Philosophie et idéologies trans/posthumanistes

ISBN 978-2-7116-2785-1 – octobre 2017

Jusqu’ici, c’est principalement outre-Manche et outre-Atlantique que des philosophes se sont efforcés d’élaborer la nébuleuse trans/posthumaniste en un discours cohérent argumenté prenant en charge des questions indispensables à notre temps et fécond pour l’avenir. Le transhumanisme n’est pas la pensée d’un seul. Ses idées s’expriment à partir de nombreux champs disciplinaires : médecins, ingénieurs, entrepreneurs, biologistes, philosophes, théologiens, informaticiens, roboticiens, etc. En même temps, il ouvre la voie pour une approche intégrée, unifiée, d’idées autrement éparses et morcelées : de la métaphysique à l’éthique et au politique en passant par des analyses relatives à l’épistémologie, à l’anthropologie, à l’esthétique, aux philosophies de la technique, du langage et de la religion. Est propre au transhumanisme l’accentuation des technologies matérielles qui invitent à repenser l’anthropologie philosophique sous l’angle de la technique. Prendre au sérieux le transhumanisme invite à se méfier également de sa rhétorique technolâtre, prophétique ou commerciale, et des procès faciles et répétés qui lui sont adressés. Loin du court-termisme idéologique et utopiste, le trans/posthumanisme renvoie à la temporalité de l’Évolution ainsi qu’à celle de la science elle-même, empirique, laborieuse, provisoire, invitant à un transhumanisme prudent, patient, persévérant et modeste.

Membre de l’Académie Royale de Belgique et de l’Institut International de Philosophie, G. Hottois est professeur émérite de l’Université Libre de Bruxelles

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De la rareté des ressources aux paris sur l’avenir

Guillaume Pitron livre avec La guerre des métaux rares1 la synthèse d’une enquête de plusieurs années sur les nouveaux équilibres géopolitiques et les problèmes environnementaux auxquels nous confronte la convergence des technologies vertes avec les technologies numériques. Ces dernières étant non seulement supposées optimiser les premières, mais également œuvrer à la dématérialisation des flux, on pourrait s’attendre à l’avènement d’une croissance mondiale décarbonée, présentée comme « propre » et durable par ses promoteurs. Mais c’est sans compter avec la matérialité bien tangible des métaux rares nécessaires à l’ensemble de ces technologies, dont nous feignons d’ignorer l’impact sur la terre et les gens comme si, par exemple, le cloud était une sorte de saint-esprit sans support physique. Or nous ne sommes qu’au début du paradoxe de la transition énergétique, dont la consommation ne cesse de croître : la dernière étude de Greenpeace estime que le secteur numérique représente déjà 7% de la consommation mondiale d’électricité… tout en encourageant ce secteur à se tourner vers les énergies renouvelables2. Le travail de Guillaume Pitron inviterait justement à douter de l’évidence de cette recommandation (qui n’est d’ailleurs pas contredite par les géants du numérique, pressés de se mettre au diapason vert des marchés du moment). Contre toute attente, il existe même quelques convergences entre certains courants écologistes et transhumanistes3. Les solutions transhumanistes au problème écologique vont de la modification de l’environnement (géo-ingénierie par exemple) à la modification de l’empathie et de la morale humaine (moral enhancement). Elles ne remettent pas en question la capacité de la technologie à surmonter la finitude terrestre en explorant l’univers.

Voyons plutôt où mène l’examen de l’industrie des métaux rares. Tout le monde se souvient de l’usine de Rhône-Poulenc de la Rochelle qui, au début des années 90, était le premier traiteur et fournisseur mondial de terres rares4 (à côté des activités textiles, agrochimiques et pharmaceutiques du groupe, nationalisé en 1982 et privatisé en 1993, et auquel succéda Aventis en 1998). Les Français s’inquiétaient à l’époque du traitement des déchets radioactifs générés par l’usine. Le problème du traitement des déchets n’a pas été résolu, mais les temps ont changé. En 2010, c’est la Chine qui détenait 95% du marché mondial des métaux rares5. Sous la pression des citoyens, des riverains, et des écologistes, tout comme sous la pression des marchés financiers mondialisés, les activités d’extraction minière et de raffinage – confrontées à une demande mondiale exponentielle – furent délocalisées et alimentèrent l’illusion occidentale des technologies propres. Guillaume Pitron, qui est allé voir sur place, donne une toute autre version de ce « cauchemar environnemental où se côtoient – pour ne citer qu’eux – rejets de métaux lourds, pluies acides et eaux contaminées. (…) En ce sens, la transition énergétique et numérique est une transition pour les classes les plus aisées : elle dépollue les centre-villes, plus huppés, pour mieux lester de ses impacts réels les zones plus miséreuses et éloignées des regards6. » En conséquence de quoi l’auteur propose de réouvrir les mines sur le sol français, à l’encontre des militants écologistes, afin que les citoyens et gouvernements aient à nouveau « sous leurs fenêtres », dit-il, les conséquences intenables du mode de production et de consommation actuel et prennent les responsabilités qui vont de pair. Une proposition de bon sens pour réintégrer les externalités dans le bilan final. Les standards européens sont, de fait, plus exigeants que les standards chinois et la confrontation directe avec les problèmes environnementaux pousseraient peut-être les consommateurs à exiger la fin de l’obsolescence programmée. C’est du moins là-dessus que l’on peut spéculer.

