Nos cerveaux resteront-ils humains ?

Nos cerveaux resteront-ils humains ?
ISBN : 978-2-7465-1776-9

Cerveau : les espoirs. Les fantasmes.
La réalité.

Depuis la découverte des possibilités de remodelage du cerveau, chez l’enfant mais aussi chez l’adulte, nombreux sont les chercheurs à s’être penchés sur les fascinants phénomènes de la plasticité cérébrale. Aujourd’hui, à l’heure où abondent les images de cerveau « super ordinateur » et les promesses d’hybridation transhumanistes, les espoirs suscités par cette formidable faculté du cerveau à se réinventer sans cesse se sont transformés en fantasmes.

Qu’est-ce qui est, aujourd’hui, réellement faisable ? Et demain ? Il ne s’agit pas seulement de faire le point, mais aussi de réfléchir à ce qui est souhaitable, afin que l’humain pensant d’aujourd’hui continue à cogiter par lui-même demain…

Neurobiologiste, très impliquée dans la vulgarisation du savoir scientifique, Catherine Vidal est directrice de recherche honoraire à l’Institut Pasteur de Paris et membre du comité d’Ethique de l’Inserm. Ses recherches portent sur les mécanismes fondamentaux du fonctionnement du cerveau en lien avec les maladies neuro-dégénératives. Elle travaille actuellement au sein du comité d’Ethique de l’Inserm et co-dirige le groupe “Genre et Recherches en Santé”. Son intérêt porte sur les enjeux éthiques des neurosciences, le déterminisme en biologie, le cerveau et le sexe.

Transhumains & Post-humains

Le transhumanisme… Cette transformation, des corps et des esprits par le biais des progrès scientifiques, vise un Homme mieux adapté à son milieu, en bonne santé, immortel si possible, en lien parfois avec les intelligences artificielles, connecté, bref meilleur. Quelle forme prendra ce nouveau monde quand l’utopie se réalisera ? Pour engendrer quelle Humanité ? Et surtout, ces post-humains, seront-ils heureux ?

De part les avancées technologiques, qu’elles soient biologiques, chimiques ou cybernétiques, qu’elles soient volontaires ou subites, nous ne sommes déjà plus les mêmes Hommes que nos grands-parents. Quelles seront notre attitude et notre place dans les sociétés à venir ? Quel regard aurons-nous sur nous-mêmes et sur nos descendants ? Et après le règne de Sapiens, sera-t-il l’heure des IA ?

Cette anthologie de science-fiction « Transhumains, post-humains » offre la vision de seize auteurs francophones sur ce sujet. Alternant ambiances humoristiques, sombres et émouvantes, ces textes sont une invitation au voyage à travers autant de sociétés futuristes différentes, et une question fondamentale commune : qui serons-nous, demain ?

Andréa Deslacs, l’anthologiste de ce recueil, est une écrivaine marseillaise diplômée de la faculté de médecine avec une thèse sur la science-fiction. Déjà publiée pour de nombreuses nouvelles dans le domaine de l’imaginaire, elle a reçu en 2017 le Prix Visions du Futur et a été finaliste du Prix Rosny aîné 2018. Elle est aussi l’auteure d’un cycle de fantasy victorienne.

Transhumanisme : vision utopique ou avenir dystopique ?

Le transhumanisme est un mouvement radical qui favorise la transformation de la condition humaine. Ses représentants préconisent l’application proactive de la science et de la technologie pour «améliorer» les fonctions cognitives et émotionnelles, ainsi que les capacités physiques et sensorielles. Les transhumanistes avancent que les avancées technologiques en génie génétique, en intelligence artificielle, en robotique et en nanotechnologie devraient permettre aux sciences d’étendre considérablement les facultés intellectuelles, de vaincre les maladies liées au vieillissement, d’éliminer le malheur et l’anxiété et d’éviter le vieillissement et même la mort. Le transhumanisme voudrait donc que nous jouions avec notre propre évolution en tant qu’espèce, transformant rapidement les humains en transhumains et, éventuellement, en «posthumains». Je soutiendrai que ce faisant, nous détruirions ce qui est le plus précieux pour l’humanité; La vision du transhumanisme d’une liberté individuelle accrue produirait un monde futur dystopique.

Nick Bostrom, philosophe transhumaniste de l’Université d’Oxford, est mondialement reconnu pour ses recherches hypothétiques sur les risques existentiels, les considérations éthiques liées à l’amélioration de l’homme, ainsi que les avantages et les inconvénients d’une intelligence artificielle accrue. Il est également le fondateur de l’institut Future of Humanity, un centre de recherche multidisciplinaire qui permet à des futuristes exceptionnels de réfléchir aux priorités et possibilités mondiales. Les transhumanistes sont, en fin de compte, des philosophes qui chercheraient à transformer l’espèce humaine bien au-delà de son héritage biologique en appliquant les technologies actuelles et futures. Plus problématiques encore, ils considèrent que le vieillissement, voire la mort, sont tous deux inutiles, dans le contexte de l’intensification de nos progrès scientifiques, et indésirables; Ironiquement, Bostrom a publié lui-même un essai en ligne intitulé «Le transhumanisme, l’idée la plus dangereuse au monde». Francis Fukuyama, un critique acharné de Bostrom, souligne que le transhumanisme cherche à libérer l’humanité de ses contraintes biologiques. Tout à fait séduisant et semble paraître assez inoffensif mais à quel prix cette servitude serait-elle brisée ?

