Dans quelle mesure sommes-nous proches du transhumanisme observé dans “Years and Years”?

Une nouvelle étude suggère que le pont entre l’homme et la machine se referme plus rapidement que prévu

En regardant “Years and Years” de Russell T Davies, vous seriez pardonné d’avoir eu une crise de conscience majeure. D’une part, si l’on veut prendre la chronologie fictive de la série au pied de la lettre, les rêves de notre moi de sept ans ont finalement été réalisés : devenir à moitié cyborg sera possible d’ici 2025. D’autre part, les pires cauchemars de votre moi adulte, plus soucieux de la technologie, peuvent s’être matérialisés sur votre écran de télévision.

Les conclusions d’un groupe de recherche composé de scientifiques des universités de Harvard et de Surrey suggèrent que nous sommes sur la bonne voie pour vivre dans le monde transhumaniste que Davies nous présente dans la série extrêmement populaire.

L’étude, publiée la semaine dernière dans Nature, a permis à des scientifiques de fabriquer des “sondes à l’échelle nanométrique”, qui sont utilisées pour lire les activités électriques intracellulaires des neurones. Leur capacité à mesurer l’électrophysiologie (le courant électrique qui circule dans les cellules) signifie que ces sondes sont un pas en avant important pour comprendre ce que le Dr Yunlong Zhao de l’Université de Surrey a qualifié, dans une interview accordée à Science Daily, de “l’intersection entre l’homme et la machine”.

Les geeks de la Silicon Valley transforment leurs enfants en cyborgs

Anqi Zhang, une doctorante du laboratoire Lieber à Harvard qui faisait partie de l’équipe, explique : “La capacité à lire les activités électriques à partir de neurones est à la base de nombreuses applications d’interfaces cerveau-machine, telles que la cartographie de l’activité cérébrale et les prothèses neurales”.

Lorsqu’on lui a demandé dans quelle mesure les prédictions du transhumanisme de Years and Years sont exactes, elle a répondu : “le domaine des interfaces cerveau-machine connaîtra des avancées significatives au cours des 10 à 15 prochaines années, aussi longtemps que nous pourrons nous attaquer aux limites actuelles des interfaces électrode-cerveau”.

Dans dix ans à compter d’aujourd’hui, le gouvernement paiera Bethany Lyons (Lydia West), l’un des personnages principaux de la série, pour obtenir un implant cérébral lui permettant d’interagir directement avec Internet; Dans 15 ans, Edith Lyons (Jessica Hynes) a son esprit et sa conscience transférés dans une version futuriste d’Amazon Alexa.

Selon Davies, le transhumanisme sera bel et bien établi d’ici 2034.

West, qui interprète Bethany, affirme que ce rôle lui a beaucoup appris sur ce qu’elle appelle “l’homme 2.0”. “Nous y sommes presque. La plupart d’entre nous passons quotidiennement des heures au téléphone. Il est donc logique que la prochaine étape consiste à internaliser cela et à l’intégrer dans notre corps”, dit-elle. “Je pense que nous ne sommes pas aussi loin que nous le pensons.”

Dans le cadre de ses travaux préparatoires au tournage de la série, West a déclaré dans le cadre de ses recherches qu’elle avait lu un article sur les futurs enfants opérés pour avoir une puce électronique insérée dans leur cerveau, qui servira de calculatrice humaine. Ainsi, tout enfant qui n’a pas cette puce sera pris au dépourvu à l’école et sera lentement chassé de la société. C’est un triste concept, dit-elle, mais je pense que le transhumanisme est la voie dans laquelle nous nous dirigeons au cours des 50 prochaines années.

The Independent, Science Daily, Yunlong Zhao, Siheng Sean You, Anqi Zhang, Jae-Hyun Lee, Jinlin Huang, Charles M. Lieber. Scalable ultrasmall three-dimensional nanowire transistor probes for intracellular recording. Nature Nanotechnology, 2019; DOI: 10.1038/s41565-019-0478-y

L’ère du sexe pour la reproduction touche à sa fin

Henry T. Greely est directeur du Center for Law and Biosciences de l’Université de Stanford, ainsi que de son programme sur les neurosciences et la société. Manifestement, le type en sait quelque chose sur la technologie et sur son rôle dans la vie des gens – et il prédit maintenant que les progrès technologiques feront un jour du sexe à des fins de reproduction une chose du passé.

