Une rentrée mouvementée dans la nouvelle normalité #NewNormal

Les mesures contre la pandémie font partie d’un “nouvel ordre mondial”

A mesure que les efforts pour enrayer la pandémie s’intensifient sans qu’aucune date de fin ne soit en vue, un journaliste a demandé au Dr Kerry Chant, responsable de la santé publique en Nouvelle-Galles du Sud, au cours d’une conférence de presse jeudi, à quoi ressembleront les mesures lorsque le pays rouvrira ses portes en octobre, le Dr Chant a répondu : “Nous examinerons à quoi ressemble la recherche des contacts dans le “Nouvel ordre mondial“, a-t-elle déclaré.

“Et oui, cela inclu les pubs, les clubs et autres lieux si nous avons un cas positif. Notre réponse peut être différente si nous savons que les gens sont complètement vaccinés, donc nous travaillons sur un certain nombre de ces questions”, a poursuivi Chant.

“Dès que l’on s’engage sur la voie de la désignation de citoyens innocents comme boucs émissaires pour couvrir des erreurs politiques, les démocraties s’effondrent dans l’anarchie”, Alexandra Marshall pour The Spectator “Covid: the New World Order” 14 sept. 2021

Ce n’est pas la première fois qu’un responsable de la santé publique utilise cette expression pour décrire le monde post-pandémique. Le ministre de la santé Brad Hazzard a déjà qualifié la pandémie de “nouvel ordre mondial” en juillet 2020.

“Il s’agit d’une pandémie mondiale, c’est un événement qui ne se produit qu’une fois tous les 100 ans, donc vous pouvez vous attendre à ce que nous ayons une forme de contamination de temps en temps, et c’est comme ça. Nous devons accepter que c’est le nouvel ordre mondial“, a déclaré Hazzard à la suite d’une épidémie de cas.

Une correspondante de Newsmax à la Maison Blanche Emerald Robinson demande : “Qu’est-il arrivé à ‘mon corps mon choix’ en matière de vaccinations dans l’administration Biden ? Et en 2020, le président élu Biden a déclaré qu’il n’exigerait pas de mandat pour les vaccins.”

Une correspondante de CBSNews à la Maison Blanche Weijia demande si l’une de ces nouvelles mesures affectera la “vie quotidienne” des gens. La porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki répond souriante : “Cela dépend si vous êtes vacciné ou non.”

New Normal

Londres : Un chirurgien à la retraite, déclare sur les pass : “Cela ne s’arrêtera pas là, cela concernera les pubs, les restaurants, les vols, le nombre de kilomètres parcourus. Il ne s’agit pas d’un passeport vaccinal, mais d’un système de crédit social.”

Communiqué, l’Académie nationale de médecine propose de remplacer au plus tôt le passe sanitaire par un passe vaccinal.

Pour Thales, les pass vaccinaux sont un précurseur des portefeuilles d’identification numérique, offrant aux citoyens une commodité et une sécurité inégalées.

Le “passeport vaccinal” et la fusion à venir avec les systèmes d’identification numérique : un projet de contrôle social massif est en préparation depuis des années avec #Gavi, #INFUSE et autres, qui préparent le terrain pour faire de nous tous des esclaves numériques.

L’équipementier automobile français Valeo a dévoilé une borne capable de détecter le Covid 19 sans contact, en moins de 2 minutes. Avec un taux de fiabilité de 94%, cette borne devrait être homologuée d’ici un an.

Il est clair que les restrictions ne seront pas “temporaires”, loin de là.

Singapour déploie des robots pour détecter les “comportements indésirables”, ainsi que les groupes de “plus de cinq personnes”.

https://twitter.com/Alpha_Mind7/status/1434849402061877248

Mark Zuckerberg a dévoilé des nouvelles lunettes intelligentes Facebook x Ray-Ban. Donc pas de réalité augmentée, mais des lunettes en réseau avec deux caméras pour recueillir encore plus de données sur le comportement de ses utilisateurs et de tout le monde et de tout ce que ses utilisateurs regardent.

“Lorsque vos lunettes sont éteintes, elles sont complètement éteintes. Le micro est éteint et vous ne pouvez pas prendre de photos ni enregistrer de vidéos.”

Les pépites de fin août/début septembre, à chacun de juger….

Des documents nouvellement divulgués montrent que le Dr Fauci a menti et que les États-Unis ont bien financé la recherche sur le « gain de fonction » à Wuhan. The Epoch Times 8 septembre 2021.

Selon Le Point, on peut injecter une puce électronique via une seringue dans un corps humain.

Finalement ce sont les vaccinés qui contaminent les non vaccinés.

Une infection antérieure au COVID protège davantage contre le variant Delta que le vaccin Pfizer, selon une étude.

Pour infos, les essais cliniques vaxx covid sur les femmes enceintes sont en cours…

Moderna vient juste de commencer les essais cliniques sur les femmes enceintes pour obtenir plus de données à ce sujet peu étudié pour l’instant, pour se terminer, selon des estimations préalables, vers fin 2023 ou début 2024.

Les essais cliniques des femmes enceintes pour Pfizer ont débuté en février 2021 entre les semaines 24 et 34 de leur grossesse âgées d’au minimum 18 ans et être en bonne santé! Elles seront suivies pendant au moins 7 à 10 mois.

L’UE met en garde la France et les états qui mettent en place un rappel vaccinal. La Commission européenne a rappelé aux pays membres qui se préparent à injecter des doses de rappel (3eme, 4eme) aux vaccinés qu’ils s’exposent à des risques juridiques accrus. L’Agence européenne des médicaments n’a, en effet, pas donné son feu vert. la Commission n’endossera pas de responsabilité en cas de problème.

Les personnes qui se sont remises d’un épisode de Covid-19 (immunité naturelle) au cours de l’une des premières vagues de la pandémie semblent présenter un risque plus faible de contracter le variant delta que celles qui ont reçu deux doses du vaccin de Pfizer. Bloomberg

Le corona n’est pas une cause probable de décès dans 80 % des décès officiels de covid signalés en allemagne depuis début juillet, selon le professeur Bertram Häussler, directeur de l’institut indépendant de recherche sur la santé IGES à Berlin (Welt).

Liberté

Nous vous suggérons un article d’Anne Applebaum pour The Atlantic : Les Nouveaux Puritains« Les codes sociaux changent, souvent pour le mieux. Mais pour ceux dont le comportement ne s’adapte pas assez vite aux nouvelles normes, le jugement peut être rapide et sans pitié. » « Une atmosphère croissante de justice populaire en Amérique produit le genre d’autocensure que l’on trouve dans un régime autoritaire ».

Une belle tribune exclusive publiée par Quartier Général sur la liberté d’expression, où plus de 2.500 chercheurs, universitaires, CNRS, INRAE, INSERM… médecins, infirmières, psy, soignants, juristes, enseignants, artistes et même quelques journalistes plus courageux que d’autres, dénoncent la censure inédite opérée autant par les médias que par les GAFAS au sujet de tout ce qui contredit le discours officiel sur le Covid. Chasse aux sorcières, règlements de compte, rien n’est épargné aux personnes qui contestent le bien-fondé du pass sanitaire, et réclament simplement plus de transparence concernant le processus vaccinal, ainsi qu’un débat contradictoire sur la stratégie sanitaire nationale.

Pass sanitaire, vers un traçage généralisé de la population

Arthur Delaborde reçoit François-Bernard Huygue, Directeur de recherche à l’institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), spécialisé sur la communication, la cyberstratégie et l’intelligence économique et Cyrille Dalmont, chercheur associé numérique à l’institut Thomas More.

@CyrilleDalmont “Aujourd’hui on se rend compte que les Etats aussi veulent collecter nos données, plus seulement les #gafam. Mais les géants du numérique n’ont pas d’armée, ni de police ou d’opposants politiques. On est sur une tendance lourde de sens…!” #PassSanitaire

@CyrilleDalmont “#PassSanitaire : toutes les personnes qui croient naïvement que cet outil va disparaitre après la #CriseSanitaire se leurrent ! Le QR code va s’inscrire dans le passeport biométrique européen !”

@CyrilleDalmont “#PassSanitaire permet de savoir où sont exactement les citoyens, quand et avec qui. Demain personne n’est capable de nous dire qui aura accès à ces données !” #CriseSanitaire

@CyrilleDalmont “#PassSanitaire : La logique de protection des données avancée par l’Etat est factuellement fausse ! Il y a forcément un échange de données lorsque vous scannez le QR code” #COVID19

Pass sanitaire – Il faut s’inquiéter du monde qui vient. “Le 12 juillet, Emmanuel Macron a annoncé l’extension du pass sanitaire aux espaces de loisir, où il faudra bientôt présenter un QR code. Cette décision s’inscrit dans une dynamique de traçage numérique et de privation de libertés”, déplorent Jean-Thomas Lesueur et Cyrille Dalmont.

iHuman – L’intelligence artificielle et nous

L’intelligence artificielle va-t-elle remplacer l’humanité ?

Credit : https://upnorthfilm.no/film/ihuman/

Ce documentaire prend la mesure de l’emprise des algorithmes sur nos vies.

“La création d’une intelligence artificielle serait le plus grand événement de l’histoire de l’humanité. Mais il pourrait être aussi le dernier”, disait Stephen Hawking. Le célèbre cosmologiste avait prévu la croissance infinie de l’informatique mais partageait avec certains pionniers la crainte qu’elle ne devienne incontrôlable. Aujourd’hui, l’IA promet d’aider à guérir des maladies, de faire face aux changements climatiques ou de combattre la pauvreté. Mais elle menace aussi d’influer insidieusement sur nos comportements, de mettre à mal l’idée même de sphère privée ou d’aider les dictatures à asseoir leur pouvoir. En proie à une surveillance algorithmique, notre identité peut dorénavant se réduire… à des données.

Toute-puissance

L’IA sera vite dépassée. On parle aujourd’hui d’une intelligence artificielle générale (IAG), capable de s’adapter et d’apprendre seule, qui égalerait, voire dépasserait les capacités humaines. De quoi allécher les firmes qui font commerce des données numériques (les célèbres GAFAM). Le documentaire dresse l’état des lieux de l’IA en donnant la parole à ceux qui en débattent (sociologues, avocats des droits de l’homme, scientifiques ou journalistes d’investigation) mais aussi à ceux qui l’inventent, comme Jürgen Schmidhuber et Ilya Sutskever, deux grands chercheurs et initiateurs, à la posture ambivalente : conscients de la toute-puissance de leur création mais déterminés à poursuivre leurs travaux.


Source

People Analytics : La longue histoire de l’analyse des personnes

La Silicon Valley croit depuis longtemps qu’elle peut optimiser la société, comme le soutient Jill Lepore dans son nouveau livre If Then.

Si vous travaillez pour Bank of America ou l’armée américaine, vous avez peut-être utilisé une technologie développée par Humanyze. Cette société est issue des recherches menées au Media Lab du MIT et décrit ses produits comme “des analyses fondées sur la science pour favoriser l’adaptabilité”.

Si cela semble vague, c’est peut-être délibéré. Humanyze vend notamment aux entreprises des dispositifs permettant d’espionner les employés, tels que des badges d’identification avec des étiquettes RFID intégrées, des capteurs de communication en champ proche (NFC, Near Field Communication) et des microphones intégrés qui permettent de suivre dans les moindres détails le ton et le volume (mais pas les mots) des conversations des personnes tout au long de la journée. Humanyze a déposé son score de santé organisationnelle, qu’elle calcule sur la base des données des employés collectées par les badges et qu’elle promet être “une formule éprouvée pour accélérer le changement et favoriser l’amélioration”.

