Les Etats-Unis ont officiellement commencé à utiliser CRISPR sur les humains

En juin 2016, le National Institutes of Health avait donné le feu vert à une équipe de recherche de l’Université de Pennsylvanie (UPenn) pour commencer à utiliser CRISPR sur les humains.

Lundi, un porte-parole de l’UPenn a confirmé à NPR que les chercheurs de l’institution ont officiellement commencé à utiliser CRISPR sur les humains, marquant ainsi une première nationale qui pourrait conduire à une utilisation plus répandue de la technologie dans le futur.

Le porte-parole a déclaré à NPR que l’équipe de l’UPenn avait jusqu’à présent utilisé CRISPR pour traiter deux patients atteints de cancer, l’un avec un myélome multiple et l’autre avec un sarcome. Tous deux avaient fait une rechute après les traitements habituels contre le cancer.

Premier essai clinique américain avec CRISPR sur des humains

Pour l’essai, les chercheurs ont prélevé des cellules du système immunitaire des patients, ont utilisé CRISPR pour modifier les cellules afin de cibler les tumeurs, puis les ont restituées dans le corps des patients.

“Les conclusions de cette étude seront communiquées au moment opportun par le biais d’une présentation lors d’une réunion médicale ou d’une publication évaluée par des pairs”, a déclaré un porte-parole de l’UPenn à NPR.

Il s’agit peut-être du premier essai avec CRISPR chez l’humain aux États-Unis, mais de nombreux autres essais sont déjà en cours pour déterminer si cette technologie peut traiter efficacement une variété de maladies et de troubles.

Comme l’a déclaré Fyodor Urnov, spécialiste de l’édition génétique, à NPR, “2019 est l’année où les roues d’entraînement se détachent et où le monde entier voit ce que CRISPR peut vraiment faire pour le monde dans le sens le plus positif du terme”.

NPR

La guerre post-humaniste 2 : Géopolitique du génome

La prolifération de nouveaux éléments nous pousse à prolonger notre dossier du numéro précédent, à propos des initiatives dans la modification génétique à l’international.

Actualités touchant le génome

Les CAR-T cells permettent de traiter certains cancers du sang en modifiant génétiquement les cellules du patient. Le CAR (Chimeric Antigen Receptor) est un récepteur antigénique chimérique que l’on intègre par modification génétique aux cellules immunitaires du patient (les lymphocytes T) afin qu’elles identifient et attaquent les cellules tumorales. Ce ne serait ni plus ni moins « la découverte de l’année », selon la puissante association américaine de cancérologie ASCO. Selon les premiers résultats, le taux de rémission est de 83 % pour les patients traités au CAR-T cells contre environ 15 % pour les autres enfants et adultes jusqu’à 25 ans atteints de leucémie aiguë réfractaire. Dans le cas de patients atteints d’un lymphome diffus à grandes cellules B réfractaire, une rémission complète ne toucherait que 5 à 10 % des individus traités avec une chimiothérapie conventionnelle contre 40 % de rémission complète 15 mois après le traitement par CAR-T. Les deux hôpitaux parisiens Saint-Louis et Robert-Debré seront les premiers labellisés « centres experts pour le traitement par cellules CAR-T » en Europe. Toujours en France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a délivré aux laboratoires américains, Gilead Sciences et Kite (sa filiale axée sur la thérapie cellulaire autologue T), et au groupe pharmaceutique suisse Novartis des autorisations temporaires d’utilisation (ATU) de ces traitements, nécessaires avant une possible autorisation de mise sur le marché (AMM).

Le laboratoire pharmaceutique Glaxosmithkline ou GSK (l’un des plus gros au monde) a annoncé le rachat des données génétiques de 5 millions de clients au spécialiste US de l’analyse génétique 23andMe (un des plus grands fabricants de tests ADN à domicile) pour un coût de 300 M$. Ces clients ont transmis leur salive à la société pour en savoir plus sur leur ADN, leur ascendance et ainsi obtenir des rapports de santé personnalisés. GSK a racheté toutes ces informations pour leurs études pharmaceutiques. Plus de 5 millions de personnes ont envoyé un échantillon de salive en échange d’informations, notamment sur leur risque de développer un cancer du sein.

Avec la manipulation génétique, une équipe de scientifiques de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) a réussi à transférer la mémoire d’un escargot de mer à un autre, le 14 mai dernier. L’expérience, décrite dans la revue scientifique eNeuro, consiste à stimuler la mémoire des escargots grâce à une sensibilisation par faible choc électrique sur la queue. En provoquant leur réflexe défensif de contraction de la queue, les escargots « entraînés » après 24 h, contractent ce membre pendant cinquante secondes contre une seconde pour les « non entraînés ». L’ARN (acide nucléique essentiel dans le transport du message génétique et la synthèse des protéines) du système nerveux des escargots entraînés est ensuite extrait pour l’injecter dans les spécimens non entraînés. Vingt-quatre heures plus tard, ces derniers avaient le même réflexe de défense que les escargots ayant subi des chocs électriques. À terme, les chercheurs espèrent transférer la mémoire d’un humain à un autre. Une expérience qui fait penser à celle réalisée fin 2017, où le collectif OpenWorms avait entrepris d’analyser minutieusement le cerveau du ver Caenorhabditis elegans pour le reproduire virtuellement et le télécharger dans un robot Lego. Résultat : sans aucune programmation, le cerveau virtuel a pris le contrôle du robot, qui s’est comporté comme l’animal et a même réagi à la simulation des capteurs de nourriture destinés au ver.

La guerre post-humaniste

Les ciseaux moléculaires CRISPR et la course à la modification génétique

Actuellement, un nouveau projet international est en cours pour réécrire entièrement le génome humain. Le séquençage du génome, qui consiste à identifier tous les gènes de notre espèce, avait déjà pris 13 années. L’objectif de ce nouveau programme nommé Recode est de créer un génome 100 % synthétique. Si l’objectif reste généralement thérapeutique dans un premier temps, se posent toujours des questions éthiques, à différents niveaux selon les espaces civilisationnels [cf. Géopolitique Profonde n° 6].

