Chimères homme-singe : Des chercheurs ont créé des embryons chimériques

Chimères homme-singe

Des chercheurs en Chine et aux États-Unis ont injecté des cellules souches humaines dans des embryons de primates et ont réussi à faire croître des embryons chimériques pendant une période de temps significative – jusqu’à 20 jours.

Malgré les problèmes éthiques que cela pose, cette recherche pourrait permettre de mieux comprendre la biologie du développement et l’évolution. Elle a également des implications pour le développement de nouveaux modèles de biologie et de maladies humaines. Ces travaux ont été publiés le 15 avril dans la revue Cell.

“Comme nous ne sommes pas en mesure de réaliser certains types d’expériences chez l’homme, il est essentiel que nous disposions de meilleurs modèles pour étudier et comprendre avec plus de précision la biologie et les maladies humaines”, explique l’auteur principal, Juan Carlos Izpisua Belmonte, professeur au Gene Expression Laboratory du Salk Institute for Biological Sciences. “Un objectif important de la biologie expérimentale est le développement de systèmes modèles qui permettent d’étudier les maladies humaines dans des conditions in vivo.”

Les chimères inter-espèces chez les mammifères sont réalisées depuis les années 1970, lorsqu’elles ont été générées chez les rongeurs et utilisées pour étudier les processus de développement précoce. L’avancée qui a rendu possible l’étude actuelle a eu lieu l’année dernière lorsque l’équipe collaboratrice de cette étude – dirigée par Weizhi Ji de l’Université des sciences et technologies de Kunming, dans le Yunnan, en Chine – a mis au point une technologie permettant aux embryons de singe de rester en vie et de se développer en dehors du corps pendant une période prolongée.

Dans l’étude actuelle, six jours après la création des embryons de singe, ils ont reçu chacun une injection de 25 cellules humaines. Les cellules provenaient d’une lignée de cellules pluripotentes induites, connues sous le nom de cellules souches pluripotentes induites, qui ont le potentiel de contribuer aux tissus embryonnaires et extra-embryonnaires.

Au bout d’un jour, des cellules humaines ont été détectées dans 132 embryons. Après 10 jours, 103 des embryons chimériques étaient encore en développement. La survie a rapidement commencé à décliner et, au 19e jour, seules trois chimères étaient encore en vie. Il est toutefois important de noter que le pourcentage de cellules humaines dans les embryons est resté élevé pendant toute la durée de leur croissance.

Cell, Tan et al.: “Chimeric contribution of human extended pluripotent stem cells to monkey embryos ex vivo” https://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674(21)00305-6

“Historiquement, la génération de chimères homme-animal a souffert de la faible efficacité et de l’intégration des cellules humaines dans l’espèce hôte”, explique Izpisua Belmonte. “La génération d’une chimère entre l’homme et un primate non humain, une espèce plus proche de l’homme sur la ligne de temps de l’évolution que toutes les espèces utilisées précédemment, nous permettra de mieux comprendre s’il existe des obstacles imposés par l’évolution à la génération de chimères et s’il existe des moyens de les surmonter.”

Les chercheurs ont effectué une analyse du transcriptome des cellules humaines et des cellules de singe provenant des embryons. “Ces analyses ont permis d’identifier plusieurs voies de communication qui étaient soit nouvelles, soit renforcées dans les cellules chimériques”, explique Izpisua Belmonte.

“Comprendre quelles voies sont impliquées dans la communication des cellules chimériques nous permettra éventuellement d’améliorer cette communication et d’accroître l’efficacité du chimérisme chez une espèce hôte plus éloignée de l’homme sur le plan de l’évolution.”

Une prochaine étape importante de cette recherche consiste à évaluer plus en détail toutes les voies moléculaires qui sont impliquées dans cette communication inter-espèces, avec pour objectif immédiat de trouver quelles voies sont vitales pour le processus de développement.

À plus long terme, les chercheurs espèrent utiliser les chimères non seulement pour étudier les premiers stades du développement humain et modéliser des maladies, mais aussi pour mettre au point de nouvelles méthodes de dépistage de médicaments, ainsi que pour générer potentiellement des cellules, des tissus ou des organes transplantables.

Cette étude a été soutenue par le National Key Research and Development Program, la National Natural Science Foundation of China, le Major Basic Research Project of Science and Technology of Yunnan, les Key Projects of Basic Research Program in Yunnan Province, High-level Talent Cultivation Support Plan of Yunnan Province and Yunnan Fundamental Research Projects, UCAM, et la Moxie Foundation.

Cell, Tan et al.: “Chimeric contribution of human extended pluripotent stem cells to monkey embryos ex vivo” https://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674(21)00305-6

EurekAlert

Le recours aux nouvelles technologies génétiques chez les êtres humains

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) a adopté une recommandation concernant « Le recours aux nouvelles technologies génétiques chez les êtres humains ».

 

 

Résumé

Le développement des nouvelles technologies génétiques va très vite : les découvertes récentes en matière de génome humain ont ouvert la voie à des opportunités nouvelles et des préoccupations éthiques sans précédent. La communauté scientifique estime aujourd’hui que ces techniques ne sont pas encore assez «sûres» pour induire une grossesse à partir de cellules germinales ou d’embryons humains dont le génome a été modifié de manière intentionnelle. Cependant, la modification intentionnelle du génome humain franchirait également des limites jugées éthiquement inviolables.

