Loi Bioéthique Clonage Humain et Chimère

Sont-ils devenus fous ? Avec Alexandra Caude-Henrion

 

Les premières chimères de porc-singe nés dans un laboratoire chinois

L’objectif est de faire croître des organes humains à l’intérieur des animaux

Selon une exclusivité New Scientist, les tout premiers porcelets avec des cellules de singes sont nés dans un laboratoire chinois.

“Il s’agit du premier rapport sur des chimères porc-singe à terme”, a déclaré au magazine Tang Hai, chercheur de Key State Laboratory of Stem Cell and Reproductive Biology, co-auteur d’un nouveau document sur la naissance.

L’objectif final des chercheurs est de faire croître des organes humains à l’intérieur des animaux – mais cet avenir est encore lointain. Ces porcelets sont malheureusement morts dans la semaine qui a suivi leur naissance, et la cause exacte du décès demeure inconnue.

Pour créer les chimères de porc-singe, Hai et son équipe ont développé une culture de cellules de singe, en ont dérivé des cellules souches embryonnaires et les ont injectées dans des embryons de porc quatre jours après la fécondation.

Les résultats laissent à désirer. Seulement deux porcelets sur dix se sont avérés être des chimères. L’équipe a dû implanter plus de 4 000 embryons pour obtenir ces résultats.

“Compte tenu de l’efficacité chimérique extrêmement faible et de la mort de tous les animaux, je considère cela comme assez décourageant”, a déclaré à New Scientist le biologiste des cellules souches Paul Knoepfler de l’Université de Californie à Davis.

Les cellules de singe des deux chimères étaient réparties sur un certain nombre d’organes vitaux, mais ne représentaient qu’une très faible proportion de cellules – entre une sur 1000 et une sur 10 000, selon New Scientist.

New Scientist, Protein & Cell, DOI: 10.1007/s13238-019-00676-8

Le complexe biotechnologique industriel se prépare à définir ce qui est humain

Fabriquer des animaux mi-humains-mi-non-humains, avec leurs caractéristiques, semblait sortir de la mythologie grecque jusqu’à la fin du 20ème siècle. De nouvelles recherches alors sur les “geeps”, des croisements viables de chèvres et de moutons, pleinement développés, ont montré que la construction de telles “chimères” était une possibilité réelle.

Pourtant, l’avertissement de H.G. Wells, publié un siècle auparavant, dans son roman “L’île du Dr Moreau“, selon lequel des expériences scientifiques comme celle-ci pourraient mal tourner, semblait fantastique. Mais cela va bientôt changer. Fin juillet, le biologiste Juan Carlos Izpisúa Belmonte, directeur d’un laboratoire du Salk Institute en Californie, aurait produit des chimères fœtales homme-singe.

Il l’a fait en collaboration avec des chercheurs chinois. Et cet été, le gouvernement japonais a donner le feu vert au scientifique Hiromitsu Nakauchi, chef d’équipe à l’Université de Tokyo et à l’Université de Stanford en Californie, pour mener des expériences similaires dans le but de mener à terme des chimères porcines humaines. Ces nouvelles formes de vie seront bientôt parmi nous.

Le Dr Nakauchi reconnaît que les préoccupations de Wells et d’ultérieurs auteurs tels que Aldous Huxley, auteur de “Brave New World” (1932), qui envisageaient de la même manière d’étalonner technologiquement des degrés d’humanité, ne sont pas exagérées. L’art de placer les cellules humaines aux bons endroits chez les animaux composites est pire qu’imparfait, de même que la plupart des manipulations d’embryons. La biologie du développement n’est tout simplement pas le genre de science qui peut guider un programme d’ingénierie. Les souris et les porcs qui en résulteront auront-ils une conscience humaine ? On ne sait pas comment cela sera déterminé, mais s’ils le font, le Dr Nakauchi nous assure qu’il les détruira et arrêtera les expériences.

Transhumanisme en marche : des biologistes annoncent avoir créé des chimères porc-homme

Les nouvelles procédures de chimères humaines et animales approuvées ne sont que quelques-unes des techniques douteuses sur le plan scientifique et éthique qui sont mises au point et normalisées quotidiennement par des groupes d’experts conseillés par des bioentrepreneurs motivés par des considérations financières.

En 1997, j’ai déposé une demande de brevet pour de telles créatures mi-humaines. Je n’avais pas l’intention de produire une chimère. Mais en tant que biologiste dont les travaux exigent un suivi minutieux de la littérature scientifique pertinente, je savais que des organismes mi-humains pourraient éventuellement être produits et que nous approchions rapidement d’une ère de déconstruction, de reconfiguration et de marchandisation de la biologie humaine. Le public méritait d’être prévenu.

