L’humain augmenté – CNRS Éditions

Augmenter l’humain, devenir plus fort, plus rapide, plus intelligent, plus connecté, vivre plus vieux et en meilleure santé, repousser les limites de la souffrance et de la mort. Le développement technologique porte la promesse d’un être meilleur. Mais cet amour de l’homme du futur ne cache-t-il pas une haine de l’homme du présent, de ses limites et de sa finitude ? Quelles conceptions du corps et de l’esprit sont sous-tendues par les discours transhumanistes ? Donner des clés pour comprendre le rapport d’attraction-répulsion qu’entretient l’être humain avec les technologies qu’il crée, cristallisé autour de la notion d’homme augmenté, constitue l’objet de ce numéro des Essentiels d’Hermès.

Présentation de l’éditeur

Si l’humain augmenté est le dernier avatar de l’utopie technique, il exacerbe la vision purement informationnelle de l’homme et de son rapport à l’autre. Lorsqu’on parle d’humain augmenté, on sous-entend en général un individu plus fort, plus intelligent, à la longévité plus longue, etc. Autrement dit, on pense à une augmentation de ses capacités. Dès lors, l’individu se trouve réduit à un ensemble de fonctions motrices, cognitives, etc.

L’altérité disparaît. Il n’y a plus de rupture entre l’homme et la machine, la pensée elle-même étant conceptualisée comme une propriété émergente des interactions au sein d’un substrat matériel biologique ou électronique. Les mouvements “transhumanistes” militent pour une utilisation des technologies d’augmentation afin de dépasser l’être humain et sa finitude : si la science nous permet de vivre mieux, pourquoi devrions-nous nous en garder ? Le présupposé communicationnel est que, si nous augmentons nos capacités d’émettre des signaux, de les recevoir et de les traiter, il serait logique que nous parvenions à mieux communiquer, donc à mieux nous comprendre et vivre ensemble…

→ Lire l’introduction (pdf)

Issu d’une rencontre tenue en 2012 à Paris sous l’égide de l’Institut des sciences de la communication du CNRS, cet ouvrage entend présenter une synthèse didactique des problématiques actuelles touchant à la question de « l’augmentation humaine ». Face à la multiplication des travaux consacrés à cette thématique et à l’urgence d’une réflexion éthique qui s’en dégage, ses auteurs souhaitent, comme le précise Édouard Kleinpeter dans sa présentation générale, interroger les enjeux et les controverses en cours autour de la figure de l’humain augmenté, en évitant l’« exaltation sensationnaliste » ou le « pessimisme désabusé » (p. 15) qui déterminent habituellement les débats à ce propos. Le volume rassemble donc des interventions de différents spécialistes (historiens, philosophes, sociologues, psychologues, ingénieurs, spécialistes de la communication, et responsables associatifs) organisées autour de trois pôles d’interrogation principaux que sont le sens et les enjeux de la notion d’augmentation, la transformation de notre rapport identitaire au corps, ainsi que la problématique du transhumanisme et du futur qu’il dessine…

→ lire la suite : Alexandre Klein, « Édouard Kleinpeter (dir.), L’Humain Augmenté », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2013, mis en ligne le 02 décembre 2013, consulté le 23 mars 2018. URL : http://journals.openedition.org/lectures/12835

Conférence CNAM : de l’humain augmenté au transhumain. Que devient l’Homme face à ses technologies ?

Sommaire
Présentation générale
L’homme face à ses technologies : augmentation, hybridation, (trans)humanisme, Édouard Kleinpeter
De part et d’autre de l’Atlantique : enhancement, amélioration et augmentation de l’humain, Simone Bateman et Jean Gayon
Le corps artefact. Archéologie de l’hybridation et de l’augmentation, Jacques Perriault
Invariants et variations de l’augmentation humaine, l’expérience grecque, François Dingremont
Homme augmenté et augmentation de l’humain, Bernard Claverie et Benoît Le Blanc
Augmentation de l’humain : les fonctions cognitives cachées de l’homme augmenté, Célestin Sedogbo et Benoît Le Blanc
De l’humain réparé à l’humain augmenté : naissance de l’anthropotechnie, Jérôme Goffette
Perception de soi, perception par les autres : la fonction sociale de la prothèse chez les agénésiques, Benoît Walther
L’homme hybridé : mixités corporelles et troubles identitaires, Bernard Andrieu
Oscar Pistorius ou une catégorie sportive impossible à penser, Damien Issanchou et Éric de Léséleuc
L’homme étendu. Explorations terminologiques, Colin T. Schmidt
Un autre transhumanisme est possible, Marc Roux
La technique au prisme du mythe : l’exemple du Golem, Brigitte Munier
Transhumanisme : une religiosité pour humanité défaite, Jean-Michel Besnier
Entretien avec Édouard Kleinpeter
Bibliographie sélective
Glossaire
Les auteurs
Table des matières

Transhumanisme, Homme augmenté. Quelles limites, thérapeutiques, techniques, éthiques ?

Le transhumanisme Podcast France Inter

Quel monde nous prépare le transhumanisme ? S’agit-il d’une rupture de civilisation ou de la poursuite logique du « progrès », en particulier de la médecine ? Qui impulse ces recherches et quelles seront les conséquences sociales et environnementales de ce processus ? Pourquoi est-il si difficile de penser l’irruption du transhumanisme dans nos vies ?
Avec Jacques Testart, biologiste, père scientifique du premier « bébé éprouvette » français né en 1982 et son dernier livre est : « Au péril de l’humain, les promesses suicidaires du transhumanisme » Ed du Seuil, et Marc Roux, Président de l’Association Française Transhumaniste.

https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10212-01.03.2018-ITEMA_21602728-6.mp3?_=1

Au péril de l’humain. Les promesses suicidaires des transhumanistes

Écologisme et transhumanisme. Des connexions contre nature

Ecologistes, véganes et sympathisants de gauche prolifèrent au sein du mouvement transhumaniste. Après Le Monde, Le Nouvel Obs et Politis, Primevère, le plus grand salon écologiste français, invitait en 2016 un de ses représentants à s’exprimer. Didier Cœurnelle, vice-président de l’Association française transhumaniste, est élu Verts en Belgique. Il aurait eu les mots pour séduire les visiteurs de Primevère, avec une « vie en bonne santé beaucoup plus longue, solidaire, pacifique, heureuse et respectueuse de l’environnement, non pas malgré, mais grâce aux applications de la science (1). » II aura fallu les protestations d’opposants aux nécrotechnologies pour que le salon annule son invitation (2). Les transhumanistes ne luttent pas contre les nuisances. Technophiles et « résilients », ils comptent sur l’ingénierie génétique, la chimie et les nanotechnologies pour adapter la nature humaine et animale à un milieu saccagé.

Faut-il un État mondial inter-espèces pour lutter contre les dominations entre humains et animaux ? Voire entre animaux, avec des prédateurs devenus herbivores après modification génétique ? Même si leurs idées prêtent à rire, les transhumanistes ne sont pas des ahuris victimes d’une indigestion de mauvaise science-fiction. Ils sont écologistes et véganes (c’est-à-dire refusant de consommer les produits issus des animaux), certes. Parfois même bouddhistes. Mais aussi philosophes, généticiens, informaticiens, sociologues ou start-uppers rétribués par Harvard, Oxford, la London School of Economics ou Google. La plupart d’entre eux veulent le bien de la planète et de ses habitants, lutter contre les oppressions, tout en augmentant notre espérance de vie jusqu’à « la mort de la mort ».

