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Les e-mails de Fauci, le prochain scandale à venir ? #FauciEmails

Les e-mails de Fauci font la une aujourd’hui. BuzzFeed a publié 3 200 pages d’e-mails. Les mails ont été obtenus en vertu de la Freedom of Information Act (FOIA) #FauciEmails

Plus de 3 200 pages d’e-mails obtenues dans le cadre d’une action en justice au titre de la loi sur la liberté de l’information (Freedom of Information Act) déposée par BuzzFeed News – couvrant la période de janvier à juin 2020 – offrent un rare aperçu de la manière dont Fauci abordait son travail pendant la plus grande crise sanitaire, le montrant en train de traiter directement avec le public, les responsables de santé, les journalistes et même les célébrités. Le Washington Post a également reçu plus de 800 pages d’e-mails et a publié un article.

Ces milliers de pages montrent comment Fauci a tenté de calmer les Américains et de développer une stratégie.

Dans The Guardian, parmi les courriels les plus révélateurs figurent ceux provenant de correspondants fortunés ou influents.

Dans l’un d’eux, daté du 3 avril de l’année dernière, Fauci évoque une conversation avec le fondateur de Microsoft, Bill Gates, au sujet d’un effort mondial de vaccination et s’est dit “enthousiaste à l’idée d’aller de l’avant dans une “approche collaborative et, espérons-le, synergique concernant le Covid-19” impliquant les agences de santé fédérales et la Fondation Bill et Melinda Gates, selon les courriels.

Il y a également des échanges de courriels avec le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, au sujet de la création d’un centre d’information sur le coronavirus sur les médias sociaux, et un autre avec l’acteur Morgan Freeman qui propose de diffuser le message Covid-19 à ses 100 000 followers sur Twitter.

Les courriels montrent également que Fauci a reçu une rafale de correspondance indiquant que le coronavirus avait fui d’un laboratoire de Wuhan. Les réponses de Fauci sont censurées.

Obtenu par BuzzFeed News via FOIA. Visible page 2286 du pdf des 3 200 pages d’e-mails https://www.documentcloud.org/documents/20793561-leopold-nih-foia-anthony-fauci-emails

Dans The National Pulse on découvre que le Dr Anthony Fauci – qui a nié à plusieurs reprises avoir participé à des recherches sur les “gains de fonction” (militarisation des virus) – a envoyé des mails de panique aux membres du personnel du National Institutes for Allergies and Infectious Disease (NIAID) au début de la pandémie.

Obtenu par BuzzFeed News via FOIA

L’article académique joint à l’e-mail s’intitule : A SARS-like cluster of circulating bat coronaviruses shows potential for human emergence. Il y est question de la manière dont des chercheurs américains et chinois manipulent les virus pour mieux comprendre comment ils peuvent s’attacher aux humains.

Selon le National Institute for Health , « la recherche sur le gain de fonction (GOF) peut présenter des risques en matière de biosécurité et de biosûreté. »

Ça confirme l’explication du Pr Montagnier et de Henrion-Caude

The Insider Paper sur le FOIA #FauciEmails twitte également :

– Il a eu des discussions urgentes sur le gain de fonction.

– A ignoré le scientifique qui lui a dit que la Chine avait menti sur le virus et les données.

– A été informé d’une possible fuite du laboratoire de Wuhan.

– On lui a dit par courriel que les masques de détail ne fonctionnaient pas en raison de la taille du virus.

Un autre qui indique que le Dr Fauci a animé un groupe de discussion sur le gain de fonction.

Les premiers #FauciEmails montrent que l’on est conscient du risque d’aggravation de la maladie après la vaccination par le COVID, comme cela a été le cas pour les candidats vaccins contre le SRAS.

Dans un email que le physicien Erik Nielsen a envoyé à Fauci en mars 2020, il a recommandé non pas un, mais deux médicaments qui pourraient aider à combattre le #COVID19. L’un des médicaments était l’Hydroxychloroquine (p.153-154).

Selon Fauci, les masques ne sont pas nécessaires à moins d’être malade et il fait remarquer que le SARS CoV 2 est si petit qu’il passe facilement entre les fibres des masques.

Beaucoup d’américains sont en colères et ne comprennent pas pourquoi certains des #FauciEmails sont dissimulés par la plupart des médias. En effet, nous ne retrouvons aucun des e-mails dignes d’intérêt dans les comptes rendus des médias (sauf National Pulse cité plus haut) et ils n’ont même pas pris la peine de faire une enquête plus poussé.

Quoi qu’il en soit, la fuite du laboratoire de Wuhan est de plus en plus plausible. @ suivre

Le référentiel complet des e-mails peut être trouvé et lu ici.

Les courriels divulgués dressent un tableau accablant de la crédibilité du Dr Fauci.

Maj :

The Daily Caller : Le service de presse de la Maison Blanche n’a aucune question sur les emails du Dr. Fauci.

The National Pulse : Des emails montrent que Fauci a ignoré les avertissements d’un docteur en physique concernant les fausses données COVID chinoises.

Yahoo! News, NewsBytes : La divulgation des emails du Dr Fauci de 2020 révèle qu’il connaissait la théorie de la fuite du laboratoire.

Fox News : Tucker Carlson: Is Dr. Fauci under criminal investigation? “Il est vite apparu que Tony Fauci n’était qu’un autre bureaucrate fédéral sordide – profondément politique et souvent malhonnête. Plus choquant encore, nous avons ensuite appris que Fauci lui-même était impliqué dans la pandémie qu’il était censé combattre. Fauci a soutenu les expériences grotesques et dangereuses qui semblent avoir rendu le COVID possible.”