Biotech Juggernaut Hope, Hype, and Hidden Agendas of Entrepreneurial Bioscience (Routledge)

L’annonce de la demande de brevet de chimère en 1998 a été accueillie avec dérision et accusations de mauvaise foi par le commissaire américain aux brevets de l’époque, ainsi que par certains responsables et scientifiques en biotechnologie. La chaire de génétique de la Harvard Medical School, par exemple, a affirmé que “[l]a création de chimères est une entreprise farfelue. Personne n’essaie de le faire pour l’instant, certainement pas avec des êtres humains.” Un peu plus de deux décennies plus tard, cependant, un développement autrefois grotesque a été normalisé et approuvé par les experts.

En fait, il y a eu de nombreux cas au cours des quatre dernières décennies où les parties intéressées ont minimisé le risque individuel et l’impact sociétal potentiel des interventions médicales tout en faisant des promesses exagérées fondées sur la nouveauté alléguée des mêmes méthodes.

Les partisans de l’esprit entrepreneurial font souvent la publicité de remèdes potentiels avec des simplifications excessives qui attribuent un pouvoir indu et une action singulière à des gènes favorisés (souvent brevetés). Du point de vue scientifique, les patients ont été mal qualifiés pour des traitements et des descriptions trompeuses de la nature et des incertitudes entourant les techniques permettant de modifier le potentiel humain.

Le désir compréhensible d’éviter la propagation des maladies mitochondriales en est un exemple flagrant. Il s’agissait de rebaptiser les méthodes de transfert du noyau de l’ovule d’une femme (contenant environ 20 000 gènes) dans un deuxième ovule de femme, ce qui a permis de construire des embryons à partir de cellules de trois personnes. Ce qui était, pour l’essentiel, un type de clonage, a été renommé “remplacement des mitochondries” (impliquant seulement 23 gènes). Cette procédure a été vendue dans ces conditions trompeuses à la population du Royaume-Uni, où elle a été approuvée et est actuellement en cours.

La modification génétique des embryons via CRISPR est le dernier développement traité par les groupes d’experts. Ils seront les arbitres du moment quand surviendra l’inévitable sur le plan technologique. Mais toute considération impartiale de la nature extrême de ce que ces méthodologies peuvent produire devrait nous faire prendre conscience que le public a besoin d’être informé de ce qui se passe et de faire entendre sa voix sur ce qui va certainement changer notre conception de l’identité humaine.

Stuart A. Newman, Ph.D. est professeur de biologie cellulaire et d’anatomie au New York Medical College et co-auteur (avec Tina Stevens) de Biotech Juggernaut : Hope, Hype, and Hidden Agendas of Entrepreneurial Bioscience (Routledge).

CounterPunch

Le futur de la modification génomique et sa règlementation

26 janvier 2017, Katie McNally, University of Virginia

Une nouvelle technologie appelée CRISPR fait les manchettes internationales comme étant un pas-de-géant dans le domaine du génie génétique. CRISPR, acronyme pour « clustered regularly interspaced short palindromic repeats » en anglais, est une technologie de modification génomique qui permet aux scientifiques de modifier l’ADN beaucoup plus rapidement, facilement et efficacement que les anciennes méthodes de génie génétique.

CRISPR a de vastes répercussions sur l’avancement des soins de santé et de l’agriculture et a déjà été utilisé dans le but de créer des moustiques génétiquement modifiés pour aider à réduire la propagation de la malaria.

Dans la foulée de cette percée majeure, UVA Today a demandé au professeur de politique publique de l’université de Virginie, Randall Lutter, de nous expliquer l’impact de cette nouvelle technologie. Maintenant membre de la faculté de la Frank Batten School of Leadership and Public Policy de l’UVA, M. Lutter est un ancien sous-commissionnaire des politiques à la Food and Drug Administration (« FDA »), où il a joué un rôle clé dans les efforts déployés pour réglementer les animaux génétiquement modifiés.

Randall Lutter est professeur de politique publique à la Frank Batten School of Leadership and Public Policy et ancien sous-commissaire des politiques de la FDA.
Randall Lutter is a professor of public policy in the Frank Batten School of Leadership and Public Policy and a former deputy commissioner for policy at the FDA. (Photo by Dan Addison, University Communications) .

Ci-dessous, M. Lutter discute du futur de la modification génomique et des récentes mises à jour de la FDA pour aborder le sujet.

Quelle est la différence entre la modification génomique et les procédés plus anciens de création d’organismes génétiquement modifiés, ou OGM?