Les deux porte-parole du mouvement transhumaniste francophone revendiquent leur militantisme « écolo ». Marc Roux a été adhérent de l’Alternative rouge et verte. Didier Cœurnelle est élu Verts de la commune de Molenbeek. Le cofondateur de Humanity+, la principale association transhumaniste américaine, David Pearce, est un militant antispéciste et végane. L’Australien Peter Singer, philosophe et auteur du livre de référence des antispécistes La Libération animale (1975), est lui-même transhumaniste et ancien candidat Verts en Australie. Quant à l’actuel directeur de Humanity+, James Hughes, en tant que bouddhiste, il ne ferait pas de mal à une mouche. Loin de l’image repoussoir de libertariens insensibles aux malheurs qui les entourent, les transhumanistes sont souvent des progressistes de gauche, écologistes et féministes, suivant la bonne conscience qui règne dans la Silicon Valley depuis le mouvement hippie des années 1960. En France, à l’avant-garde des partisans de la reproduction artificielle de l’humain (PMA-GPA) figurent les membres d’Europe Écologie-Les Verts.

D’après Marc Roux et Didier Cœurnelle, auteurs de Technoprog (3), les transhumanistes seraient majoritairement de gauche, attachés à un système social et à une médecine redistributive, contre l’idée d’une humanité à deux vitesses après sélection génétique. Ils se trouvent même des points communs avec les « objecteurs de croissance » (4). Fort bien. Laissons de côté les ultras, libertariens ou technogaïanistes, et intéressons-nous à ces transhumanistes sociaux-démocrates et soi-disant écolos. Ceux qui introduisent le loup transhumaniste dans la bergerie verte.[…]

L’écologie transhumaniste est pétrie de cette idéologie de la « résilience » – un terme issu de la psychologie synonyme d’adaptation à la dégradation des conditions d’existence –, qui prévaut aujourd’hui jusque dans les Conférences sur le climat. « Aucune idée n’est à écarter a priori si elle peut déboucher sur une meilleure adaptation des corps à leur environnement. […] Il s’agit, dans la tradition du darwinisme social, de permettre la survie du mieux adapté. Crèvent les faibles et les inadaptés. D’où l’appel aux transformations génétiques. Voilà l’imposture.[…]

TomJo, Hors-sol, octobre 2016

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Modifier l’espèce humaine ou l’environnement? Les transhumanistes face à la crise écologique

 

The Health Future Show 2016 : La santé de demain s’invente aujourd’hui

Le 6 décembre 2016 à la Villa Méditerranée – 9H / 18H

Édition spéciale « Intelligence artificielle, nanotechnologies/nanosciences et transhumanisme »

Et 10ème Carrefour du Pôle Eurobiomed

Sous le parrainage et avec la participation de James Hughes, sociologue et bioéthicien américain (Boston)

→ inscription à l’événement : www.thehealthfutureshow.com


THE HEALTH FUTURE SHOW
La santé de demain s’invente aujourd’hui

Le monde de la santé par sa dimension économique et scientifique est l’un des acteurs d’activités qui va engendrer le plus de changements de paradigmes sociétaux.

L’augmentation de l’espérance de vie et les avancées thérapeutiques par les innovations médicales, conjuguées à la révolution numérique et les nanosciences, constituent aujourd’hui les ingrédients d’un saut de civilisation majeur.

On sait que la plupart des affections qui atteignent l’Homme seront en grande partie traitées au cours de ce siècle. La médecine prédictive va succéder peu à peu à la médecine thérapeutique. Mieux, l’Homme augmenté n’est plus une fiction mais une réalité qui se construit. Cet avènement de nouvelles technologies dans le domaine de la santé soulève toutefois de nombreuses questions éthiques.

Outre cet espoir formidable, la santé est aujourd’hui un secteur économique majeur qui se structure notamment dans notre région avec l’Interpro Santé et Eurobiomed qui fédèrent l’ensemble des acteurs de la filière.

La « Silver économie », pour ne prendre que cette branche en exemple, va générer d’ici à 2020, 0,5 % de croissance et créer plus de 350 000 emplois en France. Les objets connectés liés à la santé ou à la pratique sportive, à la lutte contre le vieillissement, font déjà une entrée dans le quotidien des Français.

Les techniques de prévention boostées par les technologies digitales vont modifier en profondeur notre relation à la santé. Les méthodes de monitoring et de suivi des patients vont s’en trouver considérablement améliorées. La gestion à distance des constantes de santé des patients par les médecins est, on le sait, une des avancées principales à venir dans la maîtrise des dépenses de santé.

Dans notre région, l’innovation en matière de santé qu’elle soit scientifique, médicale ou industrielle, constitue désormais un pôle d’excellence de premier plan. De nombreuses start-up, mais aussi des laboratoires, des unités industrielles de pointe, travaillent en réseau intelligent avec les forces vives du territoire.

L’innovation santé, fer de lance du développement économique de notre région

L’Interpro Santé investit la Villa Méditerranée le 6 décembre 2016 avec « THE HEALTH FUTURE SHOW », édition spéciale « Intelligence artificielle, nanotechnologies/nanosciences et Transhumanisme » et accueille en partenariat avec Eurobiomed, le 10ème Carrefour du Pôle.

Cet événement, qui s’affirme comme le rendez-vous incontournable de l’innovation santé, sera placé sous le parrainage de James HUGHES, sociologue et bioéthicien américain, grande figure internationale du transhumanisme que nous aurons l’honneur d’accueillir à Marseille.

Plus de 30 start-up pépites de notre territoire et une quarantaine d’exposants viendront témoigner de leurs activités et de leur rôle dans le développement économique et l’attractivité de notre territoire.

L’édition 2016 sera marquée par une ouverture à l’international avec l’accueil de start-up et d’experts internationaux (Royaume Uni et USA).

3 sessions de conférences, réunissant des experts internationaux, seront proposées :

– « L’humain averti » et « l’humain réparé » Dans le cadre de la 10e édition du Carrefour Eurobiomed

– « Des biotechs au transhumanisme, jusqu’où peut aller la médecine ? » en partenariat avec l’Association Française Transhumaniste (AFT : Technoprog !)

THE HEALTH FUTURE SHOW accueillera les participants dans un environnement propice aux échanges, permettant de développer des synergies et d’impulser la création d’un écosystème interconnecté associant l’ensemble des acteurs de l’innovation (start-up, PME, grands groupes, investisseurs, business angels, universitaires, journalistes, professionnels de santé…).

THE HEALTH FUTURE SHOW a l’ambition de montrer concrètement comment économie, santé, innovation vont de pair et inventent ici et aujourd’hui la santé de demain.

LE PARRAIN DE L’EVENEMENT

James HUGHES : « Le Transhumanisme Démocratique 2.0 » Bioéthicien et sociologue américain (Boston)

Il y a plus de dix ans, en 2002, James Hughes commençait à définir la notion de « technoprogressisme ». A l’origine, il avait proposé de dénommer cette interprétation du transhumanisme « transhumanisme démocratique », mais attention, dans cette traduction de « democratic transhumanism », il faut comprendre « democratic » dans le sens nord-américain, où « démocrat » ne désigne pas seulement quelqu’un d’attaché à la démocratie mais un défenseur de la justice sociale.

Le professeur James Hugues est Directeur Adjoint de l’Université du Massachusetts à Boston (États-Unis) pour la recherche institutionnelle, l’évaluation et la planification. Il détient un doctorat de sociologie de l’Université de Chicago où il a aussi enseigné la bioéthique au Centre d’éthique médicale clinique MacLean.

Il est également Directeur Exécutif de l’Institut pour l’Éthique et les Technologies Émergentes (IEET), un think tank techno progressiste qu’il a cofondé avec le philosophe d’Oxford Nick Bostrom.

Le Professeur James Hughes est membre de plusieurs institutions : Académie Mondiale des Arts et des Sciences organisation transhumaniste mondiale Humanity+ (ex-WTA – World Transhumanist Association dont il a été président de 2004 à 2006), Neuroethics Society, American Society of Bioethics and Humanities, Working Group on Ethics and Technology de l’Université de Yale, Comité consultatif pour la recherche en médecine régénérative de l’État du Connecticut (précédemment connu comme Comité consultatif pour la recherche sur les cellules souches).