Laura Ingraham’s “Medicine Cabinet,” featuring Peter McCullough, MD, MPH; Harvey Risch, MD, PhD; & Jay Bhattacharya, MD, PhD, discuss what Tony Fauci got wrong on a myriad of COVID related policies… and the disastrous results.

Global Trends : Les tendances mondiales 2040

7e éd. du rapport des tendances mondiales 2040 du National Intelligence Council

Global Trends

Global Trends évalue les principales tendances et incertitudes qui façonneront l’environnement stratégique des États-Unis au cours des deux prochaines décennies.

Cette analyse est présentée avec humilité, sachant que l’avenir se déroulera invariablement d’une manière qui n’aura pas été prévue. Bien que Global Trends soit nécessairement plus spéculatif que la plupart des évaluations du renseignement, ils s’appuient sur les principes fondamentaux de leur métier d’analyste : il envisagent des hypothèses alternatives et la façon dont ils pourraient se tromper ; et ils ne défendent pas de positions ou de préférences politiques. Global Trends reflète le point de vue du National Intelligence Council sur ces tendances futures ; il ne représente pas le point de vue officiel et coordonné de la US Intelligence Community ni la politique américaine.

Ce rapport se compose de trois sections générales.

Tout d’abord, il examine les forces structurelles dans quatre domaines essentiels : la démographie, l’environnement, l’économie et la technologie. La deuxième section examine comment ces forces structurelles interagissent et se croisent avec d’autres facteurs pour affecter les dynamiques émergentes à trois niveaux d’analyse : les individus et la société, les États et le système international. Enfin, la troisième section identifie plusieurs incertitudes clés et les utilise pour créer cinq scénarios futurs pour le monde en 2040. Ces scénarios n’ont pas vocation à être des prédictions mais à élargir l’éventail des possibilités, en explorant diverses combinaisons de la manière dont les forces structurelles, les dynamiques émergentes et les incertitudes clés pourraient se manifester.

LES FORCES STRUCTURELLES : DÉFINITION DES PARAMÈTRES

Les tendances en matière de démographie et de développement humain, d’environnement, d’économie et de technologie jettent les bases et construisent les limites de notre monde futur. Dans certaines régions, ces tendances s’intensifient, comme les changements climatiques, la concentration de la population dans les zones urbaines et l’émergence de nouvelles technologies.

Dans d’autres domaines, les tendances sont plus incertaines : les progrès en matière de développement humain et de croissance économique devraient ralentir, voire s’inverser dans certaines régions, mais un ensemble de facteurs pourrait modifier cette trajectoire. La convergence de ces tendances offrira des possibilités d’innovation, mais certaines communautés et certains États auront du mal à faire face et à s’adapter.

Même les progrès apparents, tels que les technologies nouvelles et avancées, perturberont la vie et les moyens de subsistance de nombreuses personnes, qui se sentiront en insécurité et devront s’adapter.

Les tendances les plus certaines au cours des 20 prochaines années seront des changements démographiques majeurs, la croissance de la population mondiale ralentissant et le monde vieillissant rapidement.

Certaines économies développées et émergentes, notamment en Europe et en Asie de l’Est, vieilliront plus rapidement et seront confrontées à une contraction de leur population, ce qui pèsera sur la croissance économique.

À l’inverse, certains pays en développement d’Amérique latine, d’Asie du Sud, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord bénéficient d’une population en âge de travailler plus nombreuse, ce qui offre des possibilités de dividende démographique si cela s’accompagne d’améliorations des infrastructures et des compétences.

Le développement humain, notamment la santé, l’éducation et la prospérité des ménages, a connu des améliorations historiques dans toutes les régions au cours des dernières décennies. De nombreux pays auront du mal à tirer parti de ces réussites, voire à les pérenniser.

Les améliorations passées se sont concentrées sur les éléments fondamentaux que sont la santé, l’éducation et la réduction de la pauvreté, mais les prochains niveaux de développement sont plus difficiles et doivent faire face aux vents contraires de la pandémie de COVID-19, d’une croissance économique mondiale potentiellement plus lente, du vieillissement des populations et des effets des conflits et du climat.

Ces facteurs mettront les gouvernements au défi de fournir l’éducation et l’infrastructure nécessaires pour améliorer la productivité de leurs classes moyennes urbaines croissantes dans une économie du XXIe siècle. Alors que certains pays relèvent ces défis et que d’autres n’y parviennent pas, il est presque certain que l’évolution des tendances démographiques mondiales aggravera les disparités en termes d’opportunités économiques au sein des pays et entre eux au cours des deux prochaines décennies, tout en créant davantage de pressions et de conflits liés à la migration.

Dans le domaine de l’environnement, les effets physiques du changement climatique devraient s’intensifier au cours des deux prochaines décennies, en particulier dans les années 2030. Des tempêtes, des sécheresses et des inondations plus extrêmes, la fonte des glaciers et des calottes glaciaires et l’élévation du niveau des mers accompagneront la hausse des températures.

L’impact se fera sentir de manière disproportionnée sur le monde en développement et les régions les plus pauvres et se conjuguera avec la dégradation de l’environnement pour créer de nouvelles vulnérabilités et exacerber les risques existants pour la prospérité économique, l’alimentation, l’eau, la santé et la sécurité énergétique.

Les gouvernements, les sociétés et le secteur privé vont probablement développer les mesures d’adaptation et de résilience pour gérer les menaces existantes, mais il est peu probable que ces mesures soient réparties uniformément, laissant certaines populations à la traîne. Les débats se multiplieront sur la manière et la rapidité avec laquelle il convient d’atteindre le niveau zéro d’émissions de gaz à effet de serre.