Grâce aux techniques d’édition de génome comme CRISPR, les scientifiques sont en mesure de couper le génome d’une cellule à un endroit souhaité de sorte que les gènes existants puissent être retirés ou que l’on puisse en ajouter de nouveaux. Les anciennes techniques sont différentes, car elles nécessitent l’introduction d’éléments génétiques d’une espèce différente, et étaient ainsi parfois appelées « transgéniques ».

Jusqu’à présent, la modification précise s’est révélée fructueuse pour créer des organismes dotés d’une grande variété de traits désirés, même en n’introduisant aucun élément génétique d’une espèce différente. Les résultats obtenus par ce genre de modification génomique pourraient, en principe, apparaître naturellement.

CRISPR, contrairement aux anciennes technologies, peut aussi être utilisé pour modifier des traits héréditaires, même chez les populations sauvages. Au moyen d’un système génétique appelé « forçage génétique » (ou « gene drive » en anglais), un organisme peut être modifié de façon à le doter d’un nouveau trait qui apparaîtra également, selon une très forte probabilité, chez les descendants de cet organisme, et ce, même si l’autre parent « sauvage » ne possède pas ce nouveau trait. Ainsi, le nouveau trait devrait se répandre dans toute la population sauvage – une avancée ayant d’extraordinaires répercussions.

Comment la FDA fait-elle pour évaluer les risques associés à une telle technologie par rapport à ses avantages?

Considérer les risques et les avantages nécessite une évaluation propre au produit en question, mais les décideurs de la FDA en matière de réglementation se concentrent sur des questions quelque peu plus restreintes.

Par exemple, lorsque la FDA a approuvé en 2015 le saumon génétiquement modifié AquaAdvantage, elle a trouvé que la nourriture provenant de ce saumon était aussi salubre et nutritive que celle du saumon de l’Atlantique non transgénique et que cette procédure était aussi sécuritaire pour le saumon. De plus, elle a examiné l’allégation proposée d’AquaBounty relativement au saumon – selon laquelle sa croissance serait plus rapide que celle du saumon traditionnel, avantage clé pour les pisciculteurs – et a conclu que le produit d’assemblage d’ADN recombinant qui crée ce trait était de fait efficace pour provoquer une accélération de la croissance telle qu’énoncée par AquaBounty. Finalement, elle a évalué les possibles incidences néfastes sur l’environnement des États-Unis. Après examen des multiples formes de confinement physique et biologique dans l’application d’AquaBounty visant la commercialisation et la sollicitation d’observations du public, et en consultation avec d’autres agences fédérales, il a été finalement décidé que cela n’avait aucun impact significatif sur l’environnement.

L’un des grands défis posés par le système de réglementation actuel est que le délai d’approbation de nouveaux produits est trop lent. Il aura fallu presque deux décennies après que les premiers documents lui aient été soumis pour que la FDA approuve le saumon d’AquaBounty. Un moustique génétiquement modifié produit par Oxitec, société britannique, pour lutter contre l’Aedes aegypti, moustique qui propage la dengue et le virus Zika, a été approuvé uniquement pour des essais pratiques aux États-Unis, même si les mesures conventionnelles utilisées pour endiguer la dengue semblent à peine suffisantes.

Les délais d’approbation se traduisent par l’utilisation continue d’anciens produits potentiellement moins sécuritaires et une réduction considérable des incitatifs liés au financement des recherches et développements.

La modification génomique comporte-t-elle le même risque que celui associé à l’utilisation massive d’antibiotiques – pourrait-elle entraîner la création de pathogènes ou d’organismes nuisibles plus résistants?

Certaines cultures génétiquement modifiées existantes, développées au moyen d’anciennes technologies transgéniques, sont résistantes aux herbicides, et certains éléments laissent à penser que l’utilisation d’herbicides sur ces cultures a entraîné le développement de super mauvaises herbes.

L’édition du génome, si elle est utilisée pour produire des cultures résistantes aux pesticides, ne réglerait pas ces problèmes, qui peuvent sembler être le résultat, en grande partie, d’une mauvaise utilisation des pesticides.

Quels sont les principes de base de la mise à jour du cadre coordonné de réglementation de la biotechnologie de la FDA?

Début janvier, la FDA a publié trois projets de document d’orientation, qui augmenteraient la portée des lignes directrices pour couvrir toutes les technologies de modification génomique, y compris CRISPR, visant les animaux; étendraient la portée de la consultation volontaire concernant les cultures génétiquement modifiées pour y inclure les technologies de modification génomique visant les cultures; et délégueraient la réglementation des moustiques utilisés pour la lutte antiparasitaire au programme de pesticides de l’EPA. La FDA sollicite également les commentaires [du public] sur les applications de la modification génomique à faible risque.