Or il se pourrait que cette idée – défendue par Emmanuel Macron – soit prise au sérieux, non pas tant par souci de l’environnement que pour retrouver dans le domaine des métaux rares une souveraineté perdue, essentielle en termes de stratégie économique et militaire. Ce livre conte l’ascension fulgurante de la Chine dans le monopole mondial des métaux rares, qui explique sa position actuelle de première puissance informatique au monde – exploit conjugué à son bilan écologique catastrophique. Ayant compris qu’elle n’avait aucun intérêt à rester le fournisseur de matières premières à bas prix qu’elle avait été jusqu’alors et ayant pris la mesure de la fin annoncée des énergies fossiles, la Chine a provoqué des embargos sur ses exportations de terres rares, attiré les industriels étrangers sur son territoire en les alléchant par un accès aux matières premières et passé avec eux des partenariats de « co-innovation » qui lui permirent de s’approprier les technologies de pointe, de garder la main sur la valeur ajoutée et d’investir ensuite dans ses propres laboratoires de recherche. L’Union Européenne, le Japon et les États-Unis furent pris de vitesse et l’attaquèrent d’ailleurs devant l’OMC pour ses quotas d’exportation7. La Chine remplaça alors ses quotas par un système de licences. Mais le chantage chinois « technologies contre ressources8 » inspira d’autres pays émergents…

Comme le rappelle Guillaume Pitron, devant la raréfaction de ces ressources difficiles à extraire de la croûte terrestre, certains lorgnent déjà les gisements marins et la captation d’astéroïdes. La question que personne ne pose volontiers est la suivante : « Combien faut-il d’énergie pour produire de l’énergie ?9 » Car les procédés d’extraction capables d’atteindre l’espace ou le fond des océans ne sauraient être eux-mêmes gratuits et écologiquement inoffensifs, ils ne font que décupler le challenge énergétique. Ainsi la question des limites de la croissance ne fait que reculer indéfiniment son échéance jusqu’à l’acculement ultime. Comme le résumait Philippe Bihouix : « Nous faisons face à [ces] deux problèmes au même moment, et ils se renforcent mutuellement : plus d’énergie nécessaire pour extraire et raffiner les métaux, plus de métaux pour produire une énergie moins accessible10. » Ce n’est pas tout : l’impact écologique des voitures électriques, panneaux solaires ou éoliennes est, selon certains calculs, peu concluant considéré sur l’ensemble d’un cycle de vie, même si l’empreinte carbone est moindre. Si l’on ajoute à ce bilan pas si glorieux l’effet rebond (selon lequel un équipement technologique plus efficace et plus rentable s’accompagne en fait d’une hausse de consommation et non de la diminution attendue) – duquel l’auteur de la Guerre des métaux rares ne fait pas mention – alors le battage médiatique et les formidables investissements que mobilisent les énergies renouvelables semblent une cruelle escroquerie effectuée sur le dos des populations des pays émergents, qui, certes, voient leur niveau de vie s’élever au rythme de la croissance mondiale, mais en ignorant la facture ultime de cette amélioration relative.

Il ne resterait, pour non pas empêcher mais ralentir cette échéance, que le recyclage. Or lui-même a un coût si prohibitif que l’on investit peu dans cette filière. Les alliages et matériaux composites, les multicouches à l’origine de propriétés extraordinaires des objets modernes sont difficiles à séparer et nécessitent de repenser les modes de fabrication, afin de prendre en compte dès la conception la perspective du recyclage en fin de vie. Le recyclage de matériel électronique exige des opérations chimiques polluantes destinées à séparer les composants. Des méthodes plus propres et prometteuses sont toutefois en cours de recherche. Le caractère apparemment écologique et charitable de la volonté de rendement (rendre accessible à plus de monde des produits informatiques ou de l’énergie bon marché avec moins de risques sanitaires et écologiques) ne saurait masquer l’enjeu capitaliste : produire, vendre et consommer toujours plus. Dans ces conditions, même le recyclage intégral ne compenserait pas l’augmentation constante de la consommation globale et l’apparition régulière de nouveaux gadgets, tels la cigarette électronique. Les annonces d’Apple sur le recyclage des iPhones représentent en effet une goutte d’eau dans les chiffres de la consommation électronique. La directive européenne DEEE de 2002, qui transfère la responsabilité du recyclage aux fabricants reste suivie d’effets très insuffisants et les fabricants ont plus intérêt à fabriquer de nouveaux appareils à l’aide de matériaux partiellement recyclés qu’à récupérer les pièces et réparer les vieux. Il y a fort à parier que des techniques propres et efficaces de recyclage ne seront étudiées et mises en œuvre à grande échelle que lorsque les ressources disponibles seront épuisées (c’est à dire lorsque le coût d’extraction des ressources disponibles sera devenu supérieur à celui de l’exploitation des montagnes de déchets accumulées entre temps), ce qui laisse augurer d’une situation planétaire infernale, chaque parcelle de terre ayant été exploitée au maximum, avec une humanité dépendante de machines qui seront devenues omniprésentes et hypersophistiquées, mais peut-être privées de l’énergie nécessaire à leur entretien… Nous devrions alors nous contenter d’un stock de ressources limité à gérer parcimonieusement et à se disputer âprement entre terriens, loin des rêves de conquêtes spatiales. Enfin, aucun recyclage n’est intégral, son écobilan n’est jamais nul et les matériaux recyclés peuvent être de qualité inférieure. Georgescu-Roegen l’exprimait de cette manière imagée : « Nous pouvons ramasser toutes les perles tombées par terre et reconstituer un collier cassé, mais aucun processus ne peut effectivement réassembler toutes les molécules d’une pièce de monnaie usée11. » Il précisait qu’il ne s’agit pas d’exclure en principe la reconstitution d’une structure matérielle, mais que « si en pratique de telles opérations sont impossibles, c’est seulement parce qu’elles réclameraient un temps pratiquement infini12. » On ne reconstitue pas miraculeusement des stocks naturels qui ont mis des millions d’années à se constituer.

Georgescu-Roegen démontra implacablement pourquoi la dégradation de l’environnement était liée à un principe d’entropie irréversible (« la seule loi naturelle dont la prédiction n’est pas quantitative13 ») mais accéléré par les activités humaines et constamment ignoré par les économistes orthodoxes, qui ne s’intéressent ni à l’input des ressources ni à l’output des déchets. Selon lui, les limites du progrès technologique seront données par le coefficient de rendement énergétique qui ne saurait être exponentiel sans rendre la production incorporelle, ce que prétend sans le savoir « le sophisme de la substitution perpétuelle14» qui ne tient pas compte du coût énergétique croissant de l’accès à de nouvelles énergies. Ce modèle suppose, en somme, une croyance surnaturelle exactement là où il se prétend le plus scientifique. La promotion de l’extropie – antonyme de l’entropie – développée dans le journal et l’institut du même nom, et formalisée par Max More en 1998 dans Les principes extropiens15 se fonde, quant à elle, exclusivement sur un article de foi dans le progrès technologique illimité. Elle ne constitue en rien une réponse scientifique aux travaux de Georgescu-Roegen et aux objections de nombreux physiciens.