Au cours des deux prochaines décennies, plusieurs tendances économiques mondiales, notamment l’augmentation de la dette nationale, un environnement commercial plus complexe et fragmenté, une réorientation des échanges et de nouvelles perturbations de l’emploi, sont susceptibles de façonner les conditions au sein et entre les États. De nombreux gouvernements risquent de voir leur marge de manœuvre réduite alors qu’ils doivent faire face à une dette plus lourde, à des règles commerciales diverses et à un éventail plus large de puissants acteurs étatiques et privés exerçant une influence.

Les grandes sociétés dotées de plates-formes – qui offrent des marchés en ligne à un grand nombre d’acheteurs et de vendeurs – pourraient favoriser la poursuite de la mondialisation des échanges et aider les petites entreprises à se développer et à accéder aux marchés internationaux. Ces entreprises puissantes sont susceptibles d’essayer d’exercer une influence dans les arènes politiques et sociales, ce qui pourraient amener les gouvernements à imposer de nouvelles restrictions.

Les économies asiatiques semblent prêtes à poursuivre des décennies de croissance au moins jusqu’en 2030, bien que cela puisse être plus lent. Il est peu probable qu’elles atteignent le produit intérieur brut (PIB) par habitant ou l’influence économique des économies avancées actuelles, notamment les États-Unis et l’Europe. La croissance de la productivité reste une variable clé ; une augmentation du taux de croissance pourrait atténuer de nombreux problèmes économiques, de développement humain et autres défis.

La technologie offrira la possibilité d’atténuer les problèmes, comme le changement climatique et les maladies, et de créer de nouveaux défis, comme la délocalisation des emplois. Les technologies sont inventées, utilisées, diffusées, puis abandonnées à une vitesse toujours plus grande dans le monde entier, et de nouveaux centres d’innovation apparaissent.

Au cours des deux prochaines décennies, le rythme et la portée des développements technologiques devraient s’accélérer encore, transformant toute une série d’expériences et de capacités humaines tout en créant de nouvelles tensions et perturbations au sein et entre les sociétés, les industries et les États. Des rivaux étatiques et non étatiques se disputeront le leadership et la domination dans le domaine de la science et de la technologie, avec des risques et des implications en cascade pour la sécurité économique, militaire et sociétale.

LA TECHNOLOGIE

Principaux points à retenir

Au cours des deux prochaines décennies, le rythme et l’impact des évolutions technologiques devraient s’accélérer, transformant et améliorant les expériences et les capacités humaines. Ces évolutions offriront la possibilité de relever des défis tels que le vieillissement, le changement climatique et la faible croissance de la productivité. De nouvelles tensions et perturbations vont se créer au sein et entre les sociétés, les industries les États.

Les prochaines décennies verront s’intensifier la concurrence mondiale pour les éléments essentiels de la suprématie technologique, tels que le talent, la connaissance et les marchés, ce qui pourrait donner naissance à de nouveaux leaders ou hégémonies technologiques.

La course à la domination technologique est inextricablement liée à l’évolution de la géopolitique et à la rivalité plus large entre les États-Unis et la Chine. Mais l’avantage technologique sera renforcé par les entreprises qui ont une vision à long terme, des ressources et une portée mondiale.

Les technologies et les applications dérivées seront disponibles pour une adoption rapide. Ce qui permettra aux pays en développement de tirer parti des dernières avancées fondamentales, de développer des applications mondiales dans des domaines de niche et de contribuer aux chaînes d’approvisionnement mondiales.

DYNAMIQUES ÉMERGENTES

Ces forces structurelles, ainsi que d’autres facteurs, se croiseront et interagiront au niveau des sociétés, des États et du système international, créant des opportunités et des défis pour les communautés, les institutions, les entreprises et les gouvernements.

Ces interactions sont également susceptibles de produire une contestation plus importante à tous les niveaux que celle observée depuis la fin de la guerre froide, reflétant des idéologies différentes ainsi que des points de vue contrastés sur la manière la plus efficace d’organiser la société et de relever les nouveaux défis.

Au sein des sociétés, on observe une fragmentation et une contestation croissantes des questions économiques, culturelles et politiques. Des décennies de gains constants en termes de prospérité et d’autres aspects du développement humain ont amélioré les conditions de vie dans toutes les régions et suscité l’espoir d’un avenir meilleur. Alors que ces tendances se stabilisent et se combinent à des changements sociaux et technologiques rapides, de larges pans de la population mondiale se méfient des institutions et des gouvernements qu’ils considèrent comme peu désireux ou incapables de répondre à leurs besoins.

Les manifestations, comme ici en Algérie, se sont multipliées dans le monde entier au cours de la dernière décennie, reflétant le mécontentement de la population sur toute une série de sujets tels que les inégalités, la répression politique, la corruption et le changement climatique. Credit: Amine M’Siouri / Pexels

Les gens se tournent vers des groupes familiers et partageant les mêmes idées pour assurer leur communauté et leur sécurité, notamment les identités ethniques, religieuses et culturelles, ainsi que les groupements autour d’intérêts et de causes, comme l’environnementalisme. La combinaison d’allégeances identitaires nouvelles et diverses et d’un environnement d’information plus cloisonné met en évidence et aggrave les lignes de fracture au sein des États, sape le nationalisme civique et accroît la volatilité.

Au niveau de l’État, les relations entre les sociétés et leurs gouvernements dans toutes les régions risquent de connaître des tensions persistantes en raison d’un décalage croissant entre les besoins et les attentes des populations et ce que les gouvernements peuvent et veulent offrir. Dans chaque région, les populations disposent de plus en plus d’outils, de capacités et d’incitations pour faire pression en faveur de leurs objectifs sociaux et politiques préférés et pour exiger davantage de leurs gouvernements afin de trouver des solutions.

