Menace sur l’espèce humaine ou démocratiser le génie génétique

Vandelac, L. (2001). Menace sur l’espèce humaine, ou, Démocratiser le génie génétique. Classiques Des Sciences Sociales. https://doi.org/10.1522/24912245

L’art de se boucler soi-même… « Désormais il n’y a plus de discipline scientifique qui ne soit dans la nécessité de maîtriser sa propre maîtrise », il importe donc « de devenir non pas les maîtres du monde ou les maîtres et possesseurs de la Nature, mais les sages de notre maîtrise ». (Serres, 1995) Cela est particulièrement vrai pour ce projet de maîtrise, d’emprise et de remodelage généralisé du vivant auquel nous convie le génie génétique. D’où la nécessité de dénouer ce qui s’y joue, ce qui nous met en jeu… et nous met en joue, et ce qui risque de nous mettre bientôt littéralement hors-jeu…

Klaus Schwab et son Grand Reset Fasciste

Né à Ravensburg en 1938, Klaus Schwab est un enfant de l’Allemagne d’Adolf Hitler, un régime d’État policier fondé sur la peur et la violence, sur le lavage de cerveau et le contrôle, sur la propagande et le mensonge, sur l’industrialisme et l’eugénisme, sur la déshumanisation et la « désinfection », sur une vision effrayante et grandiose d’un « nouvel ordre » qui durerait mille ans.

Schwab semble avoir consacré sa vie à réinventer ce cauchemar et à essayer de le transformer en réalité non seulement pour l’Allemagne mais pour le monde entier.

Pire encore, comme ses propres mots le confirment à maintes reprises, sa vision technocratique fasciste est aussi une vision transhumaniste tordue, qui fusionnerait les humains et les machines dans « de curieux mélanges de vie numérique et analogique », qui infectera nos corps avec de la “Smart Dust” et dans laquelle la police serait apparemment capable de lire nos cerveaux.

source http://www.senat.fr/rap/r03-293/r03-29321.html

Et, comme nous le verrons, lui et ses complices utilisent la crise Covid-19 pour contourner la responsabilité démocratique, pour passer outre l’opposition, pour accélérer leur programme et l’imposer au reste de l’humanité contre notre volonté dans ce qu’il appelle la “Grande Réinitialisation” ou le “Grand Reset”.

Schwab n’est bien sûr pas un nazi au sens classique du terme, n’étant ni nationaliste ni antisémite, comme en témoigne le prix Dan David d’un million de dollars qui lui a été décerné par Israël en 2004.

Mais le fascisme du 21e siècle a trouvé différentes formes politiques à travers lesquelles il peut poursuivre son projet de base qui consiste à remodeler l’humanité en fonction du capitalisme par des moyens ouvertement autoritaires. Ce nouveau fascisme est aujourd’hui mis en avant sous le couvert de la gouvernance mondiale, de la biosécurité, de la « nouvelle normalité », du « New Deal pour la nature » et de la « quatrième révolution industrielle ».

Schwab, un octogénaire, fondateur et président exécutif du Forum économique mondial, est au centre de cette matrice comme une araignée sur une toile géante.

Le projet fasciste initial, en Italie et en Allemagne, consistait en une fusion de l’État et des entreprises.

Alors que le communisme envisage la prise de contrôle des entreprises et de l’industrie par le gouvernement, qui – en théorie ! – agit dans l’intérêt du peuple, le fascisme se serte de l’État pour protéger et promouvoir les intérêts de l’élite fortunée. Schwab poursuivait cette approche dans un contexte d’après-guerre dénazifié, lorsqu’il a fondé en 1971 le European Management Forum, qui tenait des réunions annuelles à Davos en Suisse.

Ici, il y promeut son idéologie du capitalisme « stakeholder » (un capitalisme des parties prenantes) dans lequel les entreprises sont amenées à coopérer plus étroitement avec le gouvernement. Le capitalisme des parties prenantes est décrit par le magazine Forbes comme « l’idée qu’une entreprise s’attache à répondre aux besoins de toutes ses parties prenantes : clients, employés, partenaires, communauté et la société dans son ensemble ».

Même dans le contexte d’une entreprise en particulier, il s’agit invariablement d’une étiquette vide. Comme l’indique l’article de Forbes, cela signifie en fait seulement que les « entreprises peuvent continuer à verser de l’argent à leurs actionnaires et à leurs dirigeants en privé, tout en maintenant une façade public d’une sensibilité sociale remarquable et d’un altruisme exemplaire ».

Mais dans un contexte social général, le concept des parties prenantes est encore plus néfaste, car il écarte toute idée de démocratie, de gouvernement par le peuple, au profit d’un gouvernement par des intérêts corporatifs. La société n’est plus considérée comme une communauté vivante mais comme une entreprise, dont la rentabilité est le seul objectif valable de l’activité humaine.

Schwab a défini cet agenda en 1971, dans son livre Moderne Unternehmensführung im Maschinenbau (Modern Enterprise Management in Mechanical Engineering), où son utilisation du terme « parties prenantes » a effectivement redéfini les êtres humains non pas comme des citoyens, des individus libres ou des membres de communautés, mais comme des participants secondaires dans une entreprise commerciale massive.

Le but de la vie de chacun était «parvenir à une croissance et une prospérité à long terme » pour cette entreprise – en d’autres termes, de protéger et d’accroître la richesse de l’élite capitaliste. Tout cela est devenu encore plus clair en 1987, lorsque Schwab a rebaptisé son European Management Forum en World Economic Forum.

Le WEF se décrit sur son propre site Web comme « la plateforme mondiale pour la coopération public-privé » et ses admirateurs décrivent comment il crée « des partenariats entre les hommes d’affaires, les politiciens, les intellectuels et les autres leaders de la société pour « définir, discuter et faire avancer les questions clés sur l’agenda mondial ».

Les “partenariats” que le WEF crée visent à remplacer la démocratie par un leadership mondial composé d’individus triés sur le volet et non élus dont le devoir n’est pas de servir le peuple, mais d’imposer la règle du 1% à ce peuple avec le moins d’ingérence possible de la part du reste d’entre nous.

Dans les livres que Schwab écrit pour le grand public, il s’exprime dans les clichés à deux visages, de la propagande corporative et du greenwashing.

Les mêmes termes vides de sens sont utilisés à maintes reprises. Dans Shaping the Future of the Fourth Industrial Revolution : A Guide to Building a Better World, Schwab parle de « l’inclusion des parties prenantes et de la distribution des bénéfices » et de « partenariats durables et inclusifs » qui nous mèneront tous vers « un avenir inclusif, durable et prospère »! (1)

Derrière cette fanfaronnade, la véritable motivation de son capitalisme des parties prenantes, qu’il continuait à promouvoir sans relâche lors de la conférence du WEF de Davos en 2020, est le profit et l’exploitation.

The Fourth Industrial Revolution, by Klaus Schwab

Par exemple, dans son livre de 2016La quatrième révolution industrielle, Schwab parle de l’ubérisation du travail et des avantages qui en découlent pour les entreprises, en particulier les start-ups à croissance rapide dans l’économie numérique : « Puisque les plates-formes de “cloud humain” classent les travailleurs comme indépendants, elles sont – pour l’instant – exemptes de l’obligation de payer le salaire minimum, les taxes patronales et les prestations sociales ». (2)

La même insensibilité capitaliste transparaît dans son attitude envers les personnes qui approchent de la fin de leur vie professionnelle et qui ont besoin d’un repos bien mérité : « Le vieillissement est un défi économique car, à moins que l’âge de la retraite ne soit considérablement augmenté pour que les membres plus âgés de la société puissent continuer à contribuer à la population active (un impératif économique qui présente de nombreux avantages économiques), la population en âge de travailler diminue en même temps que le pourcentage des personnes âgées dépendantes augmente ».

Tout dans ce monde est réduit à des défis économiques, à des impératifs économiques et à des avantages économiques pour la classe capitaliste dominante.

Le mythe du progrès a longtemps été utilisé par les 1% pour persuader les gens d’accepter les technologies conçues pour nous exploiter et nous contrôler et Schwab joue sur ce point lorsqu’il déclare que « la quatrième révolution industrielle représente une source importante d’espoir pour poursuivre l’ascension du développement humain qui a entraîné une augmentation spectaculaire de la qualité de vie pour des milliards de personnes depuis 1800 ».

« Bien que cela ne semble pas capitale pour ceux d’entre nous qui vivent au quotidien une série d’ajustements mineurs mais significatifs de la vie, ce n’est pas un changement mineur – la quatrième révolution industrielle est un nouveau chapitre du développement humain, au même titre que les première, deuxième et troisième révolutions industrielles, et une fois de plus motivée par la disponibilité et l’interaction croissantes d’un ensemble de technologies extraordinaires ».

Mais il est bien conscient que la technologie n’est pas idéologiquement neutre, comme certains aiment à le prétendre. Les technologies et les sociétés se façonnent mutuellement, dit-il.

« Après tout, les technologies sont liées à la façon dont nous savons les choses, comment nous prenons des décisions et comment nous pensons à nous-mêmes et les uns aux autres. Elles sont liées à nos identités, à nos visions du monde et à nos futurs potentiels. Des technologies nucléaires à la course spatiale, en passant par les smartphones, les médias sociaux, les voitures, la médecine et les infrastructures, la signification des technologies les rendent politiques. Même le concept de nation “développée” repose implicitement sur l’adoption des technologies et sur ce qu’elles signifient pour nous, économiquement et socialement ».

La technologie, pour les capitalistes qui en sont à l’origine, n’a jamais été axée sur le bien social mais uniquement sur le profit, et Schwab affirme clairement qu’il en va de même pour sa quatrième révolution industrielle.

Il déclare : « Les technologies de la quatrième révolution industrielle sont véritablement perturbatrices – elles bouleversent les méthodes existantes de détection, de calcul, d’organisation, pour agir et fournir. Elles représentent des moyens entièrement nouveaux de créer de la valeur pour les organisations et les citoyens ».

Au cas où la signification de « créer de la valeur » n’était pas claire, il donne quelques exemples : « Les drones représentent un nouveau type d’employé qui réduit les coûts, qui travaille parmi nous, et qui effectue des tâches qui impliquaient autrefois de vraies personnes » et « l’utilisation d’algorithmes toujours plus performants augmente rapidement la productivité des employés – par exemple, en utilisant des robots de discussion pour augmenter (et, de plus en plus, remplacer) le support “live chat” pour les interactions avec les clients ».

Dans La quatrième révolution industrielle, Schwab décrit en détail les merveilles de la réduction des coûts et de l’augmentation des profits de son “Meilleur des mondes”.

« Plus tôt que prévu, le travail de professions aussi différentes que les avocats, les analystes financiers, les médecins, les journalistes, les comptables, les assureurs ou les bibliothécaires peut être partiellement ou totalement automatisé… […]

« La technologie progresse si vite que Kristian Hammond, cofondateur de Narrative Science, une société spécialisée dans la génération de récits automatisés, prévoit que d’ici le milieu des années 2020, 90% des informations pourraient être générées par un algorithme, la plupart du temps sans aucune intervention humaine (hormis la conception de l’algorithme, bien sûr) ».

C’est cet impératif économique qui alimente l’enthousiasme de Schwab pour « une révolution qui change fondamentalement notre façon de vivre, de travailler et de communiquer les uns avec les autres ».

Schwab parle avec beaucoup de lyrisme de la 4RI qui, selon lui, “ne ressemble à rien de ce que l’humanité a connu auparavant”.

« Considérez les possibilités illimitées de connecter des milliards de personnes via des appareils mobiles, donnant lieu à une puissance de traitement, des capacités de stockage et un accès aux connaissances sans précédent. Ou encore, pensez à la confluence stupéfiante de percées technologiques émergentes, couvrant des domaines très variés que l’intelligence artificielle (IA), la robotique, l’Internet des objets (IoT), les véhicules autonomes, l’impression 3D, les nanotechnologies, les biotechnologies, la science des matériaux, le stockage de l’énergie et l’informatique quantique, pour n’en citer que quelques-uns. Nombre de ces innovations n’en sont qu’à leurs débuts, mais elles atteignent déjà un point d’inflexion dans leur développement, car elles se fondent et s’amplifient mutuellement dans une fusion de technologies à travers les mondes physique, numérique et biologique ».

Il se réjouit également du développement de l’éducation en ligne, impliquant « l’utilisation de la réalité virtuelle et augmentée » pour « améliorer considérablement les résultats scolaires », des capteurs « installés dans les maisons, les vêtements et les accessoires, les villes, les transports et les réseaux d’énergie » et des villes intelligentes, avec leurs importantes « plates-formes de données ».

« Tout sera intelligent et connecté à Internet», déclare Schwab, et cela s’étendra aux animaux, car « les capteurs câblés dans le bétail peuvent communiquer entre eux grâce un réseau de téléphonie mobile ». Il aime l’idée des « usines de cellules intelligentes » qui pourraient permettre « la génération accélérée de vaccins »  et les « technologies du big data ».

Celles-ci, nous assure-t-il, « offriront des moyens nouveaux et innovants de servir les citoyens et les clients » et nous devrons cesser de nous opposer aux entreprises qui profitent de l’exploitation et de la vente d’informations sur tous les aspects de nos vies personnelles.

“Il sera vital d’établir la confiance dans les données et les algorithmes utilisés pour prendre des décisions”, insiste Schwab. « Les préoccupations des citoyens concernant la protection de la vie privée et l’établissement de la responsabilité dans les structures commerciales et juridiques nécessiteront des ajustements de réflexion ».

