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Face à l’anthropologie de l’imposture

Discours académique de la séance solennelle de l’Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge de Paris

Dimanche 8 février 2015, Par le R.P. Jean Boboc, professeur de Bioéthique

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Extrait :

L’antihumanisme des humanistes des Lumières, comme l’a si bien démontré le professeur Xavier Martin (Voltaire méconnu. Aspects cachés de l’humanisme des Lumières (1750-1800) ; L’homme des droits de l’homme et sa compagne (1750-1850). Sur le quotient intellectuel et affectif du ‘bon sauvage’ ; et dans « Le tribut des Lumières à la bioéthique », allié au culte de la raison, a généré le biotope propice à la floraison d’une anthropologie de l’émancipation et de l’autonomie humaine, renonçant au modèle chrétien de l’anthropologie révélée. Peut être, est-ce là, la première grande imposture éthique à laquelle se sont ralliés les bons esprits du XVIIIe siècle et les médecins philosophes qui voulaient recréer l’homme dans une apostasie civilisationnelle et précurseur du transhumanisme aujourd’hui déjà à l’œuvre et annonçant le post-humain. De l’homme-machine de Julien Offray de La Mettrie, dont le titre plaisait tant à Voltaire, on en vient la machine-homme.

[…]

Le professeur Testart, l’un des pères du premier bébé-éprouvette français, reconnaissait que « chaque pas plus permissif que le précédent, est logiquement argumenté ». Il en est de même dans le transhumanisme où « Pas à pas, année après année, petite transgression indolore par petite transgression indolore, notre transhumanité toujours plus technophile pourrait se faire à l’idée de la posthumanité », comme le souligne le neurobiologiste Laurent Alexandre.

Conférence organisé par le Cercle de l’Aréopage sur le Transhumanisme

Le Transhumanisme : toute la vérité sur le posthumain

Par Père Jean Boboc, Docteur en Médecine de la Faculté de médecine de Paris. Titulaire de différentes spécialités médicales et en particulier de Pharmacologie et Toxicologie cliniques, le 15 février 2016

Anthropologie : Cours de propédeutique, questions anthropologiques et bioéthiques

Association culturelle catholique Cercle de l’Aréopage


Père Jean Boboc Professeur de Bioéthique : Ordonné prêtre le 10 mai 2009, par son Éminence le Métropolite Joseph dans l’Église des saints Archanges Mihaï, Gavriil et Rafaïl, devenue le jour même Cathédrale métropolitaine de la métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale par la décision à l’unanimité de la communauté roumaine de se rattacher désormais à la Métropole et de mettre fin à 60 ans de séparation entre la communauté de l’exil et l’Église mère, le père Jean Boboc a été ordonné pour cette cathédrale. Prêtre économe stavrophore, le  père Jean est le troisième prêtre de la cathédrale.

Français d’origine roumaine, le père Jean Boboc est Docteur en médecine de la Faculté de médecine de Paris. Titulaire de différentes spécialités médicales et en particulier de Pharmacologie et Toxicologie cliniques, il a partagé sa vie professionnelle entre la pratique praticienne et la recherche appliquée. Titulaire d’un MBA dans l’administration des affaires, il a dirigé différentes firmes pharmaceutiques comme président et en particulier aux Etats Unis et au Canada, ce qui l’a familiarisé aux problèmes éthiques de la recherche médicale.

Parallèlement, le père Jean a mené une vie active dans l’Exil roumain en France et en Amérique du Nord. Président fondateur de l’AFDOR (Association des Français d’Origine Roumaine) et de la BRP (Bibliothèque Roumaine de Paris), associations particulièrement utiles durant la guerre froide, le père Jean a donné de nombreuses conférences des deux côtés de l’Atlantique, sur la situation historique roumaine et en particulier sur la question des territoires de Bessarabie et de Bucovine, annexés par l’Union soviétique et toujours occupés ou annexés. Il a de même écrit sur ce sujet de nombreux articles et participé à des ouvrages collectifs traitant de ces questions. Un recueil de certains écrits politiques de Mihaï Eminescu, traduits en français, est d’ailleurs attendu.