Transhumanisme – l’idée la plus dangereuse du monde

En 1957, Julian Huxley (1887-1975) a inventé le mot transhumanisme, prévoyant une société efficace et puissante, vouée au plein développement du potentiel humain, rendant obsolète l’État-providence. Pour Huxley, cela décrivait «l’humanisme évolutionniste», l’effort délibéré de l’humanité pour «se transcender – dans son intégralité, en tant qu’humanité… l’homme restant homme, mais se dépassant lui-même, en réalisant les possibilités de et pour sa nature humaine». Des penseurs transhumanistes ont par la suite inclus des avocats occupant une frange universitaire, tels que Fereidoun M. Esfandiary, qui a changé son nom en FM2030 (2030, date présumée de son centième anniversaire, bien qu’il mourût en réalité en 2000), et qui considérait les transhumanistes comme un dépassement des contraintes humaines du temps et de l’espace. Max More, Ray Kurzweil et Hans Moravec, également des transhumanistes convaincus, estiment que les nouvelles technologies devraient mettre fin à l’existence humaine en tant que telle, en introduisant dans le monde une classe de «Robo sapiens» qui remplacerait Homo sapiens, produisant la prochaine phase. Par exemple, Moravec avait prédit, en 1999, qu ‘«avant la fin du siècle prochain, les êtres humains ne seront plus le type d’entité le plus intelligent ou le plus capable de la planète.

Ces technocrates utiliseraient des programmes de recherche technologique accrédités par les électeurs et financés par le gouvernement pour recréer l’humanité, un effort de la société visant à jouer à Dieu.

Selon le transhumanisme, le droit fondamental à l’autonomie de l’individu fournit le fondement éthique qui justifie l’application de technologies génétiques, nanotechnologies et robotiques / IA (GNR) afin d’élargir la gamme de choix offerts à tous, améliorant ainsi “la condition humaine”. Pour sa part, Bostrom qualifie les détracteurs du transhumanisme de “bioluddites et bioconservateurs”. David Trippett, du Genetic Literacy Project, suggère au transhumaniste de faire face à deux alternatives, dont l’une consiste à tirer parti des avancées des technologies GNR et d’autres sciences médicales pour améliorer les fonctions biologiques de l’être humain (ce qui signifierait ne jamais revenir en arrière). L’autre alternative est de légiférer pour empêcher ces manipulations génétiques et ces modifications physiques de s’enraciner rapidement dans l’humanité, par le biais de la technomédecine socialement coercitive, qui nous opposerait tous progressivement. Qui devrait avoir le droit de décider ? Qui devrait avoir le droit de décider qui a le droit de jouer à Dieu en cette ère moderne ?

Et que dire de cet aspect de nous-mêmes qui, selon la plupart des gens, conviendrait le mieux, nous rend humains, notre conscience ? Le principe fondamental du transhumanisme, sa quête pour atteindre l’immortalité, nécessiterait une attaque de notre conscience humaine et, en fin de compte, une reprise complète du corps humain. Si la vision transhumaniste consistant à remplacer le corps humain par un substitut mécanique était réalisée, les admonitions de films de science-fiction comme Terminator, Blade Runner ou encore Frankenstein deviendraient une réalité. L’empathie humaine disparue, nous deviendrions non humains, ni transhumains ni posthumains. La culpabilité, la honte, l’envie, la compassion et la peur seraient réduites à des états corrigés ou induits par des doses de 800 mg d’opiacés, rendant le monde toujours agréable.

Nos émotions, qui ont évolué de manière organique au cours de millions d’années, fournissent des ancres qui contrôlent nos désirs et nos impulsions. – par exemple, nous motiver à vouloir traiter tout le monde équitablement. Un autre aspect honteux (ou sans vergogne ?) du transhumanisme est que, même si ses adhérents prétendent que ses possibilités de développement personnel seront accessibles à toute l’humanité, l’égalité d’accès est tout à fait improbable. La société postindustrialisée se transformerait en une guerre de classe encore plus profonde, une autre version du prolétariat contre la bourgeoisie, opposant les transhumains en cours ou aspirants aux posthumains. Un tel monde serait beaucoup plus dystopique qu’utopique.

Quelque part sur le chemin de l’ingénierie de l’immortalité, les transhumanistes envisagent également de mettre fin au processus de vieillissement. Les biotechnologies génétiques et autres permettraient non seulement de guérir la maladie d’Alzheimer, le cancer, le diabète tardif et d’autres maladies liées à l’âge, mais parviendraient également à éliminer le vieillissement, augmentant ainsi considérablement la «durée de vie». Aubrey de Grey, un gérontologue qui se considère comme un «ingénieur anti-âge», est un autre transhumaniste de premier plan. Son but est de faire du vieillissement un problème mécanique. De Grey milite énergiquement pour mettre toutes les ressources disponibles dans la «guerre contre le vieillissement».

Extrait : La technique | Bernard Charbonneau & Jacques Ellul

En tant qu’organismes humains vivants, plutôt que de jouets mécaniques, nous naissons, prenons à la fois de bonnes et de mauvaises décisions, éprouvons du plaisir et de la douleur, et à travers tout cela (en dehors de la petite enfance), nous attendons à un moment donné de mourir, ce qui crée le cycle de vie humaine. Sous le régime du posthumanisme, on pourrait vraisemblablement jouir de la perspective de l’immortalité et continuer à vivre la vie aussi joyeusement qu’auparavant sans la menace de laisser des êtres chers. La mort imminente n’est généralement pas considérée comme un aspect positif de notre vie, pourtant, mais il est considéré comme un aspect positif de nos vies, et il constitue un élément essentiel de la vie. Il laisse la place aux générations futures et nous oblige à apprécier la durée de vie que nous avons. Nous évoluons dans la vie dans un esprit constamment conscient de notre éventuelle disparition, même si ce n’est que dans le tourbillon [les brûleurs arrière : the back burners] de notre conscience. Les transhumanistes étoufferaient les flammes de ces brûleurs arrière.