“Ma prédiction la plus forte est que dans l’avenir, les gens auront toujours des rapports sexuels – mais plus rarement dans le but de faire des bébés”, a déclaré Greely, qui a publié un livre intitulé “The End of Sex and the Future of Human Reproduction”, à la BBC. “Dans 20 à 40 ans, la plupart des gens dans le monde qui auront une bonne couverture médicale choisiront de concevoir en laboratoire.”

Sommes-nous à vingt années des bébés personnalisés ?

Au cours des quatre décennies qui ont suivi la naissance du premier “bébé éprouvette”, plus de 8 millions de personnes sont nées par fécondation in vitro.

Aujourd’hui, les parents qui produisent certains de ces enfants choisissent de soumettre leurs embryons fécondés à un diagnostic génétique préimplantatoire (DPI) avant leur transfert dans l’utérus. Il s’agit de prélever des cellules sur les embryons pour voir si un enfant hériterait de gènes problématiques de ses parents.

Le DPI permet aux parents de n’utiliser que des embryons sans problème pour la FIV et, selon Greely, une fois qu’ils seront plus abordables et disponibles, de nombreux parents choisiront le DPI plutôt que de recourir au mode traditionnel de la reproduction.

“Comme la plupart des sujets, il y aura d’abord une certaine quantité de réactions viscérales négatives”, a-t-il dit à la BBC, avant d’ajouter que l’acceptation par le public interviendrait dès que les parents se rendront compte que les enfants nés avec le DPI ne naissent pas avec “deux têtes et une queue”.

BBC

L’avenir du sexe : comment se transforme l’intimité

Compte à rebours pour les prédictions de la Singularité

Peter Diamandis a demandé aux gens les plus intelligents qu’il connaît leurs prédictions technologiques pour les 20 prochaines années (2018-2038). Quelles sont les avancées que nous pouvons espérer sur notre compte à rebours à la Singularité ?

2018 : Suprématie quantique atteinte : La première démonstration d’un calcul quantique qui ne peut être simulé avec des supercalculateurs classiques est annoncée.

2020 : Les opérations de voitures volantes décollent dans une douzaine de villes dans le monde. Le réseau 5G libère des vitesses de connexion de 10 à 100 gigabits pour les téléphones portables dans le monde entier.

2022 : Les robots sont monnaie courante dans la plupart des foyers à revenu moyen, capables de lire de manière fiable les lèvres et de reconnaître les gestes du visage, de la bouche et de la main. Tous les jouets sont “intelligents” avec un apprentissage automatique intégré.

2024 : Les premières missions humaines privées ont été lancées pour la surface de Mars. Les premiers accords «un cent par kilowatt-heure» pour l’énergie solaire et éolienne sont signés.

2026 : La possession de voiture est morte et les voitures autonomes dominent nos routes. 100 000 personnes se rendent chaque jour à bord de VTOL (aéronef à décollage et atterrissage verticaux) dans chacune des villes suivantes : Los Angeles, Tokyo, Sao Paulo et Londres.

2028 : Le solaire et le vent représentent près de 100% de la production d’électricité nouvelle. Les véhicules électriques autonomes représentent la moitié des kilomètres parcourus dans les grands centres urbains.

2030 : L’IA réussit le test de Turing, ce qui signifie qu’elle peut égaler (et dépasser) l’intelligence humaine dans tous les domaines. L’humanité a atteint la «vitesse d’évasion de la longévité» pour les plus riches.

2032 : Nanorobots médicaux démontrés chez l’homme sont capables d’étendre le système immunitaire. Les robots Avatar deviennent populaires, permettant à chacun de «téléporter» sa conscience dans des endroits éloignés du monde entier.

2034 : Des sociétés comme Kernel ont établi des liens significatifs et fiables entre le cortex humain et le Cloud. Les robots agissent comme domestiques, majordomes, infirmières et nounous, et deviennent des compagnons à part entière. Ils soutiennent l’autonomie des personnes âgées à la maison.

2036 : Les traitements de longévité sont couramment disponibles et couverts par des polices d’assurance-vie, prolongeant la durée de vie moyenne de l’homme de 30 à 40 ans.

2038 : La vie quotidienne est maintenant méconnaissable – incroyablement bonne et l’hyper VR et l’intelligence artificielle augmentent toutes les parties du monde et tous les aspects de la vie humaine quotidienne.

Quel sera l’impact de l’automatisation sur l’emploi ?