Ou alors vous travaillez pour l’une des entreprises du secteur de la santé, du commerce de détail ou des services financiers qui utilisent le logiciel développé par Receptiviti. La mission de cette entreprise basée à Toronto est d’aider les machines à comprendre les gens en scannant les courriels et les messages Slack à la recherche d’indices linguistiques de mécontentement. “Nous nous inquiétons de la perception de Big Brother”, a récemment déclaré Kreindler, le PDG de Receptiviti au Wall Street Journal. Il préfère qualifier la surveillance des employés de corporate mindfulness. (Orwell aurait également eu quelque chose à dire sur cet euphémisme).

De tels efforts dans ce que ses créateurs appellent “people analytics” sont généralement justifiés par l’amélioration de l’efficacité ou de l’expérience du client. Ces derniers mois, certains gouvernements et experts de la santé publique ont préconisé le suivi et la traçabilité des applications comme moyen d’arrêter la propagation de la covid-19.

Mais en adoptant ces technologies, les entreprises et les gouvernements évitent souvent de répondre à des questions cruciales : Qui devrait savoir quoi à votre sujet ? Ce qu’ils savent est-il exact ? Que devraient-ils être en mesure de faire avec ces informations ? Et, est-il jamais possible de concevoir une “formule éprouvée” pour évaluer le comportement humain ?

De telles questions ont une histoire, mais les technologues d’aujourd’hui ne semblent pas la connaître. Ils préfèrent se concentrer sur les nouvelles et ingénieuses façons dont leurs inventions peuvent améliorer l’expérience humaine (ou les résultats de l’entreprise) plutôt que sur les façons dont les gens ont essayé et échoué à faire de même dans les époques précédentes. Chaque nouvel algorithme ou application est, selon eux, une réprimande implicite du passé.

Mais ce passé peut offrir une orientation et une humilité bien nécessaires. Malgré des ordinateurs plus rapides et des algorithmes plus sophistiqués, l’analyse des personnes d’aujourd’hui est alimentée par une vieille conception réductrice : l’idée que la nature humaine dans toute sa complexité peut être réduite à une formule. Nous en savons assez sur le comportement humain pour exploiter les faiblesses des uns et des autres, mais pas assez pour le modifier de manière significative.

If Then, un nouveau livre de Jill Lepore, historienne à l’université de Harvard et rédactrice au New Yorker, raconte l’histoire d’une entreprise technologique oubliée du milieu du XXe siècle, la Simulmatics Corporation. Fondée par un groupe hétéroclite de scientifiques et de publicitaires en 1959, elle était, selon Jill Lepore, “la Cambridge Analytica de l’Amérique de la guerre froide”.

Une description plus précise pourrait être que c’était un effort des démocrates pour concurrencer l’adoption des techniques de publicité par le parti républicain. Au milieu du siècle, les républicains vendaient les hommes politiques au public comme s’il s’agissait de papier toilette ou de café. Simulmatics, qui s’était installé à New York (et qui a dû recourir aux ordinateurs d’IBM pour effectuer ses calculs), promettait de prédire le résultat des élections presque en temps réel – une pratique désormais si courante qu’elle est banale, mais considérée alors comme révolutionnaire, voire impossible.

Le nom de la société, qui signifie “simulation” et “automatique”, était à la mesure de l’ambition de ses créateurs : “automatiser la simulation du comportement humain”. Son principal outil était la People Machine, que Lepore décrit comme “un programme informatique conçu pour prédire et manipuler le comportement humain, toutes sortes de comportements humains, de l’achat d’un lave-vaisselle à la lutte contre une insurrection en passant par le vote”. Il fonctionnait en développant des catégories de personnes (comme une mère blanche de la classe ouvrière catholique ou républicaine de banlieue) et en simulant leur prise de décision probable. (La publicité ciblée et les campagnes politiques utilisent aujourd’hui des techniques largement similaires).

Les principaux acteurs de l’entreprise sont issus de différents milieux. Le publicitaire Ed Greenfield a été l’un des premiers à entrevoir comment la nouvelle technologie de la télévision allait révolutionner la politique et a acquis la conviction que les premiers ordinateurs exerceraient une force tout aussi perturbatrice sur la démocratie. Ithiel de Sola Pool, un ambitieux chercheur en sciences sociales désireux de travailler avec le gouvernement pour découvrir les secrets du comportement humain, est finalement devenu l’un des premiers théoriciens visionnaires des réseaux sociaux.

Plus que tout autre homme de Simulmatics, Pool incarnait à la fois la ferveur idéaliste et l’insouciance à l’égard de la violation des normes qui caractérisent les innovateurs technologiques d’aujourd’hui. Fils de parents radicaux qui ont eux-mêmes touché au socialisme dans leur jeunesse, il a passé le reste de sa vie à prouver qu’il était un patriote engagé dans la guerre froide, et il a un jour décrit son travail à Simulmatics comme “une sorte de pari du Manhattan Project en politique”.

Pour aider à l’élection de J.F.K., Simulmatics a conçu des modèles informatiques du comportement des électeurs. Photographie de Stan Wayman / Getty

L’un des premiers gros clients de la société a été la campagne présidentielle de John F. Kennedy en 1960. Lorsque Kennedy a gagné, la société a revendiqué le mérite. Mais elle a également dû faire face à la crainte que la machine qu’elle avait construite puisse être utilisée à des fins malveillantes. Comme l’a dit un scientifique dans un exposé de la société, publié par le magazine Harper’s peu après l’élection, “On ne peut pas simuler les conséquences de la simulation“. Le public craignait que des entreprises comme Simulmatics puissent avoir une influence corrompue sur le processus démocratique. Cela, rappelons-le, s’est passé près d’un demi-siècle avant même la création de Facebook.

Une branche du gouvernement, cependant, s’est montrée enthousiaste quant aux capacités prédictives de la société : le Département de la Défense. Comme le rappelle Lepore, les partenariats étroits entre les technologues et le Pentagone étaient considérés comme des efforts nécessaires et patriotiques pour endiguer la vague communiste pendant la guerre froide.

En 1966, Pool avait accepté un contrat pour superviser un projet de sciences du comportement à grande échelle pour le Département de la Défense à Saïgon. “Le Vietnam est le plus grand laboratoire de sciences sociales que nous ayons jamais eu ! S’enthousiasme-t-il. Comme le secrétaire à la Défense Robert McNamara, Pool pensait que la guerre serait gagnée dans “le cœur et l’esprit” des Vietnamiens, et qu’elle nécessitait la modélisation et la simulation des sciences du comportement pour être gagnée. Comme l’écrit Lepore, Pool soutenait que si les hommes d’État avaient par le passé consulté la philosophie, la littérature et l’histoire, les hommes d’État de la guerre froide étaient obligés de consulter les sciences du comportement.

Leurs efforts de contre-insurrection assistée par ordinateur ont été un échec désastreux, en grande partie parce que les données de Simulmatics sur les Vietnamiens étaient partielles et que ses simulations reposaient davantage sur des vœux pieux que sur les réalités du terrain. Mais cela n’a pas empêché le gouvernement fédéral de revenir vers Pool et Simulmatics pour l’aider à comprendre – et à prévoir – les troubles civils au Vietnam.

La Commission Kerner, instituée par le président Lyndon Johnson en 1967 pour étudier les émeutes raciales qui avaient éclaté dans tout le pays, a payé la division des études urbaines de Simulmatics pour qu’elle conçoive une formule prédictive des émeutes afin d’alerter les autorités avant que celles-ci ne dégénèrent en désordre. Comme les prédictions pour le Vietnam, celles-ci se sont avérées douteuses. Dans les années 1970, Simulmatics avait fait faillite et “la simulation informatique automatisée du comportement humain était tombée en discrédit”, selon Lepore.

“La collecte et l’utilisation à des fins lucratives de données sur le comportement humain, non réglementées par un quelconque organisme gouvernemental, a fait des ravages dans les sociétés humaines”.

La simulation “se cache derrière l’écran de chaque appareil” que nous utilisons, affirme Lepore, et elle prétend que ses créateurs, les “grands-pères à la moustache blanche et à la mort longue de Mark Zuckerberg et Sergey Brin et Jeff Bezos et Peter Thiel et Marc Andreessen et Elon Musk”, sont un “chaînon manquant” dans l’histoire de la technologie. Mais il s’agit là d’un dépassement. Le rêve de trier, de catégoriser et d’analyser les gens a été une constante tout au long de l’histoire. L’effort de Simulmatics n’était qu’un effort parmi d’autres, et n’était guère révolutionnaire.

Les projets du XIXe siècle visant à classer les criminels par catégories, ou les campagnes du début du XXe siècle visant à prédire le comportement en fonction de catégories pseudo-scientifiques de race et d’ethnicité au plus fort du mouvement eugéniste, ont été beaucoup plus importants (et nuisibles) sur le plan historique. Tous ces projets ont également été couronnés de succès grâce à la collecte et à la systématisation de données et à des partenariats avec les autorités locales et nationales, mais ils ont également suscité l’enthousiasme d’une grande partie du public, ce que Simulmatics n’a jamais réalisé.

Ce qui est vrai, c’est que la combinaison d’idéalisme et d’orgueil de Simulmatics ressemble à celle de nombreuses entreprises contemporaines de la Silicon Valley. Comme elles, elle se considère comme le fer de lance d’un nouveau siècle des Lumières, dirigé par les personnes les plus aptes à résoudre les problèmes de la société, même si elles ne saisissent pas la complexité et la diversité de cette société. “Il serait plus facile, plus réconfortant, moins dérangeant, si les scientifiques de Simulmatics étaient les méchants”, écrit Lepore. “Mais ils ne l’étaient pas. C’étaient des libéraux blancs du milieu du siècle dernier, à une époque où l’on n’attendait pas des libéraux blancs qu’ils comprennent les gens qui n’étaient pas blancs ou libéraux”. Alors que Simulmatics Corporation croyait que la même formule pouvait comprendre des populations aussi distinctes que les électeurs américains et les villageois vietnamiens, les technologies prédictives actuelles font souvent des promesses tout aussi grandioses. Alimentées par une collecte et une analyse de données bien plus sophistiquées, elles ne parviennent toujours pas à rendre compte de toute la gamme et de la richesse de la complexité et des variations humaines.

Ainsi, bien que Simulmatics est inventé le futur, ses tentatives de catégorisation et de prévision du comportement humain ont soulevé des questions sur l’éthique des données qui sont toujours d’actualité. Lepore décrit les audiences du Congrès sur la confidentialité des données en 1966, lorsqu’un scientifique du RAND a exposé au Congrès les questions qu’il devrait poser : Que sont les données ? À qui appartiennent les données ? Quelle est l’obligation du collecteur, du détenteur ou de l’analyste des données à l’égard du sujet des données ? Les données peuvent-elles être partagées ? Peuvent-elles être vendues ?

Lepore déplore qu’une époque antérieure n’ait pas su aborder de front ces questions. “Si, alors, dans les années 1960, les choses s’étaient passées différemment, cet avenir aurait pu être sauvé”, écrit-elle, ajoutant que “beaucoup de gens croyaient à l’époque qu’une people machine était entièrement et totalement amorale”. Mais il est aussi étrangement rassurant d’apprendre que même lorsque nos technologies étaient à leur stade rudimentaire, les gens réfléchissaient aux conséquences probables de leur utilisation.

Comme l’écrit Lepore, la simulation a été entravée par les limites technologiques des années 1960 : “Les données étaient rares. Les modèles étaient faibles. Les ordinateurs étaient lents. La machine tombait en panne, et les hommes qui la construisaient ne pouvaient pas la réparer.” Mais bien que les machines d’aujourd’hui soient “plus élégantes, plus rapides et apparemment inarrêtables”, elles ne sont pas fondamentalement différentes de celles de Simulmatics. Toutes sont basées sur la croyance que les lois mathématiques de la nature humaine sont réelles, de la même manière que les lois de la physique sont – une fausse croyance, note Lepore.