Le Professeur James Hughes est l’auteur de Citizen Cyborg: Why Democratic Societies Must Respond to the Redesigned Human of the Future. Il travaille actuellement sur un second ouvrage qui pourrait être intitulé « Cyborg Buddha ». De 1999 à 2011, il a produit le programme de radio hebdomadaire Changesurfer Radio.

Une sélection de start-up de la Région Provence-Alpes-Côte-D’azur, avec l’accueil de start-up anglaises et américaines

L’innovation en matière de santé qu’elle soit scientifique, médicale ou industrielle, constitue désormais un pôle d’excellence de premier plan. De nombreuses start-up, mais aussi des laboratoires, des unités industrielles de pointe, travaillent en réseau intelligent avec les forces vives du territoire !

Vect-Horus est une société de biotechnologie qui conçoit et développe des vecteurs à base de peptides qui facilitent l’administration de médicaments ou d’agents d’imagerie dans les organes, notamment dans le cerveau, et de tumeurs cancéreuses. Les vecteurs ciblent les récepteurs impliqués dans le RMT (“Receptor Mediated Transport”), un système physiologique pour le transport dans les cellules de substances endogènes. En combinant des médicaments ou des agents d’imagerie à ses vecteurs, Vect-Horus leur permet de traverser les barrières biologiques qui limitent l’accès à leur cible, notamment la barrière hémato-encéphalique (BHE). La société a déjà établi la preuve de concept de sa technologie dans des modèles animaux en vectorisant un neuropeptide endogène, qui a conduit à un nouveau candidat-médicament propriétaires qui favorise la neuroprotection. Ce premier candidat-médicament est entré maintenant dans la phase préclinique réglementaire. Fondée en 2005, par Alexandre TOKAY, président , et le Dr Michel Khrestchatisky, conseil scientifique, Vect-Horus est une spin-off du laboratoire de neurobiologie dirigé par le Dr Michel Khrestchatisky (UMR7529, CNRS et Université Aix-Marseille). Basée à Marseille, France, la société compte 19 employés, principalement en R & D, et développe des collaborations scientifiques avec AMU-CNRS, l’INSERM et le CEA ainsi qu’avec des partenariats industriels. Vect-Horus a été récemment identifié par le CNRS comme l’un des 15 success stories parmi les 1000 spins offs, issues de leurs laboratoires.

Neuron Experts est une société de Recherche et Développement (CRO) sous contrats, créée en 2008, spécialisée en études pharmacologiques de molécules à visée neurologique pour l’industrie pharmaceutique, les sociétés de biotechnologie et les start-up. Les cultures proposées par Neuron Experts sont développées dans le but de modéliser les pathologies humaines et de prédire ainsi l’activité d’une molécule dans une pathologie particulière afin d’orienter son développement préclinique et clinique. Les modèles de pathologies proposés sont des modèles « in vitro » de la maladie d’Alzheimer, de la maladie de Parkinson, des maladies du motoneurone (comme la sclérose latérale amyotrophique), de la sclérose en plaque, des maladies neuro-musculaires (myopathies) et des nerfs périphériques (neuropathies diabétiques). Une des caractéristiques de Neuron Experts est de proposer à ses clients des modèles de culture « à façon ». Reconnue en Europe et aux Etats-Unis dans le domaine des maladies neurodégénératives, Neuron Experts a créé, en 2013, un nouveau département dédié à l’étude du système nerveux périphérique et de ses interactions avec les cellules de la peau. Neuron Experts a ainsi développé différents modèles de culture cellulaire mélangeant des neurones sensitifs et des kératinocytes afin de mieux appréhender les mécanismes mis en cause dans ces maladies et, d’in fine, rendre possible l’évaluation de composés à visée thérapeutique dans ce domaine.

XEGEN est une société de bio-informatique spécialisée dans l’analyse de données NGS. XEGEN réalise notamment à partir ces données, le typage de gènes d’intérêts dans le cadre de diagnostics ou l’identification de nouveaux polymorphismes pouvant servir de nouveaux biomarqueurs. En pratique bien que notre santé soit influencée par notre environnement, nous savons qu’elle est aussi largement dépendante de notre patrimoine génétique. Ainsi le savoir-faire de XEGEN couplé à la réduction des coûts de séquençage lui permet de se positionner comme un partenaire de choix pour l’exégèse de ces informations et comme un acteur important pour la mise en place de la médecine de demain.

xRapid est la première application mobile à diagnostiquer de manière précise une maladie. Via l’iPhone, la plateforme de diagnostic automatique offre une solution innovante qui pallie aux difficultés des méthodes de diagnostic des maladies les plus graves dont le paludisme. xRapid ouvre une nouvelle voie dans la gestion de certaines maladies et dans l’industrie de la santé mobile. Aujourd’hui la solution xRapid est disponible en Asie du Sud Est, en Afrique sub-saharienne et en Afrique australe. Avec la participation de Charles VAN OVERMEIRE – Head of Sales & Marketing, Constance VOISIN – Marketing Executive et Daniel SCHMIDT – iOS Developer.

En partenariat avec le Consulat Général des Etats Unis d’Amérique à Marseille et de la société SM2D. Fondée en 2006, SM2D a contribué avec succès à vendre sous licence les propriétés intellectuelles de ses clients tout en assurant leur déploiement à l’international. Basée à Austin (Texas), la société est dirigée par une équipe d’entrepreneurs et de cadres expérimentés et s’est entourée d’un réseau de près de 300 consultants spécialisés implantés dans 17 pays. SM2D accompagne la croissance des entreprises en “packageant” leurs offres, en les commercialisant et en leur ouvrant de nouvelles opportunités de marché. SM2D porte une attention particulière aux entreprises et aux technologies qui optimisent le potentiel humain, améliorent le quotidien ou protègent notre planète autour de 5 marchés distincts : santé, financier, commerce, évènementiel et environnement.

Algenat est une entreprise de biotechnologie spécialisée dans l’identification de biomarqueurs. Nous fournissons des services d’analyse génomique axés sur la médecine personnalisée. L’identification d’un marqueur génétique unique sur un patient permet de déterminer le ou les traitements qui seront les plus efficaces sur ce dernier. ALGENAT fait partie des leaders en génomique et en bio-informatique mais plus particulièrement sur leur technologie de séquençage à haut débit. Leurs équipes d’experts leur permette de continuer d’évoluer et d’innover au plus niveau en médecine personnalisée et dans les programmes de recherche.

Construit autour d’un profil d’utilisateur personnalisé, iCompanion a développé et adapté une plate-forme de services et l’a appliqué à une variété de marchés : la santé, les soins personnels, des sports, de l’éducation. Cela permet à un utilisateur de permettre à leur famille, médecin, ou un formateur à l’ombre de leur activité quotidienne, recevoir des alertes en cas d’urgence, et bien plus encore. Avec la participation de Pierre Eric LYS – Founder & Chairman.

TK Health propose sous marque blanche, une solution globale de santé qui permet : une gestion de la santé proactive, l’optimisation des coûts de santé, une meilleure gestion des risques et de la responsabilité et la sécurisation des différentes formes de communications entre les individus et leurs réseaux. Accessible via licence, TK Health est en mesure de répondre aux besoins de ses clients en rationalisant les progrès technologiques avec les exigences des différents marchés à travers le monde.


LE PROGRAMME

* 9H – 9H30 Ouverture officielle de la manifestation

* 10H – 11H30 Conférence « L’humain averti »

Avec les interventions de :
– M. Jurgi Camblong – Sophia Genetics (CEO et co-fondateur)
– M. Jean-Christophe Mestres – IBM (Healthcare & Life Sciences Executive Architect)
– Pr Nicole Philip-Sarles – AP-HM (Responsable du Centre de référence Anomalies du Développement et Syndromes Malformatifs PACA)

* 12H – 12H45 Conférence avec Kedge Business School et SM2D (Texas/USA)

* 14H – 15H30 Conférence « L’humain réparé”

Intervenants en attente de confirmation

* 16H30 – 17H45 Conférence de clôture. « Des biotechs au transhumanisme : jusqu’où peut aller la médecine ? »

Proposée par Interpro Santé en partenariat avec l’Association Française Transhumaniste – AFT : Technoprog.