Les experts aiment essayer de prédire combien d’emplois les robots vont créer, et combien ils vont en détruire. Il y a à peu près autant d’opinions qu’il y a d’experts. De telles histoires sont tentantes de prendre pour argent comptant. Qui ne voudrait pas savoir si leur gagne-pain ou celui de leurs enfants sera bientôt menacé?

Voici le problème : les résultats cités proviennent d’un large éventail d’études publiées par des entreprises, des groupes de réflexion et des institutions de recherche. Ils arrivent si vite que le MIT Technology Review a décidé de commencer à garder un œil sur tous les chiffres que les différents groupes ont trouvé sur les pertes d’emplois prévues (et certains gains) par l’automatisation, les robots et l’intelligence artificielle.

Toutes les études ont été compilées dans un tableau :

Predicted Jobs Automation Will Create and Destroy
WhenWhereJobs
Destroyed
Jobs CreatedPredictor
2016worldwide900,000 to 1,500,000Metra Martech
2018US jobs13,852,5303,078,340Forrester
2020worldwide1,000,000-2,000,000Metra Martech
2020worldwide1,800,0002,300,000Gartner
2020sampling of 15 countries7,100,0002,000,000World Economic Forum (WEF)
2021worldwide1,900,000-3,500,000The International Federation of Robotics
2021US jobs9,108,900Forrester
2022worldwide1,000,000,000Thomas Frey
2025US jobs24,186,24013,604,760Forrester
2025US jobs3,400,000ScienceAlert
2027US jobs24,700,00014,900,000Forrester
2030worldwide2,000,000,000Thomas Frey
2030worldwide400,000,000-800,000,000McKinsey
2030US jobs58,164,320PWC
2033US jobs67,876,460Oxford University
2035US jobs80,000,000Bank of England
2035UK jobs15,000,000Bank of England
No DateUS jobs13,594,320OECD
No DateUK jobs13,700,000IPPR

Comme vous pouvez le voir, personne n’est d’accord. Les prévisions varient de très optimistes à dévastatrices, différant de dizaines de millions d’emplois, même en comparant des délais similaires. Nous avons également trouvé de nombreuses prévisions axées sur les pertes dans une industrie, et beaucoup qui étaient le résultat d’une seule technologie, comme les véhicules autonomes.

Bien sûr, toutes les statistiques ne sont pas égales. Les chiffres les plus fréquemment cités provenaient de trois endroits : une étude d’Oxford de 2013 selon laquelle 47% des emplois américains seront automatisés dans les prochaines décennies, une étude de l’OCDE suggérant que 9% des emplois dans les 21 pays membres de l’organisation sont automatisables; le rapport McKinsey qui a déclaré que 400 à 800 millions d’emplois dans le monde pourrait être automatisé d’ici 2030.

En bref, bien que ces prédictions soient faites par des douzaines d’experts mondiaux en économie et en technologie, personne ne semble être sur la même longueur d’onde. Il n’y a vraiment qu’une seule conclusion significative : nous n’avons aucune idée du nombre d’emplois qui seront réellement perdus au cours du progrès technologique.

L’intelligence artificielle nous permettra de contrôler nos maisons par la pensée

Un inventeur d’IBM a prédit que des nanomachines artificiellement intelligentes seront implantées dans le corps humain d’ici 20 ans pour réparer et accroître les muscles, les cellules et les os. John McNamara, qui travaille chez IBM Hursley Innovation Centre, dans le Hampshire, a présenté des éléments de preuve au House of Lords Artificial Intelligence Committee, organisme qui étudie les implications économiques, éthiques et sociales de l’intelligence artificielle.

McNamara a déclaré que d’ici deux décennies, la technologie aura peut-être tellement progressé que les humains et les machines auront fusionnés de manière efficace, permettant d’énormes bonds en avant dans la conscience et la cognition humaines.

« Nous verrons peut-être des nanomachines pourvues d’intelligence artificielle implantées dans nos corps » a t’il déclaré. « Ceux-ci fourniront des bénéfices médicaux considérables, tels que la possibilité de réparer les dommages dans les cellules, les muscles et les os, et peut-être même les augmenter. Au-delà de l’utilisation de cette technologie qui est déjà en cours d’exploration aujourd’hui, nous voyons la création d’une technologie qui peut fusionner le biologique avec le technologique, et ainsi être capable d’accroître directement la capacité cognitive humaine, offrant potentiellement une amélioration mentale considérable, tout en étant capable d’utiliser de vastes quantités de puissance de calcul afin d’augmenter nos propres processus de pensée. En utilisant cette technologie, incorporée en nous et dans ce qui nous entoure, nous commencerons à être capable de contrôler notre environnement simplement par la pensée et les gestes. »

La science du transhumanisme : comment la technologie mènera à une nouvelle race d’êtres immortels superintelligents

Les scientifiques dans les entreprises comme Microscoft, sont déjà en train de développer un ordinateur fabriqué à partir d’ADN qui pourrait vivre à l’intérieur des cellules et rechercher des failles dans les réseaux corporels, comme le cancer. Si ce dispositif détectait des changements cancéreux, il pourrait réinitialiser le système et se débarrasser des cellules malades.