Les dangers de l’édition du génome humain pour la reproduction

Rapport du NAS sur l’édition du génome humain

Ouvrir la voie aux générations futures génétiquement modifiées : comment le rapport de la NAS fait fi du large consensus international

CRISPR-Cas9 Position officielle de l’Académie nationale de médecine sur les modifications du génome des cellules germinales et de l’embryon humains

https://iatranshumanisme.com/2016/06/03/les-scientifiques-proposent-un-projet-qui-consiste-a-creer-ladn-humain/

Les scientifiques ciblent 2026 pour le premier génome synthétique

Les 7 points forts du rapport du Conseil Nuffield sur l’éthique de l’édition du génome

 

Faire des enfants demain

​Jacques Testart est directeur de recherche honoraire à l’Inserm. Pionnier des méthodes de procréation assistée, il est l’auteur de nombreux ouvrages dans lesquels il défend l’analyse critique de la science afin de justifier l’engagement éthique et de nourrir la démocratie.

Trente-cinq ans après le premier « bébé-éprouvette », près de 3 % des enfants sont conçus avec l’aide de la biomédecine dans les pays industrialisés. Qu’en sera-t-il dans les décennies à venir ?

S’il ne s’agit, selon la loi actuelle, que d’aider les couples stériles, l’assistance médicale à la procréation a désormais atteint ses buts avec l’optimisation des actes biologiques et médicaux. Mais la technique, sous couvert de médecine de pointe, cherche toujours à agrandir son territoire et à régenter nos vies, même lorsque la nécessité ne s’impose pas… Aussi, puisqu’aujourd’hui la régulation bioéthique fait l’objet d’une permissivité croissante, la question se pose de savoir jusqu’où ira la médicalisation de la procréation, et comment la société pourra en maîtriser les dérives sociétales et eugéniques.

Devrons-nous aller jusqu’à compter sur la décroissance économique pour, mieux que les lois de bioéthique, imposer des limites à la démesure technoscientifique ?

Fin du sexe, avenir de la procréation. Demain, les enfants seront conçus au laboratoire et le sexe sera réservé au plaisir.

“Je rencontre, depuis trente ans, deux types de réaction quand j’expose cette perspective révolutionnaire et dramatique. D’abord celle des « bioconservateurs » selon la terminologie transhumaniste, horrifiés par la fabrication des enfants comme des objets de commerce. Puis celle de personnes de plus en plus nombreuses, et de plus en plus jeunes, qui osent lancer « Et alors ?…Où est le problème ?… ». Tentons quelques réponses. L’humaniste voit dans la sélection humaine la réification de l’enfant et une incitation pour stigmatiser les handicapés, ou seulement les déviants, c’est à dire un fort recul de nos valeurs. Il craint aussi l’instauration future de politiques autoritaires au nom du « bien collectif ». Encore nous situons nous ici dans la perspective traditionnelle de la conception par un homme et une femme et pas dans celles, possibles, de la conception homosexuelle voire autonome. Quant au biologiste, il imagine la désillusion possible dans les familles si l’enfant, sélectionné sur des bases statistiques, vient créer la surprise par son identité individuelle. Mais, surtout, il s’inquiète de la perte de diversité génétique si, comme c’est vraisemblable, les critères de sélection (hors cosmétiques) deviennent les mêmes partout, évoluant en tout lieu grâce aux corrélations croissantes issues du croisement informatique des données génomiques avec les caractéristiques de personnes existantes. Il ne faudrait pas plus de quelques générations, en recourant de façon quasi généralisée au tri embryonnaire, pour changer le génome de notre espèce, et ceci sans avoir modifié un seul génome! Aussi, en ces temps incertains de modifications drastiques de l’environnement, il serait sage d’assurer notre pérennité en conservant une biodiversité capable de résister à des fléaux inconnus (conditions climatiques, alimentation, parasites, épidémies,…). Bien sûr, cette précaution est superflue pour les transhumanistes qui souhaitent changer notre espèce. H Greely reconnaît cet effet de l’ « easy PGD » (DPI facile) mais il ne s’en inquiète pas. Il ne propose de législation que pour des actes délictueux (vol de cellules sur une tasse pour faire fabriquer le bébé d’une star…). Il pense qu’il serait dangereux pour un gouvernement de distinguer entre vies supportables ou non selon la sévérité estimée des atteintes de l’enfant à venir, et qu’il faut donc laisser les couples choisir. Mais il ajoute que la coercition n’est pas toujours mauvaise et évoque alors une taxation… Bref, une éthique à l’américaine ! Avouons qu’au point avancé où nous en sommes il serait naïf d’imaginer faire mieux.”


France culture : Assiste-t-on à une révolution dans la procréation ? 19.03.2014

https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/cruiser-production/static/culture/sons/2014/03/s12/NET_FC_7a117994-f864-48a3-a08b-b42ba04b7d8e.mp3?_=1

 

Jacques Testart : Ça fait bientôt trente ans que j’essaie de me battre contre certaines dérives.Ce que je crains, c’est que la procréation assistée devienne une sorte de fabrique des enfants, y compris pour des gens qui n’ont pas besoin d’assistance médicale. En fabriquant l’enfant, la bio-médecine prend une responsabilité et ferait en sorte que l’enfant soit de meilleure qualité que l’enfant qu’on pourrait concevoir au hasard. Ce que je crains le plus, c’est le tri des embryons, qui se développe un peu dans tous les pays et qui risque de prendre une ampleur que personne n’imagine aujourd’hui.