Réécrire un génome, c’est une sorte de formatage ou de remise à zéro des gènes humains. Le qualificatif de « modifié génétiquement » se réfère à des plantes et des animaux qui ont été modifiés d’une manière qui ne serait pas apparue naturellement à travers l’évolution, comme le transfert d’un gène d’une espèce à une autre pour doter l’organisme d’un nouveau caractère (résistance aux parasites ou une tolérance accrue à la sécheresse). L’entreprise biopharmaceutique Cellectis a par exemple créé son outil d’édition de génome appelé TALEN en association avec l’Institut Wyss de Harvard pour couper l’ADN, ôter, coller, modifier toutes les mutations, tous les défauts ou toutes les particularités acquises au cours de milliers d’années d’évolution.

Pour l’exemple, l’agence militaire étasunienne DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) et le ô grand milliardaire philanthrope Bill Gates auraient investi 100 M$ dans le « forçage génétique ». Cette technique de manipulation génétique a pour but de modifier un gène pour qu’il soit ensuite rapidement transmissible à toute une espèce animale ou végétale. Ceci pourrait, par exemple, limiter la capacité de reproduction d’une espèce, la rendre plus sensible ou insensible à une maladie ou à un produit chimique. Des expérimentations pourraient se dérouler en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Burkina Faso, en Ouganda, au Mali et au Ghana. La Fondation Bill & Melinda Gates aurait au passage également consacré 1,6 M$ en lobbying via la société Emerging A.G pour promouvoir cette expérimentation.

Aujourd’hui, ce sont les technologies d’édition de gènes CRISPR (Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats) qui sont les plus médiatisées. Elles permettent d’introduire de nouveaux caractères en réécrivant directement le code génétique de la cible (végétaux, animaux, humains). Dans l’agriculture, cela présente l’avantage d’être plus rapide et plus précis que la culture conventionnelle (sélection des plantes), tout en étant moins controversé que les techniques OGM. En 2012, l’outil d’édition génique CRISPR-Cas9 émerge de la collaboration des chercheuses française Emmanuelle Charpentier et américaine Jennifer Doudna avec la publication de leurs recherches à l’Université de Californie à Berkeley.

CRISPR se traduit littéralement par « Courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées ». Il s’agit de famille de séquences répétées dans l’ADN. Le deuxième terme Cas9, quant à lui, renvoie à l’endonucléase, une enzyme capable de couper les deux brins de l’hélice d’ADN. En combinant les deux, on obtient les « ciseaux moléculaires » CRISPR-Cas9 qui permettent d’éditer le génome, de couper l’ADN, d’inactiver des gènes ou d’en introduire. Ses applications peuvent être plurielles dans la recherche fondamentale, la médecine et la biotechnologie. La simplicité de cette technique et son bas coût peuvent amener à des dérives multiples, dans la manipulation d’embryons par exemple.

Contrairement aux deux méthodes de coupures d’ADN 1) des protéines TALEN (Transcription activator-like effector nucleases – nucléases effectrices de type activateur de transcription) et 2) des nucléases à doigt de zinc — le ciblage de l’ADN par le procédé CRISPR-Cas9 est plus direct et ne requiert pas de modification de la protéine, mais seulement de l’ARN guide. De nombreuses sociétés investissent dans la recherche sur ce nouvel outil d’altération génétique.

Le US Patent and Trademark Office (USPTO – Bureau américain des brevets et des marques de commerce) a accordé deux nouveaux brevets CRISPR à l’Université de Californie à Berkeley. En 2017, l’instance a accordé à Feng Zhang et à son équipe du Broad Institute of Harvard et du MIT un autre brevet convoité pour utiliser l’outil CRISPR-Cas9 dans l’édition d’ADN de mammifères : il y a une bataille juridique pour déterminer lequel des scientifiques devient propriétaire, car l’équipe de Jennifer Doudna a fait appel de cette décision. Ce 10 septembre 2018, la Cour d’appel des États-Unis a confirmé cette dernière décision du USPTO. Le brevet donne à un inventeur la propriété légale de son invention ou découverte. Il est le seul à pouvoir donner l’autorisation à quiconque voulant utiliser son idée et collecter l’argent de l’octroi de la licence.

Deux sociétés américaines, Indoor Technologies et Felix Pets, se font concurrence pour modifier génétiquement des embryons de chats afin de les rendre hypoallergéniques, c’est-à-dire qu’il ne présenteraient plus le gène qui provoque des allergies aux humains. Des brevets ont été déposés en 2016 pour utiliser le Crispr-Cas9 pour couper le gène bien identifié qui provoque l’allergie, la protéine Fel d 1.

L’américain Sangamo Therapeutics a testé un procédé d’édition du génome in vivo destiné à lutter contre le rare syndrome de Hunter (maladie génétique lysosomale) sur quatre personnes. Les premiers résultats non réussis de son essai clinique ont été publiés. Les médecins ont utilisé les nucléases à doigt de zinc en tant que ciseau moléculaire et non CRISPR.

L’utilisation de CRISPR sur l’Homme est plus compliquée à tester en raison des réflexions éthiques que le procédé suscite. Les premiers essais cliniques utilisant CRISPR sur l’être humain ont débuté rapidement, avec un recul encore probablement insuffisant. En 2017, des scientifiques américains de l’Oregon Health & Science University ont franchi un cap en déclarant utiliser cette technologie pour éditer des embryons humains après deux ans d’attente pour l’autorisation éthique de leurs expériences. L’hôpital de l’Université de Pennsylvanie et l’agence US de régulation Food and Drug Administration (FDA) ont mis tout autant de temps à obtenir le feu vert pour tester une thérapie basée sur CRISPR sur 18 patients cancéreux. La société CRISPR Therapeutics de Cambridge (Massachusetts) aimerait aussi démarrer des essais cliniques de phase I en utilisant CRISPR pour traiter des patients atteints du trouble bêta-thalassémies (maladie génétique de l’hémoglobine). L’américain Editas Medicine doit également lancer sous peu un essai clinique utilisant la technique CRISPR pour traiter une forme rare de cécité.

