Isomorphic Labs va créer de nouveaux médicaments grâce à l’IA

Début novembre 2021, Google Alphabet a lancé une nouvelle entreprise britannique de développement de médicaments. Elle a été baptisée Isomorphic Labs. L’entreprise s’appuiera sur les recherches menées par le laboratoire londonien d’intelligence artificielle DeepMind, acquis par Google en 2014.

Bien que la société n’ait été annoncée officiellement que le 4 novembre 2021, Isomorphic Labs a été enregistrée dès février 2021. Cela fait suite à une demande soumise au registre des sociétés britanniques Companies House. Demis Hassabis, PDG et cofondateur de DeepMind, est également le fondateur et PDG d’Isomorphic Labs, et il restera PDG de DeepMind.

Google a créé Isomorphic Labs pour développer des médicaments à l’aide de l’intelligence artificielle

Dans un article de blog, Demis Hassabis a décrit Isomorphic Labs comme une entreprise commerciale dont la mission est de repenser de fond en comble le processus de découverte de médicaments. Un porte-parole d’Isomorphic Labs a souligné que l’entreprise est distincte de DeepMind et dispose de ses propres ressources. Les représentants de l’entreprise n’ont pas précisé le nombre d’employés et le capital dont disposera l’entreprise.

“Nous pensons que l’utilisation fondamentale de techniques informatiques avancées et de l’intelligence artificielle peut aider les scientifiques à porter leur travail à un niveau supérieur et à accélérer considérablement le processus de découverte de médicaments. Dans les cas appropriés, les équipes des deux sociétés peuvent collaborer, surtout dans les premiers stades, pendant qu’Isomorphic Labs recrute son équipe”, a écrit Demis Hassabis, fondateur et PDG d’Isomorphic Labs.

Les plus grandes acquisitions de Google

Isomorphic Labs prévoit d’utiliser un software d’intelligence artificielle pour créer de nouveaux médicaments. L’identification de nouveaux médicaments est en soi un processus long et complexe d’essais et d’erreurs qui implique de combiner de nombreux composés différents de différentes manières. Plusieurs entreprises, dont BenevolentAI à Londres et Atomwise de San Francisco, pensent que l’IA peut accélérer ce processus. Hassabis ajoute que les méthodes d’IA seront de plus en plus utilisées non seulement pour analyser les données, mais aussi pour construire de puissants modèles prédictifs et génératifs de phénomènes biologiques complexes.

Alphabet possède plusieurs autres entreprises travaillant dans le domaine de la santé dont Verily qui développe des logiciels pour le secteur de la santé et Calico qui travaille sur le vieillissement et la prolongation de la vie humaine. L’entreprise DeepMind a également travaillé sur les questions de santé, et avait auparavant sa propre division, DeepMind Health. Cependant, en 2018, elle a été absorbée par Google après un accord controversé avec le National Health Service, en Grande-Bretagne.

DeepMind mène des recherches dans d’autres domaines des sciences de la vie, et a également fait une percée dans le domaine connu sous le nom de pliage des protéines. En 2020, l’entreprise a annoncé qu’elle avait mis au point un système d’IA capable de prédire avec précision la structure dans laquelle les protéines se plieront en quelques jours, résolvant ainsi une tâche difficile vieille de 50 ans.

Isomorphic Labs, CNBC, Gizmodo

Le mythe de l’humain augmenté

Une critique politique et écologique du transhumanisme

« Réfléchir le transhumanisme sous l’angle du politique, c’est donc en premier lieu l’appréhender pour ce qu’il est avant tout, à savoir une idéologie. »

Le mythe de l’humain augmenté Une critique politique et écologique du transhumanisme
https://ecosociete.org/livres/le-mythe-de-l-humain-augmente

Mouvement prônant une amélioration radicale de nos performances physiques, intellectuelles et émotionnelles grâce aux avancées technoscientifiques et biomédicales, le transhumanisme et l’idéologie de l’humain augmenté gagnent de plus en plus en notoriété. Or, le sensationnalisme futuriste de ses thèses nous empêche de bien réfléchir à leur réalité scientifique, à leur rôle économique et à leur sens politique. En resituant le débat sur le terrain du politique, Nicolas Le Dévédec montre avec clarté que ce mouvement n’est en rien révolutionnaire : changer l’être humain pour mieux ne pas changer notre modèle de société constitue son ressort politique profond.