Est en train de se mettre en place tout un système de sécurisation de la procréation, de fabrication, qui est assez navrant. Il y a quelque chose qui se met en place, comme s’il était normal de faire un bébé dans un laboratoire plutôt que dans un lit. On est devant une nouvelle considération de ce qu’est la procréation.


Jacques Testart : “J’ai des craintes de dérives eugéniques”.

Emmanuel Faux reçoit Jacques Testart, directeur de recherche honoraire à l’Inserm, auteur de Faire des enfants demain.

Dans cette vidéo, Jacques Testart nous livre ses impressions sur le devenir de la procréation médicalement assistée.

Jacques Testart : Tous les enfants conçus par PMA dans un siècle ?


Depuis le 1er janvier 2012, suite à la réorganisation des instances intergouvernementales au Conseil de l’Europe, le Comité de Bioéthique (DH-BIO) mène les travaux qui sont assignés au Comité directeur pour la bioéthique (CDBI) par la Convention pour la protection des droits de l’homme et de la dignité de l’être humain à l’égard des applications de la biologie et de la médecine. Cette réorganisation a également pour but de créer un lien plus étroit entre le DH-BIO et le Comité directeur pour les Droits de l’Homme (CDDH).

Rapports abrégés

DH-BIO abr RAP 1 F, DH-BIO abr RAP 2 F, DH-BIO abr RAP 3 F, DH-BIO abr RAP 4 F, DH-BIO abr RAP 5 F, DH-BIO abr RAP 6 F, DH-BIO abr RAP 7 F, DH-BIO abr RAP 8 F, DH-BIO abr RAP 9 F, DH-BIO abr RAP 10 F

Des chercheurs ont trouvé un “bouton de réinitialisation” pour les cellules vieillissantes

De la revitalisation des battements cardiaques et l’accroissement de la longévité, à l’élimination des pathologies via l’édition génétique, les défis sanguins sont abordés avec de nouvelles solutions aussi vite qu’il nous est possible d’innover.

Bien que bon nombre des solutions que nous avons actuellement puissent traiter les pathologies sanguines de façon réactive, des chercheurs de l’Université de Lunds en Suède ont mis au point une méthode qui pourrait traiter les troubles sanguins de façon proactive.

Notre sang change à mesure que nous vieillissons en raison de l’épigénétique, un processus par lequel notre expression génétique est réduite ou activée au fil du temps, sans modification du code génétique lui-même. Avec ceci en tête, l’équipe de chercheurs de l’Université de Lunds a examiné les cellules souches hématopoïétiques (CSH) de souris âgées pour voir si celles-ci pourraient déverrouiller les mystères du vieillissement de nos cellules.

Les cellules CSH sont des progéniteurs de toutes les autres cellules sanguines. À mesure que nous vieillissons, les scientifiques croient que nos cellules vieillissent aussi. Le vieillissement des cellules sanguines signifie que nous sommes plus vulnérables à des maladies comme la leucémie, qui ciblent spécifiquement ces cellules. De même, les chercheurs ont observé une fonctionnalité réduite du sang de leurs souris vieillissantes.

Mais quand les vieilles souris se sont vues donner des cellules souches pluripotentes induites (IPS) – essentiellement un ensemble de cellules souches fraîches – quelque chose de tout à fait passionnant s’est passé. Les cellules IPS ont servi de « bouton de réinitialisation », reprogrammant les cellules souches du sang et déclenchant ainsi une sorte de rajeunissement.

Les chercheurs ont observé que les cellules CSH progénitrices des souris âgées ont commencé à produire des cellules sanguines fonctionnellement semblables à celles observées chez les souris plus jeunes.

Les données du groupe suggèrent que le vieillissement CSH peut être inversé par l’introduction de cellules IPS. Il est important de noter, cependant, que ces changements dans la production de cellules sanguines ne se produisent pas principalement en raison de mutations – mais en raison de changements épigénétiques dans l’expression des gènes au fil du temps. Avec leurs résultats encourageants, l’équipe de recherche est optimiste dans le fait d’être plus près de développer des thérapies qui pourraient réduire l’incidence des troubles sanguins, y compris les trois principaux types de cancers du sang et plus de 100 maladies liées au sang.

Traduction Thomas Jousse

Engadget, Nature, Futurism

Les humains génétiquement modifiés arriveront plus tôt que vous ne le pensez. Et nous ne sommes pas prêts.

La bio-ingénierie a déjà permis aux êtres humains de prendre le contrôle de leur propre évolution. Que ce soit par le biais de technologies émergentes de clonage ou de la thérapie génique de pointe, nous sommes à l’aube d’un monde où les êtres humains peuvent – et pourront – changer leur façon de vivre et de mourir.

Michael Bess est historien des sciences à la Vanderbilt University et l’auteur d’un nouvel ouvrage : Our Grandchildren Redesigned: Life in a Bioengineered Society (Nos petits enfants remodelés : la vie dans une société issu du génie biologique). Le livre de Bess propose un regard général sur notre avenir génétiquement modifié, un avenir aussi terrifiant que prometteur.