Lorsque les flammes de la jeunesse s’atténuent et que l’âge diminue, mais concentre également nos capacités physiques et mentales, on a généralement acquis des compétences et des talents importants avec l’expérience de la vie, notamment des formes de compassion et d’empathie qui mûrissent au fur et à mesure du vieillissement. Pourtant, le posthumain vivrait perpétuellement, sans se soucier du monde, ni même de devenir vieux, voire de disparition imminente, s’il était protégé par des modifications physiques drastiques. Le but réel de la vie – vivre malgré les limitations – ne serait pas amélioré, mais détruit par les transhumanistes. L’idée même du report de la mortalité est un acte de rébellion contre Dieu, selon Hava Tirosh-Samuelson. Ne devrions-nous pas vouloir nous assurer que nos vies auront eu un sens et une valeur, alors que nos empreintes vivent pour toujours ? Cependant, c’est cette incarnation même de la vie organique que le transhumanisme cherche à transcender dans sa forme la plus radicale, la cyberimmortalité.

La cyberimmortalité, encore un autre jargon transhumaniste, qui illustre à quel point Bostrom et d’autres futuristes ont profondément ancré leurs espoirs d’amélioration de l’humanité dans l’idolâtrie du scientisme. Massimo Pigliucci, philosophe à la City University de New York, écrit que ces futuristes ont presque toujours spectaculairement tort et absolument dépourvus de tout progrès technologique. Melinda Hall souligne que le transhumanisme assumerait le rôle de décider des vies qui valent la peine d’être vécues. Les transhumanistes prétendent se concentrer sur la protection et l’extension de l’autonomie, affirmant que la moralité et la justice sont renforcées à tout moment et en dépit des forces physiques et mentales renforcées. Cependant, ce faisant, ils ont à la fois une vision négative du droit présent et une vision injustifiée des possibilités apparemment sans limites de la technologie. Ces extrêmes de rejet de soi et d’agitation impatiente sont les deux caractéristiques de la pensée utopique incontrôlable.

Bostrom a involontairement raison de dire que le transhumanisme est l’une des idées les plus dangereuses du monde. Lui et ses compatriotes jouent avec le feu en défendant leurs visions naïves de transformer le genre humain. Depuis au moins 1957, cette philosophie dystopique n’a cessé de gagner du terrain chez de nombreux entrepreneurs très enracinés et autres penseurs frénétiques qui s’attendent à ce que des solutions réalisables émergent d’un tout nouveau domaine des technologies GNR et laissent miraculeusement notre humanité fondamentale intacte. Par leur foi en une philosophie de l’évolution qui transcende le temps et l’espace, Bostrom et ses soldats révolutionnaires jouent tous à Dieu. Si ils y parvenaient, ils créeraient un monde futur profondément dystopique, et non le monde utopique qu’ils recherchent.

James E. Sullivan

Nick Bostrom. Transhumanism: The World’s Most Dangerous Idea.” Retrieved from : https://nickbostrom.com/papers/dangerous.html
Francis Fukuyama, “Transhumanism.” Foreign Policy Magazine, October 23, 2009.
Gregory R. Hansell and William Grassie, eds (2001)., H+-: Transhumanism and its Critics (Philadelphia: Penn. Metanexus Institute), p. 20.
FM2030 (1970), “Towards New Ideologies,” http://www.aleph.se/Trans/Intro/ideologies.txt
Hansell and Grassie, op.cit.
Nick Bostrom. “Transhumanist Values” in Ethical Issues for the 21st Century, ed. Frederick Adams (Philosophical Documentation Center Press, 2003); reprinted in Review of Contemporary Philosophy, Vol. 4, May (2005).
David Trippett. “Transhumanism could push evolution into hyperdrive, Should we embrace it?” Genetic Literacy Project, April 19, 2018. Retrieved from : https://geneticliteracyproject.org/2018/04/19/transhumanism-could-push-human-evolution-into-hyperdrive-should-we-embrace-it/
Lisa Renee.”Transhumanism-The Consciousness Trap.” Retrieved from : https://veilofreality.com/transhumanism-the-consciousness-trap/
Hava Tirosh-Samuelson, “Engaging Transumanism,” H+-Transhumanism and its Critics, p.20
Massimo Piglilucci, “Why we don’t need Transhumanism,” Rationally Speaking, October 04, 2010. Retreived from http://rationallyspeaking.blogspot.com/2010/10/why-we-dont-need-transhumanism.html
Melinda Hall, “Vile Sovereigns in Bioethical Debate,” Disability Studies Quarterly, vol 33, no.4 2013 http://dx.doi.org/10.18061/dsq.v33i4.3870

La pensée n’est pas dans le cerveau !

Dans l’expression « intelligence artificielle », le mot « intelligence » n’est qu’une métaphore. Car, si sa capacité calculatoire dépasse celle de l’homme, l’intelligence artificielle est incapable de donner une signification à ses propres calculs. Pour le philosophe et psychanalyste argentin Miguel Benasayag, réduire toute la complexité du vivant à un code informatique est illusoire, tout comme l’idée qu’une machine peut se substituer à l’homme est absurde.