Sous l’influence de Mircea Eliade, le père Jean a parallèlement à ses études médicales, suivi les cours de l’ISTR (Institut de Science et de Théologie des Religions) de l’Institut catholique de Paris. De retour des Etats Unis, il rejoint l’Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge, où il obtient une licence et un master de théologie orthodoxe, et où il doit soutenir bientôt une thèse de doctorat sur les aspects eschatologiques de l’anthropologie orthodoxe. Un Essai d’anthropologie orthodoxe est aussi en cours de rédaction.

Co-traducteur des œuvres théologiques du père Dumitru Staniloae, le père Jean Boboc s’intéresse essentiellement aux aspects pneumatiques et eschatologiques de l’anthropologie orthodoxe et à leur impact sur les sciences de la vie, et donc aux questions brûlantes de la bioéthique actuelle.

Il est doyen du Centre Orthodoxe d’Etude et de Recherche “Dumitru Staniloae” et responsable de la direction Anthropologie, Éthique et Sciences de la vie dans le cadre du Centre.

cours et conférences

L’Homme augmenté, réflexions sociologiques pour le militaire

Colin A. (dir.), mars 2016, « L’Homme augmenté, réflexions sociologiques pour le militaire », Études de l’IRSEM n°42. → Télécharger le PDF (77 pages)

Voir aussi → Éthique sur le champ de bataille dans un futur proche

Agnès COLIN est chargée d’étude à l’IRSEM depuis 2010, auprès du domaine Défense et société. Elle est diplômée d’un doctorat en Chimie-Physique de l’université Pierre et Marie Curie-Paris VI, a été ingénieure d’étude à la DGA puis chargée d’étude au Centre des Hautes Etudes de l’armement (CHEar) sur les nouvelles technologies et les enjeux sociétaux. Ses principales thématiques de recherche sont les aspects sociétaux des nouvelles technologies NBIC (Nanotechnologie, Biotechnologie, Science de l’Information et de la Cognition), ainsi que les questionnements éthiques, juridiques et philosophiques des technologies émergentes en vue d’augmenter les performances de l’homme en terrain de combat.

Cette étude collective a été dirigée par une chercheuse de l’IRSEM, notre regrettée collègue Agnès Colin. Agnès nous a malheureusement quittés en septembre 2015. Titulaire d’un doctorat en physique-chimie obtenu en 1984, elle avait été recrutée à la Délégation générale pour l’armement comme ingénieur cadre technico-commercial. Ses fonctions avaient plusieurs fois évolué au sein de la DGA où elle avait notamment occupé les postes de chef de la division Détection sous-marine-Sonar, d’ingénieur en guerre électronique puis de chargée d’études en réflexion stratégique de l’armement au CHEAr. Agnès avait rejoint l’IRSEM, en tant que chercheuse, dès sa création en 2010. Elle avait mené plusieurs projets de publication dont cette étude sur l’homme augmenté qui lui aura donné l’occasion de fédérer autour d’elle une équipe de chercheurs d’horizons divers. Agnès aurait été heureuse que cette étude paraisse, apportant ainsi une nouvelle fois sa contribution à la recherche stratégique en France. Il revient maintenant à l’IRSEM de prolonger les pistes ouvertes par les travaux originaux d’Agnès.

Sommaire :

Introduction : L’Homme augmenté, nouveaux enjeux pour la défense
Les technologies d’amélioration des capacités humaines, le contexte sociologique
L’éthique, place respective du médecin et du scientifique face à des impératifs militaires de commandement et d’opérationnalité
Le dopage sportif, quelles évolutions récentes et quelles conséquences pour les militaires ?
Le contexte sociologique des technologies augmentatrices, perception et acceptation sociale
Un regard de philosophie morale sur l’homme et le militaire augmentés : vers la fin du courage ?
Le cyborg, un regard historique

Introduction (extrait)