« Nous allons nous doter d’un pouvoir sans pour autant avoir la sagesse de le contrôler correctement ». L’ouvrage de Bess est une tentative de lutter avec les conséquences de cela.

L’historien de Vanderbilt offre une vision déconcertante d’un avenir proche de la bioingénierie :

Pensez-y comme des « humains version XP », « humains version 7 », « humains version 10 ». Tout comme le logiciel Microsoft, il y aura une hausse continue dans ce qui est considéré comme standard ou la norme ».

Our Grandchildren Redesigned: Life in a Bioengineered Society

publié chez Beacon Press

Ceci est un livre sur un futur plus ou moins proche – d’aujourd’hui à la moitié du 21e siècle. Il évalue l’impact que les biotechnologies auront sur nos vies, du fait de son omniprésence croissante dans la modification du corps humain et de l’esprit. Grâce à l’utilisation de produits pharmaceutiques, nous apprenons comment contrôler nos humeurs, stimuler nos performances physiques et mentales, augmenter notre longévité et notre vitalité. Grâce aux prothèses, implants cérébraux, et d’autres dispositifs bioélectroniques, nous ne faisons pas que soulager les malvoyants et les personnes souffrant de paralysies, mais nous commençons aussi à reconfigurer nos corps, à augmenter nos capacités de mémorisation, nos souvenirs, et de générer de nouveaux moyens d’interagir avec les machines. A travers des interventions génétiques, nous ne nous limitons pas simplement à neutraliser certaines maladies, dites longues voire incurables, mais nous ouvrons de nouvelles possibilités pour prendre en main notre évolution – la refonte de la « plate-forme » humaine du corps et de l’esprit d’une manière approfondie.

Parmi toutes les avancées de ces bio-améliorations technologiques, certaines seront spectaculaires par nature, offrant de formidables nouvelles capacités et aptitudes. Simultanément, ces progrès vont s’accompagner de désagréments et les dangers seront si profonds qu’ils justifieront des interdictions de certaines catégories d’interventions ou de dispositifs d’amélioration. Toutes ces technologies – même celles qui semblent les plus sensées et anodines – vont déstabiliser les éléments clés de notre système sociétal, ainsi que notre compréhension de ce que signifie être humain. Je soutiens que la société contemporaine est dangereusement mal préparée pour les changements spectaculaires qu’elle est sur le point d’éprouver – un changement drastique de ses repères. Elle n’est absolument pas prête à faire face aux bouleversements qui l’attendent d’ici peu.

Parmi les sujets abordés dans cet ouvrage :

  • Les stratégies pour envisager l’avenir à moyen terme. En prenant en considération les modifications qui ont eu lieu dans notre histoire passée, nous pouvons mieux envisager et nous préparer aux futurs possibles.
  • Science et technologie de la bio-amélioration humaine : huit domaines clés d’innovation : produits pharmaceutiques, bioélectronique, génétique, nanotechnologies, robotique, intelligence artificielle (IA), biologie synthétique, et la réalité virtuelle.
  • Les débats acharnés entre partisans et opposants au transhumanisme et l’ « avenir du posthumain » : comment trouver une solution objective et constructive pour aller de l’avant.
  • L’épanouissement de l’humain : un cadre moral pour évaluer les bio-améliorations spécifiques au cas par cas.
  • Le potentiel révolutionnaire des modifications épigénétiques d’amélioration.
  • Si les bio-améliorations sont adoptées par des millions de consommateurs, quelles en seront les conséquences économiques, sociales et culturelles ?
  • La bio-amélioration des animaux : devrions-nous créer de nouveaux hybrides et des créatures augmentées ?
  • Les modifications directes du cerveau et de l’esprit : comment le nouveau domaine de la neuroéthique peut nous aider à clarifier et évaluer les implications ?
  • La possibilité attrayante (et problématique) de la « bio-amélioration morale » (Paradise engineering).
  • La marchandisation des êtres humains, et les manières spécifiques dont les technologies de bio-amélioration pourraient mettre en péril la dignité humaine.
  • Les technologies de rajeunissement et l’allongement de la durée de vie en bonne santé – quelles en seraient les conséquences écologiques, économiques, et psychologiques ?
  • La Singularité, la bio-amélioration « définitive » et la possibilité de créer des formes d’intelligence artificielle de niveau humain.
  • Les valeurs qui méritent d’être préservées face à l’arrivée de l’entreprise d’amélioration au cours des décennies à venir.
  • De l’espace pour une agence humaine dans le pilotage du développement de l’innovation scientifique et technologique.

Aperçu du Livre

voir aussi :
Les cyborgs plus proches de la réalité dans les prochaines étapes de l’évolution humaine
Le transhumanisme est inévitable : Beyond human: How cutting-edge science is extending our lives
Sommes-nous à vingt années des bébés personnalisés ? : « The end of sex and the future of human reproduction » (Harvard University Press, 2016)


A propos de l’auteur

Michael Bess is the Chancellor’s Professor of History at Vanderbilt University. He has received major fellowships from the J. S. Guggenheim Foundation, the American Council of Learned Societies, the National Human Genome Research Institute, the John D. and Catherine T. MacArthur Foundation, and the Fulbright Program. His previous books include Choices Under Fire and The Light-Green Society.