En fin de compte, il est clair que toute cette excitation technologique tourne uniquement autour du profit, ou de la « valeur », comme Schwab préfère l’appeler dans son jargon corporatif du 21e siècle. Ainsi, la technologie blockchain sera fantastique et provoquera « une explosion des actifs négociables, car toutes sortes d’échanges de valeur peuvent être hébergés sur la blockchain ».

L’utilisation de la technologie de registre distribué, ajoute Schwab, « pourrait être le moteur de flux massifs de valeur dans les produits et services numériques, en fournissant des identités numériques sécurisées qui peuvent rendre de nouveaux marchés accessibles à toute personne connectée à Internet ».

En général, l’intérêt de la 4RI ​​pour l’élite dirigeante du monde des affaires est qu’elle va « créer des sources de valeur entièrement nouvelles » (1) et « donner naissance à des écosystèmes de création de valeur qui sont impossibles à imaginer avec un état d’esprit figé dans la troisième révolution industrielle ».

Les technologies de la 4RI, déployées via la 5G, constituent des menaces sans précédent pour notre liberté, comme le concède Schwab : « Les outils de la quatrième révolution industrielle permettent de nouvelles formes de surveillance et d’autres moyens de contrôle qui vont à l’encontre des sociétés saines et ouvertes ».

Mais cela ne l’empêche pas de les présenter sous un jour positif, comme lorsqu’il déclare que « la criminalité publique est susceptible de diminuer grâce à la convergence des capteurs, des caméras, de l’IA et des logiciels de reconnaissance faciale ».

Il décrit avec un certain plaisir comment ces technologies « peuvent s’immiscer dans l’espace jusqu’ici privé de notre esprit, en lisant nos pensées et en influençant notre comportement”.

« Au fur et à mesure que les capacités dans ce domaine s’améliorent, la tentation pour les services de police et les tribunaux d’utiliser des techniques pour déterminer la probabilité d’une activité criminelle, évaluer la culpabilité ou même éventuellement récupérer des souvenirs directement dans le cerveau des gens augmentera. Même le franchissement d’une frontière nationale pourrait un jour impliquer un scanner cérébral détaillé pour évaluer le risque de sécurité d’un individu ».

Il y a des moments où le chef du WEF se laisse emporter par sa passion pour un futur de science-fiction dans lequel « le voyage spatial humains à longue distance et la fusion nucléaire sont monnaie courante » et dans lequel « le prochain business model » pourrait impliquer que quelqu’un « échange l’accès à ses pensées contre la possibilité de gagner du temps en écrivant un message sur les réseaux sociaux par la seule pensée ».

Facebook construit une machine pour lire vos pensées

Parler de « tourisme spatial » sous le titre « la quatrième révolution industrielle et la dernière frontière » est presque drôle, tout comme sa suggestion selon laquelle un « monde plein de drones offre un monde de plein de possibilités ». Mais plus le lecteur progresse dans le monde décrit dans les livres de Schwab, moins tout cela semble être réjouissant.

La vérité est que cette figure très influente, au centre du nouvel ordre mondial en cours de création, est un transhumaniste convaincu qui rêve de mettre fin à la vie humaine naturelle et saine et de la communauté. Schwab répète ce message à maintes reprises, comme pour s’assurer que nous avons été dûment avertis.

« Les innovations époustouflantes déclenchées par la quatrième révolution industrielle, de la biotechnologie à l’IA, redéfinissent ce que signifie être humain », écrit-il. « L’avenir va remettre en question notre compréhension de ce que signifie être humain, d’un point de vue biologique et social ». « Déjà, les progrès des neurotechnologies et des biotechnologies nous obligent à nous interroger sur ce que signifie être humain ».

Il l’explique plus en détail dans façonner l’avenir de la quatrième révolution industrielle :

« Les technologies de la quatrième révolution industrielle ne se limiteront pas à faire partie du monde physique qui nous entoure – elles feront partie de nous. En effet, certains d’entre nous sentent déjà le sentiment que leurs smartphones sont devenus une extension de nous-mêmes. Les appareils externes d’aujourd’hui, des ordinateurs portables aux casques de réalité virtuelle, deviendront probablement implantables dans notre corps et notre cerveau. Les exosquelettes et les prothèses augmenteront notre puissance physique, tandis que les progrès de la neurotechnologie amélioreront nos capacités cognitives. Nous deviendrons plus aptes à manipuler nos propres gènes et ceux de nos enfants. Ces développements soulèvent des profondes questions : où tracer la limite entre l’homme et la machine ? Que signifie être humain ? »

Une section entière de ce livre est consacré au thème « Modifier l’être humain ». Il y est question de « la capacité des nouvelles technologies à faire littéralement partie de nous » et d’un avenir de cyborg impliquant « des curieux mélanges de vie numérique et analogique qui vont redéfinir nos natures mêmes ».

« Ces technologies fonctionneront au sein de notre propre biologie et changeront notre façon d’interagir avec le monde. Elles sont capables de franchir les limites du corps et de l’esprit, d’améliorer nos capacités physiques et même d’avoir un impact durable sur la vie elle-même ».

Aucune violation ne semble aller trop loin pour Schwab, qui rêve de « micropuces actives implantables qui brisent la barrière cutanée de notre corps », de « tatouages ​​intelligents », d’ « informatique biologique » et « d’organismes conçus sur mesure ».

Il est ravi d’annoncer que « les capteurs, les commutateurs de mémoire et les circuits peuvent être encodés dans des bactéries intestinales humaines communes », (1) que le « Smart Dust, des réseaux d’ordinateurs complets avec des antennes, chacun beaucoup plus petit qu’un grain de sable, peuvent désormais organiser à l’intérieur du corps » et que « les dispositifs implantés aideront probablement aussi à communiquer des pensées normalement exprimées verbalement par un smartphone “intégré”, et des pensées ou des humeurs potentiellement non exprimées en lisant les ondes cérébrales et d’autres signaux ».

La « biologie synthétique » est à l’horizon dans le monde de la 4RI de Schwab, donnant aux dirigeants capitalistes technocratique du monde « la possibilité de personnaliser les organismes en écrivant l’ADN ».

L’idée des neurotechnologies, dans lesquelles les humains auront des souvenirs entièrement artificiels implantés dans le cerveau, suffit à rendre certains d’entre nous un peu malades, tout comme « la perspective de connecter notre cerveau à la RV par le biais de modems corticaux, d’implants ou de nanorobots ».

Il n’est guère réconfortant d’apprendre que tout cela est – bien sûr! – dans l’intérêt supérieur du profit capitaliste car cela « annonce de nouvelles industries et de nouveaux systèmes de création de valeur » et « représente une opportunité de créer des systèmes de valeur entièrement nouveaux dans le cadre de la quatrième révolution industrielle ».

Et qu’en est-il de « la bio-impression des tissus organiques » ou de la suggestion selon laquelle « les animaux pourraient potentiellement être modifiés pour produire des produits pharmaceutiques et d’autres formes de traitement » ?

Des objections d’ordre éthique ?

Tout cela est évidemment bon pour Schwab, qui est heureux de l’annoncer : « Le jour où les vaches seront conçues pour produire dans leur lait un élément de coagulation du sang, dont les hémophiles sont dépourvus, n’est pas loin. Les chercheurs ont déjà commencé à étudier le génome des porcs dans le but de cultiver des organes adaptés à la transplantation humaine ».

Cela devient encore plus inquiétant. Depuis le sinistre programme eugénique de l’Allemagne nazie dans lequel Schwab est né, cette science a été considérée inacceptable par la société humaine.

Mais aujourd’hui, il estime manifestement que l’eugénisme doit connaître un renouveau, annonçant en ce qui concerne l’édition génétique : « Le fait qu’il soit désormais beaucoup plus facile de manipuler avec précision le génome humain au sein d’embryons viables signifie que nous verrons probablement à l’avenir l’avènement de bébés sur mesure qui possèdent des traits particuliers ou qui sont résistants à une maladie spécifique ».

Dans le célèbre traité transhumaniste I, Cyborg de 2002, Kevin Warwick prédisait :

« Les humains pourront évoluer en exploitant la super-intelligence et les capacités supplémentaires offertes par les machines du futur, en se joignant à elles. Tout cela indique le développement d’une nouvelle espèce humaine, connue dans le monde de la science-fiction sous le nom de “cyborgs”. Cela ne veut pas dire que tout le monde doit devenir un cyborg. Si vous êtes satisfait de votre état d’humain, qu’il en soit ainsi, vous pouvez rester tel que vous êtes. Mais attention – tout comme nous, les humains, nous nous sommes séparés de nos cousins ​​chimpanzés il y a des années, les cyborgs se sépareront des humains. Ceux qui restent humains risquent de devenir une sous-espèce. Ils seront effectivement les chimpanzés du futur ».

Quand les humains deviennent des cyborgs

Dans ce passage particulièrement accablant de la quatrième révolution industrielle, Schwab semble faire allusion au même avenir d’une élite transhumaine artificielle renforcée, “supérieure”, se séparant de la populace née naturellement :

« Nous sommes au seuil d’un changement systémique radical qui exige des êtres humains une adaptation continue. En conséquence, nous pouvons assister à un degré croissant de polarisation dans le monde, marqué par ceux qui embrassent le changement par rapport à ceux qui y résistent.

Il en résulte une inégalité qui va au-delà de l’inégalité sociétale décrite plus haut. Cette inégalité ontologique séparera ceux qui s’adaptent de ceux qui résistent – les gagnants et les perdants matériels dans tous les sens du terme.

Les gagnants pourraient même bénéficier d’une forme d’amélioration humaine radicale générée par certains segments de la quatrième révolution industrielle (comme le génie génétique) dont les perdants seront privés. Cela risque de créer des conflits de classe et d’autres affrontements comme nous n’en avons jamais vu auparavant ».

Schwab parlait déjà de « grande transformation » en 2016 et est clairement déterminé à faire tout ce qui est en son pouvoir, non négligeable, pour réaliser son monde transhumaniste d’inspiration eugénique, fait d’artifices, de surveillance, de contrôle et de profits exponentiels.

Mais, comme le révèle sa référence ci-dessus aux « conflits de classe », il est clairement préoccupé par la possibilité d’une « résistance sociétale » et par la manière de progresser « si les technologies rencontrent une grande résistance de la part du public ».

Les festivités annuelles du WEF de Schwab à Davos ont longtemps été accueillies par des protestations anticapitalistes et, malgré la paralysie actuelle de la gauche radicale, il est bien conscient de la possibilité d’une opposition renouvelée et peut-être plus large à son projet, avec le risque de « ressentiment, de peur et de contrecoup politique ».

Dans son dernier livre, il fournit un contexte historique, notant que « l’anti-mondialisation était forte dans la période précédant 1914 et jusqu’en 1918, puis moins dans les années 1920, mais qu’elle s’est ravivée dans les années 1930 à la suite de la Grande Dépression ». (4)

Il note qu’au début des années 2000, « le contrecoup politique et sociétal de la mondialisation n’a cessé de se renforcer », affirmant que « l’agitation sociale » s’est généralisée dans le monde entier ces deux dernières années, citant entre autres les Gilets Jaunes en France, et invoque le « sombre scénario » selon lequel « la même chose pourrait se reproduire ».

Alors, comment un technocrate honnête est-il censé mettre en place son avenir idéal pour le monde sans l’accord de l’opinion publique mondiale ? Comment Schwab et ses amis milliardaires peuvent-ils imposer leur société préférée au reste d’entre nous ?

L’une des réponses est la propagande implacable de lavage de cerveau produite par les médias et les académies appartenant au 1% de l’élite – ce qu’ils aiment appeler “un récit”.

Pour Schwab, la réticence de la majorité de l’humanité à sauter le pas dans sa 4IR express reflète la tragédie que cela représente : « Il manque au monde un récit cohérent, positif et commun qui expose les opportunités et les défis de la quatrième révolution industrielle, récit qui est essentiel si nous voulons donner du pouvoir à un ensemble diversifié d’individus et de communautés et éviter une réaction populaire contre les changements fondamentaux en cours ».

« Il est donc essentiel que nous investissions notre attention et notre énergie dans une coopération multipartite au-delà des frontières académiques, sociales, politiques, nationales et industrielles. Ces interactions et collaborations sont nécessaires pour créer des récits positifs, communs et pleins d’espoir, permettant aux individus et aux groupes de toutes les régions du monde de participer aux transformations en cours et d’en tirer profit ».

L’un de ces « récits » blanchit les raisons pour lesquelles la technologie de la 4RI doit être installée le plus rapidement possible partout dans le monde. Schwab est frustré que « plus de la moitié de la population mondiale – environ 3,9 milliards de personnes – ne puisse toujours pas accéder à Internet », 85% de la population des pays en développement restant hors ligne et donc hors de portée, contre 22% dans le monde développé.

Le but réel de la 4RI ​​est d’exploiter ces populations à des fins lucratives via le techno-impérialisme mondial, mais cela ne peut évidemment pas être énoncé dans le « récit » de propagande nécessaire pour vendre le projet. Leur mission doit plutôt être présentée, comme le fait Schwab lui-même, comme une tentative de « développer des technologies et des systèmes qui servent à distribuer des valeurs économiques et sociales telles que le revenu, les opportunités et la liberté à toutes les parties prenantes ».

Il se présente pieusement comme le gardien des valeurs libérales éveillées, déclarant : « Penser inclusivement va au-delà de la simple réflexion sur la pauvreté ou les communautés marginalisées comme une simple aberration – quelque chose que nous pouvons résoudre. Cela nous oblige à réaliser que “nos privilèges se situent sur la même carte que leur souffrance”. Cela va au-delà des revenus et des droits, même si ceux-ci restent importants. Au contraire, l’inclusion des parties prenantes et la distribution des bénéfices élargissent les libertés pour tous ».

