Etes-vous transhumain ?

Vous êtes un transhumain. La définition même de la condition humaine est la nécessité de s’adapter au changement. De nos jours, le rythme du changement s’est accéléré et la technologie transforme notre monde, nous transforme encore plus radicalement.

Si nous ne changeons pas avec la technologie, nous ne pouvons pas survivre. Qu’il s’agisse de la cuisson des aliments au feu à l’utilisation de lunettes pour restaurer votre vue, en passant par les smartphones pour la communication et la coordination mondiales, la technologie nous a transformés et nous avons évolué avec elle.

Allons-nous repousser encore plus loin les limites de cette adaptation ? Allons-nous changer notre patrimoine génétique pour mieux survivre à la gravité martienne ?

Nous ferions mieux de nous préparer pour une civilisation riche où la définition de l’être humain est large et où nous appliquons les critères les plus inclusifs possibles pour une participation active.

Intelligence Artificielle : arrêtez la supercherie !

Pas un seul jour ne passe sans voir une actualité fracassante au sujet de l’Intelligence Artificielle : « Comment l’Intelligence Artificielle bouscule les entreprises », « L’Intelligence Artificielle entre dans la pub » ou encore « Comment l’Intelligence Artificielle va prédire la date de votre mort ». Si nous nous arrêtons aux titres alléchants de ces papiers, nous pouvons avoir l’impression que nous vivons déjà avec les robots imaginés par Steven Spielberg et que je vais retrouver HAL 9000 en rentrant chez moi ce soir ! Malheureusement, il n’en est rien. Pour aller droit au but, ce que tout le monde appelle aujourd’hui « Intelligence Artificielle » n’est en réalité qu’un programme informatique cognitif assigné à une ou plusieurs tâches préalablement définies.

Dans son ouvrage « L’Intelligence Artificielle n’existe pas », Luc Julia exprime l’idée d’une Intelligence Augmentée et réfute, à juste titre, le terme d’Intelligence Artificielle. Au-delà de l’admiration que j’ai pour le parcours de Luc Julia, je n’en suis pas pour autant un apôtre de sa pensée et de sa vision du futur. Néanmoins, si nous considérons les algorithmes actuels comme intelligents alors que laissons nous à notre intelligence humaine ? Sommes-nous tous des Einstein qui s’ignorent ?

Cette effervescence autour de l’ « IA » a été provoquée en partie par l’émancipation du Deep Learning qui est l’une des plus grandes avancées en la matière depuis le 2ème hiver de l’IA qui a pris fin en 1993. Or, de nombreux spécialistes craignent un 3ème hiver qui pourrait être, entre autre, le résultat d’une forte phobie autour de l’IA : les méchants robots vont éradiquer l’espèce humaine ou nous dépouiller de nos emplois dans la prochaine décennie. En effet, la peur ou le désintérêt du public pourrait désengager un grand nombre de budgets et freiner drastiquement la recherche. Pour ma part, je pense que c’est l’effroyable ignorance et la spéculation autour du principe d’Intelligence Artificielle qui va provoquer cette 3ème saison hivernale. Nous nous dirigeons tout droit vers l’explosion d’une bulle qui résulte d’un mirage technologique et fantasmagorique mis sur pied par des acteurs peu scrupuleux.

Le fantasme. Jeu d’échecs, Jeu de Go, Jeopardy! … vous avez surement entendu parlé des prouesses de la machine face à l’homme lors des duels à ces jeux de stratégie et de culture générale ? Beaucoup de personnes ont vu à travers ces victoires la domination intellectuelle de la machine sur l’homme, mais il n’en est rien.

Demandez à ces mêmes machines de différencier une souris d’un éléphant sur une photo, vous serez bien déçu par le résultat si tant est qu’elles soient en mesure d’en fournir un. Elles sont programmées pour exécuter une tâche bien précise et ça s’arrête là ! Nous sommes encore bien loin de la singularité technologique.