L’homme augmenté constitue un vaste champ de recherche sur lequel se cristallisent de nombreux travaux et avancées scientifiques, liés au développement des nouvelles technologies et de la convergence croissante entre les nanotechnologies, les biotechnologies, l’informatique et les sciences cognitives (NBIC). Ces techniques ont un intérêt certain dans le domaine médical pour « réparer » l’homme lors d’applications à finalité thérapeutique mais peuvent aussi conduire à des améliorations hors du champ médical. De tout temps, l’homme a eu le désir de pouvoir un jour dépasser ses limites biologiques en vue de la création d’une espèce plus performante ou de s’élever au-dessus de la condition de simple mortel (post-humain). Ce sujet fascine car les médias et les auteurs de science-fiction entretiennent régulièrement de nombreux mythes et imaginaires sur les attentes (le cyborg). Si le débat sur l’amélioration artificielle des performances humaines, dans le secteur civil et dans le monde académique, émerge aujourd’hui de manière plus flagrante, c’est en grande partie grâce aux progrès scientifiques sur les sciences du vivant et l’ingénierie à des échelles de plus en plus petites. Il est donc logique que ces avancées scientifiques et technologiques aient des répercussions sur l’homme et posent de nouveaux enjeux sociétaux afin de garantir les droits et la santé des individus. Depuis une dizaine d’années, de nombreux scientifiques, philosophes et sociologues se penchent sur la question du “human enhancement” ou de “l’homme augmenté” et discutent des enjeux de l’amélioration artificielle des capacités humaines. Cette problématique concerne aussi le monde militaire. Pour la défense, ces nouvelles techniques ouvrent en effet des perspectives pour le combattant qui peut améliorer ses capacités d’adaptation à l’environnement militaire, d’augmenter ses performances et son efficience dans des contextes d’opérations difficiles (Vincent, 2010). Ces questionnements représentent de nouveaux défis non seulement technologiques mais aussi de nouveaux défis idéologiques et sociétaux, comme le souligne Patrice Binder (Binder, 2012) pour le Conseil Général de l’Armement dans une étude sur les enjeux des neurosciences pour la défense. Du point de vue éthique, l’utilisation des nouvelles technologies à des fins non thérapeutiques pose de nouvelles interrogations sur le respect des valeurs morales et sur la santé du personnel. En France, il n’existe pas de cadre normatif adapté aux questions d’amélioration de l’individu. Cela est dû au fait que dans le monde médical, la problématique de l’éthique des nouvelles technologies n’est actuellement abordée que pour les utilisations thérapeutiques. La refonte de la loi de bioéthique de 2004 définit un cadre d’application pour les applications thérapeutiques. Mais pour l’utilisation de dispositifs à d’autres fins, rien n’est prévu pour l’instant dans la révision des lois de bioéthique. Pour la défense, comme le militaire doit respecter les mêmes lois de bioéthique que le civil, force est de constater qu’il n’existe pas actuellement de cadre législatif particulier ni réglementaire pour traiter ce sujet. Certes, le droit et certains codes de bonnes pratiques des instituts de recherche apportent des éclairages sur ces questions. C’est ainsi que le Service de santé des Armées s’oppose à tout comportement ou à toute action susceptible de nuire à la santé du militaire.

À ce jour, il convient d’être très prudent sur les possibles technologiques et les projections futuristes. Il semble que les progrès les plus importants dans les technosciences se situent dans les technologies de l’information et de la communication, dans la mise au point de complexes interfaces cerveau-machines, dans la robotique comme les prothèses et dans de nouvelles molécules dopantes qui peuvent agir directement sur la physiologie de l’homme. Mais c’est surtout grâce aux avancées notables et conséquentes des recherches dans les neurosciences et les techniques d’exploration du cerveau, que la demande d’amélioration des performances semble être la plus forte et est présente de manière significative dans les débats éthiques du secteur civil, et commence à l’être dans le secteur militaire en France. En complément des articles présentés dans cette étude, ce préambule a pour objet d’introduire cette problématique d’actualité qui ouvre de nouveaux champs de recherche. L’ensemble de ces interrogations concerne le secteur de la défense au sein duquel des dispositifs basés sur l’imagerie cérébrale et le décodage de l’activité cérébrale sont potentiellement appelés à connaître un essor au cours des prochaines années. Ces techniques pourraient ainsi être utilisées pour le recrutement du personnel, lors de la sélection pour certaines prises de risques ou situations demandant des connaissances spécifiques. Elles seraient aussi très utiles dans les expériences sur les interfaces cerveau-machines en vue de l’amélioration des performances des militaires au combat (Colin, 2012). Les travaux de recherche militaire les plus nombreux et les plus avancés dans ce domaine sont menés par la DARPA pour le compte de l’armée américaine (Moreno, 2006) et visent à corréler l’activité de neurones avec des tâches spécifiques (dans le but, entre autres, de détecter le mensonge ou mieux gérer la peur).

