Une carte de crédit assortie d’une limite mensuelle de CO2

Une carte de crédit nous aidera à calculer nos dépenses climatiques afin de freiner notre consommation

“Transaction refusée” : Préparez-vous pour une carte de crédit qui coupe les dépenses une fois que vous avez atteint votre plafond de CO2

La société qui a créé une carte de crédit permettant de suivre les émissions de CO2 de vos achats est sur le point de lancer une version “premium” de la carte qui coupe vos dépenses dès que vous atteignez votre “maximum de carbone”.

Doconomy s’est associé à Mastercard et à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) pour créer une technologie destinée au consommateur quotidien qui “relie le prix d’achat d’un produit à son impact sur la planète, mesuré en kg de CO2, et recommande ensuite le montant à compenser – ce qui revient à donner un prix au carbone”, comme l’explique le site web de Doconomy.

La carte de crédit DO fonctionne avec une application qui quantifie les émissions de CO₂ générées par chaque transaction.

Au dos de la carte, on peut lire sous la zone d’autorisation de signature : “Je prends la responsabilité de chacune de mes transactions pour contribuer à la protection de notre planète.”

Crédit: Doconomy

Doconomy va bientôt lancer une version “premium” de sa carte de crédit, appelée DO Black, qu’elle présente comme “la première carte de crédit à vous empêcher de trop dépenser”.

Mesuré par rapport à l’objectif de l’ONU de réduire de moitié les émissions de carbone d’ici à 2030, DO Black “est assorti d’une limite mensuelle de tCO2e, ce qui garantit que nous respectons les réductions de carbone recommandées par l’ONU pour 2030“, peut-on lire sur le site web.

L’entreprise s’est associée à l’ONU pour participer à cinq “efforts de réduction du dioxyde de carbone”, ou projets de “compensation” du CO2. Le “compte d’épargne intelligent pour le climat” de Doconomy est également assorti d’un taux d’intérêt de 0,5 %, dont “0,4 va à notre économie et 0,1 à la planète”, en guise de “compensation” pour l’impact carbone.

“Au lieu de présenter une carte de crédit premium avec des avantages qui encouragent généralement à consommer davantage, Do Black ne présente qu’une seule caractéristique essentielle : une limite de carbone. L’objectif principal est la capacité, non seulement de mesurer l’impact de votre consommation, mais aussi de l’arrêter directement”, a déclaré la société.

Nathalie Green, PDG et cofondatrice de Doconomy, considère que cette carte répond à un besoin crucial : “Nous devons tous prendre conscience de l’urgence de la situation et évoluer rapidement vers une consommation plus responsable. Avec Do Black, il n’y a plus d’excuses. Grâce à notre collaboration avec la CCNUCC et Mastercard, Do permettra aux gens de faire leur part pour contribuer aux objectifs de réduction du carbone à partir de 2030”, a-t-elle déclaré.

Il est a noté que la carte DO “suit les traces” d’une étude de Nature d’août 2021 “appelant à des “quotas de carbone” qui surveilleraient les émissions de CO2 des individus grâce à des compteurs intelligents et des applications de suivi.”

Pour le dire autrement, nous devons nous préparer à un système de crédit social à la chinoise, avec notation de nos habitudes de dépenses personnelles.

Cette carte de crédit de surveillance du CO2 est actuellement annoncée pour une utilisation volontaire mais cette phase volontaire aura sa propre date d’expiration en cas d’urgence climatique.

Résultats de la consultation sur le passeport vaccinal

Cette synthèse a été remise aux pouvoirs publics.

Le Conseil économique social et environnemental (CESE) a pour rôle d’organiser les remontées des citoyens auprès du Gouvernement.

Le CESE a lancé du 17 février au 7 mars 2021 un nouveau module participatif, sur la question du passeport vaccinal. Questionnement qui émerge en effet fortement dans le débat public. La question posée était la suivante : « Que pensez-vous du passeport vaccinal, dans le cadre d’une utilisation pour accéder aux lieux aujourd’hui fermés (restaurants, cinémas, stades, musées…) ? ».

Les enseignements généraux de la consultation

Parmi les 110 507 participants à la consultation :

72,7% des participants se sont déclarés défavorables à la mise en place d’un passeport vaccinal sur le territoire national.
20,2% d’entre eux se sont au contraire déclarés très favorables.