McNamara a également prédit des « Avatars politiques » qui vont parcourir toutes les données disponibles sur les sites d’information et les débats gouvernementaux pour fournir aux gens des recommandations sur qui voter et pourquoi, en fonction de leur vision du monde. Cependant, il a également mis en garde sur le fait que l’essor de l’intelligence artificielle pourrait générer une « énorme perturbation » pour les personnes travaillant dans les secteurs de la vente au détail et des services, et engendrer un chômage généralisé.

« Alors qu’aujourd’hui être pauvre signifie ne pas avoir les moyens de s’acheter le dernier smartphone, demain cela pourrait signifier la différence entre un groupe de personnes ayant potentiellement une élévation extraordinaire de leur capacité physique, cognitive, de leur santé, de leur longévité, et un autre groupe beaucoup plus large qui n’aurait pas accès à tout cela » explique McNamara.

Dans un témoignage séparé au comité, Noel Shakey, Professeur émérite d’intelligence artificielle et de robotique, Université de Sheffield, qui est maintenant directeur de la Foundation for Responsible Robotics, affirme que l’intelligence artificielle avait un coût.

« La préoccupation immédiate est qu’en cédant les décisions ou le contrôle aux machines, les humains commencent à accepter leurs décisions comme correctes ou meilleures que les leurs et arrêtent d’y prêter attention », a t’il ajouté. « Il y a un nombre croissant de preuves que les décideurs de la machine d’apprentissage héritent de nombreux préjugés invisibles parmi leurs corrélations. »

Le Dr. Jochen Leidner, Directeur de recherche chez Thomson Reuters, a également averti sur le fait que les personnes âgées, ou celles possédant des accents, pourraient avoir des difficultés dans un avenir où la reconnaissance vocale serait largement utilisée. « Les minorités pourraient se voir injustement désavantagées en étant exclues de l’accès aux services essentiels » a t’il expliqué.

Les scientifiques d’Oxford ont une IA qui peut lire vos lèvres

« Imaginez un système de reconnaissance vocale pour faire vos opérations bancaires par téléphone, car les banques réduisent les succursales physiques. Un tel système serait probablement développé avec des voix britanniques disponibles à Londres si la société qui développe le système est basée à Londres. Un tel système entraînera certainement des erreurs de reconnaissance, ou ne fonctionnerait pas du tout pour un citoyen âgé d’Uddingston, en Écosse, et en l’absence d’autres moyens pour obtenir de l’argent liquide, cela dépendra d’amis ou de membres de la famille, s’ils sont disponibles. »

Miles Brundage et Allan Dafoe, du Future of Humanity Institute de l’Université d’Oxford, ont également averti que les emplois étaient menacés par l’intelligence artificielle.

Selon Mark Cuban, l’IA sera à l’origine de la plus grande rupture de ces 30 dernières années dans le monde du travail

« Nous recommandons au gouvernement britannique de se préparer à faire face à un remplacement considérable d’emplois, également de création, conséquence du déploiement de l’intelligence artificielle dans les décennies à venir » ont-ils déclaré aux Lords. « L’intelligence artificielle est susceptible de surpasser les performances humaines dans la plupart des domaines cognitifs. Et cela comporte des risques importants pour la sécurité. »

traduction Virginie Bouetel

The Telegraph

Faire des enfants demain

​Jacques Testart est directeur de recherche honoraire à l’Inserm. Pionnier des méthodes de procréation assistée, il est l’auteur de nombreux ouvrages dans lesquels il défend l’analyse critique de la science afin de justifier l’engagement éthique et de nourrir la démocratie.

Trente-cinq ans après le premier « bébé-éprouvette », près de 3 % des enfants sont conçus avec l’aide de la biomédecine dans les pays industrialisés. Qu’en sera-t-il dans les décennies à venir ?