La démocratie à l’épreuve du posthumain : médicalisation de la société, dépolitisation de la perfectibilité

Nicolas Le Dévédec, Congrès AFSP 2009

A l’heure où les avancées technoscientifiques et biomédicales sont porteuses de « l’idée jusque-là inouïe, d’une plasticité intégrale de l’homme » [Hunyadi, 2004, p. 24], à l’heure encore où d’aucuns célèbrent l’avènement irrésistible d’un être plus qu’humain [Ramez, 2005], entièrement « revu et corrigé par la technique », rendu comme maître et possesseur de sa propre nature, quand d’autres s’inquiètent a contrario d’une fin de l’être humain imminente par son auto-transformation technologique intégrale [Fukuyama, 2002], il est clair qu’au-delà des fantasmes – mais ils ont en soi valeur de symptômes – le sentiment de vivre aujourd’hui une rupture est manifeste. C’est ce sentiment que catalysent les termes « posthumain » et « post-humanisme » en vogue depuis plusieurs années. Au-delà de l’effet de mode dont ces termes sont porteurs, notre position consiste à prendre au sérieux ce sentiment de rupture qu’ils visent à marquer, pour tenter à travers lui de poser un questionnement d’ordre anthropologique et civilisationnel.

Ce questionnement prend pour ancrage l’idée de perfectibilité humaine. Consécutif à l’avènement de la modernité, cet imaginaire de la perfectibilité humaine synthétise pleinement la force et l’originalité de la philosophie humaniste des Lumières. En pensant en effet l’être humain comme un être capable de s’améliorer, les Lumières le définissent comme un être fondamentalement indéterminé. Aucune essence, naturelle ou divine, ne le détermine. Entièrement défini par sa volonté propre et son autonomie, l’être humain n’est que ce qu’il se fait lui-même. Par contraste avec les pensées grecque et chrétienne pour lesquelles l’être humain trouve toujours ailleurs qu’en lui-même son fondement (cosmologique ou divin), cet imaginaire de la perfectibilité ouvre à l’être humain la possibilité d’agir réflexivement sur lui- même et sur le monde. Il possède autrement dit une portée proprement révolutionnaire, permettant de concevoir et d’encourager une émancipation humaine terrestre, par des moyens proprement humains.

Qu’en est-il alors aujourd’hui de cet imaginaire ? Qu’implique l’idée de posthumanisme relativement à cette croyance en la perfectibilité de l’être humain ? Pour tenter de répondre à ces questions, précisons que notre réflexion prend pour observatoire sociologique les sciences humaines et sociales en tant que telles. Elles constituent selon nous l’objet tout désigné de cette réflexion dans la mesure où, en tant qu’elles sont nées de la crise de légitimation que connaît l’Occident au sortir du Moyen-âge, ce sont elles qui ont été les vecteurs principaux de cet imaginaire de la perfectibilité humaine. Elles ont en effet hérité dès leur naissance de cette responsabilité de proposer une réponse à cette crise, de contribuer donc à l’orientation normative de la société [cf., Freitag, 1998]. Comme le souligne ainsi très bien Karin Knorr Cetina : « Les idéaux du siècle des lumières sont à l’origine de la foi dans la perfectibilité humaine et dans le rôle salvateur de la société, qui constituent les fondements moraux des sciences humaines et sociales. » [Cetina, 2005, 31] L’imaginaire de la perfectibilité humaine constitue en somme leur soubassement idéologique essentiel. Dans cette perspective, quelle représentation les sciences humaines et sociales se font-elles aujourd’hui de la perfectibilité humaine ? Et quelles en sont alors les conséquences politiques ? Autrement dit, en tant que leur conception de l’être humain, de la société et de l’historicité n’est pas neutre, quelle forme d’émancipation promeuvent-elles effectivement ?