L’augmentation de l’espérance de vie et les avancées thérapeutiques par les innovations médicales, conjuguées à la révolution numérique et les nanosciences, constituent aujourd’hui les ingrédients d’un saut de civilisation majeur.

Santé connectée, médecine prédictive, médecine régénératrice, nanotechnologies, cyborgisation…

Allons-nous passer du fantasme à une réalité industrielle ?

Un débat animé par Thierry DEBAILLE, rédacteur en chef de Businews avec la participation de : Marc ROUX président de l’AFT : Technoprog – James HUGHES Bioéthicien et sociologue américain (Boston) – Didier COEURNELLE Longévitiste – Jacques MATEU Chirurgien spécialiste en chirurgie plastique reconstructrice et esthétique – Jérôme GOFFETTE Philosophe – Miroslav RADMAN Biologiste cellulaire franco-croate .

* 18H Clôture


A PROPOS DE L’INTERPRO SANTE

Qu’est-ce que l’Interpro Santé ?

L’Interpro Santé a été créée en 2012 à l’initiative de l’UPE 13 et des principales branches professionnelles de la santé (FHP – FHF – SYNERPA – FEHAP – FNTS). Elle fédère l’ensemble des acteurs de la santé avec pour principal objectif de booster les relations et développer des synergies et des coopérations.

L’Interpro Santé participe activement à la valorisation de la filière sur le territoire métropolitain et à l’amplification de son rayonnement à l’échelle européenne et internationale.

Son ambition est de devenir un puissant réseau fédérateur qui intervient en transversalité et en complémentarité des branches professionnelles.

Ses principaux objectifs

Stimuler et accompagner le développement de l’innovation en santé pour en faire un outil de promotion du territoire.

Fédérer l’ensemble des acteurs de la filière santé pour échanger, favoriser les approches transversales et développer des synergies et des coopérations.

Renforcer la visibilité de la filière sur notre territoire et promouvoir sa dynamique.

Etre force de propositions pour de nouveaux modèles économiques pour optimiser le financement de l’assurance-maladie.

A PROPOS D’EUROBIOMED

Fondé en 2009 par l’ensemble des acteurs de la filière santé des régions Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte-D’azur, le pôle de compétitivité Eurobiomed pointe au sommet des classements européens à toutes les étapes de la chaine de l’innovation : enseignement, recherche fondamentale, translationnelle et clinique, centres d’innovation technologique, startups et success stories industrielles.

Eurobiomed fonctionne à l’instar d’un collectif. Il offre à chaque membre un management de projet au standard industriel (conseil, études, appels d’offres, aide à l’export, ingénierie administrative et financière), un espace d’échange (carrefour annuel, rencontres thématiques, Biorezo), un lien privilégié avec les institutionnels et les investisseurs (en région, en France et en Europe) et la réactivité qui conditionne la réussite de projets R&D très innovants.

Ensemble, les 253 membres du collectif Eurobiomed (dont 200 entreprises) constituent non seulement un formidable moteur de développement régional (160 projets de R&D représentant 585 millions d’euros d’investissement et 700 emplois directs) mais aussi une source de solutions pour les millions de patients confrontés à des pathologies sévères : cancers, pathologies inflammatoires chroniques, maladies infectieuses, maladies (ré)émergentes, maladies neurologiques, maladies rares et orphelines.

Basé à Marseille, Montpellier et à Nice/Sophia Antipolis, Eurobiomed compte un effectif de 9 personnes. Il est présidé par Xavier TABARY et dirigé par Emilie ROYERE, Directrice Générale.

Transhumanisme, Homme augmenté. Quelles limites, thérapeutiques, techniques, éthiques ?

L’Homme augmenté sera-t-il solidaire ?

La journée a été animée par Édouard Kleinpeter, ingénieur de recherche au CNRS, animateur scientifique du pôle de recherche Santé connectée et humain augmenté de l’ISCC.

Les technologies modernes appellent dans le quotidien une consommation individualisée. Mais elles créent aussi du lien social, en facilitant les communications, les pratiques standardisées ou la constitution de réseaux. On voit aujourd’hui se développer des instruments susceptibles de doter l’humain de ressources nouvelles, tant sur le plan sensorimoteur que cognitif : des prothèses électroniques ou des exosquelettes, des neurostimulants ou des implants intracérébraux…

Après avoir abordé les aspects et l’essor de cette nouvelle réalité baptisée « Homme augmenté », le colloque en évaluera la désirabilité au regard des objectifs mutualistes.

  1. SOMMES-NOUS À LA VEILLE D’UNE VICTOIRE SUR LE HANDICAP ?

Jean-Michel Besnier, philosophe, directeur de l’EA Rationalités contemporaines (Université Paris-Sorbonne), coordonnateur scientifique du pôle de recherche Santé connectée et humain augmenté de l’ISCC.
Nathanaël Jarrassé, chargé de recherche à l’Institut des systèmes intelligents et de robotique (CNRS – Université Pierre et Marie Curie)
Serge Picaud, neurobiologiste, directeur de recherche à l’Institut de la vision
Marc Roux, président de l’Association française de transhumanisme, Technoprog

  1. NOTRE SOCIÉTÉ « TECHNOLOGISÉE » DEVIENT ELLE PLUS ÉGALITAIRE ?

Hervé Chneiweiss, neurobiologiste et neurologue, directeur de recherche au CNRS
Brigitte Dormont, professeur d’économie à l’Université Paris-Dauphine, directrice de la Chaire Santé de la Fondation du Risque
Brigitte Munier-Temime, enseignant-chercheur à Télécom ParisTech

  1. QUEL CORPS SOIGNERA-T-ON DEMAIN ?

Alim-Louis Benabid, médecin, fondateur et président du directoire de Clinatec (sous réserve)
Geoffrey Delcroix, coordinateur du rapport « Le corps, nouvel objet connecté », Commission nationale informatique et libertés (Cnil)
Geneviève Fioraso, députée, ancienne secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche
Jérôme Goffette, maître de conférences en philosophie des sciences à l’Université Claude Bernard Lyon 1 et à l’École normale supérieure de Lyon
Xavier Labbée, avocat, président de l’Institut du droit et de l’éthique, professeur Lille 2.

Communiqué de presse MGEN

10 mars 2016

Le 9 mars 2016, le groupe MGEN a organisé, avec l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC), le colloque « Transhumanisme, Homme augmenté. Quelles limites, thérapeutiques, techniques, éthiques ? » Alors qu’une ère nouvelle est en train de s’ouvrir, où les avancées technologique vont rendre capable l’homme de se transformer, de se modifier et de « s’augmenter », le groupe MGEN voit la nécessité d’initier un véritable débat citoyen, afin que les avancées technologiques s’orientent dans un sens responsable, c’est-à-dire éthique et socialement utile.

