilité financière de la zone euro par manque de crédibilité pour remplacer les espèces et les dépôts en l’état actuel des choses. L’annonce officielle du lancement de la cryptomonnaie Libra de Facebook le 18 juin 2019 poussa néanmoins la présidence finlandaise de l’UE à proposer le novembre suivant la création d’une cryptomonnaie européenne.

Si une cryptodevise n’a aucun intérêt en soi, la donne peut changer quand on y adosse un actif réel, à l’instar d’une devise traditionnelle. On a déjà vu que le yuan pouvait avoir une clause de convertibilité en or dans le cadre de transactions de pétrole. Qu’en est-il en Russie ? À deux fois, le président russe Vladimir Poutine déclara sur la scène internationale que la devise américaine ne méritait plus le statut et le privilège de « monnaie de réserve mondiale » qui permet une impression ou plutôt une émission illimitée de celle-ci. L’agence de presse russe TASS annonçait quant à elle que la Banque centrale de Russie réfléchissait à émettre une cryptomonnaie adossée à l’or pour régler les transactions du commerce international.

À terme, la Russie suppose un monde où il y ait soit plusieurs cryptomonnaies nationales qui circuleraient sur une base or, soit une monnaie unique qui pourrait circuler pour les échanges mondiaux sous la forme d’une cryptodevise adossée à 100 % sur de l’or et détenue par un trust international à l’abri des interférences nationales. Dans ce deuxième cas, des institutions privées seraient donc responsables de l’émission de la monnaie électronique en ayant le contrôle sur la masse monétaire en circulation, tandis que les échanges ne feraient pas l’objet d’intermédiaires banquiers ou étatiques. Cette seconde version du projet semble plus difficile à mettre en place et pose un problème de souveraineté monétaire. Elle est peu convaincante, car il reste plausible qu’un trust privé gérant l’émission d’une monnaie supranationale finisse par s’émanciper du contrôle des Etats pour devenir une institution technocratique plus ou moins autonome et contre-productive, à l’instar de la FED ou de la BCE.

La première proposition peut être plus intéressante. Une alternative sérieuse aux systèmes financiers (DTS ou dollar), sur lesquels les populations et la majorité des états ont finalement peu d’emprise, pourrait effectivement être une combinaison entre les cryptomonnaies et l’or pour créer une synthèse qui servirait de réserve de valeur pour le commerce international et pourquoi pas pour les échanges nationaux. Dans l’hypothèse d’un retour au standard-or ou équivalent du genre, il semble techniquement déraisonnable de commercer en échangeant des volumes importants d’or tous les quatre matins. Le transport, la sécurité des cargaisons et le stockage seraient bien trop coûteux en temps, en argent et en énergie.

Nous pouvons formuler quelques hypothèses de travail à partir de ces éléments. Une cryptomonnaie émise par une banque centrale et adossée à l’or pourrait être une solution de facilitation et de solidification du commerce entre les nations. Il s’agira par exemple d’émettre un volume de cryptomonnaies payables à l’échéance en or à une date convenue. Dans le système de l’étalon-or du siècle dernier, la date limite fixée par le système de lettres de crédit payable à l’échéance en pièce d’or était de trois mois. Ce système réactualisé avec des cryptomonnaies permettrait d’effectuer des centaines et des milliers de transactions sans faire circuler l’or des coffres avant la date d’échéance. Des cryptomonnaies pourraient être émises à condition qu’elles restent strictement adossées à des stocks d’or réels et disponibles. Plusieurs modèles peuvent être envisagés :

  1. Dans un cadre purement souverainiste, il s’agirait d’échanger des cryptoactifs étatiques émis par chaque nation de manière bilatérale et envoyer le paiement en or quand les cryptomonnaies arrivent à échéance. Une fois cette échéance actée, les cryptomonnaies seraient mécaniquement détruites avec le paiement en or. Il s’agira ensuite d’effectuer une nouvelle émission de cryptomonnaies pour la prochaine transaction et ainsi de suite. L’or devra être à cours légal pour laisser le choix aux citoyens d’utiliser les cryptomonnaies ou l’or quand ils le souhaitent et pour assurer que la valeur des cryptomonnaies immatérielles reste adossée à un métal physique.