Les personnes défavorables citent majoritairement l’atteinte aux libertés privées que constituerait un tel dispositif, tandis que les personnes favorables évoquent quant à elles la possibilité de rouvrir les lieux fermés au public.

Les participants qui se déclarent favorables au passeport vaccinal mettent majoritairement en avant la possibilité de rouvrir les lieux fermés, de voyager à nouveau ou encore de retrouver ses libertés.

A l’inverse, les participants qui se déclarent défavorables au passeport vaccinal pointent principalement l’atteinte aux libertés privées, l’incertitude concernant l’efficacité et la sûreté des vaccins, ou encore la discrimination entre les citoyens que créerait ce dispositif.

Une nécessité pour un retour à la vie normale vs. une proposition liberticide

Chez les Pour, le principal bénéfice avancé pour justifier la mise en place du passeport vaccinal est sa nécessité pour un retour à la vie normale : réouverture des lieux collectifs fermés (restaurants, musées, salles de sport…), possibilité de voyager à l’étranger et de voir ses proches sans crainte.

Les répondants acceptent cette attestation qui est jugée assez similaire aux carnets de vaccination internationaux obligatoires pour voyager dans certains pays, ou au carnet de vaccination traditionnel suivant la vaccination des enfants.

=> Condition de mise en œuvre : le passeport vaccinal ne serait toutefois accepté (et acceptable) que quand toutes les personnes volontaires auront pu être vaccinées. Les répondants insistent ainsi sur la nécessaire accélération de la campagne de vaccination

Chez les Contre, ce retour à la vie normale est beaucoup plus nuancé. Deux arguments principaux y sont opposés, un de principe, l’autre d’efficacité :

* Le passeport vaccinal créerait une discrimination entre les citoyens vaccinés et non vaccinés (notamment les personnes ne pouvant pas être vaccinées), et de fait restreindrait les libertés des derniers. Le caractère potentiellement inconstitutionnel du dispositif est ainsi mis en avant

* Le passeport vaccinal serait trop difficile à mettre en place pour qu’il soit effectif. La difficulté de réaliser les contrôles par les restaurateurs est ainsi un argument fréquent dans les réponses. Dans une moindre mesure, les participants revendiquent leur hostilité à l’idée de présenter un document à l’entrée des lieux collectifs

=> Conditions de mise en œuvre : Face à ces arguments, trois propositions sont récurrentes :

– Ne mettre en place le passeport vaccinal que pour les déplacements à l’étranger (sur le même format que le carnet de vaccination international), mais pas pour la vie quotidienne sur le territoire national
– Pour les personnes non vaccinées, pouvoir remplacer le passeport vaccinal par un test PCR négatif réalisé 72h avant
– Faire réaliser les contrôles à l’entrée des lieux collectifs par des policiers et/ou autres agents officiels

Les contre mettent également en avant les risques du vaccin encore non éprouvé (pas de retours sur son efficacité, sa dangerosité et sa compatibilité avec les nouveaux variants). Les répondants soulignent la “fausse défense” apportée par le vaccin : une personne vaccinée peut, en effet, toujours être porteuse et contagieuse.

Pour aller plus loin, nous vous invitons à télécharger la synthèse des contributions.

Résultats de la consultation sur le passeport vaccinal du Conseil économique social et environnemental (CESE)

Des passeports sanitaires biométriques sont discutés à l’approche du vaccin COVID-19

Malgré les problèmes de confidentialité et de logistique qui subsistent, des passeports d’immunité sont actuellement envisagés au Chili, en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, selon Zac Cohen, directeur général de Trulioo.

L’idée sous-jacente est qu’une personne ayant obtenu un résultat négatif au test de dépistage du virus ou ayant été vaccinée contre celui-ci devrait pouvoir voyager sans craindre de propager l’infection. La preuve que la personne qui présente le certificat est la même que celle qui a reçu le vaccin se fait à l’aide de la biométrie, dans la plupart des versions.

Les experts et les législateurs ont été divisés sur la question, les opinions opposées étant la cause de frictions au sein des organisations et des gouvernements. Par exemple, en mai, Elizabeth Renieris, membre du comité consultatif technique, a démissionné de l’Alliance ID2020, en raison des risques que les passeports d’immunité font peser sur les libertés civiles.