Au vu des ralentissements prudents de la FDA à propos des essais cliniques sur l’Homme sur le sol américain depuis mai 2018, un premier essai clinique utilisant CRISPR-Cas9 chez l’homme a été lancé à l’hôpital de Ratisbonne (Allemagne). Deux sociétés US, Vertex Pharmaceuticals et CRISPR Therapeutics, se sont associées pour développer le traitement expérimental CTX001. L’essai clinique (phase 1/2) compte douze adultes atteints de bêta-thalassémie (maladie génétique de l’hémoglobine) pour prélèvement de leurs cellules sanguines, traitement in vitro et réinjection. C’est la course aux essais cliniques.

Chez les Britanniques, l’organisme de bienfaisance indépendant basé à Londres Nuffield Council on Bioethics (NCB) a pondu un rapport sur les problèmes sociaux et éthiques liés à l’édition et à la reproduction du génome humain. Le bienfaiteur autoproclamé a pour habitude d’analyser les questions éthiques en biologie et en médecine. Selon sa récente étude, l’édition d’embryons, de spermatozoïdes et des ovules humains est « moralement acceptable» sous la condition que « la modification ne compromette pas le bien-être de l’individu en devenir (la personne issue de l’embryon qui aura subi une édition génétique) ou que cela n’augmente pas le désavantage, la discrimination ou la division dans la société ».

Au Japon, les autorités étudient une autorisation prochaine de la recherche fondamentale sur les modifications génétiques des embryons humains (avec l’outil CRISPR-Cas9), dans le cadre de la recherche sur les traitements de procréation assistée. La validation de la directive est prévue d’ici avril 2019 après consultation de la population. Les embryons altérés seront ceux issus de fécondation in vitro non utilisés. Il sera interdit de les réimplanter dans l’utérus de femmes après modification. Nous voilà rassurés.

La Chine lance également des programmes de thérapie génique d’envergure internationale. La belliciste banque Goldman Sachs juge que « la Chine bat les États-Unis dans la course aux armements géniques ». Dès 2013, les scientifiques chinois ont utilisé CRISPR sur l’ADN humain, et en avril 2015, ils ont modifié directement sur des embryons un gène responsable d’une maladie du sang. Les embryons non viables n’ont pas survécu, mais la polémique a marqué les esprits. Les scientifiques du pays ont modifié génétiquement les cellules d’au moins 86 patients atteints du cancer et du VIH dans le pays en utilisant la technologie CRISPR-Cas9.

La course scientifique entre les deux superpuissances asiatique et nord-américaine est tellement intense qu’elle est qualifiée de « Spoutnik 2.0 » en référence à la concurrence spatiale opposant l’URSS et les USA durant la Guerre froide. L’École de Guerre économique a relevé qu’une équipe chinoise a fait naître des chiens de race beagles en supprimant le gène de la myostatine (protéine qui inhibe la croissance musculaire). En conséquence, les animaux sont nés avec une masse musculaire doublée par rapport à celle habituellement admise. On imagine très bien les perspectives sur l’Homme.

Contrebalançant l’enthousiasme entourant toutes ces nouvelles techniques, des scientifiques du Centre Wellcome Sanger ont récemment établi dans la revue Nature Biotechnology que l’édition de gènes CRISPR-Cas9 produit des altérations voire des suppressions dangereuses d’ADN dans les cellules de souris et d’homme. D’autres études récentes publiées dans Nature Medicine montrent que la modification des génomes avec CRISPR-Cas9 pourrait augmenter le risque que les cellules altérées déclenchent un cancer (des ovaires, du côlon, du rectum ou de l’œsophage). Des chercheurs de l’Institut suédois Karolinska et, séparément, de Novartis ont constaté que les cellules dont les génomes sont édités avec succès par CRISPR-Cas9 ont le potentiel d’ensemencer des tumeurs à l’intérieur d’un patient. Les deux études se concentrent sur le gène p53 qui joue un rôle majeur dans la prévention des tumeurs en détruisant des cellules avec de l’ADN endommagé. Selon des recherches antérieures, la plupart des tumeurs humaines ne peuvent tout simplement pas se former si la cellule p53 fonctionne correctement. Si elle est dysfonctionnelle, le risque de cancers pourrait être plus élevé. Malheureusement, p53 est aussi une sorte de défense naturelle contre les modifications du génome faites par CRISPR-Cas9. Lorsque les chercheurs utilisent ces ciseaux moléculaires pour couper et remplacer un peu d’ADN, p53 passe à l’action, provoquant l’autodestruction des cellules éditées. Cela rend l’édition CRISPR essentiellement théorique, ce qui pourrait expliquer pourquoi la méthode ne serait pas si efficace.

La version CRISPR-Cas12 serait encore plus précise et spécifique que le Cas9, qui ne reconnaît que 2 ou 3 nucléotides pour se fixer solidement à l’ADN. CRISPR-Cas12 « agit plus comme un velcro, en multipliant les liaisons faibles. Tous les nucléotides de la séquence génétique doivent être reconnus pour qu’une fixation solide se fasse ». Une utilisation généralisée de ce procédé devrait être prochainement mise en place.

Franck Pengam
Extrait de Géopolitique Profonde n°7 – Septembre-Octobre 2018

CRISPR pourrait causer le cancer

Un nouvel obstacle sérieux pour CRISPR : deux études montrent que les cellules éditées pourraient causer le cancer

La modification des génomes avec CRISPR-Cas9 pourrait augmenter le risque que les cellules altérées, destinées à traiter la maladie, déclenchent le cancer, selon deux études publiées lundi – un changeur de jeu potentiel pour les entreprises développant des thérapies basées sur CRISPR. Les experts prennent au sérieux la découverte du risque de cancer.

Dans les études publiées dans Nature Medicine, les scientifiques ont constaté que les cellules dont les génomes sont édités avec succès par CRISPR-Cas9 ont le potentiel d’ensemencer des tumeurs à l’intérieur d’un patient. Selon des chercheurs de l’Institut suédois Karolinska et, séparément, de Novartis, cela pourrait faire craindre des bombes à retardement pour certaines cellules CRISPR.