Miguel Benasayag répond aux questions de Régis Meyran

Qu’est-ce qui distingue l’intelligence humaine de l’artificielle ?

L’intelligence vivante n’est pas une machine à calculer. C’est un processus qui articule l’affectivité, la corporéité, l’erreur. Elle suppose la présence du désir et d’une conscience chez l’être humain de sa propre histoire sur le long terme. L’intelligence humaine n’est pas pensable en dehors de tous les autres processus cérébraux et corporels.

Contrairement à l’homme, ou à l’animal, qui pense à l’aide d’un cerveau situé dans un corps, lui-même inscrit dans un environnement, la machine produit des calculs et des prédictions sans être capable de leur donner une signification. La question de savoir si une machine peut se substituer à l’homme, est en réalité absurde. C’est le vivant qui crée du sens, pas le calcul. Nombre de chercheurs en IA sont convaincus que la différence entre intelligence vivante et intelligence artificielle est quantitative, alors qu’elle est qualitative.

Deux ordinateurs du programme Google Brain seraient parvenus à communiquer entre eux dans une « langue » qu’ils auraient eux-mêmes créée et qui serait indéchiffrable pour l’homme… Qu’en pensez-vous ?

Cela n’a tout simplement aucun sens. En réalité, à chaque fois qu’on lance ces deux machines, elles répètent systématiquement la même séquence d’échange d’informations. Et cela n’a rien d’une langue, cela ne communique pas. C’est une mauvaise métaphore, comme celle consistant à dire que la serrure « reconnaît » la clé.

Dans le même ordre d’idées, certaines personnes disent qu’elles sont « amies » avec un robot. Il existe même des applications pour smartphone qui sont supposées vous permettre de « dialoguer » avec un robot. Voyez le film Her, de Spike Jonze (2013) : après une série de questions posées à un homme, qui permettent de cartographier son cerveau, une machine fabrique une voix et des réponses qui déclenchent un sentiment amoureux chez cet homme.

Mais peut-on avoir une relation amoureuse avec un robot ? Non, car l’amour et l’amitié ne se réduisent pas à un ensemble de transmissions neuronales dans le cerveau.

L’amour et l’amitié existent au-delà de l’individu, au-delà même de l’interaction entre deux personnes. Quand je parle, je participe à quelque chose que nous avons en commun, la langue. Il en va de même pour l’amour, l’amitié et la pensée : ce sont des processus symboliques auxquels les humains participent. Personne ne pense en soi. Un cerveau donne son énergie pour participer à la pensée.

À ceux qui croient que la machine peut penser, nous devons répondre : ce serait étonnant qu’une machine pense, puisque même le cerveau ne pense pas !

Selon vous, le fait de réduire le vivant à un code constitue le défaut principal de l’intelligence artificielle.

En effet, certains spécialistes de l’intelligence artificielle sont tellement éblouis par leurs prouesses techniques, un peu comme des petits garçons fascinés par leur jeu de construction, qu’ils perdent la vue d’ensemble. Ils tombent dans le piège du réductionnisme.

Le mathématicien américain et père de la cybernétique Norbert Wiener écrivait en 1950, dans The Human Use of Human Beings (Cybernétique et société), qu’on pourra un jour « télégraphier un homme ». Quatre décennies plus tard, l’idée transhumaniste du mind uploading est élaborée sur le même fantasme, selon lequel le monde réel tout entier peut être réduit à des unités d’information transmissibles d’un hardware à un autre.

L’idée que le vivant peut être modélisé en unités d’information se retrouve aussi chez le biologiste français Pierre-Henri Gouyon, par exemple, avec qui j’ai publié un livre d’entretiens, Fabriquer le vivant ? (2012). Il voit dans l’acide désoxyribonucléique (ADN) le support d’un code qu’on peut déplacer sur d’autres supports. Mais quand on estime que le vivant peut être modélisé en unités d’information, on oublie que la somme d’unités d’information n’est pas la chose vivante, et on ne s’inquiète pas de faire des recherches sur le non-modélisable.

La prise en compte du non-modélisable ne renvoie pas à l’idée de Dieu, ni à l’obscurantisme, quoi qu’en pensent certains. Les principes d’imprédictibilité et d’incertitude sont présents dans toutes les sciences exactes. C’est pourquoi l’aspiration à la connaissance totale des transhumanistes s’inscrit dans un discours technolâtre, parfaitement irrationnel. Si elle connaît un grand succès, c’est qu’elle est capable d’étancher la soif de métaphysique de nos contemporains. Les transhumanistes rêvent d’une vie dans laquelle ils auraient chassé toute incertitude. Or, dans le quotidien, comme dans la recherche, il faut bien se coltiner les incertitudes, l’aléatoire…

L’immortalité humaine pourrait être acquise grâce à l’intelligence artificielle

Selon la théorie transhumaniste, nous serons un jour capables d’atteindre l’immortalité grâce à l’intelligence artificielle.

Dans le bouleversement postmoderne actuel, où la relation entre les choses n’est plus pensée, où le réductionnisme et l’individualisme dominent, la promesse transhumaniste prend la place de la caverne de Platon.

