Un embryon de souris a grandi dans un utérus artificiel

Les humains pourraient être les prochains

Des chercheurs ont fait grandir des souris dans un utérus artificiel pendant 11 ou 12 jours, soit environ la moitié de la période de gestation naturelle de l’animal. C’est un record pour le développement d’un mammifère en dehors de l’utérus et, selon l’équipe de recherche, les embryons humains pourraient être les prochains. Cela soulève d’énormes questions éthiques.

L’équipe a fait grandir les embryons de souris plus longtemps en ajoutant du sérum sanguin provenant de cordons ombilicaux humains, en les agitant dans des bocaux en verre et en y injectant un mélange d’oxygène sous pression. Les embryons de souris ne sont morts que lorsqu’ils sont devenus trop gros pour que l’oxygène puisse les traverser, car ils n’ont pas l’apport sanguin naturel que pourrait fournir un placenta.

Selon les chercheurs, les scientifiques voudront également développer des embryons humains de cette manière, afin de mieux étudier le développement précoce. L’équivalent humain d’une souris de 12 jours serait un embryon correspondant au premier trimestre. Mais la communauté scientifique s’accorde à dire qu’elle n’essaiera jamais d’établir une grossesse avec des embryons artificiels – un acte qui est aujourd’hui interdit dans la plupart des pays.

Weizmann Institute of Science, Engadget, Nature, New York Times, MIT Technology Review

La transmutation posthumaniste – Critique du mercantilisme anthropotechnique

Animal politique et corps de chair, la personne humaine va-t-elle être remplacée par le transhumain génétiquement modifié, le cyborg au métacorps augmenté, l’humanoïde branché sur des réseaux d’intelligence artificielle, le mutant hybride à très longue durée ? Sommes-nous à l’aube d’une rupture anthropologique majeure provoquée par l’application mercantile des biotechnologies et des neurosciences sur l’ensemble du vivant ?

Avec l’expansion mondiale des marchés dérégulés de la naissance artificielle (FIV, PMA, GPA), des modifications corporelles profondes (transgenrisme, chirurgies de biodesign), des “objets intelligents” bioconnectés (implants de puces radio-identification) ou des médecines de dépassement de l’humain (dopage, sélection génétique, clonage), la transmutation posthumaine, largement financée par les géants de l’industrie cybernétique, sort des romans de science-fiction pour investir les corporéités singulières mais aussi les corps sociaux et politiques.

Quatorze auteurs issus de différents champs disciplinaires mènent dans cet ouvrage des réflexions critiques sur l’anthropotechnie qui bouleverse le monde de la vie.

Isabelle Barbéris (agrégée de lettres modernes), Michel Bel (philosophe), Jean-François Braunstein (philosophe), Paul Cesbron (gynécologue-obstétricien), Denis Collin (philosophe), Anne-Lise Diet (psychanalyste), Emmanuel Diet (philosophe et psychanalyste), Christian Godin (philosophe), Aude Mirkovic (juriste), Isabelle de Montmollin (philosophe), François Rastier (linguiste), Pierre-André Taguieff (philosophe et politiste), Patrick Tort (philosophe et historien des sciences), Thierry Vincent (psychiatre et psychanalyste).

L’Homme artefact : Indistinction des sexes et fabrique des enfants

Procréation médicalement assistée ouverte à toutes les femmes, gestation pour autrui légalisée dans de nombreux pays, recherches actives sur l’ectogenèse (utérus artificiel, membrane cybernétique, etc.) sont autant de preuves d’une volonté d’enfanter en désexualisant la vie sexuelle et en déréalisant le corps.

Pour en arriver à fabriquer des bébés comme des artefacts, il faut théoriser l’indistinction de la sexuation humaine. Or, la prolifération des transidentités – transsexuels, transgenres, transhumains – témoigne d’une véritable crise des appartenances sexuelles. Ni homme ni femme, et homme et femme, non-binaire, queer ou cyborg, les “transidentitaires” qui grossissent les rangs des groupes LGBTIQ entendent mettre fin à la domination du “mâle blanc hétérosexuel” par la “dénégation mythifiante des deux sexes” (Devereux).