La même technique, celle d’une fausse “narration” destinée à tromper les citoyens bien pensants pour qu’ils soutiennent un projet capitaliste impérialiste, a été largement utilisée en ce qui concerne le changement climatique. Schwab est, bien sûr, un grand fan de Greta Thunberg, qui s’était à peine levée du trottoir après sa manifestation à Stockholm avant d’être emmenée pour s’adresser au WEF à Davos.

Il est également un partisan du New Deal, mondial proposé pour la nature, en particulier via Voice for the Planet, qui a été lancé au WEF de Davos en 2019 par les Global Shapers, une organisation créée par Schwab en 2011 et décrite à juste titre par la journaliste d’investigation Cory Morningstar comme “un étalage grotesque de malversations d’entreprises déguisées en bonnes”.

Dans son livre de 2020, Schwab expose en fait la manière dont le faux « activisme des jeunes » est utilisé pour faire avancer ses objectifs capitalistes.

Il écrit, dans un passage particulièrement franc :

« L’activisme des jeunes augmente dans le monde entier, étant révolutionné par les médias sociaux qui augmentent la mobilisation à un point qui aurait été impossible auparavant. Il prend de nombreuses formes différentes, allant de la participation politique non institutionnalisée aux manifestations et protestations, et aborde des questions aussi diverses que le changement climatique, les réformes économiques, l’égalité des sexes et les droits des LGBTQ. La jeune génération est fermement à l’avant-garde du changement social. Il ne fait guère de doute qu’elle sera le catalyseur du changement et une source d’élan critique pour le Grand Reset ».

En fait, bien sûr, l’avenir ultra-industriel proposé par Schwab est tout sauf vert. Ce n’est pas la nature qui l’intéresse, mais le « capital naturel » et « l’incitation à l’investissement dans les marchés verts et les marchés à la frontière sociale ». La pollution est synonyme de profit et la crise environnementale n’est qu’une autre opportunité commerciale, comme il le détaille dans La quatrième révolution industrielle :

« Dans ce nouveau système industriel révolutionnaire, le dioxyde de carbone passe du statut de polluant à effet de serre à celui d’actif, et l’économie du captage et du stockage du carbone passe du statut de coût et de puits de pollution à celui d’installation rentable de captage et d’utilisation-production du carbone. Plus important encore, cela aidera les entreprises, les gouvernements et les citoyens à prendre conscience et à s’engager dans des stratégies visant à régénérer activement le capital naturel, permettant des utilisations intelligentes et régénératrices du capital naturel pour guider la production et la consommation durables et donner de l’espace à la biodiversité pour qu’elle se rétablisse dans les zones menacées ».

Les « solutions » de Schwab aux dommages dévastateurs infligés à notre monde naturel par le capitalisme industriel font appel au même poison, mais en pire.

La géo-ingénierie est l’une de ses activités favorites : « Les propositions comprennent l’installation de miroirs géants dans la stratosphère pour dévier les rayons du soleil, l’ensemencement chimique de l’atmosphère pour augmenter les précipitations et le déploiement de grandes machines pour éliminer le dioxyde de carbone de l’air ». « De nouvelles approches sont actuellement imaginées grâce à la combinaison des technologies de la quatrième révolution industrielle, telles que les nanoparticules et d’autres matériaux avancés ».

Comme toutes les entreprises et ONG pro-capitalistes qui soutiennent le New Deal pour la nature, Schwab est totalement et profondément non vert. Pour lui, la « possibilité ultime » d’une énergie « propre » et « durable » inclut la fusion nucléaire et il attend avec impatience le jour où les satellites « couvriront la planète de voies de communication qui pourraient aider à connecter plus de 4 milliards de personnes qui n’ont toujours pas d’accès à Internet ».

Schwab regrette également toute cette paperasserie qui empêche la progression sans entrave des aliments génétiquement modifiés, nous avertissant que : « La sécurité alimentaire mondiale ne sera atteinte, que si les réglementations sur les aliments génétiquement modifiés sont adaptées pour refléter le fait que l’édition génique offre une méthode précise, efficace et sûre pour améliorer les cultures ».

Le nouvel ordre envisagé par Schwab embrassera le monde entier et il faut donc une gouvernance mondiale pour l’imposer, comme il le déclare à plusieurs reprises. Son avenir préféré « ne se réalisera que par une meilleure gouvernance mondiale », insiste-t-il. « Une certaine forme de gouvernance mondiale efficace » est nécessaire.

Le problème que nous rencontrons aujourd’hui est celui d’un éventuel « déficit de l’ordre mondial », affirme-t-il, ajoutant qu’il est improbable que l’Organisation mondiale de la santé « soit aux prises avec des ressources limitées et en diminution ».

Ce qu’il dit en réalité, c’est que sa quatrième révolution industrielle/Grand Reset ne fonctionnera que si elle s’impose simultanément partout sur la planète, sinon « nous serons paralysés dans nos tentatives pour relever et répondre aux défis mondiaux ».  « En un mot, la gouvernance mondiale est au cœur de toutes ces autres questions ».

Cet empire global désapprouve l’idée qu’une population particulière décide démocratiquement de prendre un autre chemin. Celles-ci « risquent de s’isoler des normes mondiales, mettant ainsi ces nations en danger de devenir les traînards de la nouvelle économie numérique » (2), prévient Schwab.

Tout sentiment d’autonomie et d’appartenance populaire est considéré comme une menace dans la perspective impérialiste de Schwab et doit être éradiqué sous la 4RI.

Il écrit :

« Les individus avaient l’habitude de s’identifier le plus étroitement à un lieu, un groupe ethnique, une culture particulière ou même une langue. L’avènement de l’engagement en ligne et l’exposition accrue aux idées d’autres cultures signifient que les identités sont désormais plus fongibles qu’auparavant… Grâce à la combinaison des schémas de migration historiques et de la connectivité à faible coût, les structures familiales sont en train d’être redéfinies ».

Pour Schwab, la véritable démocratie se situe essentiellement dans la même catégorie. Il sait que la plupart des gens n’accepteront pas de plein gré les plans visant à détruire leur vie et à les asservir à un système mondial d’exploitation techno-fasciste, de sorte que leur donner la parole n’est tout simplement pas une option.

C’est pourquoi le concept de « partie prenante » a été si important pour le projet de Schwab. Comme nous l’avons vu plus haut, il s’agit de la négation de la démocratie, qui met plutôt l’accent sur “l’établissement de contacts entre les groupes de parties prenantes pour la recherche de solutions”.

Si le public, les gens, sont inclus dans ce processus, ce n’est qu’à un niveau superficiel. L’ordre du jour a déjà été présupposé et les décisions ont déjà été prises en coulisses.

Schwab l’admet effectivement lorsqu’il écrit :

« Nous devons rétablir un dialogue entre toutes les parties prenantes afin d’assurer une compréhension mutuelle qui permette d’instaurer une culture de confiance entre les régulateurs, les organisations non gouvernementales, les professionnels et les scientifiques. Le public doit aussi être pris en compte, car il doit participer au façonnage démocratique des développements biotechnologiques qui affectent la société, les individus et les cultures ».

Le public doit donc « aussi » être pris en compte. Pas directement consulté, juste “considéré” ! Et le rôle du peuple, le Dèmos, sera simplement de « participer » à la “mise en forme” des développements biotechnologiques. La possibilité que le public rejette l’idée même des développements biotechnologiques a été entièrement supprimée grâce aux hypothèses délibérément intégrées dans la formule des parties prenantes.

Le même message est sous-entendu dans le titre de la conclusion de Schwab sur le thème “Façonner l’avenir de la quatrième révolution industrielle” : “Ce que vous pouvez faire pour façonner la quatrième révolution industrielle”(1). La techno-tyrannie ne peut pas être remise en question ou arrêtée, elle doit simplement être “façonnée”.

Schwab utilise le terme “systems leadership” pour décrire la manière profondément antidémocratique dont le 1% nous impose à tous son programme, sans nous donner la possibilité de dire “non”.

« Le leadership des systèmes consiste à cultiver une vision commune du changement – en travaillant avec toutes les parties prenantes de la société mondiale – puis à agir en conséquence pour modifier la manière dont le système apporte ses avantages, et à qui. Le leadership des systèmes requiert l’action de toutes les parties prenantes, y compris les individus, les dirigeants d’entreprise, les influenceurs sociaux et les décideurs politiques ».

Il qualifie ce contrôle total du haut vers le bas de « système de gestion de l’existence humaine », bien que d’autres préfèrent le terme de « totalitarisme ».

Un des traits distinctifs du fascisme historique en Italie et en Allemagne était son impatience face aux contraintes gênantes imposées à la classe dirigeante (« la Nation » en langage fasciste) par la démocratie et le libéralisme politique. Tout cela a dû être balayé pour permettre une guerre éclair de “modernisation” accélérée.

On retrouve le même esprit dans les appels de Schwab à une « gouvernance agile » dans lesquels il affirme que « le rythme du développement technologique et un certain nombre de caractéristiques des technologies rendent inadéquats les cycles et processus antérieurs d’élaboration des politiques ».

« L’idée de réformer les modèles de gouvernance pour faire face aux nouvelles technologies n’est pas nouvelle, mais l’urgence de le faire est bien plus grande compte tenu de la puissance des technologies émergentes d’aujourd’hui… le concept de gouvernance agile cherche à égaler l’agilité, la fluidité, la flexibilité et l’adaptabilité des technologies elles-mêmes et des acteurs du secteur privé qui les adoptent ».

L’expression « réformer les modèles de gouvernance pour faire face aux nouvelles technologies » donne vraiment le ton ici. Comme sous le fascisme, les structures sociales doivent être réinventées afin de répondre aux exigences du capitalisme et de ses technologies génératrices de profits.

Schwab explique que sa « gouvernance agile » impliquerait la création de laboratoires de politiques – « des espaces protégés au sein du gouvernement avec un mandat explicite pour expérimenter de nouvelles méthodes d’élaboration de politiques en utilisant des principes agiles » – et « d’encourager les collaborations entre les gouvernements et les entreprises pour créer des “bacs à sable de développement” et des “bancs d’essai expérimentaux” pour élaborer des réglementations utilisant des approches itératives, intersectorielles et flexibles ».

Pour Schwab, le rôle de l’État est de promouvoir les objectifs capitalistes et non de les soumettre à une quelconque forme de contrôle. S’il est tout à fait favorable au rôle de l’État pour permettre une prise de contrôle de nos vies par les entreprises, il est moins enthousiaste quant à sa fonction de régulation, qui pourrait ralentir l’afflux de profits dans les mains du secteur privé, et il envisage donc « le développement d’écosystèmes de régulateurs privés, en concurrence sur les marchés ».

Dans son livre de 2018, Schwab aborde le problème des réglementations gênantes et de la meilleure façon de « surmonter ces limites » dans le contexte des données et de la vie privée.

Il suggère « des accords de partage de données public-privé qui “brisent le verre en cas d’urgence”. Ces accords n’entrent en jeu que dans des circonstances d’urgence convenues au préalable (comme une pandémie) et peuvent contribuer à réduire les retards et à améliorer la coordination des premiers intervenants, permettant temporairement un partage de données qui serait illégal dans des circonstances normales ».

Curieusement, deux ans plus tard, il y a eu effectivement une « pandémie » et ces « circonstances d’urgence convenues d’avance » sont devenues une réalité. Cela n’aurait pas dû être une trop grande surprise pour Schwab, puisque le WEF avait co-organisé la tristement célèbre conférence Event 201 en octobre 2019, qui a modélisé une pandémie de coronavirus fictive.

Et il ne perdit pas de temps à sortir un nouveau livre, Covid-19 : The Great Reset, co-écrit avec Thierry Malleret, qui dirige un ouvrage qui s’appelle The Monthly Barometer, « une analyse prédictive succincte fournie aux investisseurs privés, aux PDG mondiaux et à leurs décideurs ».

Publié en juillet 2020, le livre vise à faire avancer « les conjectures et les idées sur ce à quoi le monde post-pandémique pourrait et devrait peut-être ressembler ».

Schwab et Malleret reconnaissent que la Covid-19 est « l’une des pandémies les moins meurtrières que le monde ait connues au cours des 2000 dernières années », ajoutant que « les conséquences du COVID-19 en termes de santé et de mortalité seront bénignes par rapport aux pandémies précédentes » .  « Cela ne constitue pas une menace existentielle, ni un choc qui laissera son empreinte sur la population mondiale pendant des décennies ».

Pourtant, curieusement, cette maladie « bénigne » est simultanément présentée comme le prétexte à un changement social sans précédent, sous la bannière du « Grand Reset » ! Et bien qu’ils déclarent explicitement que la Covid-19 ne constitue pas un « choc » majeur, les auteurs emploient à plusieurs reprises le même terme pour décrire l’impact plus large de la crise.

Schwab et Malleret placent la Covid-19 dans une longue tradition d’événements qui ont facilité des changements soudains et importants dans nos sociétés. Ils invoquent spécifiquement la Seconde Guerre mondiale :

« La Seconde Guerre mondiale a été la guerre de transformation par excellence, déclenchant non seulement des changements fondamentaux dans l’ordre mondial et l’économie mondiale, mais entraînant également des changements radicaux dans les attitudes et les croyances sociales qui ont finalement ouvert la voie à des politiques et des dispositions de contrat social radicalement nouvelles (comme l’entrée des femmes sur le marché du travail avant de devenir électrices).