Adhérant à l’horizon productiviste de notre temps, le transhumanisme est indissociable du néolibéralisme et de l’appropriation capitaliste toujours plus poussée de nos corps et de nos vies, comme en témoigne l’intériorisation des normes de performance individuelle calquées sur le modèle de l’entreprise. Cristallisant l’imaginaire de la maîtrise de la nature, le mouvement contribue également à entretenir un rapport au monde, à l’humain et au vivant profondément dévastateur. À l’ère de l’Anthropocène, il est temps de reconquérir notre autonomie politique et de formuler une véritable « écologie politique de la vie et du vivant ».

En librairie le 14 octobre 2021 – Extrait

Nicolas Le Dévédec est sociologue et professeur à HEC Montréal. Il est notamment l’auteur de l’ouvrage La société de l’amélioration. La perfectibilité humaine, des Lumières au transhumanisme (2015).

Se souvenir de Ruth Hubbard

Posté par Marcy Darnovsky le 8 septembre 2016

Ruth Hubbard — éminente biologiste, érudite féministe, aux multiples facettes dans la défense de la justice sociale et critique de ce qu’elle appelle « le mythe du gène » — est décédée le 1er septembre à l’âge de 92 ans. Ses efforts d’intérêt scientifique et publique à suivre et à façonner la politique de la génétique humaine ont été une source d’inspiration importante pour beaucoup de travaux sur ces questions aujourd’hui, y compris ceux qui ont contribué à établir le Center for Genetics and Society.

En 1974, Ruth est devenue la première femme à recevoir une titularisation dans le département de biologie de l’Université d’Harvard. En 1983, elle a été membre fondateur du Council for Responsible Genetics. Elle a également siégé au Conseil d’administration du Conseil des peuples autochtones sur le biocolonialisme et le Massachusetts chapter of the American Civil Liberties Union.

Ses ouvrages incluent The Politics of Women’s Biology (1990), Exploding the Gene Myth: How Genetic Information is Produced and Manipulated by Scientists, Physicians, Employers, Insurance Companies, Educators, and Law Enforcers (with Elijah Wald, 1993), and Profitable Promises:  Essays on Women, Science, and Health (2002).

Ruth a pris une série de défis politiques et sociaux liés à la politique de la science, le déterminisme génétique, la race et le sexe. Parmi ces derniers était la modification de la lignée germinale humaine, dont elle s’est fortement opposée. En 1999, elle a cosigné « Human germline gene modification: a dissent » – Modification génique germinale humaine : une dissidence – avec Stuart Newman et Paul Billings dans The Lancet.

En 1993, elle a écrit Exploding the Gene Myth (Exploser le mythe du gène) : de toute évidence, les implications eugéniques de la modification de la lignée germinale humaine sont énormes. Cela nous amène dans un monde nouveau (Brave New World) dans lequel les scientifiques ou autres arbitres auto-proclamés de l’excellence humaine, seraient en mesure de décider quels sont les « mauvais » gènes et quand les remplacer par des « bons »… Nous devons prêter attention aux expériences qui seront proposées pour les manipulations génétiques de la lignée germinale et de s’opposer aux justifications, raisonnements qui seront présentés et mis en avant pour faire avancer leur mise en œuvre, n’importe où et toutes les fois qu’ils sont discutés.

La nécrologie du Boston Globe pour Ruth fournit des détails sur sa vie longue et influente et sa carrière, tout comme une nécrologie rédigée par sa famille qui peut être trouvé ici.

source

Les experts prédisent que la Chine mettra au point les premiers surhommes génétiquement améliorés

La Chine est amenée à être le chef de file mondial dans l’amélioration génétique, étant donné que de nombreux pays occidentaux jugent cette science comme contraire à l’éthique et trop dangereuse à mettre en œuvre.