S’il est encore trop tôt pour imaginer ce que sera la révolution des « NBIC » (nano technologies, biomédecine, informatique et sciences cognitives sur le cerveau…), une chose est sûre : le mouvement est en marche et les laboratoires de recherche sont, à la fois, à la veille de découvertes considérables pour la santé et le bien-être et prêts à des transgressions majeures pour l’avenir de l’humanité. L’enthousiasme, par exemple, suscité par les perspectives de victoires possibles sur le handicap, ne doit pas occulter la vigilance face à ceux qui seraient tentés de transformer génétiquement l’être humain. Quand certains prédisent une durée de vie très étendue, pour ceux qui en auront les moyens financiers, il ne faut pas oublier que la majorité de la population mondiale n’a aujourd’hui pas accès aux soins essentiels. La question transhumaniste est complexe. Elle fait appel à des connaissances sur des technologies extrêmement récentes, très peu connues du public. Elle renvoie à des débats éthiques qui touchent à la nature des sciences, à l’essence de l’homme. C’est aussi une question vertigineuse. Qu’est-ce que vivre 200 ans ? Qu’est-ce que penser avec un cerveau boosté par l’intelligence artificielle ?… Malgré la difficulté, il est impératif que le débat politique, éthique et philosophique soit ouvert et vivant dans la société. Le groupe MGEN a décidé d’y participer. En tant que mutuelle et acteur de soins, il pose des questions particulières : quelle place pour les systèmes solidaires de protection sociale ? Quel accès aux nouvelles technologies et aux soins, indépendamment des moyens financiers ?

En marge du colloque, Éric Chenut, vice-président du groupe MGEN, a déclaré : « nous avons l’ambition de faciliter l’appropriation de ce type de débats par le public, afin que chacun puisse se positionner en conscience et, concrètement, être acteur de sa propre santé. Nous voulons également devenir un acteur incontournable du marché des nouvelles technologies en santé. Depuis 2014, nous avons lancé d’autres réflexions sur le big data, la médecine prédictive et les objets connectés. La logique est la même. L’utilité sociale doit être au cœur du progrès technologique et si des acteurs tels que les mutuelles n’apportent pas de réponse sociale et solidaire, le champ sera complètement libre pour les acteurs dont l’objectif premier, voire unique, est lucratif. »

Conférence CNAM : de l’humain augmenté au transhumain. Que devient l’Homme face à ses technologies ?

S’il est certain que l’Homme, fort de son intelligence et de son habileté, s’est depuis toujours ingénié à façonner le monde pour se rendre, selon la maxime cartésienne, “comme maître et possesseur de la Nature”, les avancées technologiques récentes portent avec elles leur lot d’espoirs, mais aussi d’interrogations nouvelles sur le devenir de l’être humain.

La convergence technologique entre nanotechnologie, biotechnologie, informatique et sciences cognitives (NBIC) alimente un discours idéologique sur une “augmentation” de l’humain qui trouve un écho dans les milieux politique, économique et médiatique, suscitant à la fois fascination et répulsion.

Le transhumanisme, courant de pensée originaire des Etats-Unis, plaide pour une prise en main par l’être humain de sa propre évolution, assisté par des technologies qui lui en donneraient le pouvoir.

Sous des formes diverses, il impose un discours qui interroge les fondements même de la nature de l’Homme et de son avenir, d’autant plus audible que des contre-idéologies peinent à se structurer et à émerger.

Mais que cache réellement cette idéologie ? Il s’agit aujourd’hui de mettre en lumière un certain nombre de fondements philosophiques et éthiques qui la sous-tendent, pour mieux les comprendre mais aussi pour mieux les contrer.

Édouard Kleinpeter est ingénieur de recherche CNRS, responsable de médiation scientifique, à l’Institut des sciences de la communication (CNRS – Université Paris Sorbonne – Université Pierre et Marie Curie). Son travail s’oriente actuellement selon deux thématiques : l’interdisciplinarité et l’augmentation humaine.

Il est animateur scientifique du pôle «Santé connectée et humain augmenté» dirigé par le philosophe Jean-Michel Besnier, professeur à l’université Paris Sorbonne. Ses projets de recherche portent sur l’hybridation entre le corps et la technologie afin, en particulier, de soulever les enjeux éthiques, philosophiques, psychologiques et anthropologiques de la dialectique entre réparation et augmentation.

Il s’intéresse également aux discours et imaginaires véhiculés par le concept d’humain augmenté et l’idéologie transhumaniste. Il a publié plusieurs articles sur la thématique et a notamment dirigé l’ouvrage «L’humain augmenté» (CNRS Éditions, coll. « Les Essentiels d’Hermès », 2013).

La place prédominante du transhumanisme libérale ou l’échec du transhumanisme français

Marginalisation du transhumanisme à la française…

Le transhumanisme en France fait aujourd’hui l’objet de publications de plus en plus nombreuses, tant dans les journaux qu’à la télévision ou encore à la radio. Cependant, s’il semble s’éloigner des sentiers de la marginalité, le transhumanisme est encore loin de connaître la légitimité espérée par ses membres francophones. En atteste l’intervention de l’un de ses membres, lors d’un débat public sur les nanotechnologies qui, après avoir abordé la question d’une approche positive de l’augmentation de l’homme par les nouvelles technologies dans le cadre d’une évolution transhumaniste, se voit répondre de “ne pas faire de l’éthique sur des fantasmes de science-fiction”.

En France, l’actualité du transhumanisme continue d’être en partie reléguée au plan de fantasme infantile ou dangereux. Comparé à une secte parce qu’il partage, au même titre que les raëliens, des considérations positives sur le clonage, le transhumanisme est aussi assimilé par certains internautes à une tentative sectaire de dominer le monde.

Revendiquer son adhésion au mouvement brise la légitimité de l’individu et de ses propos. Selon le témoignage d’Olivier Goulet, Alberto Masala, philosophe de formation, peine à trouver sa place dans les institutions en raison de son appartenance au transhumanisme. Quant aux membres des Mutants, c’est sous couvert d’anonymat qu’ils préfèrent s’exprimer, afin de pousser les lecteurs à dépasser leurs réticences et à exercer leur esprit critique au-delà d’une mauvaise appréciation de leurs interlocuteurs. Cette difficulté à affirmer son appartenance au mouvement transhumaniste sans susciter une certaine désapprobation pourrait expliquer qu’aucun membre de l’AFT Technoprog, à l’exception d’un biologiste, ne relève d’une formation scientifique, les chercheurs partageant les mêmes considérations préférant ne pas être affiliés au mouvement. Une particularité qui s’oppose au transhumanisme anglo-saxon où le transhumanisme est supporté par des figures scientifiques reconnues. Il faut dire que la question de la science, en France, ne se pose pas de la même manière qu’aux Etats-Unis, et explique en partie pourquoi l’appréhension du transhumanisme s’est faite avec retard dans l’Hexagone.

Comme l’explique Jean-Pierre Dupuy, la culture populaire américaine est baignée de science-fiction. Les travaux de romanciers tels que Michael Crichton ou de cinéastes comme Steven Spielberg permettent au public d’accéder aux problématiques de la science et des techniques en les mettant en scène et en soulevant les questions humaines qui s’y abritent. Comme nous l’avons déjà expliqué, la science-fiction n’y est non pas inspirée par la science, mais au contraire l’anticipe, et nombres de philosophes américains ont été formés par la science-fiction. À l’inverse, bien que les grands philosophes français du 17e et 18e siècles, tels Pascal, Descartes ou Condorcet, fussent tout aussi bien savants, les philosophes français, aujourd’hui, observent de faibles connaissances scientifiques et technologiques, exprimant ainsi une véritable coupure entre culture scientifique et culture philosophique. Ainsi, si les faibles barrières qui existent aux Etats-Unis entre les différentes disciplines permettant une confusion entre science et croyances, tel le transhumanisme, il en est tout autrement en France où le cloisonnement des domaines tend à inscrire les scientifiques dans une réinterprétation du principe de neutralité axiologique décrit par Weber et perçue ici comme la nécessité d’éviter toute prise de position partisane.

Dans un pays où s’observe une carence importante en ce qui concerne l’information scientifique du grand public, certaines pensées portées par la science finissent par s’inscrire dans des représentations fausses, fantasmatiques voire caricaturales. La version française du transhumaniste connaît ainsi peu d’échos et le sujet semble échapper aux premiers intéressés. En effet, le transhumanisme français souffre d’une vision partielle du transhumanisme tributaire d’une origine ultra-libérale dont s’accommode mal la France.