Alors que les populations sont de plus en plus autonomes et exigent davantage, les gouvernements sont soumis à une pression accrue en raison de nouveaux défis et de ressources plus limitées. Ce fossé grandissant laisse présager une plus grande volatilité politique, une dégradation de la démocratie et un élargissement du rôle des autres prestataires de services de gouvernance. Avec le temps, cette dynamique pourrait ouvrir la porte à des changements plus importants dans la façon dont les gens gouvernent.

Dans le système international, il est probable qu’aucun État ne sera en mesure de dominer toutes les régions ou tous les domaines, et qu’un plus grand nombre d’acteurs se feront concurrence pour façonner le système international et atteindre des objectifs plus précis.

L’accélération de l’évolution de la puissance militaire, de la démographie, de la croissance économique, des conditions environnementales et de la technologie, ainsi que le durcissement des divisions sur les modèles de gouvernance, sont susceptibles de renforcer la concurrence entre la Chine et une coalition occidentale dirigée par les États-Unis.

Des puissances rivales vont se bousculer pour façonner les normes, les règles et les institutions mondiales, tandis que des puissances régionales et des acteurs non étatiques pourraient exercer une plus grande influence et prendre des initiatives sur des questions laissées en suspens par les grandes puissances. Ces interactions très variées sont susceptibles de produire un environnement géopolitique plus enclin aux conflits et plus volatil, de miner le multilatéralisme mondial et d’élargir l’inadéquation entre les défis transnationaux et les arrangements institutionnels pour les relever.

SCÉNARIOS ALTERNATIFS POUR 2040

Les réponses de l’homme à ces moteurs essentiels et à ces dynamiques émergentes détermineront la manière dont le monde évoluera au cours des deux prochaines décennies.

Parmi les nombreuses incertitudes qui planent sur l’avenir, le rapport a exploré trois questions clés concernant les conditions régnant dans des régions et des pays spécifiques et les choix politiques des populations et des dirigeants qui façonneront l’environnement mondial.

À partir de ces questions, le rapport a élaboré cinq scénarios pour des mondes alternatifs en 2040.

– Quelle est le degré de difficulté des défis mondiaux à venir ?
– Comment les États et les acteurs non étatiques s’engagent-ils dans le monde, y compris l’orientation et le type d’engagement ?
– Enfin, quelles sont les priorités des États pour l’avenir ?

Dans la Renaissance des démocraties, le monde est au cœur d’une résurgence de démocraties ouvertes menées par les États-Unis et leurs alliés. Les progrès technologiques rapides favorisés par les partenariats public-privé aux États-Unis et dans d’autres sociétés démocratiques transforment l’économie mondiale, augmentent les revenus et améliorent la qualité de vie de millions de personnes dans le monde. La marée montante de la croissance économique et des réalisations technologiques permet de répondre aux défis mondiaux, d’atténuer les divisions sociétales et de renouveler la confiance du public dans les institutions démocratiques. En revanche, des années de contrôles et de surveillance sociétales croissantes en Chine et en Russie ont étouffé l’innovation, alors que des scientifiques et des entrepreneurs de premier plan ont cherché asile aux États-Unis et en Europe.

Dans Un monde à la dérive, le système international est sans direction, chaotique et instable car les règles et les institutions internationales sont largement ignorées par les grandes puissances comme la Chine, les acteurs régionaux et les acteurs non étatiques. Les pays de l’OCDE sont en proie à une croissance économique plus lente, à des divisions sociétales croissantes et à une paralysie politique. La Chine profite des difficultés de l’Occident pour étendre son influence internationale, en particulier en Asie, mais Pékin n’a ni la volonté ni la puissance militaire nécessaires pour assumer le leadership mondial, laissant de nombreux défis mondiaux, tels que le changement climatique et l’instabilité dans les pays en développement, largement sans réponse.

Dans le cadre de la coexistence compétitive, les États-Unis et la Chine ont donné la priorité à la croissance économique et ont rétabli une relation commerciale solide, mais cette interdépendance économique existe parallèlement à la concurrence pour l’influence politique, les modèles de gouvernance, la domination technologique et l’avantage stratégique. Le risque de guerre majeure est faible, et la coopération internationale et l’innovation technologique rendent les problèmes mondiaux gérables à court terme pour les économies avancées, mais les défis climatiques à plus long terme demeurent.

Dans des silos séparés, le monde est fragmenté en plusieurs blocs économiques et de sécurité de taille et de force variables, centrés sur les États-Unis, la Chine, l’Union européenne (UE), la Russie et quelques puissances régionales ; ces blocs sont axés sur l’autosuffisance, la résilience et la défense. Les informations circulent dans des enclaves cyber-souveraines distinctes, les chaînes d’approvisionnement sont réorientées et le commerce international est perturbé. Les pays en développement vulnérables sont pris entre deux feux, certains étant sur le point de devenir des États en faillite. Les problèmes mondiaux, notamment le changement climatique, sont traités de façon sporadique, voire pas du tout.

Dans le cadre d’une tragédie et d’une mobilisation, une coalition mondiale, dirigée par l’UE et la Chine et travaillant avec des organisations non gouvernementales et des institutions multilatérales revitalisées, met en œuvre des changements de grande ampleur destinés à lutter contre le changement climatique, l’épuisement des ressources et la pauvreté à la suite d’une catastrophe alimentaire mondiale causée par les événements climatiques et la dégradation de l’environnement. Les pays les plus riches s’efforcent d’aider les pays les plus pauvres à gérer la crise, puis à passer à des économies à faible émission de carbone par le biais de vastes programmes d’aide et de transferts de technologies énergétiques avancées, en reconnaissant la rapidité avec laquelle ces défis mondiaux s’étendent au-delà des frontières.