D’autres préoccupations sont de nature logistique et sont soulignées par le Dr Edgar Whitely, expert en systèmes d’information à la London School of Economics. S’adressant à Business Insider, Whitely a déclaré que les passeports pourraient potentiellement intégrer trois types de statut différents : vacciné, récemment testé pour le virus, et récemment testé pour les anticorps.

Selon l’expert, les efforts de coordination entre les startups, les entreprises de test et les gouvernements nationaux pour créer un système fonctionnel prendraient beaucoup de temps.

“Chaque startup veut être un Amazon de son secteur, mais les choses doivent être faites correctement”, a-t-il déclaré à Business Insider. “Par définition, il n’y a pas encore de moyen de savoir exactement combien de temps ces vaccins vont faire effet, ni pour quels segments de la population ils sont les plus efficaces”.

Toutefois, malgré ces préoccupations, diverses entreprises travaillent déjà sur la création de passeports d’immunité.

En mai, par exemple, Onfido s’est associé à l’application mobile de réservation d’hôtels Sidehide pour développer l’intégration d’un passeport d’immunité biométrique à la plate-forme de réservation de voyages.

Et en août, ID2020 a certifié que le passeport d’immunité numérique développé par BLOK Bioscience était conforme à ses normes de “good ID”.

Enfin, l’Association internationale du transport aérien (IATA) a déclaré en début de semaine qu’elle commencerait le mois prochain les essais d’une carte de transport biométrique numérique (IATA Travel Pass), conçue pour garantir la réouverture des frontières en toute sécurité dans le monde entier.

Une position intermédiaire entre les partisans et les opposants aux passeports d’immunité a été envisagée par la société Nomidio, qui a présenté des arguments à la UK House of Commons Science and Technology Committee en juillet. Dans ce document, Nomidio soutient qu’un service d’identité basé sur le cloud avec un cryptage fort pourrait aider à sécuriser la vie privée, et à préserver les droits de l’homme et les libertés civiles dans un système d’identité centralisé.

Alors que le monde se rapproche d’un vaccin COVID-19, l’idée d’un passeport d’immunité fait son chemin et continuera d’être étudiée par les gouvernements et les entreprises technologiques.

The Guardian, Financial Times, Centre for Data Ethics and Innovation Blog

L’intelligence artificielle va-t-elle bouleverser la profession médicale ?

Forgé dans les années 1950, le terme d’intelligence artificielle (IA) fait référence à un système informatique capable de raisonner, d’apprendre, et de planifier, avec un comportement évoquant celui des systèmes biologiques intelligents. Son apprentissage automatique, ou machine learning, s’appuie sur une programmation qui n’est pas uniquement déterminée par un code, mais s’adapte également aux données qui lui sont fournies. Par exemple, dans le cadre formel de réseaux de neurones artificiels, les algorithmes mathématiques permettent de trouver par itérations la meilleure manière de représenter le lien entre plusieurs variables. Chaque neurone représente une fonction assez simple, ce qui permet de construire des fonctions très complexes dans un grand réseau.

La médecine, quant à elle, est une institution ancienne et reconnue dans nos sociétés, comme en témoigne la confiance accordée aux professionnels de santé lors de la pandémie de Covid-19. Et nous avons tendance à la considérer comme un grand navire dont la stabilité ne peut être menacée.

Pourtant, la réalité est toute autre. Dans les décennies à venir, la médecine risque bien d’être transformée en profondeur par l’IA, véritable « révolution » aux dires du président Emmanuel Macron. Et pour prendre la mesure de ces bouleversements à venir, il n’est qu’à se référer au Health Data Hub, plate-forme lancée par le gouvernement français en novembre 2019 et permettant à des chercheurs d’utiliser des données du système national de santé pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle.

Quelque 10 projets de recherche ont d’ores et déjà été sélectionnés pour tirer partie de cette plate-forme. Et tous entendent améliorer l’efficacité de la médecine. Ainsi, « Deepsarc » vise à identifier les meilleurs schémas thérapeutiques pour le traitement du sarcome, « PIMPON » souhaite aider les prescripteurs à mieux connaître les interactions médicamenteuses dangereuses, « Hydro » cherche à prédire les crises d’insuffisance cardiaque pour les patients porteurs de pacemaker, « Oscour » veut mobiliser les données des urgences pour améliorer la surveillance sanitaire, « Deep.Piste » va évaluer l’apport de l’intelligence artificielle dans le dépistage organisé du cancer du sein – apport majeur d’après une étude publiée en janvier dernier dans Nature et menée auprès de six radiologues.