  2. Dans un cadre multipolaire, des zones économiques pourraient être créées en fonction des affinités culturelles, économiques et civilisationnelles des nations pour émettre une cryptomonnaie commune adossée sur l’or qui servira au commerce extérieur à la zone. Pour ne pas réitérer les erreurs de l’euro, il s’agira de décider si tous les pays de la zone utiliseraient la cryptomonnaie commune ou si chaque pays de la zone devrait détenir en plus sa propre cryptomonnaie nationale adossée à l’or pour son marché intérieur. Le métal jaune devra dans tous les cas avoir cours légal partout pour permettre au particulier d’avoir le choix de l’outil de ses transactions (en or ou en cryptodevise). Chaque zone mondiale aurait sa propre cryptomonnaie commune et les échanges entre zones pourront avoir lieu de manière bilatérale et multilatérale avec les différentes cryptomonnaies payables à l’échéance en or, sur le modèle du cadre souverainiste énoncé précédemment. Le plus difficile restera de définir les frontières de la zone de la cryptomonnaie commune. Pour l’Europe par exemple, il s’agira de voir s’il faut intégrer les principaux partenaires comme la Russie (ce qui serait logique en tant que pays européen avec des liens économiques considérables) ou encore, plus compliqué à traiter, la Chine ou les États-Unis, sachant que le commerce entre l’Europe et ces deux pays est également considérable. Il serait en tout cas injustifié d’intégrer l’un sans l’autre (la Chine et les États-Unis) à part si l’on se limite à des critères civilisationnels. Limiter la zone économique à la géographie pure peut aussi être une solution pour faciliter le débat sur les frontières de la zone à choisir ; une cryptomonnaie africaine, une cryptomonnaie latino-américaine, etc. Un maximum de six ou sept zones mondiales pourrait être fixé.

  3. Dans un cadre multilatéral purement pragmatique, des zones économiques de crypto-or communes plus restreintes pourraient être créées entre les pays ayant une volonté d’intégration économique en gardant le fonctionnement des modèles précédents. Contrairement au cadre multipolaire, la dimension commerciale serait ici le facteur principal d’établissement d’une cryptomonnaie-or commune. Un seul pays pourrait donc créer plusieurs cryptomonnaies communes avec d’autres nations pour son commerce extérieur et une intégration économique poussée. Alors que cela n’est qu’une option dans le cadre multipolaire, les pays garderaient dans ce cas nécessairement leur propre cryptodevise nationale basée sur de l’or à cours légal pour leur marché intérieur. Ceci éviterait la complexité que générerait la circulation de plusieurs cryptomonnaies sur un territoire.

Tous ces modèles (très simplifiés) nécessiteront inévitablement un niveau d’ingénierie monétaire et juridique avancé pour qu’aucune des parties ne soit lésée ou subordonnée par le mécanisme monétaire et pour articuler correctement le niveau national et international. Ce serait concevable en abandonnant l’argent liquide et en passant par un système entièrement basé sur les cryptomonnaies tant sur le marché intérieur qu’extérieur. Ces cryptomonnaies devront être bien entendu obligatoirement adossées à de l’or à cours légal pour éviter les dérives financières et pour permettre au citoyen d’avoir le choix d’utiliser quand il le souhaite une monnaie physique ou numérique.

Dans un tel système d’étalon-or, l’argent métal doit également être intégré de pair pour couvrir les achats les plus modestes. Le standard-or est un terme générique intégrant de facto l’argent métal qui possède les mêmes propriétés monétaires que l’or, mais avec une valeur moindre qui permet les transactions du quotidien.

Franck Pengam

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Quelle monnaie virtuelle pour demain, DTS ou crypto ?

Les assouplissements quantitatifs (ou planche à billet) et les taux négatifs bancaires permettent de maintenir le statu quo économique actuel en donnant les moyens à de grandes entreprises déficitaires de survivre avec des liquidités faciles d’accès. Dans l’optique où l’on sortirait de cette période par un krach ou par une transition réelle, deux grandes alternatives seraient concevables et nous (Français) ne serons gagnants dans aucun scénario.