Traduction Virginie Bouetel

La révolution des cellules souches ?

Avancée majeure de la génétique, la découverte des cellules souches a radicalement changé la compréhension du fonctionnement du corps humain. Ces cellules si particulières, à l’origine de nombreuses applications médicales, ont par exemple permis à des personnes dont les yeux avaient été brûlés par des produits chimiques de recouvrer la vue grâce à des transplantations. Avec la découverte des cellules souches pluripotentes induites (iPS), capables de générer tous les types de cellules présents dans notre corps, il devient théoriquement possible de fabriquer un humain à partir d’un morceau de peau. Une découverte qui pourrait permettre de soigner des pathologies aujourd’hui incurables, mais qui soulève des interrogations éthiques. Ce documentaire retrace, au moyen d’interviews des plus grands spécialistes mondiaux de la génétique et d’animations didactiques, l’histoire de la recherche sur les cellules souches, des premières expériences qui ont révélé leur existence à la fin de la Seconde Guerre mondiale aux réalisations scientifiques et thérapeutiques actuelles.

Ray Kurzweil prédit trois technologies qui vont définir notre avenir
Sommes-nous à vingt années des bébés personnalisés ?
Des souris stériles donnent naissance

NVISION Eye Centers a posé avec succès son premier implant télescope miniature
Google DeepMind va scanner un million d’yeux pour combattre la cécité avec le NHS
Chine : production de sperme artificiel
Kallistem obtient des spermatozoïdes humains complets in vitro

Face à l’anthropologie de l’imposture

Discours académique de la séance solennelle de l’Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge de Paris

Dimanche 8 février 2015, Par le R.P. Jean Boboc, professeur de Bioéthique

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Extrait :

L’antihumanisme des humanistes des Lumières, comme l’a si bien démontré le professeur Xavier Martin (Voltaire méconnu. Aspects cachés de l’humanisme des Lumières (1750-1800) ; L’homme des droits de l’homme et sa compagne (1750-1850). Sur le quotient intellectuel et affectif du ‘bon sauvage’ ; et dans « Le tribut des Lumières à la bioéthique », allié au culte de la raison, a généré le biotope propice à la floraison d’une anthropologie de l’émancipation et de l’autonomie humaine, renonçant au modèle chrétien de l’anthropologie révélée. Peut être, est-ce là, la première grande imposture éthique à laquelle se sont ralliés les bons esprits du XVIIIe siècle et les médecins philosophes qui voulaient recréer l’homme dans une apostasie civilisationnelle et précurseur du transhumanisme aujourd’hui déjà à l’œuvre et annonçant le post-humain. De l’homme-machine de Julien Offray de La Mettrie, dont le titre plaisait tant à Voltaire, on en vient la machine-homme.

[…]

Le professeur Testart, l’un des pères du premier bébé-éprouvette français, reconnaissait que « chaque pas plus permissif que le précédent, est logiquement argumenté ». Il en est de même dans le transhumanisme où « Pas à pas, année après année, petite transgression indolore par petite transgression indolore, notre transhumanité toujours plus technophile pourrait se faire à l’idée de la posthumanité », comme le souligne le neurobiologiste Laurent Alexandre.

Ray Kurzweil prédit trois technologies qui vont définir notre avenir

Au cours des dernières décennies, la révolution numérique a changé presque tous les aspects de notre vie. Le rythme du progrès informatique a été accéléré, et aujourd’hui, les ordinateurs et les réseaux sont presque dans chaque entreprise et foyer du monde.

Beaucoup d’observateurs ont remarqué cette accélération avec l’avènement des micropuces modernes, mais comme Ray Kurzweil l’a écrit dans son livre The Singularity is Near, nous pouvons trouver un certain nombre de tendances étrangement semblables dans d’autres domaines.

Selon la loi du retour accéléré formulé par Kurzweil, le progrès technologique avance à un rythme exponentiel, spécialement dans le domaine des technologies de l’information. Cela signifie que les outils d’aujourd’hui, nous aiderons à construire de meilleurs outils demain, alimentant cette accélération.

Mais nos cerveaux ont tendance à anticiper le futur de manière linéaire au lieu de façon exponentielle. Ainsi, les années à venir vont nous fournir des technologies plus puissantes plus tôt que nous le pensons. Alors que le rythme ne cesse de s’accélérer, quels surprenants et puissants changements sont déjà en boutique ? Cet article explorera trois domaines technologiques qui s’apprêtent le plus à changer notre monde au cours de ce siècle, selon Kurzweil.

La Génétique, les Nanotechnologies et la Robotique – GNR

De toutes les technologies surfant sur la vague du progrès technologique, Kurzweil identifie la génétique, les nanotechnologies et la robotique comme les trois révolutions qui se chevauchent et qui définiront nos vies dans les décennies à venir.

De quelles manières, ces technologies sont révolutionnaires ?

  • La révolution génétique nous permettra de reprogrammer notre propre biologie
  • La révolution des nanotechnologies nous permettra de manipuler la matière à l’échelle moléculaire et atomique
  • La révolution robotique va nous permettre de créer une intelligence non-biologique plus élevée que l’homme

Tandis que la génétique, les nanotechnologies et la robotique culmineront à différents moments au cours des décennies, nous les expérimentons déjà dans une certaine mesure. Chacune est puissante à sa manière, mais leur convergence le sera encore plus. Kurzweil a déjà écrit sur ce sujet dans The Singularity is Near il y a plus d’une décennie.