En ce qui concerne plus particulièrement les moustiques génétiquement modifiés, la FDA réglementerait les moustiques génétiquement conçus, y compris les moustiques modifiés sur le plan du génome, qui sont commercialisés dans le but de réduire la morbidité chez l’humain. Cependant, si les moustiques étaient commercialisés en tant que pesticides, dans le but de réduire la population de moustiques de type sauvage, et non pas les maladies, alors l’EPA aurait compétence aux termes de la loi Federal Insecticide, Fungicide, and Rodenticide Act (FIFRA, Loi fédérale sur les insecticides, fongicides et rodenticides).

Selon vous, quelle est l’avancée possible la plus excitante du point de vue de la modification génomique?

Il est d’avis général que l’édition du génome pourrait être utilisée pour augmenter l’acceptabilité des organes de porcs pour la greffe humaine. Une telle nouvelle source d’organes pourrait redonner espoir à des milliers d’Américains en attente d’une transplantation.

traduction Stéphanie S.

Université de Virginie

Transhumanisme en marche : des biologistes annoncent avoir créé des chimères porc-homme

Des embryons contenant moins de 0,001% d’humains – et le reste de porc – ont été fabriqués et analysés par des scientifiques.

C’est la première preuve que des chimères peuvent être fabriquées en combinant du matériel provenant d’êtres humains et d’animaux.

Cependant, le rapport scientifique de la revue Cell montre que le processus est difficile et que l’objectif de la croissance d’organes humains chez les animaux est lointain.

Il a été décrit comme une “publication excitante” par d’autres chercheurs.

Pour créer une chimère, des cellules souches humaines – le type qui peut se développer dans n’importe quel tissu – sont injectées dans un embryon de porc.

BBC, Jean-Yves Nau, journaliste et docteur en médecine

Un garçon chinois retrouve la vue après avoir reçu une greffe des yeux de porc

Un garçon de 14 ans originaire de Jiangxi, en Chine, est en mesure de voir à nouveau normalement après avoir subi une greffe de la cornée à Guangzhou.

Les médecins de l’Université Zhongshan ont effectué l’opération sur le garçon le mois dernier en utilisant une partie de l’oeil d’un cochon pour sauver sa vue. Ils lui prédisent un rétablissement complet. Pour l’instant, il continue de suivre un traitement pour éviter le rejet de la greffe.

Selon South China Morning Post, le garçon a perdu la vue dans son oeil droit quand il a été blessé par un pétard. L’accident a eu lieu au cours de la période du Nouvel An chinois.


Transplantation d’organes de porcs pour les humains


La chirurgie de la transplantation de la cornée d’un porc sur un oeil humain est une première de son genre dans le Sud de la Chine, a rapporté Southern Metropolis Daily .

Un professeur du centre ophtalmologique de l’Université Zhongshan a déclaré aux journalistes chinois que maintenant que les humains sont capables d’accepter les cornées de porcs, un tiers à la moitié de la population chinoise souffrant de cécité cornéenne peuvent maintenant retrouver leur vue.

En Chine, il y a environ cinq millions de patients touchés par la maladie.

Bientôt des cellules de porc pour combattre le diabète ?

Voir Tribune de Genève : Le porc, avenir de l’homme “L’Hôpital veut greffer des cellules de cochon chez l’humain pour soigner le diabète et le foie.”

source : Mashable, MétroNews

Transplantation d’organes de porcs pour les humains

Méthode d’édition génomique (GM Gene-editing method) : l’équipe du professeur George Church, généticien à l’université de médecine de Harvard, a réussi à modifier des cellules de porcs de manière à ce qu’elles soient mieux acceptées par l’organisme humain, limitant ainsi les risques de rejet. Le magazine Science a publié leurs résultats le 11 octobre 2015. Il pourrait être une réponse à la pénurie de donneurs d’organes humains.

Le fait de greffer un organe ou un tissu d’une espèce vers une autre s’appelle la xénotransplantation ou xénogreffe.

Les chercheurs expliquent  être parvenus, grâce à l’outil CRISPR-Cas9, à l’éradication de tous les virus endogènes dans une lignée de cellules épithéliales de rein de porc.

L’obstacle principal posé par les greffes de porcs sur l’homme est la présence, dans les tissus animaux, de rétrovirus (PERV –  Porcine Endogenous RetroVirus) dont le porc s’accommode mais qui sont mortels pour l’homme. Les 62 PERVs présents dans les reins porcins ont été éradiqués.

Les chercheurs espèrent identifier et éliminer les autres molécules porcines susceptibles d’alerter le système immunitaire humain et de générer des rejets.

“Ils espèrent avoir des embryons de cochons sans PERV, compatibles avec le système immunitaire, prêts à être implantés dans des femelles porteuses dès 2016” dévoile également Science.

lire la suite sur Science Mag et BBC