Certaines institutions internationales détiennent de l’or afin de faciliter leurs missions. C’est le cas du Fonds Monétaire International (FMI), qui fut constitué et financé par les réserves d’or de ses membres. Selon elle, les réserves mondiales d’or détenu par les banques centrales et institutions financières avoisinaient les 34 000 tonnes en 2019. Cette institution possède également 2 814,1 tonnes de métal jaune. Ces métaux lui serviraient de réserve et de financement de ses activités. Cette somme imposante place le FMI en troisième position du classement mondial des réserves d’or, après les États-Unis et l’Allemagne.

Credit: FMI

Comme le dit très justement Simone Wapler, spécialiste des métaux, des matières premières et du secteur de l’énergie :

« si l’or est une relique barbare : pourquoi le FMI a-t-il de l’or, pourquoi les grandes banques centrales continuent-elles à détenir de l’or, pourquoi certaines en ont même acquis depuis 2008 et enfin, une banque centrale peut-elle avoir comme réserves des emprunts d’État à taux d’intérêt négatif ? »

Ceci pose question dans un scénario de retour du métal historique dans le commerce international. Quelle place aurait vraiment le FMI dans un contexte d’étalon-or ? Après la Seconde Guerre mondiale, les Accords de Bretton Woods avaient marqué la fin progressive de l’étalon-or et la mise en place d’un nouveau système financier international dès 1944. Pour structurer ce nouveau monde, différentes institutions émergèrent à cette époque :

  • La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), aussi appelée Banque mondiale ;
  • Le FMI ;
  • Ainsi que la signature de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (mieux connu sous le sigle anglo-saxon de GATT) donnant naissance à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995.

L’objectif était d’ouvrir, unifier et uniformiser les économies du monde sous l’égide du dollar américain directement indexé sur l’or. Cela marcha plutôt bien après-guerre mais, en 1971, les États-Unis mirent fin à la convertibilité du dollar en or ce qui sonna l’avènement du billet vert seul comme première devise de réserve internationale. Depuis l’économie mondiale a bien changé. Sous l’angle de la dédollarisation, j’avais établi des scénarios du prochain système économique international il y a près d’un an dans un article intitulé « Vers la fin de Bretton Woods et de l’hégémonie du dollar ? » :

Depuis, les lignes ont déjà beaucoup bougé et de nouvelles informations me permettent de réviser ces points. Commençons déjà par définir les DTS (Droits de Tirage Spéciaux), dont la Chine n’est partie prenante que depuis 2015. Ils ne sont pas une monnaie, mais une unité de compte immatérielle créé par le FMI en 1969. Les DTS consistent en un panier de monnaies utilisé pour le commerce international et les marchés financiers. Pour le dire autrement, il s’agit d’un étalon de réserve à l’instar de l’or. Le DTS est composé par pondérations respectives du dollar américain (41,73 %), de l’euro (30,93 %), du yuan (ou renminbi) chinois (10,92 %), du yen japonais (8,33 %) et de la livre sterling anglaise (8,09 %).

Credit: FMI

Au lendemain de la Seconde Guerre, deux projets monétaires mondiaux s’opposèrent : celui symbolisé par l’économiste américain Harry Dexter White dans lequel le dollar était la monnaie pivot du monde et celui symbolisé par l’économiste britannique John Maynard Keynes dans lequel le bancor, une nouvelle monnaie mondiale à créer, était la nouvelle référence internationale des échanges. Les deux monnaies comprenaient l’indexation de l’or dans ses bases. Nous connaissons la suite, le projet américain l’emporta.

De nos jours, certains analystes alternatifs comme la juriste Valérie Bugault, pensent que la chute possible du dollar amènerait à la promotion d’une monnaie supranationale sur le modèle du bancor. Les DTS seraient la première phase de l’avènement de ce projet de devise mondiale unique contrôlée par des banquiers internationaux. Dans un tel cas, il ne s’agirait non plus de la fin, mais plutôt d’un aboutissement alternatif du système de Bretton Woods avec une gouvernance mondiale gérée par ses institutions clefs.