⇒ Télécharger au format PDF Global Trends 2040 A More Contested World

Les cybermenaces et l’OTAN 2030 : un nouveau rapport du CCDCOE

Le Centre d’excellence de cyberdéfense coopérative de l’OTAN (CCDCOE), en coopération avec le King’s College London et William & Mary, a publié un nouveau rapport intitulé “Cyber Threats and NATO 2030 : Horizon Scanning and Analysis“.

Le rapport comprend 13 chapitres qui examinent comment l’OTAN peut faire face au mieux aux cybermenaces, ainsi que les possibilités et les défis liés aux technologies émergentes et perturbatrices dans le domaine cybernétique au cours de la prochaine décennie.

PREMIÈRE PARTIE

Le présent rapport aborde les exigences conceptuelles et pratiques et contribue de manière significative aux discussions sur l’OTAN 2030. L’ouvrage est divisé en cinq courtes parties, qui commencent par ” Les adversaires du cyberespace et la réponse de l’OTAN “.

Cette partie s’ouvre sur deux articles consacrés à l’internet et aux cybercapacités russes. Juha Kukkola explore les implications stratégiques des plans russes pour un réseau national fermé, identifiant les avantages défensifs et offensifs pour la Russie dans les asymétries structurelles ainsi promues.

Joe Cheravitch et Bilyana Lilly attirent l’attention sur les contraintes qui pèsent sur la capacité cybernétique de la Russie en raison de problèmes de recrutement et de ressources au niveau national, et suggèrent comment l’OTAN pourrait tirer parti de ces limitations pour atteindre ses propres objectifs en matière de cybersécurité.

Martin C. Libicki et Olesya Tkacheva proposent une nouvelle perspective sur les cyberconflits avec un adversaire comme la Russie, en analysant les possibilités d’escalade horizontale dans d’autres domaines ainsi que d’escalade verticale dans un même domaine, et les conséquences pour la doctrine et la gestion des risques de l’OTAN.

DEUXIÈME PARTIE

La deuxième partie, intitulée ” Les nouvelles technologies et la réponse de l’OTAN “, s’ouvre sur un chapitre consacré à la 5G. Les auteurs proposent une série de mesures que l’OTAN et ses partenaires peuvent mettre en œuvre pour sécuriser les technologies 5G et leurs chaînes d’approvisionnement, notamment des formes de gestion des risques, de normalisation et de certification qui permettront de maximiser les avantages militaires et sociaux de cette nouvelle génération de systèmes mobiles.

À l’aide d’une base de données étendue, Jacopo Bellasio et Erik Silfversten identifient une série de technologies nouvelles et émergentes susceptibles de façonner le futur paysage des cybermenaces et proposent des moyens par lesquels l’OTAN peut se préparer et s’adapter à ces éventualités.

Simona R. Soare et Joe Burton démontrent les vulnérabilités de l’hyperconnectivité à travers le scénario hypothétique d’une ville intelligente soumise à une cyberattaque concertée, en tirant les leçons que l’OTAN doit tirer de la relation entre la sécurité locale et supranationale dans des conditions de haute technologie.

TROISIÈME PARTIE

La troisième partie, intitulée ” Le combat, le domaine cybernétique et la réponse de l’OTAN “, contient deux chapitres consacrés aux opérations multi-domaines (MDO), le concept de combat adopté par l’OTAN.

James Black et Alice Lynch étudient les implications des dépendances en réseau des MDO et la manière dont les adversaires espèrent les exploiter. Ils suggèrent que l’OTAN doit mieux comprendre l’interaction des menaces externes et des vulnérabilités internes pour lutter contre les cybermenaces qui pèsent sur les activités multi-domaines.

Franz-Stefan Gady et Alexander Stronell effectuent une analyse comparative de l’intégration par les Alliés de l’OTAN de leurs cybercapacités aux opérations cinétiques dans le cadre des MDO et formulent des propositions pour améliorer les performances de l’OTAN dans un futur conflit de haute intensité avec un concurrent proche.

QUATRIÈME PARTIE

La quatrième partie, intitulée ” Partage de l’information, renseignement sur les cybermenaces et exercices “, commence par un point de vue du secteur de la cybersécurité, présenté par Michael Daniel et Joshua Kenway de la Cyber Threat Alliance. Ils proposent un programme de partage de la CTI entre l’OTAN et ses parties prenantes, qui vise à corriger certaines des hypothèses erronées des cadres CTI existants.

L’analyse comparative de Chon Abraham et Sally Daultrey sur le partage des CTI au Japon, aux États-Unis et au Royaume-Uni suggère que des facteurs contextuels nationaux peuvent inhiber cette fonction coopérative essentielle et propose une série de changements organisationnels pour y remédier.

Andreas Haggman apporte une contribution méthodologique distincte au débat de l’OTAN sur la cybersécurité en promouvant le wargaming comme un outil permettant d’imaginer et d’anticiper des futurs conflictuels dans leurs diverses dimensions sociales, politiques et techniques.

CINQUIÈME PARTIE

La cinquième partie est consacrée aux “Réponses réglementaires et politiques aux défis de la cybersécurité”. Cindy Whang s’intéresse à la manière dont les régimes de contrôle des exportations devraient être redynamisés pour répondre aux préoccupations en matière de cybersécurité dans l’ensemble de l’Alliance.

Laurin B. Weissinger conclut l’ouvrage en lançant un appel pour que l’OTAN améliore sa compréhension de la complexité des réseaux, notamment par la modélisation des menaces et des attaques, afin de fournir des solutions de cybersécurité plus efficaces et mieux adaptées.

