Face à l’anthropologie de l’imposture

Discours académique de la séance solennelle de l’Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge de Paris

Dimanche 8 février 2015, Par le R.P. Jean Boboc, professeur de Bioéthique

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Extrait :

L’antihumanisme des humanistes des Lumières, comme l’a si bien démontré le professeur Xavier Martin (Voltaire méconnu. Aspects cachés de l’humanisme des Lumières (1750-1800) ; L’homme des droits de l’homme et sa compagne (1750-1850). Sur le quotient intellectuel et affectif du ‘bon sauvage’ ; et dans « Le tribut des Lumières à la bioéthique », allié au culte de la raison, a généré le biotope propice à la floraison d’une anthropologie de l’émancipation et de l’autonomie humaine, renonçant au modèle chrétien de l’anthropologie révélée. Peut être, est-ce là, la première grande imposture éthique à laquelle se sont ralliés les bons esprits du XVIIIe siècle et les médecins philosophes qui voulaient recréer l’homme dans une apostasie civilisationnelle et précurseur du transhumanisme aujourd’hui déjà à l’œuvre et annonçant le post-humain. De l’homme-machine de Julien Offray de La Mettrie, dont le titre plaisait tant à Voltaire, on en vient la machine-homme.

[…]

Le professeur Testart, l’un des pères du premier bébé-éprouvette français, reconnaissait que « chaque pas plus permissif que le précédent, est logiquement argumenté ». Il en est de même dans le transhumanisme où « Pas à pas, année après année, petite transgression indolore par petite transgression indolore, notre transhumanité toujours plus technophile pourrait se faire à l’idée de la posthumanité », comme le souligne le neurobiologiste Laurent Alexandre.

Conférence organisé par le Cercle de l’Aréopage sur le Transhumanisme

Le Transhumanisme : toute la vérité sur le posthumain

Par Père Jean Boboc, Docteur en Médecine de la Faculté de médecine de Paris. Titulaire de différentes spécialités médicales et en particulier de Pharmacologie et Toxicologie cliniques, le 15 février 2016

Anthropologie : Cours de propédeutique, questions anthropologiques et bioéthiques

Association culturelle catholique Cercle de l’Aréopage


Père Jean Boboc Professeur de Bioéthique : Ordonné prêtre le 10 mai 2009, par son Éminence le Métropolite Joseph dans l’Église des saints Archanges Mihaï, Gavriil et Rafaïl, devenue le jour même Cathédrale métropolitaine de la métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale par la décision à l’unanimité de la communauté roumaine de se rattacher désormais à la Métropole et de mettre fin à 60 ans de séparation entre la communauté de l’exil et l’Église mère, le père Jean Boboc a été ordonné pour cette cathédrale. Prêtre économe stavrophore, le  père Jean est le troisième prêtre de la cathédrale.

Français d’origine roumaine, le père Jean Boboc est Docteur en médecine de la Faculté de médecine de Paris. Titulaire de différentes spécialités médicales et en particulier de Pharmacologie et Toxicologie cliniques, il a partagé sa vie professionnelle entre la pratique praticienne et la recherche appliquée. Titulaire d’un MBA dans l’administration des affaires, il a dirigé différentes firmes pharmaceutiques comme président et en particulier aux Etats Unis et au Canada, ce qui l’a familiarisé aux problèmes éthiques de la recherche médicale.

Parallèlement, le père Jean a mené une vie active dans l’Exil roumain en France et en Amérique du Nord. Président fondateur de l’AFDOR (Association des Français d’Origine Roumaine) et de la BRP (Bibliothèque Roumaine de Paris), associations particulièrement utiles durant la guerre froide, le père Jean a donné de nombreuses conférences des deux côtés de l’Atlantique, sur la situation historique roumaine et en particulier sur la question des territoires de Bessarabie et de Bucovine, annexés par l’Union soviétique et toujours occupés ou annexés. Il a de même écrit sur ce sujet de nombreux articles et participé à des ouvrages collectifs traitant de ces questions. Un recueil de certains écrits politiques de Mihaï Eminescu, traduits en français, est d’ailleurs attendu.

Sous l’influence de Mircea Eliade, le père Jean a parallèlement à ses études médicales, suivi les cours de l’ISTR (Institut de Science et de Théologie des Religions) de l’Institut catholique de Paris. De retour des Etats Unis, il rejoint l’Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge, où il obtient une licence et un master de théologie orthodoxe, et où il doit soutenir bientôt une thèse de doctorat sur les aspects eschatologiques de l’anthropologie orthodoxe. Un Essai d’anthropologie orthodoxe est aussi en cours de rédaction.

