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H+ Vers une civilisation 0.0

H+ transhumanismeDes moyens techniques et financiers sans précédent semblent mettre le vieux rêve de l’homme-machine à portée de main : sur quels fondements idéologiques le projet transhumaniste s’appuie-t-il ? Quelle vision de l’homme porte-t-il ? Alors que les idées du transhumanisme affectent déjà nos vies, “H+” en retrace, à travers l’histoire des idées, les enjeux (politiques, philosophiques ou même économiques) et la généalogie.

Dans ce texte fulgurant, Friederich rétablit les origines de la doctrine transhumaniste au sein de l’histoire des idées, afin de désamorcer la “coupure historique” que celle-ci tente d’initier. Ce faisant, il dénonce cette idéologie nouvelle qui tente d’améliorer grâce aux sciences la condition humaine mais ne fait que relever à ses yeux d’une profonde inhumanité. Il débusque notamment les procédés invisibles auxquels les “technoprophètes”, comme il les qualifie, ont recours pour parvenir à leur fin. Sa critique se double par conséquent d’une dénonciation du capitalisme, dont le transhumanisme est entièrement tributaire. En s’attachant au corps seul, en niant l’esprit, le transhumanisme apparaît comme une dégénérescence du projet philosophique d’émancipation de l’homme.

Arrivée au terme du processus de rationalité critique, voici l’homme en quête d’un modèle neuf comme l’étaient les âmes des morts dans le monde grec. Mais alors les dieux veillaient. Aujourd’hui, l’individu n’est qu’un point nodal sur un réseau. Un réseau aux prises avec une accélération générale. Accélération du rythme de vie, du transfert de l’information, des relations sociales, du régime du travail et des découvertes, de la technique et du marché des idées – ce que Zygmunt Bauman appelle la ‘liquidité’. C’est précisément sur ce marché des idées que les post-humanistes et les post-libéraux cherchent à vendre leur projet d’un homme-machine.”

H+ est le sigle d’identification des Transhumanistes, dont les représentants reprennent à leur compte le rêve ancien de l’homme-machine. À la différence qu’ils disposent cette fois de moyens techniques pour tenter de le réaliser. Ainsi, avons-nous en ce début du XXIe siècle à nous défendre contre une mouvance qui espère remplacer le vivant par une unité fonctionnelle et, sur la foi qu’elle rencontre dans les milieux du pouvoir, bénéficie de soutiens et de moyens financiers considérables. Ce projet aux effets bien réels sur nos vies, à défaut de doter la machine d’un esprit, entend réduire l’homme à la machine.

L’avènement d’un homme artificiel permettrait en effet de contraindre le vivant à se soumettre à un dispositif socio-technique fondé sur la rentabilité. Il permettrait en outre aux puissants, ceux qui conçoivent le dispositif, de dépasser la seule limite que rencontre l’extension infinie du capital et de leur pouvoir : leur propre mort.

Alexandre Friederich ne décrit pas seulement leurs buts, qui sont désormais connus, mais en retrace la généalogie au sein de l’histoire des idées et de celle du capitalisme. Il démontre ainsi comment ils constituent une propagande visant à créer sans attendre un humain simplifié. Avec un espoir : éviter une civilisation 0.0.

Extrait de “H+”

Alexandre Friederich est un Auteur, dramaturge né en 1965 à Lausanne. Fils de diplomate, il passe de nombreuses années à l’étranger (Finlande, Espagne, États-Unis, Mexique, Vietnam…) avant d’entreprendre des études de philosophie à l’université de Genève.

L’Avenir de la société industrielle – Manifeste de 1971

Les États-Unis l’appelaient « Unabomber ». De 1978 à 1996, il a défié le FBI et la CIA qui mirent sa tête à prix pour un million de dollars. Pendant dix-huit ans, Kaczynski a envoyé par la poste des colis piégés à des professeurs d’université, des vendeurs d’ordinateurs, des patrons de compagnies aériennes… Bilan : 3 morts et 23 blessés. En 1995, il obtient sous la menace la publication dans le Washington Post et dans le New York Times d’un manifeste intitulé L’Avenir de la société industrielle. En 1996, il est finalement arrêté grâce à son frère qui reconnaît dans le Manifeste de 1971 l’esquisse de ce texte. Influencé par les travaux de Jacques Ellul, Theodore Kaczynski voit dans la technologie « une force sociale plus puissante que le désir de liberté » et, diagnostiquant « l’impossibilité de réformer le complexe industrialo-technologique », appelle à sa destruction pure et simple. La folie, la radicalité de ses propos et de ses actes ne disqualifient pas pour autant l’évidence révolutionnairement incorrecte des deux textes contenus dans ce volume : Le Manifeste de 1971, inédit en français, et L’Avenir de la société industrielle. Ils sont préfacés et annotés par Jean-Marie Apostolidès, qui fut le premier en France à faire connaître les écrits de Theodore Kaczynski.

Préface – Extrait

Le manifeste L’Avenir de la société industrielle est aujourd’hui considéré comme un texte important. Cela ne signifie pas, de la part de ceux qui le discutent, l’approbation de toutes les idées qu’il contient, et moins encore des méthodes utilisées par Kaczynski pour appuyer ses thèses. Mais l’auteur s’attaque à ce qui paraît aujourd’hui le cœur de notre transformation, la technologie, entendue dans le sens que lui donnait Ellul, à savoir la rationalisation de toutes les activités humaines. « Ce grand travail de rationalisation, d’unification, de clarification se poursuit partout, écrivait de façon prophétique Jacques Ellul en 1954, aussi bien dans l’établissement des règles budgétaires et l’organisation fiscale, que dans les poids et mesures ou le tracé des routes. C’est cela, l’œuvre technique. Sous cet angle, on pourrait dire que la technique est la traduction du souci des hommes de maîtriser les choses par la raison. Rendre comptable ce qui est subconscient, quantitatif ce qui est qualitatif, souligner d’un gros trait noir les contours de la lumière projetée dans le tumulte de la nature, porter la main sur ce chaos et y mettre de l’ordre.

