L’avenir de l’argent

Chaque jour, environ 80 % de toutes les transactions sur le marché sont effectuées par des ordinateurs. Les robots-conseillers mettent de plus en plus ce processus à la disposition des consommateurs, ce qui leur permet de gagner du temps et de l’argent.

Les humains n’intervenant plus dans la chaîne de transaction, les frais sont réduits. La plupart des robo-advisors prélèvent environ 0,25 %, alors que les gestionnaires de portefeuille prélèvent généralement 2 % de leurs bénéfices (sans parler des primes de 20 %).

Et l’IA s’insère dans presque tous les aspects du monde financier.

“Fintech” décrit la convergence de la technologie et des services financiers. D’abord colonisée par les réseaux et les apps, elle a ensuite été radicalisée par l’IA et la blockchain, et sous-tend désormais un mécanisme mondial de redistribution des richesses.

L’argent se réinvente rapidement.

Bitcoin, Ethereum, DeFi, crowdfunding, etc. perturbent massivement les systèmes financiers dans le monde entier. Pour s’en convaincre, il suffit de voir l’incroyable décision du Salvador de faire du bitcoin une monnaie légale – le premier pays au monde à le faire.

Aujourd’hui, nous aborderons la manière dont les réseaux et l’IA réinventent l’argent.

LE FINANCEMENT PEER-TO-PEER

Crowdfunding

Le crowdfunding implique un réseau de peer-to-peer où toute personne peut présenter son produit ou service au monde entier et demander un financement. Le financement peut prendre la forme d’un prêt, d’une prise de participation, d’une récompense ou d’un achat anticipé du produit ou service proposé.

Le volume mondial total du crowdfunding, y compris le prêt peer to peer, était de 14 milliards de dollars en 2019, avec plus de 2 000 plateformes pour accéder au financement. Mais comme de nombreuses plateformes numériques, celui-ci connaît lui aussi une croissance à deux chiffres. Les experts prévoient que le crowdfunding atteindra 30 B$ d’ici 2025.

En fin de compte, le crowdfunding démocratise totalement l’accès au capital, permettant à toute personne ayant une bonne idée, où qu’elle soit, de recevoir les fonds dont elle a besoin pour se lancer.

Et aux États-Unis, la Securities and Exchange Commission (SEC) a récemment mis à jour les réglementations relatives au crowdfunding pour le rendre encore plus démocratique et favorable aux entrepreneurs.

Grâce à la loi JOBS adoptée il y a plusieurs années, le crowdfunding dispose de deux voies légales : le règlement Crowdfunding et la Regulation A+.

Grâce à la réglementation sur le crowdfunding, les entrepreneurs peuvent lever des fonds auprès d’un plus grand nombre d’investisseurs. Auparavant, seuls les “investisseurs accrédités” pouvaient acquérir des parts dans une startup (historiquement, il s’agissait de personnes gagnant plus de 200 000 dollars par an ou de personnes disposant d’une valeur nette supérieure à 1 million de dollars). Mais avec la réglementation sur le crowdfunding, les entrepreneurs peuvent lever des fonds auprès de tout investisseur âgé de plus de 18 ans, y compris les clients, les fans et le grand public.

Alors que les entreprises ne pouvaient auparavant lever que 1 million de dollars sur une période de douze mois dans le cadre de la réglementation sur le crowdfunding, la SEC a porté cette limite à 5 millions de dollars au début de cette année.

La Regulation A+ s’adresse aux entreprises qui cherchent à lever davantage de fonds et est souvent considérée comme une “mini-IPO” – une forme moins intensive et moins chère de l’offre publique initiale typique. Ici aussi, en mars de cette année, la SEC a augmenté la limite que les entreprises peuvent lever en utilisant la Regulation A+ de 50 à 75 millions de dollars.

Avec toute cette activité accrue, il existe maintenant des entreprises qui proposent des portails de crowdfunding, ce qui facilite encore plus la mise en relation d’investisseurs moyens et d’entreprises en quête de financement. Parmi ces plateformes, on peut citer WeFunder, Republic et StartEngine.

WeFunder a été créé au sein de Y combinator en 2012 et est le leader du marché. Nécessitant aussi peu que 100$ pour entrer, WeFunder a démocratisé l’accès à l’investissement en actions. En outre, elle a levé près de 10 millions de dollars pour elle-même, via sa propre plateforme, dans un cycle vertueux.

Republic a été fondée en 2016 et a levé près de 70 millions de dollars, clôturant tout récemment un cycle de série A de 36 millions de dollars. Ils embrassent également les crypto-monnaies et ont lancé un token numérique natif de la plateforme dans le cadre d’un accord de partage des bénéfices avec leurs utilisateurs.

StartEngine est le plus ancien portail de crowdfunding, ayant levé près de 350 millions de dollars pour plus de 500 startups. Ils proposent également Start-Engine Secondary, une plateforme de négociation permettant aux utilisateurs d’acheter et de vendre des titres d’entreprises qui ont levé des capitaux avec des ventes de crowdfunding de type Regulation Crowdfunding et Regulation A+.

Peer-to-Peer Crowdfunding Crowdlending. Credit Istock

Crowdlending

Outre l’investissement dans les entreprises, d’autres formes de financement de peer-to-peer ont fait leur apparition.

Dans le domaine du change, cela a donné naissance à une société appelée TransferWise, désormais simplement connue sous le nom de Wise. En mettant en relation des clients qui ont, par exemple, des pesos qu’ils veulent transformer en dollars avec des clients qui veulent changer des dollars en pesos, TransferWise utilise une application de dating adaptée pour s’attaquer à l’ensemble du marché du change.

En effet, l’entreprise a atteint une valorisation de 3,5 Md$ en moins de cinq ans. En 2017, l’entreprise gérait 1 milliard d’euros par mois en change de devises. Ils se préparent maintenant à une introduction en bourse, avec une valorisation d’environ 5 milliards de dollars, tout en étendant leurs offres avec des comptes multidevises et des services commerciaux mondiaux.

Construit sur des réseaux et des applications, TransferWise est également un exemple de la vague de colonisation de la fintech. La vague de radicalisation est apparue lorsque l’IA est entrée en scène.

Prenons l’exemple de la pratique séculaire du ” Buddy, puis-je t’emprunter un dollar ? “, également connue sous le nom de prêt de peer-to-peer. Traditionnellement, il s’agit d’une pratique à haut risque, c’est-à-dire que Buddy récupère rarement son dollar.