Guillaume Pitron ne prône pas la décroissance, ne s’exprime pas sur les principes de la thermodynamique et ne tire aucune conclusion prospective. C’est au lecteur de le faire. La situation qu’il décrit ne nous confronte pas seulement au délire d’une croissance qui ne s’arrête jamais et se croit capable d’inventer sans cesse à mesure de ses nouveaux déficits. Elle nous ramène aussi au pari transhumaniste, celui qui propose de risquer le va-tout pour atteindre peut-être « la maturité technologique » capable de résoudre un jour des problèmes aujourd’hui insolubles. Au-delà du risque brandi par certains de l’avènement d’une intelligence artificielle maligne, c’est le problème platement physique des ressources qui se pose déjà. Un problème trop terre-à-terre ? La focalisation sur le développement de l’intelligence occulte la question d’une barrière énergétique infranchissable dans les conditions physiques connues. Le technoprogressisme ne donne aucun scénario vraisemblable de réponse à l’accroissement exponentiel de la demande d’énergie que suppose sa vision. Au mieux, il affirme son engagement écologique sur le mode religieux du déni green tech exposé plus haut et choisit de croire qu’il existe quelque part dans le futur un degré de développement technologique capable d’inverser une équation tenue par les physiciens pour impossible, à savoir l’accès à une source d’énergie à la fois propre, gratuite et illimitée.

Le paradoxe formulé par le prix Nobel de physique Enrico Fermi en 1950 – s’étonnant de l’absence de signes extraterrestres, compte tenu de la très haute probabilité de civilisations extraterrestres plus anciennes que la nôtre – a suscité un nombre considérable d’hypothèses. Une solution fut celle formulée par l’astrophysicien Haqq-Misra et le géographe Baum16, qui considéraient les paramètres de croissance durable ou non durable comme une explication plausible soit de l’échec (en raison d’un effondrement de leurs écosystèmes), soit de la lenteur (en raison d’une croissance ralentie ou bloquée) de civilisations extraterrestres à coloniser l’espace jusqu’à nous. Le physicien Gabriel Chardin a émis récemment une hypothèse similaire : « Sous l’hypothèse apparemment raisonnable d’un taux de croissance de la consommation et de l’utilisation des ressources de 2 % par an, la durée d’épuisement des ressources de la Terre est de quelques centaines d’années, avec une large marge d’incertitude. Pour l’Univers observable tout entier, curieusement, l’estimation est plus précise : entre 5 000 et 6 000 ans, à très peu de chose près… (…) Autrement dit, une croissance de 2 % par an poursuivie pendant quelques millénaires grille presque nécessairement le système planétaire qui en subit l’expérience17. »

Ces hypothèses ne sont pas apocalyptiques, au sens où elles ne postulent pas l’extinction inéluctable de l’espèce humaine (du moins une extinction d’origine anthropique). En revanche elles suggèrent qu’une croissance rapide est à coup sûr incompatible avec la colonisation de l’espace ou même avec l’accomplissement d’un progrès technologique qui sera pris de court par sa propre accélération. Seul un rythme d’innovation ralenti, déconnecté d’intérêts marchands et financé par des fonds publics, éloigné d’applications de masse et faisant l’objet de délibération éthique et politique aurait peut-être une chance de favoriser le progrès technologique à long terme. La course en avant chargée de nous donner la solution toujours repoussée à des problèmes toujours plus gros semble par contre aller droit dans le mur. Mais notons que ce n’est pas sûr : personne ne connaît la structure ultime de l’univers. Georgescu-Roegen concluait ses travaux sur cette alternative : « Peut-être le destin de l’homme est-il d’avoir une vie brève mais fiévreuse, excitante et extravagante, plutôt qu’une existence longue, végétative et monotone. Dans ce cas, que d’autres espèces dépourvues d’ambition spirituelle – les amibes par exemple – héritent d’une Terre qui baignera longtemps encore dans une plénitude de lumière solaire !18 » Cet avertissement pose d’une manière plus aiguë que jamais l’enjeu de choix politiques fondés sur des paramètres inconnus et peut-être inconnaissables ou impossibles à mesurer.

Sandrine Aumercier

1Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares – La face cachée de la transition énergétique et numérique, Éditions Les Liens qui Libèrent, Paris, 2018.

2« Impact environnemental du numérique : il est temps de renouveler Internet », 10 janvier 2017

3Marc Roux, « Transhumanisme et écologie », 11 avril 2016

4Dominique Challiol, « Déchets : une solution en vue pour l’usine Rhône-Poulenc de la Rochelle », Les Echos, 24 mai 1991.

5Bertrand d’Armagnac, « Grandes manœuvres autour des métaux rares », Le Monde, 03 février 2010.

6Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares, pp. 80-81.

7Dominique Albertini, « Les terres rares, un facteur majeur de la puissance chinoise », Libération, 14 mars 2012.

8Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares, p. 151.

9Ibid. p. 220.

10Philippe Bihouix, « Du mythe de la croissance verte à un monde post-croissance », in Crime climatique stop , Collectif, Seuil, Paris, 2015.

11Nicholas Georgescu-Roegen, La décroissance, Sang de la Terre, Paris, 2011, p. 105.

12Ibid., p. 105.

13Ibid., p. 98.

14Ibid., p. 113.

15Principes transhumanistes d’Extropie

16Jacob D. Haqq-Misra et Seth D. Baum, « The Sustainability Solution to the Fermi Paradox », Journal of British Interplanetary Society, vol. 62,‎ 2009.

17Gabriel Chardin, « Le paradoxe de Fermi et les extraterrestres invisibles », Libération, 2 mai 2015.

18Nicholas Georgescu-Roegen, La décroissance, op. cit., p. 149.