Extrait : La technique | Bernard Charbonneau & Jacques Ellul

Il faut également lire le texte de Kaczynski comme un symptôme des mutations en cours. Depuis un demi-siècle environ, l’invasion des techniques les plus diverses et les plus sophistiquées a entraîné une mutation complète de notre environnement et de nos connaissances. Nous sommes entrés, selon l’expression d’Ollivier Dyens, dans la « condition inhumaine ». Par ces mots, il faut entendre que nous avons quitté la longue période pendant laquelle les hommes se sont appuyés sur les évidences biologiques pour construire leur vision du monde. La réalité biologique, écrit Dyens, « trouve son origine à la fois dans notre perception biologique du monde (nos sens) et dans l’impossibilité de “voir” (par nos sens) au-delà de cette perception ». L’homme moderne regarde le monde, même s’il n’en comprend qu’une partie, celle qu’il perçoit par ses sens. C’est sur eux qu’il base sa connaissance, qu’il construit une narration, qu’il donne un sens à l’univers (moral, scientifique) qu’il croit véritable, permanent, parce que fondé sur une perception spatio-temporelle solide. La post-modernité contemporaine a changé tout cela.

L’invention d’outils techniques complexes (l’ordinateur, le microscope électronique, le télescope électronique) a non seulement permis de découvrir un univers microscopique et macroscopique qui était auparavant fermé à l’homme, mais elle a surtout totalement transformé son rapport au monde et à la connaissance. En conséquence, elle a également changé sa conception du monde, encore que de façon indirecte. Nous sommes désormais entrés dans la réalité technologique, nos outils ne pouvant plus être conçus comme une addition à la réalité biologique mais comme une partie intégrante de celle-ci. « Parce que nous regardons de nouvelles dimensions du spectre du vivant et plongeons dans différentes couches de réalité, écrit encore Dyens, nous nous apercevons que les frontières sont subjectives, abstraites, qu’elles s’effacent et réapparaissent continuellement. En fait, nous nous apercevons que les frontières n’existent pas, qu’elles sont comme la ligne droite : pure invention de l’humain. Par la réalité technologique, nous comprenons que non seulement la définition de l’humain est appelée à changer, mais qu’elle sera toujours appelée à changer, qu’elle ne restera plus jamais stable. Plus la réalité technologique nous permet de creuser les dimensions du réel, de découvrir d’autres sources d’entropie et de convergences, et plus est modifiée la nature de l’humain. Là est une des plus profondes transformations auxquelles nous faisons face. »

Nous autres, d’Eugène Zamiatine ou la pensée critique d’un humanisme technique

Parce qu’il s’est tenu, dès ses années de collège à Harvard (1958-1962), au courant des développements contemporains de la technologie, parce qu’il en a perçu assez tôt les conséquences négatives, d’abord sous l’influence des travaux de Jacques Ellul, puis en multipliant les lectures sur ce sujet, Theodore Kaczynski a été, plus qu’un autre, pris de peur devant le gouffre que les techniques creusaient sous nos pieds. En raison de sa sensibilité particulière, il s’en est fortement inquiété. Dans sa vision prophétique, il a immédiatement compris la place que tenait la technologie dans la métamorphose en cours, tandis que ceux de sa génération, encore marqués par le modèle marxiste de compréhension du monde, s’attardaient à des revendications économiques datant d’un autre siècle. Alors, rempli d’effroi, il a souhaité rebrousser chemin et revenir à ce qu’il percevait comme l’origine, afin que l’Histoire puisse prendre un autre cours. Kaczynski s’est voulu en effet l’ultime incarnation de l’individualisme occidental. Il a souhaité, en toute conscience, représenter l’individu «autonome et rationnel », tel que les XVIII e et XIX e siècles l’avaient défini, et faire retour à la Nature…

Technoscepticisme ou comment la pensée de Jacques Ellul continue-t-elle d’être pertinente aujourd’hui ?

Extrait

Manifeste de 1971 – l’Avenir de la société industrielle extrait

Biographie de l’auteur

Theodore Kaczynski, né en 1942 dans la banlieue de Chicago, poursuit de brillantes études à Harvard, avant d’être nommé professeur assistant à Berkeley en 1968. Il en démissionne un an plus tard, achète un terrain dans le Montana, où il vit en reclus. De 1978 à 1995, il commet seize attentats à la bombe. Activement recherché par le FBI, il est finalement arrêté en 1996. En 2009, ses effets personnels ont été mis en vente sur Internet.

Bernanos et la technique

Bernanos et la technique

Georges Bernanos, La France contre les robots (1947) extrait du chapitre VII

Un demi-siècle après sa parution, ce pamphlet reste d’une incroyable actualité. Cette apologie de la Liberté est un défi jeté aux idolâtries du profit et de la force. Georges Bernanos, dans une violente critique de la société industrielle, s’adresse à la « France Immortelle » face à la « France périssable », celle des combinaisons politiques et des partis. L’auteur y estime que le progrès technique forcené limite la liberté humaine.

Bernanos conteste l’idée selon laquelle la libre entreprise conduirait automatiquement au bonheur de l’humanité. En effet, selon lui, « il y aura toujours plus à gagner à satisfaire les vices de l’homme que ses besoins ». Il explique ainsi qu’« un jour, on plongera dans la ruine du jour au lendemain des familles entières parce qu’à des milliers de kilomètres pourra être produite la même chose pour deux centimes de moins à la tonne » ; une étonnante préfiguration de ce que seront les délocalisations quarante ans plus tard !