Marc Roux insiste ainsi sur la nécessité de penser le transhumanisme dans toute sa complexité, en prenant compte qu’il s’agit avant tout d’une nébuleuse et qu’aucune définition du transhumanisme n’est réellement acquise. Face au transhumanisme néo-libérale anglo-saxon, le président de l’AFT Technoprog affirme qu’un “autre transhumanisme est possible“, plus humaniste et sociale. Néanmoins, si le transhumanisme français est, selon Jean-Michel Besnier, caractérisé par un “hyperhumanisme” fréquentable, la version néo-libérale anglo-saxonne du transhumanisme n’en reste pas moins la plus représentée. Celle-ci s’est en effet naturellement imposée comme une image représentative du mouvement et en devient l’unique vision reprise par les critiques qui tendent à écarter l’aspect nébuleux du transhumanisme. Comme le constate Nick Bostrom à l’occasion d’une interview pour le magazine en ligne des Automates Intelligents, la plupart des français à s’intéresser à la question transhumaniste tendent trop souvent à l’associer aux travaux de futurologues tels que Ray Kurzweil. Une situation que déplore Nick Bostrom pour qui cette assimilation du transhumanisme à une personnalité ou à une philosophie représenterait un risque dommageable à la compréhension du mouvement.

… face à la visibilité et au pouvoir d’action du transhumanisme néo-libérale.

Non seulement le transhumanisme néo-libérale reste incontestablement le plus représenté, mais il bénéficie également d’intérêts économiques et financiers jouant à sa visibilité et à son pouvoir d’action, et devient par là même la version du transhumanisme la plus susceptible d’avoir un impact sur notre quotidien.

Outre la mise en place d’une communication participant sans conteste à l’expansion du mouvement, le transhumanisme anglo-saxon connaît un fort impact de par la présence de voix fortes relayant les idées transhumanistes. Des leaders relayent ainsi considérablement le message transhumaniste, à l’inverse de la France où les membres du mouvement restent très peu médiatiques. Trois profils se distinguent parmi les membres de la sphère transhumaniste anglo-saxonne avec d’une part, des universitaires européens et américains très présents dans les sphères académique : Nick Bostrom, ancien président de la WTA, possède ainsi ses assises institutionnelles aux James Martin Institute d’Oxford et au Foresight Institute de Londres, tandis que son homologue américain, James Hugues, également homme d’affaires, est directeur de l’Institute for Ethics and Emerging Technologies de Stanford. Outre des universitaires, le mouvement transhumaniste anglo-saxon, tributaire de son orientation techno scientifique, est représenté par de nombreux scientifiques, participant parfois d’un activisme médiatique important en jouant sur l’image du savant fou, notamment en Angleterre, mais aussi légitimés par leurs achèvements théoriques. Les cas d’Aubrey de Grey et de Kevin Warwrick sont ici de bons exemples: Aubrey De Grey, ancien informaticien à l’université de Cambridge et chercheur autodidacte en bio gérontologie, est l’une des figures médiatiques les plus exposées aux médias, jusqu’en France où il fait, en avril 2006, la couverture de Courrier International suite à des déclarations sur les possibilités d’allonger l’espérance de vie jusqu’à un millier d’années. Cette idée est également relayée par Robert A. Freitas Jr, chercheur et ingénieur américain, spécialiste de la nanotechnologie, et élaborant une procédure de “déchronification” consistant à « remonter l’horloge », en prenant à rebours le vieillissement. Si la réputation scientifique d’Aubrey de Grey est remise en cause par ses détracteurs qui voient dans le personnage une seule volonté de provocation médiatique – ses déclarations vont jusqu’à susciter des pétitions de chercheurs en gérontologie – d’autres scientifiques pratiquent tout autant un certain activisme médiatique sans pour autant voir la remise en cause de leurs antécédents académiques. Tel est le cas de Kevin Warwirck, le premier être humain à relier son système nerveux à un ordinateur, par le biais d’électrodes placées dans le bras. S’il ne se déclare par ouvertement transhumaniste, le scientifique britannique participe néanmoins régulièrement aux activités de l’association Humanity+ et met en scène chacune de ses expériences à travers des vidéos chocs, dans le but d’attirer l’attention du public. Bien que leur message, relayé par les médias, tendent à ancrer l’idée selon laquelle le transhumanisme serait l’œuvre de “savants fous”, la présence de scientifiques n’en reste pas moins un gage de légitimité pour un mouvement dont l’essentiel de la pensée repose sur des spéculations pro-techniques. Le conseil d’administration d’Humanity+ est ainsi composé, dans sa majorité, de chercheurs et d’ingénieurs.

Loin de n’être réduit qu’aux aspirations des organisations transhumanistes, la question d’une augmentation de l’homme par une idéologie du progrès concerne également d’autres acteurs scientifiques qui, adhérant à l’idéologie, ne se déclarent pas pour autant en tant que tel. Des chercheurs académiciens reconnus, dans le domaine de la physique, de l’astrophysique, des biotechnologies ou encore des nanotechnologies, soutiennent ainsi la possibilité de voir augmenter les capacités de l’homme. Le scientifique britannique Martin Rees explique que les humains, individuellement et collectivement, ne sont plus adaptés aux changements rapides de la technologie. Il estime ainsi que la question du posthumain est à prendre au sérieux et ne devrait pas être laissée aux écrivains de science-fiction. L’adhésion de scientifique à l’idée du progrès et à la question de l’homme augmenté permet d’apporter aux courants transhumanistes une plus grande visibilité et une crédibilité certaine. Ray Kurzweil, grand promoteur de la singularité technologique, reste ainsi incontestablement la figure de proue du mouvement transhumaniste. Incontournable aux Etats-Unis, il est considéré comme l’un des hommes les plus brillants de son époque, qualifié de “génie hyperactif” par le Wall Street Journal. Ses antécédents théoriques en font un leader, le leadership transhumaniste reposant avant tout sur la notion de l’intellect. Fondateur de neuf start-ups, auteur de nombreuses publications sur le transhumanisme, il est également l’inventeur des premiers synthétiseurs et de la reconnaissance vocale.

Dans ce contexte, les transhumanistes américains bénéficient d’une force de frappe considérable. Comme le constate François Taddéi, “Les Etats-Unis sont pilotés par des recherches de rupture, faire un super-soldat, rendre quelqu’un immortel. Ils sont dans ce mythe perpétuel de nouvelle frontière, d’abord de l’Ouest, puis de l’espace, puis d’Internet, puis de la transformation de l’homme. Ils pensent que la technologie peut résoudre tous les problèmes et sont moins sensibles à leurs effets négatifs”. Le transhumanisme et la singularité technologique n’ont ainsi aucun mal à convaincre les donateurs et à susciter des intérêts économiques et financiers considérables. En atteste l’exemple de la Singularity University, abordée précédemment, et financée, entre autres, par Google et la NASA. Le lien entre transhumanisme et la politique scientifique américaine est ici incontestable. Outre les interventions de Ray Kurzweil au congrès américain concernant les nanotechnologies, ce dernier est aussi membre de l’Army Science AdvisoryBoard, un comité conseillant l’armée US en matière scientifique et technologique. Certains membres de la recherche scientifique soutiennent ainsi activement le transhumanisme qui par ailleurs attire également l’attention des pouvoirs fédéraux. Williams Sims Brainbridge, transhumaniste affirmé, est ainsi membre de la National Nanotechnology Initiative (NNI), un programme fédéral américain destiné à la recherche et au développement des nanotechnologies, et pour qui le chercheur transhumaniste publie de nombreux rapports. En outre, et nous y reviendrons par la suite, les nanotechnologies, dont la recherche et le développement sont activement soutenus par les transhumanistes, font l’objet de nombreux investissements aux Etats-Unis.