Les deux études se concentrent sur le gène p53, connu pour jouer un rôle majeur dans la prévention des tumeurs en détruisant des cellules avec de l’ADN endommagé. Selon des recherches antérieures, la plupart des tumeurs humaines ne peuvent tout simplement pas se former si p53 fonctionne correctement.

Malheureusement, p53 est aussi une sorte de défense naturelle contre les modifications du génome faites par CRISPR-Cas9. Lorsque les chercheurs utilisent CRISPR-Cas9 pour couper et remplacer un peu d’ADN, p53 passe à l’action, provoquant l’auto-destruction des cellules éditées. Cela rend l’édition CRISPR essentiellement théorique, ce qui pourrait expliquer pourquoi CRISPR n’est pas très efficace. Cela pourrait signifier que la cellule p53 ne fonctionne pas comme elle le devrait. Et une p53 dysfonctionnel peut être précurseur d’un grand nombre de cancers, tels que ceux dans les ovaires, le côlon et le rectum, et l’œsophage.

« En choisissant des cellules qui ont réparé avec succès le gène endommagé que nous avions l’intention de corriger, nous pourrions par inadvertance également choisir des cellules sans p53 fonctionnelle », a déclaré Emma Haapaniemi, l’une des auteurs de l’étude de Karolinska dans un communiqué de presse. « Si elles sont transplantées chez un patient, comme en thérapie génique pour des maladies héréditaires, de telles cellules pourraient donner naissance à un cancer, ce qui soulève des inquiétudes quant à l’innocuité des thérapies géniques basées sur CRISPR. »

Premièrement, il s’agit d’études très précoces présentant des “résultats préliminaires”, comme l’a expliqué le biochimiste Bernhard Schmierer, co-dirigeant de l’étude Karolinska. “On ne sait pas si les résultats se traduisent en cellules réellement utilisées dans les études cliniques actuelles”, a-t-il ajouté.

Deuxièmement, les études se concentrent sur un seul type de vérification CRISPR : remplacer l’ADN pathogène par un ADN sain (correction génétique) en utilisant CRISPR-Cas9. Alors que Cas9 est l’enzyme CRISPR la plus connue, il y en a d’autres – Cpf1, par exemple – et nous ne savons pas encore si elles causeraient les mêmes problèmes avec p53.

Nous pouvons également utiliser CRISPR pour éliminer simplement l’ADN pathogène sans le remplacer (modification du gène). Ce type d’édition peut rester valable même lorsque p53 est fonctionnel, a noté Haapaniemi. C’est le type de changement génétique au centre d’un certain nombre de projets CRISPR de haut niveau : les essais de CRISPR Therapeutics sur la drépanocytose et la thalassémie, les recherches d’Editas Medicine sur la cécité et les recherches sur les lymphocytes T de l’Université de Pennsylvanie – le premier essai de CRISPR chez l’homme aux États-Unis.

Les auteurs des deux nouvelles études admettent que leur recherche ne signifie pas que CRISPR-Cas9 est mauvais ou dangereux. Nous devons juste procéder avec prudence.

Malheureusement, les détails les plus subtils de ces études semblent perdus pour les détenteurs des cordons de la bourse – un certain nombre de sociétés axées sur CRISPR ont vu leurs actions chuter après la publication des études.

Haapaniemi, E et al.CRISPR/Cas9-genome editing induces a p53-mediated DNA damage response. Nature Medicine; 11 June 2018; DOI: 10.1038/s41591-018-0049-z
STAT, Karolinska, University of Cambridge

Premier essai clinique américain avec CRISPR sur des humains

Le premier essai clinique américain avec CRISPR sur des humains ciblera le cancer

CRISPR est à l’heure actuelle l’outil d’édition génétique le plus efficace que connaisse l’humanité et la technologie ne se limite plus à l’édition de plantes ou d’animaux en laboratoire. En novembre 2016, des scientifiques chinois ont testé CRISPR sur un humain, et maintenant, un essai clinique humain de CRISPR est sur le point de débuter aux États-Unis.

En juin 2016, un comité consultatif du National Institutes of Health (NIH) a donné aux médecins de l’University of Pennsylvania Health System (Penn Medicine), dirigé par Edward Stadtmauer, l’agrément initial nécessaire pour débuter les essais cliniques de CRISPR sur les humains. Selon une annonce dans un dossier de tests cliniques en cours, l’équipe est maintenant quasiment prête à débuter l’essai.

Pour ce tout premier test du genre aux États-Unis, Stadtmauer et son équipe prévoient d’utiliser CRISPR pour modifier des cellules T humaines, qui jouent un rôle essentiel dans le système immunitaire, afin de cibler des tumeurs. Pas moins de 18 patients souffrant de trois types de cancer – myélome multiple, sarcome, et mélanome – pourraient s’engager dans cette étude.

Pour leur essai clinique humain de CRISPR, les médecins prévoient de prélever des cellules sanguines des patients et d’éditer les cellules hors du corps, une approche appelée thérapie génétique ex vivo. Le but est de transformer les cellules T en de meilleurs combattants contre le cancer avant de les réintroduire dans le flux sanguin du patient.

Rapport du NAS sur l’édition du génome humain

En utilisant CRISPR, les médecins ôteront deux gènes spécifiques des cellules T. L’un est une sorte de molécule « point de contrôle» (PD-1) que les cellules cancéreuses exploitent pour arrêter l’activité du système immunitaire. L’autre est un récepteur que les cellules T utilisent pour détecter les dangers, tels que les germes ou les tissus malades. Ils vont remplacer ce récepteur avec un autre transformé par ingénierie afin que les cellules T ciblent les tumeurs.

Le Parker Institute for Cancer Immunotherapy, un organisme de bienfaisance créé par Sean Parker, le fondateur de Napster, participe au financement de l’essai qui devrait débuter en janvier 2018 et se terminer en janvier 2033 si l’on en croit le dépôt du dossier d’essai clinique. Quoi qu’il en soit, un porte-parole de Penn Medicine a déclaré au MIT Technology Review qu’une date de début n’a pas été confirmée : « Nous sommes à la dernière étape avant de lancer l’essai, mais nous ne pouvons pas fournir de date précise ».