Regardons ce qu’il se passe dans chacun de ces domaines aujourd’hui, et ce, à quoi nous pouvons nous attendre à l’avenir.

La révolution génétique : « L’intersection de l’information et de la biologie »

« En comprenant les informations du processus sous-jacent de la vie, nous commençons à comprendre comment reprogrammer notre biologie pour achever l’élimination virtuelle de la maladie, l’expansion spectaculaire du potentiel humain, et l’extension radicale de la vie » – Ray Kurzweil, The Singularity is Near.

Nous sommes en train de « reprogrammer » notre environnement depuis presque aussi longtemps que l’humain a marché sur la planète. Nous avons accumulé suffisamment de connaissances sur le fonctionnement de notre corps pour que nous puissions commencer à traiter la maladie et le vieillissement à leurs racines cellulaires et génétiques.

La biotechnologie aujourd’hui

Nous avons anticipé la puissance de l’ingénierie génétique depuis longtemps. En 1975, la Conférence d’Asilomar débâtait sur l’éthique de l’ingénierie génétique, et depuis, nous avons vu des progrès remarquables à la fois en laboratoire et dans la pratique – les cultures génétiquement modifiées, par exemple, sont déjà largement répandues (bien que controversées).

Depuis que le projet du génome humain (Human Genome Project) fut achevé en 2003, d’énormes progrès ont été effectués dans la lecture, l’écriture et le découpage (piratage) de notre propre ADN.

Maintenant, nous allons reprogrammer le code de la vie depuis les bactéries aux chiens et bientôt, peut-être, chez les humains. Le « comment », « quand » et « pourquoi » de l’ingénierie génétique sont toujours débattus, mais le rythme s’accélère.

Les innovations majeures en biotechnologies au cours de la dernière décennie incluent :

  • Les cellules souches pluripotentes induites
  • l’édition du génome humain
  • L’impression biologique en 3D
  • Le génome à 1000$
  • Les tissus conçus en laboratoire
  • Le stockage de l’ADN
  • La croissance des citoyens biohackeurs

Beaucoup de défis ont encore besoin d’être surmontés avant que ces nouvelles technologies soient largement utilisées sur des humains, mais les possibilités sont incroyables. Et nous pouvons seulement supposer que la vitesse du progrès va continuer à accélérer. Le résultat est-il surprenant ? Kurzweil suppose que la plupart des maladies seront guérissables et que le processus de vieillissement sera ralenti ou peut-être même inversé dans les prochaines décennies.

La révolution des nanotechnologies : « L’intersection de l’information et du monde physique »

« La nanotechnologie nous a donné les outils… pour s’amuser avec la boîte de jouet ultime des atomes et molécules de la nature. Tout est créé depuis là… Les possibilités de créer de nouvelles choses apparaissent infinies ». Prix Nobel Horst Störmer, The Singularity is Near

Beaucoup de personnes datent la naissance de la nanotechnologie conceptuelle au discours de Richard Feynman en 1959, « il y a plein de place en bas », où Feynman décrit les « implications profondes de machines d’ingénierie au niveau des atomes ». Mais ce fut seulement lorsque le microscope à effet tunnel fut inventé en 1981, que l’industrie de la nanotechnologie débuta sérieusement.

Kurzweil argumente que, quel que soit le succès avec lequel nous réglons avec précision notre biologie basée sur l’ADN, il n’y aura pas de comparaison possible avec ce que nous serons en mesure de concevoir en manipulant la matière au niveau moléculaire et atomique.

Les nanotechnologies nous permettront de remodeler et reconstruire « molécule par molécule, nos corps et nos cerveaux ainsi que le monde dans lequel nous vivons » dit Kurzweil.

Les nanotechnologies aujourd’hui

Alors que nous pouvons déjà voir les preuves d’une « révolution génétique » dans les actualités et dans notre vie quotidienne, pour la plupart des gens, les nanotechnologies pourraient encore être perçues comme de la science-fiction. Cependant, il est probable que vous utilisez quotidiennement des produits qui ont bénéficié de la recherche nanotechnologique. Cela inclut les protections solaires, les vêtements, la peinture, les voitures, et bien plus. Et bien sûr, la révolution numérique a continué grâce à de nouvelles méthodes nous permettant de fabriquer des puces avec des caractéristiques nanométriques.

En plus d’avoir déjà des applications pratiques, il y a beaucoup de recherches et de tests conduits dans les nanotechnologies révolutionnaires, comme :

  • Les lentilles de contact intelligentes
  • De minuscules piles imprimées en 3D
  • Les nanoparticules tueuses de cancer
  • L’informatique basée sur l’ADN

Bien que nous continuions à améliorer la manipulation de la matière à l’échelle du nanomètre, nous sommes encore loin des nanorobots (nanobots) et des nano-assembleurs qui pourraient construire et réparer atome par atome.

Cela dit, comme Feynman le souligne, les principes de la physique ne contrarient pas un tel futur. Et nous avons seulement besoin de regarder notre propre biologie pour voir un modèle fonctionnant déjà sur un modèle complexe de la nano-machine de la vie.