Les conséquences biopolitiques d’une déconstruction techno-médicale ou performative de l’altérité des sexes sont multiples. Elles posent le grave problème de la naissance et de l’avenir de la personne humaine.

Entretien avec Fabien Ollier

→ Greely a exploré les implications juridiques, éthiques, et sociétales des biotechnologies émergentes dans un nouveau livre : « The end of sex and the future of human reproduction » (Harvard University Press, 2016), qui envisage un monde où la procréation ne commence plus dans la chambre à coucher, mais plutôt dans une boîte de Pétri d’une clinique médicale.

L’ère du sexe pour la reproduction touche à sa fin

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Anthropocène, écologie, crise écologique, environnement, augmentation humaine, automatisation, intelligence artificielle, machine learning, biotechnologies, cerveau augmenté, informatique cognitive, wearable, gouvernance algorithmique, Chine, chômage technologique, emplois automatisables, bioéthique, ectogenèse, grossesse extracorporelle, utérus artificiel, informatique quantique, biohackers, biohacking, convergence NBIC, implant sous-cutané, puce NFC, TIC, Transhumanisme…

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Denoël Graphic

En 2055, le data de l’humanité est devenu si volumineux qu’il faut commencer à supprimer des données. Toute archive frappée d’un visa d’élimination par le corps des « Prophètes », chargé de ces choix drastiques, doit être détruite. Yves, archiviste humaniste du Bureau des Essentiels, ne peut s’y résoudre. Pour les sauver de l’oubli, il sauvegarde clandestinement certaines données condamnées, plus poétiques que politiques, et les rapporte chez lui pour les stocker dans la mémoire de Mikki, son robot domestique. Une infraction grave aux règles de sa profession. Une forme de résistance au transhumanisme dominant.

Les progrès de l’intelligence artificielle ayant par ailleurs permis de confier la charge de la gestation pour autrui aux machines, Mikki porte l’enfant d’Yves et Emy, son épouse. Cependant, au Bureau des Essentiels, les fuites de données sont décelées, une vaste enquête est lancée parmi le personnel. Se sentant soupçonné, Yves décide de s’enfuir avec Emy, Mikki et l’enfant à naître pour rejoindre une bastide oubliée de tous, sur un causse désert.

En route, traqué par les autorités, il perd le contrôle de son véhicule. Seul Mikki parvient à s’extraire de l’habitacle avec sa précieuse cargaison. Le choc déclenche l’accouchement. Une petite fille naît à quelques pas de la voiture en feu dans laquelle se consument les corps de ses parents biologiques.

Une fuite éperdue dans la nature revenue à l’état sauvage conduit le bot et son fardeau de chair jusqu’à la vieille bastide. Caché du monde, au milieu de nulle part, Mikki entreprend au fil des saisons de transmettre à celle qu’il a baptisée Isi tous les fragments de savoir entreposés dans ses mémoires. Parviendra-t-il à faire de sa pupille l’Ève future avant que les autorités toutes-puissantes n’arrivent à les localiser et que le dénouement inévitable ne survienne ?

“Chaque homme dans sa vie assiste à la fin d’un monde.”

Ugo Bienvenu commence sa formation artistique à l’école Estienne en DMA illustration, avant d’intégrer la section cinéma d’animation à Gobelins l’école de l’image dans laquelle il co-réalise son premier court-métrage en équipe, “Jelly Sunday”, pour le festival international du film d’animation d’Annecy, ainsi que “Jean-luc”. En 2010, durant son séjour à la Californian Institute of the Arts (Los angeles), il s’oriente vers l’animation expérimentale et réalise son premier court-métrage “Je t’aime” ainsi que le clip “Fragments” pour le musicien Chris Adams du label zotrecords. De retour en France, il intègre Miyu Productions en tant que réalisateur. Il réalise le clip du titre “Voyage chromatique” pour Renart, du label Dawn Records, avec Kevin Manach entamant par la même une étroite collaboration. Étudiant-chercheur dans le programme Image Temps Réel de l’École des Arts Décoratifs (Paris), il réalise en parallèle le court métrage d’ouverture du Festival International de Mexico city “Une île” puis le clip “Singing” pour Agoria du label in finé. Ses recherches oscillent entre réalisme domestique et dérives surréalistes inquiétantes.