Une note d’avertissement pour les amateurs de CRISPR

Comme l’état de la science apporte des perspectives comme celles-ci plus proche de la réalité, un débat international fait rage sur l’éthique pour l’amélioration des capacités humaines avec les biotechnologies comme les pilules intelligentes, les implants cérébraux et l’édition de gènes.

Cette discussion s’est intensifiée l’an dernier avec l’avènement de l’outil d’édition de gènes CRISPR-cas9, qui soulève le spectre de bricoler avec notre ADN pour améliorer les caractéristiques comme l’intelligence, athlétisme, et même le raisonnement moral.

Alors, sommes-nous au bord d’un monde nouveau de l’humanité génétiquement amélioré ? Peut-être.

Il est raisonnable de croire que n’importe quel changement radical vers l’amélioration génétique ne sera pas centré dans les pays occidentaux comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, où beaucoup de technologies modernes sont mises au point.

Au lieu de cela, l’amélioration génétique est plus susceptible d’émerger en Chine.

CRISPR peut modifier une espèce entière

De nombreuses enquêtes auprès des populations occidentales ont trouvé une opposition importante à de nombreuses formes d’amélioration humaine.

Par exemple, une récente étude Pew de 4 726 américains a constaté que la plupart ne voudraient pas utiliser un implant cérébral pour améliorer leur mémoire, et la majorité relative voient ces interventions comme moralement inacceptables.

Un examen plus large des sondages d’opinion ont trouvé une opposition importante dans des pays comme l’Allemagne, les États-Unis et le Royaume-Uni à sélectionner les meilleurs embryons pour l’implantation basée sur des traits non-médicaux comme l’apparence ou l’intelligence.

Il y a encore moins d’appui pour la modification directe des gènes afin d’améliorer les caractéristiques dans ce que l’on appelle les bébés sur-mesure ou à la carte.

L’opposition sur la mise en valeur, notamment l’amélioration génétique, dispose de plusieurs sources.

Le sondage Pew susmentionné a constaté que la sécurité est une préoccupation importante – en ligne avec des experts qui disent que bricoler avec le génome humain comporte des risques importants.

Pourquoi la Chine pourrait être à la tête de l’amélioration génétique ?

En Chine, l’amélioration génétique peut être liée à approuver plus généralement les attitudes à l’égard des programmes eugéniques anciens tels que l’avortement sélectif des foetus atteints de troubles génétiques graves, bien que plus de recherches sont nécessaires pour expliquer la différence.

Toutefois, les pays occidentaux croient que ce type de science est contraire à l’éthique et trop dangereux de poursuivre.

Les responsables américains ont déclaré que le financement fédéral de la recherche sur l’édition génétique germinale est interdit.

Alors que le financement gouvernemental de la Chine les a amené à être les premiers à modifier les gènes des embryons humains à l’aide de l’outil CRISPR-cas9 en 2015.

Les scientifiques chinois modifient encore des embryons humains

Les démocraties occidentales sont, par leur conception, sensible à l’opinion populaire.

Les politiciens élus seront moins enclins à financer des projets controversés et plus susceptibles de les restreindre.

En revanche, les pays comme la Chine qui ne disposent pas de systèmes démocratiques directs sont ainsi moins sensibles à l’opinion et les fonctionnaires peuvent jouer un rôle démesuré dans le façonnement de l’opinion publique pour l’aligner sur les priorités du gouvernement.