Notre thèse se résume à l’idée que nombre d’approches théoriques contemporaines sont porteuses d’une conception essentiellement instrumentale ou technoscientifique de la perfectibilité humaine, occultant son versant éthico-politique central dans la pensée des Lumières. Soustraite de toute indétermination social-historique, la perfectibilité humaine tend en effet chez de nombreux penseurs et courants contemporains à être associée, souvent implicitement, à une sorte de loi techno-logique qui déclasserait tout volontarisme politique. Cette conception réifiée de la perfectibilité conduit alors les sciences humaines et sociales à promouvoir un modèle d’émancipation essentiellement adaptatif, aux antipodes de cette quête d’autonomie sociale et politique, individuelle et collective, au fondement de l’idéal démocratique. Il ne s’agit pour ainsi dire plus d’encourager l’amélioration de l’être humain dans et par la société, par des moyens sociaux et politiques, il s’agit davantage, dans une perspective résolument post-sociale et biocentrée, de transformer l’être humain lui-même, par des moyens technoscientifiques. Telle est selon nous la mutation majeure de l’idée de perfectibilité humaine que cette communication tentera d’étayer en brossant, dans un esprit avant tout synthétique, le parcours socio-historique de cet imaginaire, de la philosophie des Lumières aux sciences humaines et sociales contemporaines.

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Quelle médecine pour l’homme augmenté ?

Étude des enjeux philosophiques de l’anthropotechnie. Alexandre Klein, Université d’Ottawa. Paru dans les Cahiers Figura, n°37 « Les frontières de l’humain et le posthumain », 2014, p. 55-71.

Extrait

Le posthumain, cet être humain dont les caractéristiques essentielles n’ont plus rien de commensurables avec celles qu’on lui connaît aujourd’hui, n’est pas qu’un être de fiction, un personnage imaginaire des romans de science-fiction, des nouvelles d’avant-garde, des bandes dessinées ou des films à gros budget. Certes, il n’est pas encore totalement présent en chair et en os, ni même en chair et en métal, mais il n’en reste pas moins un évènement de notre temps. D’une part parce que la fiction participe d’un champ qu’il faut bien qualifier d’imaginal au sens où il ouvre des possibilités concrètes, et d’autre part, parce que sa simple évocation conduit à l’apparition de débats et de prises de position bien réelles, s’ancrant dans notre présent. En ce sens, l’existence même du transhumanisme – ce mouvement militant pour l’avènement du posthumanisme – est là pour nous rappeler que le posthumain n’est pas un mirage et ce bien qu’il se profile à l’horizon de nos regards, quelque peu fatigués, de sujets en mal de notre époque.

Mais ce qui concrétise d’autant plus, pour l’épistémologue, l’actuelle présence du posthumain, c’est la formalisation progressive d’un champ disciplinaire qui lui serait, si ce n’est consacré, au moins proprement corrélatif : la médecine d’amélioration. Cet ensemble de techniques où se mêlent les avancées ou espoirs scientifiques de différentes disciplines serait la nouvelle science de l’homme, ou plus exactement la science de l’homme nouveau. Sous ce vocable sont en effet réunies toutes les pratiques qui aujourd’hui rendent tangibles ou font rêver à un nouvel homme nécessairement augmenté, essentiellement amélioré. Il rassemble ainsi d’une part des pratiques d’augmentation effectives telles que le détournement d’agents médicamenteux à des fins non thérapeutiques – à l’image du Ritalin® ou du Provigil® que consomment largement les étudiants américains pour accroître leurs capacités de révision – ou la construction d’exosquelettes biomécaniques par la Darpa pour permettre aux militaires de surpasser leurs performances humaines. Et il inclut d’autre part des pratiques projectives, comme les études sur le vieillissement que mène Aubrey de Grey en modifiant génétiquement des souris « Mathusalem », ou les travaux de biologie synthétique de Craig Venter. La médecine d’augmentation est donc un champ de recherche multiple, complexe au sens où il est au carrefour de différentes sciences au statut épistémologique divers, mais elle est néanmoins un champ de pratiques tendant à s’affirmer comme un ensemble cohérent dans nos représentations, par le biais du vocable de « médecine ».

Car, qu’on le veuille ou non, la naissance du posthumain sera nécessairement biomédicale. Les avancées du génie génétique, les exploits de l’intelligence artificielle ou les prouesses de la robotique devront toujours se confronter à la matérialité vivante, à la chair sombre et gluante du corps humain pour qu’émerge l’hybride qui engagera notre changement d’espèce. Même si les utopies posthumaines visent à dépasser l’irrémédiable présence du corps dans notre expérience vécue, la lourdeur de sa matérialité dans l’établissement de notre rapport au monde, il n’empêche que le corps est le nécessaire médium de leur réalisation.