S’il ne s’agit, selon la loi actuelle, que d’aider les couples stériles, l’assistance médicale à la procréation a désormais atteint ses buts avec l’optimisation des actes biologiques et médicaux. Mais la technique, sous couvert de médecine de pointe, cherche toujours à agrandir son territoire et à régenter nos vies, même lorsque la nécessité ne s’impose pas… Aussi, puisqu’aujourd’hui la régulation bioéthique fait l’objet d’une permissivité croissante, la question se pose de savoir jusqu’où ira la médicalisation de la procréation, et comment la société pourra en maîtriser les dérives sociétales et eugéniques.

Devrons-nous aller jusqu’à compter sur la décroissance économique pour, mieux que les lois de bioéthique, imposer des limites à la démesure technoscientifique ?

Fin du sexe, avenir de la procréation. Demain, les enfants seront conçus au laboratoire et le sexe sera réservé au plaisir.

“Je rencontre, depuis trente ans, deux types de réaction quand j’expose cette perspective révolutionnaire et dramatique. D’abord celle des « bioconservateurs » selon la terminologie transhumaniste, horrifiés par la fabrication des enfants comme des objets de commerce. Puis celle de personnes de plus en plus nombreuses, et de plus en plus jeunes, qui osent lancer « Et alors ?…Où est le problème ?… ». Tentons quelques réponses. L’humaniste voit dans la sélection humaine la réification de l’enfant et une incitation pour stigmatiser les handicapés, ou seulement les déviants, c’est à dire un fort recul de nos valeurs. Il craint aussi l’instauration future de politiques autoritaires au nom du « bien collectif ». Encore nous situons nous ici dans la perspective traditionnelle de la conception par un homme et une femme et pas dans celles, possibles, de la conception homosexuelle voire autonome. Quant au biologiste, il imagine la désillusion possible dans les familles si l’enfant, sélectionné sur des bases statistiques, vient créer la surprise par son identité individuelle. Mais, surtout, il s’inquiète de la perte de diversité génétique si, comme c’est vraisemblable, les critères de sélection (hors cosmétiques) deviennent les mêmes partout, évoluant en tout lieu grâce aux corrélations croissantes issues du croisement informatique des données génomiques avec les caractéristiques de personnes existantes. Il ne faudrait pas plus de quelques générations, en recourant de façon quasi généralisée au tri embryonnaire, pour changer le génome de notre espèce, et ceci sans avoir modifié un seul génome! Aussi, en ces temps incertains de modifications drastiques de l’environnement, il serait sage d’assurer notre pérennité en conservant une biodiversité capable de résister à des fléaux inconnus (conditions climatiques, alimentation, parasites, épidémies,…). Bien sûr, cette précaution est superflue pour les transhumanistes qui souhaitent changer notre espèce. H Greely reconnaît cet effet de l’ « easy PGD » (DPI facile) mais il ne s’en inquiète pas. Il ne propose de législation que pour des actes délictueux (vol de cellules sur une tasse pour faire fabriquer le bébé d’une star…). Il pense qu’il serait dangereux pour un gouvernement de distinguer entre vies supportables ou non selon la sévérité estimée des atteintes de l’enfant à venir, et qu’il faut donc laisser les couples choisir. Mais il ajoute que la coercition n’est pas toujours mauvaise et évoque alors une taxation… Bref, une éthique à l’américaine ! Avouons qu’au point avancé où nous en sommes il serait naïf d’imaginer faire mieux.”


France culture : Assiste-t-on à une révolution dans la procréation ? 19.03.2014

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Jacques Testart : Ça fait bientôt trente ans que j’essaie de me battre contre certaines dérives.Ce que je crains, c’est que la procréation assistée devienne une sorte de fabrique des enfants, y compris pour des gens qui n’ont pas besoin d’assistance médicale. En fabriquant l’enfant, la bio-médecine prend une responsabilité et ferait en sorte que l’enfant soit de meilleure qualité que l’enfant qu’on pourrait concevoir au hasard. Ce que je crains le plus, c’est le tri des embryons, qui se développe un peu dans tous les pays et qui risque de prendre une ampleur que personne n’imagine aujourd’hui.

Est en train de se mettre en place tout un système de sécurisation de la procréation, de fabrication, qui est assez navrant. Il y a quelque chose qui se met en place, comme s’il était normal de faire un bébé dans un laboratoire plutôt que dans un lit. On est devant une nouvelle considération de ce qu’est la procréation.


Jacques Testart : “J’ai des craintes de dérives eugéniques”.