La spéculation. 40% des start-ups européennes de l’IA revendiquent une technologie qui en réalité n’existe pas dans leur solution. Elles bernent ainsi les investisseurs inexpérimentés, le moyen idéal de fragiliser la confiance du marché dans les années à venir. Au-delà des start-ups, il y a aussi les cabinets de conseil qui utilisent l’IA comme un argument marketing et roulent leurs clients dans la farine en agitant le spectre de la technologie révolutionnaire qui va transcender leur business. Dans le cadre de mon activité professionnelle, vous n’imaginez pas le nombre de décideurs hypnotisés que je peux croiser. Ils sont convaincus qu’ils doivent produire de l’IA à l’horizon 2020 sans comprendre quoique ce soit. Ils n’ont aucune idée des investissements et des enjeux que ça représente. Ils veulent être dans le coup et faire le buzz, c’est la triste réalité dans laquelle ils sont enfermés.

L’ignorance. Elle se révèle notamment quand nous voyons passer des articles comme « L’IA d’Amazon est sexiste » ou encore « L’IA de Microsoft est raciste ». Je vous l’accorde une fois de plus, les titres sont accrocheurs et alimentent encore plus de fantasmes, un excellent moyen de faire un peu de buzz. Cependant, comment un algorithme développé par un humain peut décider, tout seul, de devenir raciste ou sexiste ? Vous en conviendrez, s’il y avait là la moindre trace d’Intelligence dans ces programmes, cette situation n’aurait pas lieu d’être. En outre, la machine n’ayant en réalité aucune notion native de race ou de sexe, cela ne peut venir que du concepteur ou de la donnée qui alimente le programme, elle aussi, définit par un humain. Malheureusement, certains médias ne cherchent plus à comprendre le sens de l’innovation, ils veulent seulement l’audience qui génère des revenus.

L’Intelligence Artificielle est la technologie qui va marquer notre siècle comme un grand tournant de notre civilisation. Imaginez, peu importe la forme que vous souhaitez lui associer, une entité artificielle capable de ressentir des émotions, de réfléchir à des problématiques dont nous n’avons pas idée aujourd’hui, de prendre des initiatives qu’elle considérera être pour le bien commun … ce serait « un bond de géant pour l’humanité ».

Continuons aujourd’hui de développer, d’optimiser et de déployer des programmes cognitifs capables d’assister les humains. Continuons de façonner cette Intelligence embryonnaire et de la démocratiser pas à pas. Toutefois, par pitié, arrêtons la supercherie qui consiste à faire peur au public néophyte pour vendre du papier et à abuser de la crédulité des entreprises et des investisseurs pour faire du fric facile.

De nombreux chercheurs travaillent activement sur les différents chantiers de la « véritable » Intelligence Artificielle qui promet un avenir meilleur aux générations futures. Ne gâchons pas tout par égocentrisme, orgueil et avarice comme nous l’avons fait pour notre environnement !

Un monde meilleur – Et si l’IA humanisait notre avenir ?

Enfin un livre positif sur l’évolution future du monde. Et si en définitive, le développement de l’intelligence artificielle et la société digitale humanisaient notre univers ?

L’auteur dans ce livre défend l’idée que l’humain, loin d’être exclu de la société future, y jouera un rôle prépondérant à côté des machines. Son analyse s’appuie sur une expertise opérationnelle acquise dans un grand groupe énergétique qui investit massivement dans l’innovation digitale pour préparer le monde de demain.

Cet avis contraste avec la vision apocalyptique dominante qui développe une crainte généralisée de l’Intelligence Artificielle (AI), de la robotisation et de toutes les techniques d’automatisation qui menaceraient nos vies privées et professionnelles.

L’auteur explique clairement les enjeux et les dangers des nouvelles technologies digitales (Big Data, blockchain, machine learning, analyse prédictive, cyber sécurité…). Militant de la complémentarité inéluctable de l’homme et de la machine, il décrit comment l’intelligence artificielle et la robotisation peuvent conduire à une humanité moins conflictuelle, débarrassée de ses travaux les plus pénibles, recentrée sur l’humain et plus intégrante.