Pour le philosophe grec, la vraie vie n’était pas dans le monde physique, elle était dans les idées. Pour les transhumanistes, vingt-quatre siècles plus tard, la vraie vie n’est pas dans le corps, elle est dans les algorithmes. Le corps n’est pour eux qu’un simulacre : il faut en extraire un ensemble d’informations utiles, et se débarrasser de ses défauts naturels. C’est ainsi qu’ils entendent atteindre l’immortalité.

J’ai eu l’occasion, lors de colloques scientifiques, de rencontrer plusieurs membres de l’Université de la Singularité [à orientation transhumaniste] qui portaient un médaillon autour du cou, pour signifier qu’en cas de décès, leur tête sera cryogénisée.

J’y vois l’émergence d’une nouvelle forme de conservatisme, alors même que c’est moi qui passe pour un bioconservateur, car je m’oppose à la philosophie transhumaniste. Mais lorsque mes adversaires me traitent de réactionnaire, ils utilisent le même type d’arguments que les hommes politiques qui prétendent moderniser ou réformer, pendant qu’ils détruisent les droits sociaux d’un pays et qu’ils taxent de conservateurs ceux qui veulent conserver leurs droits !

L’hybridation entre l’homme et la machine est déjà une réalité. C’est aussi un idéal transhumaniste.

Tout reste à faire pour comprendre le vivant et l’hybridation, car le monde de la technique biologique ignore aujourd’hui encore presque tout de la vie, qui ne se réduit pas aux seuls processus physicochimiques modélisables. Cela dit, le vivant est déjà hybridé avec la machine et il le sera certainement encore davantage avec les produits issus des nouvelles technologies.

Il existe de nombreuses machines, avec lesquelles nous travaillons et auxquelles nous déléguons un certain nombre de fonctions. Sont-elles toutes nécessaires ? C’est toute la question. J’ai travaillé sur l’implant cochléaire et la culture sourde : il existe des millions de sourds qui revendiquent leur propre culture – qui n’est pas assez respectée – et refusent l’implant cochléaire car ils préfèrent s’exprimer dans la langue des signes. Cette innovation, qui pourrait écraser la culture des sourds, constitue-t-elle un progrès ? La réponse ne va pas de soi.

Avant tout, nous devons veiller à ce que l’hybridation se fasse dans le respect de la vie. Or, ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’est pas tant l’hybridation que la colonisation du vivant par la machine. À force d’externaliser, de nombreuses personnes ne se rappellent plus de rien. Elles ont des problèmes de mémoire qui ne résultent pas de pathologies dégénératives.

Prenez le cas du GPS : on a observé des chauffeurs de taxi à Paris et à Londres, deux villes labyrinthiques. Alors que les Londoniens conduisaient en s’orientant eux-mêmes, les Parisiens utilisaient systématiquement leur GPS. Au bout de trois ans, des tests psychologiques ont montré que les noyaux sous-corticaux qui s’occupent de cartographier le temps et l’espace étaient atrophiés chez ces derniers (des atrophies certainement réversibles si la personne abandonne cette pratique). Ils étaient affectés d’une sorte de dyslexie qui les empêchait de se repérer dans le temps et dans l’espace. C’est cela la colonisation : la zone est atrophiée car la fonction est déléguée sans être remplacée par quoi que ce soit.

https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/les-technologies-emergentes/le-rapport-nbic/

Qu’est-ce qui vous inquiète le plus?

Je suis inquiet du succès démesuré de la logique d’innovation. La notion de progrès a fait long feu. Elle a été remplacée par l’idée d’innovation, qui est bien différente : elle ne contient ni point de départ, ni point d’arrivée, elle n’est ni bonne, ni mauvaise. Il faut donc la questionner de façon critique. Le traitement de texte sur ordinateurs est bien plus performant que la machine à écrire Olivetti que j’utilisais dans les années 1970 : pour moi, c’est un progrès. Mais, à l’inverse, tout smartphone contient plusieurs dizaines d’applications, et peu de gens se posent la question de combien parmi elles leurs sont vraiment nécessaires. La sagesse consiste à rester à distance de la fascination que provoquent le divertissement et l’efficacité des nouvelles technologies.

Par ailleurs, dans une société déboussolée, qui a perdu ses grands récits, le discours transhumaniste est très inquiétant : il infantilise les humains, et ne prend aucune distance avec la promesse technologique. En Occident, la technique a toujours renvoyé à l’idée de dépassement des limites. Déjà au XVII e siècle, le philosophe français René Descartes, pour qui le corps était une machine, avait imaginé la possibilité d’une pensée hors du corps. C’est une tentation humaine que de rêver que, par la science, on va se libérer de notre corps et de ses limites – ce que le transhumanisme pense enfin pouvoir réaliser.

Mais le rêve d’un homme post-organique tout-puissant et hors-limite a des conséquences en tous genres sur la société. Il me semble qu’il devrait même être analysé dans un rapport spéculaire avec la montée des fondamentalismes religieux, qui se recroquevillent sur les supposées valeurs naturelles de l’humain. Je les vois comme deux intégrismes irrationnels en guerre.

Philosophe et psychanalyste argentin. Miguel Benasayag est un ancien résistant guévariste au péronisme, il réussit à fuir l’Argentine en 1978 après y avoir été emprisonné et torturé, et réside désormais à Paris, en France. Il a publié récemment Cerveau augmenté, homme diminué (2016) et La singularité du vivant (2017).

Le Courrier de l’UNESCO • juillet-septembre

Généalogies et nature du transhumanisme

État actuel du débat

ISBN: 978-2-89578-644-3

Une histoire du mouvement transhumaniste proposant l’état le plus actuel du débat sur la question.