Bernanos prédit également une révolte des élans généreux de la jeunesse contre une société trop matérialiste où ceux-ci ne peuvent s’exprimer, et cela plus de vingt ans avant la contestation de la société de consommation, qui sera l’un des aspects de Mai 1968.

Ici, on sent en permanence le courage, la loyauté, la rectitude du jugement qui ont permis à Bernanos de se tenir toujours au niveau de l’histoire de son temps et de faire toujours les bons choix : contre le clergé assassin de la guerre d’Espagne, contre les dictatures, contre la collaboration, pour la résistance, pour la rectitude du cœur et du jugement.

Cette polémique engagée contre la « société des machines » est un cri, un appel très moderne et même futuriste à la construction d’une société où il serait possible de mener une vie digne de l’être humain.

Extrait du chapitre VII :

Quand la société impose à l’homme des sacrifices supérieurs aux services qu’elle lui rend, on a le droit de dire qu’elle cesse d’être humaine, qu’elle n’est plus faite pour l’homme, mais contre l’homme. Dans ces conditions, s’il arrive qu’elle se maintienne, ce ne peut être qu’aux dépens des citoyens ou de leur liberté ! Imbéciles, ne voyez-vous pas que la civilisation des machines exige en effet de vous une discipline chaque jour plus stricte ? Elle l’exige au nom du Progrès, c’est-à-dire au nom d’une conception nouvelle de la vie, imposée aux esprits par son énorme machinerie de propagande et de publicité. Imbéciles ! comprenez donc que la civilisation des machines est elle-même une machine, dont tous les mouvements doivent être de plus en plus parfaitement synchronisés ! Une récolte exceptionnelle de café au Brésil influe aussitôt sur le cours d’une autre marchandise en Chine ou en Australie ; le temps n’est certainement pas loin où la plus légère augmentation de salaires au Japon déchaînera des grèves à Detroit ou à Chicago, et finalement mettra une fois encore le feu au monde.

Imbéciles ! avez-vous jamais imaginé que dans une société où les dépendances naturelles ont pris le caractère rigoureux, implacable, des rapports mathématiques, vous pourrez aller et venir, acheter ou vendre, travailler ou ne pas travailler, avec la même tranquille bonhomie que vos ancêtres ? Politique d’abord ! disait Maurras. La Civilisation des Machines a aussi sa devise : « Technique d’abord ! technique partout ! » Imbéciles ! vous vous dites que la technique ne contrôlera, au pis aller, que votre activité matérielle, et comme vous attendez pour demain la « Semaine de Cinq Heures » et la Foire aux attractions ouverte jour et nuit, cette hypothèse n’a pas de quoi troubler beaucoup votre quiétude.

Prenez garde, imbéciles ! Parmi toutes les Techniques, il y a une technique de la discipline, et elle ne saurait se satisfaire de l’ancienne obéissance obtenue vaille que vaille par des procédés empiriques, et dont on aurait dû dire qu’elle était moins la discipline qu’une indiscipline modérée. La Technique prétendra tôt ou tard former des collaborateurs acquis corps et âme à son Principe, c’est-à-dire qui accepteront sans discussion inutile sa conception de l’ordre, de la vie, ses Raisons de Vivre. Dans un monde tout entier voué à l’Efficience, au Rendement, n’importe-t-il pas que chaque citoyen, dès sa naissance, soit consacré aux mêmes dieux ? La Technique ne peut être discutée, les solutions qu’elle impose étant par définition les plus pratiques. Une solution pratique n’est pas esthétique ou morale. Imbéciles ! La Technique ne se reconnaît-elle pas déjà le droit, par exemple, d’orienter les jeunes enfants vers telle ou telle profession ? N’attendez pas qu’elle se contente toujours de les orienter, elle les désignera. Ainsi, à l’idée morale, et même surnaturelle, de la vocation s’oppose peu à peu celle d’une simple disposition physique et mentale, facilement contrôlable par les Techniciens.

Croyez-vous, imbéciles, qu’un tel système, et si rigoureux, puisse subsister par le simple consentement ? Pour l’accepter comme il veut qu’on l’accepte, il faut y croire, il faut y conformer entièrement non seulement ses actes, mais sa conscience. Le système n’admet pas de mécontents. Le rendement d’un mécontent – les statistiques le prouvent – est inférieur de 30 % au rendement normal, et de 50 ou 60 % au rendement d’un citoyen qui ne se contente pas de trouver sa situation supportable – en attendant le Paradis – mais qui la tient pour la meilleure possible. Dès lors, le premier venu comprend très bien quelle sorte de collaborateur le technicien est tenu logiquement de former.

Il n’y a rien de plus mélancolique que d’entendre les imbéciles donner encore au mot de Démocratie son ancien sens. Imbéciles ! Comment diable pouvez-vous espérer que la Technique tolère un régime où le technicien serait désigné par le moyen du vote, c’est-à-dire non pas selon son expérience technique garantie par des diplômes, mais selon le degré de sympathie qu’il est capable d’inspirer à l’électeur ? La Société moderne est désormais un ensemble de problèmes techniques à résoudre. Quelle place le politicien roublard, comme d’ailleurs l’électeur idéaliste, peuvent-ils avoir là-dedans ? Imbéciles ! Pensez-vous que la marche de tous ces rouages économiques, étroitement dépendants les uns des autres et tournant à la vitesse de l’éclair va dépendre demain du bon plaisir des braves gens rassemblés dans les comices pour acclamer tel ou tel programme électoral ? Imaginez-vous que la Technique d’orientation professionnelle, après avoir désigné pour quelque emploi subalterne un citoyen jugé particulièrement mal doué, supportera que le vote de ce malheureux décide, en dernier ressort, de l’adoption ou du rejet d’une mesure proposée par la Technique elle-même ? Imbéciles ! chaque progrès de la Technique vous éloigne un peu plus de la démocratie rêvée jadis par les ouvriers idéalistes du Faubourg Saint-Antoine.