L’étude du comportement humain n’est pas la même chose que l’étude de la propagation des virus et de la densité des clouds et du mouvement des étoiles. Le comportement humain ne suit pas des lois comme la loi de la gravité, et croire qu’il le fait, c’est prêter serment à une nouvelle religion. La prédestination peut être un évangile dangereux. La collecte et l’utilisation à des fins lucratives de données sur le comportement humain, non réglementées par un quelconque organisme gouvernemental, a fait des ravages dans les sociétés humaines, en particulier dans les domaines dans lesquels Simulmatics s’est engagé : politique, publicité, journalisme, contre-insurrection et relations raciales.

La société Simulmatics a échoué parce qu’elle était en avance sur son temps, ses homologues modernes sont plus puissants et plus rentables. Mais se souvenir de son histoire peut aider à clarifier les déficiences d’une société construite sur des croyances réductrices concernant le pouvoir des données.

La biométrie dans le top 5 des technologies émergentes

La biométrie a gagné deux places sur la liste du “Top 10 des technologies émergentes pour 2020” de la communauté des technologies émergentes de CompTIA, devançant la robotique et la blockchain pour prendre la cinquième place.

L’intelligence artificielle et la 5G seront les moteurs de la révolution technologique, selon le communiqué, et sont suivies par l’Internet des objets (IoT) et l’informatique sans serveur (ou serverless computing). La troisième édition présente les technologies émergentes qui offrent les possibilités les plus immédiates de nouvelles opportunités d’affaires et de revenus pour les entreprises technologiques.

“Des deux, l’IA va probablement avoir l’impact le plus important à court terme car elle est intégrée dans presque tous les systèmes logiciels et est utilisée dans l’automatisation des processus pour fabriquer des systèmes de plus en plus intelligents”, déclare John Rice, président de Think Channel et membre du Conseil exécutif de CompTIA. “L’effet de la 5G prendra un peu plus de temps à se manifester, mais son impact ne sera pas moindre, car elle offre la vitesse accrue et la latence réduite nécessaires pour donner aux autres technologies les bases dont elles ont besoin pour atteindre leur potentiel”.

La reconnaissance faciale devrait atteindre 10 milliards de dollars d’ici 2025

Le marché global de la reconnaissance faciale devrait croître encore plus rapidement, avec un taux de croissance annuel moyen de 18,84 %, passant de 3,54 milliards de dollars en 2019 à 9,99 milliards de dollars en 2025, grâce aux systèmes de vidéosurveillance et de détection des crimes, selon l’étude de marché Valuates.

Le rapport “Global Facial Recognition Software Market Report…” couvre l’impact de l’adoption de la biométrie faciale pour différentes applications, notamment les contrôles aux frontières, les implémentations de smartphones et les cas d’utilisation en entreprise. Il explore la répartition entre les systèmes 3D et 2D, ainsi que les marchés régionaux, dans lesquels l’Asie-Pacifique devrait connaître la plus forte croissance.

Selon un nouveau rapport de MarketsandMarkets, le taux de croissance du marché mondial de la reconnaissance faciale est de 17,1 % cette année. Les revenus passeront de 3,8 milliards de dollars en 2020 à 4,5 milliards l’année prochaine, selon le rapport “COVID-19 Impact on Facial Recognition Market…“.

La reconnaissance faciale basée sur le cloud devrait connaître les gains les plus importants, tandis que pour les projets gouvernementaux et de la défense, souvent liés au suivi COVID-19, la croissance sera la plus forte par rapport aux autres secteurs. Le rapport suggère que l’Asie-Pacifique connaîtra la plus forte croissance parmi les régions.

La reconnaissance des gestes est promise à une croissance énorme

Le rapport “Gesture Recognition in Consumer Electronics Market – Forecast (2020 – 2025)” d’IndustryARC prévoit un taux de croissance annuel moyen de 34,9 % entre 2018 et 2023, ce qui portera le marché à 4,85 milliards de dollars, les fabricants cherchant à améliorer l’ergonomie et la facilité d’utilisation de leurs produits.

Environ la moitié de cette croissance se situera dans la région Asie-Pacifique, et elle sera répartie entre les smartphones, les tablettes, les ordinateurs portables, les PC, les télévisions, les boîtiers décodeurs (settop box) et autres appareils. L’évolution des maisons intelligentes alimentées par des appareils connectés est considérée comme une opportunité de marché potentielle. Le rapport examine également les tendances du marché, les types de gestes, les types de capteurs et les leaders du marché.

Les capteurs d’empreintes digitales capacitifs et tactiles en tête du marché jusqu’en 2030

Un nouveau rapport de Prescient & Strategic Intelligence “Fingerprint Sensors Market Research Report…“, prévoit que le marché mondial des capteurs d’empreintes digitales connaîtra une forte croissance de 13,6 % entre 2020 et 2030, stimulée par la demande de projets du secteur public et de l’électronique grand public.

Comme pour la reconnaissance faciale, l’Asie-Pacifique devrait être la région avec le plus fort taux de croissance, bien que le marché américain devrait dépasser tous les marchés avec 2,4 milliards de dollars en 2030, sur la base d’un TCAC de 9,8 % sur la période de prévision.

Le secteur BFSI devrait connaître la croissance verticale la plus rapide du marché, en grande partie grâce à l’émergence des cartes de paiement biométriques et les capteurs de contact devraient continuer à générer des revenus plus élevés jusqu’en 2030, selon le rapport. Les capteurs capacitifs devraient également continuer à être le type de capteur le plus répandu.

La biométrie électronique grand public va doubler d’ici 2025

Selon un autre rapport, le marché de la biométrie grand public devrait approximativement doubler entre 2019 et 2025, passant de 4,17 à 8,27 milliards de dollars pour un TCAC de 12,08 %. Le rapport intitulé “Consumer Electronic Biometrics Market Research Report…” ventile le marché par capteur, application, utilisateur final et zone géographique, et détaille les principaux fournisseurs.

Un rapport de Mercator Advisory Group sur la biométrie : “Biometrics: Driven by Standardized Authentication, Adopted by Consumer” suggère entre-temps que la popularité croissante de l’authentification biométrique sur les appareils mobiles sera encouragée à se poursuivre par des réglementations telles que la directive PSD2 (Payment Services Directive 2 ou Directive sur les services de paiement DSP 2).

“L’authentification par la biométrie est rapidement adoptée par les consommateurs, parce que les fabricants ont permis son utilisation, et parce que la norme d’authentification créée par FIDO Alliance a augmenté la facilité avec laquelle les authentificateurs peuvent utiliser la biométrie mobile sur le web et diminuer les problèmes d’authentification pour les consommateurs”, commente David Nelyubin, analyste de recherche et co-auteur du rapport.

Authentification biométrique via un smartphone

Le marché de l’authentification biométrique avec les smartphones est examiné dans un rapport d’AE Research, incluant l’effet du COVID-19. Le rapport “Biometric Authentication for Smartphone Market Report” prévoit une croissance du secteur jusqu’en 2025, décrit les moteurs du marché et les principaux défis, et examine le marché par région, par type de produit et d’application, ainsi que les principaux acteurs.

La Chine, un exemple ?

Depuis quelques semaines, les articles de journaux et de revue consacrés au coronavirus ne manquent plus de flatter la gestion de la crise du coronavirus par l’État chinois pour l’opposer à l’incompétence européenne. Une équipe internationale qui s’est rendue en Chine en février encensait déjà les méthodes et les résultats de la Chine pour endiguer l’épidémie de Covid-191. Bruce Aylward, le chef de cette équipe – conseiller du directeur général de l’OMS – expliquait dans une interview que la stratégie chinoise avait été, outre le déploiement massifs de tests gratuits et de mises en quarantaine ainsi que l’édification d’hôpitaux en quelques jours, le fait d’isoler drastiquement les personnes infectées, de retracer leurs contacts et de ne confiner ainsi que les personnes potentiellement ou réellement infectées2. Lucien Abenhaim, épidémiologiste et ancien directeur de la santé, parlait récemment dans les grands quotidiens français de « l’exemple chinois », dont il vantait l’efficacité en l’opposant aux diverses théories fantaisistes des Européens3.

Ce qui est notoire mais à peine mentionné, c’est que « l’efficacité » chinoise suppose une vaste infrastructure numérique de surveillance de la population dont le plan préexistait à l’apparition du nouveau coronavirus. La « réponse » chinoise au virus est déjà contenue dans l’esprit des dispositifs existants et des projets en cours. Pour isoler les cas positifs et les malades potentiels (et renvoyer au plus vite les autres au travail), il faut en effet pouvoir non pas seulement les dépister, mais aussi les pister.

Les informations dont nous disposons sur la Chine ne pas toujours fiables, voire contradictoires, même dans les journaux réputés sérieux, et il subsiste bon nombre d’imprécisions dans la présentation qui suit. Cela n’empêche pas d’essayer de reconstituer la situation avec précaution. Rappelons d’abord que la Chine a commencé par nier l’apparition du virus, censurer sur internet les mots-clés liés à l’épidémie et accuser de “propagation de fausses rumeurs” plusieurs médecins, dont le jeune Li Wenliang qui avait alerté à ce sujet. Il est lui-même décédé du Covid-19 début février 2020. Les journalistes Chen Qiushi et Fang Bin qui dénonçaient la gestion de crise ont quant à eux disparu4. D’après l’organisation Chinese Human Rights Defenders qui répertorie diverses sources chinoises, des centaines de citoyens chinois ont été publiquement accusés de répandre des fausses rumeurs et punis, y compris lorsqu’ils ne faisaient rien d’autre que de s’exprimer en ligne sur les cas de maladie dont ils avaient connaissance. L’organisation rapporte : « Le système de surveillance numérique invasif de la Chine a été déployé par la police pour faire taire les net-citoyens et renforcer les contrôles d’information. Sur les réseaux sociaux, les net-citoyens ont déclaré avoir été visités, détenus ou pénalisés par la police pour avoir “répandu des rumeurs” après avoir publié des commentaires sur l’épidémie, et dans certains cas, pour s’être portés volontaires pour distribuer des masques faciaux et d’autres fournitures. Plusieurs défenseurs des droits de l’homme ont déclaré avoir reçu la visite de la police et avoir été menacés de sanctions pénales s’ils ne cessaient pas de diffuser des informations internationales ou de tweeter des informations sur l’épidémie5.» Toutefois, indique une autre source, certains citoyens ont rivalisé d’ingéniosité pour contourner en mars la censure d’une interview réalisée avec Ai Fen, la directrice du service des urgences de l’hôpital central de Wuhan : « Pour éviter la censure, les gens ont converti certaines parties de l’interview en morse, l’ont remplie d’émoticon ou l’ont traduite dans des langues fictives comme le sindarin du Seigneur des anneaux ou le klingon de Star Trek6. » Que le grand public (et non quelques activistes confidentiels) puisse se saisir de tels moyens d’expression augure selon certains observateurs d’un tournant politique.