Il existe évidemment des différences fondamentales entre une pandémie et une guerre (que nous examinerons plus en détail dans les pages suivantes), mais l’ampleur de leur pouvoir de transformation est comparable. Les deux ont le potentiel d’être une crise transformatrice aux proportions inimaginables auparavant ».

Ils se joignent également à de nombreux « théoriciens de la conspiration » contemporains pour faire une comparaison directe entre Covid-19 et le 11 septembre :

« C’est ce qui s’est passé après les attentats terroristes du 11 septembre 2001. Partout dans le monde, de nouvelles mesures de sécurité sont devenues la norme, comme l’utilisation généralisée de caméras, l’obligation d’utiliser des cartes d’identité électroniques et l’enregistrement des entrées et sorties des employés ou des visiteurs. A l’époque, ces mesures étaient considérées comme extrêmes, mais aujourd’hui elles sont utilisées partout et considérées comme “normales” ».

Lorsqu’un tyran déclare le droit de régner sur une population sans tenir compte de ses opinions, il aime justifier sa dictature en prétendant qu’il en a le droit moral parce qu’il est “éclairé”. Il en va de même pour la grande tyrannie du Grand Reset de Schwab, alimentée par la Covid, que le livre qualifie de « leadership éclairé », ajoutant :

« Certains dirigeants et décideurs qui étaient déjà à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique pourraient vouloir profiter du choc infligé par la pandémie pour mettre en œuvre des changements environnementaux durables et plus larges. Ils feront en effet un “bon usage” de la pandémie en ne laissant pas la crise se perdre”.

L’élite dirigeante capitaliste mondiale a certainement fait de son mieux pour « tirer profit du choc infligé par la panique », nous assurant à tous, depuis les tout premiers jours de l’épidémie que, pour une raison insondable, rien dans nos vies ne serait plus jamais comme avant.

Schwab et Malleret sont, inévitablement, enthousiastes dans leur utilisation du cadre du New Normal, bien qu’ils admettent que le virus a toujours été “bénin”. « C’est notre moment décisif », gloussent-ils. « Beaucoup de choses vont changer à jamais ». « Un nouveau monde va émerger ». « Le bouleversement sociétal déclenché par la COVID-19 durera des années, voire des générations ».

« Beaucoup d’entre nous se demandent quand les choses reviendront à la normale. La réponse la plus courte est : jamais ».

Ils vont même jusqu’à proposer une nouvelle séparation historique entre « l’ère pré-pandémique » et « le monde post-pandémique ».

« Des changements radicaux d’une telle importance sont en train de se produire que certains experts ont parlé d’une ère “avant coronavirus” (BC) et “après coronavirus” (AC). Nous continuerons à être surpris par la rapidité et la nature inattendue de ces changements. À mesure qu’ils se produiront, ils provoqueront des conséquences de deuxième, troisième, quatrième ordre et même plus, des effets en cascade et des résultats imprévus. Ce faisant, ils façonneront une “nouvelle normalité” radicalement différente de celle que nous laisserons progressivement derrière nous. Nombre de nos convictions et de nos hypothèses sur ce à quoi le monde pourrait ou devrait ressembler seront ébranlées au cours du processus .

Le Grand Reset et la quatrième révolution industrielle

En 2016, Schwab envisageait de « nouvelles façons d’utiliser la technologie pour modifier les comportements » et de prédire : « L’ampleur et la portée de la révolution technologique en cours vont entraîner des changements économiques, sociaux et culturels d’une ampleur si phénoménale qu’ils sont presque impossibles à envisager ».

Comme nous l’avons noté, il avait espéré faire avancer son programme technocratique par le biais des fausses “solutions” au changement climatique proposées par de faux capitalistes verts. Sous le titre “remise à zéro de l’environnement”, Schwab et Malleret déclarent : « À première vue, la pandémie et l’environnement peuvent sembler n’être que des cousins ​​éloignés ; mais ils sont beaucoup plus proches et plus imbriqués que nous le pensons ».

L’un des liens est que le WEF et ses semblables ont utilisé les “crises” climatique et virale pour faire avancer leur programme de gouvernance mondiale. Comme le disent Schwab et son co-auteur, « elles sont de nature mondiale et ne peuvent donc être traitées correctement que de manière coordonnée au niveau mondial ».

Un autre lien est la façon dont « l’économie post-pandémique » et « l’économie verte » impliquent des profits massifs pour les mêmes secteurs des grandes entreprises. La Covid-19 a manifestement été une excellente nouvelle pour les capitalistes qui espèrent tirer profit de la destruction de l’environnement, comme le rapportent Schwab et Malleret :

« La conviction que les stratégies ESG [Environmental, Social and Corporate Governance] ont bénéficié de la pandémie et sont les plus susceptibles d’en bénéficier encore plus est corroborée par diverses enquêtes et rapports. Les premières données montrent que le secteur de la durabilité a surpassé les fonds conventionnels au cours du premier trimestre de 2020 ».

Les requins capitalistes du soi-disant « secteur de la durabilité » se frottent les mains avec jubilation à la perspective de tout l’argent qu’ils pourraient gagner grâce à la grande réinitialisation fasciste prétextée par la Covid, dans laquelle l’État est instrumentalisé pour financer leur hypocrites bénéfices.

Remarque de Schwab et Malleret : « La clé pour attirer les capitaux privés vers de nouvelles sources de valeur économique positive pour la nature sera de déplacer les principaux leviers politiques et les incitations financières publiques dans le cadre d’une remise à plat économique plus large ».

« Un document politique préparé par Systemiq en collaboration avec le Forum économique mondial estime que la mise en place d’une économie favorable à la nature pourrait représenter plus de 10 000 milliards de dollars par an d’ici à 2030… La remise en état de l’environnement ne doit pas être considérée comme un coût, mais plutôt comme un investissement qui générera une activité économique et des opportunités d’emploi ».

Compte tenu de l’imbrication des crises climatique et de Covid exposée par Schwab, on peut supposer que le plan initial était de faire passer la réinitialisation de la « nouvelle normalité » sur le dos de la crise climatique. Mais de toute évidence, toute cette publicité pour Greta Thunberg et Extinction Rebellion soutenu par les grandes entreprises n’a pas suscité une panique publique suffisante pour justifier de telles mesures.

La Covid-19 sert parfaitement les objectifs de Schwab, car l’urgence immédiate qu’il présente permet d’accélérer et de précipiter l’ensemble du processus sans examen préalable.

« Cette différence cruciale entre l’horizon temporel respectif d’une pandémie et ceux du changement climatique et de la perte de la nature signifie qu’un risque de pandémie exige une action immédiate qui sera suivie d’un résultat rapide, tandis que le changement climatique et la perte de la nature exigent également une action immédiate, mais le résultat (ou “future reward”, dans le jargon des économistes) ne suivra qu’avec un certain décalage dans le temps ».

Pour Schwab et ses amis, le Covid-19 est le grand accélérateur de tout ce qu’ils veulent nous imposer depuis des années. Comme le disent Schwab et Malleret : « La pandémie exacerbe et accélère clairement les tendances géopolitiques qui étaient déjà apparentes avant l’éclatement de la crise ».

« La pandémie va marquer un tournant, en accélérant cette transition. Elle a cristallisé la question et rendu impossible un retour au statu quo pré-pandémique ».

Ils peuvent à peine dissimuler leur joie devant la direction que prend actuellement la société :

« La pandémie accélérera encore plus l’innovation en catalysant les changements technologiques déjà en cours (comparable à l’effet d’exacerbation qu’elle a eu sur d’autres problèmes mondiaux et nationaux sous-jacents) et en dynamisant toute entreprise numérique ou la dimension numérique de toute entreprise. […]

« Avec la pandémie, la “transformation numérique” à laquelle tant d’analystes font référence depuis des années, sans savoir exactement ce qu’elle signifie, a trouvé son catalyseur. L’un des effets majeurs du confinement sera l’expansion et la progression du monde numérique de manière décisive et souvent permanente.

« En avril 2020, plusieurs leaders technologiques ont observé à quelle rapidité et quelle radicalité les besoins créés par la crise sanitaire avaient précipité l’adoption d’un large éventail de technologies. En l’espace d’un mois seulement, il est apparu que de nombreuses entreprises, en termes d’adoption de la technologies avaient progressé rapidement de plusieurs années ».

Le destin sourit évidemment à Klaus Schwab, car la crise de Covid-19 a heureusement réussi à faire avancer à peu près tous les aspects de l’agenda qu’il a promu au cours des décennies. Ainsi, Malleret et lui rapportent avec satisfaction que « la pandémie va accélérer l’adoption de l’automatisation sur le lieu de travail et l’introduction de plus de robots dans notre vie personnelle et professionnelle ».

Il va sans dire que les confinements à travers le monde ont donné un grand coup de pouce financier aux entreprises proposant des achats en ligne.

« Les consommateurs ont besoin de produits et s’ils ne peuvent pas faire leurs achats, ils se tourneront inévitablement vers l’achat en ligne. À mesure que l’habitude s’installe, les personnes qui n’avaient jamais fait d’achats en ligne auparavant se sentiront plus à l’aise de le faire, tandis que les personnes qui faisaient des achats en ligne à temps partiel auparavant seront vraisemblablement plus nombreuses à y recourir. C’est ce qui est apparu clairement lors des confinements.

Aux États-Unis, Amazon et Walmart ont embauché 250 000 personnes pour faire face à l’augmentation de la demande et ont mis en place une infrastructure massive pour fournir des services en ligne. Cette accélération de la croissance du commerce électronique signifie que les géants du commerce de détail en ligne sortiront probablement de la crise encore plus forts qu’ils ne l’étaient à l’époque pré-pandémique ».

« De plus en plus de choses et de services divers nous sont apportés par nos téléphones mobiles et nos ordinateurs, et les entreprises dans des secteurs aussi disparates que le commerce électronique, les opérations sans contact, le contenu numérique, les robots et les livraisons par drone (pour n’en citer que quelques-uns) vont prospérer. Ce n’est pas par hasard que des entreprises comme Alibaba, Amazon, Netflix ou Zoom sont sorties “gagnantes” de ces confinements ».

En corollaire, nous pourrions suggérer que « ce n’est pas par hasard » que les gouvernements qui ont été pris et contrôlés par les grandes entreprises, grâce à des organisations comme le WEF, ont imposé une « nouvelle réalité » dans laquelle les grandes entreprises sont les « gagnants »…

La bonne nouvelle inspirée par la Covid ne s’arrête jamais pour tous les secteurs d’activité qui vont bénéficier de la quatrième répression industrielle.

« La pandémie pourrait s’avérer être une aubaine pour l’éducation en ligne », rapportent Schwab et Malleret. « En Asie, le passage à l’éducation en ligne a été particulièrement remarquable, avec une forte augmentation des inscriptions numériques des étudiants, une valorisation beaucoup plus élevée des entreprises de formation en ligne et davantage de capitaux disponibles pour les start-ups “ed-tech”… À l’été 2020, la direction de la tendance semble claire : le monde de l’éducation, comme pour tant d’autres industries, deviendra en partie virtuel ».

Les sports en ligne ont également pris leur essor : « Pendant un certain temps, la distanciation sociale peut limiter la pratique de certains sports, ce qui profitera à l’expansion toujours plus puissante des sports en ligne. La technologie et le numérique ne sont jamais loin! ». Le secteur bancaire a des nouvelles similaires : « Les interactions bancaires en ligne sont passées sont passées de 10 % à 90 % pendant la crise, sans baisse de qualité et avec une augmentation de la conformité ».

Le passage à l’activité en ligne initié par la Covid profite évidemment à la Big Tech, qui tire d’énormes profits de la crise, comme le décrivent les auteurs : « La valeur marchande combinée des principales entreprises technologiques a atteint un record après l’autre pendant les confinements, dépassant même les niveaux antérieurs à l’épidémie… il est peu probable que ce phénomène s’atténue de si tôt, bien au contraire ».

Mais c’est aussi une bonne nouvelle pour toutes les entreprises concernées, qui n’ont plus à payer des êtres humains pour travailler pour elles. L’automatisation est, et a toujours été, un moyen de réduire les coûts et donc d’augmenter les profits de l’élite capitaliste. La culture du New Normal fasciste apportera également des retombées lucratives à certains secteurs d’activité, comme l’industrie de l’emballage, expliquent Schwab et Malleret.

« La pandémie va certainement nous inciter à mettre l’accent sur l’hygiène. Une nouvelle obsession de la propreté entraînera notamment la création de nouvelles formes d’emballages. Nous serons encouragés à ne pas toucher aux produits que nous achetons. De simples plaisirs comme sentir un melon ou presser un fruit seront mal vus et pourraient même devenir une chose du passé».

Les auteurs décrivent également ce qui ressemble beaucoup à un programme technocratique lié au profit derrière la « distanciation sociale » qui a été un élément clé de la « réinitialisation » du Covid.

« Sous une forme ou une autre, les mesures de distanciation sociale et physique risquent de persister après la disparition de la pandémie elle-même, justifiant la décision de nombreuses entreprises de différentes industries d’accélérer l’automatisation. Au bout d’un certain temps, les préoccupations persistantes concernant le chômage technologique s’estomperont à mesure que les sociétés mettront l’accent sur la nécessité de restructurer le lieu de travail de manière à réduire au minimum les contacts humains étroits.

En effet, les technologies d’automatisation sont particulièrement bien adaptées à un monde dans lequel les êtres humains ne peuvent pas se rapprocher trop près les uns des autres ou sont prêts à réduire leurs interactions. Notre crainte persistante et peut-être durable d’être infectée par un virus (COVID-19 ou autre) accélérera ainsi la marche implacable de l’automatisation, en particulier dans les domaines les plus sensibles à l’automatisation ».