La politique du transhumanisme

Le transhumanisme est un mouvement philosophique en émergence reposant sur l’idée que les humains peuvent et devraient devenir des surhumains grâce aux avancées technologiques. Le transhumanisme contemporain découle de la culture de l’homme blanc, américain, nanti et connecté sur Internet, et ses perspectives politiques se fondent généralement sur la version militante du libertarianisme propre à cette culture. Néanmoins, les transhumanistes sont de plus en plus diversifiés, et certains préparent les vastes fondements philosophiques, démocratiques et libéraux de la World Transhumanist Association. Une panoplie de courants et de projets futuristes de gauche sont envisagés en tant que « transhumanisme proto-démocratique ». Il sera aussi question dans le présent essai de la réaction des transhumanistes à l’égard d’un groupuscule de néonazis ayant tenté de se rattacher au mouvement transhumaniste. Pour que le mouvement transhumaniste puisse croître et représenter un défi de taille pour ses opposants, les bioluddites, il devra se distancer de ses origines élitistes anarcho-capitalistes et clarifier ses engagements envers les institutions, les valeurs et les politiques publiques démocratiques libérales. En adoptant un engagement politique et en utilisant le gouvernement pour répondre aux inquiétudes entourant l’équité, la sécurité et l’efficacité des technologies du transhumanisme, les transhumanistes sont bien positionnés pour attirer un plus grand auditoire…. lire la suite

https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/politique-transhumanisme-james-hughes/

Transhumanisme et intelligence artificielle – Transhumanisme, Nanotechnologies, Transhumaniste, Neurosciences, GAFA

L’humain augmenté – CNRS Éditions

Augmenter l’humain, devenir plus fort, plus rapide, plus intelligent, plus connecté, vivre plus vieux et en meilleure santé, repousser les limites de la souffrance et de la mort. Le développement technologique porte la promesse d’un être meilleur. Mais cet amour de l’homme du futur ne cache-t-il pas une haine de l’homme du présent, de ses limites et de sa finitude ? Quelles conceptions du corps et de l’esprit sont sous-tendues par les discours transhumanistes ? Donner des clés pour comprendre le rapport d’attraction-répulsion qu’entretient l’être humain avec les technologies qu’il crée, cristallisé autour de la notion d’homme augmenté, constitue l’objet de ce numéro des Essentiels d’Hermès.

Présentation de l’éditeur

Si l’humain augmenté est le dernier avatar de l’utopie technique, il exacerbe la vision purement informationnelle de l’homme et de son rapport à l’autre. Lorsqu’on parle d’humain augmenté, on sous-entend en général un individu plus fort, plus intelligent, à la longévité plus longue, etc. Autrement dit, on pense à une augmentation de ses capacités. Dès lors, l’individu se trouve réduit à un ensemble de fonctions motrices, cognitives, etc.

L’altérité disparaît. Il n’y a plus de rupture entre l’homme et la machine, la pensée elle-même étant conceptualisée comme une propriété émergente des interactions au sein d’un substrat matériel biologique ou électronique. Les mouvements “transhumanistes” militent pour une utilisation des technologies d’augmentation afin de dépasser l’être humain et sa finitude : si la science nous permet de vivre mieux, pourquoi devrions-nous nous en garder ? Le présupposé communicationnel est que, si nous augmentons nos capacités d’émettre des signaux, de les recevoir et de les traiter, il serait logique que nous parvenions à mieux communiquer, donc à mieux nous comprendre et vivre ensemble…

→ Lire l’introduction (pdf)

Issu d’une rencontre tenue en 2012 à Paris sous l’égide de l’Institut des sciences de la communication du CNRS, cet ouvrage entend présenter une synthèse didactique des problématiques actuelles touchant à la question de « l’augmentation humaine ». Face à la multiplication des travaux consacrés à cette thématique et à l’urgence d’une réflexion éthique qui s’en dégage, ses auteurs souhaitent, comme le précise Édouard Kleinpeter dans sa présentation générale, interroger les enjeux et les controverses en cours autour de la figure de l’humain augmenté, en évitant l’« exaltation sensationnaliste » ou le « pessimisme désabusé » (p. 15) qui déterminent habituellement les débats à ce propos. Le volume rassemble donc des interventions de différents spécialistes (historiens, philosophes, sociologues, psychologues, ingénieurs, spécialistes de la communication, et responsables associatifs) organisées autour de trois pôles d’interrogation principaux que sont le sens et les enjeux de la notion d’augmentation, la transformation de notre rapport identitaire au corps, ainsi que la problématique du transhumanisme et du futur qu’il dessine…

→ lire la suite : Alexandre Klein, « Édouard Kleinpeter (dir.), L’Humain Augmenté », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2013, mis en ligne le 02 décembre 2013, consulté le 23 mars 2018. URL : http://journals.openedition.org/lectures/12835

Conférence CNAM : de l’humain augmenté au transhumain. Que devient l’Homme face à ses technologies ?

Sommaire
Présentation générale
L’homme face à ses technologies : augmentation, hybridation, (trans)humanisme, Édouard Kleinpeter
De part et d’autre de l’Atlantique : enhancement, amélioration et augmentation de l’humain, Simone Bateman et Jean Gayon
Le corps artefact. Archéologie de l’hybridation et de l’augmentation, Jacques Perriault
Invariants et variations de l’augmentation humaine, l’expérience grecque, François Dingremont
Homme augmenté et augmentation de l’humain, Bernard Claverie et Benoît Le Blanc
Augmentation de l’humain : les fonctions cognitives cachées de l’homme augmenté, Célestin Sedogbo et Benoît Le Blanc
De l’humain réparé à l’humain augmenté : naissance de l’anthropotechnie, Jérôme Goffette
Perception de soi, perception par les autres : la fonction sociale de la prothèse chez les agénésiques, Benoît Walther
L’homme hybridé : mixités corporelles et troubles identitaires, Bernard Andrieu
Oscar Pistorius ou une catégorie sportive impossible à penser, Damien Issanchou et Éric de Léséleuc
L’homme étendu. Explorations terminologiques, Colin T. Schmidt
Un autre transhumanisme est possible, Marc Roux
La technique au prisme du mythe : l’exemple du Golem, Brigitte Munier
Transhumanisme : une religiosité pour humanité défaite, Jean-Michel Besnier
Entretien avec Édouard Kleinpeter
Bibliographie sélective
Glossaire
Les auteurs
Table des matières

Transhumanisme, Homme augmenté. Quelles limites, thérapeutiques, techniques, éthiques ?

Penser l’exosomatisation pour défendre la société

Les Entretiens du nouveau monde industriel 2016

Conférence du 13 et 14 décembre 2016. Centre Pompidou. Paris.

Basée sur la data economy, la médecine dite “3.0” en est à ses premières avancées, et déjà des groupes pharmaceutiques tissent des alliances avec Google pour le développement de traitements bioélectroniques ou d’objets communicants. Si ce secteur en pleine évolution est évidemment porteur de nombreux espoirs, il sert également de base de développement du discours transhumaniste. Pendant deux jours, philosophes, médecins, économistes, mathématiciens, anthropologues et historien se sont réunis pour appréhender les véritables enjeux de « l’exosomatisation », c’est-à-dire, de l’augmentation de l’homme par des organes artificiels.