Les premiers résultats de l’édition génétique appliquée à des embryons humains viables ont été publiés

Pourtant , après au moins deux ans de planification, le premier essai clinique humain de CRISPR semble presque prêt à démarrer, et une fois lancé, le pays rejoindra officiellement la Chine sur la liste très courte de ceux qui ont testé CRISPR sur des humains. On s’attend à ce que l’Europe s’y mette aussi prochainement, mais avec un essai clinique de CRISPR utilisant une approche ex vivo prévue pour commencer plus tard en 2018 avec l’aimable autorisation de l’entreprise de biotechnologie CRISPR Therapeutics.

Les résultats de ces essais cliniques sur des humains sont susceptibles d’avoir un impact considérable sur l’avenir de l’édition génétique. En fin de compte, pendant que CRISPR fait des miracles dans l’agriculture et d’autres domaines, prouver sa capacité à guérir des maladies humaines est sans doute un objectif bien plus conséquent, et l’atteindre pourrait changer à jamais nos soins de santé.

traduction Virginie Bouetel

MIT Technology Review, Clinical Trials, The Scientist, ASH, Wired

La dépendance à Internet crée un déséquilibre dans le cerveau

De nouvelles recherches ont lié les dépendances à Internet avec un déséquilibre chimique dans le cerveau. Dans une étude, présentée lors de la réunion annuelle de la Radiological Society of North America à Chicago, 19 participants présentant des addictions aux téléphones, tablettes et ordinateurs présentaient des niveaux disproportionnés d’un neurotransmetteur qui inhibe l’activité cérébrale.

La bonne nouvelle : après neuf semaines de thérapie, les substances chimiques cérébrales des participants se sont normalisées et leur temps d’écran a diminué, explique Hyung Suk Seo, professeur de neuroradiologie à l’Université de Corée à Séoul, qui a présenté l’étude.

Seo et ses collègues ont découvert le déséquilibre chimique du cerveau en utilisant la spectroscopie par résonance magnétique – une technique d’imagerie qui détecte les changements de certains métabolites dans le cerveau. L’outil a montré que les participants ayant une dépendance à Internet, par rapport à un groupe témoin, avaient des niveaux élevés d’acide gamma amino butyrique, ou GABA, un neurotransmetteur qui a été lié à d’autres dépendances et troubles psychiatriques.

The areas under the GABA and glutamine+glutamate peaks at 3.01 and 3.8 ppm (red lines) were measured by fitting to double and single Gaussian functions, respectively.
Credit: RSNA Hyung Suk Seo, M.D

Les participants – 19 jeunes Coréens âgés en moyenne de 15 ans – ont tous été diagnostiqués avec une dépendance à Internet et au smartphone. Un diagnostic de dépendance à Internet signifie généralement que la personne utilise Internet au point qu’elle interfère avec la vie quotidienne. Les participants avaient également des scores significativement plus élevés dans la dépression, l’anxiété, l’insomnie et l’impulsivité, comparativement aux adolescents non-addictes.

Douze des addictes ont ensuite reçu neuf semaines d’un type de traitement de la dépendance appelé thérapie cognitivo-comportementale. Après le traitement, Seo a encore mesuré leurs niveaux de GABA, et a constaté qu’ils s’étaient normalisés.

Plus important encore, le nombre d’heures passées par les enfants devant un écran a également diminué. «Etre capable d’observer la normalisation – c’est une découverte très intrigante», explique Max Wintermark, un neuroradiologue à l’Université de Stanford qui n’a pas participé à l’étude. Trouver un moyen de surveiller l’effet d’un traitement de la dépendance – en particulier une sorte d’indicateur précoce – peut être difficile, dit-il. “Donc, avoir une sorte de biomarqueur que vous extrayez d’une technique d’imagerie qui vous permet de surveiller l’effet de votre traitement et vous dire rapidement si ça réussit – c’est extrêmement précieux”, dit-il.

Miguel Benasayag : Cerveau augmenté, homme diminué

Wintermark note que comme il n’y avait que 19 personnes dans le groupe d’étude, les mesures de leurs niveaux de GABA “devraient être prises avec un grain de sel.” Une étude sur une plus grande population serait nécessaire pour tirer des conclusions sur le rôle de la dépendance à Internet. La réduction des symptômes de dépendance, cependant, est une conclusion importante parce que «chaque patient est son propre contrôle», dit-il.

D’autres groupes de recherche ont utilisé l’imagerie par résonance magnétique (IRM) pour identifier les changements structurels dans le cerveau causés par les dépendances à Internet. Certains ont même observé une substance blanche anormale et un rétrécissement du tissu cérébral lié à la dépendance de l’écran.

Poursuivre de telles études est important, compte tenu de l’augmentation de l’utilisation d’Internet, des téléphones et des tablettes à l’échelle mondiale. “Ces appareils sont devenus partie intégrante de notre vie. Nous ne répondons peut-être pas aux critères diagnostiques de la dépendance, mais c’est quelque chose que nous connaissons tous jusqu’à un certain point », explique M. Wintermark. L’étude de Seo «nous donne un peu d’espoir» qu’il y a «des choses que nous pouvons faire pour revenir à la normale».

RSNA Press Release, Eurekalert, The Independent, IEEE Spectrum, ScienceDaily

Moi, Internet. Et si Internet était conscient ?

Les scientifiques ont repéré le circuit cérébral qui pourrait aider à effacer la peur

La peur est une réponse vitale à un danger physique et émotionnel. C’est une science psychologique complexe associée à de nombreux types de troubles. Un traitement largement utilisé pour contrôler la peur est l’extinction1 (ou habituation), plus connue comme la thérapie par l’exposition.

L’Extinction n’a pas été très efficace pendant de longues périodes de temps, et beaucoup de gens éprouvent une rechute. Ki Goosens, professeur adjoint du MIT Department of Brain and Cognitive Sciences, répond a ceci dans une étude, publiée dans le journal eLife, des réseaux dans le cerveau qui contrôlent la peur. L’étude pourrait conduire à établir des thérapies qui peuvent aider les personnes aux prises avec la peur, l’anxiété, et même les troubles de stress post-traumatique (TSPT).