Ce problème ne fait qu’empirer avec son ampleur. À mesure que les villages se sont transformés en villes, que celles-ci se sont étendues et que les villes ont commencé à s’étendre, la confiance entre voisins s’est effondrée. C’est là que les banques sont entrées en jeu – elles ont réintroduit la confiance dans l’équation du prêt.

Mais qui a besoin de confiance quand il y a des données ?

Grâce à l’IA, d’énormes groupes de personnes peuvent se réunir, partager des informations financières et mettre en commun les risques, devenant ainsi le marché de peer-to-peer désormais connu sous le nom de “crowdlending”.

Prosper, Funding Circle et LendingTree sont trois exemples d’acteurs sur un marché qui devrait passer de 26 milliards de dollars en 2015 à 559 milliards de dollars en 2027.

Un autre exemple est celui du groupe Smart Finance. Créé en 2013 pour servir l’énorme population chinoise non bancarisée et sous-bancarisée, Smart Finance utilise une IA pour passer au peigne fin les données personnelles d’un utilisateur – données de médias sociaux, données de smartphones, historique d’éducation et d’emploi, etc… – afin de générer un score de crédit fiable presque instantanément.

Grâce à cette méthode, ils peuvent approuver un prêt peer-to-peer en moins de huit secondes, y compris les micro-prêts aux personnes non bancarisées.

Et les résultats parlent d’eux-mêmes. Environ 1,5 à 2 millions de prêts sont contractés chaque mois via Smart Finance.

INVESTIR AVEC L’IA

L’IA a également un impact sur les investissements.

Traditionnellement, ce jeu était joué par les riches, car il s’agit d’un jeu de données. Les conseillers financiers disposaient des meilleures données, mais il fallait être suffisamment riche pour s’offrir un conseiller financier afin d’y accéder.

Et les conseillers sont pointilleux. Comme la gestion des petits investisseurs peut prendre plus de temps que celle des gros investisseurs, de nombreux gestionnaires de portefeuille ont des investissements minimums de l’ordre de centaines de milliers de dollars.

Mais l’IA a uniformisé les règles du jeu.

Aujourd’hui, des robo-advisors comme Wealthfront et Betterment mettent la gestion de portefeuille à la portée de tous. Via une application, les clients répondent à une série de questions initiales sur leur tolérance au risque, leurs objectifs d’investissement et leurs souhaits de sortie, puis les algorithmes prennent le relais.

En réalité, les algorithmes ont déjà pris le dessus.

Comme mentionné précédemment, 80 % des transactions sur le marché sont effectuées par des ordinateurs. Tout ce que les robo-advisors ont fait, c’est mettre ce processus à la disposition directe des clients, leur permettant ainsi d’économiser de l’argent. Au lieu des 2 % de bénéfices (et des 20 % d’incitations) habituellement facturés par un gestionnaire de portefeuille, la plupart des robo-advisors prennent environ un quart de pour cent.

Et les investisseurs réagissent.

Le mois dernier, Wealthfront avait 25 milliards de dollars sous gestion, tandis que Betterment en avait 29 milliards. Bien que les robo-advisors ne soient utilisés que par environ 8 % de l’ensemble des ménages américains, les estimations suggèrent que le total des actifs sous gestion par les robo-advisors atteindra 2,5 milliards de dollars d’ici 2023, soit environ 10 % du marché total.

LA MORT DE L’ARGENT LIQUIDE

Enfin, nous arrivons à notre dernière catégorie : l’utilisation de l’argent pour payer des choses.

Mais nous connaissons déjà cette histoire. À quand remonte la dernière fois où vous avez déposé des pièces dans un poste de péage ? Ou payé en liquide pour une course en taxi ? En fait, Uber et Lyft nous permettent de nous déplacer dans une ville sans portefeuille. Les magasins sans caissier avec des services comme Amazon Go et Uber Eats et les mécanismes de paiement sans portefeuille sont sur le point de devenir la nouvelle normalité (new normal).

Le Danemark a cessé d’imprimer de la monnaie en 2017. L’année précédente, dans le but de développer les services bancaires mobiles et de démonétiser l’économie de gray-market (marché gris) du pays, l’Inde a rappelé 86 % de son argent liquide. Le Vietnam était déjà à 50 % sans argent liquide à partir de 2020. Et la Suède, où plus de 80 % des transactions sont déjà numériques, s’est engagée à devenir la première société entièrement sans espèces d’ici 2023.

Les économistes soulignent souvent que deux des principaux facteurs de croissance économique sont la disponibilité de l’argent – les réserves dans lesquelles nous pouvons puiser – et la vitesse de circulation de l’argent, c’est-à-dire la rapidité et la facilité avec lesquelles nous pouvons déplacer cet argent. Ces deux facteurs sont amplifiés par les technologies exponentielles.

À mesure que nos transactions passent dans le domaine numérique, davantage de données sur les habitudes de consommation peuvent être collectées et transmises à des algorithmes d’IA qui continuent d’apprendre sur la base de données en temps réel. Ces informations alimenteront les campagnes de marketing, les dossiers de crédit et les objectifs d’investissement.

DERNIÈRES PENSÉES

Que faisons-nous exactement avec notre argent ?

Nous le stockons, bien sûr. Principalement dans les banques. Nous le déplaçons également, parfois en transférant de l’argent entre entreprises, d’autres fois en empruntant ou en prêtant à des particuliers. Ensuite, nous l’investissons, en essayant d’utiliser notre argent pour faire fructifier davantage d’argent. Enfin, depuis l’époque où les pièces étaient des coquilles de conque, nous l’échangeons contre les choses que nous voulons.

Grâce à la convergence des technologies exponentielles, chacun de ces domaines est en train d’être réimaginé, les bits et les octets remplaçant les dollars et les cents.

Et ni l’économie contemporaine ni la façon dont nous vivons nos vies ne seront plus jamais les mêmes.

Peter Diamandis

Monnaies numériques des banques centrales vs les cryptomonnaies et le cash

Que veut dire exactement ce terme barbare de CBDC (Central Bank Digital Currency) ? En quoi est-ce différent des espèces physiques, des dépôts bancaires et des cryptomonnaies ?

Nous verrons dans cet article en quoi ces monnaies numériques de banque centrale (traduction de CBDC) sont mises en place contre les cryptomonnaies et les monnaies fiduciaires sous forme d’espèce.

Les CBDC : ce que ce n’est pas

Commençons par énoncer ce que les CBDC ne sont pas.

Il est plus que certain que ce ne sont pas un nouveau type de cryptomonnaies, semblable par exemple au bitcoin.