La machine, loin d’être l’ennemie de l’homme, sera notre partenaire pour optimiser les activités, les carrières et l’engagement de chacun en apportant une plus-value à la gestion des enjeux auxquels sont confrontés les hommes et les entreprises. A cet égard, la révolution digitale est déjà l’occasion de pratiquer une politique volontariste d’engagement des salariés sur des tâches redistribuées, d’intégration des travailleurs handicapés et des seniors, d’action pour la mixité ou la diversité.

Enfin, l’auteur défend que l’homme est indispensable à l’intelligence artificielle, par son imprévisibilité et son humanité. L’homme avenir de la machine ?

Chargé de Mission Digital dans un grand groupe énergétique, Hervé Cuillandre est un visionnaire reconnu. Auteur de très nombreux articles sur les nouvelles technologies et leur impact sur la société de demain, il milite pour replacer l’humain au cœur des organisations, et soutient l’engagement autour des valeurs humanistes. Titulaire d’un DEA à l’Université de Rennes, il est diplômé de l’Edhec, certifié data-scientist, CEH, ITIL et Executive MBA en management de la transformation digitale.

Table des matières

Introduction

1 # Intelligence artificielle :
l’homme augmenté ou l’homme substitué ?
Les prouesses prometteuses d’AlphaGO et de l’intelligence artificielle
« La guerre des intelligences »
En compétition avec la Chine sur des systèmes de valeur différents
L’intelligence artificielle au service de l’homme
Les données en masse, nécessaires à l’apprentissage de l’intelligence artificielle
Les craintes de la singularité
L’hypothèse d’une intelligence artificielle agressive : la crainte de l’inconnu

2 # Big-Data : la recherche du sens perdu
Voyage au cœur de la donnée
L’entreprise transformée par le traitement de ses données
Les principes du Big-Data expliqués simplement
Quel est globalement le principe utilisé par Google ?
De nouveaux métiers
De nouveaux outils
Les nombreuses applications prédictives deviennent incontournables
Au-delà de l’efficacité commerciale
L’intelligence artificielle en concurrence avec l’intelligence humaine
Le sens perdu
La banalisation des risques
Le contrôle globalement illusoire des données
La crainte de Minority report et d’une surveillance massive
Les données d’entreprises âprement convoitées
Il ne sert à rien de craindre l’inévitable
Nous devons agir et refuser que le monde de demain nous soit imposé

3 # La blockchain : un nouvel outil d’automatisation
L’automatisation, une menace pour l’emploi
Un mouvement général de centralisation des données
La Blockchain automatise les process en décentralisant la donnée
Le Bitcoin, meilleur exemple de la Blockchain
Les nombreuses applications de la Blockchain
L’exemple du VTC autonome
Les emplois du secteur banque-assurance très impactés
La résilience du Bitcoin et de la blockchain signe une évolution incontournable
L’automatisation inévitable de toutes les tâches administratives
Recentrer les salariés sur des tâches plus humaines, plus valorisantes

4 # Sécurité informatique et émergence de la cyberguerre
L’importance de la cyberguerre témoigne de la mutation de notre civilisation
Du codage à la cyberguerre
Les piratages dévoilent des problèmes fondamentaux d’organisation
Les infrastructures cibles de choix des organisations malveillantes
Le sens devient un enjeu géopolitique
Guerre de la donnée, guerre de l’information

5 # La post-vérité s’organise
Reprendre possession du sens
Plusieurs visions de l’avenir s’affrontent
De la nécessité de partager la connaissance
Le reste du monde s’organise avec des moyens colossaux
Vulnérabilité des systèmes occidentaux
Informatique quantique
Les systèmes de paiement chinois en avance
Des systèmes de valeurs concurrents

