Entre maintenant et le posthumanisme – L’impossible est possible

Né en 1935 à Niederbronn-les-Bains, en Alsace, Victor Moritz a été élevé à Paris par une famille d’industriels. En 1956, il est parti en Algérie remplir ses obligations militaires, puis a mené une vie d’entrepreneur, et fondé une famille de trois enfants. Toute sa vie, il a essayé de comprendre…! Puis à 84 ans pensant avoir compris où se dirigeait l’Humanité, il s’est décidé à écrire ce livre, bien loin des idées reçues…!

Assez rapidement Victor Moritz s’est posé de nombreuses questions. En prenant soin d’étayer ses arguments sur des faits et des réalités à la fois scientifiques, politiques, religieux et sociologiques, il pense que l’Homme biologique actuel va, progressivement, laisser place à un Homme “technologique”.

Homo Sapiens tentera, néanmoins, de retarder au maximum cette échéance. Car la volonté de “survie” est inscrite dans son ADN. Alors en s’unissant, à son avis, les habitants de notre planète pourraient, pendant la période de transition, entre l’Humanisme et le posthumanisme, accepter une certaine Gouvernance commune.

Victor Moritz considère qu’une certaine forme d’alarmisme, utilisée à bon escient, se révèle un bien meilleur levier psychologique qu’un angélisme béat qui n’aurait pour effet et pour objectif que de vous faire passer un bon moment.

Il s’agit simplement d’éveiller les consciences de manière claire et en toute objectivité, de susciter l’intérêt, la curiosité et de créer le débat, voire la controverse. A partir de faits historiques, de faits scientifiques, de faits politiques et de scénarii tangibles, l’auteur narre un scénario plausible de l’histoire de l’humanité et de la chronique annoncée de la fin de l’Homo sapiens.

Les thèmes abordés sont le posthumanisme, le transhumanisme, l’intelligence artificielle, une gouvernance mondiale, une monnaie unique entres autres.

Extrait :

Après avoir expérimenté divers systèmes politiques, la démocratie a semblé meilleure que les autres. Toutefois le libéralisme, engendré par ce système, provoque, lui aussi, des inégalités sociales croissantes de moins en moins acceptables. Dans le domaine financier, par exemple, le libéralisme a permis la création de paradis fiscaux. Les paradis fiscaux permettent aux plus riches, non seulement de s’enrichir encore plus, mais de payer de moins en moins d’impôts dans leur pays d’origine. Les pays d’origine sont obligés, pour survivre, de se retourner vers leurs propres peuples, lesquels deviennent de plus en plus pauvres.

Impossible de supprimer les paradis fiscaux, trop de pays en jeux et pour d’autres raisons aussi. Impossible aux états d’imposer d’avantage leurs administrés. Les limites extrêmes semblent atteintes. Même par le truchement des endettements divers.

La Science permet déjà de remplacer de plus en plus d’organes physiologiques par des organes matériels. Les possibilités d’augmenter les capacités intellectuelles sont de plus en plus nombreuses, non seulement par voies orales mais aussi par des implants divers.

Sans réfléchir plus loin, ce n’est pas un changement de civilisation qui pointe son nez, c’est un passage progressif de l’homme biologique vers l’homme matériel. Cet “Homme Nouveau” entièrement fabriqué, grâce à l’intelligence artificielle, n’aura plus grand chose de commun avec l’Homme biologique.

Les prémices de cette évolution sont perceptibles depuis l’antiquité, mais elle s’approche, maintenant, à une vitesse toujours plus accélérée.

La transition sera progressive et pourrait s’étendre sur plusieurs siècles. L’Homme biologique fera tout pour retarder la disparition de l’Homo Sapiens, mais ne pourra pas l’éviter.

Les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle et des technologies médicales, permettront (ou permettraient déjà), l’implantation d’une “puce” ayant pour fonction de provoquer la mort “à la carte” à l’insu de la personne qui en serait munie. Le déclenchement, de celle-ci, interviendrait automatiquement, pendant le sommeil, à partir d’un âge prédéterminé par chacun et selon divers critères qu’il aurait choisis!

Progressivement l’humain ne sera plus composé que de pièces artificielles, y compris dans le cerveau… pourra-t-il alors conserver le nom d'”Homo-Sapiens” ?