DailyMail

La démocratie à l’épreuve du posthumain : médicalisation de la société, dépolitisation de la perfectibilité

Nicolas Le Dévédec, Congrès AFSP 2009

A l’heure où les avancées technoscientifiques et biomédicales sont porteuses de « l’idée jusque-là inouïe, d’une plasticité intégrale de l’homme » [Hunyadi, 2004, p. 24], à l’heure encore où d’aucuns célèbrent l’avènement irrésistible d’un être plus qu’humain [Ramez, 2005], entièrement « revu et corrigé par la technique », rendu comme maître et possesseur de sa propre nature, quand d’autres s’inquiètent a contrario d’une fin de l’être humain imminente par son auto-transformation technologique intégrale [Fukuyama, 2002], il est clair qu’au-delà des fantasmes – mais ils ont en soi valeur de symptômes – le sentiment de vivre aujourd’hui une rupture est manifeste. C’est ce sentiment que catalysent les termes « posthumain » et « post-humanisme » en vogue depuis plusieurs années. Au-delà de l’effet de mode dont ces termes sont porteurs, notre position consiste à prendre au sérieux ce sentiment de rupture qu’ils visent à marquer, pour tenter à travers lui de poser un questionnement d’ordre anthropologique et civilisationnel.

Ce questionnement prend pour ancrage l’idée de perfectibilité humaine. Consécutif à l’avènement de la modernité, cet imaginaire de la perfectibilité humaine synthétise pleinement la force et l’originalité de la philosophie humaniste des Lumières. En pensant en effet l’être humain comme un être capable de s’améliorer, les Lumières le définissent comme un être fondamentalement indéterminé. Aucune essence, naturelle ou divine, ne le détermine. Entièrement défini par sa volonté propre et son autonomie, l’être humain n’est que ce qu’il se fait lui-même. Par contraste avec les pensées grecque et chrétienne pour lesquelles l’être humain trouve toujours ailleurs qu’en lui-même son fondement (cosmologique ou divin), cet imaginaire de la perfectibilité ouvre à l’être humain la possibilité d’agir réflexivement sur lui- même et sur le monde. Il possède autrement dit une portée proprement révolutionnaire, permettant de concevoir et d’encourager une émancipation humaine terrestre, par des moyens proprement humains.

Qu’en est-il alors aujourd’hui de cet imaginaire ? Qu’implique l’idée de posthumanisme relativement à cette croyance en la perfectibilité de l’être humain ? Pour tenter de répondre à ces questions, précisons que notre réflexion prend pour observatoire sociologique les sciences humaines et sociales en tant que telles. Elles constituent selon nous l’objet tout désigné de cette réflexion dans la mesure où, en tant qu’elles sont nées de la crise de légitimation que connaît l’Occident au sortir du Moyen-âge, ce sont elles qui ont été les vecteurs principaux de cet imaginaire de la perfectibilité humaine. Elles ont en effet hérité dès leur naissance de cette responsabilité de proposer une réponse à cette crise, de contribuer donc à l’orientation normative de la société [cf., Freitag, 1998]. Comme le souligne ainsi très bien Karin Knorr Cetina : « Les idéaux du siècle des lumières sont à l’origine de la foi dans la perfectibilité humaine et dans le rôle salvateur de la société, qui constituent les fondements moraux des sciences humaines et sociales. » [Cetina, 2005, 31] L’imaginaire de la perfectibilité humaine constitue en somme leur soubassement idéologique essentiel. Dans cette perspective, quelle représentation les sciences humaines et sociales se font-elles aujourd’hui de la perfectibilité humaine ? Et quelles en sont alors les conséquences politiques ? Autrement dit, en tant que leur conception de l’être humain, de la société et de l’historicité n’est pas neutre, quelle forme d’émancipation promeuvent-elles effectivement ?