Utérus artificiel : l’avenir de la procréation humaine ?

Made in Labo – De la procréation artificielle au transhumanisme

ISBN-10: 2204133736

Quand un philosophe pénètre par effraction dans les laboratoires des apprentis sorciers, il en ramène des vérités sur l’humanité qu’on nous fabrique pour demain. Des vérités terrifiantes à dire, mais nécessaires à entendre. Un cri d’alarme contre tous les Frankensteins de la vie, du désir et de l’amour.

Nous vivons une profonde crise anthropologique. En 1968, la grande question était : “Comment faire l’amour sans faire d’enfants ?” Elle s’est retournée depuis 1978, année de naissance du premier bébé-éprouvette, en : “Comment faire des enfants sans faire l’amour ?” – révolution inouïe au regard de l’histoire de l’humanité.

La fabrication de ce bébé, conçu hors du corps humain, a peut-être ouvert la boîte de Pandore. Devenu accessible, notre génome est aussi devenu manipulable, modifiable, en attendant que les adeptes du transhumanisme le réécrivent pour produire un homme nouveau, un “posthumain” libéré des tares de notre condition, limitée et mortelle. Preuve est ainsi faite que l’engendrement, qui assure la transmission par la filiation, fait obstacle à la création. Celle de l’individu par lui-même, comme celle de la “posthumanité” rêvée.

C’est cette effroyable dérive de notre civilisation que Dominique Folscheid analyse, alliant comme personne connaissance scientifique et réflexion philosophique. Un essai percutant, pour combattre dès aujourd’hui les cauchemars de demain.

Nous allons faire grandir des bébés dans des utérus artificiels

Professeur de philosophie émérite à l’université Paris-Est, codirecteur du Département d’éthique biomédicale du Collège des Bernardins, Dominique Folscheid a fondé en 1995 un enseignement de philosophie à destination des personnels de santé, devenu « l’École éthique de la Salpêtrière ». Il a notamment publié Sexe mécanique. La crise de la sexualité contemporaine (2002) ; L’Esprit de l’athéisme et son destin (2003) et contribué à Le Transhumanisme, c’est quoi ? (2018).

Nous allons faire grandir des bébés dans des utérus artificiels

Dans les années à venir, les scientifiques prévoient de cultiver des embryons humains dans un laboratoire utilisant des utérus artificiels de haute technologie.

Des médecins du Children’s Hospital of Philadelphia sont en pourparlers avec la FDA des États-Unis pour commencer à tester des utérus artificiels sur des embryons humains au cours des deux prochaines années, selon Metro. S’ils réussissent, la recherche pourrait changer radicalement notre façon de voir la grossesse, l’accouchement et peut-être même l’évolution humaine.

Si ces essais cliniques se déroulent bien, des utérus artificielles entièrement fonctionnelles pourraient être prêtes d’ici dix ans, a déclaré Carlo Bulletti, médecin à l’Université de Yale.

Utérus artificiel : l’avenir de la procréation humaine ?

Dix ans, c’est loin, en ce qui concerne la recherche médicale. Mais si les utérus artificiels sont sûrs et efficaces, ils pourraient aider à prévenir bon nombre des complications médicales pouvant survenir pendant la grossesse et l’accouchement, sans compromettre la capacité de la mère et de l’enfant à nouer des liens mutuels.

“Si le [fœtus] était dans un utérus artificiel, il deviendrait possible d’y accéder et de contrôler l’environnement sans restreindre l’autonomie de la femme», a confié à la philosophe Anna Smajdor de l’Université d’Oslo. “Donc, à certains égards, il pourrait effectivement y avoir des avantages pour le [fœtus] lui-même.”