Si la profession médicale a toujours su tirer avantage des innovations technologiques (rayons X, IRM, etc.), elle se trouve donc confrontée à une situation de rupture inédite. Les algorithmes vont-ils prendre le pas sur les professionnels de santé ? Au sein de quelles disciplines des batailles seront-elles menées ?

Un monde en constante évolution

D’après les sociologues américains Rue Bûcher et Anselm Strauss, toute profession peut être définie comme un monde composé de segments, avec des conceptions différentes sur leur pratique, et des identités variées qui se transforment, se maintiennent, se développent et/ou disparaissent. Diverses disciplines médicales se retrouvent ainsi en compétition. Par exemple, s’agissant de la prise en charge de graves maladies coronariennes, il peut y avoir opposition entre des cardiologues adeptes de l’angioplastie et de la pose de stents, et des chirurgiens cardiaques prônant plutôt le pontage à cœur ouvert.

Dans son ensemble, avec le soutien de l’État et en concurrence avec d’autres groupes tels que les guérisseurs spirituels, la profession médicale a obtenu au XXe siècle le monopole de la prestation de soins. Pour y parvenir, elle s’est appuyée sur un système cohérent et scientifique visant à définir, classer et diagnostiquer les phénomènes de mal-être somatique et/ou psychique). Mais c’est aussi sa capacité à s’auto-organiser (en disciplines, sociétés savantes, syndicats…) qui a conféré à la médecine son autorité en matière de santé.

Galien et Hippocrate, peinture murale du XIIᵉ siècle, Anagni (Italie). Cette image illustre à la fois la continuité de la pensée médicale et la notion d’évolution entre ces deux médecins grecs, séparés de six siècles. Galien se démarque d’Hippocrate notamment par l’idée que chaque organe du corps a une fonction spécifique : Nina Aldin Thune, CC BY-SA

Dans un tel contexte, l’IA peut être vue comme une nouvelle innovation technique capable d’aider les médecins, mais aussi de renforcer leur pouvoir vis-à-vis d’autres disciplines. Or au sein de cette profession très hiérarchisée, les choix technologiques sont le fait des élites qui opèrent dans une logique « mandarinale », fondée sur un mélange de valeurs professionnelles conservatrices et le rejet du pouvoir bureaucratique de l’État. Même si, pour chaque discipline, la décision de recourir à l’IA dépend de l’évaluation comparée de ses bénéfices et de ses risques, et ce en fonction de l’expérience passée.

Ainsi, les psychiatres se montrent plutôt sceptiques sur le fait que l’IA puisse effectuer les tâches complexes de leur quotidien, la psychiatrie étant de manière générale moins friande de technologies que d’autres disciplines. À l’inverse, l’imagerie médicale est un domaine où la performance de l’IA rend déjà obsolètes certains profils de radiologues. D’ailleurs, on assiste à l’émergence d’une première génération de professeurs de radiologie ayant construit leur carrière sur le recours à l’IA en imagerie médicale.

Un fort potentiel disruptif

En sortant du cadre des innovations techniques classiques, l’IA confronte les professionnels de la médecine à une véritable révolution. Les raisons sont d’abord techniques : outre une rapidité sans précédent dans l’exécution de certaines tâches, elle permet le développement d’un apprentissage autonome – comme le prouvent les progrès fulgurants de la traduction instantanée des langues, aujourd’hui proposée gratuitement sur la toile avec des implications majeures pour le marché du travail. Mais la révolution vient aussi du côté anthropomorphe de l’IA…

Les réseaux de neurones artificiels, les robots à visage humain ou encore les chatbots en sont l’illustration. Ces agents conversationnels numériques utilisent des méthodes d’IA par le texte et/ou la voix pour imiter le comportement humain avec un dialogue évolutif. Et on les considère comme un moyen de fournir des soins en santé mentale dans les régions où il en existe peu, ou à destination des personnes qui ont des difficultés à révéler leurs sentiments à un être humain. En somme, l’IA devient en elle-même un acteur social (ou un « actant » dans l’univers de Bruno Latour), ce qui augmente son potentiel disruptif.