Emmanuel Faux reçoit Jacques Testart, directeur de recherche honoraire à l’Inserm, auteur de Faire des enfants demain.

Dans cette vidéo, Jacques Testart nous livre ses impressions sur le devenir de la procréation médicalement assistée.

Jacques Testart : Tous les enfants conçus par PMA dans un siècle ?


Depuis le 1er janvier 2012, suite à la réorganisation des instances intergouvernementales au Conseil de l’Europe, le Comité de Bioéthique (DH-BIO) mène les travaux qui sont assignés au Comité directeur pour la bioéthique (CDBI) par la Convention pour la protection des droits de l’homme et de la dignité de l’être humain à l’égard des applications de la biologie et de la médecine. Cette réorganisation a également pour but de créer un lien plus étroit entre le DH-BIO et le Comité directeur pour les Droits de l’Homme (CDDH).

Rapports abrégés

DH-BIO abr RAP 1 F, DH-BIO abr RAP 2 F, DH-BIO abr RAP 3 F, DH-BIO abr RAP 4 F, DH-BIO abr RAP 5 F, DH-BIO abr RAP 6 F, DH-BIO abr RAP 7 F, DH-BIO abr RAP 8 F, DH-BIO abr RAP 9 F, DH-BIO abr RAP 10 F

Un expert en robotique prédit que les enfants nés en 2017, ne conduiront jamais une voiture

Henrik Christensen, directeur de la Contextual Robotics Institute de l’University of California à San Diego, a publié une prophétie alarmante pour la prochaine génération : « Ma propre prédiction est que les enfants nés aujourd’hui n’auront jamais à conduire une voiture. »

Elon Musk : « Les voitures conduites par des humains seront un jour illégales »

→ En 2030-2035, on interdira les voitures conduites par des gens. La Google Car roulera 24 heures sur 24, associée au système Uber, qui permet de repérer la voiture la plus proche. Il sera possible de réguler les bouchons et de diminuer la pollution. On peut donc prévoir l’arrivée des voitures sans chauffeur. – Laurent Alexandre

Ses prévisions, qu’il a partagées dans une entrevue de décembre avec The San Diego Union-Tribune, est enracinée dans des signes montrant que l’industrie automobile est dans la course vers un avenir sans conducteur. « Les voitures autonomes et sans conducteur seront là d’ici 10 à 15 ans », a-t-il dit. « Tous les fabricants automobiles – Daimler, GM, Ford – disent que d’ici cinq ans, elles auront des voitures autonomes et sans conducteur sur la route. »

Mais la prédiction devrait susciter un certain scepticisme. D’une part, il suggère que la plupart des voitures non autonomes seront hors des routes dans les 15 ans à venir. C’est, pour le moins improbable. L’âge moyen d’un véhicule américain est de 11,5 ans. Avec 258 millions de véhicules légers sur la route, et 17 millions de nouveaux véhicules vendus chaque année, nous sommes peu susceptibles de voir un renouvellement de la flotte pendant des décennies. En attendant, les analystes s’attendent à ce que seulement 21 millions de véhicules autonomes dans le monde atteignent les routes d’ici 2035.

Malgré l’arrivée de kits pour transformer nos vieux tacots manuels en robots-chauffeurs, les États-Unis ne sont pas en mesure de gérer des centaines de millions de véhicules autonomes sur ses voies, rues et autoroutes à tout moment. Le ministère américain des Transports a publié des lignes directrices en novembre pour faciliter la transition, mais l’incertitude reste. Des États comme la Floride autorisent déjà des véhicules autonomes, et d’autres encore suivront sûrement, mais la technologie de conduite autonome qui se qualifie en vertu de ces lois, sans parler d’un cadre juridique national, est encore à des années voire des décennies.

Le 5 janvier, Gill Pratt, directeur à Toyota Research Institute, a déclaré au Consumer Electronics Show de Las Vegas : « aucun d’entre nous dans les industries de l’automobile ou de l’IT n’est près d’atteindre le véritable Niveau 5 d’autonomie. Nous n’en sommes même pas proches. »

Ce qui est plus probable, c’est que certains enfants nés aujourd’hui, dans certains endroits, n’auront jamais besoin de conduire une voiture. Cela est déjà vrai dans des endroits comme Manhattan, où les options de transports en commun ont permis depuis longtemps de vivre sans voiture, et où une foule de nouveaux services de voiture rendent encore plus facile l’abandon de la propriété automobile privée. (seulement, 23% des Manhattanites possédaient une voiture en 2013, comparativement à 92% à l’échelle nationale). Cette réalité pourrait s’étendre à d’autres zones urbaines où une densité plus faible et des infrastructures coûteuses rendent la possession d’une voiture plus prohibitive.