Metro

Famille, couples, humains… augmentés

Humain augmenté, transhumanisme sont des notions qui sont presque devenues familières pour le sujet moderne. Les avancées médicales et technologiques nous convoquent du côté des transformations de l’Homme, des liens et de ce qui fonde l’Humanité, posant des questions de tous ordres (philosophique, éthique, médical, psychologique…). Ce numéro invite des spécialistes à partager l’état de leurs réflexions, notamment concernant les effets observés ou imaginaires sur le fonctionnement familial et/ou de couple : quels fantasmes sont à l’œuvre quand la science-fiction devient réalité avec l’utérus artificiel ? Quels sont les effets des réparations et des transformations des corps dans les liens intra et intergénérationnels ? Comment faire une place au robot dans le couple, la famille ? Par exemple, avec les nouvelles expérimentations auprès des enfants malades ? Telles sont quelques-unes des questions qui seront abordées par des philosophes, anthropologues, sociologues, psychologues et psychanalystes.

Marion Haza psychologue clinicienne, maître de conférences HDR (université de Poitiers), secrétaire générale du CILA (collège international de l’adolescence), présidente d’ARCAD (association de recherche clinique sur l’adolescence), membre de l’IVSO (institut du virtuel Seine Ouest), expert de l’OPEN (observatoire parentalité et éducation numérique).

Professeur de Psychopathologie clinique à l’Université de Poitiers. Membre du Laboratoire de Psychopathologie Clinique (Equipe d’Accueil 4050). Psychologue clinicien. Coresponsable du Master 2 Psychopathologie, Parcours recherche de l’université de Poitiers. Membre du Comité de Rédaction de la revue Dialogue. Membre du comité scientifique de la revue Le Divan familial.

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PMA-GPA et bioéthique en France

Les débats font rage en France au sujet de l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux femmes homosexuelles. Cela fait bien 50 ans que la réglementation française touchant à l’institution familiale se libéralise au profit de l’autonomie de l’individu : plus d’autonomie pour les femmes vis-à-vis des maris et des pères, divorce par consentement mutuel, autorité parentale partagée pour les couples… L’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes seules doit figurer dans la prochaine révision de la loi de bioéthique présentée avant la fin de cette année. Le projet de loi sera ensuite débattu au Parlement début 2019.

Le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) a donc publié son avis n° 129 à la révision de la loi de bioéthique. Si elle ne touche pas (encore) à la GPA et à l’euthanasie, la contribution multiplie les transgressions au sujet de la PMA. Ce mardi 25 septembre 2018, le CCNE a donné un second avis favorable (comme il s’y était engagé juin 2017) à l’extension de la PMA à toutes les femmes, c’est-à-dire aux couples de femmes et aux femmes seules pour « pallier une souffrance induite par une infécondité résultant d’orientations personnelles ». La levée de l’anonymat des futurs donneurs de sperme, avec leur autorisation, est parallèlement défendue par le comité. Le CCNE s’oppose à la GPA au nom du « respect de la personne humaine, refus de l’exploitation de la femme, refus de la réification de l’enfant, indisponibilité du corps humain et de la personne humaine ».

Quelques innovations sont également présentes : une ouverture à l’auto-conservation des ovocytes c’est-à-dire le prélèvement des ovocytes, leur vitrification puis leur conservation pour pouvoir les utiliser au moment choisi par la femme. Ou encore la PMA post-mortem soit le « transfert in utero d’un embryon cryoconservé après le décès de l’homme ». Charmant. Le Comité libéralise également la recherche d’aneuploidies (trisomies 21, 18 et 13) dans le cas de fécondations in vitro avec diagnostic pré-implantatoire, de même que les études scientifiques et les modifications génétiques sur l’embryon (sur les surnuméraires issus de PMA) tant qu’il n’y a pas ensuite transfert de l’embryon vers un utérus. Il s’interroge également sur la nécessité d’inscrire les deux critères de « finalité médicale » et « d’absence d’alternative à la recherche » dans la loi.