Il ne faut vraiment pas comprendre grand-chose aux faits politiques de ces dernières années pour refuser encore d’admettre que le Monde moderne a déjà résolu, au seul avantage de la Technique, le problème de la Démocratie. Les États totalitaires, enfants terribles et trop précoces de la Civilisation des Machines, ont tenté de résoudre ce problème brutalement, d’un seul coup. Les autres nations brûlaient de les imiter, mais leur évolution vers la dictature s’est trouvée un peu ralentie du fait que, contraintes après Munich d’entrer en guerre contre le hitlérisme et le fascisme, elles ont dû, bon gré mal gré, faire de l’idée démocratique le principal, ou plus exactement l’unique élément de leur propagande. Pour qui sait voir, il n’en est pas moins évident que le Réalisme des démocraties ne se définit nullement lui-même par des déclarations retentissantes et vaines comme, par exemple, celle de la Charte de l’Atlantique, déjà tombée dans l’oubli.

Depuis la guerre de 1914, c’est-à-dire depuis leurs premières expériences, avec Lloyd George et Clemenceau, des facilités de la dictature, les Grandes Démocraties ont visiblement perdu toute confiance dans l’efficacité des anciennes méthodes démocratiques de travail et de gouvernement. On peut être sûr que c’est parmi leurs anciens adversaires, dont elles apprécient l’esprit de discipline, qu’elles recruteront bientôt leurs principaux collaborateurs ; elles n’ont que faire des idéalistes, car l’État Technique n’aura demain qu’un seul ennemi : « l’homme qui ne fait pas comme tout le monde » – ou encore : « l’homme qui a du temps à perdre » – ou plus simplement si vous voulez : « l’homme qui croit à autre chose qu’à la Technique ».

Version imprimable de Bernanos et la technique

⇒Auteurs liés : Extrait : La technique | Bernard Charbonneau & Jacques Ellul

Extrait : La technique | Bernard Charbonneau & Jacques Ellul

C’est en 1954 que Jacques Ellul fait paraître La Technique, ou l’enjeu du siècle, premier essai d’une trilogie consacrée à la technique qu’accompagneront Le Système technicien (1977) et Le Bluff technologique (1987). Quatre propositions y sont exposées : Tout progrès technique se paie. Le progrès technique soulève plus de problèmes qu’il n’en résout. Les effets néfastes du progrès technique sont inséparables de ses effets favorables. Tout progrès technique comporte un grand nombre d’effets imprévisibles. Qui plus est, la technique est potentiellement totalitaire, elle épuise les ressources naturelles et rend l’avenir impensable. Toutes les anciennes civilisations s’uniformisent sur le mode technicien : la vraie mondialisation, c’est la techniquelire la suite

L’homme superflu – Théorie politique de la crise en cours

Présentation de l’éditeur

Le monde capitaliste est engagé désormais dans ce qui risque d’être la plus importante et la plus longue de ses crises. Non pas que sa dimension économique soit inattendue ou plus violente que les précédentes, mais bien parce que celle-ci touche désormais au fondement même de la vie humaine, de la vie en société et du système capitaliste.

C’est à partir de ce postulat que Patrick Vassort revisite, dans cet ouvrage, les théories althussériennes sur les appareils idéologiques d’Etat pour montrer leur obsolescence et leur transmutation en ce qu’il nomme “Appareils stratégiques capitalistes”.

Ainsi les appareils classiquement désignés comme idéologiques (école, famille, religion, syndicats, etc.) ont subi des transformations sociales et politiques, la vitesse et l’accélération devenant les outils centraux de la formation des individus dans toutes les formes de compétitions mondialisées.

Ces appareils idéologiques, devenus des appareils stratégiques de “mise en conformité” des populations mondiales, font disparaître la complexité, l’altérité et écrasent les différentiations culturelles et historiques. Ils mettent entre parenthèses l’humanité de l’homme dans toute sa diversité universelle faisant de celui-ci l’appendice du développement accéléré des techno-sciences au service de la productivité capitalistique.

C’est au travers de la structuration de ces appareils que le monde capitaliste touche à sa contradiction ultime qui le mène à la crise inévitable tout en mettant, enfin, en lumière la catégorie centrale essentielle à son développement, au développement de la valeur, du travail en tant qu’exploitation, de la marchandise et du spectacle, de l’écrasement définitif de son environnement : la superfluité de l’homme, de toutes ses productions, de son environnement et de la vie.

Résumé

Loin de la « fin de l’histoire » annoncée par certains, la modernité assaillit désormais de toute part « l’humanité de l’homme ». Le règne de la compétition généralisée soumet l’expérience vécue des individus et des groupes humains de la planète à des bouleversements perpétuels. L’idéologie capitaliste façonne les consciences et prédispose les masses – salariés et consommateurs – à subvenir aux besoins de la machine productiviste.

Le capital est plus puissamment armé que jamais pour exercer une domination diffuse, mais totale (économique, culturelle, politique, sociale, psychologique…), sur les institutions, la nature et l’homme. Une telle domination ne peut tenir qu’à condition de passer pour « naturelle ». Partant d’une critique des travaux de Louis Althusser, l’auteur décrit l’émergence et le rôle de ces « appareils stratégiques capitalistes » mondialisés que sont le sport, l’éducation, les médias, l’industrie culturelle ou encore l’armée, dans la subordination des populations.