Ce qui n’est, à ses débuts, qu’une simple anticipation de la science-fiction devient ainsi un mouvement institutionnalisé regroupant des milliers d’adhérents de par le monde. Plus encore, certains des aspects du transhumanisme en viennent à intéresser les chercheurs scientifiques et à susciter l’intérêt même des investisseurs industriels et étatiques. La science-fiction s’est fait ici la locomotive du développement scientifique et donne ainsi raison à Rémi Sussan lorsqu’il affirmait que le transhumanisme était de la science-fiction prise au sérieux. Cette réalisation, dans le présent, de ce qui ne faisait autrefois partie que de l’imaginaire fictionnelle, n’est pas sans susciter certaines réticences, notamment en France où le transhumanisme tente, tant bien que mal, d’affirmer de nouvelles valeurs.

Si l’utopie concerne, avec Thomas More, un lieu idéal, mais qui n’en reste pas moins dans l’imaginaire, les transhumanistes entendent, quant à eux, réaliser ici et maintenant l’utopie qu’ils se sont donnée. Comme nous allons le voir, ils ne sont pas seuls dans leur démarche et celle-ci concerne aujourd’hui des enjeux dépassant le seul cadre d’un simple mouvement culturel.

Extrait du Mémoire : le transhumanisme en France, Manon DEBOISE, Université Paul Cézanne – Aix-Marseille III, Institut d’études politiques – Année 2011/2012

Un transhumanisme français : la théorisation d’un transhumanisme plus social

L’Association française transhumaniste, AFT Technoprog, revendique une place particulière dans la nébuleuse transhumaniste en affirmant son attachement à un “technoprogressisme”, une position soutenant une rencontre entre développement technologique et progrès social. Selon les adeptes du technoprogressisme, le progrès se doit de se concentrer non seulement sur la science et la technologie, mais aussi sur les questions éthiques et sociales. Le développement technologique est, selon les technoprogressistes, indispensables pour voir advenir une meilleure démocratie et une culture plus civique.

Bien que se revendiquant d’un transhumanisme “démocratique de gauche” tel que développé par James Hughes dans son livre Citizen Cyborg, l’association affirme sa volonté de se détacher du mouvement libéral des origines. Certains des aspects les plus utopistes du transhumanisme sont ainsi mis de côté, tout en insistant sur la nécessité d’une critique rationnelle et d’une rigueur scientifique dans la démarche transhumaniste. Les travaux de l’association s’inscrivent ainsi dans la volonté d’accéder à une certaine respectabilité et de se détacher de toute accusation de sectarisme, l’aspect trop futuriste de certaines projections transhumanistes tendant à entraver une réelle approche sur les enjeux potentiels des technologies. Dans le souci d’être pris aux sérieux dans le débat publique et dans les choix de société, l’association s’éloigne de l’aspect utopiste et fictionnel caractérisant une partie du transhumanisme américain, et fait un partage entre l’hypothétique et le faisable : l’uploading n’est pas une des priorités de l’AFT, qui ne promeut pas non plus la cryogénisation. Quant à la singularité, elle ne fait pas consensus parmi les membres, Marc Roux estime ainsi peu concevable que l’émergence d’une Intelligence artificielle se fasse d’ici vingt à trente ans et remet en cause les principales prises de positions de Ray Kurweil.

Le transhumanisme français présente ainsi une particularité, une spécificité dans la nébuleuse transhumaniste. Tout en faisant l’affirmation d’un “techno-progressisme”, elle souligne la volonté d’établir un transhumanisme plus modéré et mieux adapté aux schémas culturels français, mais aussi européens, fondés sur la solidarité et sur un modèle social plus égalitaire. Marc Roux, ancien militant d’extrême gauche, fait la promotion d’un transhumanisme aux dimensions françaises, fondé sur le souci de l’équilibre social, où l’intégration technologique se fait pour le bien de la société. Ainsi, les statuts de l’AFT Technoprog affirment l’attachement de l’association aux valeurs fondamentales de la République en les intégrant dans la philosophie transhumaniste française. La devise de la République française est ainsi reprise à l’occasion du préambule des statuts de l’association, tout en les adaptant aux enjeux transhumanistes : les membres de l’AFT Technoprog y expriment leur attachement à la liberté, à l’égalité “en droit et en dignité entre tous les êtres conscients”, à la fraternité “en tant que principe qui reconnaît la nécessaire contribution de tous aux besoins élémentaires de chacun dans une communauté comme la société humaine” , et également à la rigueur scientifique.

L’AFT Technoprog se pose avant tout les questions relatives aux progrès technologiques dans leur ensemble, les questions éthiques quant à la progression des nouvelles technologies. Les sciences et les technologies créant de nouvelles possibilités, leurs conséquences sur l’humain sont inévitables selon l’AFT Technoprog. Les questionnements sur les risques sont ainsi particulièrement mis en avant en France comme l’en atteste la dernière conférence organisée en janvier 2012 par l’association qui, intitulée “Futurs transhumanistes : paradis ou enfer ?”, envisage de saisir les risques globaux engendrés par une hypothétique évolution transhumaniste. De manière générale, l’association met en avant la volonté de s’ouvrir le plus possible sur toutes les questions ouvertes par les progrès technologiques, jugeant celles- ci confisquées depuis trop longtemps par les pouvoirs économiques et politiques. Défendant la question de la liberté individuelle, il s’agit pour l’association Technoprog d’assurer aux individus un accès libre et démocratique aux nouvelles technologies. Les spéculations de certains membres de l’AFT abordent ainsi la possibilité d’une société libre permise par les technologies et la mise en place de réseaux électroniques menant à une société exercée selon les principes du “bottom up“, une société sans gouvernement, bénéfique à la liberté individuelle. L’association veut ainsi permettre la diffusion d’une information fiable aux individus et sensibiliser le public à des questions qui deviendront très vite incontournables pour l’ensemble de la population, mais aussi de démocratiser l’accès aux nouvelles technologies et d’éviter ainsi un accaparement de ces dernières au profit d’une minorité de riches privilégiés.

L’association ambitionne de restituer le débat des nouvelles technologies au niveau citoyen. A cet effet, elle permet à ses adhérents de prendre part à différents débats publics, notamment lors de la révision de la loi de bioéthique, dans le cadre des Etats Généraux de la bioéthique en 2009 au cours de laquelle l’AFT Technoprog apporte sa contribution en se positionnant explicitement en faveur d’une libéralisation de la bioéthique française , et également au cours du grand débat public sur les nanotechnologies d’octobre 2009 à février 2010 pour lequel l’association établit un cahier d’acteur. Ecouté à l’occasion de débats publics liés aux avancées technologiques, l’association française transhumaniste représente donc aujourd’hui un acteur officiellement reconnu dans l’espace publique.

L’association multiplie à cet effet ses interventions dans les différents médias pour faire entendre son point de vue et dépasser les polémiques engendrées par une méconnaissance du transhumanisme. En effet la réception des thèses transhumanistes est en grande partie victime de la machine médiatique, les médias recherchant principalement le sensationnel, et les journalistes ayant peu conscience du caractère polymorphe du mouvement. Dès lors, communiquer devient un enjeu important pour l’association qui ne veut pas prendre le risque d’être assimilée à ses homologues américains. Depuis sa création, l’association élargit ainsi sa présence médiatique à travers des émissions de radio, à travers la participation à des présentations télévisées du transhumanisme et dans la presse. Sur Internet, de nombreux articles et commentaires sont postés sur divers blogs à l’initiative de l’association qui participe par ailleurs à une chronique bimensuelle sur Silicon Maniacs, un dispositif médiatique propulsé en décembre 2010 par l’association Silicon Sentier, une association d’entrepreneurs technologiques.