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Entretien avec Philippe Borrel, réalisateur d’Un monde sans humains

Entretien mené par Alexandra de Séguin et Elias Jabre (Télécharger le PDF)

XXIe siècle. Les machines sont devenues omniprésentes. Des applications robotiques aux nanotechnologies, elles envahissent notre espace. Mais ont-elles pour seul but d’améliorer notre existence ?

Depuis une quinzaine d’années, l’accélération du progrès technique a permis de réaliser des prouesses impensables. Refaire marcher des personnes amputées grâce à une prothèse bionique ou passer un entretien professionnel face à un robot ne relève plus de la science fiction. La technologie est partout. Elle régit nos rapports sociaux et va s’immiscer jusque dans nos corps. Mais jusqu’où laisserons-nous encore aller nos machines ? C’est cette question récurrente, à l’origine de nombreuses œuvres utopiques, que pose ici Philippe Borrel. NOS CONSCIENCES SUR DISQUE DUR.

Fondé sur une idée originale de Noël Mamère, ce documentaire met en scène les débats controversés qui opposent des philosophes et certains scientifiques aux partisans du courant “transhumaniste”. Les adeptes de ce mouvement de pensée, né aux États-Unis, voient dans les techno-sciences un moyen de créer un homme plus que parfait, bardé d’implants, dont les maladies et autres imperfections physiques seraient gommées grâce aux innovations technologiques. Les plus fervents vont même jusqu’à évoquer la possibilité de se jouer de la mort en sauvegardant nos consciences sur disque dur. Devant l’objectif de Philippe Borrel, des savants et des experts prônent l’avènement d’une société dans laquelle des hommes hybrides seraient connectés en réseau et se verraient remplacés par des cyborgs pour les tâches pénibles. Sortis des universités les plus prestigieuses, les plus exaltés affirment que cette nouvelle ère surviendra dans seulement quelques décennies, tandis qu’une partie de la communauté scientifique tire la sonnette d’alarme et met en lumière les enjeux politiques et économiques que cache ce scientisme acharné. Exosquelettes décuplant la force des soldats ou logiciels capables de déceler nos émotions et nos goûts, sont autant d’inventions contre lesquelles ils nous mettent en garde. Ce documentaire lève le voile sur un univers futuriste, plus réel et imminent qu’il n’y paraît.

Transhumanisme, Homme augmenté. Quelles limites, thérapeutiques, techniques, éthiques ?

L’Homme augmenté sera-t-il solidaire ?

La journée a été animée par Édouard Kleinpeter, ingénieur de recherche au CNRS, animateur scientifique du pôle de recherche Santé connectée et humain augmenté de l’ISCC.

Les technologies modernes appellent dans le quotidien une consommation individualisée. Mais elles créent aussi du lien social, en facilitant les communications, les pratiques standardisées ou la constitution de réseaux. On voit aujourd’hui se développer des instruments susceptibles de doter l’humain de ressources nouvelles, tant sur le plan sensorimoteur que cognitif : des prothèses électroniques ou des exosquelettes, des neurostimulants ou des implants intracérébraux…

Après avoir abordé les aspects et l’essor de cette nouvelle réalité baptisée « Homme augmenté », le colloque en évaluera la désirabilité au regard des objectifs mutualistes.

  1. SOMMES-NOUS À LA VEILLE D’UNE VICTOIRE SUR LE HANDICAP ?

Jean-Michel Besnier, philosophe, directeur de l’EA Rationalités contemporaines (Université Paris-Sorbonne), coordonnateur scientifique du pôle de recherche Santé connectée et humain augmenté de l’ISCC.
Nathanaël Jarrassé, chargé de recherche à l’Institut des systèmes intelligents et de robotique (CNRS – Université Pierre et Marie Curie)
Serge Picaud, neurobiologiste, directeur de recherche à l’Institut de la vision
Marc Roux, président de l’Association française de transhumanisme, Technoprog