6 # Digitalisation des organisations privées et publiques
L’accélération généralisée de nos vies
La nécessaire agilité des entreprises
Le défi de la digitalisation des entreprises : la transformation ou la mort
Digitaliser pour rester rentable : un premier pas
La leçon de la révolution Web
La destruction créatrice de Schumpeter : une justification économique
L’entrepreneur, principal acteur de la disruption
L’urgence de la digitalisation : le saut vers l’inconnu
Tasser la pyramide et donner du sens
Pas de révolution sans l’engagement de tous
Matérialiser le changement pour tous
Les anciennes générations menacées ?
Le digital est un outil pour porter des valeurs
La nécessaire évolution du Service Public : l’exemple d’un système clos
Reconversion de masse et développement de métiers humains
Le recrutement, outil au service de la parité, du handicap et de la diversité
Pour une mise à disposition des compétences du privé

7 # Sociologie du numérique : Générations X, Y, Z et Alpha
La théorie de Schumpeter appliquée aux humains
La génération X en résistance
Le renouveau de la génération Y
Les révolutionnaires de la génération Z
La génération alpha proposera l’alternative humaine

8 # La place de l’humain dans un futur automatisé
La prise de pouvoir rapide de la machine
Nous assistons à la singularité
L’intelligence artificielle et la robotisation menaceraient le salariat
Redéfinir notre place, nécessairement complémentaire
La connaissance et la réflexion en danger ?
L’émotion, nouveau champ du développement humain ?
La place de l’homme existe mais reste totalement à imaginer
Les spécificités et les richesses de l’être humain
Une nouvelle sociologie s’organise
Le contre-pouvoir humain
Un excès de connexions ?
Pour l’organisation de l’influence humaine

9 # Préparons-nous à la société de demain
La machine de guerre de l’intelligence artificielle
Une redéfinition de notre univers qui ne nous attend pas
La place de l’homme se redéfinit en conséquence, et doit être repensée activement
La guerre des intelligences artificielles
L’effet « boîte noire » n’est pas nouveau
L’urgence d’un travail en commun sur la société humaine de demain

10 # Quelles valeurs pour la société numérique de demain ?
Nous devons garder confiance en l’avenir
L’entreprise doit intégrer cette instabilité
Le digital, vecteur de valeurs humanistes
Pour la généralisation des entreprises humanistes et bienveillantes
L’expression de tous pour le bien-être de tous
La RH connaît en temps réel les potentiels de chacun
Travailler sur les valeurs humaines et sur l’engagement

11 # Le retour des valeurs humaines : pour une nouvelle sociologie de l’engagement
Le devoir d’alerte des visionnaires
La place de l’homme dans l’organisation
future du travail
L’humanisation des services de l’entreprise
Cesser de penser la mutation digitale
comme un outil de rentabilité
Des frontières concurrentielles liées au sens : redéfinition des territoires
Le salarié motivé par son propre développement
Nos sociétés sont mûres pour atteindre de nouvelles frontières

12 # Des valeurs et des machines
Bientôt gouvernés par les machines ?
Nous sommes l’avenir de l’intelligence artificielle
Mutation irréversible de notre société
L’intelligence artificielle peut gérer nos carrières
L’entrepreneur acteur de l’innovation organisationnelle
L’expérimentation nécessaire
Des entreprises ouvertes et des parcours certifiés
Quelles compétences pour demain ?
Refonder les collectifs
La mutation digitale n’est pas achevée
Expérimenter des ressources humaines agiles
Un projet humaniste

Vers un bouleversement systémique du monde

L’hypothèse avancée par cet essai est la suivante : plus qu’une crise, nous vivons une transition fulgurante d’un ancien monde vers un monde nouveau. Personne n’est en mesure de prévoir avec exactitude la nature de cette transformation, tant sa vitesse est sans précédent. Cette fulgurance provient de la combinaison d’une nouvelle révolution techno-scientifique, d’un nouveau paradigme des modes de coopération entre les hommes et les machines, et d’une transition vers une économie plus créative.

Pierre Giorgini décrit avec clarté les articulations de cette transformation, les effets de cette « fulgurance » sur nos modes de vie et de pensée. Mais ce livre est avant tout orienté vers l’espoir d’un monde nouveau, dans lequel certes la place de l’homme sera brutalement modifiée mais en même temps chacun sera appelé à se faire co-responsable du changement notamment en tant qu’acteur de différentes communautés interconnectées.