Et le jour où ce “Robot”, progressivement auto-créé, qui n’aura pas de sexe, qui trouvera son énergie du Soleil, insensible au climat, qui n’aura plus besoin de dormir, et… qui ne mourra plus, qu’adviendra-t-il du reliquat des humains…? Des humains qui ne serviront plus à rien d’autre qu’à consommer avec de l’argent provenant d’un “revenu universel” …!

La prise de conscience, de la mutation de l’homme biologique vers l’homme matériel, est en cours. Mais à un stade où certains regardent, surtout, le profit qu’ils peuvent tirer de celle-ci. D’autres pensent que les Homo-Sapiens sauront toujours maîtriser les PostHumains. Que l’IA ne saura jamais nantir un robot d’une Conscience…!

Pourtant, l’intelligence biologique et l’intelligence artificielle, n’ayant ni les mêmes capacités, ni les mêmes intérêts, évolueront très différemment, et leur conscience aussi.

Personnellement, je crois qu’il est impossible de museler la Science; je crois que les PostHumains, avec une conscience qui leur sera propre, finiront, d’une manière ou d’une autre, par provoquer la disparition totale des humains.”

Transhumanisme : vision utopique ou avenir dystopique ?

Le transhumanisme est un mouvement radical qui favorise la transformation de la condition humaine. Ses représentants préconisent l’application proactive de la science et de la technologie pour «améliorer» les fonctions cognitives et émotionnelles, ainsi que les capacités physiques et sensorielles. Les transhumanistes avancent que les avancées technologiques en génie génétique, en intelligence artificielle, en robotique et en nanotechnologie devraient permettre aux sciences d’étendre considérablement les facultés intellectuelles, de vaincre les maladies liées au vieillissement, d’éliminer le malheur et l’anxiété et d’éviter le vieillissement et même la mort. Le transhumanisme voudrait donc que nous jouions avec notre propre évolution en tant qu’espèce, transformant rapidement les humains en transhumains et, éventuellement, en «posthumains». Je soutiendrai que ce faisant, nous détruirions ce qui est le plus précieux pour l’humanité; La vision du transhumanisme d’une liberté individuelle accrue produirait un monde futur dystopique.

Nick Bostrom, philosophe transhumaniste de l’Université d’Oxford, est mondialement reconnu pour ses recherches hypothétiques sur les risques existentiels, les considérations éthiques liées à l’amélioration de l’homme, ainsi que les avantages et les inconvénients d’une intelligence artificielle accrue. Il est également le fondateur de l’institut Future of Humanity, un centre de recherche multidisciplinaire qui permet à des futuristes exceptionnels de réfléchir aux priorités et possibilités mondiales. Les transhumanistes sont, en fin de compte, des philosophes qui chercheraient à transformer l’espèce humaine bien au-delà de son héritage biologique en appliquant les technologies actuelles et futures. Plus problématiques encore, ils considèrent que le vieillissement, voire la mort, sont tous deux inutiles, dans le contexte de l’intensification de nos progrès scientifiques, et indésirables; Ironiquement, Bostrom a publié lui-même un essai en ligne intitulé «Le transhumanisme, l’idée la plus dangereuse au monde». Francis Fukuyama, un critique acharné de Bostrom, souligne que le transhumanisme cherche à libérer l’humanité de ses contraintes biologiques. Tout à fait séduisant et semble paraître assez inoffensif mais à quel prix cette servitude serait-elle brisée ?

Transhumanisme – l’idée la plus dangereuse du monde

En 1957, Julian Huxley (1887-1975) a inventé le mot transhumanisme, prévoyant une société efficace et puissante, vouée au plein développement du potentiel humain, rendant obsolète l’État-providence. Pour Huxley, cela décrivait «l’humanisme évolutionniste», l’effort délibéré de l’humanité pour «se transcender – dans son intégralité, en tant qu’humanité… l’homme restant homme, mais se dépassant lui-même, en réalisant les possibilités de et pour sa nature humaine». Des penseurs transhumanistes ont par la suite inclus des avocats occupant une frange universitaire, tels que Fereidoun M. Esfandiary, qui a changé son nom en FM2030 (2030, date présumée de son centième anniversaire, bien qu’il mourût en réalité en 2000), et qui considérait les transhumanistes comme un dépassement des contraintes humaines du temps et de l’espace. Max More, Ray Kurzweil et Hans Moravec, également des transhumanistes convaincus, estiment que les nouvelles technologies devraient mettre fin à l’existence humaine en tant que telle, en introduisant dans le monde une classe de «Robo sapiens» qui remplacerait Homo sapiens, produisant la prochaine phase. Par exemple, Moravec avait prédit, en 1999, qu ‘«avant la fin du siècle prochain, les êtres humains ne seront plus le type d’entité le plus intelligent ou le plus capable de la planète.