Alors que les banques centrales travaillent à l’émission de CBDC sous la forme d’un jeton et de l’utilisation de la technologie du grand livre distribué (qui enregistre toutes les transactions dans une blockchain), cela ne signifie pas que les banques centrales ont l’intention de laisser les gens échanger librement.

En effet, faire du commerce, des échanges et des transactions sera évidemment intimement contrôlés par les institutions financières publiques et privées. Le but de la blockchain et de la tokenisation ne sont que des technologies permettant la gestion et la distribution de la monnaie numérique. Cela ne signifie donc pas que les banques centrales ont adopté l’une des idées derrière l’essor du bitcoin, autrement dit la décentralisation et le relatif anonymat. Nous voyons que c’est même exactement l’inverse qu’il se passe.

L’existence et la valeur marchande croissante du bitcoin et d’autres cryptoactifs majeurs prouvent qu’il existe une réelle demande de monnaie numérique. C’est donc un bon moment pour que les banques centrales intensifient leurs efforts et fournissent leur propre vision et version de la cryptomonnaie. Leurs monnaies numériques permettront de contrôler plus précisément la circulation de la masse monétaire et répondront au problème de la demande de bitcoin qui, un peu comme la demande d’or et d’argent métal physique, échappe quelque peu au contrôle des banques centrales et des gouvernements (quand on sait comment s’y prendre).

Il est également important de souligner que les espèces physiques et les CBDC sont des passifs d’une banque centrale. Les détenteurs de ces passifs ont une créance vis-à-vis des banques centrales, mais à quoi ont-ils exactement droit ? La réponse ici est bien sûr, rien. Le fait que les banques centrales enregistrent les liquidités comme un passif est un vestige d’une époque révolue où les billets de banque centrale étaient vraiment des substituts de monnaie, car ils étaient adossés à un étalon-or. Cela signifie que les banques étaient vraiment susceptibles de remettre une somme d’argent quand on réclamait sa créance, c’est-à-dire de l’or. J’en ai parlé de façon plus approfondie dans Géopolitique de l’Or.

Les CBDC : ce que c’est

La CBDC est, ou est censée être, un équivalent numérique de l’argent liquide. Un euro numérique (disponible d’ici 5 ans a priori) équivaudra à un euro en espèce physique. C’est simplement une nouvelle expression technologique de la même monnaie fiduciaire.

Du point de vue de la banque centrale, l’émetteur officiel des devises, la monnaie numérique présente certains avantages par rapport aux espèces physiques. D’une part, la production est vraiment gratuite : les coûts de production de liquidité physique ne sont pas si élevés, mais ils sont présents et surtout ils peuvent devenir particulièrement contraignants quand des liquidités physiques doivent être distribuées rapidement ; par exemple, pour éviter une ruée bancaire (bank run).

La monnaie numérique permet au contraire d’être non seulement créée instantanément par les banquiers centraux, mais aussi d’être distribuée en quelques secondes aux institutions et aux personnes physiques. La banque centrale peut donc diriger rapidement et à moindre coût le flux de la nouvelle monnaie numérique vers qui elle souhaite : le gain d’efficacité est substantiel.

Les CBDC contre le cash et les cryptomonnaies

Bien que les CBDC et les espèces physiques fassent toutes deux partie de l’offre de monnaie fiduciaire, les principales différences entre les deux types de monnaie fiduciaire sont les suivantes : la confidentialité et l’étendue du contrôle exercé par la banque centrale. Examinons ces points.

Au niveau de la confidentialité, payer en espèces permet d’éviter de laisser des traces dans nos transactions. Même le bitcoin et les autres cryptomonnaies ne peuvent rivaliser avec le liquide. Si les monnaies numériques se positionnent contre l’anonymat, alors les cryptomonnaies ne sont pas les seules dans le viseur ; il s’agit d’abord et avant tout de contrôler le cash. Et pour cela, rien de mieux que de le supprimer progressivement. Quant aux CBDC, il ne peut être question de la vie privée : la BCE a explicitement déclaré dans un récent rapport sur la question qu’il sera nécessaire de permettre d’accéder à toutes les transactions pour lutter contre le blanchiment d’argent et le terrorisme. La belle affaire.

Avec une monnaie numérique, la banque centrale aura à la fois le pouvoir et les connaissances nécessaires pour contrôler ce que chaque personne et chaque entreprise détient. Elle peut même imposer toutes sortes de restrictions à la détention de monnaie. La BCE parle ouvertement de plafonner le montant qu’une personne peut détenir, de limiter le temps qu’une personne peut détenir une somme d’argent et d’imposer des taux d’intérêt négatifs sur les montants que la banque juge excessifs. Tout cela serait pratiquement impossible si les gens utilisaient de l’argent physique au lieu d’une monnaie numérique.

Les monnaies numériques de banque centrale : la centralisation à l’état pur

Je cherche un avantage réel aux CBDC pour pondérer l’article, mais j’ai vraiment du mal. À moins que je ne touche mon revenu universel en monnaie hélicoptère très très rapidement, je ne vois pas l’intérêt.

Si les monnaies numériques sont inévitables et que leur médiatisation a sans doute été accélérée par la crise du coronavirus, le pouvoir restera aux mains des gouvernements et aux institutions centralisées. La monnaie actuelle conservera toutes les failles et les vulnérabilités des monnaies fiduciaires d’aujourd’hui et sa nouvelle nature numérique les amplifiera à un degré supérieur.

Les violations de la vie privée d’aujourd’hui deviendront tout simplement imparables, tandis que des politiques monétaires désastreuses, comme des taux négatifs, ne pourront plus être amorties par la capacité des individus à les contourner grâce à de l’argent physique ou des investissements. Il faudra donc obligatoirement placer son argent dans d’autres actifs non monétaires à terme, mais c’est déjà un peu le cas aujourd’hui.

L’hypercentralisation de demain

La voie vers la décentralisation, la libre concurrence et la souveraineté financière individuelle est très belle. Si nous choisissons de briser le monopole d’État de l’argent et de permettre aux cryptomonnaies privées de rivaliser, une myriade de solutions différentes émergeront pour répondre à une myriade de besoins différents.

Les transactions économiques peuvent être réalisées via des monnaies numériques physiques adossées à l’or et l’argent (la thèse de Géopolitique de l’Or), des cryptomonnaies spécialisées peuvent offrir de la confidentialité, voire des transactions anonymes, etc.

De nombreuses solutions comme celles-ci existent déjà. Je les défends, mais mon optique réaliste me pousse à me demander si les Etats ne vont pas interdire les échanges de cryptomonnaies les plus gênantes lorsque leurs monnaies numériques de banque centrale seront mises en place.