Ce monde digital, mondialisé, aux connexions ultra rapides, dans lequel les tâches de gestion rationnelle des données seront de plus en plus automatisées, peut non seulement conduire à une productivité considérable mais surtout à donner une importance jamais inégalée aux tâches mobilisant créativité et innovation.

« L’homme n’est plus seulement client de serveurs de données et d’informations, il est à la fois source et destinataire de celles-ci. La notion même de société organisée est déplacée. L’exercice de la subjectivité et de l’imaginaire pourrait être bouleversé et poser également la question du devenir du sujet. »

Pierre Giorgini est ingénieur, diplômé de l’Institut national des télécommunications. Issu du monde de l’entreprise et de l’innovation, il a été directeur délégué de France télécom Recherche et développement. Il est aujourd’hui président recteur de l’Université catholique de Lille.

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Philosophie et idéologies trans/posthumanistes

ISBN 978-2-7116-2785-1 – octobre 2017

Jusqu’ici, c’est principalement outre-Manche et outre-Atlantique que des philosophes se sont efforcés d’élaborer la nébuleuse trans/posthumaniste en un discours cohérent argumenté prenant en charge des questions indispensables à notre temps et fécond pour l’avenir. Le transhumanisme n’est pas la pensée d’un seul. Ses idées s’expriment à partir de nombreux champs disciplinaires : médecins, ingénieurs, entrepreneurs, biologistes, philosophes, théologiens, informaticiens, roboticiens, etc. En même temps, il ouvre la voie pour une approche intégrée, unifiée, d’idées autrement éparses et morcelées : de la métaphysique à l’éthique et au politique en passant par des analyses relatives à l’épistémologie, à l’anthropologie, à l’esthétique, aux philosophies de la technique, du langage et de la religion. Est propre au transhumanisme l’accentuation des technologies matérielles qui invitent à repenser l’anthropologie philosophique sous l’angle de la technique. Prendre au sérieux le transhumanisme invite à se méfier également de sa rhétorique technolâtre, prophétique ou commerciale, et des procès faciles et répétés qui lui sont adressés. Loin du court-termisme idéologique et utopiste, le trans/posthumanisme renvoie à la temporalité de l’Évolution ainsi qu’à celle de la science elle-même, empirique, laborieuse, provisoire, invitant à un transhumanisme prudent, patient, persévérant et modeste.

Membre de l’Académie Royale de Belgique et de l’Institut International de Philosophie, G. Hottois est professeur émérite de l’Université Libre de Bruxelles

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Encyclopédie du transhumanisme et du posthumanisme

L’humain et ses préfixes

ISBN 978-2-7116-2536-9 – janvier 2015

Les préfixes de l’humain sont nombreux (ab- in-, para-, pré-, post-, proto-, sub-, sur-, trans-humain…). Ils invitent à réfléchir à la nature, aux limites et aux transformations de l’être humain ainsi qu’aux réactions intellectuelles et émotionnelles suscitées. Le trans/posthumanisme concerne toutes les techniques matérielles d’augmentation ou d’amélioration (physique, cognitive, émotionnelle) de l’homme, une perspective volontiers située dans le prolongement de l’humanisme progressiste des Lumières. Mais l’homme « amélioré ou augmenté » – « transformé » – pourrait s’éloigner toujours davantage des conditions de l’homme naturel « cultivé » ordinaire. Le transhumanisme risque de verser, brutalement ou imperceptiblement, dans le posthumanisme, référant à des entités qui, bien que « descendant » de l’homme, seraient aussi étrangères à celui-ci que l’espèce humaine est éloignée des formes de vie paléontologiques. Le posthumanisme flirte avec le nihilisme et l’imagination apocalyptique.