De plus, le CCNE propose que la recherche sur les embryons et celle sur les cellules souches embryonnaires n’aient plus le même régime juridique, « ouvrant la voie à de nombreuses manipulations sur l’humain » selon Génèthique, premier site francophone d’actualité bioéthique. L’interdiction de création d’embryons à des fins de recherche est tout de même conservée, comme celle des embryons transgéniques en vue d’une implantation ou encore celle des embryons chimériques insérant des cellules humaines dans un embryon animal [processus déjà enclenché dans d’autres pays cf. Géopolitique Profonde n°6, juillet-août 2018, p.23, 24]. La limite temporelle de culture de l’embryon reste fixée à 14 jours, mais la note demande des précisions sur cette limite qui n’a jamais reçu de justification scientifique.

Nous pouvons d’ores et déjà constater que la révision régulière des lois bioéthiques amène n’importe quelle idée à devenir finalement légitime avec le temps d’une propagande bien dosée. « Le CCNE se condamne ainsi à n’être qu’une caisse enregistreuse des évolutions sociétales ». Par ailleurs, « on peut également s’interroger sur les priorités d’un gouvernement qui rogne sur le remboursement de certains actes médicaux, d’une part, et qui pourrait, d’autre part, légaliser des opérations médicales pour des femmes qui ne sont pas malades… ».

Les limites de la PMA

Pour défendre l’ouverture de l’accès de la PMA, certains arguments du CCNE peuvent être rationnellement rejetés. Par exemple, selon la journaliste Charlotte d’Ornella, l’argument de la « discrimination » ne tient pas, car les questions bioéthiques cruciales du statut de l’embryon humain, de la question du tiers donneur et des origines de l’enfant, sont valables pour tout demandeur (femme seule, couple stérile, homosexuel, hétérosexuel…). D’ailleurs, le Conseil d’État a récemment invalidé cet argument : « les couples formés d’un homme et d’une femme sont, au regard de la procréation, dans une situation différente de celle des couples de personne de même sexe ». La PMA élargie ajoute en plus l’institutionnalisation de l’absence de père en violation de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant qui stipule que ce dernier a « dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d’être élevés par eux ».

En France, seulement quelques centaines d’hommes (255 en 2015) acceptent de donner leur sperme. Avec l’ouverture de la PMA, l’offre de gamètes actuelle ne peut répondre à un accroissement du procédé, car il manque actuellement 300 dons de spermatozoïdes par an à destination des couples infertiles. De plus, il faut attendre entre un et deux ans pour bénéficier d’un don. La levée de l’anonymat des donneurs va très probablement décourager ce nombre déjà très faible de volontaires. Le délai d’un à deux ans pour bénéficier d’un don risque de s’allonger. L’arrivée de la rémunération des donneurs à l’anglo-saxonne sera probablement la seule solution pour débloquer cette situation. Le risque d’inceste associé au don de masse de gamètes sera à signaler à ce moment-là.

Au niveau santé et bien-être, un manifeste de 1760 médecins, dont 100 gynécologues, 80 psychiatres, 80 pédiatres, 750 généralistes jugent que l’enfant sera la première victime de la « PMA pour toutes ». Selon eux, « rien ne justifie, pas même le désir naturel d’enfant chez une femme, que les médecins prêtent leur concours à la “fabrication” d’enfants privés volontairement de père et de racines paternelles. Nous savons bien que ces enfants souffriraient tôt ou tard de séquelles psycho-affectives ».

Selon une récente étude suisse disponible dans la revue de l’American College of Cardiology, le risque d’hypertension est six fois plus élevé chez les enfants conçus par PMA. D’autres études faites sur des enfants issus de PMA relèvent que leurs fragilités cardiovasculaires sont plus nombreuses. En plus d’un taux d’échec élevé (la PMA ne permet qu’à un couple infertile sur deux de devenir parent) et peu mis en avant, la prématurité (deux fois plus importante que dans une grossesse naturelle) et les bébés en sous-poids à la naissance sont plus courants lors de PMA. Des facteurs favorisant également les maladies cardiovasculaires et le diabète de type II à long terme.