Les véhicules autonomes, complétés par des services de voiture tels que Lyft et Uber, pourraient rendre préférable et plus abordable de rouler avec des robots plutôt que d’obtenir un permis de conduire. Cette tendance se dessine déjà dans des endroits tels que Beverly Hills, en Californie, qui prépare ses propres plans de transport en commun impliquant des flottes de véhicules autonomes.

Mais rappelez-vous : les tracteurs et les automobiles ont pris près de 50 ans pour remplacer le cheval dans les fermes et à travers les systèmes de livraison en Amérique du Nord. La technologie évolue beaucoup plus rapidement aujourd’hui, mais probablement pas les habitudes des êtres humains.

Traduction Thomas Jousse

Quartz

137 millions de travailleurs d’Asie du Sud-Est pourraient perdre leur emploi face à l’automatisation d’ici les 20 prochaines années

Une étude menée par l’International Labour Organisation (ILO) estime que dans les 20 prochaines années, plus de la moitié des travailleurs des cinq pays d’Asie du Sud-Est sont susceptibles de perdre leur emploi face à l’automatisation – plus précisément dans l’industrie du vêtement.

Les pays en danger sur la liste sont le Cambodge, l’Indonésie, les Philippines, la Thaïlande, et le Viêtnam, où 137 millions de travailleurs ont un risque élevé de se faire licencier en faveur de la technologie. Ce nombre constitue 56% de la population active salariée de ces pays, avec des travailleurs dans les secteurs du textile, de l’habillement, et des chaussures étant les plus à risque d’être remplacés par des machines automatisées.

Malheureusement, l’automatisation commence à devenir dominante, certaines compétences deviennent obsolètes, même si leurs coûts étaient prétendument assez bas. « Les pays qui sont en concurrence sur les bas salaires doivent eux-mêmes se repositionner – l’avantage du prix n’est plus suffisant », déclare Deborah France-Massin, directrice du bureau de l’ILO pour les activités des employés.

« Les robots deviennent meilleurs à l’assemblage, moins chers et de plus en plus en mesure de collaborer avec les gens », a déclaré  l’ILO.

Traduction Thomas Jousse

The Straits Times

Sommes-nous à vingt années des bébés personnalisés ?

Que se passerait-il si les parents en devenir avaient la possibilité de choisir à l’avance la combinaison de gènes que leur enfant hériterait ? La question est sortie du cadre de la science-fiction selon Hank Greely, professeur de droit à l’Université de Stanford.

La science et la technologie sous-jacente  progressent rapidement, il est maintenant temps d’examiner attentivement  “quels changements légaux seraient nécessaires pour essayer de maximiser les avantages et minimiser les dommages de cette nouvelle approche reproductrice”, dit-il.

Greely a exploré les implications juridiques, éthiques, et sociétales des biotechnologies émergentes dans un nouveau livre : « The end of sex and the future of human reproduction » (Harvard University Press, 2016), qui envisage un monde où la procréation ne commence plus dans la chambre à coucher, mais plutôt dans une boîte de Pétri d’une clinique médicale.

Sélectionner un embryon

Dans le livre, Greely raconte le scénario suivant : Un couple voulant un enfant, créerait cent embryons et recevrait un dossier sur l’ADN de chacun. Cela révélerait la présence de gènes favorisant l’apparition de graves maladies mortelles, ainsi que des marqueurs qui confèrent un risque accru de conditions  moins graves.

Mais cela pourrait aussi inclure des gènes pour des traits physiques, comme la couleur des yeux ou des cheveux, la taille et le type de corps. Mais également des marqueurs pour les traits comportementaux tels qu’une inclination pour le sport ou la musique. Les futurs parents sélectionneraient alors les embryons à implanter, sur la base des caractéristiques espérées.

« Actuellement, la technologie telle qu’elle est envisagée dans le livre, ne sera disponible que d’ici une vingtaine d’années » déclare Greely.  « Mais des parties de celle-ci sont disponibles aujourd’hui ».

Le diagnostic préimplantatoire (DPI) – qui consiste à l’extraction d’une seule cellule d’un embryon créé in vitro (FIV), et le dépistage de gènes malades ou des chromosomes anormaux –  est présent depuis 25 ans.