Et si ce n’est pas une interdiction pure et simple, ce sera une régulation et un contrôle plus strict ; il en sera de même pour les métaux précieux et les diverses transactions qui peuvent échapper au contrôle intégral de l’État.

Les monnaies numériques proposées par les banques centrales sont l’évolution finale de la monnaie fiduciaire : de l’argent totalement sous le contrôle de la banque centrale et du gouvernement émetteur. Nous sommes dans une lutte à mort entre la liberté et le pouvoir, entre la société libre et la domination finale des banques centrales. Les CBDC sont tout simplement la dernière arme dans l’arsenal du pouvoir financier et bancaire dans sa quête de domination complète des sociétés.

Ils peuvent toujours courir : nous investirons dans l’or, dans l’argent, dans les cryptomonnaies et dans des sociétés de qualité pour échapper au contrôle central et faire fructifier notre épargne au passage. C’est ma façon de faire, mais chacun résistera au projet à sa façon.

Ils nous restent encore quelques années de relative liberté pour pouvoir effectuer nos mouvements en ce sens et s’y préparer, car si le projet est instauré sans opposition, la quenelle est garantie.

Franck Pengam

Le Great Reset : mythes et réalités

Le Great Reset est l’idée à la mode des élites mondialisées qui gravitent autour du Forum de Davos. Mais que signifie-t-il au juste ? S’agit-il, comme on le lit parfois, du dernier projet néo-libéral destiné à balayer nos services publics ? Ou bien est-il le complot pour une domination du monde dont parlent certains ? Ce projet mérite d’être analysé et compris, car il risque d’avoir un vrai impact sur notre vie quotidienne dans les années à venir.

Le Great Reset, c’est l’appel officiel à utiliser la pandémie et les confinements pour changer les comportements sociaux et sociétaux, une occasion historique d’accélérer la quatrième révolution industrielle, celle de la digitalisation. C’est aussi un éloge de l’intervention de l’État pour imposer la transition écologique et l’économie circulaire. C’est encore une justification à la surveillance de tous les individus grâce à Internet et à la reconnaissance faciale.

Loin des fantasmes, cet opuscule propose une lecture littérale du livre de Klaus Schwab, fondateur du Forum de Davos, co-écrit avec Thierry Malleret (ancien conseiller de Michel Rocard), « COVID-19 : La grande réinitialisation » publié en juillet 2020 et en donne une interprétation conforme à sa lettre : ni complot, ni parole en l’air, le Great Reset formalise une aspiration profonde, à la fois étatiste et écologiste, qui structure la pensée dominante d’aujourd’hui.

Éric Verhaeghe, 52 ans, est ancien élève de l’ENA. Il a quitté l’administration en 2007 pour exercer diverses fonctions patronales. Il a créé plusieurs entreprises, dont Tripalio, spécialisée dans le droit des conventions collectives. Il assume ses prises de position libertariennes et anime « Le Courrier des Stratèges ».

Les monnaies numériques : le summum de l’asservissement financier

Les banques centrales du monde veulent abolir les espèces

La Banque des règlements internationaux et sept banques centrales, dont la Réserve fédérale, la Banque centrale européenne et la Banque d’Angleterre, ont publié un rapport énonçant certaines exigences clés pour les monnaies numériques des banques centrales, ou CBDC (Central Bank Digital Currency).

Les recommandations établies par les banques centrales précisent que les CBDC complètent, « mais ne remplacent pas », les espèces et autres formes de monnaie à cours légal. Elles auront plutôt un rôle de soutien à la stabilité monétaire et financière. Les banquiers centraux ont déclaré que les monnaies numériques devraient également être sécurisées, de manière aussi bon marché que possible, voire gratuites, pour être utilisées par tous et jouer un rôle approprié pour le secteur privé.

Le rapport sur les CBDC intervient alors que diverses banques centrales du monde entier étudient en profondeur la mise en place de leurs propres monnaies numériques respectives. La blockchain, la technologie qui sous-tend les crypto-monnaies telles que le bitcoin, a été présentée comme une solution potentielle. Les cryptomonnaies ayant fait l’objet de rapports et d’examens approfondis pendant ces dernières années de la part des banquiers centraux, beaucoup craignent encore d’ouvrir la porte à des activités illicites telles que le blanchiment d’argent. Des technologies sécurisées devront être mises en place ce qui nécessitera quelques années avant une mise en place définitive.

En Chine, où les portefeuilles numériques comme Alipay et WeChat Pay ont été largement adoptés, la banque centrale s’est associée à une poignée d’entreprises du secteur privé pour tester une monnaie électronique unique sur laquelle elle travaille depuis des années. Le fameux yuan numérique, j’y reviendrai dans de prochains articles. La banque centrale suédoise, qui n’appartient pas à la zone euro, travaille également avec le cabinet de conseil Accenture pour tester sa proposition de monnaie virtuelle « e-krona ».

L’euro numérique

Un euro numérique rendrait nos paiements quotidiens plus rapides, plus simples et plus sécurisés. Génial non ?

Le vendredi 2 octobre dernier, la Banque centrale européenne a annoncé qu’elle commencerait à mener des expériences pour décider de lancer ou non un euro numérique. Dans un rapport exposant les avantages et les inconvénients du lancement d’un euro numérique, la BCE a déclaré qu’elle « pourrait soutenir les objectifs de l’Eurosystème en offrant aux citoyens une forme d’argent sécurisée dans un monde numérique en rapide évolution ». Cela signifie préserver la capacité de déposer et de retirer des fonds numériques à volonté sur nos comptes européens et permettre aux banques d’éviter la gestion des espèces, qui reste une problématique souvent difficile à gérer avec leurs clients (retraits ou dépôts conséquents, origine des fonds, non-traçage des transactions, compliance…).

Cette numérisation des monnaies en réflexion dans le monde entier est à la mode. Pour la BCE, comme pour les autres banques centrales, cette tendance n’est qu’une tentative pour empêcher les populations de thésauriser du papier-monnaie, évitant ainsi de probables futurs taux bancaires négatifs. En effet, personne de sain d’esprit n’épargnerait de l’argent dans une banque pour « gagner » un taux d’intérêt de -0,50% (oui c’est plutôt une perte). Cette énième taxe serait plus qu’illégitime et particulièrement pour les Français qui croulent sous les impôts.

En outre, la BCE constate qu’environ 54% des paiements totaux restent en cash et 79% des achats réalisés en magasin de la zone euro sont toujours des transactions en espèces. Le cash représente donc plus de la moitié de la valeur totale de tous les paiements et la BCE ainsi que tous les banquiers apprécieraient avoir une trace de chacune de ces transactions. Vous comprenez, les terroristes utilisent les espèces, ce sont des mesures pour vous protéger !