Conversation avec le chatbot Eliza. Wikipedia

Ces deux facettes de l’IA vont de pair, et risquent de transformer en profondeur le monde de la médecine en bouleversant l’ordre établi. Ainsi, la radiologie pourrait devenir une spécialité comportant moins de postes, et un profil plus « clinique » que « diagnostique ». Et à l’opposé, la psychiatrie, qui attire pour l’heure peu d’étudiants, est susceptibles de voir son profil renforcé en raison de sa dimension sociale, difficilement substituable par des applications d’IA.

De fait, c’est précisément en prenant appui sur cette dimension et ses vertus fondatrices (empathie, intimité de la relation patient-praticien, secret médical) que la profession médicale dans son ensemble pourrait redessiner son profil et son champ d’action. Car en matière de soins, divers acteurs extérieurs au monde médical se sont en effet positionnés dans la prise en charge du mal-être somatique et/ou psychique à travers l’IA : c’est notamment le cas des

GAFAM comme Google, qui finance des études sur l’IA en santé, Facebook qui mobilise l’IA pour détecter le risque de suicide de ces utilisateurs, ou encore Microsoft, qui en France héberge le Health Data Hub.

À l’image d’un porte-conteneur qui, bien qu’habitué aux tempêtes, peut être mis à mal par une déferlante de vagues scélérates, la profession médicale fait donc face à une situation inédite. Et quand bien même elle dispose des ressources nécessaires à la navigation, la puissance des éléments risque de la contraindre à trouver un nouveau cap. Quelle qu’en soit l’issue, la transformation sera profonde.

Matthias Brunn, Chercheur en sciences politiques au CEPEL/CNRS, Université de Montpellier et William Genieys, Directeur de recherche CNRS au CEE à Sciences Po, Sciences Po – USPC

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Voici une avalanche d’applications coronavirus qui traquent vos mouvements

Alors que la pandémie de covid-19 fait rage, les technologues du monde entier se sont empressés de créer des applications, des services et des systèmes pour tracer les contacts : identifier et notifier tous ceux qui entrent en contact avec un porteur. Certaines sont légères et temporaires, tandis que d’autres sont envahissantes et invasives. Certains services sont produits localement par de petits groupes de codeurs, tandis que d’autres sont de vastes opérations mondiales.

Malgré l’avalanche de services, nous en savons très peu sur eux ou sur la manière dont ils pourraient affecter la société. Quelle est l’ampleur de leur utilisation pour réussir ? Quelles données vont-elles être collectées et avec qui sont-elles partagées ? Comment ces informations seront-elles utilisées dans le futur ? Des mesures ont-elles été mises en place pour prévenir les abus ? Il n’y a pas toujours des réponses claires. Les citoyens de différents pays observent des niveaux de surveillance et de transparence radicalement différents.

Pour aider à surveiller cette situation qui évolue rapidement, une équipe du MIT a lancé le Covid Tracing Tracker – une base de données permettant de recueillir les détails de toutes les applications. A ce jour, 23 sont documentées. La base sera mise à jour au fur et à mesure.

La plupart des applications de traçage automatique des contacts n’utilisent pas l’IA. Elles s’appuient plutôt sur le Bluetooth, un signal sans fil de faible puissance qui peut mesurer (dans une certaine mesure) si deux propriétaires de téléphone ont été en contact.

Mais l’IA est fortement liée à des discussions sur le traçage des contacts, de deux manières importantes. D’une part, l’IA pourrait potentiellement aider ces applications à mieux protéger la vie privée des gens. D’autre part, elle pourrait également exposer davantage la vie privée, si elle était utilisée pour analyser les données collectées et extrapoler des informations personnelles comme le sexe ou le statut socio-économique qu’ils n’avaient pas l’intention de partager.

Apple et Google lancent une app pour traquer le coronavirus

L’application vous avertira si vous avez côtoyé quelqu’un qui a été testé positif.

Apple et Google s’associent officiellement pour développer une application de suivi du coronavirus conçue pour vous dire si vous avez récemment été exposé à une personne dont le test COVID-19 s’est révélé positif.