Depuis maintenant quelques années, le transhumanisme s’est imposé, tant dans l’espace médiatique que dans le monde universitaire, politique et économique, des deux côtés de l’Atlantique. Si son nom s’accompagne naturellement de l’image futuriste d’un homme « augmenté », « amélioré », grâce aux avancées remarquables des sciences et des techniques, le mouvement transhumaniste embrasse une pluralité de voix, d’acteurs et de réalités depuis sa naissance dans la seconde moitié du vingtième siècle.

S’agit-il d’une nouvelle utopie ou d’une dystopie, d’un nouvel idéal civilisationnel ou d’un argument marketing, d’une philosophie ou d’une religiosité séculière, d’un nouveau paradigme anthropologique, d’un mouvement politique ou d’un projet de société, de tout cela à la fois ? Au fond, qu’est-ce que le transhumanisme ?

Existe-t-il des critères généraux de rassemblement de tous les transhumanismes ? Par ailleurs, doit-on voir, dans la diversité des propositions transhumanistes, des productions de futurs possibles sur le mode de la science-fiction, probablement privés de toute mise en œuvre pratique, ou faut-il y voir au contraire les anticipations et les reflets particuliers, dans la culture, d’une mutation anthropologique fondamentale en cours de réalisation ?

Le questionnement apparaît d’emblée double, typologique et ontologique: il s’agit non seulement de se demander s’il existe un idéal-type ou une vision du monde sur lesquels tous les transhumanistes s’accorderaient, mais aussi si les théories transhumanistes sont sous-tendues par des logiques sociales ou anthropologiques.

Le présent ouvrage entend répondre à ces questions. Faisant le pari de l’intelligibilité et du dialogue, il donne la parole à des transhumanistes, à des sympathisants du mouvement, à des adversaires déclarés et à des analystes. Il retrace ainsi l’histoire du mouvement, en confronte les lectures, réfléchit à ses promesses et à leur faisabilité, proposant de la sorte l’état le plus actuel du débat transhumaniste.

Collectif dirigé par Franck Damour, Stanislas Deprez et David Doat, à paraître le 13 novembre.

Franck Damour est chercheur associé à la chaire Éthique et Transhumanisme de l’université catholique de Lille. Auteur de plusieurs essais, dont La Tentation transhumaniste (2015) et Heureux les mortels (2016), il est aussi conseiller de la revue Études et co-dirige la revue Nunc.

Stanislas Deprez est maître de conférence de l’université catholique de Lille, chercheur à la chaire Éthique et Transhumanisme. Spécialiste d’anthropologie, auteurs de plusieurs ouvrages, il a codirigé L’Homme, une chose comme les autres ? Exploration interdisciplinaire de la frontière homme-chose (2012).

David Doat est maître de conférences en philosophie, et actuellement titulaire de la chaire Éthique et Transhumanisme de l’université catholique de Lille.

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Introduction 7

Première partie Généalogie d’une idée

Nicolas Le Dévédec
Humanisme, transhumanisme : deux conceptions antithétiques de la perfectibilité humaine 19

Jean-Yves Goffi
L’héritage de la génération Huxley-Teilhard de Chardin 35

Franck Damour
Le transhumanisme au vingt et unième siècle 55

Deuxième partie Significations du transhumanisme

Gilbert Hottois
Pour un transhumanisme philosophique critique 75

Marc Roux
Technoprogressisme et frontières de l’humain : au-delà de l’horizon 91

Francesco Paolo Adorno
L’illusion de la liberté 107

Paul Jorion
Les préconisations du transhumanisme sous le regard de l’anthropologue et de l’éthologue 121

Thierry Magnin et Sylvie Allouche
Le transhumain et l’anthropologie chrétienne 131

Troisième partie Imaginaire et réalité

Salomé Bour
Mythologies transhumanistes 149

Stéphane Zygart
Les désirs d’amélioration du transhumanisme à l’épreuve de l’histoire des rééducations 165

Benjamin Bourcier
La politique transhumaniste : pari utilitariste et politique du futur ? 181

Contributeurs 195[/su_spoiler][/su_accordion]

https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/politique-transhumanisme-james-hughes/

Transhumanisme : quel avenir pour l’humanité ?

De ses débuts confidentiels dans la Californie des années 1990 à la profusion d’articles, de livres et de débats, le transhumanisme suscite rejets radicaux ou adhésions extrêmes, de F. Fukuyama le qualifiant d’« idée la plus dangereuse du monde » à ceux qui décrivent ses opposants en « chimpanzés du futur ». Car le transhumanisme, qui entend augmenter les capacités physiques et mentales de l’être humain, allonger considérablement sa durée de vie, n’est pas une simple confiance dans le progrès technologique. Il porte une utopie : le dépassement de la condition humaine.

Étant donnée la place croissante qu’il occupe dans le débat public, une synthèse, accessible à tous et qui fasse le point sans parti pris, s’impose. De l’apparition de l’idée à sa structuration dans le temps, des figures fondatrices aux acteurs d’aujourd’hui, cet ouvrage présente les idées centrales de la pensée transhumaniste, les arguments pro- et anti-, pour permettre au lecteur de se forger son propre avis et prendre part au débat.

Franck Damour est agrégé d’histoire, chercheur associé à ETHICS EA-7446 et membre de la chaire Éthique et Transhumanisme à l’Université Catholique de Lille. Il codirige la revue Nunc.