Le travail de Goosens identifie la connexion entre la partie du cerveau impliquée dans la mémoire de la peur et une autre région impliquée dans les événements positifs enrichissants. Ce réseau a été appelé le circuit BLA-NAc (basolateral amygdala (amygdale baso-latérale) (BLA)-ventral striatum (le centre de la motivation) (NAc)). La principale question soulevée par l’étude a été de découvrir que si la thérapie de l’extinction a été enrichissante, aurait-elle un effet plus durable ?

Les chercheurs ont formé la crainte sur des rats avec une sonorité particulière. La thérapie d’extinction a été ensuite testée en jouant sur le bruit en l’absence de choc. Les rats ont renoncé à leur peur du bruit. En surveillant l’activité cérébrale au cours du traitement, ils ont confirmé l’activité de la région BLA-NAc. Les chercheurs ont voulu voir plus loin dans cette région et expérimentèrent les effets de donner des récompenses sucrées aux rats ainsi que le son lié à la peur. Des stimuli légers dans les traitements d’optogénétique ont également donné le même effet.

Les scientifiques ont découvert que les rats ayant reçu les stimuli positifs étaient beaucoup moins susceptibles de revenir spontanément à leur état de peur, par rapport à ceux ayant reçu une formation régulière d’extinction.

L’étude a été financée par U.S. Army Research Office, the Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA), and the National Institute of Mental Health.

Interfaces cerveau-ordinateur : des fonds militaires pour contrôler les sentiments
Une manipulation de neurones spécifiques aide à effacer les mauvais souvenirs et améliorer les bons
José Delgado et ses dispositifs de contrôle de l’esprit par la stimulation électrique du cerveau

MIT News, American Psychological Association, New Atlas


1 La thérapie par exposition est une approche efficace dans le traitement des troubles anxieux, bien qu’un nombre substantiel d’individus n’en obtiennent pas de bénéfices ou font l’expérience d’un retour de la peur après le traitement. La recherche suggère que les individus anxieux présentent des déficits dans les mécanismes qui seraient impliqués dans la thérapie par exposition tels que l’apprentissage par inhibition. Cibler ces processus pourrait contribuer à améliorer l’efficacité des procédures basées sur l’exposition. Bien que des preuves empiriques soutiennent un modèle de l’extinction basé sur l’apprentissage par inhibition, la manière d’implémenter ce modèle dans la pratique clinique a été peu élaborée. L’objectif principal … est de fournir aux cliniciens des exemples de la façon d’appliquer ce modèle afin d’optimiser la thérapie par exposition avec des clients anxieux, de manière distincte d’une approche « d’habituation de la peur » ou d’ « infirmation des croyances » dans une thérapie comportementale et cognitive classique. Les stratégies d’optimisation de l’exposition incluent 1) la violation des attentes, 2) l’extinction en profondeur, 3) l’extinction occasionnellement renforcée, 4) la suppression des signaux de sécurité, 5) la variabilité, 6) les indices de récupération, 7) les contextes multiples, et 8) l’étiquetage de l’affect. Des études de cas illustrent les méthodes d’application de ces techniques dans une variété de troubles anxieux incluant le trouble obsessionnel-compulsif, le syndrome de stress post-traumatique, la phobie sociale, la phobie spécifique et le trouble panique. Behaviour Research and Therapy, 58, 10-23. Traduction française Available online : Maximiser la thérapie par exposition : une approche basée sur l’apprentissage par inhibition.


Se souvenir de Ruth Hubbard

Posté par Marcy Darnovsky le 8 septembre 2016

Ruth Hubbard — éminente biologiste, érudite féministe, aux multiples facettes dans la défense de la justice sociale et critique de ce qu’elle appelle « le mythe du gène » — est décédée le 1er septembre à l’âge de 92 ans. Ses efforts d’intérêt scientifique et publique à suivre et à façonner la politique de la génétique humaine ont été une source d’inspiration importante pour beaucoup de travaux sur ces questions aujourd’hui, y compris ceux qui ont contribué à établir le Center for Genetics and Society.

En 1974, Ruth est devenue la première femme à recevoir une titularisation dans le département de biologie de l’Université d’Harvard. En 1983, elle a été membre fondateur du Council for Responsible Genetics. Elle a également siégé au Conseil d’administration du Conseil des peuples autochtones sur le biocolonialisme et le Massachusetts chapter of the American Civil Liberties Union.

Ses ouvrages incluent The Politics of Women’s Biology (1990), Exploding the Gene Myth: How Genetic Information is Produced and Manipulated by Scientists, Physicians, Employers, Insurance Companies, Educators, and Law Enforcers (with Elijah Wald, 1993), and Profitable Promises:  Essays on Women, Science, and Health (2002).

Ruth a pris une série de défis politiques et sociaux liés à la politique de la science, le déterminisme génétique, la race et le sexe. Parmi ces derniers était la modification de la lignée germinale humaine, dont elle s’est fortement opposée. En 1999, elle a cosigné « Human germline gene modification: a dissent » – Modification génique germinale humaine : une dissidence – avec Stuart Newman et Paul Billings dans The Lancet.

En 1993, elle a écrit Exploding the Gene Myth (Exploser le mythe du gène) : de toute évidence, les implications eugéniques de la modification de la lignée germinale humaine sont énormes. Cela nous amène dans un monde nouveau (Brave New World) dans lequel les scientifiques ou autres arbitres auto-proclamés de l’excellence humaine, seraient en mesure de décider quels sont les « mauvais » gènes et quand les remplacer par des « bons »… Nous devons prêter attention aux expériences qui seront proposées pour les manipulations génétiques de la lignée germinale et de s’opposer aux justifications, raisonnements qui seront présentés et mis en avant pour faire avancer leur mise en œuvre, n’importe où et toutes les fois qu’ils sont discutés.