  1. NOTRE SOCIÉTÉ « TECHNOLOGISÉE » DEVIENT ELLE PLUS ÉGALITAIRE ?

Hervé Chneiweiss, neurobiologiste et neurologue, directeur de recherche au CNRS
Brigitte Dormont, professeur d’économie à l’Université Paris-Dauphine, directrice de la Chaire Santé de la Fondation du Risque
Brigitte Munier-Temime, enseignant-chercheur à Télécom ParisTech

  1. QUEL CORPS SOIGNERA-T-ON DEMAIN ?

Alim-Louis Benabid, médecin, fondateur et président du directoire de Clinatec (sous réserve)
Geoffrey Delcroix, coordinateur du rapport « Le corps, nouvel objet connecté », Commission nationale informatique et libertés (Cnil)
Geneviève Fioraso, députée, ancienne secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche
Jérôme Goffette, maître de conférences en philosophie des sciences à l’Université Claude Bernard Lyon 1 et à l’École normale supérieure de Lyon
Xavier Labbée, avocat, président de l’Institut du droit et de l’éthique, professeur Lille 2.

Communiqué de presse MGEN

10 mars 2016

Le 9 mars 2016, le groupe MGEN a organisé, avec l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC), le colloque « Transhumanisme, Homme augmenté. Quelles limites, thérapeutiques, techniques, éthiques ? » Alors qu’une ère nouvelle est en train de s’ouvrir, où les avancées technologique vont rendre capable l’homme de se transformer, de se modifier et de « s’augmenter », le groupe MGEN voit la nécessité d’initier un véritable débat citoyen, afin que les avancées technologiques s’orientent dans un sens responsable, c’est-à-dire éthique et socialement utile.

S’il est encore trop tôt pour imaginer ce que sera la révolution des « NBIC » (nano technologies, biomédecine, informatique et sciences cognitives sur le cerveau…), une chose est sûre : le mouvement est en marche et les laboratoires de recherche sont, à la fois, à la veille de découvertes considérables pour la santé et le bien-être et prêts à des transgressions majeures pour l’avenir de l’humanité. L’enthousiasme, par exemple, suscité par les perspectives de victoires possibles sur le handicap, ne doit pas occulter la vigilance face à ceux qui seraient tentés de transformer génétiquement l’être humain. Quand certains prédisent une durée de vie très étendue, pour ceux qui en auront les moyens financiers, il ne faut pas oublier que la majorité de la population mondiale n’a aujourd’hui pas accès aux soins essentiels. La question transhumaniste est complexe. Elle fait appel à des connaissances sur des technologies extrêmement récentes, très peu connues du public. Elle renvoie à des débats éthiques qui touchent à la nature des sciences, à l’essence de l’homme. C’est aussi une question vertigineuse. Qu’est-ce que vivre 200 ans ? Qu’est-ce que penser avec un cerveau boosté par l’intelligence artificielle ?… Malgré la difficulté, il est impératif que le débat politique, éthique et philosophique soit ouvert et vivant dans la société. Le groupe MGEN a décidé d’y participer. En tant que mutuelle et acteur de soins, il pose des questions particulières : quelle place pour les systèmes solidaires de protection sociale ? Quel accès aux nouvelles technologies et aux soins, indépendamment des moyens financiers ?

En marge du colloque, Éric Chenut, vice-président du groupe MGEN, a déclaré : « nous avons l’ambition de faciliter l’appropriation de ce type de débats par le public, afin que chacun puisse se positionner en conscience et, concrètement, être acteur de sa propre santé. Nous voulons également devenir un acteur incontournable du marché des nouvelles technologies en santé. Depuis 2014, nous avons lancé d’autres réflexions sur le big data, la médecine prédictive et les objets connectés. La logique est la même. L’utilité sociale doit être au cœur du progrès technologique et si des acteurs tels que les mutuelles n’apportent pas de réponse sociale et solidaire, le champ sera complètement libre pour les acteurs dont l’objectif premier, voire unique, est lucratif. »

Conférence CNAM : de l’humain augmenté au transhumain. Que devient l’Homme face à ses technologies ?

S’il est certain que l’Homme, fort de son intelligence et de son habileté, s’est depuis toujours ingénié à façonner le monde pour se rendre, selon la maxime cartésienne, “comme maître et possesseur de la Nature”, les avancées technologiques récentes portent avec elles leur lot d’espoirs, mais aussi d’interrogations nouvelles sur le devenir de l’être humain.