Aux franges les plus audacieuses de la bioéthique, l’Encyclopédie n’écarte pas plus qu’elle ne focalise les questions éthiques. Elle englobe, sans les confondre, l’analyse conceptuelle, l’extrapolation technoscientifique et l’imagination spéculative. La première partie « Philosophie et éthique » est consacrée au débat philosophique relatif au trans/posthumanisme. Les entrées reflètent le vocabulaire conceptuel propre aux principaux auteurs trans/posthumanistes et à leurs critiques directs. La deuxième partie « Technoscience et médecine d’amélioration » parcourt les références actuelles aux sciences et aux techniques biomédicales inhérentes à la problématique transhumaniste. Elle distingue entre ce qui se fait, pourra probablement se faire ou relève du domaine de la projection spéculative et imaginaire.

La troisième partie « Techniques, arts et science-fiction » est centrée autour des échanges entre technosciences et créations artistiques, spécialement l’imaginaire de la science-fiction où les thèmes post/transhumanistes sont fortement représentés.

Ont collaboré à ce volume : S. Allouche, M. Andrin, B. Baertschi, J.-M. Besnier, G. Chapouthier, A. Cleeremans, P.-F. Daled, Ch. Den Tandt, É. De Pauw, G. Dine, L. Frippiat, J. Goffette, J.-Y. Goffi, D. Goldschmidt, M. Groenen, G. Hottois, C. Kermisch, D. Lambert, A. Mauron, J.-N. Missa, D. Neerdael, P. Nouvel, L. Perbal, M.-G. Pinsart, C. Pirson, J. Proust, I. Queval, S. Vranckx

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Le vol du futur : la singularité technologique en question

En 2017, Jean-Gabriel Ganascia, professeur d’informatique à la Sorbonne, chercheur en intelligence artificielle et président du comité d’éthique du CNRS, publiait un ouvrage remarquable : Le mythe de la singularité technologique. Faut-il craindre l’intelligence artificielle ?1. Un des fils qui trament cet ouvrage porte sur un couplage inattendu entre une « pseudomorphose » technologique et politique. Étymologiquement, pseudomorphose vient du grec « pseudès » faux, trompeur et « morphosis », action donnant forme. Un processus physico-chimique lent qui par adjonction, altération, imprégnation d’éléments extérieurs ou en fonction d’un changement de l’environnement comme la température, modifie un corps qui, en apparence, reste semblable. Selon Jean-Gabriel Ganascia avec l’intelligence artificielle « forte » et l’intelligence artificielle « générale » nous sommes en présence de deux pseudomorphoses de l’intelligence artificielle.

Intelligence(s) artificielle(s)

Tout commence dans les années 1950, l’intelligence artificielle, comme discipline nouvelle, amorce une « quête » scientifique, celle de la compréhension de l’intelligence, sa décomposition en facultés élémentaires (mémoire, perception, calcul), sa reproduction et sa simulation numérique2. Latéralement coexiste un dessein philosophique aux ambitions démiurgiques, faisant écho à la science-fiction, qui vise à reproduire une conscience sur un ordinateur. Dans les années 1980, le philosophe John Searle, avec l’expérience fictive de « la chambre chinoise », distingue la discipline scientifique, technologique, empirique, l’intelligence artificielle « faible » (weak) de l’approche philosophique, l’intelligence artificielle « forte » (strong), qu’il dénonce. En 2011, lors de la « victoire » de l’algorithme Watson développé par IBM au jeu télévisé américain Jeopardize!, John Searle ironisait : « Watson doesn’t know it won on Jeopardy !3 ». Au début des années 2000, l’intelligence artificielle « forte », discursive, se mêle aux idées de mathématiciens qui veulent refondre l’intelligence artificielle sur de nouvelles bases : c’est la naissance du concept d’intelligence artificielle « générale », qui a pour objectif la réalisation d’une intelligence artificielle totale, sans limite4. Ben Goertzel, Marcus Hutter, Jürgen Schmidhuber fondent leurs espoirs sur la complexité de Kolmogorov et la théorie de l’inférence inductive de Solomonov, d’autres, sur l’utilisation des réseaux de neurones formels (deep learning) ou l’apprentissage par renforcement, que l’on a pu observer chez AphaZero qui a « battu » Stockfish au jeu d’échecs en décembre dernier5.