Tous les chapitres de ce rapport ont fait l’objet d’un examen par les paies en double aveugle par au moins deux experts externes.

Les USA excluent les passeports vaccinaux. L’OMS ne les soutient pas non plus

Passeports vaccinaux discriminations et vie privée

Les Etats-Unis ont exclu l’introduction de passeports vaccinaux Covid-19, affirmant que la vie privée et les droits des citoyens Américains doivent être protégés.

Les projets d’introduction de tels passeports ont été présentés dans le monde entier comme un moyen de permettre une circulation sûre des personnes tout en luttant contre la pandémie.

Mais les critiques disent que ces documents pourraient être discriminatoires. Les États-Unis ont déclaré qu’ils ne soutenaient pas et ne soutiendraient pas un système qui oblige les Américains à porter un certificat de vaccination.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré mardi qu’elle n’était pas favorable, à l’heure actuelle, à l’exigence de passeports vaccinaux pour les voyages, en raison de l’incertitude entourant la question de savoir si la vaccination empêche la transmission, et des préoccupations en matière de discrimination.

“En tant qu’OMS, nous disons qu’à ce stade, nous ne voudrions pas que le passeport de vaccination soit une condition d’entrée ou de sortie parce que nous ne sommes pas certains que le vaccin empêche la transmission”, a déclaré Margaret Harris, porte-parole de l’OMS.

L’OMS prévoit maintenant d’examiner les vaccins chinois COVID-19 Sinopharm et Sinovac en vue d’une éventuelle inscription sur la liste des utilisations d’urgence vers la fin du mois d’avril, a déclaré Harris.

BBC, Reuters

Résultats de la consultation sur le passeport vaccinal

Cette synthèse a été remise aux pouvoirs publics.

Le Conseil économique social et environnemental (CESE) a pour rôle d’organiser les remontées des citoyens auprès du Gouvernement.

Le CESE a lancé du 17 février au 7 mars 2021 un nouveau module participatif, sur la question du passeport vaccinal. Questionnement qui émerge en effet fortement dans le débat public. La question posée était la suivante : « Que pensez-vous du passeport vaccinal, dans le cadre d’une utilisation pour accéder aux lieux aujourd’hui fermés (restaurants, cinémas, stades, musées…) ? ».

Les enseignements généraux de la consultation

Parmi les 110 507 participants à la consultation :

72,7% des participants se sont déclarés défavorables à la mise en place d’un passeport vaccinal sur le territoire national.
20,2% d’entre eux se sont au contraire déclarés très favorables.

Les personnes défavorables citent majoritairement l’atteinte aux libertés privées que constituerait un tel dispositif, tandis que les personnes favorables évoquent quant à elles la possibilité de rouvrir les lieux fermés au public.

Les participants qui se déclarent favorables au passeport vaccinal mettent majoritairement en avant la possibilité de rouvrir les lieux fermés, de voyager à nouveau ou encore de retrouver ses libertés.

A l’inverse, les participants qui se déclarent défavorables au passeport vaccinal pointent principalement l’atteinte aux libertés privées, l’incertitude concernant l’efficacité et la sûreté des vaccins, ou encore la discrimination entre les citoyens que créerait ce dispositif.

Une nécessité pour un retour à la vie normale vs. une proposition liberticide

Chez les Pour, le principal bénéfice avancé pour justifier la mise en place du passeport vaccinal est sa nécessité pour un retour à la vie normale : réouverture des lieux collectifs fermés (restaurants, musées, salles de sport…), possibilité de voyager à l’étranger et de voir ses proches sans crainte.

Les répondants acceptent cette attestation qui est jugée assez similaire aux carnets de vaccination internationaux obligatoires pour voyager dans certains pays, ou au carnet de vaccination traditionnel suivant la vaccination des enfants.

=> Condition de mise en œuvre : le passeport vaccinal ne serait toutefois accepté (et acceptable) que quand toutes les personnes volontaires auront pu être vaccinées. Les répondants insistent ainsi sur la nécessaire accélération de la campagne de vaccination

Chez les Contre, ce retour à la vie normale est beaucoup plus nuancé. Deux arguments principaux y sont opposés, un de principe, l’autre d’efficacité :

* Le passeport vaccinal créerait une discrimination entre les citoyens vaccinés et non vaccinés (notamment les personnes ne pouvant pas être vaccinées), et de fait restreindrait les libertés des derniers. Le caractère potentiellement inconstitutionnel du dispositif est ainsi mis en avant

* Le passeport vaccinal serait trop difficile à mettre en place pour qu’il soit effectif. La difficulté de réaliser les contrôles par les restaurateurs est ainsi un argument fréquent dans les réponses. Dans une moindre mesure, les participants revendiquent leur hostilité à l’idée de présenter un document à l’entrée des lieux collectifs

=> Conditions de mise en œuvre : Face à ces arguments, trois propositions sont récurrentes :

– Ne mettre en place le passeport vaccinal que pour les déplacements à l’étranger (sur le même format que le carnet de vaccination international), mais pas pour la vie quotidienne sur le territoire national
– Pour les personnes non vaccinées, pouvoir remplacer le passeport vaccinal par un test PCR négatif réalisé 72h avant
– Faire réaliser les contrôles à l’entrée des lieux collectifs par des policiers et/ou autres agents officiels

Les contre mettent également en avant les risques du vaccin encore non éprouvé (pas de retours sur son efficacité, sa dangerosité et sa compatibilité avec les nouveaux variants). Les répondants soulignent la “fausse défense” apportée par le vaccin : une personne vaccinée peut, en effet, toujours être porteuse et contagieuse.

Pour aller plus loin, nous vous invitons à télécharger la synthèse des contributions.