En savoir plus…
Usbek & Rica : Le transhumanisme face aux murs

Session 1 : Exosomatisation et avenir de la société

Mardi 13 décembre – 10h-13h15

L’”augmentation” des organes “naturels” de l’homme par des organes artificiels – organologiques en cela – est définitoire de l’hominisation dès l’origine. Présenter l’augmentation de l’homme comme une radicale nouveauté est à cet égard une imposture. Il n’en reste pas moins que l’organogenèse exosomatique contemporaine présente des caractères tout à fait inédits.

avec10h15 : Bernard Stiegler (philosophe, Institut de recherche et d’innovation)

11h00 : Dominique Lecourt (philosophe, Institut Diderot) La technique et la vie

11h45 : Antoine Missemer (économiste, CNRS) Exosomatisation et théorie économique chez Nicholas Georgescu-Roegen

12h30 : Paolo Vignola (philosophe, Yachai university) Vivre et penser comme des Pokémons. Notes pour une pharmacologie de l’immanence.

13h15 : Fin de session

⇒ Résumés des interventions

Session 2 : Exosomatisation, calculabilité et traitement de données

Mardi 13 décembre – 14h30-18h30

Au-delà de l’extraction corrélationniste de patterns qui caractérise le big data et les data sciences telles que les présente par exemple Chris Anderson[1], la vie et la santé sont irréductibles à une approche purement et simplement computationnelle. Telle que Georges Canguilhem l’a pensée dans Le normal et le pathologique, la santé, en contexte exosomatique, est toujours l’invention d’un nouvel art de vivre par un être qui “se rend malade” par ses techniques mêmes (l’être humain). Cette invention constitue ce que Canguilhem appelle une normativité qui est foncièrement ancrée dans une modalité spécifique de l’anti-entropie telle que, productrice de “bifurcations”, elle échappe précisément à la calculabilité.[1] https://www.wired.com/2008/06/pb-theory/avec14h30 : David Berry (digital humanities, Sussex university) Human attention and exosomatization

15h15 : Wendy Chun (informaticienne et media studies, Brown university) Habit and Exosomatization: the Collective Non-conscious

16h30 : Giuseppe Longo (mathématicien, ENS) La machine à états discrets et les images du monde

17h15 : Thibault d’Orso (co-fondateur de la société Spideo) Protection des données personnelles: obstacle ou opportunité pour l’innovation technologique ?

18h : Interventions du public

18h30 : Fin de session

⇒ Résumé des interventions

Session 3 : Corps augmenté, intelligence artificielle et société

Mercredi 14 décembre – 10h-13h

Fondées sur les technologies de l’information, les nouvelles industries de la santé sont une facette particulièrement sensible de ce que l’on doit appréhender comme un nouvel âge de l’intelligence artificielle que rend possible l’informatique réticulaire. Il importe cependant ici de revenir à la fois sur les réflexions de Bergson sur le vivant au début du XXe siècle, sur les références qu’y fait Georgesu Rœgen dans ses considérations sur l’exosomatisation et l’entropie, sur les conceptions et les questions des premiers penseurs de l’intelligence artificielle fondée sur les agencements homme-machine computationnelle, et sur les limites, apories et perspectives de la théorie de l’entropie dans le champ de l’humain – au moment où l’”extropianisme”, qui est l’une des sources de la pensée transhumaniste, prétend “dépasser l’entropie”, au moment où les neurotechnologies “endosomatisent” les artifices exosomatiques en réaménageant le cerveau.avec10h : Hélène Mialet (anthropologue, Toronto university) Repenser le sujet à l’heure du numérique

10h45 : Pieter Lemmens (philosophe, Radboud university) The Posthuman Fable. Questioning the Transhumanist Imaginary

11h30 : Dominique Bourg (philosophe, université de Lausanne) Exosomatisation pour quelle émancipation ?

12h15 : David Bates (historien des sciences, université de Berkeley) L’intelligence artificielle est-elle un organe exosomatique ?

13h00 : Fin de session

⇒ Résumés des interventions

Session 4 : Technologies du vivant, médecine 3.0 et transhumanisme

Mercredi 14 décembre – 14h30-19h

La médecine 3.0 est aujourd’hui un des premiers marchés de développement des services médicaux en ligne basés sur des objets communicants, sur lesquels se greffe le marketing transhumaniste des fantasmes en tout genre – cependant que le vivant et l’artificiel computationnel s’agencent de façons inédites à travers le quantified-self et la recherche de nouvelles formes de techniques de soi et de soin, souvent dans des contextes communautaires inédits et prometteurs. Qu’en est-il cependant des limites – du vivant, de la technique, de l’économie, de la terre, etc. ? Et quelles politiques de recherche et de développement industriel originales la France et le continent européen peuvent-elles promouvoir ?

avec14h30 : Johan Mathé (ingénieur, Bay labs Inc.), Néguanthropie, opacité et explicabilité des réseaux neuronaux artificiels profonds

15h15 : Jean-Michel Besnier (philosophe, université Paris Sorbonne), La biologie, otage du transhumanisme

16h15 : Jean-François Toussaint (médecin, physiologiste, Insep) Les limites de l’humain

17h00 : Gerald Moore (Durham university), La politique d’un phénomène impossible : L’expérience artéfactuelle et le désaveu du changement climatique.

17h45 : Dorothée Benoît Browaeys (Coordinatrice du Festival Vivant, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, cofondatrice de VivAgora), Quand les marchés dictent la biocybernétique

18h30 : Bernard Stiegler (Directeur de l’Institut de Recherche et d’Innovation)

19h : Fin

⇒ Résumé des interventions

Pourquoi reste-t-il encore de la place pour la spiritualité dans le transhumanisme

Max More dit que les transhumanistes peuvent garder tous les bénéfices de la religion, en finir avec certains de ses inconvénients et abandonner le surnaturel

Les anciens dieux ne sont plus de ce monde, remplacés par des smartphones, des écrans tactiles et des médias sociaux. Ce sont les nouveaux dieux, ceux pour lesquels nous nous inclinons. Plutôt que de croire en une réalité supérieure, celle dans laquelle les déités jugent discrètement, nous avons créé une réalité alternative dans laquelle des divinités auto-érigées jugent subtilement chacune de nos actions. Au lieu du paradis ou de l’enfer, nous recevons des publicités ou le Commissaire de prison (curated jail).