Comme mentionné précédemment, Schwab a longtemps été frustré par toutes ces réglementations fastidieuses qui empêchent les capitalistes de gagner autant d’argent qu’ils le voudraient, en se concentrant sur des préoccupations économiquement non pertinentes telles que la sécurité et le bien-être des êtres humains.

Mais – hourra! – la crise du Covid a fourni l’excuse parfaite pour éliminer une grande partie de ces entraves dépassées à la prospérité et à la croissance. La santé est un domaine dans lequel les lourdeurs administratives sont abandonnées. Pourquoi une partie prenante sensée imaginerait-elle qu’une obligation particulière de soin et de diligence devrait être autorisée à empiéter sur la rentabilité de ce secteur d’activité particulier ?

Schwab et Malleret sont ravis de constater que la télémédecine va “bénéficier considérablement” de l’urgence Covid : « La nécessité de faire face à la pandémie par tous les moyens disponibles (plus, pendant l’épidémie, la nécessité de protéger les professionnels de santé en leur permettant de travailler à distance) a supprimé certains des obstacles réglementaires et législatifs liés à l’adoption de la télémédecine ».

L’abandon des réglementations est un phénomène général dans le cadre du régime mondial de la nouvelle normalité, comme le rapportent Schwab et Malleret :

« Jusqu’à présent, les gouvernements ont souvent ralenti le rythme de l’adoption des nouvelles technologies en réfléchissant longuement à ce à quoi devrait ressembler le meilleur cadre réglementaire, mais, comme le montre l’exemple de la télémédecine et de la livraison par drone, une accélération spectaculaire forcée par la nécessité est possible.

Pendant les confinements, un assouplissement quasi-global des réglementations qui avait auparavant entravé les progrès dans les domaines où la technologie était disponible depuis des années s’est soudainement produit parce qu’il n’y avait pas de meilleur choix ou d’autre choix disponible. Ce qui était impensable jusqu’à récemment est soudainement devenu possible… Les nouvelles réglementations resteront en place ».

« L’impératif actuel de propulser, quoi qu’il arrive, “l’économie sans contact” et la volonté ultérieure des régulateurs de l’accélérer signifient qu’il n’y a pas de limites ».  « Aucune limite n’est imposée ».

Ne vous y trompez pas : c’est le langage adopté par le capitalisme lorsqu’il abandonne sa prétention à la démocratie libérale et passe en mode fasciste intégral. Il ressort clairement des travaux de Schwab et Malleret qu’une fusion fasciste de l’État et des entreprises, au profit de ces dernières, sous-tend leur grande remise à zéro.

Des sommes d’argent phénoménales ont été transférées des fonds publics dans les poches bombées du 1% depuis le tout début de la crise Covid, ainsi qu’ils le reconnaissent :

« En avril 2020, juste au moment où la pandémie commençait à se propager dans le monde, les gouvernements du monde entier avaient annoncé des programmes de relance s’élevant à plusieurs milliers de milliards de dollars, comme si huit ou neuf plans Marshall avaient été mis en place presque simultanément ». (…)

La COVID-19 a réécrit de nombreuses règles du jeu entre les secteurs public et privé. […] La plus grande intrusion bienveillante (ou non) des gouvernements dans la vie des entreprises et la conduite de leurs affaires dépendra du pays et de l’industrie, prenant donc de nombreuses formes différentes ». […]

« Des mesures qui auraient semblé inconcevables avant la pandémie pourraient bien devenir la norme dans le monde entier alors que les gouvernements tentent d’empêcher la récession économique de se transformer en une dépression catastrophique.[…]

« De plus en plus, on demandera au gouvernement d’agir comme “payeur de dernier recours” pour prévenir ou endiguer la vague de licenciements massifs et de destructions d’entreprises déclenchées par la pandémie. Tous ces changements modifient les règles du “jeu” de la politique économique et monétaire. » (4)

Schwab et son collègue auteur se félicitent de la perspective de voir les pouvoirs accrus de l’État utilisés pour soutenir le profit des grandes entreprises.

« L’une des grandes leçons des cinq derniers siècles en Europe et en Amérique est la suivante : les crises aiguës contribuent à renforcer le pouvoir de l’État. Cela a toujours été le cas et il n’y a aucune raison qu’il en soit autrement avec la pandémie COVID-19 ».

« En regardant vers l’avenir, les gouvernements décideront très probablement, mais avec des degrés d’intensité différents, qu’il est dans le meilleur intérêt de la société de réécrire certaines des règles du jeu et d’accroître leur rôle de façon permanente ».

L’idée de réécrire les règles du jeu rappelle beaucoup le langage fasciste, tout comme, bien sûr, l’idée d’accroître en permanence le rôle de l’État dans l’aide au secteur privé.

En effet, il est intéressant de comparer la position de Schwab sur cette question avec celle du dictateur fasciste italien Benito Mussolini, qui a répondu à la crise économique en 1931 en lançant un organisme spécial d’urgence, L’Istituto mobiliare italiano, pour aider les entreprises.

Il a déclaré qu’il s’agissait d’ « un moyen de pousser énergiquement l’économie italienne vers sa phase corporative, c’est-à-dire un système qui respecte fondamentalement la propriété et l’initiative privée, mais qui les lie étroitement à l’État, qui seul peut les protéger, les contrôler et les nourrir ». (5)

Les soupçons sur la nature fasciste de la grande réinitialisation de Schwab sont confirmés, bien sûr, par les mesures policières étatiques qui ont été déployées à travers le monde entier pour assurer le respect des mesures « d’urgence » Covid. La pure force brute pure qui ne se trouve jamais très loin sous la surface du système capitaliste devient de plus en plus visible lorsqu’elle entre dans la phase fasciste et cela est très bien mis en évidence dans le livre de Schwab et Malleret.

Le mot « force » est utilisé à maintes reprises dans le contexte de la Covid-19. Parfois, c’est dans un contexte commercial, comme avec les déclarations selon lesquelles « la COVID-19 a forcé toutes les banques à accélérer une transformation numérique qui est maintenant là pour durer ». « La micro-réinitialisation obligera chaque entreprise de chaque secteur à expérimenter de nouvelles façons de faire des affaires, de travailler et de fonctionner ».

Mais parfois elle s’applique directement aux êtres humains, ou aux « consommateurs » comme Schwab et ses semblables préfèrent le penser.

« Pendant les confinements, de nombreux consommateurs auparavant réticents à l’idée de trop compter sur les applications et les services numériques, ont été contraints de changer leurs habitudes presque du jour au lendemain : regarder des films en ligne au lieu d’aller au cinéma, se faire livrer des repas au lieu d’aller au restaurant, parler à des amis à distance au lieu de les rencontrer en chair et en os, parler à des collègues sur un écran au lieu de bavarder à la machine à café, faire de l’exercice en ligne au lieu d’aller au gymnase, etc. […]

« Bon nombre des comportements techniques que nous avons été contraints d’adopter pendant les confinements deviendront plus naturels grâce à la familiarité. Au fur et à mesure que les distanciations sociales et physiques persistent, le fait de s’appuyer davantage sur les plateformes numériques pour communiquer, travailler, demander conseils ou commander quelque chose va, peu à peu, gagner du terrain sur des habitudes autrefois ancrées ».

Dans un système fasciste, les individus n’ont pas le choix de se conformer ou non à ses exigences, comme l’indiquent clairement Schwab et Malleret à propos de la “recherche de contacts” : « Aucune application volontaire de recherche des contacts ne fonctionnera si les personnes ne sont pas disposées à fournir leurs propres données personnelles à l’agence gouvernementale qui surveille le système; si une personne refuse de télécharger l’application (et donc de retenir des informations sur une éventuelle infection, ses mouvements et ses contacts), tout le monde en subira les conséquences ».

C’est, selon eux, un autre grand avantage de la crise Covid par rapport à la crise environnementale qui aurait pu être utilisée pour imposer leur nouvelle normalité : « Alors que pour une pandémie, une majorité de citoyens aura tendance à être d’accord avec la nécessité d’imposer des mesures coercitives, ils résisteront aux politiques contraignantes dans le cas de risques environnementaux dont les preuves peuvent être contestées ».

Ces « mesures coercitives », auxquelles nous sommes tous censés souscrire, impliqueront bien sûr des niveaux inimaginables de surveillance fasciste de nos vies, en particulier dans notre rôle d’esclaves salariés.

« L’évolution des entreprises va vers une plus grande surveillance; pour le meilleur ou pour le pire, les entreprises vont surveiller et parfois enregistrer ce que fait leur personnel. Cette tendance pourrait prendre de nombreuses formes différentes, de la prise de température corporelle avec des caméras thermiques à la surveillance, via une application, de la manière dont les employés respectent la distance sociale ».

Des mesures coercitives d’un type ou d’un autre sont également susceptibles d’être utilisées pour forcer les gens à prendre les vaccins Covid.

Schwab est profondément lié à ce monde, allant jusqu’à tutoyer Bill Gates et ayant été décrit par Henry McKinnell, président et PDG de Pfizer Inc, comme « une personne véritablement dévouée à une cause vraiment noble » . Il n’est donc pas surprenant qu’il insiste, avec Malleret, sur le fait qu'”un retour complet à la “normale” ne peut être envisagé avant qu’un vaccin soit disponible. »

« Le prochain obstacle est le défi politique consistant à vacciner suffisamment de personnes dans le monde (nous sommes collectivement aussi forts que le maillon le plus faible) avec un taux de conformité suffisamment élevé malgré la montée des antivax ».

Les « antivax » rejoignent ainsi la liste des menaces que Schwab fait peser sur son projet, aux côtés des manifestants anti-mondialisation et anticapitalistes, des Gilets Jaunes et de tous ceux qui sont engagés dans des « conflits de classe », la « résistance sociale » et le « contrecoup politique ».

La majorité de la population mondiale a déjà été exclue des processus de décision par le manque de démocratie que Schwab veut accentuer à travers sa domination corporative par les parties prenantes, sa “gouvernance agile”, sa “gestion systémique de l’existence humaine” totalitaire.

Mais comment envisage-t-il de faire face au « sombre scénario » des gens qui s’insurgent contre sa grande réinitialisation new-normaliste et sa quatrième révolution industrielle transhumaniste ? Quel degré de « force » et de « mesures coercitives » serait-il prêt à accepter pour assurer l’aube de sa nouvelle ère technocratique ?

La question est effrayante, mais nous devons également garder à l’esprit l’exemple historique du régime du 20e siècle dans lequel Schwab est né. La nouvelle normalité nazie d’Hitler était censée durer mille ans, mais s’est effondrée 988 ans avant l’objectif. Ce n’est pas parce qu’Hitler a dit, avec toute la confiance du pouvoir, que son Reich durerait un millénaire, qu’il en fut ainsi. Ce n’est pas parce que Klaus Schwab et Thierry Malleret et leurs amis disent que nous entrons maintenant dans la quatrième révolution industrielle et que notre monde sera changé à jamais, qu’il en est ainsi.

Nous n’avons pas à accepter leur nouvelle normalité. Nous ne sommes pas obligés d’accepter leurs propos alarmistes. Nous ne sommes pas obligés de prendre leurs vaccins. Nous n’avons pas à les laisser nous implanter des smartphones ou modifier notre ADN. Nous n’avons pas à marcher, muselés et soumis, tout droit dans leur enfer transhumaniste. Nous pouvons dénoncer leurs mensonges ! Exposer leur programme ! Refuser leur récit ! Rejeter leur idéologie toxique ! Résister à leur fascisme !

Klaus Schwab n’est pas un dieu, mais un être humain. Juste un homme âgé. Et ceux avec qui il travaille, l’élite capitaliste mondiale, sont peu nombreux. Leurs objectifs ne sont pas ceux de la grande majorité de l’humanité. Leur vision transhumaniste est répugnante pour presque tout le monde en dehors de leur petit cercle et ils n’ont pas le consentement pour la dictature technocratique qu’ils essaient de nous imposer.

C’est, après tout, la raison pour laquelle ils ont dû se donner tant de mal pour nous l’imposer sous le faux drapeau de la lutte contre un virus. Ils ont compris que sans la justification de l'”urgence”, nous n’allions jamais suivre leur plan diabolique.

Ils ont peur de notre pouvoir potentiel parce qu’ils savent que si nous nous levons, nous les vaincrons. Nous pouvons faire échouer leur projet avant même qu’il n’ait vraiment démarré. Nous sommes le peuple, nous sommes les 99%, et ensemble, nous pouvons récupérer notre liberté des mâchoires mortelles de la machine fasciste !

Winter Oak

Winter Oak est une organisation à but non lucratif qui se consacre à la diffusion d’informations et d’idées sur des questions sociales, environnementales et philosophiques.

Notes :

[1] Klaus Schwab with Nicholas Davis, Shaping the Future of the Fourth Industrial Revolution: A Guide to Building a Better World (Geneva: WEF, 2018), e-book.

[2] Klaus Schwab, The Fourth Industrial Revolution (Geneva: WEF, 2016), e-book.

[3] Kevin Warwick, I, Cyborg (London: Century, 2002), p. 4. See also Paul Cudenec, Nature, Essence and Anarchy (Sussex: Winter Oak, 2016).

[4] Klaus Schwab, Thierry Malleret, Covid-19: The Great Reset (Geneva: WEF, 2020), e-book. Edition 1.0.

[5] Benito Mussolini, cit. Pierre Milza and Serge Berstein, Le fascisme italien 1919-1945 (Paris: Editions de Seuil, 1980), p. 246.

Les tests COVID-19 basés sur CRISPR arrivent

Les tests COVID-19 basés sur la technologie d’édition du génome CRISPR pourraient bientôt être disponibles, selon le rapport de l’IEEE Spectrum.