Ce faisant, il met en lumière les catégories centrales du « projet » qui requiert désormais notre adhésion : l’élimination de la complexité et de l’altérité par l’accélération de la marchandisation et du divertissement, la production d’une masse atomisée d’individus privés de toute puissance d’agir, l’organisation des rapports de production autour de la notion de superfluité. Derrière ce projet capitaliste resurgit ainsi, sous un nouveau jour, l’un des traits majeurs des expériences totalitaires du XXe siècle, selon Hannah Arendt : la superfluité de l’homme lui-même comme principe ordonnateur du monde.

Patrick Vassort est maître de conférences HDR de l’Université de Caen.

Gérard Creux, « Patrick Vassort, L’homme superflu. Théorie politique de la crise en cours », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2013, mis en ligne le 15 janvier 2013, consulté le 15 décembre 2018. URL : http://journals.openedition.org/lectures/10370

La pensée n’est pas dans le cerveau !

Dans l’expression « intelligence artificielle », le mot « intelligence » n’est qu’une métaphore. Car, si sa capacité calculatoire dépasse celle de l’homme, l’intelligence artificielle est incapable de donner une signification à ses propres calculs. Pour le philosophe et psychanalyste argentin Miguel Benasayag, réduire toute la complexité du vivant à un code informatique est illusoire, tout comme l’idée qu’une machine peut se substituer à l’homme est absurde.

Miguel Benasayag répond aux questions de Régis Meyran

Qu’est-ce qui distingue l’intelligence humaine de l’artificielle ?

L’intelligence vivante n’est pas une machine à calculer. C’est un processus qui articule l’affectivité, la corporéité, l’erreur. Elle suppose la présence du désir et d’une conscience chez l’être humain de sa propre histoire sur le long terme. L’intelligence humaine n’est pas pensable en dehors de tous les autres processus cérébraux et corporels.

Contrairement à l’homme, ou à l’animal, qui pense à l’aide d’un cerveau situé dans un corps, lui-même inscrit dans un environnement, la machine produit des calculs et des prédictions sans être capable de leur donner une signification. La question de savoir si une machine peut se substituer à l’homme, est en réalité absurde. C’est le vivant qui crée du sens, pas le calcul. Nombre de chercheurs en IA sont convaincus que la différence entre intelligence vivante et intelligence artificielle est quantitative, alors qu’elle est qualitative.

Deux ordinateurs du programme Google Brain seraient parvenus à communiquer entre eux dans une « langue » qu’ils auraient eux-mêmes créée et qui serait indéchiffrable pour l’homme… Qu’en pensez-vous ?

Cela n’a tout simplement aucun sens. En réalité, à chaque fois qu’on lance ces deux machines, elles répètent systématiquement la même séquence d’échange d’informations. Et cela n’a rien d’une langue, cela ne communique pas. C’est une mauvaise métaphore, comme celle consistant à dire que la serrure « reconnaît » la clé.

Dans le même ordre d’idées, certaines personnes disent qu’elles sont « amies » avec un robot. Il existe même des applications pour smartphone qui sont supposées vous permettre de « dialoguer » avec un robot. Voyez le film Her, de Spike Jonze (2013) : après une série de questions posées à un homme, qui permettent de cartographier son cerveau, une machine fabrique une voix et des réponses qui déclenchent un sentiment amoureux chez cet homme.

Mais peut-on avoir une relation amoureuse avec un robot ? Non, car l’amour et l’amitié ne se réduisent pas à un ensemble de transmissions neuronales dans le cerveau.

L’amour et l’amitié existent au-delà de l’individu, au-delà même de l’interaction entre deux personnes. Quand je parle, je participe à quelque chose que nous avons en commun, la langue. Il en va de même pour l’amour, l’amitié et la pensée : ce sont des processus symboliques auxquels les humains participent. Personne ne pense en soi. Un cerveau donne son énergie pour participer à la pensée.

À ceux qui croient que la machine peut penser, nous devons répondre : ce serait étonnant qu’une machine pense, puisque même le cerveau ne pense pas !

Selon vous, le fait de réduire le vivant à un code constitue le défaut principal de l’intelligence artificielle.

En effet, certains spécialistes de l’intelligence artificielle sont tellement éblouis par leurs prouesses techniques, un peu comme des petits garçons fascinés par leur jeu de construction, qu’ils perdent la vue d’ensemble. Ils tombent dans le piège du réductionnisme.

Le mathématicien américain et père de la cybernétique Norbert Wiener écrivait en 1950, dans The Human Use of Human Beings (Cybernétique et société), qu’on pourra un jour « télégraphier un homme ». Quatre décennies plus tard, l’idée transhumaniste du mind uploading est élaborée sur le même fantasme, selon lequel le monde réel tout entier peut être réduit à des unités d’information transmissibles d’un hardware à un autre.

L’idée que le vivant peut être modélisé en unités d’information se retrouve aussi chez le biologiste français Pierre-Henri Gouyon, par exemple, avec qui j’ai publié un livre d’entretiens, Fabriquer le vivant ? (2012). Il voit dans l’acide désoxyribonucléique (ADN) le support d’un code qu’on peut déplacer sur d’autres supports. Mais quand on estime que le vivant peut être modélisé en unités d’information, on oublie que la somme d’unités d’information n’est pas la chose vivante, et on ne s’inquiète pas de faire des recherches sur le non-modélisable.

La prise en compte du non-modélisable ne renvoie pas à l’idée de Dieu, ni à l’obscurantisme, quoi qu’en pensent certains. Les principes d’imprédictibilité et d’incertitude sont présents dans toutes les sciences exactes. C’est pourquoi l’aspiration à la connaissance totale des transhumanistes s’inscrit dans un discours technolâtre, parfaitement irrationnel. Si elle connaît un grand succès, c’est qu’elle est capable d’étancher la soif de métaphysique de nos contemporains. Les transhumanistes rêvent d’une vie dans laquelle ils auraient chassé toute incertitude. Or, dans le quotidien, comme dans la recherche, il faut bien se coltiner les incertitudes, l’aléatoire…

L’immortalité humaine pourrait être acquise grâce à l’intelligence artificielle

Selon la théorie transhumaniste, nous serons un jour capables d’atteindre l’immortalité grâce à l’intelligence artificielle.