Malgré leurs différences, selon Jean-Gabriel Ganascia, les partisans de ces deux pseudomorphoses se retrouvent aujourd’hui dans le concept de singularité technologique. Une accélération technologique d’après le transhumaniste Ray Kurzweil (Singularity University, Google) qui pourrait conduire à l’émergence d’une intelligence artificielle générale, le fantasme, vers 20456.

Spiritualité gnostique

Au cœur de l’ouvrage, Jean-Gabriel Ganascia développe une comparaison audacieuse entre deux pseudomorphoses : la gnose spirituelle et la singularité technologique. Si, a priori, tout les oppose, Jean-Gabriel Ganascia perçoit dans le rapport d’opposition/récupération de la gnose à la religion, une analogie propre à dégager une grille d’analyse qui aide à saisir la singularité technologique dans son rapport à la science contemporaine.

Qu’est-ce que la gnose ? Gnose vient de gnosis qui veut dire « connaissance ». La spiritualité gnostique atteint son point culminant au IIe siècle. Elle s’inspire de traditions spirituelles anciennes et notamment des croyances magiques égyptiennes, babyloniennes et perses et s’exprime par une dualité radicale entre un vrai Dieu, un Dieu suprême, qui reste caché, et un faux Dieu, un usurpateur qui aurait créé l’Univers à l’insu du vrai Dieu et qui serait ainsi à l’origine de nos maux, souffrances et finitude.

Dans la spiritualité gnostique, le monde dans lequel nous vivons est un faux-semblant, qu’il faut « réparer » pour accéder à la plénitude de l’être, l’être véritable. À cette fin, il faut s’arracher à l’autorité du démiurge, rompre avec sa domination. Cet arrachement passe par l’acquisition d’un savoir qui doit permettre de dissiper l’illusion et autoriser l’accès au monde caché. S’extraire de l’emprise du faux Dieu, suppose une « brisure » capable d’apporter la « dislocation salutaire » …

Pseudomorphose politique

En rendant « plausible » l’idée de singularité technologique via des catégorie de pensées disponibles, populaires, Jean-Gabriel Ganascia considère qu’on la rend « possible », au sens de quelque chose « susceptible de se produire ». Si ce concept est douteux sur le plan scientifique, il est, selon lui, plus encore « répréhensible » sur le plan moral, irresponsable de la part de scientifiques qui ont pour mission d’ouvrir des perceptives. En occultant les autres risques, mais aussi les alternatives, le degré de liberté humaine disponible, ils contribuent ainsi à opacifier le futur en masquant les possibles.

Plus encore, la « brisure » renvoie à un temps futur qui n’appartiendra plus à l’homme. Inéluctable, l’inflexion semble pouvoir ne se faire qu’a minima comme tentée de gauchir l’évolution de l’intelligence artificielle, la rendre « amicale ». Aussi la singularité technologique conduit-elle à un enfermement. L’action libre, si elle subsiste, déroge à la perfection.

In fine, la singularité débouche sur une pseudomorphose politique, celle de l’humanisme des Lumières qui était basé sur la perfectibilité. À l’issu de ce réquisitoire, Jean-Gabriel Ganascia conclut à la liberté que l’on abdique, au futur qui se dissipe.

Notes :

3 John Searle, « Watson doesn’t know it won on ‘Jeopardy’ », The Wall Street Journal, 23 février 2011.

4 Lire Hugo Roland de Garis et Ben Goertzel, « Report on the first conference on artificial general intelligence (AGI-08) », AI Magazine, printemps 2009, p. 121-123.

5 Pierre Barthélémy, « AlphaZero, algorithme prodige de l’échiquier », Le Monde, 12 décembre 2017.

6 Dom Galeom et Christiana Reedy, « Kurzweil claims that the singularity will happen by 2045 », Futurism, 5 octobre 2017.

Compte à rebours pour les prédictions de la Singularité

Peter Diamandis a demandé aux gens les plus intelligents qu’il connaît leurs prédictions technologiques pour les 20 prochaines années (2018-2038). Quelles sont les avancées que nous pouvons espérer sur notre compte à rebours à la Singularité ?