Alors que d’autres tests rapides de détection d’antigènes peuvent être effectués en moins d’une heure, ils présentent des problèmes de sensibilité. Les tests basés sur CRISPR peuvent ne prendre que cinq minutes, tout en fournissant des résultats très fiables.

Les tests peuvent être effectués simplement à l’aide d’une application pour smartphone. Deux de ces tests, tels que décrits dans les articles publiés dans les revues Science Advances et Cell, ont permis de diagnostiquer la COVID-19 en une fraction d’heure.

A test spearheaded by researchers at the Gladstone Institutes detects coronavirus from a nasal swab by using three small CRISPR “guides” to bind viral RNA; it then produces a fluorescent glow that can be read by a smartphone. Illustration: Parinaz Fozouni et al.
A smartphone-based COVID-19 test developed at Tulane University’s School of Medicine uses CRISPR to detect coronavirus RNA in a saliva sample within 15 minutes. Illustration: Bo Ning et al.

Un test d’ARN développé par l’équipe à l’origine des recherches publiées dans Cell utilise un échantillon de prélèvement nasal. Il pourrait détecter la COVID-19 chez les personnes très contagieuses en moins de cinq minutes.

Selon l’IEEE Spectrum, les scientifiques qui ont construit des kits de diagnostic attendent maintenant l’approbation de la Food and Drug Administration.

“CRISPR est encore une méthode relativement nouvelle sur le marché, et il est intéressant de faire potentiellement partie de cette première vague de diagnostics CRISPR”, a déclaré Melanie Ott, directrice du Gladstone Institute of Virology et l’une des responsables de l’étude Cell.

Selon des recherches antérieures, la détection de traces de COVID-19 dans la salive s’est avérée beaucoup plus difficile que celle des écouvillons nasaux inconfortables. Les concentrations du virus étaient simplement beaucoup plus faibles dans la salive que dans les échantillons prélevés au fond de la gorge.

Mais grâce aux recherches publiées dans Science Advances, les scientifiques ont découvert que CRISPR est capable d’isoler le virus d’une manière beaucoup plus efficace, permettant de repérer l’ARN viral dans les échantillons de salive – et ce, avec une grande précision. Lors des tests, l’équipe a découvert que son test basé sur CRISPR ne produisait pas de faux positifs lorsqu’il était associé à d’autres agents pathogènes.

Ott et son équipe testent actuellement un prototype qui pourrait être utilisé à domicile et dont le coût est inférieur à 10 dollars.

La Chine a soutenue secrètement les bébés génétiquement modifiés

Fin 2018, le monde scientifique a été secoué par la nouvelle qu’un scientifique chinois nommé He Jiankui avait secrètement créé les premiers bébés humains génétiquement modifiés au monde.

Dans un nouveau livre intitulé “The Mutant Project : Inside the Global Race to Genetically Modify Humans“, tel qu’il a été examiné par le Wall Street Journal, l’anthropologue Eben Kirksey a examiné l’impact de ces études choquantes.

Un point alarmant à retenir : Il avait de nombreux partisans et collaborateurs. Il a même obtenu le soutien de plusieurs responsables clés du Parti communiste au cours de ses premiers travaux, a révélé Kirksey, et ses expériences étaient un “secret de polichinelle” dans la communauté universitaire.

Dans une certaine mesure, ce n’est pas surprenant. En février 2019, STAT a signalé que la Chine avait probablement financé une partie de ses recherches. Et nous savions aussi qu’un groupe de scientifiques internationaux avait été au courant de ses travaux.

Mais ce soutien n’a pas duré. Il a disparu peu de temps après que ses expériences aient attiré l’attention internationale, le gouvernement chinois s’étant rapidement distancé de ses travaux, le dépeignant comme un scientifique devenu “voyou”. Il a été condamné à trois ans de prison en décembre 2019.

La communauté scientifique a également rapidement dénoncé ses travaux, qui visaient à conférer aux bébés une immunité contre le VIH, ses collègues affirmant qu’He Jiankui avait fait des économies et aurait même falsifié les examens éthiques de ses expériences.

Dans l’ensemble, le consensus est qu’il est bien trop tôt pour dire quelles sont les ramifications à long terme du bricolage du code génétique dans des embryons humains vivants.

D’autres études ont déjà montré que l’édition génétique peut effectivement induire des changements indésirables dans les embryons humains. Une étude d’octobre, par exemple, a révélé qu’une petite modification visant à réparer un gène dans des embryons humains pour traiter la cécité héréditaire a entraîné l’élimination de grandes parties d’un chromosome entier.

Dans son livre, Kirksey soutient qu’il est peut-être trop tard pour arrêter complètement la recherche sur l’édition génétique – mais il reste à savoir combien de temps il faudra pour que les effets de ces tentatives soient ressentis par la population en général.

Alors pourquoi se donner du mal ? Dans ce livre, Kirksey aborde également les pressions sociétales sous-jacentes qui peuvent conduire au désir d’éliminer les maladies par modification génétique – et, éventuellement, de concevoir des bébés dont les gènes ont été modifiés pour qu’ils soient plus intelligents, plus forts ou en meilleure santé.

The Wall Street Journal

Un scientifique russe travaille à la création de nouveaux bébés CRISPR

Le biologiste russe Denis Rebrikov, de l’université de médecine Pirogov à Moscou, a déclaré au New Scientist qu’il prévoyait de hacker via CRISPR les gènes d’embryons humains, afin de prévenir la surdité congénitale.

“Nous prévoyons toujours de corriger la mutation héréditaire de la perte auditive dans [le gène] GJB2, afin qu’un bébé entendant naisse d’un couple sourd”, a déclaré Rebrikov.

Mais certains scientifiques restent convaincus que c’est une très mauvaise idée. Après que le chercheur chinois He Jiankui ait créé les premiers bébés CRISPR au monde, une équipe internationale de médecins a créé une Commission internationale sur l’utilisation clinique de l’édition du génome de la lignée germinale humaine.

La commission a publié un rapport concluant que l’édition de gènes humains est encore peu sûre, surtout lorsque l’objectif est de mener un embryon à terme. Et si un médecin doit absolument faire cela, ils suggèrent que ce ne devrait être que pour sauver des vies.

Même après avoir lu le rapport, Rebrikov a déclaré à New Scientist qu’il poursuivait son projet. Il n’est pas certain qu’il ait obtenu l’approbation nécessaire des organismes de régulation russes. Mais, comme c’est le cas dans de nombreux pays du monde, la Russie n’interdit pas totalement cette pratique, de sorte qu’il pourrait être en mesure de faire passer ses expériences en douce.

La vision du transhumaniste FM-2030 explorée dans un nouveau film

Les humains peuvent-ils abolir la mort ?

La vie de FM-2030, un transhumaniste qui croyait que les humains seraient capables de mettre fin à la mort naturelle dans le futur grâce à la technologie, est explorée dans un nouveau documentaire. Le film, intitulé “2030”, est sorti à la fin du mois dernier et est disponible sur plusieurs plateformes de streaming. Il a été réalisé par le cinéaste britannique Johnny Boston qui a interviewé un certain nombre de connaissances et d’experts scientifiques liés à FM-2030.

Les transhumanistes pensent que les humains peuvent et doivent utiliser les technologies futures pour améliorer considérablement leurs capacités. Cela pourrait inclure l’arrêt du processus de vieillissement par la thérapie génique, permettant aux humains d’éviter la mort naturelle.

FM-2030 est né à Bruxelles en 1930 sous le nom de Fereidoun M. Esfandiary. Fils d’un diplomate iranien, il a ensuite changé son nom légal pour marquer sa conviction que d’ici 2030 “nous serons sans âge et que chacun aura une excellente chance de vivre éternellement”. FM-2030 a écrit un certain nombre de livres sur la prolongation de la vie et les sujets transhumanistes, et est largement considéré comme l’un des pères fondateurs du mouvement transhumaniste moderne. Après sa mort en 2000, le corps de FM-2030 a été placé en chambre cryogénique en Arizona.

Le cinéaste Johnny Boston a déclaré avoir rencontré pour la première fois FM-2030 à Londres quand il avait 10 ans. Une rencontre qui s’est transformée en une amitié de toute une vie.

“Il avait ces idées vraiment farfelues sur lesquelles nous allions vivre indéfiniment, sur le fait qu’il allait y avoir une politique beaucoup plus progressiste, il a parlé de cet avenir qui était juste au coin de la rue – que nous allions faire toutes sortes de choses. Il a parlé de la communication de cerveau à cerveau, et d’une machine où vous pouviez mettre différentes caractéristiques et qu’elle allait imprimer des objets. C’était dans les années 70-80 et c’était vraiment hors de portée.”

Aux États-Unis, Zoltan Istvan, un écrivain transhumaniste, est actuellement l’un des candidats qui défient Donald Trump pour l’investiture républicaine à la présidence. Des partis politiques transhumanistes sont apparus dans le monde entier pour promouvoir leurs idées, y compris au Royaume-Uni.

Boston a ensuite produit un certain nombre de vidéos exposant les idées de FM-2030. Il a déclaré : “Nous avons réalisé une série de films sur l’avenir de la démocratie qui sont issus des discussions menées par FM. “Cela parle vraiment de ce que l’avenir nous réserve en termes de mode de gouvernance. Il explique notamment que nous devons réinventer notre façon de nous gouverner et que nous devons utiliser l’IA.

Les transhumanistes veulent utiliser les technologies émergentes, comme la robotique, l’IA et l’édition génétique, pour augmenter les capacités humaines naturelles. Cela pourrait changer radicalement ce que signifie être un membre de notre espèce.

FM-2030 s’est consciemment considéré comme étant à l’avant-garde d’un nouveau mouvement scientifique et philosophique.

Bien que parfois rempli de motivations contradictoires et d’ambivalence, Johnny Boston se bat pour documenter la réanimation ; “2030” fait la chronique de ce voyage. 2030 est un docu-fiction captivant, mêlant thriller et science-fiction, qui cherche à répondre à la question profondément philosophique suivante : “Qu’est-ce que cela signifie pour un humain de vivre dans un monde où personne ne meurt ?

He Jiankui condamné à trois ans de prison pour les bébés CRISPR

Les scientifiques chinois et deux associés ont été condamnés à l’issue d’un procès secret.

Le scientifique chinois qui a créé les premiers enfants génétiquement modifiés a été condamné à trois ans de prison par un tribunal chinois.

He Jiankui, un biophysicien formé à l’Université Rice et à Stanford, a choqué le monde l’année dernière en affirmant avoir créé des humains génétiquement modifiés, des jumelles surnommées “Lulu et Nana”.

En plus d’une peine de prison, il devra payer une amende de 425 000 $ et sera interdit à vie de pratiquer la médecine reproductive, selon un rapport de l’agence de presse chinoise Xinhua. La sentence a été prononcée le 30 décembre, lundi, par le tribunal populaire du district de Shenzhen Nanshan.

Son équipe a utilisé la technologie d’édition d’ADN connue sous le nom de CRISPR pour modifier les génomes des jumelles lorsqu’elles étaient des embryons nouvellement fécondés flottant dans une boîte de Pétri, puis les a transférées dans l’utérus d’une femme pour commencer la grossesse.

Deux de ses collègues, Zhang Renli et Qin Jinzhou, seront également condamnés à des peines de prison de deux ans et 18 mois, respectivement, pour avoir “procédé à la modification génétique d’embryons humains … à des fins de reproduction”.

Son équipe était basée à la Southern University of Science and Technology et une ébauche de manuscrit scientifique décrivant la création des jumelles énumère un total de dix auteurs, y compris des travailleurs de laboratoire et des experts en bio-informatique.

On ne sait pas si les autres membres de l’équipe seront sanctionnés.

Les sanctions annoncées en Chine semblaient plutôt viser les scientifiques directement responsables de l’injection des ingrédients de modification génétique dans les embryons humains, une procédure généralement effectuée à l’aide d’une aiguille ultrafine.

Il s’agit notamment de Qin, un embryologiste figurant comme premier auteur sur le projet en question, et de Zhang, dont le nom apparaît sur un document distinct non publié détaillant les expériences préliminaires et qui le décrit comme ayant “effectué des micro-injections d’embryons humains”. Zhang était à l’époque affilié au Centre de médecine de la reproduction de l’Académie des sciences médicales de Guangdong/Hôpital général de Guangdong à Guangzhou.

Selon la cour, He et ses collègues chercheurs ont conspiré à partir de 2016 pour créer des bébés génétiquement modifiés, en s’attachant à l’idée de modifier un gène appelé CCR5, modifications qui pourraient rendre les humains résistants au virus du VIH.

He croyait que ses recherches pouvaient lui apporter la gloire et la fortune et qu’elles pourraient constituer un coup scientifique majeur pour la Chine également. Mais après que l’existence de l’expérience a été révélée par le MIT en novembre dernier, la plupart des experts ont immédiatement condamné la recherche et les autorités provinciales ont ouvert ce qu’elles ont appelé une investigation criminelle.

Selon la déclaration de la cour, c’est la première fois que les autorités chinoises reconnaissent la naissance d’un troisième enfant génétiquement modifié en Chine, en plus des jumelles. La deuxième grossesse est probablement arrivée à terme au cours de l’été 2019.

Le tribunal a estimé que He et ses collègues avaient “délibérément violé les réglementations nationales en matière de recherche scientifique et de gestion médicale” et avaient “appliqué de manière irréfléchie la technologie de modification génétique à la médecine de la procréation assistée”.