En parallèle, il ne faut pas oublier que la Chine a également créé de son côté des institutions eurasiatiques alternatives à Bretton Woods censées faire concurrence au FMI et à la Banque mondiale. Il s’agit de la Banque asiatique de développement, de l’Organisation de coopération de Shanghai ou encore de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures. Prendre part au DTS en 2015 fut un moyen pour Pékin d’internationaliser sa monnaie en lui attribuant une reconnaissance officielle pour stimuler les investisseurs institutionnels du monde entier.

Mais pour que le yuan devienne une réelle monnaie de référence sur le marché, il faudrait que la Chine rende sa monnaie convertible, c’est-à-dire qu’elle abandonne son contrôle des capitaux pour la laisser fluctuer au gré du marché de change. Le problème est que contrôler la valeur de la monnaie, en la sous-évaluant par exemple comme l’accuse Washington depuis des années, permet de soutenir les exportations au détriment des importations. Abandonner ce pouvoir est donc d’un sacrifice difficile à faire pour le Parti Communiste Chinois. Bien que la thèse du yuan-or ou du yuan tout court en tant que devise internationale ait connu des avancées significatives indéniables, elle a peu de chance de s’imposer au monde prochainement. C’est probablement pour cette raison que Pékin joue sur tous les tableaux (DTS/pétro-yuan-or) pour pouvoir se positionner stratégiquement en fonction de la conjoncture.

Avec les éléments que nous avons vus jusque-là, les scénarios actualisés avec l’or pourraient être de cet ordre :

  1. Une crise financière mondiale amenant :
  • À la chute du dollar et l’émergence des DTS sous une forme de cryptomonnaies possiblement indexées sur l’or et gérées majoritairement par le FMI (la question est donc de savoir qui contrôle le FMI).
  • Au maintien de la domination du dollar avec ou sans son indexation sur l’or.

Peu importe l’issue de ce scénario, les États-Unis en sortiront hégémoniques au vu de la pondération du dollar dans les DTS, de sa capacité d’influence sur le FMI et de la quantité écrasante de ses stocks d’or (à 8 133 tonnes contre 3 366 pour l’Allemagne en deuxième position).

  1. Le statu quo du système économique international amenant :
  • Au maintien du dollar en tant que devise de référence internationale avec ou sans indexation à l’or.
  • Une transition douce possible à moyen terme vers un système financier diversifié soit avec plus de place pour des devises autres que le dollar (euro, yuan, yen…), soit avec la consolidation progressive de cryptomonnaies privées et d’État, soit avec l’utilisation graduelle des DTS (indexés sur l’or ou non) dans les transactions, soit un peu de tout à la fois.

Malgré une concurrence monétaire internationale émergente, la domination du dollar reste encore écrasante : 63,5 % des réserves en devises des banques centrales mondiales restent constituées en dollars contre 20 % en euro, 4,52 % pour le yen et 1,1 % pour le yuan. L’euro est la devise concurrente la plus sérieuse ce qui fait doucement rire au vu de l’instabilité politique et économique de la zone (Allemagne en récession, Brexit, Italie endettée avec peut-être un projet de sortie de l’euro…). De toute façon, il n’y a pas de volonté de l’Union européenne de voir l’euro s’internationaliser, car cela signifierait que la devise subirait plus de spéculation et donc plus de fluctuation de son cours ce que les Allemands ne tolèreraient pas. Christine Lagarde, ancienne n° 1 du FMI et nouvelle patronne de la BCE, a quant à elle affirmé son soutien à une monnaie internationale sur le modèle du bancor, c’est-à-dire une valeur supranationale (les DTS en résumé) qui remplacerait le dollar dans les transactions mondiales.

L’ordre économique et financier de demain sera donc géré indirectement par une gouvernance mondiale du FMI ou directement par l’empire américain. Nous assistons à la lutte entre ces deux camps pour l’hégémonie depuis de nombreuses décennies déjà. Toutes les alternatives annexes ont encore peu de chance d’aboutir et surtout de s’imposer au monde dans l’immédiat. Le phénomène de dédollarisation mondiale est un mouvement inéluctable, mais cela ne signifie pas la fin du dollar pour autant. Comme vous le voyez, de nombreuses possibilités s’entrechoquent. Une multipolarité monétaire semble difficilement envisageable à court et moyen terme tant du point de vue technique que juridique. L’or et les cryptomonnaies vont, quant à eux, être graduellement de plus en plus présents dans les réserves et dans les échanges dans le cadre d’une diversification des actifs.