Dans le bouleversement postmoderne actuel, où la relation entre les choses n’est plus pensée, où le réductionnisme et l’individualisme dominent, la promesse transhumaniste prend la place de la caverne de Platon.

Pour le philosophe grec, la vraie vie n’était pas dans le monde physique, elle était dans les idées. Pour les transhumanistes, vingt-quatre siècles plus tard, la vraie vie n’est pas dans le corps, elle est dans les algorithmes. Le corps n’est pour eux qu’un simulacre : il faut en extraire un ensemble d’informations utiles, et se débarrasser de ses défauts naturels. C’est ainsi qu’ils entendent atteindre l’immortalité.

J’ai eu l’occasion, lors de colloques scientifiques, de rencontrer plusieurs membres de l’Université de la Singularité [à orientation transhumaniste] qui portaient un médaillon autour du cou, pour signifier qu’en cas de décès, leur tête sera cryogénisée.

J’y vois l’émergence d’une nouvelle forme de conservatisme, alors même que c’est moi qui passe pour un bioconservateur, car je m’oppose à la philosophie transhumaniste. Mais lorsque mes adversaires me traitent de réactionnaire, ils utilisent le même type d’arguments que les hommes politiques qui prétendent moderniser ou réformer, pendant qu’ils détruisent les droits sociaux d’un pays et qu’ils taxent de conservateurs ceux qui veulent conserver leurs droits !

L’hybridation entre l’homme et la machine est déjà une réalité. C’est aussi un idéal transhumaniste.

Tout reste à faire pour comprendre le vivant et l’hybridation, car le monde de la technique biologique ignore aujourd’hui encore presque tout de la vie, qui ne se réduit pas aux seuls processus physicochimiques modélisables. Cela dit, le vivant est déjà hybridé avec la machine et il le sera certainement encore davantage avec les produits issus des nouvelles technologies.

Il existe de nombreuses machines, avec lesquelles nous travaillons et auxquelles nous déléguons un certain nombre de fonctions. Sont-elles toutes nécessaires ? C’est toute la question. J’ai travaillé sur l’implant cochléaire et la culture sourde : il existe des millions de sourds qui revendiquent leur propre culture – qui n’est pas assez respectée – et refusent l’implant cochléaire car ils préfèrent s’exprimer dans la langue des signes. Cette innovation, qui pourrait écraser la culture des sourds, constitue-t-elle un progrès ? La réponse ne va pas de soi.

Avant tout, nous devons veiller à ce que l’hybridation se fasse dans le respect de la vie. Or, ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’est pas tant l’hybridation que la colonisation du vivant par la machine. À force d’externaliser, de nombreuses personnes ne se rappellent plus de rien. Elles ont des problèmes de mémoire qui ne résultent pas de pathologies dégénératives.

Prenez le cas du GPS : on a observé des chauffeurs de taxi à Paris et à Londres, deux villes labyrinthiques. Alors que les Londoniens conduisaient en s’orientant eux-mêmes, les Parisiens utilisaient systématiquement leur GPS. Au bout de trois ans, des tests psychologiques ont montré que les noyaux sous-corticaux qui s’occupent de cartographier le temps et l’espace étaient atrophiés chez ces derniers (des atrophies certainement réversibles si la personne abandonne cette pratique). Ils étaient affectés d’une sorte de dyslexie qui les empêchait de se repérer dans le temps et dans l’espace. C’est cela la colonisation : la zone est atrophiée car la fonction est déléguée sans être remplacée par quoi que ce soit.

https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/les-technologies-emergentes/le-rapport-nbic/

Qu’est-ce qui vous inquiète le plus?

Je suis inquiet du succès démesuré de la logique d’innovation. La notion de progrès a fait long feu. Elle a été remplacée par l’idée d’innovation, qui est bien différente : elle ne contient ni point de départ, ni point d’arrivée, elle n’est ni bonne, ni mauvaise. Il faut donc la questionner de façon critique. Le traitement de texte sur ordinateurs est bien plus performant que la machine à écrire Olivetti que j’utilisais dans les années 1970 : pour moi, c’est un progrès. Mais, à l’inverse, tout smartphone contient plusieurs dizaines d’applications, et peu de gens se posent la question de combien parmi elles leurs sont vraiment nécessaires. La sagesse consiste à rester à distance de la fascination que provoquent le divertissement et l’efficacité des nouvelles technologies.

Par ailleurs, dans une société déboussolée, qui a perdu ses grands récits, le discours transhumaniste est très inquiétant : il infantilise les humains, et ne prend aucune distance avec la promesse technologique. En Occident, la technique a toujours renvoyé à l’idée de dépassement des limites. Déjà au XVII e siècle, le philosophe français René Descartes, pour qui le corps était une machine, avait imaginé la possibilité d’une pensée hors du corps. C’est une tentation humaine que de rêver que, par la science, on va se libérer de notre corps et de ses limites – ce que le transhumanisme pense enfin pouvoir réaliser.

Mais le rêve d’un homme post-organique tout-puissant et hors-limite a des conséquences en tous genres sur la société. Il me semble qu’il devrait même être analysé dans un rapport spéculaire avec la montée des fondamentalismes religieux, qui se recroquevillent sur les supposées valeurs naturelles de l’humain. Je les vois comme deux intégrismes irrationnels en guerre.