Notre thèse se résume à l’idée que nombre d’approches théoriques contemporaines sont porteuses d’une conception essentiellement instrumentale ou technoscientifique de la perfectibilité humaine, occultant son versant éthico-politique central dans la pensée des Lumières. Soustraite de toute indétermination social-historique, la perfectibilité humaine tend en effet chez de nombreux penseurs et courants contemporains à être associée, souvent implicitement, à une sorte de loi techno-logique qui déclasserait tout volontarisme politique. Cette conception réifiée de la perfectibilité conduit alors les sciences humaines et sociales à promouvoir un modèle d’émancipation essentiellement adaptatif, aux antipodes de cette quête d’autonomie sociale et politique, individuelle et collective, au fondement de l’idéal démocratique. Il ne s’agit pour ainsi dire plus d’encourager l’amélioration de l’être humain dans et par la société, par des moyens sociaux et politiques, il s’agit davantage, dans une perspective résolument post-sociale et biocentrée, de transformer l’être humain lui-même, par des moyens technoscientifiques. Telle est selon nous la mutation majeure de l’idée de perfectibilité humaine que cette communication tentera d’étayer en brossant, dans un esprit avant tout synthétique, le parcours socio-historique de cet imaginaire, de la philosophie des Lumières aux sciences humaines et sociales contemporaines.

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Les enjeux éthiques de la technologie CRISPR-Cas9

Le 13 juin dernier, le comité d’éthique de l’Inserm a rassemblé plus d’une centaine de personnes lors de sa journée annuelle. L’occasion pour toutes les personnes présentes de disposer d’un éclairage éthique sur de nombreuses problématiques posées par la recherche biomédicale. Parmi les questions abordées, celle de la technologie CRISPR-Cas9. Le comité d’éthique y consacre un avis alors que les NIH viennent d’obtenir un premier feu vert pour un essai d’immunothérapie anticancéreuse chez l’homme.

Le comité d’éthique de l’Inserm peut être « saisi » ou s’auto-saisir pour réfléchir sur les questions éthiques soulevées par la recherche scientifique médicale et la recherche en santé telle qu’elle est mise en œuvre au sein de l’Institut. Au terme de sa réflexion, il rend un avis sous forme de notes qui peuvent évoluer en relation avec de nouvelles contributions. En 2015, le PDG de l’Inserm a saisi le comité d’éthique afin qu’il  examine spécifiquement les questions liées au développement de la technologie CRISPR et notamment :

1- Quelles sont les questions soulevées par la technologie en tant que telle ?

2- La rapidité de son développement soulève-t-elle des problèmes particuliers ?

3- Sa simplicité d’utilisation appelle-t-elle un encadrement de sa mise en œuvre en laboratoire ?

Compte tenu des avantages techniques de la méthode et de sa très rapide diffusion, la question est aujourd’hui d’évaluer où, quand et comment son usage pourrait poser un problème éthique. Il est apparu d’emblée important de distinguer trois domaines aux enjeux différents :

1/ l’application de la technologie  à l’homme qui soulève essentiellement la question des modifications de la lignée germinale ;

2/ l’application à l’animal, en particulier aux espèces « nuisibles », qui soulève la question d’un éventuel transfert latéral de gènes et l’émergence de dommages irréversibles à la biodiversité ;

3/ des risques d’atteinte à l’environnement.

Recommandations du comité d’éthique de l’Inserm

Le comité propose dans l’immédiat que l’Inserm adopte les principes suivants :

1- Encourager une recherche dont l’objectif est d’évaluer l’efficacité et l’innocuité de la technologie CRISPR et des autres technologies d’édition du génome récemment publiées, dans des modèles expérimentaux pouvant permettre au cas par cas de déterminer la balance bénéfice/risque d’une application thérapeutique y compris éventuellement sur des cellules germinales et l’embryon. Cette information est essentielle pour pouvoir définir, dans le futur, ce qui pourrait être autorisé chez l’homme en termes d’approches thérapeutiques.

2- Les effets potentiellement indésirables du guidage de gènes doivent être évalués avant toute utilisation hors d’un laboratoire respectant des règles de confinement déjà en vigueur pour d’autres modifications génétiques. Les évaluations doivent se faire sur des périodes longues compte-tenu du caractère transmissible du gène guide. Des mesures de réversibilité devraient être prévues en cas d’échappement ou d’effet indésirable. De telles analyses et l’élaboration de scénarios multiples nécessitent la constitution d’équipes pluridisciplinaires.