David Doat est docteur en philosophie, maître de conférences à ETHICS EA-7446 et titulaire de la chaire éthique et Transhumanisme à l’Université Catholique de Lille.

Introduction

Depuis une dizaine d’années, le transhumanisme alimente des espoirs, des craintes et de très nombreux débats des deux côtés de l’Atlantique. Ce courant d’idées entend promouvoir l’usage des sciences et des techniques en vue d’améliorer et augmenter les capacités physiques et mentales des êtres humains, de prolonger considérablement la durée de vie, bref de libérer l’homme des limites de sa condition. Le transhumanisme défend des projets parfois sidérant d’audace, comme prolonger la vie de plusieurs siècles, coloniser l’espace, doter l’homme de capacités sensorielles et cognitives bien au-delà de sa condition actuelle ou encore contrôler son état psychologique par un dopage permanent.

Ces promesses ne constituent pas une simple confiance dans le progrès technologique. Souvent, le transhumanisme est perçu comme une spéculation sur le développement technologique, ce qu’il est, mais en partie seulement. En effet, ces spéculations sur le futur des nanotechnologies, des interfaces homme/machine, du génie génétique, de l’essor des Big data et du numérique sont portées par une utopie : le dépassement de la condition humaine. Le transhumanisme nous appelle à prendre en main notre évolution pour nous libérer de « la loterie génétique », de la mortalité, des limites de nos capacités. Il s’agit ni plus ni moins que de changer l’homme, de révolutionner ses conditions biologiques pour le transformer, bref faire passer l’humanité à une étape nouvelle (et supérieure) de son évolution grâce à un effort technologique concerté et intense. Le transhumanisme se pense comme un mouvement de libération biopolitique, dans la lignée de ceux qui ont marqué l’histoire depuis les années 1960, avec la particularité de ne pas proposer une révolution sociale ou politique mais une révolution technologique qui changerait le corps et, par ricochet, la société et la politique.

Né à la fin des années 1980, le mouvement transhumaniste a réussi à faire du transhumanisme un courant de pensée, discuté, débattu, scruté dans la plupart des pays occidentaux, au sein d’universités, d’hémicycles politiques, de débats médiatiques. Il est entré dans les dictionnaires et les manuels universitaires, a suscité l’écriture de dizaines de thèses, une abondante littérature, des colloques, des séminaires. Si seulement quelques partis politiques embryonnaires se sont revendiqués du transhumanisme, ses thématiques ont attiré l’attention des dirigeants politiques depuis plus de 15 ans, d’abord aux États-Unis puis en Europe. C’est que le transhumanisme a réussi à inscrire à l’agenda mondial certaines de ses problématiques, son vocabulaire, sa vision du monde : l’homme augmenté, l’eugénisme libéral, le prolongévisme, la colonisation spatiale comme réponse à la crise climatique, autant de thématiques qui ne sont peut-être pas propres au transhumanisme mais que celui-ci porte et, surtout, unifie dans un projet global. Des deux côtés de l’Atlantique, le transhumanisme inspire le travail de think tanks qui entendent orienter la réflexion politique et éthique sur les technologies. Ce travail d’influence passe par des réseaux, des publications, des institutions, des porte-paroles médiatiques. Les transhumanistes annoncent une « révolution technologique » en cours, révolution pour laquelle ils proposent une pensée, une éthique, une psychologie. Aussi n’est-il pas surprenant que le transhumanisme inspire l’action de dirigeants de multinationales qui investissent des sommes considérables dans le développement de technologies correspondant aux utopies transhumanistes, de la conquête spatiale aux transformations du génome. Larry Page et Sergey Brin, Elon Musk, Peter Thiel, Mark Zuckerberg sont les plus médiatisés, les plus puissants sans doute. On peut considérer que l’influence du transhumanisme est devenue majeure au sein de la Silicon Valley et ailleurs, dans les bioindustries comme dans les industries du numérique, notamment au nom de la convergence des technologies.

Mais le singulier utilisé jusqu’à présent ne doit pas leurrer : le transhumanisme n’est pas un mouvement unifié de militants porteurs d’une idéologie entièrement structurée. Ce courant de pensée est un mouvement protéiforme, avec des tendances multiples, pratiquant la controverse et cultivant un libéralisme foncier. Cette diversité des sensibilités se retrouve dans la diversité de ses formes : le mouvement transhumaniste est constitué de réseaux de militants mais aussi de pôles académiques et de fondations, mobilise des entrepreneurs, des ingénieurs, des sociologues ou des biologistes.

Les prises de position radicales – elles ne font pas dans la demi-mesure et elles touchent aux fondements – des transhumanistes ne peuvent que susciter de fortes polémiques. En remettant en question l’idée que l’homme ait une nature définie, qu’il doive respecter les limites physiques de sa condition, que la mort soit un horizon indépassable pour toute construction sociale, le transhumanisme interroge des éléments structurants de l’expérience humaine. Par certaines de ses propositions les plus radicales, le transhumanisme pousse les positions éthiques classiques dans leurs retranchements, les amenant à se positionner en face de pratiques déjà effectives que l’on pourrait rapporter au transhumanisme (comme un certain eugénisme libéral, l’usage de médicaments pour des bien-portants à finalité d’augmenter leurs capacités, etc.). Certains parlent même d’un « transhumanisme ordinaire », d’un transhumanisme qui se pratique sans que le nom soit utilisé, dans les laboratoires et les éprouvettes, mais aussi dans le secret des consciences. La controverse provoquée par le transhumanisme est donc aussi une formidable machine pour penser notre rapport aux technologies, formuler l’implicite, interroger les non-dits et les a priori, sonder les angles morts.