L’idée est de tirer parti de la vaste portée commerciale des deux méga-entreprises pour suivre la propagation du coronavirus. L’application est centrée sur l’idée de “traçage de contacts”, qui consiste essentiellement à garder un œil sur qui est porteur du virus et à qui le virus aurait pu être transmis.

La technologie Bluetooth permet aux appareils de mesurer la proximité d’autres appareils. Comme le coronavirus peut être transmis en étant proche de ceux qui en sont atteints, les applications utilisant cette technologie pourraient indiquer si une personne a été en contact étroit avec quelqu’un qui s’est précédemment auto-enregistré comme ayant été testé positif au COVID-19.

Selon le communiqué de presse, les deux entreprises prévoient de lancer des interfaces de programmation d’applications (API) en mai qui permettront à l’application de fonctionner sur les plateformes et appareils mobiles Apple iOS et Google Android.

Les applications des autorités de santé publique utiliseront le logiciel pour commencer à collecter des données – et potentiellement informer les utilisateurs s’ils sont en danger.

Selon un communiqué, une véritable plateforme de recherche de contacts basée sur le Bluetooth sera mise en service dans les prochains mois.

Afin de préserver l’anonymat de ceux qui utilisent l’application, Google et Apple affirment que les informations envoyées seront traitées de manière à protéger la vie privée.

“La liste des personnes avec lesquelles vous avez été en contact ne quitte jamais votre téléphone”, selon la documentation officielle. L’application nécessitera également un “consentement explicite de l’utilisateur”.

The Verge

L’initiative CovidIA pour dé-confiner grâce à l’IA

Un groupe de médecins propose de recourir à l’intelligence artificielle pour sortir de la période de confinement en France, sans courir le risque de réactiver l’épidémie de Covid-19 – selon un article paru dans l’hebdomadaire Journal du Dimanche.

Selon les signataires, il existe plusieurs scénarios de sortie de confinement. Pour eux, la stratégie de suspension de la mise en quarantaine pour l’ensemble de la population exposerait au virus ceux qui ne sont pas encore tombés malades, au risque de déclencher une “deuxième vague de pandémie”. Une autre stratégie est basée sur le contrôle de la population, à travers des applications mobiles, comme cela se fait dans les pays asiatiques, pour confiner les malades et ceux qui ont été en contact avec eux.

Selon ces médecins, ce modèle ne convient pas à la France et peut se heurter à la résistance de la population. Ils préconisent l’utilisation de l’Intelligence Artificielle, à travers une initiative appelée CovidIA, qui “appliquerait des modèles d’Intelligence Artificielle basés sur des hypothèses initiales sur la maladie” et des résultats de tests, combinés avec “des données de géolocalisation contenues dans les téléphones portables, de manière contrôlée. Les données seraient transmises de manière anonyme”.

Ils affirment que cette méthode peut conduire à des “prédictions de plus en plus fiables”. Dans ce contexte, ils demandent “aux autorités que de manière temporaire et contrôlée, des données de santé et certaines données des opérateurs mobiles soient mises à disposition, après anonymisation et cryptage, sur la base du volontariat, le tout contrôlé par la CNIL et les autorités compétentes”.

L’initiative CovidIA est née de médecins et de chercheurs :

Pr Sadek Beloucif, anesthésiste réanimateur ; Pr Patrick Berche, microbiologiste ; Patrick Joubert, data scientist ; Pr Xavier Jouven, cardiologue et épidémiologiste ; Pr Vincent Maréchal, virologue ; Pr Alexandre Mignon, anesthésiste réanimateur ; Pr Didier Payen, anesthésiste réanimateur ; Pr Gilles Pialoux, infectiologue ; Pr Éric Vicaut, biostatisticien.

Nous avons trouvé très peu d’informations sur CovidIA, juste une petite trace sur le site internet aim4p.com. Au moment de la rédaction, le site aim4p ne présente pas grand-chose sur le projet CovidIA et les 3 articles affichés ne sont même pas accessibles. Le site covidia.org a une page blanche à ce jour. Le site est visiblement en construction vu les derniers uploads : https://covidia.org/wp-content/uploads/2020/04/.