Après le déploiement d’une telle censure, le gouvernement chinois, qui avait entretemps officiellement admis l’existence du virus, a pris brusquement fin janvier des mesures massives de confinement qui apparaissaient en contradiction complète avec le discours officiel : « En fermant brusquement des villes entières, le gouvernement n’a pas réussi à fournir en temps voulu une aide adéquate aux personnes ayant des besoins particuliers et à permettre aux habitants de faire des provisions. Les habitants de Wuhan, une ville de 11 millions de résidents réguliers, et de la province du Hubei, qui compte 59 millions d’habitants, n’ont pas reçu d’avertissement préalable adéquat avant de fermer les transports publics et d’imposer un confinement. Des mesures aussi drastiques ont laissé des personnes vulnérables, y compris des personnes handicapées, sans assistance7. »

Quant à l’OMS, elle a « ignoré les rapports qui faisaient état d’obstruction à la circulation de l’information et d’intimidation de la police contre le partage d’informations en ligne et a déclaré le 30 janvier qu’elle se félicitait de “l’engagement de la Chine en faveur de la transparence”. (…) Les médias d’État chinois ont utilisé les déclarations de l’OMS pour défendre la réponse tardive et inadéquate du gouvernement. L’OMS fait l’éloge des dirigeants chinois à la suite d’une visite du directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à Pékin, sans exprimer aucune inquiétude quant aux graves violations des droits de l’homme commises par le gouvernement chinois dans sa réaction à l’épidémie, notamment les restrictions à la liberté d’expression, d’information, de presse et de circulation, la suppression des efforts de la société civile et l’incapacité à lutter contre la discrimination8. » Lorsque les médias d’État chinois commencent mi-février à renverser la situation à la gloire du Parti Communiste Chinois, non sans brouiller les informations relatives à l’origine du virus (qui ne serait pas forcément un « virus chinois » selon les mots de Donald Trump mais peut-être un « virus américain », voire un « virus japonais ») ils peuvent donc compter sur la crédulité apparente ou plus vraisemblablement l’opportunisme de la communauté internationale. Tout à coup, la Chine commence à se hisser au rang de championne universelle de la crise du coronavirus avant même que l’épidémie ne soit enrayée sur son propre territoire.

Dans un pays où on prévoyait déjà peu avant la crise du coronavirus un ratio d’environ deux caméras pour un citoyen en 20229, l’épidémie offre soudain une justification toute trouvée à l’extension de la surveillance numérique et des caméras dans les espaces publiques. La Chine prévoit de mettre en place un système de crédit social qui classe les citoyens dans une échelle de notation selon leur comportement civique. Les points conditionnent les déplacements, l’accès aux services publiques ou la recherche d’emploi et sanctionnent tout ce qui peut être considéré comme manque de morale et de civilité, comme traverser au feu rouge. La vidéosurveillance avec reconnaissance faciale déployée sur l’ensemble du territoire complète ce projet. Il est fréquent en Occident d’attribuer à ces plans une ontologie culturelle qui prendrait racine dans des pratiques ancestrales et correspondrait à une toute conception de la liberté individuelle que celle véhiculée par la tradition occidentale. Même si l’on ne peut pas négliger les différences historiques, ce culturalisme condescendant constitue un affront à toutes les personnes censurées, sanctionnées ou disparues qui contestent l’État chinois. Il faut bien plutôt reconnaître avec Mareike Ohlberg, assistante de recherche à l’Institut Mercator pour les études chinoises que « l’idée elle-même n’est pas un phénomène chinois (…) Mais si [le système chinois] se met en place comme prévu, ce sera quand même quelque chose de vraiment unique… C’est à la fois unique et inscrit dans une tendance mondiale10. » De fait, les plans du gouvernement chinois ne sont pas à confondre avec le système de réputation sociale pratiquée par des entreprises privées, même quand ces deux niveaux collaborent. Il est prévu que les entreprises soient elles-mêmes soumises à la notation sociale.

Pour faire face à l’épidémie, la Chine a mis en place une application qui dicte aux gens le comportement à avoir en fonction des facteurs de risque dont ils sont porteurs. Les gens s’inscrivent sur leur smartphone par le biais de l’application de paiement Alipay (utilisée par 900 millions de Chinois) qui leur attribue un code couleur – vert, jaune ou rouge – selon leur état de santé. (La société Ant, filiale du groupe Alibaba et créée à partir de Alipay, est aussi celle qui a conçu le système de crédit social individuel.) Le système d’abord expérimenté dans la ville de Hangzhou, serait à présent utilisé dans des centaines de villes et en cours de déploiement à l’échelle nationale. Le New York Times rapporte que « lorsqu’un utilisateur accorde au logiciel l’accès à des données personnelles, un élément du programme intitulé “reportInfoAndLocationToPolice” envoie à un serveur le lieu où se trouve la personne, le nom de la ville et un numéro de code d’identification. Le logiciel n’indique pas clairement aux utilisateurs sa connexion à la police. Mais selon l’agence de presse chinoise Xinhua, gérée par l’État, et un compte officiel de la police sur les réseaux sociaux, les autorités chargées de l’application de la loi ont été un partenaire essentiel dans le développement du système11. » Officiellement, l’application génère son code couleur de manière automatique à partir d’éléments suivants : selon que l’utilisateur a été en contact avec une personne infectée, a visité une région infectée ou bien a déclaré des symptômes de maladie. Mais pour les utilisateurs, l’attribution du code couleur est obscure. De plus, à chaque fois que le code d’une personne est scanné, les serveurs du système sont informés de l’emplacement actuel de la personne. Qu’est-ce qui prouve que ces nouveaux systèmes seront désactivés à la fin de l’épidémie ? Une correspondante en Chine dans une province très peu affectée par le virus écrit pour Reporterre le 24 mars : « Plus la situation semble s’améliorer et plus la ville renforce les contrôles12. »

La situation misérables de plusieurs pays Européens face à celle, semble-t-il rayonnante, de la Chine, oblige ainsi à se demander si, en amont, nous envisageons des modes d’intervention similaires au nom de la sécurité et des risques à venir (qui ne feront que s’amplifier). Le mythe d’une Europe capable d’implémenter des techniques de surveillance tout en « respectant la vie privée » grâce au « consentement » et à « l’anonymisation » des données collectées est un faux compromis qui ne tiendra plus du tout dans un tel contexte, et qui fera peu à peu tomber son masque lisse et imparable. Ce respect formel pour lesdites libertés publiques n’a en effet aucune valeur en contexte de pandémie, puisqu’il faut justement forcer les populations à suivre les consignes (donc sans leur consentement) et identifier les cas positifs ou potentiels (le contraire de l’anonymat).

Contrôles biométriques pour favoriser la distanciation sociale

Pendant que les Européens se replient sur des stratégies de crise nationales souvent incohérentes et critiquées – du laisser-faire de Boris Johnson à son revirement mal compris, des atermoiements et contradictions d’Emmanuel Macron aux restrictions liberticides, etc. – c’est bien l’« exemple chinois » qui semble sortir gagnant de cette cacophonie. L’État chinois a offert au reste du monde une démonstration d’efficacité qui semble pouvoir être appliquée à maints autres endroits et situations de crise. A l’heure actuelle, quinze pays dans le monde ont déjà mis en place le traçage numérique des citoyens via des applications sur smartphone pour lutter contre le Covid-19. D’autres s’apprêtent à suivre cet exemple13. Un porte-parole du ministère au numérique polonais peut ainsi déclarer : « Les gens en quarantaine ont le choix : soit ils reçoivent des visites inattendues de la police, soit ils téléchargent cette application. » Bien sûr, il ne s’agit pas de dire que la Chine a tout orchestré. Mais en tant que grande victorieuse de la crise du coronavirus dans l’image publique mondiale, il semble que son exemple et celui de la Corée du Sud s’imposent comme une évidence. Ce serait cependant une erreur de penser que le modèle chinois serait susceptible d’être repris à l’identique. Les traditions politiques différentes et la nécessité de se démarquer sur la scène géopolitique mondiale impliquent évidemment des rhétoriques et des stratégies non identiques.

C’est par une mécanique qui dépasse les intentions particulières des acteurs politiques que les États sont forcés d’emprunter la voie de la surveillance généralisée (et ceci de manière toujours plus frappante). La gestion biopolitique du monde est la destination logique de la modernité : habillée de la rhétorique mielleuse du respect des libertés ou de celle, autoritaire, du respect de l’ordre public, elle se présente assurément sous plusieurs modes discursifs. Mais quelle que soit la rhétorique adoptée, face à la montée de ce que Ulrich Beck appelait la société du risque, les États sont tenus de prétendre qu’ils assurent la sécurité et les conditions minimales de la reproduction de l’existence. Mais compte tenu de l’amplification des crises globales, la seule manière d’assurer cette prétendue sécurité ne peut être que la gestion de plus en plus serrée du « parc humain ». Contrairement toutefois aux interprétations paranoïaques qui fleurissent ici et là, il y a une contrainte systémique à déchiffrer derrière l’empressement occidental à encenser l’exemple chinois. Moins les crises seront maîtrisables – à l’image de la propagation rapide et imprévisible du Covid-19 – plus les États tenteront de survivre à leur déconfiture en pactisant avec le solutionnisme des entreprises hi-tech pour contenir des populations toujours plus exposées, inquiètes et instables. A chaque invective contre ces « connards qui nous gouvernent14 » incapables de résoudre les crises qui se profilent et se multiplient, se manifeste un peu plus l’infantilisme des attentes exorbitantes à leur endroit et le glissement imperceptible de l’autorité étatique vers la gouvernance algorithmique assistée par des plateformes dont plus rien n’arrête l’ascension. A force d’être traités de « connards » en toute situation, on peut imaginer que la classe politique préfèrera de plus en plus s’en remettre au traçage glacé des moindres comportements de la population, plutôt qu’à la responsabilité de gérer des crises insolubles à l’intérieur du cadre politique que s’est donnée la modernité.

Les effets du contrôle social sont d’ailleurs tellement irréfutables que de nombreux écologistes ne manquent pas de s’en saisir d’ores et déjà pour faire avancer leur propre cause, celle par exemple du changement climatique. Ne sommes-nous pas en train d’expérimenter in vivo les bienfaits d’une décroissance (en l’occurrence d’une récession) certes involontaire mais indispensable ? Les effets bénéfiques sur la pollution et les émissions de CO2 ne se sont-ils pas immédiatement fait sentir ? Alors désormais, disent déjà certains, nous connaissons la voie à suivre. Nous serions en train de vivre une répétition générale et il n’y aurait plus qu’à mettre en place des mesures radicales expérimentées dans la crise du Covid-1915. De l’imprécation contre l’état d’exception16 à l’amour du contrôle, il y a ainsi une seule et même fascination pour les formes apparemment indépassables de la dépossession politique. On cherche dans les représentants de l’État aussi bien la faute et l’incompétence personnifiée que la solution à tout, au lieu d’analyser la mécanique implacable à laquelle nous avons collectivement consenti pour en arriver là. Tremblons que l’État chinois ne vienne nous tendre une main généreuse et un exemple à suivre dans la résolution des crises universelles et que nous nous jetions sur cette aubaine parce que nous sommes devenus incapables de prendre en charge la reproduction de nos existences. Depuis quelques jours, des équipes médicales chinoises apportent du renfort en Italie, en Iran, en Irak17, en Serbie18 sans compter l’envoi de matériel dans de nombreux pays (dont un million de masques de protection à la France), et Xin Jinping promet largement, de Vladimir Poutine à Angela Merkel, le soutien et l’expertise de son pays. Ces gestes de solidarité emphatiques – sur fond de chauvinisme exacerbé des États – annoncent l’acceptation passive d’un mode de gouvernance totalitaire qui se donne pour le seul à pouvoir sortir le monde du pétrin.

Notes :

1 Hilary Brueck, « The rest of the world is ’simply not ready‘ for the coronavirus, according to a WHO envoy who just returned from China », Business insider, 26 février 2020. En ligne: https://www.businessinsider.de/international/what-works-to-fight-covid-19-lessons-from-china-who-2020-2/?r=US&IR=T

2 Julia Belluz, « China’s cases of Covid-19 are finally declining. A WHO expert explains why », vox, 3 mars 2020. En ligne : https://www.vox.com/2020/3/2/21161067/coronavirus-covid19-china

3 Cf. notamment : Lucien Abenhaim, « Il est maintenant permis d’espérer la sortie de la crise du coronavirus », Le Monde, 20 mars 2020.