Au cours du procès, qui n’était pas public, les enquêteurs ont produit des éléments de preuve, notamment des documents, des comptes rendus de témoins, des fichiers électroniques et des vidéos. He Jiankui aurait plaidé coupable, tout comme ses deux associés.

Selon l’agence de presse Xinhua, He sera placé sur une “liste noire” qui l’empêchera, à vie, de pratiquer la reproduction humaine assistée.

Time, CNN, The New York Times

Les Bébés CRISPR en Chine : extraits exclusifs de la recherche

Plus tôt cette année, une source a envoyé au MIT une copie d’un manuscrit inédit décrivant la création des premiers bébés génétiquement modifiés, nés l’année dernière en Chine. Aujourd’hui, le MIT publie pour la première fois des extraits de ce manuscrit intitulé “Birth of Twins After Genome Editing for HIV Resistance” et d’une longueur de 4 699 mots. Cet article inédit a été rédigé par He Jiankui, le biophysicien chinois qui a créé les filles jumelles éditées. Un deuxième manuscrit traite de la recherche en laboratoire sur les embryons humains et animaux.

Le texte du document sur les jumelles regorge d’affirmations expansives sur une percée médicale qui peut “contrôler l’épidémie du VIH”. Il revendique le “succès” – un mot utilisé plus d’une fois – en utilisant une “nouvelle thérapie” pour rendre les filles résistantes au VIH. Pourtant, de façon surprenante, il fait peu d’efforts pour prouver que les jumelles sont vraiment résistantes au virus. Et le texte ignore en grande partie les données figurant ailleurs dans le document, ce qui donne à penser que l’édition s’est mal déroulée.

Ils ont partagé les manuscrits non publiés avec quatre experts – un juriste, un spécialiste en FIV, un embryologiste et un spécialiste en révision génétique – et ont demandé leurs réactions. Leurs opinions étaient accablantes. He Jiankui a ignoré les normes éthiques et scientifiques en créant les jumelles Lulu et Nana, dont les gènes ont été modifiés.

Les principales affirmations que lui et son équipe ont faites ne sont pas appuyées par les données ; les parents des bébés ont peut-être subi des pressions pour accepter de participer à l’expérience ; les bienfaits médicaux supposés sont, au mieux, douteux ; et les chercheurs ont créé des êtres humains vivants avant de bien comprendre les effets des modifications qu’ils avaient apportées.

Parce que ces documents se rapportent à l’une des questions d’intérêt public les plus importantes de tous les temps – la capacité de changer l’hérédité humaine par la technologie – le MIT présente des extraits du manuscrit des “Jumelles” et certains commentaires des experts, ainsi que les questions qui en sont soulevées. Les 13 extraits sont présentés dans l’ordre dans lequel ils apparaissent dans le journal.

Chine : naissance des premiers bébés génétiquement modifiés

Pour comprendre pourquoi les manuscrits sont restés inédits jusqu’à présent, lisez l’article d’accompagnement sur les tentatives de He Jiankui pour les faire paraître dans des revues scientifiques. Pour plaider en faveur de la publication de leur contenu, lisez l’éditorial de Kiran Musunuru, spécialiste de l’édition génétique à l’Université de Pennsylvanie, qui affirme que les données chinoises montrent que l’édition génétique pour la reproduction est dangereuse et prématurée.

1. Pourquoi les médecins ne sont-ils pas parmi les auteurs du journal ?

Le manuscrit commence par une liste des auteurs – 10 d’entre eux, la plupart provenant du laboratoire de He Jiankui à la Southern University of Science and Technology, mais aussi de Hua Bai, directeur d’un réseau de soutien contre le sida, qui a aidé à recruter des couples, et de Michael Deem, un biophysicien américain dont le rôle est en cours de révision par Rice University.

“Birth of Twins After Genome Editing for HIV Resistance,” by He Jiankui.
MIT Technology Review

C’est un petit nombre de personnes pour un projet aussi important, et l’une des raisons est que certains noms manquent, notamment les médecins spécialisés en fertilité qui ont traité les patients et l’obstétricien qui a accouché. Les cacher peut être une tentative d’obscurcir l’identité des patients. Cependant, il n’est pas clair non plus si ces médecins ont compris ou non qu’ils aidaient à créer les premiers bébés génétiquement modifiés.

Pour certains, la question de savoir si le manuscrit est digne de confiance se pose immédiatement.

— Hank Greely, professeur de droit, Université de Stanford : Nous n’avons aucune preuve indépendante, ou presque, pour quoi que ce soit rapporté dans ce document. Bien que je crois que les bébés ont probablement été modifiés par l’édition de l’ADN et qu’ils sont nés, il y a très peu de preuves pour cela. Compte tenu des circonstances de cette affaire, je ne suis pas disposé à accorder à He Jiankui la présomption d’honnêteté habituelle.

Concernant les premiers bébés génétiquement modifiés, suite

2. Les données des chercheurs ne corroborent pas leurs revendications principales

Le résumé, ou le sommaire, expose l’objectif du projet – générer des humains résistant au VIH – et les principaux résultats. Il est indiqué que l’équipe était “capable” de “reproduire” une mutation connue d’un gène appelé CCR5. Le faible pourcentage de personnes nées naturellement avec cette mutation, appelée CCR5 delta 32, peut être immunisé contre l’infection par le VIH.

“Birth of Twins After Genome Editing for HIV Resistance,” by He Jiankui
MIT Technology Review

Mais le sommaire va bien au-delà de ce que les données contenues dans le document peuvent appuyer. Plus précisément, comme nous le verrons plus loin, l’équipe n’a pas reproduit la mutation connue. Ils ont plutôt créé de nouvelles mutations, qui pourraient conduire à une résistance au VIH, mais pas nécessairement. Ils n’ont jamais fait de vérification pour le prouver, d’après le journal.

– Kyodor Urnov, scientifique en édition du génome, Innovative Genomics Institute, University of California, Berkeley : L’affirmation selon laquelle ils ont reproduit la variante prédominante du CCR5 est une fausse représentation flagrante des données réelles et ne peut être décrite que par un seul terme : un mensonge délibéré. L’étude montre que l’équipe de recherche n’a pas réussi à reproduire la variante prédominante du CCR5. L’affirmation selon laquelle l’édition d’embryons aidera des millions de personnes est à la fois délirante et scandaleuse, et revient à dire que le moonwalk de 1969 ” apporte de l’espoir à des millions d’êtres humains qui cherchent à vivre sur la Lune “.

– Rita Vassena, directrice scientifique, Eugin Group : En abordant ce document, j’espérais voir une approche réfléchie et consciente de la modification génétique des embryons humains. Malheureusement, il s’agit plutôt d’une expérience à la recherche d’un but, d’une tentative de trouver une raison valable d’utiliser à tout prix la technologie CRISPR/Cas9 sur des embryons humains, plutôt que d’une approche consciencieuse, réfléchie et progressive de la modification du génome humain pour les générations à venir. Comme l’indique le consensus scientifique actuel, l’utilisation de CRISPR/Cas9 sur des embryons humains destinés à donner naissance dans le cadre d’une grossesse est, à ce stade, injustifiée et inutile, et ne devrait pas être poursuivie.

3. Les embryons génétiquement modifiés ne permettront pas de maîtriser le VIH, en particulier dans les pays les plus touchés.

C’est à la fin du résumé et au début du texte principal que les auteurs justifient leur recherche. Ils suggèrent que la modification génétique des bébés pourrait sauver des millions de personnes de l’infection par le VIH. Nos commentateurs qualifient cette affirmation de “grotesque” et “ridicule”, et soulignent que même si la méthode CRISPR fonctionne pour créer des personnes résistantes au VIH, il est peu probable qu’elle soit pratique dans les endroits où le VIH est endémique, comme dans le sud de l’Afrique.

“Birth of Twins After Genome Editing for HIV Resistance,” by He Jiankui
MIT Technology Review

-Rita Vassena : Ce travail offre peu de justifications pour l’édition et le transfert subséquent d’embryons humains en vue de générer une grossesse. L’idée que l’édition d’embryons dérivés puisse un jour “contrôler l’épidémie du VIH”, comme le prétendent les auteurs, est grotesque. Il a été démontré que les initiatives de santé publique, l’éducation et l’accès généralisé aux médicaments antiviraux permettent de contrôler l’épidémie de VIH.

– Hank Greely : Qu’il s’agisse d’un moyen plausible de “contrôler l’épidémie du VIH” semble ridicule. Si tous les bébés du monde recevaient cette variation (au-delà de l’improbable), elle commencerait à avoir une incidence considérable sur l’infection par le VIH dans 20 à 30 ans, et nous aurions alors de bien meilleures méthodes pour enrayer l’épidémie ainsi que des méthodes existantes qui ont considérablement, sinon suffisamment ralenti, cette évolution. L’augmentation de 64 % du nombre d’infections en Chine (si c’est vrai) part d’un niveau très bas. Le taux d’infection au VIH en Chine est nettement inférieur à celui des pays occidentaux. La situation dans certains pays en développement reste plus grave. Mais que cette réponse de haute technologie soit susceptible d’être utile dans ces pays n’est pas plausible.

4. Les parents auraient pu vouloir participer pour de mauvaises raisons

Contrairement à certaines interprétations, le but de l’utilisation de CRISPR sur l’ADN des bébés n’était pas de les empêcher de contracter le VIH de leur père, qui était infecté. Comme le décrit l’article, ce résultat a été obtenu par le lavage du sperme, une technique bien établie. Au lieu de cela, le but du montage était de donner aux enfants l’immunité contre le VIH plus tard dans leur vie. Ainsi, l’expérience n’a pas procuré d’avantages médicaux clairs et immédiats, ni aux parents ni aux enfants. Pourquoi le couple était-il d’accord ? L’une des raisons peut avoir été l’accès à un traitement contre l’infertilité.

“Birth of Twins After Genome Editing for HIV Resistance,” by He Jiankui
MIT Technology Review

– Rita Vassena : Je trouve inquiétant que le mari du couple qui a proposé cette révision expérimentale du génome soit séropositif pour le VIH, car on peut imaginer la pression émotionnelle inutile qui pèse sur le couple pour qu’il accepte une procédure qui n’améliore pas la santé du patient et de ses enfants, mais qui comporte un risque potentiel de conséquences négatives. Il faut se rappeler que l’infection par le VIH ne se transmet pas de génération en génération comme une maladie génétique ; l’embryon doit “attraper” l’infection. Pour cette raison, des mesures préventives telles que le contrôle de la charge virale du patient avec des médicaments appropriés et une manipulation soigneuse des gamètes pendant la FIV peuvent éviter très efficacement la contagion. Les techniques actuelles de procréation assistée assurent une procréation sûre pour les hommes et les femmes séropositifs, évitant à la fois la transmission horizontale (entre partenaires) et verticale (entre parents et embryons/foetus), ce qui rend inutile la modification des embryons dans ces cas. En fait, le couple participant à l’expérience a subi de telles procédures de ARV, consistant dans ce cas en un lavage prolongé du sperme pour éliminer tout le liquide séminal, qui peut héberger le VIH. Le lavage prolongé du sperme est utilisé depuis près de deux décennies dans les laboratoires de FIV du monde entier et chez des milliers de patients ; d’après notre expérience et celle d’autres, il est sûr pour les parents et leurs futurs enfants et n’implique pas de manipulation invasive des embryons.

– Jeanne O’Brien, endocrinologue reproductive, Shady Grove Fertility : Le fait d’être séropositif en Chine entraîne une stigmatisation sociale importante. Malgré d’intenses obligations familiales et sociétales d’avoir un enfant, les patients séropositifs n’ont pas accès au traitement de l’infertilité. Le contexte social dans lequel l’étude clinique a été menée est problématique et vise un groupe de patients vulnérables. L’étude a-t-elle fourni un traitement génétique pour un problème social ? Ce couple était-il libre de toute contrainte indue ?

5. Les modifications génétiques n’étaient pas les mêmes que les mutations qui confèrent une résistance naturelle au VIH.

Ici, les chercheurs décrivent les changements que CRISPR a réellement apportés aux jumelles. Ils ont prélevé quelques cellules des embryons de FIV pour examiner leur ADN et ont constaté que les modifications visant à désactiver le gène CCR5 s’étaient bien installées.

“Birth of Twins After Genome Editing for HIV Resistance,” by He Jiankui
MIT Technology Review

Mais s’ils “s’attendent” à ce que ces modifications confèrent une résistance au VIH en annulant l’activité du gène, ils ne peuvent en être certains, car elles sont “similaires” mais non identiques à la mutation CCR5 delta 32, qui se produit dans la nature. De plus, un seul des embryons avait des modifications aux deux copies du gène CCR5 (une de chaque parent) ; l’autre n’en avait qu’une modifiée, donnant au mieux une résistance partielle au VIH.

– Hank Greely : “Avec succès”, c’est louche ici. Aucun des embryons n’a obtenu la délétion de 32 paires de bases du CCR5 qui est connue chez des millions d’humains. Au lieu de cela, les embryons/bébés éventuels ont obtenu de nouvelles variations, dont les effets ne sont pas clairs. De plus, que signifie ” résistance partielle ” au VIH ? Partiel comment ? Et était-ce suffisant pour justifier le transfert de l’embryon, avec un gène CCR5 jamais vu chez l’homme, dans un utérus pour une éventuelle naissance ?

6. Il aurait pu y avoir d’autres modifications CRISPR indésirables

CRISPR n’est pas un outil parfait. Essayer de modifier un gène peut parfois créer d’autres changements involontaires ailleurs dans le génome. Ici, l’équipe discute de sa recherche de telles modifications indésirables, appelées mutations «hors cible», et dit qu’elle n’en a trouvé qu’une seule.