De tels débats donnent lieu à des prises de position fortes, de part et d’autres, qui souvent peuvent glisser vers la caricature. La rapidité avec laquelle ces débats se sont développés et leur écho médiatique ont favorisé le développement de nombreux lieux communs. C’est à la discussion de ces idées reçues que ce livre veut répondre : quelles sont les origines de ce courant d’idée ? Quelles sont l’ampleur et la nature du mouvement qui le véhicule ? Que veulent les transhumanistes ? Quelles sont leurs valeurs ? Quels sont les arguments de ses adversaires ? Comment, s’il est possible, dépasser les arguments maintes fois répétés et formuler ce qui est en jeu dans ce débat ?

Quel que soit l’avenir du transhumanisme, qu’un mouvement se perpétue ou non, qu’une pensée se structure ou non, que ses relais industriels s’épuisent ou non dans leur quête de l’immortalité ou de l’espace, que se développent des transhumanist studies ou non, le transhumanisme a permis de formuler toute une série de questions sur l’impact des technologies dans nos sociétés. Chemin faisant, en débattant du transhumanisme, c’est de la place que prennent les technologies dans notre vie que nous discutons. Le détour en vaut donc la peine !

Parution le 27 septembre 2018

Sommaire

Petite histoire du transhumanisme
Le transhumanisme est une idée neuve.
Il faut être américain pour croire au transhumanisme.
Le transhumanisme, une histoire de milliardaires.
Le transhumanisme est une nébuleuse.
Nous sommes déjà tous des cyborgs !
La pensée transhumaniste
Les transhumanistes veulent devenir immortels.
Le transhumanisme est un eugénisme.
C’est encore la vieille histoire de l’homme qui se prend pour Dieu.
L’homme augmenté, c’est du transhumanisme.
Le transhumanisme, c’est du libertarisme.
Le transhumanisme, c’est la fin de la morale.
Le transhumanisme, c’est de la science-fiction.
Le transhumanisme dans tous ses états
Le transhumanisme, une stratégie des GAFA pour nous manipuler.
Le transhumanisme est l’idée la plus dangereuse du monde.
Les personnes appareillées en raison d’un handicap préfigurent l’homme du futur.
L’homme d’aujourd’hui sera le chimpanzé du futur.
Une société où l’on ne meurt plus, c’est une société où on ne vit plus.
Le transhumanisme, c’est une religion qui sacralise la technique.

Aldous Huxley, le prophète oublié

ISBN : 978-2-343-13976-0

et Michel Houellebecq en contrepoint

Mal-être personnel et vive critique des comportements humains ont conduit Huxley vers une quête éthique et spirituelle incessante. Auteur d’un des livres les plus célèbres, Le meilleur des Mondes, si son nom est aujourd’hui connu, le reste de son œuvre est oublié. Pourtant, ses intuitions quant à l’évolution de la société furent prémonitoires. Comme Houllebecq, il avait compris que l’hégémonie de l’économisme et du divertissement présente tous les risques de désarroi des individus face à leur condition de mortels. L’un et l’autre ont en commun le souci premier du destin humain individuel et collectif auquel Huxley, à la différence de Houellebecq, donna une réponse religieuse.

Jean-Claude Mary, avec son expérience de professeur de sciences économiques et sociales, d’élu local pendant 20 ans, de militant écologiste, ne pouvait qu’apprécier un auteur qui, dès les années 20, avait compris le système économique et ses effets destructeurs.

https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/la-declaration-transhumaniste/manifeste-des-geneticiens-1939/

https://iatranshumanisme.com/2015/07/16/litterature-nous-autres-deugene-zamiatine-ou-la-pensee-critique-dun-humanisme-technique/

D’un désir mortifère d’immortalité. À propos du transhumanisme

Les mouvements transhumanistes affichent l’obsession de “réaliser” un idéal d’humanité grâce aux technosciences. Ils mettent notamment l’accent sur les prouesses en matière de longévité et s’aventurent parfois à annoncer l’immortalité comme possible. Du mythe à la réalité, le passage serait-il donc aujourd’hui permis ? Peut-être la fusion avec les machines qui fait le fond des utopies posthumaines ne promet-elle, en matière d’immortalité, qu’une pure volonté de néant. Peut-être n’a-t-elle en vue rien d’autre que la disparition de l’altérité – et par suite, de l’humanité elle-même ?

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Intervention donnée dans le cadre de l’Université d’été Sciences, éthique et société 2013, organisée par l’Espace éthique/Ile-de-France les 11 et 12 juin 2013, sous le Haut patronage du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Jean-Michel Besnier est Professeur de philosophie à l’université Paris-Sorbonne (Paris IV)

Le transhumanisme c’est quoi ?

ISBN : 9782204127479

• Comment est née l’idéologie transhumaniste ?
• Comment est-on passé de la volonté d’améliorer les conditions de la vie humaine au fantasme d’une nature humaine profondément modifiée ?
• Le transhumanisme est-il une utopie réalisable ?
• Quels en sont les fondements intellectuels ?
• Quels sont les dangers d’une telle entreprise ?
• Comment réhabiliter l’humanisme aujourd’hui ?

Trois spécialistes, un médecin, un philosophe et un théologien, répondent ici aux questions que pose aujourd’hui ce sujet de société aussi crucial que fascinant. Un ouvrage accessible pour connaître et comprendre le transhumanisme.