4 Vivian Wang, « They documented the Coronavirus Crisis in Wuhan. They Vanished », New York Times, 14 février 2020.

5 Chinese Human Rights Defenders, 31 janvier 2020, “China: Protect Human Rights While Combatting Coronavirus Outbreak”. En ligne : https://www.nchrd.org/2020/01/china-protect-human-rights-while-combatting-coronavirus-outbreak/

6 Ryan Broderick, «Chinese WeChat Users Are Sharing A Censored Post About COVID-19 By Filling It With Emojis And Writing It In Other Languages », buzzfeednews, 11 mars 2020. En ligne : https://www.buzzfeednews.com/article/ryanhatesthis/coronavirus-covid-chinese-wechat-censored-post-emojis

7 Chinese Human Rights Defenders, 31 janvier 2020, “China: Protect Human Rights While Combatting Coronavirus Outbreak”. En ligne : https://www.nchrd.org/2020/01/china-protect-human-rights-while-combatting-coronavirus-outbreak/

8 Chinese Human Rights Defenders, 31 janvier 2020, “China: Protect Human Rights While Combatting Coronavirus Outbreak”. En ligne : https://www.nchrd.org/2020/01/china-protect-human-rights-while-combatting-coronavirus-outbreak/

9 Mathieu Rabechaut, « Watch this: China surveillance tech seeks to go global », Techxplore, 24 novembre 2019. En ligne : https://techxplore.com/news/2019-11-china-surveillance-tech-global.html

10 Nicole Kobie, « The complicated truth about China’s social credit system », Wired, 7 juin 2019.

11 Paul Mozur, Raymond Zhong, Aaron Krolik, « In Coronavirus Fight, China Gives Citizens a Color Code, With Red Flags », New York Times, 1 mars 2020.

12 Nathalie Paco, « En Chine, le virus maîtrisé au prix d’un contrôle total de la population », Reporterre, 24 mars 2020. En ligne : https://reporterre.net/En-Chine-le-virus-maitrise-au-prix-d-un-controle-total-de-la-population

13 Isobel Asher Hamilton, « 11 countries are now using people’s phone to track the coronavirus pandemic, and it heralds a massive increase of surveillance », business insider, 24 mars 2020. En ligne : https://www.businessinsider.com/countries-tracking-citizens-phones-coronavirus-2020-3?r=DE&IR=T Cf. également l’index évolutif du Virtual Private Network : https://www.top10vpn.com/news/surveillance/covid-19-digital-rights-tracker/

14 Frédéric Lordon, « Les connards qui nous gouvernent », les blogs du « diplo », 19 mars 2020. En ligne : https://blog.mondediplo.net/les-connards-qui-nous-gouvernent

15 Cf. entre autres Vincent Lucchese, « 5 pistes pour mobiliser sur le climat autant que sur le coronavirus », Usbek & Rica, 14 mars 2020 ; François Gemenne, Anneliese Depoux, « De la crise du coronavirus, on peut tirer des leçons pour lutter contre le changement climatique », Le Monde, 18 mars 2020 ; Nicolas Celnik, « Covid-19 : c’est le moment ou jamais pour agir sur le front climatique », Interview avec Jean-Baptiste Fressoz, Libération, 23 mars 2020.

16 Giorgio Agamben, « Coronavirus et état d’exception », acta.zone, 26 février 2020. En ligne : https://acta.zone/giorgio-agamben-coronavirus-etat-dexception/ Ce texte a suscité un grand nombre de réponses et de débats qu’on peut lire en ligne.

17 Par LEXPRESS.fr avec AFP, 20 mars 2020 : “Coronavirus : la Chine a envoyé des médecins dans trois pays”. En ligne : https://www.lexpress.fr/actualite/monde/coronavirus-la-chine-a-envoye-des-medecins-dans-trois-pays_2121493.html

18 French.china.org.cn, mis à jour le 22 mars 2020, “(COVID-19) Des médecins chinois arrivent en Serbie pour l’aider à combattre l’épidémie”. En ligne : http://french.china.org.cn/foreign/txt/2020-03/22/content_75845533.htm

La police métropolitaine veut suivre l’exemple de la Chine

Le président du syndicat de la police métropolitaine de Londres a salué l’approche de la Chine en matière de reconnaissance faciale tout en défendant les propres systèmes inexacts du Met (The Register).

S’adressant à la BBC Radio Essex vendredi dernier, le représentant de la police métropolitaine, Ken Marsh, a salué le déploiement réputé et répressif du gouvernement chinois pour l’utilisation de la technologie de reconnaissance faciale :

“Bien que la Chine soit un pays très intrusif et que je ne sois pas d’accord avec un grand nombre de leurs actions, ils ont parfaitement raison. Ils reconnaissent les personnes à la seconde et ils ont la situation en main”.

La police chinoise ajoute des lunettes de reconnaissance faciale à leur arsenal de surveillance

La surveillance totale est le seul moyen de sauver l’humanité

Nick Bostrom, l’auteur de “The Simulation Argument” déclare qu’une mauvaise technologie pourrait détruire l’humanité – et le seul moyen de l’empêcher est une surveillance de masse et une gouvernance mondiale.

Le philosophe d’Oxford qui affirmait il y a 15 ans que nous vivions peut-être dans une matrice a une autre théorie, cette fois sur l’avenir de l’humanité – et elle n’est pas vraiment optimiste.

Mercredi 17 avril, Nick Bostrom est monté sur scène lors d’une conférence TED à Vancouver, au Canada, pour partager quelques-unes des idées issues de son dernier travail, “The Vulnerable World Hypothesis”.

Dans son article, Bostrom soutient qu’une surveillance mondialisée sera nécessaire pour empêcher une technologie de notre propre création de détruire l’humanité – une idée radicalement dystopique de l’un des philosophes les plus éminents de cette génération.

Bostrom cadre son argument en terme d’une urne géante remplie de balles. Chaque balle représente une idée différente ou une technologie possible, et elles sont de couleurs différentes : blanche (bénéfique), grise (modérément nocif), ou noir (destruction de civilisation).

L’humanité tire constamment des balles de cette urne, selon le modèle de Bostom – et heureusement, personne n’a encore sorti une balle noire. L’accent est mis sur “encore”.

“Si la recherche scientifique et technologique continue, écrit Bostrom, nous finirons par l’atteindre et l’extraire.”

Pour éviter que cela ne se produise, Bostrom affirme que nous avons besoin d’un gouvernement mondial plus efficace – un gouvernement qui pourrait rapidement interdire toute technologie potentiellement destructrice pour la civilisation.

Il suggère également que nous nous appuyions sur la surveillance de masse par le gouvernement, en équipant chaque personne de “balises de liberté” ressemblant à des colliers qui peuvent entendre et voir ce qu’elles font à tout moment.

Ces balises seraient introduites dans des “stations de surveillance des patriotes”, ou “centres de liberté”, où des intelligences artificielles surveillent les données, amenant les “agents de la liberté” humains dans la boucle s’ils détectent des signes d’une boule noire.

Nous avons déjà vu des gens abuser des systèmes de surveillance de masse, et ces systèmes sont beaucoup moins exhaustifs que ce que propose Bostrom.

Néanmoins, s’il s’agit de choisir entre l’observation et la surveillance de chacun de nos mouvements ou la fin de la civilisation, Bostrom semble penser que le premier choix est une meilleure option que le second.

“De toute évidence, la surveillance de masse et la gouvernance mondiale comportent d’énormes inconvénients, voire des risques énormes”, a-t-il déclaré à la foule lors de la conférence TED, selon Inverse. “Je fais juste remarquer que si on a de la chance, le monde pourrait être tel que ce serait le seul moyen de survivre à une balle noire.”

Business Insider, Inverse

Chine : nouveau centre mondial de l’espionnage de masse, partie 2

Introduction

Le monde voit émerger deux Internet distincts selon Eric Schmidt, ancien PDG de Google : un Internet chinois dirigé par Pékin et un Internet planétaire dirigé par les États-Unis. Actuellement, le Parti Communiste Chinois (PCC) utilise et perfectionne son réseau Internet en interne, mais l’expansion internationale de nouveaux produits et services haut de gamme asiatique commence à concurrencer le monopole de la Silicon Valley dans le monde. Cette ambition exportatrice subit des blocages des instances de régulations, des gouvernements et des services de renseignement occidentaux. Ils justifient leur méfiance des produits chinois à travers des soupçons d’espionnage de Pékin. Si le phénomène peut être tout à fait réel [cf. Partie 1], l’étonnante ampleur médiatique sur le sujet est suspecte : il s’agit avant tout d’une guerre économique pour empêcher la République populaire de Chine de voler les parts du fructueux et déterminant marché des smartphones et autres objets connectés.

Mais revenons à la politique intérieure. Grâce aux Big data, à l’intelligence artificielle et à la surveillance Web, le gouvernement chinois se dote d’une stratégie numérique à faire pâlir le startupper californien moyen. À tel point que la politique intérieure chinoise actuelle tend à la dystopie finale des romans de science-fiction de la première moitié du XXe siècle. Alors que l’on pensait avoir tout vu avec la NSA américaine, pieuvre de l’espionnage mondial, ce serait en Chine que les citoyens seraient les plus surveillés au monde et ceci de façon totalement transparente. Scan d’iris, reconnaissance faciale, intelligence artificielle, géolocalisation… les nouvelles technologies sont la pierre angulaire de la surveillance de masse chinoise, amenant au pré-crime (le crime déjoué avant son exécution !) et au conditionnement minutieux de la population. Les stages de rééducation et autre lavage de cerveau en cours ou à venir reconditionneront le Chinois frondeur avant même qu’il commence à dévier de la ligne du Parti. Cette seconde partie de notre dossier consacrée à l’espionnage chinois est à appréhender sous l’angle de l’avenir de toutes les sociétés humaines : le modèle de profilage ultra rationalisé que nous allons décrypter est plus ou moins présent partout où une connexion Internet est possible.

BATX > GAFA : la puissance des multinationales chinoises

Équivalent aux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) américains, les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) sont des entreprises chinoises tout aussi puissantes, sinon plus, en termes de prouesses technologiques et de valorisation boursière. Leurs atouts doivent être appréhendés sous l’angle démographique, car ces entreprises plutôt locales touchent une partie conséquente des individus peuplant le monde (à peu près 19 %, des 7,5 Mds d’êtres humains). L’empire du Milieu renferme effectivement 1,4 Mds d’individus dans le 3e pays le plus vaste au monde. Entre 2008 et le deuxième trimestre 2018, la Chine a vu son nombre d’internautes passer de 253 millions à 802 millions (57,7 % des Chinois sont connectés). Pour le moment, la stratégie des BATX se concentre donc sur cet immense marché intérieur chinois et touche des domaines vastes de la reconnaissance faciale et vocale aux problématiques d’intelligence artificielle.

Alors que le moteur de recherche Google est interdit en terres chinoises, c’est son équivalent local généré par la société Baidu qui est en haut du podium des moteurs de recherche utilisés en Chine. L’accès au Web chinois passe donc par lui. Il s’agit du quatrième site le plus visité au monde après Facebook, YouTube et Google. À l’instar du groupe US, Baidu investit dans la recherche sur l’intelligence artificielle et la voiture autonome. Huit années après avoir été banni de Chine, Google testerait une version de son moteur de recherche (nommée Dragonfly) conforme aux exigences de censure du Parti pour reconquérir le fructueux marché chinois (Deutsche Welle, 02/08/18). De quoi provoquer l’ire du progressiste démocrate, qui n’a toujours pas compris que le monde est régi par les droits de l’Homme d’affaires ; des centaines d’employés de Google ont effectivement signé une pétition contre ce retour en terre du Milieu. Ils n’ont pas dû bien comprendre pour qui ils travaillaient.