À terme, la BCE décidera si elle doit procéder à la création du fameux euro numérique d’ici là mi-2021. Il a de fortes chances d’émerger, car il est très avantageux pour les banques d’obtenir et contrôler les données personnelles et financières de tous les Européens et supprimer la pesante gestion du cash.

Il ne faut pas confondre les monnaies numériques d’État et les monnaies numériques privées comme la Libra de Facebook ou les cryptomonnaies comme le Bitcoin. L’euro numérique serait un passif de la Banque centrale européenne et compléterait l’offre actuelle de liquidité. Sa valeur ne serait donc pas volatile comme une monnaie privée parce qu’elle serait adossée à la légitimité et à l’autorité de la banque centrale.

On peut même penser que la BCE, et ses équivalentes dans le monde, puissent mettre en place les monnaies numériques pour renforcer leur devise respective et éviter la fuite des capitaux. Effectivement, la banque de Christine Lagarde a souligné dans son rapport que les institutions et infrastructures financières sont « de plus en plus menacées » par un large éventail de risques extrêmes, allant de la solvabilité à la sécurité des transactions, alors que la proportion de services de paiements numérisés augmente. Ces risques peuvent entraîner des pannes des systèmes de paiement par carte, des services bancaires en ligne et des retraits d’espèces aux guichets automatiques qui pourraient « affecter considérablement les paiements de détail et s’éroder ». Selon elle, ceci amènerait une baisse confiance dans le système financier en général (sans rire). L’euro numérique est donc une réponse fournissant ainsi « un éventuel mécanisme de contingence pour les paiements électroniques qui pourrait rester utilisé même lorsque les résolutions privées ne sont pas disponibles », selon le rapport.

La BCE n’a même pas besoin d’attendre la prochaine crise pour programmer une refonte monétaire sans précédent ; le passage du papier-monnaie au tout numérique est un changement structurel majeur qui mettra du temps à se mettre en place, plus longtemps que le yuan chinois qui peut être imposé beaucoup plus vite à cause de la structure d’État non démocratique.

« Une conception qui offre ces fonctionnalités peut promouvoir des paiements plus résilients, efficaces, inclusifs et innovants », selon Benoit Coeure, ancien responsable de la Banque centrale européenne qui dirige désormais les efforts d’innovation de la BRI. Tout un programme.

Une crypto yuan adossée à l’or ?

L’empire du Milieu est le plus avancé sur sa monnaie numérique et va même peut-être plus loin. Un négociant en métaux précieux à Londres, Andrew Maguire, a signalé que la Chine contournait les banques de la London Bullion Market Association à Londres, qui ne peut plus fournir assez de métal jaune pour ses besoins. Le Parti communiste chinois achète ainsi de l’or non raffiné directement auprès des mines d’Afrique et d’Amérique du Sud. Cela leur évite au passage de se faire remarquer dans les rapports de données d’exportation classiques. Maguire soupçonne carrément que le pays pourrait soutenir le yuan avec de l’or et pourquoi pas avec une fixation de prix et une parité fixe. Sachant que la Chine est l’une des rares économies avancées à connaître une croissance cette année, son positionnement dans l’économie internationale de demain va être crucial.

Franck Pengam

Le Yuan numérique contre les cryptomonnaies Bitcoin, Ethereum et Theter

Monnaies numériques vs. Cryptomonnaies

Le monde des cryptomonnaies est particulièrement lié à la Chine. Depuis 2009, lorsque Bitcoin a émergé pour la première fois sur la scène mondiale, l’empire du Milieu a connu une ruée vers la cryptomonnaie appuyée sur la blockchain. Le gouvernement a été contraint d’interdire l’utilisation du Bitcoin en 2013 à cause de sa popularité et de la fuite des capitaux qu’il entraînait.

En octobre 2019, le gouvernement chinois a annoncé officiellement adopter la technologie blockchain pour l’avenir de la Chine. Il s’agit de lancer une monnaie numérique officielle reconnue par l’État. Le paiement électronique en monnaie numérique (DCEP), communément appelé « yuan numérique », est actuellement censé être dans les dernières phases de test.

Dans cet article, nous allons voir les raisons pour lesquelles la Chine a décidé de créer la première monnaie numérique gérée par une banque centrale au monde et ce que cela signifie pour les marchés de la cryptographie au sens large. Nous verrons également l’histoire de la Chine avec le Bitcoin (BTC), Ethereum (ETH) et le stablecoin Tether USD (USDT) et pourquoi ces réseaux sont devenus une menace pour le contrôle interne des capitaux de la Chine.

Avant de commencer, il est utile de clarifier la distinction entre les termes « monnaie numérique » et « cryptomonnaie ». Les cryptomonnaies sont des monnaies et des actifs numériques qui utilisent la technologie de la blockchain comme moyen d’effectuer des transactions cryptées en toute sécurité et sans friction via un réseau décentralisé. Bitcoin, Ethereum et Tether, sont quelques-unes des cryptomonnaies les plus utilisées parmi des milliers.

Le yuan numérique, en revanche, n’utilise pas la technologie blockchain en soi, mais plutôt un type de technologie de registre distribué (Distributed Ledger Technologies) inspiré de la blockchain et intégralement contrôlé par un gouvernement central. Là est tout l’objectif du Parti communiste chinois. Étant donné que les blockchains fournissent des transferts de données cryptées, le système centralisé du yuan virtuel a un mécanisme intrinsèquement différent de celui des cryptomonnaies traditionnelles.

A photo illustration of the digital Cryptocurrency, Litecoin (LTC), Bitcoin (BTC), Ethereum (ETH) and Ripple (XRP) are seen on September 13 2018 in Hong Kong, Hong Kong.
Yu Chun Christopher Wong | S3studio | Getty Images

Une brève chronologie du yuan numérique

Début 2014, moins de douze mois après que la Chine ait interdit le trading de Bitcoin et de cryptomonnaies ensuite de manière générale, le pays a créé un institut de recherche dont le seul objectif était de comprendre et de développer une stratégie pour améliorer la monnaie traditionnelle du yuan chinois en utilisant la technologie blockchain. Le centre de recherche a travaillé pendant quatre ans sur le développement de la technologie pour arriver à l’introduction officielle du projet de yuan numérique et son annonce dans le monde entier.

Le projet a été annoncé pour la première fois au public chinois lors d’une conférence de presse du président de la Banque populaire de Chine (PBoC), Zhou Xiaochuan, en 2018. Une fois l’annonce faite, il fallait ensuite mettre en œuvre le projet ce qui n’est pas une mince affaire pour ce grand pays de 1,4 milliard d’habitants. Les travaux qui ont suivi ont été lents et peu aboutis.