Rappelons-nous que le gouvernement Hollande hésitait déjà à démocratiser la PMA lors de l’arrivée du mariage homosexuel de 2013. En parlant de démocratie, les oppositions ont été tellement virulentes dans toutes les strates de la société face à l’ouverture du mariage pour tous que le sujet de la PMA n’a plus été abordé par le gouvernement de l’époque, le temps que cela se tasse. Cinq ans plus tard, nous y sommes. La GPA mettra sûrement plus de temps à arriver en France, mais suivra le même processus. Au nom de l’égalitarisme abstrait et de la concurrence juste et mieux réglementée que les GPA faites à l’étranger dans de mauvaises conditions, une GPA propre et made in France émergera inéluctablement s’il n’y a pas une (réelle) rupture politique d’ici là. Sur l’extension de la PMA à la GPA, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, répond que « ce n’est absolument pas la même problématique, arrêtons de tout mélanger ! ». Et bien si, nous allons faire l’amalgame en observant les pays plus avancés sur ces questions de procréation à la demande.

Bioéthique : Priver un enfant de son ascendance, c’est le mutiler

La GPA est en réalité effective en France

« Dans tous les pays où la GPA est autorisée, on n’a jamais vu une femme riche porter l’enfant d’une femme pauvre » souligne très justement Marie-Josephe Devillers, de l’association CQFD Lesbiennes Féministes. Cette association a, en lien avec le collectif pour le respect de la personne Corp (pour la suppression de la GPA) et le Mouvement Nid (pour l’arrêt de la prostitution), lancé une coalition internationale pour abolir la GPA. De nos jours, les homosexuels vivant en France privilégient plus les techniques de PMA/GPA que l’adoption et ses procédures longues et complexes. Chez les hommes homosexuels, ils y sont favorables à 44 % par rapport à l’adoption, tandis que le chiffre s’élève à 73 % pour les femmes lesbiennes.

Malgré l’interdiction de la GPA en France, elle reste pourtant bien réelle, car valable pour la justice à cause de l’absence de frontière et de la libre circulation. Par exemple, en juillet 2017, la Cour de cassation avait ouvert la voie à la reconnaissance légale de deux parents en France pour les enfants nés d’une GPA à l’étranger. Cette reconnaissance devant obligatoirement passer par une procédure d’adoption « simple » et non « plénière » par le conjoint du parent biologique. Dans l’adoption plénière, l’enfant adopté est assimilé à un enfant par le sang et la famille adoptive remplace définitivement la famille d’origine. Au contraire, l’adoption simple laisse subsister le lien de filiation d’origine, et lui ajoute un second lien adoptif.

La Cour d’appel de Paris est tout récemment allée plus loin mi-septembre 2018 en validant une demande d’adoption plénière et non simple de jumelles nées en 2011 d’une GPA au Canada. C’est la première fois qu’en France, la justice reconnaît une adoption par le deuxième père, selon l’avocate du couple homosexuel. Régulièrement saisie dans des procédures liées à la GPA, la Cour de cassation doit examiner prochainement deux demandes distinctes de transcription à l’état civil français d’actes de naissance d’enfants nés de cette procréation à l’étranger, jusqu’alors refusé par la justice.

Alors que l’adoption a pour but de réparer la privation de parents, la GPA fait le contraire en organisant l’éclatement de figure de la mère, puisque plusieurs femmes peuvent intervenir lors de cette technique de maternité. Ce que l’adoption répare, la GPA le provoque : une situation d’abandon pour rendre la marchandise (l’enfant) disponible pour satisfaire les besoins des clients.