La plateforme e-commerce Alibaba compte aujourd’hui plus d’utilisateurs que son alter ego Amazon et propose également des services liés à l’achat en ligne, comme son propre moyen de paiement (Alipay) ou son cloud (Alicloud). L’introduction en bourse du Chinois avait fait grand bruit en 2014, avec une cotation plus élevée que le géant du e-commerce US ; Alibaba est 7e au rang des entreprises de l’économie numérique en termes de valorisation boursière. Le mastodonte chinois revendique aujourd’hui le leadership mondial du commerce en ligne en cumulant plus de transactions qu’eBay et Amazon réunis. Alibaba prépare d’ailleurs sa montée en puissance en Europe. Plusieurs fois numéro 1 du classement Forbes des milliardaires russes les plus fortunés, Alicher Ousmanov a récemment réorienté une partie de ses actifs occidentaux vers l’est de l’Eurasie ; il s’est retiré de Facebook pour s’engager avec Alibaba Group. Ce fondateur et actionnaire majoritaire d’USM Holdings possède Metalloinvest (poids lourds de la métallurgie russe), la maison d’édition Kommersant et détient également des actifs dans la Compagnie minière du Baïkal (BGK), ainsi que la majorité des parts du géant des télécoms Megafon et du mastodonte d’Internet Mail.ru.

Tencent est un géant du e-service et de la publicité sur Internet. Il propose des jeux (Honor of Kings), un réseau social (QQ), une messagerie (WeChat) et divers services digitaux (musique, paiement…). Lancée en janvier 2011, WeChat est devenue une des applications multiservices pour mobile les plus puissantes au monde. Tout-en-un, elle regroupe des services de paiements, d’e-commerce, de transport en commun… Elle est 7 fois plus rémunératrice que son alter ego américain WhatsApp, avec quasiment 1 Md d’utilisateurs actifs, principalement chinois, chaque mois (contre 2,1 milliards pour Facebook dans le monde), soit plus que l’ensemble de la population européenne (Géoéconomie n° 82, juin-juillet 2017, p.58 et p.64). Tencent a effectivement détrôné le rival Facebook (également banni du territoire chinois depuis 2009) pour rentrer dans le top dix mondial en devenant l’entreprise la plus valorisée en bourse dans le domaine des réseaux sociaux (540 Mds $ de capitalisation).

Et enfin, Xiaomi, le « Apple asiatique», est la 2e startup la plus valorisée en bourse après Uber. La société produit des smartphones, des télévisions, des objets connectés, et a l’avantage de proposer des prix plus abordables que la marque à la pomme. Investissant dans le domaine de la maison connectée (ampoules connectées à la voix et autres volets connectés à venir), un partenariat avec le suédois Ikea a été annoncé en décembre 2018 pour le marché chinois d’abord et dans le reste du monde ensuite.

Relevons également l’assise des Chinois SenseTime ou encore Face++, qui a battu les meilleures équipes de Google, Microsoft et Facebook lors du concours de reconnaissance d’images COCO 2017. L’entreprise chinoise de logiciels de reconnaissance vocale iFlyTek a également supplanté tous les Américains de DeepMind (Google), Facebook et Watson (IBM) dans le traitement du langage naturel. La traduction instantanée de la parole dans n’importe quelle langue est l’objectif à atteindre pour cette société. Sur le top 10 des entreprises des nouvelles technologies les plus puissantes du monde, 6 sont américaines (Amazon, Alphabet-Google, Microsoft, Apple, Boeing, et Berkshire Hathaway) et 4 sont chinoises (Tencent, Alibaba, Ping An Insurance et ICBM finance).

Vous l’avez compris, la stratégie chinoise paye : l’émergence de ces multinationales technologiques a été réalisable grâce à l’expulsion pure et simple de l’écrasante concurrence américaine. Allez dire cela au sbire d’État français chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, et à ses maîtres européens.

Le Big data chinois

Rappelons que l’État central chinois doit gouverner un cinquième de la démographie planétaire au sein de ses frontières. Ceci lui donne un avantage non négligeable sur les États-Unis, avec un plus grand réservoir de données et peu d’obstacles (consenti et imposé) à leur captation. Bien que l’utilisation du smartphone soit courante en Occident, la population chinoise en a un usage supérieur, pour payer des factures, réserver des services, louer des biens et bien d’autres (Diplomatie Les grands dossiers n° 45, juin-juillet 2018, p.17). 65 % des internautes utilisent leur smartphone pour payer leurs achats dans la vie réelle (11 fois plus que les Américains), pour leurs courses par exemple et ce même dans les petites villes. Des startups d’intelligence artificielle et d’O2O (online-to-offline, système incitant les consommateurs dans un environnement numérique à faire des achats auprès d’entreprises physiques) émergent en masse.

Des atouts supplémentaires sont également à relever. Alors que la masse du Big data est généralement fragmentée à travers diverses plateformes et entreprises en Occident, des géants asiatiques comme Tencent ont réussi à créer des écosystèmes unifiés qui centralisent en un seul endroit la totalité des données d’un utilisateur. Des centaines de millions de caractéristiques comportementales d’un utilisateur peuvent donc être soumises à l’analyse algorithmique pour un profilage chirurgical. Des objets connectés supplémentaires, moins présents à l’Ouest, comme les vélos en libre-service (Ofo ou le Mobike) donnent des éléments supplémentaires aux entreprises chinoises pour exploiter les déplacements de chacun et ainsi cartographier les habitudes du citoyen (travail, loisir, supermarché…). Ceci, couplé à la reconnaissance faciale, donne la possibilité de faire correspondre le comportement des utilisateurs en ligne à leur monde physique.

La Chine, prochaine superpuissance de l’intelligence artificielle?

La croissance techno-scientifique chinoise

La Chine a fait de la puissance technologique un axe stratégique de développement et compte être à l’avant-garde de la quatrième révolution industrielle avec le programme Made in China 2025. Le projet lancé en 2013 se concentre sur la numérisation et la robotisation de l’industrie et de la société en général. Il s’agit du pendant asiatique de l’industrie 4.0 allemande, concept que nous avions traité dans un article précédemment. Il s’agit dorénavant de promouvoir l’innovation en terre du Milieu. Made in China 2025 a notamment pour ambition de doper le secteur des nouvelles technologies de l’information, des machines-outils à commande numérique, des robots, du matériel aéronautique et aérospatial, des équipements d’ingénierie océanique et de navires high-tech, des équipements ferroviaires, des véhicules à énergie nouvelle, des nouveaux matériaux, de la biologie pharmaceutique et des produits médicaux avancés, etc. Ceci représente environ 40 % de la capacité manufacturière du pays.

En juillet 2017, l’intelligence artificielle a été annoncée comme le moteur de la stratégie officielle émise par le Conseil d’État chinois. L’objectif est d’atteindre le leadership mondial de l’intelligence artificielle d’ici 2030, possible grâce à une culture profondément rationaliste qui limite les débats éthiques et les régulations que l’on peut voir en Occident. L’intelligence artificielle, qui sert notamment à automatiser le travail, imprègnera tous les domaines à partir de 2020 ; de la sécurité nationale aux armes autonomes, en passant par la santé et la smart city (ville intelligente utilisant les technologies de l’information et de la communication). Un rapport de CB Insights relève qu’en 2017, la Chine a accueilli 48 % des capitaux mondiaux investis dans l’intelligence artificielle, contre 38 % pour les USA et 13 % pour le reste du monde (Diplomatie – Les grands dossiers n° 47, octobre-novembre 2018, p.64).

La Chine a-t-elle déjà supplanté les USA en matière d’intelligence artificielle ?

Pour atteindre ses objectifs, Pékin s’est déjà doté d’un budget annuel de 22 Mds $ pour devenir leader de l’intelligence artificielle dès 2030, chiffre qui doit passer à 59 Mds $ d’ici 2025. Son objectif est de mettre sur pied d’ici une dizaine d’années une industrie de l’intelligence artificielle d’une valeur de 150 Mds $ pour devenir le premier centre d’innovation mondial d’ici 2030. Cette stratégie pourrait permettre une croissance du PIB chinois de 26 % d’ici cette échéance.

La compétition entre les États-Unis et la Chine est particulièrement féroce dans le champ de scientifique. Selon le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres), la République populaire talonne le géant américain dans ce domaine et s’impose même dans les nouveaux secteurs stratégiques. Alors que Pékin ne représentait qu’à peine 1 % des publications scientifiques mondiales en 1980, elle en génère 16,6 % en 2015 contre 20 % pour Washington. L’empire du Milieu se distingue particulièrement en mathématiques dans ses publications à hauteur de 19 %, contre 16 % pour les Américains en 2015. Dans le domaine de l’intelligence artificielle, elle est déjà en tête de file en termes de publications : 7 691 articles scientifiques ont été publiés en 2016 contre 6 345 aux USA et 2 570 au Japon.

La Chine a également atteint la deuxième place mondiale des dépenses en R&D (408,8 Mds $ dépensés en 2015 soit 21 % des dépenses totales mondiales) après les USA (26 % des dépenses totales mondiales). Entre 2000 et 2015, ces dépenses ont augmenté à un rythme moyen de 18 % par an en Chine, soit quatre fois plus qu’aux États-Unis (croissance de 4 % par an). L’empire du Milieu dépose le plus de brevets au monde et la part consacrée à la R&D par citoyen est la plus importante au monde (Diplomatie Les grands dossiers n° 44, avril-mai 2018, p.26). La formation de la main-d’œuvre chinoise est également en expansion avec un nombre de diplômés des sciences ou de l’ingénierie qui s’élève à 1,65 million en 2014 (359 000 seulement en 2000), contre 742 000 aux États-Unis (483 000 en 2000). Ces chiffres sont toujours à mettre en perspective avec la forte population chinoise.

Washington est particulièrement inquiet de l’usage militaire de l’intelligence artificielle chinoise. En réponse, le président exécutif d’Alphabet (holding de Google) a été nominé au Département de la Défense US (Conflits n° 17, avril-mai-juin 2018, p.59). Effectivement, la Chine pourrait devenir le leader mondial de l’intelligence artificielle plus tôt que prévu et cela provoque des frayeurs. En 2017, elle a plus investi dans des startups spécialisées dans l’intelligence artificielle que les États-Unis, selon une étude du cabinet CB Insight (février 2018). Un rapport du US House Oversight and Reform IT Subcommittee a suggéré que le pays asiatique allait dépasser les USA en termes de dépenses en R&D sur l’intelligence artificielle en fin 2018.

Des limites technologiques majeures

Mais les prouesses technologiques chinoises restent à relativiser. Contrairement aux apparences, la Chine est encore loin de s’émanciper de la technologie américaine. Paradoxalement, ce pays leader mondial en termes de nombre de brevets déposés se fournit en puces électroniques haut de gamme chez les Américains, à hauteur de 90 % ! Ces puces made in USA sont utilisées pour les équipements chinois, notamment pour les infrastructures critiques. De même, plus de 90 % des systèmes centraux des industries clefs nationales (banque, énergie) fonctionnent avec Microsoft comme système d’exploitation. L’Internet mobile chinois est également divisé, comme partout ailleurs, entre Android (Google) et iOs (Apple), qui détiennent respectivement 87,2 % et 12,4 % du marché.

Selon l’Indice de développement des TIC de l’Union internationale des télécommunications, la Chine se classe à la 80e position mondiale en 2017 (note de 5,6) en termes de performances par rapport à l’infrastructure, à l’usage et aux compétences dans les TIC. Loin derrière les USA (8,18), le Japon (8,43) ou la Corée du Sud (8,85). Au niveau de l’indice de la cybersécurité, la Chine est à la 32e position mondiale, largement dépassée par les USA (2e) ou la France (8e).