Les experts affirment que ce long développement était dû aux fondements décentralisés et anti-réglementaires de la technologie blockchain et des cryptomonnaies ce qui est l’antithèse même des principes de la monnaie nationale chinoise. Le yuan, ou renminbi (RMB), est actuellement entièrement contrôlé par l’État, pour protéger la Chine des chocs économiques. La blockchain est un système qui quant à elle permet des transactions en dehors des contrôles réglementaires. Régler ces contradictions n’est pas aisé.

Le projet de première monnaie numérique nationale au monde a néanmoins accéléré sa vitesse de développement au deuxième semestre de 2019, lorsque Facebook a officiellement annoncé la création de sa monnaie virtuelle, Libra (qui arrive en janvier 2021 sous le nom de Diem et sous une forme moins ambitieuse que celle prévue). L’augmentation soudaine de la productivité de la Chine a été motivée par un nouveau concurrent majeur, bien que Facebook soit interdit en Chine (seul le réseau social est interdit et non ses autres activités notamment publicitaires).

Le 14 avril 2020, le projet de monnaie numérique nationale créé par la PBoC a vu ses essais médiatisés grâce à une capture d’écran d’ordinateur partagée sur internet et montrant le yuan numérique accessible dans quelques districts chinois. Fin juin 2020, la PBoC a annoncé que la Chine avait presque terminé la phase de développement du logiciel.

Pourquoi une monnaie numérique et pourquoi maintenant ?

Pourquoi ce pays, avec son système de marché socialiste complexe, voudrait-il construire une monnaie numérique ?

Pour répondre à la question, il est essentiel de jeter un œil aux réserves de change de la Chine. En juillet 2020, la Chine détenait une réserve de devises étrangères d’environ 3,15 milliards de dollars américains, le plus grand détenteur au monde. Environ 60% des réserves de change mondiales et environ 40% des paiements internationaux sont en dollars américains.

Comparaison des réserves de change étrangères détenues en 2018

En outre, la Chine cherche à étendre la portée internationale du yuan et à disposer d’une infrastructure accessible, fiable et souveraine qu’elle puisse contrôler pour ses transferts transfrontaliers. Cela rendrait le yuan plus liquide à l’international. L’initiative des nouvelles routes de la soie fait également partie de ce projet géopolitique global avec une expansion des réseaux commerciaux mondiaux de la Chine en Asie, en Europe et en Afrique. Actuellement, la plupart des virements électroniques réglementés effectués depuis ou vers la Chine sont effectués via SWIFT ou CHIPS. C’est un problème pour la Chine, puisque CHIPS (Clearing House Interbank Payments System Universal Identifier) est une société américaine tandis que SWIFT, une organisation internationale prétendument neutre, a principalement des citoyens américains pour directeurs.

Il n’est pas surprenant que la Chine veuille se distancier des institutions américaines vu les tensions avec les États-Unis et l’escalade de la guerre commerciale.

Les cryptomonnaies Bitcoin et Tether – Une menace contre le contrôle des capitaux chinois

En à peine un an, de 2019 à 2020, 50 milliards de dollars ont quitté la Chine sous forme de cryptomonnaies Bitcoin et Tether vers d’autres pays.

Comme mandaté par la Banque centrale de Chine, tout citoyen ou résident vivant sur le continent ne peut transférer que 50 000 USD à l’étranger par an. Cette politique s’accompagne de plusieurs obstacles pour les familles riches et les grandes entreprises chinoises. Elles auraient ainsi souvent recours à des méthodes compliquées et en passant souvent le marché noir pour envoyer leur argent vers d’autres pays.

Avec l’émergence rapide des classes moyennes et supérieures qui cherchent à élargir leurs horizons d’investissement dans un nouveau marché international florissant, les cryptomonnaies offrent une possibilité d’investissement aux actifs liquides et mondiaux. Les investisseurs chinois achètent les actifs via des services spécialisés et les envoient de manière anonyme à des sociétés de cryptoactifs en dehors de la Chine, moyennant des frais modestes par rapport aux marchés noirs des devises. Les transactions de cryptomonnaie, en particulier via le Bitcoin, l’Ethereum et le Tether, sont en fait un grand danger pour le pouvoir communiste.

La diminution des réserves de devises due à la sortie des capitaux et l’augmentation de l’instabilité que cela entraîne pour leur économie sont une problématique cruciale. Le yuan numérique est donc le système transactionnel géré par l’état adapté pour reprendre tout simplement le contrôle des capitaux.

Comment le yuan numérique affecte le Bitcoin, l’Ethereum et le Tether

Suite à l’interdiction des échanges de Bitcoin en Chine, la population s’est tournée vers d’autres cryptomonnaies et notamment le Tether (USDT) en tant que cryptomonnaie alternative pour investir les capitaux en dehors de la Chine.

La Chine représenterait à elle seule plus de 60% de tout le volume des échanges de Tether sur le marché de la cryptographie ; environ 10 milliards de dollars américains au premier semestre de 2019. À titre de comparaison, le marché américain ne représente que 450 millions de dollars américains de tous les USDT échangés au cours de cette période.

Comparaison du volume des transactions Tether (USDT)

Cet énorme volume de transactions en provenance de Chine est également une excellente nouvelle pour la popularité de l’Ethereum, puisque l’USDT est un jeton basé sur la blockchain Ethereum.

Il convient également de noter que la monnaie numérique de la banque centrale chinoise pourrait avoir le contrecoup totalement inverse, c’est-à-dire inciter davantage de résidents à adopter le Bitcoin, le Tether et pourquoi pas l’Ethereum (qui est la deuxième cryptomonnaie majeure après le Bitcoin) qui ne se sont peut-être pas déjà tournés vers les cryptoactifs.

Alors que le yuan numérique tente de réglementer ce marché trop flexible, ceux qui ne sont pas encore familiarisés avec les avantages des actifs numériques pourraient avoir la soudaine envie de migrer vers des alternatives décentralisées avec moins de surveillance étatique. Avec un intérêt toujours plus grand de la population chinoise, il est probable que les cryptomonnaies en question subissent un resserrement des réglementations.

L’avenir du yuan numérique et des cryptomonnaies

L’émergence officielle du yuan électronique par la Chine sera une étape majeure pour le monde des cryptomonnaies et des actifs numériques.