La nécrologie du Boston Globe pour Ruth fournit des détails sur sa vie longue et influente et sa carrière, tout comme une nécrologie rédigée par sa famille qui peut être trouvé ici.

source

Les experts prédisent que la Chine mettra au point les premiers surhommes génétiquement améliorés

La Chine est amenée à être le chef de file mondial dans l’amélioration génétique, étant donné que de nombreux pays occidentaux jugent cette science comme contraire à l’éthique et trop dangereuse à mettre en œuvre.

Une note d’avertissement pour les amateurs de CRISPR

Comme l’état de la science apporte des perspectives comme celles-ci plus proche de la réalité, un débat international fait rage sur l’éthique pour l’amélioration des capacités humaines avec les biotechnologies comme les pilules intelligentes, les implants cérébraux et l’édition de gènes.

Cette discussion s’est intensifiée l’an dernier avec l’avènement de l’outil d’édition de gènes CRISPR-cas9, qui soulève le spectre de bricoler avec notre ADN pour améliorer les caractéristiques comme l’intelligence, athlétisme, et même le raisonnement moral.

Alors, sommes-nous au bord d’un monde nouveau de l’humanité génétiquement amélioré ? Peut-être.

Il est raisonnable de croire que n’importe quel changement radical vers l’amélioration génétique ne sera pas centré dans les pays occidentaux comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, où beaucoup de technologies modernes sont mises au point.

Au lieu de cela, l’amélioration génétique est plus susceptible d’émerger en Chine.

CRISPR peut modifier une espèce entière

De nombreuses enquêtes auprès des populations occidentales ont trouvé une opposition importante à de nombreuses formes d’amélioration humaine.

Par exemple, une récente étude Pew de 4 726 américains a constaté que la plupart ne voudraient pas utiliser un implant cérébral pour améliorer leur mémoire, et la majorité relative voient ces interventions comme moralement inacceptables.

Un examen plus large des sondages d’opinion ont trouvé une opposition importante dans des pays comme l’Allemagne, les États-Unis et le Royaume-Uni à sélectionner les meilleurs embryons pour l’implantation basée sur des traits non-médicaux comme l’apparence ou l’intelligence.

Il y a encore moins d’appui pour la modification directe des gènes afin d’améliorer les caractéristiques dans ce que l’on appelle les bébés sur-mesure ou à la carte.

L’opposition sur la mise en valeur, notamment l’amélioration génétique, dispose de plusieurs sources.

Le sondage Pew susmentionné a constaté que la sécurité est une préoccupation importante – en ligne avec des experts qui disent que bricoler avec le génome humain comporte des risques importants.

Pourquoi la Chine pourrait être à la tête de l’amélioration génétique ?

En Chine, l’amélioration génétique peut être liée à approuver plus généralement les attitudes à l’égard des programmes eugéniques anciens tels que l’avortement sélectif des foetus atteints de troubles génétiques graves, bien que plus de recherches sont nécessaires pour expliquer la différence.

Toutefois, les pays occidentaux croient que ce type de science est contraire à l’éthique et trop dangereux de poursuivre.

Les responsables américains ont déclaré que le financement fédéral de la recherche sur l’édition génétique germinale est interdit.

Alors que le financement gouvernemental de la Chine les a amené à être les premiers à modifier les gènes des embryons humains à l’aide de l’outil CRISPR-cas9 en 2015.

Les scientifiques chinois modifient encore des embryons humains

Les démocraties occidentales sont, par leur conception, sensible à l’opinion populaire.

Les politiciens élus seront moins enclins à financer des projets controversés et plus susceptibles de les restreindre.

En revanche, les pays comme la Chine qui ne disposent pas de systèmes démocratiques directs sont ainsi moins sensibles à l’opinion et les fonctionnaires peuvent jouer un rôle démesuré dans le façonnement de l’opinion publique pour l’aligner sur les priorités du gouvernement.

DailyMail

Positions transhumanistes sur la modification du patrimoine génétique humain

Au début de ce mois de mars, un article du  journal The independant rapportait qu’une équipe dirigée par George Church, généticien à Harvard, avait pour la première fois entamé des recherches en thérapie génique portant sur des cellules ovariennes, des gamètes, de la lignée germinale donc, celles qui génération après génération sont porteuses de notre patrimoine héréditaire.

Bien que les objectifs déclarés de l’équipe aient clairement relevé de la recherche fondamentale, les potentiels de la méthode CRISPR utilisée – l’éventualité de “bébés à la carte” – ont provoqué, surtout outre Atlantique, des réactions d’une partie de la communauté scientifique mais aussi des milieux les plus conservateurs, allant de la demande de moratoire jusqu’à celle d’une interdiction complète de telles recherches.

De leur côté, les transhumanistes invitent à aborder ces questions en se détachant de toute considération moralisante voire religieuse. Ce qui doit être préservé, c’est la sécurité sanitaire à long terme des pratiques envisagées et la liberté de la recherche scientifique.

En réponse aux appels prohibitionnistes, l’IEET, par un texte de James Hughes, a rappelé la position d’ouverture de la WTA/Humanity+ : “Transhumanist Position on Human Germline Genetic Modification”.

Sans s’aligner forcément sur toutes ces positions, l’AFT-Technoprog a souhaité mettre à disposition une traduction en français de ces textes afin de faciliter leur compréhension et le débat.


Récemment, un groupe de scientifiques et un groupe industriel ont publié une déclaration appelant à un moratoire sur la modification du patrimoine génétique humain ou de sa lignée germinale (voire iciici, et ), maintenant que nous avons la puissance technique CRISPR pour y parvenir. Ces déclarations ont été vivement saluées par les bioconservateurs, qui souhaitent une interdiction mondiale des thérapies d’amélioration du patrimoine génétique humain. Bien sûr, les transhumanistes réfléchissent à ce sujet depuis longtemps, et la World Transhumanist Association (rebaptisée depuis “Humanity+”) a adopté une position formelle sur la modification du patrimoine génétique humain il y a dix ans.