Il n’est pas tout à fait clair s’il reste de la place pour la spiritualité dans ce monde virtuel. Mais Max More pense qu’il y en a, et il est bien placé pour le savoir. En 1990, More a écrit un essai établissant les paramètres du transhumanisme moderne. Il a été un membre d’Alcor Life Extension Foundation, le laboratoire de cryologie de préservation humaine, pendant 30 ans, et depuis 6 ans en est le PDG. Il se soucie d’étendre notre durée de vie, et de surpasser les limites biologiques avec la technologie. Il souhaite surmonter les modèles des dieux.

→ Les extropiens constituent un groupe de transhumanistes fondé par Tom M. Morrow et Max More. En 1990, un code plus formel et concret pour les transhumanistes libertariens prend la forme des Principes transhumanistes d’Extropie (Transhumanist Principles of Extropy, traduction française), l’extropianisme étant une synthèse du transhumanisme et du néolibéralisme.

Le d’ébat sur le nouveau corps dans la cyberculture : le cas des Extropiens

More s’est intéressé à le faire depuis son enfance, raconte-t-il à Inverse. Il a testé « une multitude de systèmes de croyances différents » de 11 à 15 ans : il s’est essayé à l’occulte, puis à la méditation transcendantale, puis le rosicrucianisme, et enfin la Kabbale. Il a même donné sa chance au christianisme.

« Au bout d’un moment, j’ai commencé à penser que tout cela n’avait vraiment aucun sens, et je n’avais vraiment aucune raison de croire en ces idées », dit-il. « Étrangement, alors que mes deux demi-frères sont devenus des chrétiens fondamentalistes, j’ai perdu toute croyance. J’ai eu une période assez embarrassante où ils priaient pour mon âme. » Plus tard, cependant, il enseigna la philosophie de la religion pendant plusieurs années, bien qu’il ne possède plus aucune croyance religieuse, c’est « certainement un domaine de grand intérêt » pour lui.

Cependant, il s’intéresse plus à la spiritualité, au travers de laquelle un transhumaniste peut trouver un but et une valeur – et pas nécessairement dans un sens quasi-mystique technico-zen. Le transhumaniste spirituel n’a pas besoin de glorifier les avancées technologiques, bien que certains le font. Le transhumaniste peut garder tous les avantages de la religion, supprimer certains de ses inconvénients, et laisser de côté le surnaturel, dit More.

En tant que philosophie humaniste, les transhumanistes « orthodoxes » doivent abandonner toute foi en faveur de la raison. Toute philosophie ou religion qui donne la priorité à un autre domaine, vague, disant que le Paradis est là où tout aura enfin un sens et sera Bon, est opposée à la raison, opposée à l’empirisme. C’est pourquoi More favorise Aristote à Platon, par exemple : Platon, et plus tard, le christianisme, a souvent fait paraître que le monde réel était fait pour se languir, un simple passage. L’éthique de la vertu d’Aristote, cependant, est de poursuivre l’excellence. C’est « tout pour vous améliorer vous-même, et perfectionner votre façon de fonctionner, qui s’intègre bien avec le transhumanisme », dit More.

More résume la croyance implicite de la croyance traditionnelle : « Ce monde est un peu crasseux, déplaisant et mauvais, et c’est simplement quelque chose que nous devrions attendre pour passer le temps, et aller à l’endroit réel, agréable, qu’est le paradis. » Il pense que c’est un « point de vue vraiment malheureux ». A l’inverse du transhumanisme, « cela nous décourage vraiment d’améliorer le monde dans lequel nous vivons, qui, pour autant que je sache, est le seul [qui existe]. »

« [La spiritualité] peut vraiment juste dire vos valeurs plus élevées, les motivations les plus profondes, votre grande vision du monde, » dit More. « Et en ce sens, je pense que vous pouvez certainement avoir une spiritualité transhumaniste. Et c’est de cette façon que je l’ai abordé, vraiment. »

Le transhumanisme « peut être une façon de regarder au-delà nos corps de chair et la forme particulière que nous avons, en reconnaissant nos relations avec d’autres espèces, les différentes possibilités pour nos cellules ; et en réalisant que, quelle que soit la couleur de notre peau, ou d’où nous venons, ou ce que sont nos croyances religieuses, n’est pas vraiment important. » En reconnaissant nos limites fondamentales et naturelles, et en regardant au-delà de nous-mêmes pour trouver des moyens de surmonter ces limites, les transhumanistes poursuivent l’illumination. [communément associée au bouddhisme et à l’hindouisme, désigne un état de conscience supérieur dans de nombreuses religions et philosophies et l’aboutissement d’une voie religieuse ou spirituelle].

« Un problème que nous avons aujourd’hui est que nous avons évolué pour être très tribaux dans la nature », dit More. « Nous faisons beaucoup plus confiance à quelqu’un de notre groupe [social] ; nous devenons beaucoup plus suspicieux des personnes extérieures (hors du groupe), et, au moindre prétexte, partons en guerre contre eux. Ce serait bien si pouvions surmonter cela en reprogrammant nos gènes. Prudemment, parce qu’il y a des raisons pour lesquelles cela a évolué ainsi. Mais les conditions ont changé. »

More dit que les gens lui demandent souvent si la religion lui manque. Ce n’est pas le cas. Le transhumanisme lui offre tout ce dont il a besoin, ce qui lui donne « un sens de la signification de la vie, une raison d’être, une motivation, et une manière différente de regarder les choses que je trouve assez satisfaisante et inspirante. » Ce n’est pas le cas pour la religion, avec ses « règles ridicules et arbitraires. Je n’ai pas à m’en inquiéter. Je n’ai pas à m’inquiéter de brûler en enfer pour toujours, ce que je faisais quand j’étais adolescent. »

En fait, More fera exactement l’inverse : après sa mort, il se fera probablement congeler dans l’une des chambres cryogéniques d’Alcor – où Satan, espérons-le, n’a aucune emprise.