Résultats de la consultation sur le passeport vaccinal du Conseil économique social et environnemental (CESE)

Le cosmisme : une mythologie nationale russe contre le transhumanisme

Le cosmisme, un mouvement intellectuel complexe situé à la lisière de la théologie et de la prospective scientifique, né il y a près de 150 ans, a de nouveau le vent en poupe en Russie. Une partie de l’élite du pays y voit une réponse typiquement russe au transhumanisme supposément triomphant en Occident. Qu’est-ce donc que le cosmisme, et comment se diffuse-t-il aujourd’hui en Russie ?

Brève histoire du cosmisme, de l’Empire à la Fédération de Russie en passant par l’URSS

À la fin du XIXe siècle, le penseur russe Nikolaï Fiodorov (1829-1903) défendait une conception profondément morale et chrétienne de la science. Il imaginait que l’humanité puisse utiliser le progrès technologique pour atteindre le salut universel. Les avancées scientifiques devaient servir à ressusciter les ancêtres, atteindre l’immortalité, transformer la nature humaine vers sa divinisation, enfin, conquérir et réguler le cosmos.

À sa suite, des scientifiques russes de renom – comme le précurseur de la cosmonautique Constantin Tsiolkovski (1857-1935) ou le fondateur de la géochimie Vladimir Vernadski (1863-1945) – ont poursuivi sa vision futuriste et spirituelle du progrès technique.

Dans les années 1970, un groupe d’intellectuels soviétiques se passionne pour les thèses ésotériques de ces auteurs et les rassemble sous le nom de « cosmisme russe ». Hétérodoxe par rapport à l’idéologique communiste officielle, le cosmisme suscite pourtant l’intérêt d’académiciens ainsi que de membres haut placés de l’establishment politique et militaire. Ainsi du lieutenant-général Alekseï Savine, directeur de l’unité secrète 10003 chargée des recherches sur l’utilisation militaire de phénomènes paranormaux de 1989 à 2003. Il développa, à partir de sa lecture de Vernadski, les principes d’une science du monde extraterrestre, la noocosmologie. De même, en 1994, Vladimir Roubanov, secrétaire adjoint du Conseil de sécurité de Russie et ancien directeur du département analytique du KGB, proposait d’utiliser le cosmisme comme fondement de « l’identité nationale de la Russie ».

Aujourd’hui encore, le cosmisme sert de source d’inspiration aux idéologues en quête d’une idée nationale pour la Russie post-soviétique. L’héritage de la pensée cosmiste est particulièrement revendiqué par un think tank conservateur proche du pouvoir, le Club d’Izborsk, créé en 2012.

Le Club d’Izborsk : le cosmisme comme idéologie nationale russe

Ce groupe réunit une cinquantaine d’universitaires, journalistes, personnalités politiques, entrepreneurs, religieux ou encore ex-militaires autour d’une ligne impérialiste et anti-occidentale. Soutenu en partie par des financements provenant de l’administration présidentielle, le Club a pour objectif de définir une idéologie pour l’État russe. Dans cette optique, il conçoit la science comme un champ de bataille idéologique, au sein duquel la Russie doit opposer sa propre « mythologie technocratique » au modèle de développement occidental.

Ce dernier est grossièrement associé au « transhumanisme », concept derrière lequel les idéologues du Club d’Izborsk rangent tant les avocats explicites du transhumanisme comme Elon Musk que toute forme de pensée qui déroge à leur vision de la société traditionnelle telle que le féminisme, la mondialisation ou encore le développement durable. Si certains penseurs transhumanistes occidentaux identifient Fiodorov comme le prophète de leur quête d’immortalité, le Club d’Izborsk défend au contraire le caractère spécifiquement russe du cosmisme et son lien primordial avec la « mission historique » du peuple russe.

Le numéro de novembre 2020 de la revue du Club d’Izborsk s’attelle à démontrer l’opposition entre cosmisme et transhumanisme. Le transhumanisme est présenté comme le prolongement du progressisme évolutionniste, visant à émanciper l’individu des contraintes de la nature humaine par son hybridation avec la machine. Le cosmisme, au contraire, est décrit comme une quête eschatologique de spiritualisation de l’humanité, guidée par une interprétation littérale des promesses bibliques de résurrection. Si les auteurs du Club d’Izborsk critiquent la foi scientiste dans l’amélioration technique de l’homme, ils refusent aussi la technophobie bioconservatrice ou écologiste. Le cosmisme leur sert ainsi de fondement à une idéologie syncrétique, qu’ils intitulent « traditionalisme technocratique », et qui allie modernité technologique et conservatisme religieux.

Cette idéologie permet de faire la synthèse des héritages de l’histoire russe en revendiquant à la fois la puissance technologique et industrielle de l’Union soviétique et les valeurs traditionnelles orthodoxes de la Russie tsariste. Plus encore, le président du Club d’Izborsk, Aleksandr Prokhanov, écrivain et rédacteur en chef du journal d’extrême droite Zavtra, emploie la formule « cosmisme-léninisme » pour soutenir que le sens profond de l’utopisme industrialiste de Lénine émanait de la « doctrine des cosmistes russes » et la prolongeait. La réinvention de l’héritage cosmiste produit ainsi un récit national unifié qui répond à la volonté du régime de Vladimir Poutine d’oblitérer les conflits mémoriels en affirmant l’« indivisibilité » et la « continuité » de l’histoire russe.