Faire des enfants demain

Tour d’horizon des pratiques de procréation monétisées

Le phénomène est parfaitement illustré en Belgique. La quatrième édition de la conférence européenne de l’organisation américaine Men having babies a eu lieu à Bruxelles les 22 et 23 septembre 2018. Ce salon de vente d’enfants, avec catalogues de mères porteuses, location d’utérus et autres échanges de biens apparemment acceptables, est destiné aux couples homosexuels masculins. Les clients potentiels sont mis en relation avec les firmes US et canadiennes et doivent préparer des sommes allant de 95 000 $ à 160 000 $ tout compris pour obtenir le bébé de leur choix. Ici, l’enfant est donc un pur produit marchand qui s’achète et se vend selon l’offre et la demande. Des sociétés américaines viennent également dans l’Hexagone proposer des GPA aux Français, un délit d’entremise qui relève du pénal. Les sociétés de GPA sont généralement transnationales pour pouvoir se déplacer en fonction de l’évolution des lois des pays où elles s’implantent. La demande est forte et la technologie est simple (prélèvement d’ovocytes et de sperme, FIV) : tous les ingrédients sont réunis pour générer le profit. Pour faire une GPA dans le monde, la fourchette s’étend de 30 000 à 150 000 €.

La GPA est autorisée dans des pays tels que la Belgique, le Royaume-Uni, le Japon, dans certains états US ou au Canada, mais que voulez-vous le coût du travail y est élevé ! Alors depuis que l’Inde, la Thaïlande, le Cambodge, le Népal et d’autres pays asiatiques ont réglementé voire interdit la GPA low cost aux étrangers, au vu de l’attractivité de la pratique et des dérives qu’elle amène, les Occidentaux se sont tournés de plus en plus vers l’Europe de l’Est ces dernières années. Avec ses lois libérales sur la question, l’Ukraine est une destination prédominante. La législation du pays stipule que le bébé appartient aux « futurs parents » et que la mère porteuse est dépossédée de ses droits parentaux dès la conception. Là-bas tout se loue, tout se vend : ovules, sperme, ventre… et cela ne date pas de la révolution euro-otanesque de Maïdan de 2014, mais de décisions politiques antérieures.

La Russie est également un pays assez libéral sur la GPA, contrairement à ce que l’on pourrait penser au premier abord. Elle le justifie dans le cadre de sa politique démographique nataliste. La méthode est considérée comme une manière d’augmenter le taux de naissance dans la fédération. Sur place, l’encadrement plutôt flou permet, par exemple, à la gestatrice de décider de garder l’enfant au dernier moment, sans recours possible des parents d’intention. Par contre, la mère porteuse n’a pas de protection dans le cas où des clients refusent d’accueillir l’enfant pour X ou Y raison (handicap, désistement…). La pratique existe depuis plus de 20 ans sur le sol russe pour les couples hétérosexuels et les femmes ou hommes célibataires qui ne peuvent pas mener à bien une grossesse. Comme pour la GPA, les techniques de PMA sont également tout aussi accessibles pour les étrangers. Un projet de restriction ou de suppression de la GPA est tout de même étudié par les parlementaires depuis quelques mois.

L’Espagne, à l’instar de nombreux pays européens, a interdit la maternité de substitution (GPA). Le Ministère des Affaires étrangères du pays a annoncé qu’il s’occuperait au cas par cas d’une trentaine de familles ayant utilisé les services d’agences ukrainiennes proposant la GPA. Le gouvernement accepte par contre sans problème la PMA [cf. Géopolitique Profonde n°6, juillet-août 2018, p.24]. Lorsque des parents ont recours à ce procédé et ne donnent pas suite aux relances concernant leurs embryons, les centres de reproduction espagnols peuvent légalement les détruire, mais aussi les utiliser pour la recherche scientifique ou encore les donner à d’autres couples. Parmi les adoptants français d’embryon abandonné, 28 % sont des femmes seules ayant essayé d’adopter un enfant en France.