La révolution robotique : « Construire l’intelligence artificielle forte »

« C’est difficile de penser à un problème quelconque qu’une super intelligence ne pourrait pas résoudre ou au moins nous aider à le résoudre. La maladie, la pauvreté, la destruction environnementale, les souffrances inutiles de toute sorte : ce sont des questions qu’une super intelligence équipée de nanotechnologies avancées, serait capable d’éliminer ». Ray Kurzweil, The Singularity is Near

Le nom de cette révolution pourrait être un peu déroutant. Kurzweil dit que la robotique est incluse dans l’intelligence artificielle – mais c’est l’intelligence elle-même qui compte le plus. Bien que reconnaissant les risques, il argumente que la révolution de l’IA est la transformation la plus profonde que la civilisation humaine expérimentera dans toute l’histoire.

C’est parce que cette révolution est caractérisée par la capacité à reproduire l’intelligence humaine : l’ « attribut le plus important et puissant de notre civilisation ».

Nous sommes déjà bien avancés dans l’ère de « l’IA faible », qui est une machine programmée pour faire une ou quelques tâches spécifiques, mais c’est juste un aperçu de ce qui est à venir.

Une IA forte sera aussi versatile qu’un humain pour résoudre un problème. Et selon Kurzweil, même les IA qui pourront fonctionner au niveau de l’intelligence humaine seront déjà en train de le dépasser à cause de plusieurs aspects uniques aux machines :

  • Les machines peuvent regrouper les ressources d’une manière inaccessibles aux humains
  • Les machines ont une mémoire précise
  • Les machines peuvent systématiquement (s’) exécuter aux niveaux maximums, et combiner des compétences de pointe.

L’intelligence artificielle aujourd’hui

La plupart d’entre nous utilisent une certaine forme d’intelligence artificielle faible sur une base régulière – comme Siri et Google Now, et de plus en plus Watson. D’autres formes d’IA faible incluent des programmes comme :

  • Des logiciels de reconnaissance vocale et d’image
  • Des logiciels de reconnaissance de forme pour des armes autonomes
  • Des programmes utilisés pour détecter les fraudes dans des transactions financières
  • L’IA de Google basée sur des méthodes d’apprentissage statistique pour classer les liens

Le prochain pas vers une IA forte sera une machine apprenant seule, sans être programmée ou alimentée en informations par les humains. C’est ce qu’on appelle le « deep learning », un nouveau mode d’apprentissage puissant pour les machines, qui connaît actuellement une forte augmentation dans la recherche et les applications.

Pourquoi est-ce important ?

Kurzweil appelle la génétique, la nanotechnologie et la robotique des révolutions qui se chevauchent parce que nous allons continuer à en faire l’expérience en même temps que chacune de ces technologies arrivent à maturité.

Ces technologies sont susceptibles de converger avec les autres et impacterons nos vies d’une manière difficile à prédire, et Kurzweil avertit que chacune de ces technologies aura le pouvoir de faire beaucoup de bien, ou de mal – comme c’est le cas pour toutes les grandes technologies. La manière dont nous serons capables de maîtriser leur puissance pour améliorer nos vies dépendra des conversations que nous aurons et des mesures que nous prendrons.

« Les GNR fourniront le moyen de surmonter les problèmes séculaires comme la maladie et la pauvreté, mais ils permettront également des idéologies destructrices » écrit Kurzweil.

« On n’a pas d’autre choix que de renforcer nos défenses alors que nous appliquons ces nouvelles technologies pour faire avancer nos valeurs humaines, en dépit d’une absence de consensus sur ce que ces valeurs doivent être ».

Plus nous anticiperons et débâterons de ces trois puissantes révolutions technologiques, mieux nous pourrons orienter leur développement vers l’obtention des résultats qui feront plus de bien que de mal.

Traduction Benjamin Prissé

Pour en savoir plus : The Law of Accelerating Returns et The Singularity Is Near.

Singularity HUB Sveta McShane and Jason Dorrier

Sommes-nous à vingt années des bébés personnalisés ?

Que se passerait-il si les parents en devenir avaient la possibilité de choisir à l’avance la combinaison de gènes que leur enfant hériterait ? La question est sortie du cadre de la science-fiction selon Hank Greely, professeur de droit à l’Université de Stanford.

La science et la technologie sous-jacente  progressent rapidement, il est maintenant temps d’examiner attentivement  “quels changements légaux seraient nécessaires pour essayer de maximiser les avantages et minimiser les dommages de cette nouvelle approche reproductrice”, dit-il.

Greely a exploré les implications juridiques, éthiques, et sociétales des biotechnologies émergentes dans un nouveau livre : « The end of sex and the future of human reproduction » (Harvard University Press, 2016), qui envisage un monde où la procréation ne commence plus dans la chambre à coucher, mais plutôt dans une boîte de Pétri d’une clinique médicale.

Sélectionner un embryon

Dans le livre, Greely raconte le scénario suivant : Un couple voulant un enfant, créerait cent embryons et recevrait un dossier sur l’ADN de chacun. Cela révélerait la présence de gènes favorisant l’apparition de graves maladies mortelles, ainsi que des marqueurs qui confèrent un risque accru de conditions  moins graves.