Contrairement à ce que je disais dans cette vidéo, je ne suis plus certain de l’efficacité réelle des Etats à mettre à mal les cryptomonnaies, et notamment le Bitcoin, en tout cas à court terme. Compte tenu des objectifs idéologiques officiels et non officiels de la Chine, nous ne savons toujours pas quel genre d’impact aura sa monnaie électronique sur l’économie nationale et mondiale. Mais une chose est sûre, la Chine a compris qu’il ne sert à rien de mener une guerre frontale contre la technologie blockchain. L’interdire officiellement ne suffit plus : il vaut mieux plutôt de l’utiliser pour promouvoir ses propres objectifs stratégiques de pouvoir étatique. Et c’est exactement ce qui est en train de se passer également chez nous : des monnaies virtuelles à venir contrôler par les banques centrales pour bloquer la fuite massive à venir des capitaux des citoyens occidentaux.

Il est fortement probable que ces tendances entraîneront de nouvelles entrées dans les cryptoactifs non étatiques et une augmentation des volumes d’échange particulièrement vers le Bitcoin, l’Ethereum et le Tether.

Sans parler des milliers d’autres cryptoactifs.

Franck Pengam

Les cryptomonnaies-or privées, une alternative d’avenir ?

Des initiatives de monnaies virtuelles basées sur l’or émergent partout, mais restent au stade d’amorçage. L’idée est néanmoins intéressante. Par exemple, l’institution monétaire officielle australienne Perth Mint a annoncé lancer une cryptomonnaie basée sur l’or et s’appuyant sur la technologie blockchain. L’entreprise américaine Emergent Technology Holdings développe sa cryptomonnaie indexée sur l’or, le G-coin, via sa filiale suisse. La société de service financier émirati OneGram a fait de même en y ajoutant un attribut Shariah-Compliant (compatible avec la finance islamique). Il existe encore de nombreux projets similaires : le Golden Currency et le Digix à Singapour, le GoldVein et le GoldMineCoin en Russie, le KaratGold en Allemagne, le Sudan Gold Coin à Dubaï… Il s’agit en fait de la deuxième vague de monnaies digitales basées sur l’or, reste donc à voir si ces programmes aboutiront. En 1995, le E-Gold émergeait déjà, et au début des années 2000, d’autres initiatives de monnaies basées sur l’or s’étaient développées sous les noms e-Bullion, BitGold, GoldMoney ou encore OSGold. Je parlerai probablement plus précisément du sujet des crypto-or à l’avenir.

VeraOne, le 1er stablecoin européen adossé à l’or est Français

À côté de cela, il y a le cas emblématique de Facebook. L’annonce en grande pompe de la cryptomonnaie Libra (qui signifie « libre » en latin) par l’entreprise de la Silicon Valley n’a que peu d’intérêt sur le papier, en tout cas pour le moment. Facebook s’est senti poussé des ailes en annonçant ce projet au mauvais moment, alors qu’il était déjà dans le viseur des autorités américaines. Les instances de régulation et les gouvernements du monde refusent unanimement de laisser la société marcher sur les plates bandes de l’oligopole bancaire avec sa nouvelle monnaie. Les Européens ont mis leur véto sur Libra dans leurs juridictions et la monnaie privée pourrait même être totalement interdite. Le cadre juridique de mise en place de Libra va donc être très difficile à fixer.

Le Libra a un fonctionnement calqué sur le DTS dans son mécanisme de panier de monnaies. Il est adossé au dollar américain (50 %), à l’euro (18 %), au yen (14 %), à la livre sterling (11 %) et au dollar de Singapour (7 %). C’est donc un « stable coin », c’est-à-dire une cryptomonnaie dont le cours est indexé sur celui d’actif(s) de confiance. La devise chinoise yuan/renminbi, appartenant tout de même à la deuxième économie mondiale, a néanmoins été exfiltrée du projet. Ceci permit à Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, de respirer entre deux interrogatoires devant le Congrès américain qui le sommait d’expliquer son projet de cryptomonnaie mondiale, en plus du profilage de ses utilisateurs et de la non-censure des « fake news » faites sur ses réseaux sociaux. En somme, Libra est plus un service de paiement qu’autre chose et n’a aucun avenir dans l’immédiat. Elle sera sûrement mise de côté le temps de consolider l’offre et que les affaires de Facebook se tassent.

Certains ont ou ont eu beaucoup d’espoirs sur le bitcoin en tant que monnaie mondiale « libre », mais cela ne tient pas non plus sachant que seul 1,3 % des transactions passées sur le réseau bitcoin international sont des échanges marchands. Ce qui signifie que tout le reste se cantonne à de la spéculation financière. De plus, une étude du Crédit Suisse établit que 97 % des bitcoins sont détenus par 4 % des utilisateurs. Il est plausible de penser que ce monopole permettrait de contrôler le bitcoin et de manipuler son cours en cas de concertation de ces 4 % de propriétaires.

La cryptomonnaie universelle de demain devra être indexée sur des actifs physiques de référence comme l’or et l’argent métal. Ceci permettra non seulement de stabiliser sa valeur, mais également pour pouvoir la convertir en des actifs de référence universellement reconnus.

Franck Pengam

Pour en savoir plus, recevez ici 27 pages OFFERTES du livre : « Géopolitique de l’or : le métal jaune au cœur du système international ».

Des transactions anonymes utilisant la monnaie numérique soutenue par la banque centrale

La Banque centrale européenne (BCE) a développé une preuve de concept pour une monnaie numérique de la banque centrale (CBDC) partiellement anonyme qui cherche à fusionner la confidentialité et la conformité.

Dans son dernier rapport, la BCE décrit les détails de l’initiative, qui a été développée sur la plate-forme DLT Corda et s’appuie sur des preuves de concept antérieures basées sur cette technologie.

Le concept est centré sur l’utilisation de coupons anonymes pour les utilisateurs qui effectuent de petites transactions et qui, de ce fait, n’auraient pas besoin de révéler leur identité. Les transactions plus importantes, cependant, ne bénéficieraient pas du même degré de confidentialité.

“La validation de principe montre qu’il est possible, en utilisant la plate-forme Corda, de construire un système de paiement CBDC simplifié qui protège la vie privée des utilisateurs pour les transactions de faible valeur, tout en garantissant que les transactions de plus grande valeur sont soumises à des contrôles LAB/CFT obligatoires”, indique le rapport. [Lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (dite LAB/FT, ou CFT/AML, pour combating the financing of terrorism and anti-money laundering)].

Qu’y a-t-il dans la preuve de concept (PoC – proof-of-concept) ?