Credit: CovidIA.org

Le mois dernier, selon un communiqué, l’AP-HP et Nouveal e-santé auraient finalisé une application e-santé « Covidom » destinée au suivi médical à domicile des patients (Bichat et Pitié-Salpêtrière) porteurs ou suspectés Covid-19 qui ne nécessitent pas d’hospitalisation.

@ suivre

Maj au 11/04/2020 : L’accès au site “CovidIA” est maintenant ici : https://covid-ia.org/

Contrôles biométriques pour favoriser la distanciation sociale

Le recours à la reconnaissance faciale se poursuit dans le monde entier pour soutenir les mesures de distanciation sociale et de réduction de la transmission du virus covid-19. Dans certains cas, les technologies existantes ou les programmes prévus sont mis à jour, tandis qu’en Pologne et ailleurs, la reconnaissance faciale est déployée spécifiquement pour lutter contre la propagation du covid-19.

La Pologne a lancé une application biométrique pour smartphone afin de confirmer que les personnes mises en quarantaine pendant 14 jours à cause du coronavirus restent chez elles, selon l’AFP.

Un porte-parole du ministère du numérique a déclaré à l’AFP que les personnes en quarantaine pouvaient télécharger l’application ou attendre une visite des autorités.

Les personnes qui regagnent la Pologne depuis l’étranger doivent télécharger l’application, qui enregistre leur géolocalisation, et se soumettre à des contrôles biométriques pour prouver que vous êtes bien celui que vous êtes censé être (vous) et que vous êtes bien là où vous êtes censé être (chez vous).

Après l’enregistrement d’un selfie initial, des demandes de confirmations supplémentaires sont émises tout au long de la journée, la police étant alertée en cas d’absence de réponse dans les 20 minutes. Les amendes varient entre 118 et 1 180 dollars selon les autorités policières locales.

Toutes les écoles en Pologne seront fermées jusqu’à Pâques et les frontières sont fermées aux étrangers. Selon les derniers chiffres, la Pologne compte 749 cas confirmés et huit décès au moment de la rédaction.

Portal Gov.pl, Warsaw (AFP)

La France lance un programme national d’identification faciale à l’échelle nationale

La France est sur le point de devenir le premier pays européen à utiliser la technologie de reconnaissance faciale pour donner aux citoyens une identité numérique sécurisée, qu’ils le souhaitent ou non.

Le gouvernement du président Emmanuel Macron, qui dit vouloir rendre l’État plus efficace, fait avancer le projet de déploiement d’un programme d’identification, baptisé Alicem “Authentification en ligne certifiée sur mobile”. Il sera déployée en novembre. Le régulateur des données du pays affirme que le programme viole la règle européenne du consentement et qu’un groupe de protection de la vie privée le conteste devant la plus haute juridiction administrative de France. Il a fallu un peu plus d’une heure à un pirate informatique pour pirater une application de messagerie “sécurisée” du gouvernement cette année, ce qui soulève des inquiétudes quant aux normes de sécurité de l’État.

Rien de tout cela ne décourage le ministère de l’intérieur français.

“Le gouvernement veut amener les gens à utiliser Alicem et la reconnaissance faciale”, a déclaré Martin Drago, un avocat membre du groupe de protection de la vie privée La Quadrature du Net qui a porté plainte contre l’État. “Nous nous dirigeons vers une utilisation massive de la reconnaissance faciale. Peu d’intérêt pour l’importance du consentement et du choix.” L’affaire, déposée en juillet, ne suspendra pas Alicem.

Identités numériques

La France rejoindra ainsi les Etats du monde entier qui s’empressent de créer des “identités numériques” pour donner aux citoyens un accès sécurisé à tout, de leurs impôts et de leurs banques aux factures de sécurité sociale et de services publics. Singapour utilise la reconnaissance faciale et a signé un accord pour aider le Royaume-Uni à préparer son propre système d’identification. L’Inde utilise la balayage de l’iris.

La France affirme que le système d’identification ne sera pas utilisé pour surveiller les résidents. Contrairement à la Chine et à Singapour, le pays n’intégrera pas la biométrie de reconnaissance faciale dans les bases de données d’identité des citoyens. En fait, le ministère de l’Intérieur, qui a développé l’application Alicem, affirme que les données de reconnaissance faciale recueillies seront supprimées lorsque le processus d’inscription sera terminé. Cela n’a pas empêché les gens de s’inquiéter de son utilisation abusive potentielle.