La déclaration de la WTA/H+ considère les thérapies géniques comme souhaitables et inévitables, tout en sollicitant des fonds publics de recherche et un processus de régulation pour garantir leur sûreté. Alors que le groupe ayant publié une déclaration dans le journal Science a plaidé pour un moratoire sur l’application de ces technologies en attendant qu’elles soient sûres, le groupe industriel Alliance for Regenerative Medicine est allé plus loin en demandant une interdiction de toute recherche visant à démontrer que ces techniques sont sûres. Comme le suggère la déclaration ci-dessous, la position transhumaniste (et technoprogressiste) est que toute tentative d’interdire la recherche menant à de telles thérapies, ou l’usage de ces thérapies une fois leur sûreté et leur efficacité démontrée, serait une violation des droits à la liberté procréative et à l’autonomie corporelle.

(James Hughes, 20 mars 2015)

WTA/Humanity+

Position sur la Modification du Patrimoine Génétique Humain

Adoptée à l’unanimité par l’équipe dirigeante de la WTA, le 24 Décembre 2004*

Il y a un besoin urgent de nouvelles mesures politiques pour réguler la recherche sur les thérapies géniques héréditaires et leur application. Les thérapies géniques héréditaires vont amener la société à de nouvelles formes de diversité et de changement, et nécessitent une nouvelle réflexion sur la régulation des risques et les droits de l’homme. Cela afin d’éviter, d’une part, la prolifération de thérapies dangereuses et non-testées, et d’autre part, des interdictions abusives limitant les droits reproductifs.

En raison de la sombre histoire de l’eugénisme totalitaire du siècle passé, les états doivent fournir un nombre conséquent de preuves avant de légiférer sur l’autonomie corporelle et les droits reproductifs des parents. La principale base de telles interférences est l’obligation sociale de garantir que le risque de ces nouvelles technologies reste raisonnable, et est suffisamment bien connu pour que les parents puissent faire des choix éclairés.

Il est dans l’obligation de chaque parent, ainsi que de la société dans son ensemble, de garantir que la génération suivante sera en bonne santé, en pleine possession de ses moyens, et pourvue d’une bonne espérance de vie. Si l’on est engagé en faveur de la liberté procréative, la meilleure façon de garantir que les enfants tireront un bénéfice des thérapies géniques est de fournir aux parents toutes les informations nécessaires sur leurs risques et sur leurs avantages, et de garantir un accès équitable à ces technologies, afin qu’elles puissent donner aux enfants le meilleur départ possible dans la vie.

Les lois existantes, les procédures de contrôle et les instances qui garantissent la sûreté et l’efficacité des médicaments doivent être développées, lorsque cela deviendra nécessaire, pour prendre en compte les thérapies géniques héréditaires. Aux États-Unis, nous défendons la position de la Food and Drug Administration selon laquelle ils sont habilités à réguler la sûreté des thérapies géniques et des nouvelles technologies reproductives telles que le clonage. Une instance supplémentaire n’est pas nécessaire.

Nous n’avons pas davantage besoin d’une loi pour déterminer quelles thérapies géniques sont acceptables ou non, en se basant sur la distinction entre “thérapie” et “augmentation”, ou sur des spéculations quant aux impacts sociaux à long terme. La seule base acceptable pour la régulation des thérapies géniques est le classique rapport risque/bénéfice pour les sujets et leurs enfants.

Nous pensons que le Conseil européen doit amender sa “convention pour la protection des droits et de la dignité de l’homme” pour reconnaître la légitimité des thérapies géniques et de l’augmentation dans le cadre des droits reproductifs individuels. Nous pensons également que des traités internationaux pour interdire la modification des gènes héréditaires et l’amélioration génétique violeraient les droits de l’homme, priveraient des gens de leurs bénéfices, et rendraient leur sûreté impossible à réguler.

Les standards de sûreté pour les thérapies géniques héréditaires ne devraient pas être plus élevés que ceux de la reproduction classique. Les effets sur plusieurs générations pourraient faire l’objet de tests animaliers, mais les essais humains ne devraient pas avoir à démontrer de faible risque de tératogenèse au-delà de la première génération.

Les modifications génétiques que les adultes font sur leur propre matériel génétique, aussi bien somatique que germinal, devraient être approuvés sur la base de leur sûreté pour le sujet adulte, avec la connaissance de risque appropriée quant à la tératogenèse si ce matériel génétique est passé aux enfants. Il ne devrait pas y avoir de pénalités pour les adultes qui modifient leurs cellules reproductives en toute connaissance de cause, ou pour les instances médicales les ayant correctement informé des risques/bénéfices, même si cet usage n’est pas approuvé comme thérapie pour la modification du sperme, des ovaires et des embryons ex vivo.

Il devrait y avoir des financements publics de recherche sur les thérapies géniques héréditaires, tant sur les humains que sur les animaux. Aux États-Unis, les National Institutes of Health devraient annuler leur interdiction sur les financements de recherche en thérapies géniques héréditaires. Les règles de financement ne devraient pas distinguer les thérapies somatiques et héréditaires, ou la “thérapie” et l’”augmentation”, mais devraient être basées sur la faisabilité, la sûreté et les bénéfices potentiels. Il devrait y avoir un financement national pour les études prospectives de long terme sur la sûreté et l’impact sur la santé des thérapies géniques héréditaires. Mais il ne devrait pas y avoir d’enregistrement obligatoire des sujets de ces thérapies.

Finalement, considérant le potentiel des thérapies géniques à exacerber les inégalités, nous pensons que des thérapies géniques sûres et bénéfiques devraient être rendues aussi universellement accessibles que possible. La priorité devrait être de rendre universellement accessible les thérapies géniques intrinsèquement bénéfiques [1, 2] – notamment pour la santé, la longévité et l’intelligence – par opposition aux choix germinaux et aux thérapies géniques qui n’ont pas de bénéfices intrinsèques, comme la hauteur ou le genre.

Quelle est la différence entre le génie génétique et l’eugénisme ?

1 Bostrom, Nick. 2003. “Human Genetic Enhancements: A Transhumanist Perspective,” Journal of Value Inquiry, Vol. 37, No. 4, pp. 493-506.
http://www.nickbostrom.com/ethics/genetic.pdf

2 Bostrom, Nick. 2003. “A Transhumanist Perspective on Human Genetic Enhancements.”
http://www.nickbostrom.com/ethics/genetic.html

* On the WTA website it says 2005, but it was actually 2004.