Le PoC prévoit quatre parties – la banque centrale, deux intermédiaires et une autorité de lutte contre le blanchiment d’argent (AML) – chacune représentée par un nœud qui exploite une application distribuée Corda (CorDapp). La banque centrale n’embarque pas directement les utilisateurs, n’émet pas ou ne distribue pas les unités de la CBDC, et ne supervise pas les transferts de la CBDC. Les intermédiaires entretiennent plutôt des relations avec les utilisateurs, traitent les transactions et tiennent des registres de grand livre.

L’élément clé du système proposé est l’utilisation des “coupons anonymes”.

Chaque utilisateur est identifié dans le réseau par un pseudonyme et se voit attribuer un certain nombre de coupons par mois, explique le rapport. Lorsque les utilisateurs traitent des transactions de faible valeur, ils peuvent dépenser les coupons pour éviter de révéler leurs informations personnelles à la banque centrale ou aux intermédiaires.

En revanche, lorsqu’ils effectuent des transactions de grande valeur qui dépassent le montant autorisé des transferts anonymes, une autorité spécialisée dans la lutte contre le blanchiment d’argent surveillera les données relatives aux transactions et s’assurera qu’elles respectent les normes de conformité en vigueur et surveillera le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Domaines d’amélioration

Le rapport de la BCE se penche sur certains des défis auxquels le système proposé serait confronté s’il était mis en œuvre dans le cadre de situations d’utilisation réelles.

Premièrement, il faut un meilleur mécanisme de validation des transactions pour permettre une plus grande confidentialité. Actuellement, pour valider un transfert, un intermédiaire doit vérifier toutes les transactions passées associées à cette unité de la CBDC. Pour régler ce problème, la banque propose d’introduire un “découpage en chaîne” afin de réduire la quantité d’information rendue visible à des parties non apparentées.

Deuxièmement, les utilisateurs doivent pouvoir accéder à leurs soldes et effectuer des transactions lorsque l’intermédiaire qui leur a été assigné n’est pas disponible. Cette amélioration peut être réalisée en permettant aux utilisateurs de stocker leurs clés dans leur appareil privé, comme un portefeuille de téléphone mobile, ou en permettant à d’autres intermédiaires du système de traiter leurs unités CBDC.

De plus, la Banque croit qu’il faut davantage de techniques visant à améliorer la protection de la vie privée, l’interopérabilité avec un système de règlement brut en temps réel (RBTR : RTGS en anglais Real-time Gross settlement) ainsi qu’une analyse approfondie de l’extensibilité pratique du PoC.

Environnement réglementaire incertain

La question de savoir si la BCE doit émettre sa propre monnaie numérique pour que le public puisse bénéficier d’un moyen de paiement simple et bon marché a été débattue depuis longtemps. La semaine dernière, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a déclaré lors d’une conférence de presse que la BCE devrait accélérer ses efforts en matière de monnaie numérique et “prendre de l’avance” sur les stablecoins ou les tokens qui sont censés être liés à la valeur des monnaies émises par le gouvernement.

Mais il y a également eu une résistance considérable de la part des autorités de l’UE.

Début décembre, les ministres des finances de l’UE ont affirmé qu’aucune cryptomonnaie stable (stablecoin) mondiale ne devrait être autorisée tant que leurs risques juridiques, réglementaires et de surveillance n’auront pas été pleinement pris en compte. L’ancien président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a également affirmé sa position ferme contre les monnaies numériques.

Lors d’une conférence à Pékin en novembre, il a déclaré : “Je suis fermement contre le bitcoin, et je pense que nous sommes un peu complaisants … La cryptomonnaie elle-même n’est pas réelle, avec les caractéristiques qu’une monnaie doit avoir.”

Cryptoast, The Block

Ils pourraient déterrer le corps du PDG QuadrigaCX pour voir s’il est vraiment mort

Gerald Cotten, 30 ans, PDG de QuadrigaCX, une société d’échange de devises cryptographiques basée à Vancouver, est décédé à la fin de 2018 – emportant dans sa tombe les mots de passe d’une valeur d’environ 137 millions de dollars et appartenant à 115 000 utilisateurs de QuadrigaCX.

L’incident a déclenché de nombreuses théories de conspiration : le PDG a-t-il simulé sa propre mort et s’est-il enfui avec l’argent ? Maintenant, il semble que le volet pourrait conduire à déterrer le corps de Cotten pour vérifier s’il est vraiment mort.

Selon un rapport alarmant de 70 pages publié en juin par un contrôleur des faillites canadien nommé par le tribunal, Cotten a détourné l’argent de ses clients vers de faux comptes, ses propres comptes et ceux de son épouse.

Aujourd’hui, une équipe de représentants légaux de ceux dont l’argent a disparu avec la mort de Cotten a envoyé une lettre à la Gendarmerie royale du Canada pour demander une exhumation et une autopsie post-mortem “afin de confirmer son identité et la cause du décès”, rapporte la BBC.

Après le rapport de juin, les débats “mettent encore plus en évidence le besoin de certitude quant à la question de savoir si M. Cotten est effectivement décédé”, peut-on lire dans cette lettre, telle que citée par la BBC.

La situation était un énorme gâchis avant même la mort de Cotten. Le rapport de juin indiquait que les enquêteurs n’avaient trouvé aucun dossier financier de QuadrigaCX au cours des dernières années, écrivant que “Quadriga ne semble pas avoir tenu un grand livre général ou des registres comptables traditionnels depuis au moins 2016”.

BBC

La Chine s’apprête à lancer sa monnaie numérique

La Chine prévoit un projet pilote réel de sa monnaie numérique, dont la première phase pourrait commencer avant la fin de cette année, selon un rapport de l’influente publication d’informations financières chinoise Caijing. Cela confirmerait les récentes spéculations selon lesquelles la Chine est sur le point de devenir la première grande économie à émettre une monnaie numérique souveraine.

En août, un responsable de la Banque populaire de Chine (PBOC) a déclaré que la monnaie était “proche” d’être émise. Le nouveau rapport décrit les prochaines étapes de ce processus. Le PBOC pourrait lancer des expériences à petite échelle le “paiement électronique en monnaie numérique” (DCEP) à Shenzhen et dans la ville de Suzhou, dans l’est du pays, avant la fin de l’année. En 2020, elles seraient ensuite étendues à une plus grande échelle.

L’intention est de remplacer directement l’argent liquide. Le DCEP sera compatible avec Alipay et WeChat Pay et peut être utilisé sans connexion Internet. Le rapport indique que la monnaie offrira aux utilisateurs au moins un certain degré d’anonymat. Cependant, il n’explique pas comment cela pourrait fonctionner. Lisez l’histoire complète.

MIT Technology Review