“Se lancer dans la reconnaissance faciale à ce stade est un risque majeur” en raison des incertitudes sur son utilisation finale, a déclaré Didier Baichere, un législateur du parti au pouvoir qui siège à la commission “technologies du futur” du Parlement et qui est l’auteur d’un rapport sur ce sujet en juillet. Permettre l’utilisation de masse avant de mettre en place des freins et contrepoids appropriés est “ridicule”, a-t-il déclaré.

Image publicitaire du ministère de l’Intérieur pour Alicem.

Sans consentement

L’application exclusivement Android et portant le blason de la République française, que Bloomberg a pu consulter, sera le seul moyen pour les résidents de créer une identité numérique légale et la reconnaissance faciale en sera l’unique catalyseur. Un identifiant sera créé par le biais d’une inscription unique qui consiste à comparer la photo de l’utilisateur figurant dans son passeport biométrique à une vidéo selfie prise sur l’application qui capturera les expressions, les mouvements et les angles. Le téléphone et le passeport communiqueront via leurs puces intégrées.

Les opposants affirment que l’application enfreint potentiellement le règlement général européen sur la protection des données, qui rend obligatoire le libre choix. Emilie Seruga-Cau, qui dirige le service des affaires régaliennes à la CNIL, le régulateur indépendant du pays pour la protection de la vie privée, a déclaré que ses préoccupations étaient “très claires”.

La sécurité est une autre préoccupation. Les autorités disent que la sécurité d’Alicem est au “plus haut niveau de l’Etat”. Pourtant, en avril, Robert Baptiste, un pirate informatique qui se fait appeler Elliot Alderson sur Twitter, a pu accéder en 75 minutes à l’une des applications “hautement sécurisées” du gouvernement, ce qui soulève des questions sur la résilience de la sécurité en ligne de l’État.

“Le gouvernement ne devrait pas se vanter que son système est sécurisé, mais accepter d’être contesté”, a déclaré Baptiste.” Ils pourraient débloquer des primes pour la découverte de bugs critiques avant de commencer, parce que ce serait grave si des failles étaient découvertes après que les gens commencent à l’utiliser, ou pire si l’application est piratée lors de l’inscription, lorsque les données de reconnaissance faciale sont recueillies”.

Fuite d’une base de données de reconnaissance faciale en Chine

Les législateurs de l’opposition s’inquiètent de l’intégration de la reconnaissance faciale dans les lois permettant de suivre les manifestants violents, comme lors des manifestations du gilet jaune. Drago, qui conteste les projets du gouvernement sur les questions de confidentialité et de consentement, a déclaré que l’absence de débat “permet à l’État d’aller de l’avant, sans entraves”.

Pendant ce temps, les tests de reconnaissance faciale se multiplient. La surveillance par caméra en direct dans les rues du Pays de Galles a été jugée légale ce mois-ci par un tribunal de Londres. L’Allemagne, les Pays-Bas et l’Italie l’utilisent pour accélérer les contrôles aux frontières. En août, l’autorité suédoise de protection des données a infligé une amende à la municipalité de Skelleftea pour avoir testé la reconnaissance faciale d’élèves du secondaire afin de mesurer leur fréquentation. Apple Inc. a banalisé l’utilisation de la biométrie pour déverrouiller les téléphones portables.

La nouvelle Commission de l’UE, dont le mandat débute en novembre, a notamment pour objectif la construction d’une “Europe digne de l’ère numérique”. Un document de politique interne de la Commission décrivait en détail les mesures que l’UE devrait prendre pour maîtriser les technologies de l’intelligence artificielle, y compris la reconnaissance faciale.

“L’utilisation généralisée d’un équivalent de l’ADN public est un défi pour les régulateurs”, a déclaré Patrick Van Eecke, spécialiste de la vie privée et des données chez DLA Piper à Bruxelles. “L’utilisation par la France de la reconnaissance faciale pour l’identité numérique peut être envisagée de deux façons : elle va trop loin en termes de respect de la vie privée, ou elle utilise la nouvelle technologie la plus sûre.

Bloomberg, Numerama