La convergence technologique entre nanotechnologie, biotechnologie, informatique et sciences cognitives (NBIC) alimente un discours idéologique sur une “augmentation” de l’humain qui trouve un écho dans les milieux politique, économique et médiatique, suscitant à la fois fascination et répulsion.

Le transhumanisme, courant de pensée originaire des Etats-Unis, plaide pour une prise en main par l’être humain de sa propre évolution, assisté par des technologies qui lui en donneraient le pouvoir.

Sous des formes diverses, il impose un discours qui interroge les fondements même de la nature de l’Homme et de son avenir, d’autant plus audible que des contre-idéologies peinent à se structurer et à émerger.

Mais que cache réellement cette idéologie ? Il s’agit aujourd’hui de mettre en lumière un certain nombre de fondements philosophiques et éthiques qui la sous-tendent, pour mieux les comprendre mais aussi pour mieux les contrer.

Édouard Kleinpeter est ingénieur de recherche CNRS, responsable de médiation scientifique, à l’Institut des sciences de la communication (CNRS – Université Paris Sorbonne – Université Pierre et Marie Curie). Son travail s’oriente actuellement selon deux thématiques : l’interdisciplinarité et l’augmentation humaine.

Il est animateur scientifique du pôle «Santé connectée et humain augmenté» dirigé par le philosophe Jean-Michel Besnier, professeur à l’université Paris Sorbonne. Ses projets de recherche portent sur l’hybridation entre le corps et la technologie afin, en particulier, de soulever les enjeux éthiques, philosophiques, psychologiques et anthropologiques de la dialectique entre réparation et augmentation.

Il s’intéresse également aux discours et imaginaires véhiculés par le concept d’humain augmenté et l’idéologie transhumaniste. Il a publié plusieurs articles sur la thématique et a notamment dirigé l’ouvrage «L’humain augmenté» (CNRS Éditions, coll. « Les Essentiels d’Hermès », 2013).

Huawei se prépare aux chefs suprêmes robots et à la communication avec les morts

Le géant chinois Huawei se prépare à un monde post-humain où les gens vivent pour toujours, les morts hantent les ordinateurs et les robots essaient de tuer les humains.

Huawei est surtout connu comme l’un des plus grands producteurs mondiaux des équipements de réseau à large bande et des smartphones. Mais le Président Kevin Ho a déclaré à la Conférence CES Asia à Shanghai que l’entreprise utilisait des films de science-fiction comme « The Matrix » pour envisager les tendances futures et les nouvelles idées commerciales.

« La faim, la pauvreté, la maladie ou même la mort ne devraient plus poser de problème d’ici 25 ans à partir de maintenant » dit-il. « Dans le futur, vous serez en mesure d’acheter de la capacité calcul qui servent de substituts afin de passer du monde physique au monde numérique ».

Il a décrit un avenir où les enfants pourraient utiliser des applications comme WeChat pour interagir avec les grands-parents morts, grâce à la possibilité de télécharger la conscience humaine dans les ordinateurs. Toutes ces technologies exigeraient des quantités énormes de stockage de données, ce qui pourrait générer du business pour Huawei, a-t-il ajouté.

Ho a également fait référence à une scène dans « The Matrix » où un personnage télécharge la possibilité de piloter un hélicoptère.


Comment télécharger des connaissances à votre cerveau


Dans la Silicon Valley, les entreprises comme Google ont discuté de la planification à long terme pour une société post-humaine, tandis que Calicot et Peter Thiel ont tous deux soulevé la perspective de l’immortalité. Le fondateur de SpaceX Elon Musk a depuis longtemps le but de transporter l’humanité pour coloniser d’autres planètes.

Mais il est rare que des entreprises technologiques chinoises établies comme Huawei fassent des préparatifs d’affaires basés sur des possibilités intangibles auxquels sont confrontées les espèces. Ho dit que les films SF ont aidé son équipe à envisager de nouvelles gammes de produits.

« Nous avons besoin d’authentification, d’une meilleure protection de la technologie et d’une défense à distante – nous développons tous cela dès maintenant. »

Bloomberg News