Franck Pengam

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Le gouvernement américain interroge Zuckerberg sur ses plans en matière cryptomonnaie

Mark Zuckerberg a tenté d’expliquer et de justifier les plans de Facebook pour sa cryptomonnaie Libra devant un Congrès américain hostile (The Verge). Maxine Waters, présidente de la Commission des services financiers de la Chambre des représentants, ainsi que de nombreux autres législateurs, ont exprimé des doutes quant à la légitimité et à la fiabilité de Facebook, déclarant à Zuckerberg que “nous sommes très préoccupés par votre projet de créer une monnaie numérique mondiale qui menacerait le dollar américain.

La crypto-monnaie de Facebook s’effondre devant nos yeux

Les critiques disent que la Libra de Facebook menace le pouvoir américain. Zuck dit qu’ils ont tout faux.

Comme l’écrit Mike Orcutt, le PDG de Facebook a une nouvelle stratégie visant à recueillir le soutien des politiciens américains pour son projet de lancement d’une monnaie numérique : faire appel à leur patriotisme. Plutôt qu’un rival du dollar, les régulateurs devraient considérer la Libra comme un instrument du pouvoir géopolitique américain, a déclaré Mark Zuckerberg à plusieurs reprises lors d’une audition de six heures devant le comité du House Financial Services, mercredi.

MIT Technology Review

La crypto-monnaie de Facebook s’effondre devant nos yeux

Les plans de Facebook pour établir la Libra, sa crypto-monnaie, s’effondrent en temps réel.

Après avoir été confrontés à une forte réaction de la part des gouvernements du monde entier, bon nombre des 28 entreprises ayant apporté leur soutien initial ont quitté le navire.

Les partenaires étaient censés aider Facebook à créer un réseau puissant et à propager la Libra dans le monde entier. Mais la semaine dernière, PayPal a démissionné de la Libra Association, l’organe destiné à superviser la création et le déploiement de la Libra. Et maintenant, Visa, MasterCard, Stripe et eBay ont également abandonné ce projet en ruine.

Les plans de Facebook pour sa crypto-monnaie ont suscité des critiques et un examen minutieux de la part des organismes de réglementation. Leur raisonnement : une plate-forme technologique de deux milliards d’utilisateurs pourrait finir par saper et menacer les économies locales en privatisant les interactions financières.

L’image de Facebook avait déjà été ternie de manière significative à la lumière d’une enquête antitrust en cours menée par le ministère américain de la Justice. La candidate à la présidence Elizabeth Warren s’est également jointe à la bataille en annonçant des plans visant à démanteler des mégacorporations technologiques, dont Facebook.

L’Europe est également en feu : Facebook et la Libra Association sont confrontés à un échec de la part des régulateurs de l’Union européenne.

La Libra pourrait-elle être la perte de Facebook, comme certains experts l’ont prédit ? Il est trop tôt pour le dire.

Néanmoins, la Libra Association va de l’avant. “Nous attendons avec impatience la réunion inaugurale du Conseil de la Libra Association et l’annonce des premiers membres”, a déclaré Dante Disparte, responsable de la politique de la Libra, à The Verge.

Le groupe a nommé cinq membres du conseil d’administration – dont Wences Casares, PDG de Xapo, Andreessen Horowitz, associé et responsable de la chaîne de distribution Katie Haun, et David Marcus, directeur de Facebook, qui a été le visage principal du projet jusqu’ici.

“Compte tenu de l’ampleur et de l’ambition du projet, il reste encore un certain nombre de défis à relever”, a déclaré Haun dans un communiqué, “y compris la conformité réglementaire”.

Au sein de l’association Libra, un seul processeur de paiement reste impliqué : PayU, une société néerlandaise spécialisée dans les paiements mobiles et sur le Web sur le marché européen. PayU a refusé de commenter à la suite des départs précédents, mais a affirmé son engagement envers le projet lors de la réunion inaugurale de lundi. “La mission de l’association”, a déclaré PayU dans un communiqué, “correspond parfaitement à la vision de PayU de créer un monde sans frontières financières, dans lequel tout le monde peut prospérer”.

The Verge, The Verge