Traduction Thomas Jousse

Inverse

Conférence organisé par le Cercle de l’Aréopage sur le Transhumanisme

Le Transhumanisme : toute la vérité sur le posthumain

Par Père Jean Boboc, Docteur en Médecine de la Faculté de médecine de Paris. Titulaire de différentes spécialités médicales et en particulier de Pharmacologie et Toxicologie cliniques, le 15 février 2016

Anthropologie : Cours de propédeutique, questions anthropologiques et bioéthiques

Association culturelle catholique Cercle de l’Aréopage


Père Jean Boboc Professeur de Bioéthique : Ordonné prêtre le 10 mai 2009, par son Éminence le Métropolite Joseph dans l’Église des saints Archanges Mihaï, Gavriil et Rafaïl, devenue le jour même Cathédrale métropolitaine de la métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale par la décision à l’unanimité de la communauté roumaine de se rattacher désormais à la Métropole et de mettre fin à 60 ans de séparation entre la communauté de l’exil et l’Église mère, le père Jean Boboc a été ordonné pour cette cathédrale. Prêtre économe stavrophore, le  père Jean est le troisième prêtre de la cathédrale.

Français d’origine roumaine, le père Jean Boboc est Docteur en médecine de la Faculté de médecine de Paris. Titulaire de différentes spécialités médicales et en particulier de Pharmacologie et Toxicologie cliniques, il a partagé sa vie professionnelle entre la pratique praticienne et la recherche appliquée. Titulaire d’un MBA dans l’administration des affaires, il a dirigé différentes firmes pharmaceutiques comme président et en particulier aux Etats Unis et au Canada, ce qui l’a familiarisé aux problèmes éthiques de la recherche médicale.

Parallèlement, le père Jean a mené une vie active dans l’Exil roumain en France et en Amérique du Nord. Président fondateur de l’AFDOR (Association des Français d’Origine Roumaine) et de la BRP (Bibliothèque Roumaine de Paris), associations particulièrement utiles durant la guerre froide, le père Jean a donné de nombreuses conférences des deux côtés de l’Atlantique, sur la situation historique roumaine et en particulier sur la question des territoires de Bessarabie et de Bucovine, annexés par l’Union soviétique et toujours occupés ou annexés. Il a de même écrit sur ce sujet de nombreux articles et participé à des ouvrages collectifs traitant de ces questions. Un recueil de certains écrits politiques de Mihaï Eminescu, traduits en français, est d’ailleurs attendu.

Sous l’influence de Mircea Eliade, le père Jean a parallèlement à ses études médicales, suivi les cours de l’ISTR (Institut de Science et de Théologie des Religions) de l’Institut catholique de Paris. De retour des Etats Unis, il rejoint l’Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge, où il obtient une licence et un master de théologie orthodoxe, et où il doit soutenir bientôt une thèse de doctorat sur les aspects eschatologiques de l’anthropologie orthodoxe. Un Essai d’anthropologie orthodoxe est aussi en cours de rédaction.

Co-traducteur des œuvres théologiques du père Dumitru Staniloae, le père Jean Boboc s’intéresse essentiellement aux aspects pneumatiques et eschatologiques de l’anthropologie orthodoxe et à leur impact sur les sciences de la vie, et donc aux questions brûlantes de la bioéthique actuelle.

Il est doyen du Centre Orthodoxe d’Etude et de Recherche “Dumitru Staniloae” et responsable de la direction Anthropologie, Éthique et Sciences de la vie dans le cadre du Centre.

cours et conférences

Conférence CNAM : de l’humain augmenté au transhumain. Que devient l’Homme face à ses technologies ?

S’il est certain que l’Homme, fort de son intelligence et de son habileté, s’est depuis toujours ingénié à façonner le monde pour se rendre, selon la maxime cartésienne, “comme maître et possesseur de la Nature”, les avancées technologiques récentes portent avec elles leur lot d’espoirs, mais aussi d’interrogations nouvelles sur le devenir de l’être humain.

La convergence technologique entre nanotechnologie, biotechnologie, informatique et sciences cognitives (NBIC) alimente un discours idéologique sur une “augmentation” de l’humain qui trouve un écho dans les milieux politique, économique et médiatique, suscitant à la fois fascination et répulsion.

Le transhumanisme, courant de pensée originaire des Etats-Unis, plaide pour une prise en main par l’être humain de sa propre évolution, assisté par des technologies qui lui en donneraient le pouvoir.

Sous des formes diverses, il impose un discours qui interroge les fondements même de la nature de l’Homme et de son avenir, d’autant plus audible que des contre-idéologies peinent à se structurer et à émerger.

Mais que cache réellement cette idéologie ? Il s’agit aujourd’hui de mettre en lumière un certain nombre de fondements philosophiques et éthiques qui la sous-tendent, pour mieux les comprendre mais aussi pour mieux les contrer.

Édouard Kleinpeter est ingénieur de recherche CNRS, responsable de médiation scientifique, à l’Institut des sciences de la communication (CNRS – Université Paris Sorbonne – Université Pierre et Marie Curie). Son travail s’oriente actuellement selon deux thématiques : l’interdisciplinarité et l’augmentation humaine.

Il est animateur scientifique du pôle «Santé connectée et humain augmenté» dirigé par le philosophe Jean-Michel Besnier, professeur à l’université Paris Sorbonne. Ses projets de recherche portent sur l’hybridation entre le corps et la technologie afin, en particulier, de soulever les enjeux éthiques, philosophiques, psychologiques et anthropologiques de la dialectique entre réparation et augmentation.

Il s’intéresse également aux discours et imaginaires véhiculés par le concept d’humain augmenté et l’idéologie transhumaniste. Il a publié plusieurs articles sur la thématique et a notamment dirigé l’ouvrage «L’humain augmenté» (CNRS Éditions, coll. « Les Essentiels d’Hermès », 2013).

Congrès futur de l’humain : IA et SF – Où commence la science et où s’arrête la SF ?