Philosophe et psychanalyste argentin. Miguel Benasayag est un ancien résistant guévariste au péronisme, il réussit à fuir l’Argentine en 1978 après y avoir été emprisonné et torturé, et réside désormais à Paris, en France. Il a publié récemment Cerveau augmenté, homme diminué (2016) et La singularité du vivant (2017).

Le Courrier de l’UNESCO • juillet-septembre

L’Homme-machine

L’Homme & la Société 2017/3

L’Homme-machine I

Le travailleur machine

La machine, l’automation, l’automatisation, l’ordinateur, le numérique, les nouvelles technologies sont de formidables générateurs à prophéties, annonçant, par exemple, avec l’« usine du futur » et la robotisation de l’industrie, la suppression d’un nombre considérable d’emplois, ou avec le numérique et l’Internet, la multiplication des pépites ou des licornes dans l’Eldorado des start-up. Ce dossier éclaire ces prophéties, leurs déploiements, leurs impasses et leurs contradictions.

Mais en adoptant une perspective sociohistorique, la place de la machine dans le construit social (visible dans les sphères économique, politique mais aussi dans le champ du loisir en tant que prétexte à re-création des forces de production) révèle la platitude idéologique d’une succession de « révolutions », industrielles hier, numériques aujourd’hui, qui font de chaque instant une grande transformation.

Vingt ans après leurs envolées lyriques sur la société numérique, les experts qui avaient chanté les louanges de la Silicon Valley ressortent du placard où les avait envoyés la crise des valeurs technologiques en 2000. Les « révolutions » industrielles s’enchaînent à un rythme toujours plus soutenu, en renvoyant sans cesse le présent dans un passé révolu, le travail et le salariat pouvant être pendant ce temps soumis aux vagues des « réformes structurelles » qui permettront aux entreprises de faire face à l’insoutenable incertitude de la rentabilité.

Le progrès technique transforme les sociologues en voyants, penchant vers le pessimisme d’un « travail en miettes », d’un monde toujours plus « sécuritaire », vers la joie de la libération du travail relayée par une multitude de « mouvements sociaux » promettant autant d’« interventions sociologiques » pour dépasser la grisaille du syndicalisme, ou la sobriété d’un revenu universel préfigurant la décroissance finale.

La presse se fait, quant à elle, régulièrement l’écho d’études sur le rôle présumé des machines en matière de destruction ou de création d’emploi. Les problématiques des conditions de travail, d’organisation du travail, du temps de travail, de la santé au travail entrent immédiatement en résonance avec le sujet.

Nous interrogeons ici ces éléments avec une distance critique, distance prise avec la fascination pour l’Internet, le miracle de ces technologies de l’information qui, dès les années 1960, transforment le monde en un « village planétaire », le local en global, le travailleur en maker, etc.

L’Homme et la Société entend, avec « Le travailleur-machine », dégager la réflexion sur la technologie et la société de la chape de l’incessante nouveauté qui impose un futur sans avenir. Ce dossier s’inscrit dans la poursuite de deux précédents volumes intitulés « Les mille peaux du capitalisme », qui revendiquaient que le profit, la justification, le contrôle, la perpétuation et la prophétie constituaient le moteur du capitalisme.

Sommes-nous des Hommes-Machines ?

L’Homme-machine II

L’Homme & la Société 2018/2 (n° 207). 290 pages.

Du travailleur augmenté à l’homme augmenté

Notre exploration des fantasmes idéologiques accompagnant la perpétuation du capitalisme se poursuit à travers ce dossier, et nous fait passer de l’utopie d’une production mécanisée toujours plus efficace où la machine libèrerait l’humanité du travail (L’Homme-machine I), à la recherche de la vie éternelle dans la multiplication de thérapies, de disciplines, de prothèses et de big data visant à porter les corps et les esprits vers les sommets.

Il reste à en analyser la portée, en interrogeant ce que ce fantasme de l’homme augmenté représente dans la justification actuelle du capitalisme et en revenant sur sa spécificité à l’égard de la fascination pour la machine. L’homme-machine et l’homme augmenté sont liés au travail et à la question récurrente : « le travail ou comment s’en débarrasser ? »

La grande équation capitaliste de la machine se ramène aux gains de productivité liés à des combinaisons de facteurs de production nouvelles reposant sur la domestication de l’énergie dans le cadre d’un paradigme dominé par la physique. Cela nous a conduits à parler de « travailleur-machine » pour appréhender cette absorption du travailleur par la machine, mais aussi, en un sens, sa transformation en un « berger des machines ».

Le dossier invite à s’interroger sur le « décalage prométhéen » entre ce que les hommes savent faire techniquement et ce qu’ils sont en mesure de penser et de maîtriser moralement. Passé un certain seuil, la capacité technique devient démesurée par rapport à la condition humaine et l’excède.

Mais il s’agit également de réfléchir sur le transhumanisme comme un modèle de dépassement de l’humain qui, ce faisant, présuppose l’existence même d’une nature humaine qu’il entend transcender par l’initiative de ces capitaines d’industrie californiens défrayant la chronique de l’humanisme établi.

Or, dans la perspective que s’efforce d’approfondir L’Homme & la Société, c’est l’hypothèse même d’une nature humaine qui reste à mettre en question, pour saisir le déploiement historique d’une humanité dont la nature profonde est de réveiller les potentialités qui y sommeillent en bouleversant ainsi continûment cette nature même.

https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/ethique-transhumaniste/

Transhumanisme et intelligence artificielle – Transhumanisme, Nanotechnologies, Transhumaniste, Neurosciences, GAFA

Leurre et malheur du transhumanisme – Olivier Rey

EAN : 9782220095516

Présentation : Si c’est au nom d’un futur toujours meilleur que le monde a été transformé en un chantier permanent, nous sommes arrivés à un stade où le rapport entre les bénéfices du « développement » et ses nuisances s’avère de plus en plus défavorable. La perte de confiance dans le progrès doit alors être compensée par une inflation de ce qu’il est censé apporter : plus le monde va mal et menace de s’écrouler, plus il faut abreuver les populations de promesses exorbitantes.