2018 : Suprématie quantique atteinte : La première démonstration d’un calcul quantique qui ne peut être simulé avec des supercalculateurs classiques est annoncée.

2020 : Les opérations de voitures volantes décollent dans une douzaine de villes dans le monde. Le réseau 5G libère des vitesses de connexion de 10 à 100 gigabits pour les téléphones portables dans le monde entier.

2022 : Les robots sont monnaie courante dans la plupart des foyers à revenu moyen, capables de lire de manière fiable les lèvres et de reconnaître les gestes du visage, de la bouche et de la main. Tous les jouets sont “intelligents” avec un apprentissage automatique intégré.

2024 : Les premières missions humaines privées ont été lancées pour la surface de Mars. Les premiers accords «un cent par kilowatt-heure» pour l’énergie solaire et éolienne sont signés.

2026 : La possession de voiture est morte et les voitures autonomes dominent nos routes. 100 000 personnes se rendent chaque jour à bord de VTOL (aéronef à décollage et atterrissage verticaux) dans chacune des villes suivantes : Los Angeles, Tokyo, Sao Paulo et Londres.

2028 : Le solaire et le vent représentent près de 100% de la production d’électricité nouvelle. Les véhicules électriques autonomes représentent la moitié des kilomètres parcourus dans les grands centres urbains.

2030 : L’IA réussit le test de Turing, ce qui signifie qu’elle peut égaler (et dépasser) l’intelligence humaine dans tous les domaines. L’humanité a atteint la «vitesse d’évasion de la longévité» pour les plus riches.

2032 : Nanorobots médicaux démontrés chez l’homme sont capables d’étendre le système immunitaire. Les robots Avatar deviennent populaires, permettant à chacun de «téléporter» sa conscience dans des endroits éloignés du monde entier.

2034 : Des sociétés comme Kernel ont établi des liens significatifs et fiables entre le cortex humain et le Cloud. Les robots agissent comme domestiques, majordomes, infirmières et nounous, et deviennent des compagnons à part entière. Ils soutiennent l’autonomie des personnes âgées à la maison.

2036 : Les traitements de longévité sont couramment disponibles et couverts par des polices d’assurance-vie, prolongeant la durée de vie moyenne de l’homme de 30 à 40 ans.

2038 : La vie quotidienne est maintenant méconnaissable – incroyablement bonne et l’hyper VR et l’intelligence artificielle augmentent toutes les parties du monde et tous les aspects de la vie humaine quotidienne.

humains améliorés : certains prévoient une fusion homme-IA

Humains améliorés : l’IA donnera naissance à des «travailleurs surhumains»

Lors du Sommet mondial des Gouvernements à Dubaï, Sebastian Thurn a déclaré que l’IA ferait des humains des «travailleurs surhumains». Selon le co-fondateur de Google X, l’intelligence artificielle éliminera les tâches répétitives, mais elle conduira vers des emplois plus créatifs. Thurn n’est pas le premier à avancer cette idée. Ray Kurzweil, ingénieur chez Google, a déclaré au CFR que l’IA ne va pas remplacer les humains mais les améliorer.

En ce qui concerne la rapidité avec laquelle cela pourrait se produire, la plupart sont d’avis que nous verrons des machines intelligentes prendre la relève dans la prochaine décennie. Certains disent que la transition a déjà commencé. Combinez cela avec la singularité technologique, que certains prédisent pour 2040, et une fusion homme-intelligence artificielle pourrait se produire plus tôt que prévu.

Le futuriste Ian Pearson déclare lui aussi lors du Sommet mondial des Gouvernements à Dubaï, que nous devrions fusionner avec l’IA pour protéger l’humanité.

“Le fait est que l’intelligence artificielle peut aller plus loin que les humains, elle pourrait être des milliards de fois plus intelligente que les humains à ce stade”, a déclaré Pearson. “Donc, nous devons vraiment nous assurer que nous avons des moyens de suivre. Le moyen de se protéger contre cela est de lier cette intelligence artificielle à votre cerveau pour avoir le même QI … que l’ordinateur. “

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