Alors que la loi espagnole sur la reproduction assistée exige que tout don doit être « altruiste, solidaire et désintéressé », la Clinique FIV Marbella attribue elle aussi la coquette somme de 1 000 € à toute généreuse donneuse en tant que « compensation financière pour le désagrément engendré, les frais de déplacement et le traitement auquel les donneuses sont soumises ». De même, face à la pénurie d’ovocytes, les Pays-Bas n’hésitent pas à promouvoir l’altruisme des individus avec des « dons » d’ovocytes rémunérés jusqu’à 900 € de « compensation ».

En Roumanie, la GPA est extrêmement lucrative alors qu’elle est censée être illégale. Des catalogues divers sont disponibles pour comparer les prestations de mère porteuse, les informations des donneurs de gamètes (couleur de peau, santé, QI, diplômes, etc.), les assurances (handicap, décès, souci génétique, litige avec la mère)…

Utérus artificiel : l’avenir de la procréation humaine ?

Dans trois affaires de GPA sur enfants nés aux États-Unis, en Ukraine et au Ghana, des activistes pro GPA veulent obtenir de la Cour européenne des droits de l’homme l’abolition du principe historiquement fondamental stipulant que « la mère est la femme qui accouche ». Ceci va dans le sens du rapport du think tank Génération Libre, qui stipule que la GPA « s’inscrit dans la continuité de l’IVG » en mettant au goût du jour «la question de la disposition de soi » au nom de la « liberté procréative ». L’énoncé libéral propose une GPA formalisée par un contrat signé entre les deux parties, parents (« 1 et 2 ») et mère porteuse, rédigé par des avocats et avalisé par un juge. Ils proposent à la femme porteuse la possibilité de choisir les parents qui la rémunéreraient, tandis qu’elle bénéficierait dans le même temps d’une prise en charge des frais médicaux, de congés maternité avant et après l’accouchement, et aurait la possibilité d’inscrire sur l’acte civil de l’enfant la référence du jugement de GPA. Des enquêtes devront également déterminer « l’indépendance financière, affective et psychologique » des porteuses de bébés. Le rapport recommande également la mise en place d’une agence publique de GPA pour mettre en relation les individus et éviter ainsi les intermédiaires. Maxime Sbaihi, « citoyen du monde » et « éternel expatrié », comme il le dit lui-même sur son compte Twitter, est le directeur général de Génération Libre et auteur de ce rapport. Ce cosmopolite veut donc protéger les mères porteuses française en défendant une « GPA responsable » sur le territoire.

Notons pour finir que des chercheurs du monde entier mènent parallèlement la suite du programme avec des projets de recherche sur la transplantation utérine (ou greffe d’utérus). La pratique est similaire à la GPA d’un point de vue éthique donc pourquoi pas. Déjà dix enfants sont nés de cette technique sur la planète, dont huit en Suède. L’utérus artificiel n’est pas bien loin.

Conclusion : Un avenir dystopique annoncé

La PMA, la GPA et toute forme de procréation artificielle font de la conception d’enfants hors couple un nouveau marché à pourvoir. Quarante années de recul montrent que de nombreux individus adoptés ou issus de PMA-anonyme sont en souffrance, car en quête de leurs origines. Se pose donc le problème crucial de la filiation et de l’identité humaine et sociale qui est le fait à la fois de biologie et de psychologie.

Avec l’avancée technologique, la filiation devient purement subjective en fonction de l’évolution des techniques de procréation artificielle et de la seule volonté des adultes pouvant rémunérer un service marchand. La femme gestatrice précaire louant son corps à l’Occidental payant comptant ne doit pas être oubliée d’ici les prochaines lois liberticides. Dans les pays économiquement moins avancés, ces femmes peuvent être exploitées dans ce qui est communément appelé des « fermes » ou « usines à bébés ».

Pour conclure, nous citerons Pierre Bergé, grand capitaliste et chef de file de la cause homosexuelle, de la PMA et de la GPA. Une synthèse à lui tout seul : « Moi je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est faire un distinguo qui est choquant ».

Géopolitique Profonde