Tel est le rôle du transhumanisme – et peu importe que ce qu’il annonce ne soit pas destiné à se réaliser. Lui accorder trop d’importance, c’est donc se laisser captiver par un leurre. Faudrait-il refuser d’y prêter attention ? Cela n’est pas si simple. Le transhumanisme nous trompe parce qu’il joue en nous sur des ressorts puissants. Se donner une chance de désamorcer la fascination qu’il exerce et le malheur qu’il propage, réclame de mettre au jour ce qui nous rend si vulnérables à ses illusions.

Olivier Rey est chercheur au CNRS, membre de l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques. Il a enseigné les mathématiques à l’École polytechnique et enseigne aujourd’hui la philosophie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Olivier Rey : « Nous sommes entrés dans des temps apocalyptiques, et nous ne sommes pas prêts. »

Olivier Rey : « Le transhumanisme conduit inévitablement au posthumanisme »

Le posthumain : enfant prodige de l’empire cybernétique

Les techniques biopolitiques de soi

Les techniques biopolitiques de soi : une lecture critique de Nikolas Rose, The Politics of Life Itself Biomedicine, Power, and Subjectivity in the Twenty-First Century, Princeton University Press, 2007.

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Le transhumanisme comme régression, Olivier Rey

Deuxième rencontre Philanthropos, du 13 décembre 2014 au Collège des Bernardins. Échange autour du thème : Le transhumanisme, une idée chrétienne devenue folle ? Avec Olivier Rey entre autres.

Olivier Rey est diplômé de l’École polytechnique, docteur en mathématiques, chargé de recherche au CNRS (Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques, Paris) et il enseigne à l’Université Paris I Panthéon-­Sorbonne. Essayiste et romancier, il est notamment l’auteur d’Une folle solitude : le fantasme de l’homme auto-­ construit (éd. Seuil, 2006), ainsi que du Testament de Melville : Penser le bien et le mal avec Billy Budd (éd. Gallimard, 2011). Il est membre du comité de rédaction de la revue Conférence.

Olivier Rey, « Le transhumanisme comme régression »

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Présentation de la conférence :

Réfléchir sur un tel sujet pourrait paraître anecdotique : il ne s’agit, semble-t-il, que d’une idéologie revendiquée par une minorité qui rêve de faire un homme génétiquement modifié, un cyborg truffé de nanotechnologies.

Mais si l’on se souvient que le terme, dans son acception moderne, fut forgé, et son idée, défendue, par le premier directeur de l’UNESCO, Julian Huxley (frère d’Aldous, l’auteur du Meilleur des mondes), lequel avait désormais honte de promouvoir la chose en employant le mot « eugénisme » ; si l’on constate simplement que nous vivons à l’ère de la technoscience, que nous sommes déjà partout connectés, accouplés à des machines, ou que l’on a libéralisé un peu partout les OGM et le séquençage du génome humain, on peut soupçonner qu’il y va là d’une vague plus vaste et même d’une vague de fond.

Peut-être même qu’après l’humanisme athée, puis l’antihumanisme structural, le transhumanisme est le marqueur exact d’une époque où se sont effondrées les utopies progressistes, qu’elles soient libérales ou totalitaires. Comme le remarque Rémi Brague, la question aujourd’hui n’est plus : Comment promouvoir l’humain ? mais : Pourquoi promouvoir l’humain encore ? Pourquoi ne pas passer à autre chose, au nom de la double célébration du surhomme et du bonobo ?

Mais l’échec de l’humanisme et la bêtise du transhumanisme nous laissent entendre une autre vérité, rappelée par Pascal et chantée par Dante. Le premier disait que « l’homme passe infiniment l’homme », et le second inventait, dans son Paradis, le verbe « transumanar ». C’est la reprise du thème paulinien de « l’homme nouveau ». Et si le transhumanisme n’était qu’une idée chrétienne devenue folle ?

Le transhumanisme, c’est quoi ? L’idée défendue par la philosophie transhumaniste est d’utiliser les sciences et les techniques pour améliorer l’être humain. Les fragilités de l’être humain, comme le handicap, le vieillissement et finalement la mort, seraient progressivement gommées grâce aux progrès des biotechnologies et de la médecine. Or, si cette idéologie marginale n’est ouvertement revendiquée que par une poignée d’intellectuels, elle imprègne notre société, selon l’Institut Philanthropos : « Nous vivons à l’ère de la technoscience, nous sommes déjà partout connectés, accouplés à des machines, où l’on a libéralisé un peu partout les OGM et le séquençage du génome humain ».

Philantropos : « aimer l’homme ». Il y a toute sortes de tentations anti-humaines, selon l’Institut Philantropos : « Celle du transhumanisme, qui cherche le salut dans des humains technologiquement modifiés ; celle de l’écologisme, qui estime que l’homme doit céder la place au bonobo ; celle du fondamentalisme religieux, qui voudrait sacrifier l’humain à une divinité écrasante ». Contre toutes ces tentations qui ont en commun la haine de l’humain tel qu’il est, il faudrait redécouvrir la joie d’être un homme ou une femme.

Programme
16h30 – 18h00 Échange autour du thème avec Jean-Claude Guillebaud, Olivier Rey et Fabrice Hadjadj
18h30 – 19h30 Rencontre avec Jean Vioulac sur le thème « technique et apocalypse »
20h30 – 22h15 Soirée théâtre « Jeanne et les post-humains », la dernière pièce de F. Hadjadj