Mais cela pourrait aussi inclure des gènes pour des traits physiques, comme la couleur des yeux ou des cheveux, la taille et le type de corps. Mais également des marqueurs pour les traits comportementaux tels qu’une inclination pour le sport ou la musique. Les futurs parents sélectionneraient alors les embryons à implanter, sur la base des caractéristiques espérées.

« Actuellement, la technologie telle qu’elle est envisagée dans le livre, ne sera disponible que d’ici une vingtaine d’années » déclare Greely.  « Mais des parties de celle-ci sont disponibles aujourd’hui ».

Le diagnostic préimplantatoire (DPI) – qui consiste à l’extraction d’une seule cellule d’un embryon créé in vitro (FIV), et le dépistage de gènes malades ou des chromosomes anormaux –  est présent depuis 25 ans.

Cependant, parce qu’il nécessite la collecte d’œufs pour la fécondation in vitro (FIV) (ce qui est très coûteux), Greely prévoit que la plupart des couples ne considéreraient pas la DPI s’ils pourraient concevoir un enfant en bonne santé par la bonne vieille méthode.

Mais tôt ou tard, les scientifiques réussiront à faire des ovules humains viables et du sperme à partir de cellules souches pluripotentes induites (CSPi) provenant de la peau ou d’autres cellules somatiques, dit Greely.

« Et ce sera l’avancée qui déclenchera un intérêt généralisé pour ce que j’appelle « DPI facile ». Cela ouvrira le chemin à un certain nombre de nouvelles possibilités en matière de reproduction. Les personnes infertiles pourront avoir leurs propres enfants génétiques. Ainsi que les couples de même sexe, puisqu’il pourrait bien être possible de faire des œufs à partir de cellules de peau d’un homme, ou des spermatozoïdes à partir d’une femme.

Cela permettra d’éliminer également la pression de l’horloge biologique – au moins en termes de conception – permettant ainsi aux femmes à repousser la formation d’une famille.

Mais la possibilité de faire des gamètes à partir de cellules de peau pourrait avoir des conséquences indésirables. Par exemple, quelqu’un pourrait prendre une tasse de café jetable que vous auriez négligemment jeté dans la poubelle,  et faire de vous un parent sans que vous soyez consentant ou n’en ayez connaissance.

“Nous aurons probablement besoin de nouvelles lois pour faire face à cela ;  la parentalité non-consentante semble être une mauvaise idée”, dit Greely.

Poursuivre les cliniques ?

Une possibilité qu’il envisage serait d’exiger des documents sur la provenance de toutes les cellules utilisées pour produire des ovules ou des spermatozoïdes. « Je pense qu’il y a beaucoup de questions complexes, et pour certaines d’entre elles, il n’y a pas de livres de droit particulier où se référer. »

Par exemple, que se passerait-il si des parents choisissent un embryon pour qu’il devienne le prochain Andrew Luck, ancien quarterback de Stanford, mais qu’à la place, il devenait poète ?

« Je pense que, universellement, les parents sont déjà un peu surpris par la destinée de leurs enfants. Mais si vous pensez que vous avez effectivement sélectionné leurs gènes, est-ce que vous serez plus dépités ? Est-ce que cela vous fera poursuivre en justice la clinique ? »

L’équité est une question centrale, dit Greely. Que faire si certaines personnes ont accès à la technologie et d’autres non ? Il prédit que dans les pays riches, le processus de fabrication d’enfant sera subventionné  jusqu’à la gratuité.

« En partie, cela arrivera parce qu’il permettra d’économiser beaucoup d’argent au système de santé. Vous n’êtes pas obligé de prévenir les naissances d’un grand nombre de bébés gravement malades, pour payer des centaines ou des milliers de tentatives de faire des bébés grâce au DPI facile. »

Mais même ainsi, il y aura certainement des disparités internationales, voire nationales.

Greely soulève également des questions difficiles en ce qui concerne les personnes handicapées.

« Si vous êtes atteint d’une maladie génétique, cela signifie que beaucoup moins d’individus vont naître avec votre maladie, et bien, dans un sens, c’est une bonne chose, mais d’un autre côté, cela réduit l’intérêt de la recherche pour votre pathologie, le soutien social,  et la société sera susceptible de vous pointer du doigt en pensant que vous n’auriez pas dû être né », dit-il.

Citant les exemples de la surdité et du nanisme héréditaire, il note que les parents pourraient vouloir un enfant comme eux.

« Si un parent rendait sourd son enfant, nous enlèverions certainement le bébé et nous poursuivrions le parent. Si les parents choisissent un embryon pour qu’il soit sourd, comme eux, afin de préserver la culture des sourds d’un génocide, que doit-on faire ? »

Greely espère provoquer et susciter de larges discussions sur les politiques à mettre en place concernant ces questions.

« Je pense que quelque chose qui change la façon dont nous concevons les bébés affecte tout le monde dans ces méthodes de base, que ce n’est pas un sujet qui devrait être laissé aux seuls professeurs de droit et juristes, obstétriciens-gynécologues, ou aux bioéthiciens et cliniques de fertilité. »

Traduction Benjamin Prissé

Posted by Clifton B. Parker, Deputy Director, Social Science Communications, Stanford University – cbparker@stanford.edu

Stanford University, Futurity