3- Respecter l’interdiction de toute modification du génome nucléaire germinal à visée reproductive dans l’espèce humaine, et n’appuyer aucune demande de modification des conditions légales avant que les incertitudes concernant les risques ne soient clairement évaluées, et avant qu’une concertation élargie incluant les multiples partenaires de la société civile n’ait statué sur ce scénario.

4- Participer à toute initiative nationale ou internationale qui traiterait les questions de liberté de la recherche et d’éthique médicale y compris avec les pays émergents qui seront également impactés par le développement des technologies d’édition du génome.

5- Enfin attirer l’attention sur la question plus philosophique qui met en tension la plasticité du vivant avec l’idée d’une nature humaine fondée sur le seul invariant biologique. Il convient de susciter une conscience qui fasse la part de l’utopie et des dystopies que peuvent engendrer certaines promesses thérapeutiques.

→ CRISPR-Cas9 Position officielle de l’Académie nationale de médecine sur les modifications du génome des cellules germinales et de l’embryon humains.

Communiqué – Salle de Presse Inserm Les enjeux éthiques de la technologie CRISPR-Cas9

La notion de dignité humaine est-elle superflue en bioéthique ?

Revue Générale de Droit Médical, n° 16, 2005, p. 95-102.

Roberto ANDORNO
Membre du Comité International de Bioéthique de l’UNESCO
Chercheur au Centre Interdépartemental d’Ethique des Sciences (IZEW)
Université de Tübingen, Allemagne

Introduction

Dans un article publié en décembre 2003 dans le British Medical Journal, la bioéthicienne américaine Ruth Macklin qualifiait la dignité humaine de « concept inutile » en éthique médicale car il ne signifierait pas autre chose « que ce qui est déjà contenu dans le principe éthique du respect des personnes : l’exigence du consentement éclairé, la protection de la confidentialité des patients et la nécessité d’éviter des discriminations et des pratiques abusives ». Autrement dit, le respect de la dignité des personnes n’est autre chose que le respect de leur autonomie. C’est pourquoi, concluait Ruth Macklin, la notion de dignité pourrait être tout simplement abandonnée sans aucune perte.

Le nombre de répliques que l’article suscita dans les numéros suivants de la revue, surtout de la part de praticiens et d’infirmières, montre bien que le sujet, loin d’être purement académique, touche au coeur de la pratique médicale.

La question est donc bien celle-ci : la notion de dignité humaine est-elle superflue en bioéthique ?

I. Qu’est-ce que la dignité humaine ?
II. La dignité humaine a-t-elle besoin d’une justification métaphysique ?
III. La dignité humaine comme exigence de non-instrumentalisation de l’être humain
Conclusion

Extrait :

La formule kantienne, qui exprime une exigence de non instrumentalisation de l’être humain, est d’une extraordinaire fécondité en matière de bioéthique. Elle signifie, par exemple, que personne ne doit être soumis à des expérimentations scientifiques à but non thérapeutique qui mettent sa vie en grave danger, même si cela pourrait apporter des connaissances extrêmement utiles pour le développement de nouvelles thérapies ; qu’il est inacceptable que des personnes en situation d’extrême pauvreté soient poussées à vendre leurs organes (par exemple, un rein) pour satisfaire aux besoins de leurs familles ; que l’on n’a pas le droit de détruire délibérément des embryons humains à des fins de recherches ; que l’on ne peut pas produire des clones humains ou prédéterminer les caractères d’une personne future au moyen de l’ingénierie génétique juste pour satisfaire les désirs capricieux des parents potentiels. Dans tous ces cas il y a une réification de l’humain et donc une pratique contraire à la dignité humaine.

[…]

Certes, la notion de dignité est incapable à elle seule de résoudre la plupart des dilemmes bioéthiques. Elle n’est pas un mot magique qu’il suffit d’invoquer pour trouver une solution précise aux enjeux complexes de la médecine et de la génétique. C’est pourquoi, afin de devenir opérationnelle, elle a normalement besoin de notions plus concrètes, qui sont habituellement formulées en employant la terminologie des « droits » : « consentement éclairé », « intégrité physique », « confidentialité », « non-discrimination », entre autres.

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