Par ailleurs, le cosmisme est promu par les membres du Club d’Izborsk comme fondement d’un « nouveau projet global de développement alternatif que la Russie pourrait exprimer et proposer ». Le mariage de la science moderne et du traditionalisme politique vise ici à contredire les théories occidentales classiques de la modernisation, qui prévoient que le développement économique entraîne la convergence des sociétés vers un même modèle politique de démocratie libérale. À contre-courant du libertarianisme et du cosmopolitisme qu’ils attribuent à la Silicon Valley, les idéologues du Club font l’apologie de la modernisation stalinienne, emmenée par un État autoritaire et une économie dirigiste et collectiviste.

En remplacement de l’idéal déchu de la société bolchevique, le cosmisme permet de renouveler une conception impérialiste et messianiste de la finalité de la science. Les grands projets scientifiques promus par le Club (exploration spatiale et sous-marine, développement de l’Arctique, recherche sur l’amélioration des capacités humaines) ont ici partie liée avec la défense de la « civilisation » russe et de sa « sécurité spirituelle ». La science devient ainsi le vecteur de réalisation du « rêve russe », qui doit s’exporter et se substituer au rêve américain en opposant au transhumanisme les « idéaux du cosmisme russe » et d’une « science spirituelle ».

Une vision de plus en plus partagée aux plus hauts échelons du pouvoir

Le Club d’Izborsk est inséré dans des réseaux de pouvoir influents qui lui permettent de propager ses idées. En juillet 2019, le président du Club Aleksandr Prokhanov était ainsi invité au Parlement pour présenter son film « La Russie – nation du rêve », dans lequel il promouvait sa vision d’une mythologie nationale scientifique et spirituelle. Le Club d’Izborsk est également proche de figures clés des élites conservatrices – l’oligarque monarchiste Konstantin Malofeev ou encore Dmitri Rogozine, le directeur de l’Agence spatiale Roscosmos. Enfin, il a ses entrées au cœur du complexe militaro-industriel. Témoin de ces liens, un bombardier stratégique porteur de missiles Tupolev Tu95-MC fut baptisé du nom du Club, « Izborsk », en 2014.

En outre, les références au cosmisme imprègnent les discours des plus hautes autorités. Valeri Zorkine, le président de la Cour constitutionnelle, citait récemment un fervent propagateur du cosmisme, Arseni Gulyga (1921-1996), pour inciter à élargir le sens de la destinée commune du peuple russe, inscrite dans le préambule de la Constitution, à une signification globale tournée vers le « salut universel ».

Le cosmisme s’érige ainsi en mythologie nationale qui répond aux deux impératifs du régime russe actuel : la course à la puissance et la définition d’un imaginaire politique alternatif à la modernité occidentale.

Juliette Faure, Doctorante en science politique, Sciences Po

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Menace sur l’espèce humaine ou démocratiser le génie génétique

Vandelac, L. (2001). Menace sur l’espèce humaine, ou, Démocratiser le génie génétique. Classiques Des Sciences Sociales. https://doi.org/10.1522/24912245

L’art de se boucler soi-même… « Désormais il n’y a plus de discipline scientifique qui ne soit dans la nécessité de maîtriser sa propre maîtrise », il importe donc « de devenir non pas les maîtres du monde ou les maîtres et possesseurs de la Nature, mais les sages de notre maîtrise ». (Serres, 1995) Cela est particulièrement vrai pour ce projet de maîtrise, d’emprise et de remodelage généralisé du vivant auquel nous convie le génie génétique. D’où la nécessité de dénouer ce qui s’y joue, ce qui nous met en jeu… et nous met en joue, et ce qui risque de nous mettre bientôt littéralement hors-jeu…

Le Coup d’état d’urgence

Surveillance, répression et libertés

Printemps 2020. Pour faire face au Covid-19, le premier état d’urgence sanitaire de l’histoire de France est instauré, s’inspirant de l’état d’urgence décrété pendant la guerre d’Algérie. Du jour au lendemain, l’intégralité de la population française se retrouve assignée à résidence, privée de sa liberté d’aller et de venir, de son droit à la vie privée et, selon les cas, de son droit au travail ou à la liberté d’entreprendre.

Parallèlement, un mécanisme de surveillance généralisée est mis en place, avec quadrillage policier du territoire et usage de drones. Désormais, chaque citoyen est considéré comme un danger potentiel. Il n’est plus un sujet de droit mais un « sujet virus ».

Alors que l’état d’exception contamine peu à peu le droit commun à la manière d’une tache d’huile, les catégories de personnes et les champs touchés par les réductions de libertés ne cessent de s’étendre. Quelles conséquences, dans ces conditions, pour les libertés publiques ? Quels contre-pouvoirs mobiliser face à l’arbitraire de l’exécutif ? Faut-il apprendre à vivre avec ce nouveau paradigme, ou, position défendue par l’auteur, ne pas s’y résigner ?

L’expertise d’Arié Alimi est précieuse et permet de poser un regard sans concession sur la question des libertés publiques et des dérives policières, au cœur de l’actualité. Face à ce « coup d’état d’urgence », il est encore temps de réagir.

Arié Alimi est un avocat pénaliste. Il défend de nombreuses victimes de violences policières et est membre de la Ligue des droits de l’Homme.

Covid, vaccin, Alexandra Henrion-Caude nous dit tout

En juillet dernier, la généticienne Alexandra Henrion-Caude a accordé une interview à TVLibertés particulièrement remarquée. En ce début d’année 2021, l’heure est à la mise à jour. Un an après le début de la crise du Covid, où en sommes-nous réellement ?

Alors que les médias multiplient les controverses avec des médecins en situation de conflit d’intérêts, le vrai débat scientifique a lieu loin des caméras. Alexandra Henrion-Caude revient pour TVLibertés sur les données dont on dispose à ce jour, sur les grands sujets qui occupent – et inquiètent souvent – les Français.

Émission du 16/01/2021