Michel Nachez
Docteur en Anthropologie
Chercheur associé au Laboratoire « Cultures et sociétés en Europe »
(UMR 7043 du CNRS)

Strasbourg 2002

Communication au Séminaire spécialisé intitulé Nouvelles technologies : « l’homme terminal ? » ayant eu lieu au Troisième Congrès européen des Sciences de l’Homme et Sociétés qui s’est déroulé à Paris – à la Cité des Sciences – du 19 au 22 juin 2002, ayant pour thème Aux limites de L’humain, séminaire animé par Patrick Schmoll (CNRS, Laboratoire « Cultures et Sociétés en Europe »)

Sommaire :

Les futurs de l’humain selon les «prophètes » de l’Intelligence Artificielle
– Le Transhumanisme est un courant philosophique représenté principalement par une frange de la communauté des chercheurs en IA. Les plus extrêmes de ces transhumanistes sont les extropiens
– Ce qui nous amène à l’Extropianisme
– Pour conclure
– Bibliographie
– Évolution du thème des robots et des machines dans la SF et développement des différents thèmes : les différents futurs de l’humain
– Quelques définitions

Résumé

Sauver ce qui peut l’être et vaut de l’être : la conscience humaine, transférée de la chair périssable à l’impérissabilité des machines. Être, non plus cette créature mortelle tirée du néant par les dieux, mais l’homme immortel et créateur des dieux, dieu lui-même enfin. Et d’ailleurs, la finalité de l’espèce humaine n’aurait-elle pas été, de tous temps, d’en arriver à la création de ces êtres immortels, fusion de l’homme et de l’intelligence artificielle (IA) ?

Cette idéologie transhumaniste a été initiée par la science-fiction et y est déjà en germe depuis les récits datant des années 1950. Analyser cela permet de mieux comprendre la mythologie véhiculée par certains « gourous » de l’IA, eux-mêmes nourris de cette SF.

L’avenir de l’humanité serait-il donc immortalité de la conscience, pérennité de l’être dans son essence ? L’IA sonnerait-elle le glas de l’humanité actuelle : homme terminal ? Et au bénéfice de quoi ? Et quelle serait alors la prochaine espèce intelligente issue de la planète Terre ?

(…)

Ces mondes sont-ils crédibles ?

Qu’en pensent les spécialistes de l’IA et de la robotique?

Les futurs de l’humain selon les « prophètes » de l’IA

Le discours de ces scientifiques plongés dans ces nouvelles avancées de la technologie informatique et de la biotechnologie est généralement enthousiaste et optimiste quant aux futurs développements de leurs disciplines.

Cependant entre le discours et la réalité, il y a un encore gouffre. Si leurs discours ressemblent plus à des récits prospectifs dignes des romans de SF, ce qui se passe dans les laboratoires est certes très prometteur bien qu’encore balbutiant, et est en décalage avec le discours qui annonce l’imminente émergence d’une nouvelle espèce de vie artificielle (pour certains, les machines sont déjà habitées d’une sorte de conscience bien à elles : nous ne le remarquons tout simplement pas).

À l’analyse, tout semble affaire de définitions. Le terme intelligence revêt un sens différent dans le discours des cybernéticiens et des neurobiologistes. Pour les chercheurs en IA, est intelligente une machine qui fait illusion et passe pour intelligente aux yeux des hommes. » (Ganascia, 1993, p.37). On peut donc parler de l’intelligence des machines sans avoir à définir l’intelligence des êtres vivants — ce qui est confortable. C’est la définition qu’en donne Turing en 1950. Et cette vision de l’intelligence des machines reste prépondérante aujourd’hui. Paradoxalement, cette question de l’intelligence des machines a permis de relancer la recherche sur l’intelligence biologique, qui elle-même est loin d’être résolue.

En corollaire à ce concept d’intelligence on trouve celui de conscience. Qu’est-ce que la conscience ? Comment émerge-t-elle d’un système d’organisation complexe tel qu’un cerveau humain?

«Pour Minsky, elle [la conscience] n’est qu’un mécanisme cognitif, devenu pour l’homme une superstition, l’équivalent d’un faux dieu» (Le Breton, 1999, p.l93). Pour pouvoir élaborer un psychisme artificiel fonctionnel, il convient de comprendre ce que sont ces fonctions, comment elles s’élaborent, comment elles se développent. Mais là aussi, chaque hypothèse ne fait que rendre plus manifeste la complexité de la question.

On ne peut comparer un cerveau biologique à un réseau de puces électroniques. Actuellement, les ordinateurs, aussi puissants soient-ils, sont stupides. Ces différences entre le biologique et le cybernétique mettent en lumière l’impasse de la recherche en intelligence artificielle traditionnelle « qui s’efforce de copier les processus mentaux conscients de l’être humain occupé à une tâche particulière. Ses limitations tiennent à ce que les aspects les plus puissants de la pensée sont inconscients, inaccessibles à l’introspection et donc difficiles à transcrire formellement. » (Moravec, 1992, p.28)

De ces constats, la recherche a exploré d’autres voies : l’on ne cherche plus à copier le cerveau humain et ses « logiciels » — tâche trop complexe — mais bien plus à élaborer des algorithmes d’apprentissage évolutionnistes propres aux machines. Agnès Guillot (chercheuse à l’AnimatLab) explique « Notre méthode se situe à l’opposé : partir de systèmes simples qui, intégrés dans un corps physique, se complexifient en fonction des interactions avec l’extérieur. C’est ce qu’on appelle l’intelligence artificielle située » (Agnès Guillot, 2001, p.43) On parle alors de robotique évolutionniste et de vie artificielle. Ces nouveaux robots s’inspirant de la vie animale sont appelés animats.

La spécificité même de ces recherches incluant la possibilité de création d’une machine tellement complexe qu’elle pourrait générer une forme d’intelligence, de décoder le logiciel du vivant permettant ainsi la construction et la reprogrammation du biologique, explique la fascination qu’ont les chercheurs de leurs disciplines. Le sentiment du pouvoir de création absolu, d’être à la source de la compréhension de la vie et de la création d’une vie nouvelle, attise les sentiments d’exaltation. Mais il y a risque celui de menacer l’existence de l’humanité ou tout du moins de la voir perdre sa place de centre de la création. C’est tout une vision du monde qui s’en trouve bouleversée.

En conséquence, l’homme doit changer, doit s’adapter au nouvel ordre de hiérarchie des intelligences et, pour garder sa place, doit se dénaturer pour se surnaturer. C’est la thèse du transhumanisme qui prône le transfert de la conscience humaine dans la machine, en tant qu’égal des supérieures IA.

Le Transhumanisme est un courant philosophique représenté principalement par une frange de la communauté des chercheurs en IA. Les plus extrêmes de ces transhumanistes sont les extropiens. (…)

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