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le PCC a du mal à s’émanciper de la technologie américaine à l’instar de nous autres ici-bas : un vrai problème stratégique pour nos sécurités nationales respectives. La Chine est d’ailleurs une cible de choix pour des pirates informatiques malveillants ; le pays étant souvent utilisé comme proxy pour des attaques informatiques contre d’autres pays, selon l’ancien DG de la DGSE, Bernard Barbier (Diplomatie Les grands dossiers n° 45, juin-juillet 2018, p.85, 86 et 87).

L’Internet chinois est un intranet

Le « Grand Firewall de Chine », soit la surveillance numérique gérée par le ministère de la Sécurité publique, a émergé dès 1998 pour assurer un contrôle strict du cyberespace chinois par blocage d’adresse IP, filtre DNS et URL. Les sites et autres applications largement développés dans le monde (YouTube, Facebook, WhatsApp, Telegram…) sont interdits en Chine et intelligemment remplacés par des équivalents locaux (WeChat, YouKu, WeiBo…). Aujourd’hui, tout contenu Web jugé trop éloigné des « valeurs socialistes fondamentales » peut être supprimé par l’agence gouvernementale China Netcasting Services Association. Les éléments concernant la religion ou une vision négative de la Chine peuvent être également concernés, ainsi que « les insultes à l’encontre du pays, le langage grossier, le contenu religieux, la violence explicite, toute référence sexuelle implicite ou explicite (y compris l’homosexualité et les vidéos éducatives), tout contenus abordant les jeux d’argent, la drogue, le tabagisme, et les vidéos montrant la mort d’espèces animales en voie de disparition ».

Alors que le cyberespace bouleverse la souveraineté territoriale des pays en permettant des échanges transfrontaliers quasi instantanés, la Chine a réalisé un tour de force inédit en y transposant ses frontières nationales. Cette ambition a réintroduit la régulation du Parti dans l’espace numérique chinois. Leur réseau Internet est donc conçu comme un Intranet construit autour de plusieurs points de connexion contrôlant les flux venant du cyberespace mondial. Il s’agit donc d’une nouvelle forme de frontière néanmoins pénible à maintenir au vu de la rapidité de circulation des données.

En évitant les câbles sous-marins passant par les États-Unis et permettant l’accès à Internet, Pékin s’affranchit petit à petit de la domination de ces derniers en déployant des câbles vers l’Europe, notamment par le Sud en contournant la Russie. Évoquons rapidement le câble sous-marin SeaMeWe 5, qui connecte l’Asie, le Proche Orient et l’Europe ; il est opérationnel depuis le printemps 2018 grâce à un partenariat entre 20 opérateurs, dont les trois titans publics chinois des télécoms (China Unicom, China Telecom et China Mobile). Le PCC est très attentif à la problématique de ces câbles hautement stratégiques et compte bien étendre sa souveraineté dans ce champ précis.

Câble SeaMeWe 5 via Le dessous des cartes

En plus de la régulation des frontières numériques, la nouvelle régulation chinoise sur la cybersécurité, entrée en vigueur le 1er juin 2017, est un puissant outil de protection des données de la nouvelle économie numérique chinoise et du réseau d’infrastructures sécurisé. Depuis son adoption, les infrastructures et plateformes d’hébergement étrangères doivent se restructurer ou migrer obligatoirement vers un partenaire chinois, sous peine de fermeture. Certains services en ligne se voient donc obligés de stocker les données de leurs utilisateurs sur le territoire communiste et donc collaborer de fait avec la ligne du Parti. Vu que les internautes chinois doivent révéler leur identité pour pouvoir poster des commentaires et participer à des forums en ligne, cette réglementation s’avère aussi être un outil de contrôle efficace de la population chinoise sur le territoire.

Skynet est chinois : la cybersurveillance du PCC

Pour arriver à de telles prouesses, les partenariats public-privé très intégrés s’avèrent une fois de plus être la stratégie la plus efficace pour les intérêts géoéconomiques d’un pays, au détriment des libertés individuelles dans ce cas. L’État central s’est doté d’un système anticorruption et de surveillance globale par reconnaissance faciale appelé Skynet. Dans le film américain Terminator, Skynet est le nom d’une intelligence artificielle créée pour automatiser la riposte nucléaire américaine en cas d’attaque. Cette intelligence artificielle s’automatise dans les différents films, pour finalement prendre le contrôle des missiles nucléaires et les lancer à tout va pour détruire l’humanité. On ne sait pas si les autorités chinoises avaient en tête cette drôle de référence au moment de baptiser leur système de surveillance, mais le parallèle mérite réflexion. Présent dans 16 provinces et villes chinoises, Skynet permet de repérer tout contrevenant, et ce jusqu’aux toilettes publiques de certaines villes sous vidéosurveillance pour éviter l’usage déraisonnable du papier (Diplomatie Les grands dossiers n° 45, juin-juillet 2018, p.18).

Dans le cadre de l’opération Colombe, plus de 30 agences gouvernementales et militaires chinoises utilisent des drones en forme de pigeons dans au moins cinq provinces (notamment dans la région sensible du Xinjiang). Ces oiseaux-espions mesurent environ 50 centimètres, pèsent 200 grammes, ont la capacité de voler à 40 km/h pendant 30 minutes et sont munis d’un GPS et d’une caméra haute définition. Le drone ressemble de très près à un véritable oiseau avec 90 % de mouvements similaires. L’objectif final de ces tests vise à créer une nouvelle génération de drones d’apparence animale. Le marché mondial des animaux bioniques est déjà estimé à 1,54 Md $.

Dans les lieux publics chinois, un visage est immédiatement identifié par « l’Œil céleste », le bien nommé système de reconnaissance faciale. D’ici 2020, le gouvernement prévoit sur le territoire 570 millions voire 626 millions de caméras dotées d’un système identifiant en temps réel un modèle de voiture, d’habit, de sexe et d’âge d’un individu. La carte d’identité fait le lien avec le visage de l’individu filmé, avec sa voiture, en suivant ses mouvements sur plusieurs jours, en enregistrant les personnes avec qui il est entré en contact, etc. S’il s’agit d’un criminel recherché, une alarme est déclenchée et toutes les données du belligérant en question sont visibles. Aux dernières nouvelles, le pays était équipé de 176 millions de caméras de surveillance (42 % du marché mondial), soit un des réseaux les plus conséquents et sophistiqués de la planète. Un exemple de son efficacité : en seulement sept minutes, le réseau de surveillance de Guiyang, dans la province du Ghizhou, a permis de retrouver un individu recherché sur la base d’une simple photo.

De la sécurité publique au paiement en caisse automatique, la reconnaissance faciale se déploie massivement à travers un des systèmes de vidéosurveillance les plus vastes au monde. La police ferroviaire chinoise est actuellement équipée de lunettes de reconnaissance faciale pour lutter contre la criminalité. La République populaire de Chine veut prévenir le crime et à terme le prédire avant qu’il ne se produise : en partenariat avec l’entreprise CloudWalk, la police chinoise teste un système de surveillance et une intelligence artificielle capable de prévoir les délits. Des systèmes similaires de détection de visages et d’analyse de comportements sont également déjà utilisés depuis plusieurs années dans de grandes villes comme Milan ou Los Angeles.

À Shenzhen, le visage des piétons traversant au rouge apparaît sur un écran géant au coin des carrefours et les contrevenants doivent s’acquitter d’une amende. Des startups locales comme SenseTime, Megvii ou Yitu Tech ont mis au point des systèmes de reconnaissance faciale automatique avec des bases de données qui regroupent 700 millions de visages de Chinois âgés de plus de 16 ans et possédant une carte d’identité. Ils permettent des paiements dématérialisés dans les aéroports, les supermarchés, les banques… Megvii et SenseTime ont directement accès aux données récoltées par le gouvernement et vice-versa. Il y a quatre ans, cette dernière société a lancé Viper, un logiciel de reconnaissance faciale dédié au fructueux marché de la surveillance. Il promet d’identifier des individus dans la rue ou au volant de leur voiture avec un taux d’erreur de 0,001 %. Du jamais vu. Dans le domaine de l’intelligence artificielle, SenseTime est la startup la plus valorisée au monde (4,5 Mds $ en 2018).

Et Pékin n’est jamais à court de bonnes idées. Un nouveau logiciel de surveillance de la société Watrix permet de reconnaître des individus dans la rue par la simple analyse de leur démarche (fonctionnel dans un rayon de 50 mètres même le visage couvert). L’outil serait en deçà des performances de la reconnaissance faciale, mais une combinaison des deux méthodes serait intéressante. Le PCC exploite par ailleurs un outil qui lui a déjà permis d’identifier un suspect dans une foule de 60 000 personnes assistant à un concert.

Le pays compte aujourd’hui parmi les plus grandes banques du monde, sous la tutelle du gouvernement populaire qui peut profiler les flux monétaires. Avec son smartphone, scanner un QR code pour régler ses paiements est désormais une norme dans le pays. Alors qu’il était utilisé à 60 % en 2010, l’argent liquide ne devrait plus représenter que la moitié de ce chiffre d’ici 2020. L’absence de cash permettra de tracer le moindre achat. Une mine d’or pour l’intelligence artificielle et les pirates informatiques motivés à subtiliser des informations.

Le contrôle social par la technologie

La vie privée, la confidentialité jusqu’aux émotions les plus élémentaires des individus sont mises sous contrôle. En mars, l’école Hangzhou Number 11 High School, située dans l’est de la Chine, a installé un système de reconnaissance faciale dans une salle de classe pour surveiller ses élèves. Toutes les 30 secondes, trois caméras situées à l’avant de la salle balaient les visages pour déterminer les sentiments de chaque individu (surpris, triste, antipathique, heureux, neutre…). Les caméras enregistrent aussi les actions des élèves, s’ils sont en train de lire, d’écouter, d’écrire, de s’appuyer sur le bureau, etc. L’œil intelligent avertit alors l’enseignant en temps réel s’il remarque qu’un élève semble distrait. D’autres salles de classe de cet établissement devraient être équipées de cette technologie.

Pékin soutiendrait également des projets de lecture du cerveau pour détecter les changements dans les états émotionnels chez des employés de la chaîne de production, de l’armée et des trains à grande vitesse. Ces travailleurs chinois seraient connectés à une technologie de surveillance émotionnelle par le biais de capteurs sans fil placés dans les casques et casquettes. Capable d’enregistrer et d’étudier les ondes cérébrales, le secteur privé peut s’en servir pour surveiller les niveaux de stress des travailleurs pour ajuster leurs flux de production/pause et ainsi optimiser leur efficacité. Frederick W. Taylor aurait crié au génie.

En cours de test, un système de crédits sociaux évaluant la fiabilité des individus doit être promu par l’État en 2020. L’algorithme de notation citoyenne s’appuiera sur l’analyse du Big data des comportements numériques de la population chinoise. Depuis 2014, le PCC met au point ce système de notation des citoyens : de la note du citoyen découlera l’accès aux services publics. Pleinement opérationnel et obligatoire d’ici 2020, le « Système de crédit social » (SCS) doit collecter les données de tous les internautes chinois sur tous les sujets, du respect du Code de la route aux commentaires en ligne. Chaque citoyen se verra attribué une note allant jusqu’à 1 000 maximum, qualifiant la confiance et le bon comportement qu’il suscite : « Mal s’occuper de ses enfants, 50 points en moins. Critique ou diffamation du parti sur les réseaux sociaux, 100 points de perdus. En revanche le bénévolat rapporte 10 points. Et si le parti vous reconnaît comme citoyen modèle, on en gagne 100 ». Mal garer un vélo, fumer dans un espace public ou être grossier peuvent également être des critères de notation. Autocensure et délation garanties.