L’AFT Technoprog s’inscrit également dans une volonté de cohésion européenne du mouvement transhumaniste en participant à l’élaboration de structures de coordination du transhumanisme à l’échelle européenne. En effet, une bonne part du transhumanisme européen est critique envers le transhumanisme tel qu’il est conçu outre atlantique et outre-manche, notamment à cause du néo-libéralisme qui le caractérise et de son aspect trop utopiste. Les transhumanistes européens cherchent ainsi à assurer une cohésion entre leurs mouvements pour affirmer leur présence face au transhumanisme américain. L’AFT Technoprog participe ainsi à la publication de dossier spéciaux “transhumanisme” sur le webzine international re-Public, un journal en ligne se concentrant sur les développements innovants dans la pratique et la théorie politique contemporaine, et à plusieurs sommets et évènements transhumanistes européens.

Extrait du Mémoire : le transhumanisme en France, Manon DEBOISE, Université Paul Cézanne – Aix-Marseille III, Institut d’études politiques – Année 2011/2012

A lire également sur le web :

Marc Roux : “Un autre transhumanisme est possible”

Arrivée du transhumanisme en France : d’un accueil mitigé à son institutionnalisation

Les nouveaux concepts culturels naissant outre-Atlantique mettent bien souvent du temps pour s’inscrire dans le paysage culturel français, et ce, malgré la fin des barrières géographiques induites par la démocratisation d’Internet.

Une forte typologie s’esquisse parmi les pays occidentaux en ce qui concerne l’appréhension du mouvement transhumaniste avec d’une part les pays anglo-saxons, avec en-tête les Etats-Unis, puis le Royaume Unis et les pays du Commonwealth, marqués par un fort activisme, et de l’autre, le reste des pays occidentaux où l’impact du transhumanisme reste encore minoritaire, ce mouvement y étant encore bien souvent considéré comme un fantasme infantile.

Si l’anglais, langue officielle du transhumanisme, permet au courant de rapidement se développer dans l’ensemble du monde anglo-saxon, il devient a contrario un facteur déjouant à la faveur de l’expansion du mouvement, notamment en France, pays classé bon dernier en ce qui concerne la maîtrise de la langue de Shakespeare. Les sites internet, blogs, magazines et périodiques vont malgré tout permettre au mouvement transhumaniste de se diffuser progressivement, en attirant l’oreille de certains curieux de l’Hexagone, et de susciter de nouvelles vocations, les évolutions techniques finissant par attiser les mêmes spéculations transhumanistes chez certains individus français.

La Spirale, un webzine ayant rejoint la toile Internet dans les années 1995, est l’un des premiers en France à donner un espace d’expression aux transhumanistes. Spécialisé dans les contre-cultures numériques, le site donne ainsi la parole à de hauts représentants de la culture technofuturiste tels Timothy Leary, Natasha Vita More ou encore son mari, Max More. Si le site ne concerne qu’une minorité d’intéresser passionnés par les questions de la contre-culture numérique naissante, il se positionne malgré tout en premier en relais des idées transhumanistes et extropiennes toutes droites venues des Etats-Unis, avant même la création de la World Transhumanist Association et offre l’avantage de proposer tous ses textes traduits en français.

Aux alentours des années 2002-2003, un collectif anonyme, les Mutants, fondé par Peggy Sastres et Charles Müller, deux journalistes scientifiques, fait son apparition sur la toile Internet. Il représente alors la première forme d’un mouvement transhumaniste naissant en France. Les Mutants mènent une activité strictement en ligne et le site est animé par des individus se sentant à l’aise avec les idées venues du monde anglo-saxon. Peggy Sastres, doctorante en philosophie, militante pour un « féminisme hédoniste », se fait la grande promotrice de l’ectogenèse, une technique médicale consistant à développer un embryon ou un foetus humain hors du corps humain par le biais d’un utérus artificiel, alliant ainsi post-sexualisme et impératif hédoniste pearcien.

Les nombreux textes postés sur leur site, en faisant la promotion d’un droit à la « mutation », annoncent une humanité entrant dans une nouvelle phase de l’évolution. Les membres du réseau ambitionnent une prise en main de leur destin évolutif et reprennent une partie des thèmes transhumanistes tout en les inscrivants dans un registre tragique, cynique et narcissique, loin de l’optimisme initial du courant américain.

Bien que le réseau des Mutants entretiennent des liens avec les extropiens et les transhumanistes nord-américains, leurs revendications se portent avant tout sur la modification biologique de l’humain, abordant peu la question de l’hybridité homme- machine et écartant notamment la thèse de l’uploading considérée comme irréaliste au vu des connaissances actuelles.

Au cours de la vie du réseau des Mutants, deux cents personnes vont s’inscrire au forum, dont une vingtaine réellement active. Les profils rencontrés sont variés, beaucoup de ses membres se revendiquent de formation philosophique, scientifique ou de l’ingénierie, et on peut alors retrouver des personnalités telles que Rémi Sussan, journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies, ou encore Yves Michaud, philosophe français. Tous ne soutiennent pas les déclarations faites sur le site, mais beaucoup sont des curieux de ces nouveaux mouvements enfantés par la progression technologique.

Les réactions des visiteurs du site des Mutants sont extrêmes, tantôt marquées par un enthousiasme débordant, tantôt haineuses, assimilant les Mutants à une secte ou à des délires infantiles. Il faut dire que l’atmosphère régnant sur le site est toute particulière : entre nihilisme et ultralibéralisme, à l’image de ce que fut le mouvement extropien, le collectif en vient à prôner parfois un eugénisme radical et élitiste. Les nombreuses controverses suscitées par le réseau tendent à rendre difficiles l’assurance d’une légitimité fiable et les discordes entre les membres du groupe se multiplient. En 2007, le réseau des Mutants prend fin et le site est gelé, l’ensemble de son contenu restant cependant encore disponible en ligne. Cependant, les polémiques ont l’avantage d’avoir produit un effet de visibilité, et l’accumulation des textes et des analyses permet de porter les idées de la « mutation » à un public de plus en plus intéressé par le travail des Mutants. Le défaut de ce collectif, glorifiant avant tout le chaos, reste sûrement celui d’avoir prôné des pensées trop radicales pour être écouté et accepté en France sans conflits, et de n’avoir su, par ailleurs, quitter la seule activité en ligne pour se constituer de manière structurelle.

S’inscrivant dans un premier temps de façon marginale, le transhumanisme ne connaît alors toujours pas de vitrine institutionnelle en France. Certaines personnes créent des plates-formes de temps en temps, abordant la question, beaucoup discutent de ce sujet sur les forums ou rejoignent directement les associations anglo-saxonnes à la source. Si les groupements qui se sont développés jusqu’alors ont mis fin à leurs activités, la création par d’anciens membres de la liste de diffusion des Mutants, au début des années 2010, de l’Association française transhumaniste, reconnue par la WTA, permet au mouvement de prendre une dimension plus officielle dans le paysage français. À la fin de l’année 2007, une première liste de diffusion, destinée aux individus désireux d’échanger leurs idées sur la question du transhumanisme, est créée à l’initiative de Stéphane Gouanari, 27 ans, étudiant en Risk Management, et Alberto Masala, 31 ans, philosophe italien de la Sorbonne. Très vite s’affirme la volonté de créer une association transhumaniste française, afin de proposer au mouvement français émergeant une assise institutionnelle lui offrant une plus grande visibilité et des possibilités d’action élargies. En 2010, celle-ci voit le jour sous l’impulsion de Marc Roux, son président. Association régie par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901, elle s’intitule Association Française Transhumaniste : Technoprog! (AFT) et se donne pour objectif d’initier, en France, une réflexion sur le transhumanisme et d’en faire la promotion sur le territoire français en diffusant :

Les thématiques et les questionnements relatifs aux technologies susceptibles d’améliorer et de prolonger la vie des individus et de l’espèce humaine. L’association se propose de promouvoir ces technologies, liées notamment au fonctionnement corporel et aux conditions de vie, aussi bien dans les domaines scientifiques, philosophiques, artistiques, etc“.

Extrait du Mémoire : le transhumanisme en France, Manon DEBOISE, Université Paul Cézanne – Aix-Marseille III, Institut d’études politiques – Année 2011/2012