Cependant, parce qu’il nécessite la collecte d’œufs pour la fécondation in vitro (FIV) (ce qui est très coûteux), Greely prévoit que la plupart des couples ne considéreraient pas la DPI s’ils pourraient concevoir un enfant en bonne santé par la bonne vieille méthode.

Mais tôt ou tard, les scientifiques réussiront à faire des ovules humains viables et du sperme à partir de cellules souches pluripotentes induites (CSPi) provenant de la peau ou d’autres cellules somatiques, dit Greely.

« Et ce sera l’avancée qui déclenchera un intérêt généralisé pour ce que j’appelle « DPI facile ». Cela ouvrira le chemin à un certain nombre de nouvelles possibilités en matière de reproduction. Les personnes infertiles pourront avoir leurs propres enfants génétiques. Ainsi que les couples de même sexe, puisqu’il pourrait bien être possible de faire des œufs à partir de cellules de peau d’un homme, ou des spermatozoïdes à partir d’une femme.

Cela permettra d’éliminer également la pression de l’horloge biologique – au moins en termes de conception – permettant ainsi aux femmes à repousser la formation d’une famille.

Mais la possibilité de faire des gamètes à partir de cellules de peau pourrait avoir des conséquences indésirables. Par exemple, quelqu’un pourrait prendre une tasse de café jetable que vous auriez négligemment jeté dans la poubelle,  et faire de vous un parent sans que vous soyez consentant ou n’en ayez connaissance.

“Nous aurons probablement besoin de nouvelles lois pour faire face à cela ;  la parentalité non-consentante semble être une mauvaise idée”, dit Greely.

Poursuivre les cliniques ?

Une possibilité qu’il envisage serait d’exiger des documents sur la provenance de toutes les cellules utilisées pour produire des ovules ou des spermatozoïdes. « Je pense qu’il y a beaucoup de questions complexes, et pour certaines d’entre elles, il n’y a pas de livres de droit particulier où se référer. »

Par exemple, que se passerait-il si des parents choisissent un embryon pour qu’il devienne le prochain Andrew Luck, ancien quarterback de Stanford, mais qu’à la place, il devenait poète ?

« Je pense que, universellement, les parents sont déjà un peu surpris par la destinée de leurs enfants. Mais si vous pensez que vous avez effectivement sélectionné leurs gènes, est-ce que vous serez plus dépités ? Est-ce que cela vous fera poursuivre en justice la clinique ? »

L’équité est une question centrale, dit Greely. Que faire si certaines personnes ont accès à la technologie et d’autres non ? Il prédit que dans les pays riches, le processus de fabrication d’enfant sera subventionné  jusqu’à la gratuité.

« En partie, cela arrivera parce qu’il permettra d’économiser beaucoup d’argent au système de santé. Vous n’êtes pas obligé de prévenir les naissances d’un grand nombre de bébés gravement malades, pour payer des centaines ou des milliers de tentatives de faire des bébés grâce au DPI facile. »

Mais même ainsi, il y aura certainement des disparités internationales, voire nationales.

Greely soulève également des questions difficiles en ce qui concerne les personnes handicapées.

« Si vous êtes atteint d’une maladie génétique, cela signifie que beaucoup moins d’individus vont naître avec votre maladie, et bien, dans un sens, c’est une bonne chose, mais d’un autre côté, cela réduit l’intérêt de la recherche pour votre pathologie, le soutien social,  et la société sera susceptible de vous pointer du doigt en pensant que vous n’auriez pas dû être né », dit-il.

Citant les exemples de la surdité et du nanisme héréditaire, il note que les parents pourraient vouloir un enfant comme eux.

« Si un parent rendait sourd son enfant, nous enlèverions certainement le bébé et nous poursuivrions le parent. Si les parents choisissent un embryon pour qu’il soit sourd, comme eux, afin de préserver la culture des sourds d’un génocide, que doit-on faire ? »

Greely espère provoquer et susciter de larges discussions sur les politiques à mettre en place concernant ces questions.

« Je pense que quelque chose qui change la façon dont nous concevons les bébés affecte tout le monde dans ces méthodes de base, que ce n’est pas un sujet qui devrait être laissé aux seuls professeurs de droit et juristes, obstétriciens-gynécologues, ou aux bioéthiciens et cliniques de fertilité. »

Traduction Benjamin Prissé

Posted by Clifton B. Parker, Deputy Director, Social Science Communications, Stanford University – cbparker@stanford.edu

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