Les personnes les mieux notées auront un accès facilité aux services publics et privés, tandis que les plus mauvais élèves pourront se voir interdire de voyager en première classe, de partir à l’étranger, d’envoyer leurs enfants dans les meilleures écoles, d’accéder à une promotion quelconque… Il en est de même pour les entreprises, qui peuvent se voir interdire l’émission d’obligations par exemple si elles dévient des règles du PCC. Le gouvernement justifie ce plan par la lutte contre la fraude et la corruption qui gangrènent le pays. Un tel système fonctionnera en exploitant les mécanismes du jeu, tels que les scores et les comparaisons entre collègues et amis, pour devenir un insidieux, mais très puissant instrument de contrôle social.

L’utilisation du SCS pourrait en fait avoir commencé il y a déjà plusieurs années. Effectivement, la Cour populaire suprême de Chine avait annoncé début 2017 que 6,15 millions de citoyens chinois avaient été interdits de prendre l’avion pour « des méfaits sociaux ». De plus, depuis 5 ans, entre 10 et 12 millions de Chinois ont été interdit d’acheter des billets d’avion ou de train à grande vitesse. Le but étant de contrôler les individus à travers leurs actions, et à plus long terme de façonner entièrement leur comportement (Diplomatie Les grands dossiers n° 45, juin-juillet 2018, p.20). Les citoyens n’ont évidemment aucun recours pour contester des allégations inexactes vu qu’un système judiciaire indépendant du Parti communiste est inexistant, contrairement à chez nous, où la justice peut juste être sous influence des lobbies et autres intérêts politiques.

Le SCS a été développé avec l’aide des données de sociétés privées comme Alibaba (le système de paiement Alipay), Tencent (pour une carte d’identité dématérialisée), Baidu (avec les datas compilées de ses clients) ou encore Baihe (application de rencontres). D’autres informations des tribunaux, de la police, des banques, des impôts ou des employeurs ont été utilisées. Le système de notation national chinois pourrait également inclure celui de Sesame Credit (filiale d’Alibaba), ou bien recréer son équivalent ; les notes établies par Sesame Credit sont issues de datas collectées en ligne et mesurent le degré de solvabilité de chacun (de 350 à 900 points). Plus la note de crédit Sésame d’un internaute est haute, plus il reçoit des cadeaux, des avantages et obtient facilement des emprunts. Plusieurs facteurs sont pris en compte pour fixer la note : la solvabilité, la capacité à remplir ses obligations contractuelles, la vérification des caractéristiques personnelles (adresse, téléphone, acquittement des taxes, conditions d’acquisition de diplômes…), les relations interpersonnelles en ligne et enfin le comportement et les préférences des utilisateurs : « quelqu’un qui joue à des jeux vidéo pendant dix heures par jour, par exemple, sera considéré comme un oisif » ; « quelqu’un qui achète souvent des couches sera probablement considéré comme un “parent”, qui sur la balance est plus susceptible d’avoir un sens de la responsabilité » déclarait Li Yingyun, directeur technologique de Sesame Credit.

Des alternatives contre la censure de plus en plus limitées

Face au resserrement de la censure, les Chinois et étrangers sur place pouvaient encore il y a un an se connecter aux sites Internet du monde entier avec le cryptage et les réseaux privés virtuel VPN (Virtual Private Network). Mais fin 2017, le PCC a lancé un ultimatum aux compagnies de communication pour clôturer tout accès aux VPN au 1er février 2018. Tout ce qui a trait au chiffrement des communications est dorénavant banni en terre du Milieu, ou plutôt nécessite de disposer d’une autorisation officielle pour être commercialisé. Les VPN ne peuvent être qu’étrangers et les alternatives sur place ne peuvent être que très locales.

Depuis 2018, la nouvelle législation contraint toutes les communications à passer par des canaux autorisés par le PCC. La censure intervient à plusieurs niveaux : 1) le Grand Firewall de Chine qui censure les sites étrangers (s’ils ne passent pas par un VPN), 2) un filtrage des mots-clefs (textes et images analysées automatiquement) et 3) une censure manuelle avec des messages bloqués avant publication pour être contrôlés individuellement en fonction de certains mots-clefs. L’argumentaire justificatif utilisé par le gouvernement tourne autour de la sécurité nationale, la lutte contre les « rumeurs infondées » (fake news locales) et les influences extérieures jugées néfastes comme la pornographie, le terrorisme, les jeux d’argent, les incitations à la violence, l’homosexualité, etc.

Il est dit que la population chinoise serait sensible au maintien de l’ordre social quitte à sacrifier sa liberté d’expression. L’autocensure y serait importante avec des sujets peu abordés, même dans le cadre familial (Diplomatie Les grands dossiers n° 45, juin-juillet 2018, p.17 et 18). Mais le citoyen chinois, qui serait moins regardant sur la protection de sa vie privée par rapport à l’Occidental moyen, constate le renforcement de l’intrusion numérique du Parti. Une réelle opinion publique aurait émergé en Chine avec l’explosion des réseaux sociaux. On en sait encore peu, mais au vu du système dans lequel le pays est en train de s’enliser, on souhaite bien du courage aux récalcitrants.

Entre 2015 et 2017, 13 000 sites Web ont fermé en Chine et plus de 10 millions de comptes de réseaux sociaux en ligne ont été supprimés au cours des 3 dernières années par les autorités. En mai 2018, une importante campagne de clôture de sites considérés comme hors la loi débuta : 4 000 pages et 147 000 informations « nocives » ont été effacées en 3 mois. Un site Internet officiel (www.12339.gov.cn) donne également la possibilité aux Chinois de dénoncer un espion directement en ligne, ainsi que tout acte encourageant à la « subversion » ou au « renversement du système socialiste ».

Pour échapper aux griffes de la surveillance, les internautes chinois peuvent se tourner vers une autre alternative en vogue : la blockchain [cf. notre dossier sur les crypto]. En juillet 2018, le cas d’un article censuré sur des vaccins défectueux administrés à des bébés a défrayé la chronique. Le fabricant de médicaments Changchun Changsheng Biotechnology aurait violé les normes de fabrication de vaccin anti-DTC (diphtérie, coqueluche, tétanos) pour en vendre environ 252 600 de mauvaise qualité. Les incidents qui en ont découlé ont eu un impact populaire sur les réseaux sociaux (WeChat, Weibo) avant que toute référence soit supprimée. Les utilisateurs se sont donc tournés vers le réseau blockchain d’Ethereum pour contourner la censure. En avril dernier déjà, des étudiants activistes avaient utilisé ce réseau pour publier la lettre ouverte d’une étudiante menacée par son établissement afin de ne pas parler d’agression sexuelle et de harcèlement.

Le cas des Ouïghours : surveillance, punition, rééducation

Si à Zhengzhou ou Tiananmen, des robots mesurant 1m60 sont équipés de tasers et autres armes neutralisantes pour réprimer les individus jugés dangereux, la répression monte encore d’un cran dans certaines régions chinoises. Les Ouïghours, peuple turcophone et musulman sunnite localisés dans le Xinjiang, à l’extrême ouest du pays, sont particulièrement dans le viseur des autorités chinoises. Dans cette région, un algorithme d’une filiale du groupe China Electronics Technology permet aux autorités de procéder à des arrestations préventives. Il analyse des données de cartes d’identité, de plaques minéralogiques, d’images tournées par les caméras de vidéosurveillance ou encore des éléments concernant les mouvements bancaires, les données de santé, les connexions WiFi (téléphones, ordinateurs), les dossiers juridiques… À ceci s’ajoute le signalement des citoyens face à toute activité inhabituelle. Généralement utilisée à l’insu des individus surveillés, l’exploitation du Big data a notamment déjà amené à des arrestations et des placements dans des centres de rééducation politique extrajudiciaire.

Depuis 2010 déjà, les dispositifs sont de plus en plus invasifs dans cette région sensible du Xinjiang (vidéosurveillance avec reconnaissance faciale systématisée, traçage GPS des voitures, campagnes de fichage ADN systématisés, multiplication des camps de rééducation) où les activités des Ouïghours sont particulièrement surveillées (Diplomatie Les grands dossiers n° 45, juin-juillet 2018, p.95). Ceci est notamment dû au caractère séditieux de cette population (depuis au moins la fin des années 80) et plus récemment à cause des contingents de cette communauté qui se sont engagés avec l’État islamique en zone irako-syrienne. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’État central chinois n’y va pas de main morte.

Human Rights Watch (HRW) — ONG multinationale fondée par les Américains Robert L. Bernstein, Aryeh Neier, Jeri Laber et massivement financée par le financier György Schwartz dit Georges Soros — a publié en septembre 2018 le rapport « Éradiquer les virus idéologiques — Campagne de répression de la Chine contre les musulmans du Xinjiang ». Il contient les témoignages de cinq anciens détenus de centres de détention et de camps de rééducation chinois. Selon l’ONG, les prisonniers sont interrogés pendant plusieurs jours dans ces centres de détention, enchaînés sur une chaise, battus ou suspendus au plafond pour leur faire « avouer ». Les cellules de prison regroupent 24 à 35 personnes dans un espace de 12 m². Quant aux camps d’éducation politique, les captifs ne sont pas autorisés à communiquer dans leur langue maternelle, doivent parler le mandarin correctement sous peine de privation et sont contraints de prêter allégeance au président chinois Xi Jinping et au PCC à travers une discipline militaire. Motifs d’internement invoqués : pratiquer l’islam, avoir eu des relations avec des personnes vivant dans un des 26 pays (musulmans pour la plupart) sur la liste rouge de Pékin ou encore avoir installé l’application de messagerie instantanée WhatsApp ou un VPN sur son téléphone. Des décès suite à des tortures, par suicide ou faute d’avoir reçu les soins nécessaires à leur état de santé ont été signalés par HRW.

Le 11 août 2018, le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale annonçait que « l’affirmation selon laquelle 1 million d’Ouïghours seraient ou auraient été massivement détenus dans des camps en secret » est « crédible » et qu’ils subissaient des sévices corporels et « séances de propagande ». On n’est pas Charlie en Chine, notons bien.

Conclusion : la cybersurveillance est mondiale

Le système que nous avons décrit est aberrant. Les sociétés ouvertes de démocratie libérale ne peuvent initier de tels programmes ouvertement. Néanmoins, le terrorisme, les menaces et les peurs alimentés par du tapage médiatique sont régulièrement utilisés pour faire avancer lentement mais sûrement l’agenda de la surveillance généralisée « soft » en Occident. Il suffit de constater la diffusion de la biométrie, de la reconnaissance faciale, du pré-crime ou de la vidéosurveillance dans le monde pour s’en convaincre ; nous développerons ces points dans un prochain dossier.

La Chine commercialise déjà ses méthodes de censure à l’étranger pour que les pays demandeurs soient plus performants dans leur contrôle d’Internet et dans la lutte contre leur dissidence interne, selon le rapport Freedom on the Net de Freedom House, fameuse ONG financée par le gouvernement US et l’Agence américaine pour le développement international (USAID), branche officieuse de la CIA. Des équipements de télécommunication et de surveillance améliorés auraient déjà été fournis à certains États. Selon le Daily Mail Online, Pékin organiserait également des séminaires et des sessions de formation sur le thème du contrôle de l’information avec 36 des 65 pays relevés par la Freedom House.

Mimétisme oblige, il semble inévitable que l’efficacité du contrôle numérique du PCC sur sa population soit retranscrite sous différentes formes dans le monde entier connecté.

Franck Pengam