“Birth of Twins After Genome Editing for HIV Resistance,” by He Jiankui
MIT Technology Review

La recherche était toutefois incomplète et le manuscrit passe également sous silence un point clé : les cellules prélevées sur les embryons au stade précoce pour les tester n’ont donc pas réellement contribué aux corps des jumelles. Les cellules restantes, celles qui se multiplieraient et se développeraient pour devenir les jumelles, auraient pu aussi avoir des effets hors cible, mais il n’y aurait eu aucun moyen de le savoir avant le début de la grossesse.

— Fyodor Urnov : Une fausse représentation flagrante des données réelles qui, encore une fois, ne peut être décrite que comme un mensonge flagrant. Il est techniquement impossible de déterminer si un embryon édité “n’a montré aucune mutation hors cible” sans détruire cet embryon en inspectant chacune de ses cellules. Il s’agit d’un problème clé pour l’ensemble du domaine de l’édition d’embryons, celui que les auteurs balaient ici sous le tapis.

7. Les médecins traitant le couple ne savaient peut-être pas ce qui se passait

“Birth of Twins After Genome Editing for HIV Resistance,” by He Jiankui
MIT Technology Review

Les reportages de divers quotidiens, dont le Wall Street Journal, ont accusé l’équipe de He d’avoir trompé des médecins en échangeant des échantillons de sang et de ne pas avoir tous su qu’ils étaient impliqués dans la création d’enfants génétiquement modifiés. Si c’est vrai, c’est un problème, puisque c’est le devoir des médecins de faire ce qui est dans le meilleur intérêt du patient.

—Jeanne O’Brien : La procédure de FIV décrite suit les mêmes étapes et chronologie, que CRISPR soit utilisé ou non pour l’édition du génome. Les médecins chinois qui ont pratiqué la FIV ignoraient peut-être le statut VIH du père ou que les embryons étaient génétiquement modifiés. He Jiankui n’aurait eu besoin que d’un embryologiste disposé à injecter CRISPR au moment de l’insémination. Ses commentaires font apparaître que les médecins qui ont pratiqué la FIV n’ont pas été impliqués dans la décision ultérieure concernant les embryons à sélectionner pour le transfert. Il s’agit d’un signal d’alarme pour les médecins impliqués dans la FIV : la science et la technologie continueront de progresser, et les couples désespérés infertiles peuvent ignorer les inconnues ou croire que la technologie est sûre. Une fois que nous, les médecins de l’infertilité, transférons sciemment un embryon avec une modification de la lignée germinale, nous confirmons essentiellement la sécurité de la modification pour les parents et le futur enfant. Est-il alors possible de le savoir ?

8. Le manuscrit fait une fausse représentation de la date de naissance des bébés.

“Birth of Twins After Genome Editing for HIV Resistance,” by He Jiankui
MIT Technology Review

À ce jour, plusieurs reportages dans les médias et des personnes au courant de la recherche ont établi que les jumelles sont nées en octobre, et non en novembre. Pourquoi l’équipe d’He a inclus une fausse date ? C’était peut-être pour protéger l’anonymat des patients et de leurs jumelles. Dans un pays de la taille de la Chine, il pourrait y avoir plus de dix mille paires de jumeaux nés chaque mois. La date falsifiée peut avoir été une tentative pour rendre leur réidentification encore plus difficile.

Déclaration l’Académie nationale de médecine et de l’Académie des sciences à propos de l’annonce faite par le Dr Hé Jiangkui

9. On ne sait pas s’il y a eu un examen éthique approprié

Le document comprend une discussion exceptionnellement brève sur l’éthique. Il indique que le plan de recherche a été enregistré auprès du registre chinois des essais cliniques, mais en fait, l’enregistrement public n’a eu lieu qu’après la naissance des jumelles.

“Birth of Twins After Genome Editing for HIV Resistance,” by He Jiankui
MIT Technology Review

– Hank Greely : Enregistré quand ? La réponse est le 8 novembre 2018, après les naissances et très peu de temps avant leur annonce, et probablement dans le but d’augmenter le potentiel de publication. Ce n’était pas un enregistrement normal. Il y a peut-être eu une approbation déontologique-même si cet hôpital l’a refusée. Qui dit la vérité ? Je ne suis pas sûr qu’on le saura un jour. L’expression “on nous a dit” au sujet d’une évaluation éthique complète n’est pas une preuve très convaincante. L’article ne traite pas non plus de l’interdiction chinoise des services de procréation assistée pour les parents séropositifs. Il a été rapporté que d’autres hommes ont fait semblant d’être les pères pour les besoins des tests de dépistage du VIH requis. L’article ne dit pas cela. Il me semble que c’est probablement vrai et accablant. Si c’est vrai, cela signifie qu’il a fraudé le processus réglementaire chinois.

10. Les chercheurs n’ont pas testé si l’immunité VIH fonctionnait avant de créer des êtres humains vivants.

Ici, l’équipe chinoise décrit son plan de collecte de sang sur les jumelles pour voir si leurs cellules modifiées résistent vraiment au VIH. C’est quelque chose qu’ils auraient pu essayer d’apprendre à l’avance, avant de créer les filles. Avant de transférer les embryons, ils auraient pu les conserver congelés pendant qu’ils effectuaient des vérifications identiques dans des cellules de laboratoire et testaient les effets du VIH sur ces cellules.

“Birth of Twins After Genome Editing for HIV Resistance,” by He Jiankui
MIT Technology Review

— Fyodor Urnov : Cette déclaration prouve que l’équipe de recherche a placé ses intérêts au-dessus de ceux du couple qui a fait don des embryons et de leurs futurs enfants. Il n’y a aucune preuve dans le manuscrit soutenant l’attente essentielle que les nouvelles formes de CCR5 seraient protectrices contre le VIH. Il était essentiel de le déterminer avant l’implantation des embryons. Ils auraient pu le faire en utilisant un test connu : introduire les mêmes modifications dans les cellules du système immunitaire en laboratoire, puis les infecter ensuite avec le VIH. Seules les cellules qui ont des variantes de CCR5 protectrices du VIH survivent. L’équipe de recherche a choisi de ne pas effectuer ce test. Au lieu de cela, ils ont fait des enfants à partir d’embryons qui avaient des formes de CCR5 dont l’impact fonctionnel était totalement incertain. Les chercheurs étaient-ils pressés? Ne s’en souciaient-ils simplement pas? Quelle que soit l’explication, cette violation flagrante des normes élémentaires d’éthique et de recherche frise le criminel.

11. Un nobeliste américain peut avoir aidé à justifier son expérience

La conclusion de l’article contient une digression inattendue qui met en avant une justification entièrement nouvelle de la recherche, qui relie le projet au cœur de l’épidémie de VIH en Afrique. C’est que de nombreux enfants non infectés de mères africaines vivant avec le VIH souffrent d’un syndrome appelé «HEU» (HIV-exposed uninfected : Exposés au VIH mais non infectés) qui les rend plus sensibles à diverses maladies infantiles. Les auteurs disent que l’édition du génome pourrait être une «nouvelle stratégie» contre l’HEU.

“Birth of Twins After Genome Editing for HIV Resistance,” by He Jiankui
MIT Technology Review

Il n’y a aucune preuve pour cette idée, mais il y a quelques indices sur l’endroit où il l’a eue. Dans un courriel qu’il a envoyé le 22 novembre à Craig Mello, biologiste à l’Université du Massachusetts qui était à l’époque conseiller d’une de ses entreprises, il a remercié Mello pour ses suggestions sur le sujet et a joint à son courriel le même paragraphe ci-dessus.

Cela signifie-t-il que Mello, lauréat du prix Nobel de médecine 2006, a apporté une idée clé au document ? Mello a été informé très tôt du projet des jumelles, mais, par l’intermédiaire d’un porte-parole, il dit qu’il ne lui a jamais donné de conseils sur la façon de rédiger son article. D’après son courriel, cependant, toute interaction de ce genre ne devait pas être prise en compte. “Encore une fois, je ne dirai pas aux gens que vous savez ce qui se passe ici “, a-t-il écrit à Mello.

12. Le projet avait d’autres soutiens, mais certaines informations clés manquent

“Birth of Twins After Genome Editing for HIV Resistance,” by He Jiankui
MIT Technology Review

Le manuscrit conclut en remerciant une liste de personnes qui, selon lui, lui ont donné une rétroaction directe sur les versions préliminaires du texte ou d’autres conseils. En guise de remerciement pour la “révision” du texte, il nomme Mark Dewitt, chercheur à l’Université de Californie. Dewitt n’a pas répondu aux courriels, mais il a décrit son rôle plus tôt en disant qu’il avait mis en garde contre ce projet. William Hurlbut, éthicien à Stanford, dit qu’il lui a donné des conseils éthiques, mais qu’il ne savait pas que le scientifique chinois avait créé des enfants.

Il remercie également W.R. “Twink” Allen, spécialiste de la reproduction équine au Royaume-Uni, et Jin Zhang, ancien étudiant d’Allen, également connu sous le nom de John Zhang, qui dirige actuellement le New Hope Fertility Center à New York, l’un des plus importants des États-Unis. Selon les rapports, Zhang planifiait avec lui à la fin de l’année dernière d’ouvrir une entreprise de tourisme médical pour les bébés génétiquement modifiés.

Parmi ces noms, seul celui d’Allen n’a pas déjà été cité dans le cadre de la recherche sur le Bébé-CRISPR. Allen n’a pas répondu aux tentatives de le contacter par courriel. Zhang, qui n’a pas été franc sur son rôle, nous a dit qu’il n’était pas familier avec le manuscrit. “Je ne l’ai jamais vu”, nous a-t-il dit en octobre.

La version du manuscrit des jumelles que nous avons ne contient pas deux révélations d’une importance capitale, habituellement présentes dans les articles scientifiques. Premièrement, il ne donne aucune information sur la personne qui a financé le projet ou sur les intérêts financiers que les auteurs ont dans le résultat. Il manque également une section dans laquelle la contribution scientifique de chaque auteur est détaillée. Cela signifie que le texte ne décrit pas explicitement le rôle de l’auteur non chinois Michael Deem, de l’Université Rice au Texas. La nature du rôle de Deem – en particulier toute intervention pratique auprès des patients – pourrait déterminer les pénalités que Deem, ou son université, pourrait encourir. Les avocats de Deem n’ont pas répondu aux questions, y compris une demande de copies de ses déclarations antérieures, qui visaient à minimiser son rôle dans la recherche. Rice dit que son enquête est en cours.

Résumé du deuxième Sommet international sur l’édition du génome humain

13. Les chercheurs n’ont pas tenu compte des preuves que les modifications génétiques n’étaient pas uniformes.

Dans les données jointes à l’article, dans ce qu’on appelle le matériel “supplémentaire”, il y a des tableaux que He Jiankui a déjà montrés publiquement. Il montre des chromatogrammes, ou la lecture des séquences d’ADN trouvées dans les embryons et les tissus de naissance des jumeaux (le cordon ombilical et le placenta) lorsque son équipe a essayé de mesurer les modifications apportées au gène CCR5.

“Birth of Twins After Genome Editing for HIV Resistance,” by He Jiankui
MIT Technology Review

Certains observateurs, y compris Musunuru dans notre éditorial d’accompagnement, disent que ces données montrent clairement que les embryons sont des «mosaïques», ce qui signifie que différentes cellules de l’embryon ont été modifiées différemment. Il indique que la présence de multiples modifications est visible dans les chromatogrammes, où plusieurs lectures distinctes sont enregistrées dans des signaux qui se chevauchent à une position donnée de l’ADN.

L’implication des données est que les corps des jumelles pourraient être composés de cellules modifiées de différentes manières, ou pas du tout. Cela, souligne Musunuru, signifie que seules certaines de leurs cellules pourraient avoir des modifications génétiques résistantes au VIH ; cela signifie aussi que certaines pourraient avoir des modifications “hors cible” non détectées, ce qui pourrait causer des problèmes de santé. Le problème de la mosaïcisme était bien connu de He Jiankui pour ses expériences sur les embryons animaux. L’un des mystères du projet de recherche est la raison pour laquelle He Jianku a choisi de procéder avec des embryons qui présentaient des irrégularités de cette nature.

Dans son manuscrit, il ne résout pas le mystère. Il dit seulement: “Le gène CCR5 a été séquencé en profondeur pour tous les échantillons afin d’examiner le mosaïcisme de l’édition génétique.”» Il n’y a aucune interprétation de ce qui a été trouvé, et aucune reconnaissance que les données semblent montrer du mosaïcisme ou que c’est un problème.

— Fyodor Urnov : Ils auraient dû travailler et travailler et travailler jusqu’à ce qu’ils réduisent le mosaïcisme au plus près de zéro. Cela a complètement échoué. Ils ont quand même avancé.

MIT Technology Review

Etes-vous transhumain ?

Vous êtes un transhumain. La définition même de la condition humaine est la nécessité de s’adapter au changement. De nos jours, le rythme du changement s’est accéléré et la technologie transforme notre monde, nous transforme encore plus radicalement.

Si nous ne changeons pas avec la technologie, nous ne pouvons pas survivre. Qu’il s’agisse de la cuisson des aliments au feu à l’utilisation de lunettes pour restaurer votre vue, en passant par les smartphones pour la communication et la coordination mondiales, la technologie nous a transformés et nous avons évolué avec elle.

Allons-nous repousser encore plus loin les limites de cette adaptation ? Allons-nous changer notre patrimoine génétique pour mieux survivre à la gravité martienne ?

Nous ferions mieux de nous préparer pour une civilisation riche où la définition de l’être humain est large et où nous appliquons les critères les plus inclusifs possibles pour une participation active.