Co-traducteur des œuvres théologiques du père Dumitru Staniloae, le père Jean Boboc s’intéresse essentiellement aux aspects pneumatiques et eschatologiques de l’anthropologie orthodoxe et à leur impact sur les sciences de la vie, et donc aux questions brûlantes de la bioéthique actuelle.

Il est doyen du Centre Orthodoxe d’Etude et de Recherche “Dumitru Staniloae” et responsable de la direction Anthropologie, Éthique et Sciences de la vie dans le cadre du Centre.

cours et conférences

Bertrand Vergoly : La Tentation de l’Homme Dieu

voir : La tentation de l’homme-Dieu – Bertrand Vergely, Essai

Emission L’Esprit des Lettres, présenté par Jean-Marie Guénois et réalisée par la chaîne KTO (télévision catholique) publiée le 29 mai 2015.

Thèse : Les positions du transhumanisme, de la biogérontologie et du Magistère catholique romain en matière d’extension radicale de la vie humaine

In Saecula Saeculorum: Transhumanist Philosophy, Biogerontology, and the Roman Catholic Magisterium on the Ethics of Radical Life Extension. Montreal: Cory Labrecque, McGill University Library, PhD Thesis, 2010. Transcending the Functional Self: A Discourse on the Continuity of Personhood in Degenerative Dementia, Montreal: McGill University Library, MA Thesis, 2004.

Le désir de l’homme de trouver la fontaine de Jouvence et de dépasser les limites de la condition humaine est profondément enraciné dans l’histoire. Les religions, pour leur part, parlent depuis toujours d’immortalité. Quoi qu’il en soit, le concept de transcendance de la nature humaine et d’ouverture à un nouveau type d’existence terrestre est largement attribuable à l’éminent biologiste de l’évolution Julian Huxley qui, en 1957, invente le terme « transhumanism » (transhumanisme) dans Knowledge, Morality, and Destiny.Le transhumanisme contemporain, qui constitue à la fois une philosophie et un mouvement, nous blâme d’avoir baissé les bras et d’avoir abandonné à la nature le développement évolutif humain; il cherche plutôt une façon de reprendre la maîtrise de notre (re)développement en faisant un usage responsable de la science et de la technologie afin de compenser les lacunes qui sont des caractéristiques regrettables de l’être humain à l’heure actuelle.

Le caractère inévitable du vieillissement et de la mort, une capacité intellectuelle inadéquate et fluctuante, le manque de fiabilité du corps, ainsi qu’une fragilité émotionnelle représentent des exemples de ces caractéristiques de la condition humaine qui, selon les transhumanistes, empêchent notre épanouissement, nous mettent en état d’arrêt, et nécessitent, par conséquent, une intervention biotechnologique.Le présent mémoire examine les positions du transhumanisme, de la biogérontologie et du Magistère catholique romain en matière d’extension radicale de la vie humaine.

L’idée de prolonger l’espérance de vie de dizaines d’années (au moins), qui ne relève plus de la simple spéculation, constitue maintenant un sérieux champ d’investigation scientifique. Même si l’Église catholique romaine a contribué activement au discours bioéthique, et continue de le faire, elle n’a pas encore entériné le caractère recevable et désirable d’une telle perspective. Si, au cours des siècles, l’Église a élaboré des doctrines sophistiquées qui traitent de la finitude de l’humain, soit de son immortalité, de son salut, et de sa transcendance, elle décrit ces états comme n’étant atteignables qu’en dehors, ou au-delà, de la portée de cette expérience humaine temporelle et mortelle. Un nombre grandissant de scientifiques et de philosophes s’attendent à ce que, le temps venu, les humains connaissent une espérance de vie indéfinie (ou une « immortalité virtuelle »), une permanence dans l’instant présent. Je prends en compte ici les avancées de la biogérontologie et une comparaison des approches du transhumanisme et de l’Église catholique en regard de l’extension radicale de la vie humaine en accordant une attention particulière aux répercussions sur le plan éthique pour la personne, le bien commun, l’ordre social, et l’environnement. Je considère également la possibilité de classifier le transhumanisme comme « religion séculière ».

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