Ces technocrates utiliseraient des programmes de recherche technologique accrédités par les électeurs et financés par le gouvernement pour recréer l’humanité, un effort de la société visant à jouer à Dieu.

Selon le transhumanisme, le droit fondamental à l’autonomie de l’individu fournit le fondement éthique qui justifie l’application de technologies génétiques, nanotechnologies et robotiques / IA (GNR) afin d’élargir la gamme de choix offerts à tous, améliorant ainsi “la condition humaine”. Pour sa part, Bostrom qualifie les détracteurs du transhumanisme de “bioluddites et bioconservateurs”. David Trippett, du Genetic Literacy Project, suggère au transhumaniste de faire face à deux alternatives, dont l’une consiste à tirer parti des avancées des technologies GNR et d’autres sciences médicales pour améliorer les fonctions biologiques de l’être humain (ce qui signifierait ne jamais revenir en arrière). L’autre alternative est de légiférer pour empêcher ces manipulations génétiques et ces modifications physiques de s’enraciner rapidement dans l’humanité, par le biais de la technomédecine socialement coercitive, qui nous opposerait tous progressivement. Qui devrait avoir le droit de décider ? Qui devrait avoir le droit de décider qui a le droit de jouer à Dieu en cette ère moderne ?

Et que dire de cet aspect de nous-mêmes qui, selon la plupart des gens, conviendrait le mieux, nous rend humains, notre conscience ? Le principe fondamental du transhumanisme, sa quête pour atteindre l’immortalité, nécessiterait une attaque de notre conscience humaine et, en fin de compte, une reprise complète du corps humain. Si la vision transhumaniste consistant à remplacer le corps humain par un substitut mécanique était réalisée, les admonitions de films de science-fiction comme Terminator, Blade Runner ou encore Frankenstein deviendraient une réalité. L’empathie humaine disparue, nous deviendrions non humains, ni transhumains ni posthumains. La culpabilité, la honte, l’envie, la compassion et la peur seraient réduites à des états corrigés ou induits par des doses de 800 mg d’opiacés, rendant le monde toujours agréable.

Nos émotions, qui ont évolué de manière organique au cours de millions d’années, fournissent des ancres qui contrôlent nos désirs et nos impulsions. – par exemple, nous motiver à vouloir traiter tout le monde équitablement. Un autre aspect honteux (ou sans vergogne ?) du transhumanisme est que, même si ses adhérents prétendent que ses possibilités de développement personnel seront accessibles à toute l’humanité, l’égalité d’accès est tout à fait improbable. La société postindustrialisée se transformerait en une guerre de classe encore plus profonde, une autre version du prolétariat contre la bourgeoisie, opposant les transhumains en cours ou aspirants aux posthumains. Un tel monde serait beaucoup plus dystopique qu’utopique.

Quelque part sur le chemin de l’ingénierie de l’immortalité, les transhumanistes envisagent également de mettre fin au processus de vieillissement. Les biotechnologies génétiques et autres permettraient non seulement de guérir la maladie d’Alzheimer, le cancer, le diabète tardif et d’autres maladies liées à l’âge, mais parviendraient également à éliminer le vieillissement, augmentant ainsi considérablement la «durée de vie». Aubrey de Grey, un gérontologue qui se considère comme un «ingénieur anti-âge», est un autre transhumaniste de premier plan. Son but est de faire du vieillissement un problème mécanique. De Grey milite énergiquement pour mettre toutes les ressources disponibles dans la «guerre contre le vieillissement».

Extrait : La technique | Bernard Charbonneau & Jacques Ellul

En tant qu’organismes humains vivants, plutôt que de jouets mécaniques, nous naissons, prenons à la fois de bonnes et de mauvaises décisions, éprouvons du plaisir et de la douleur, et à travers tout cela (en dehors de la petite enfance), nous attendons à un moment donné de mourir, ce qui crée le cycle de vie humaine. Sous le régime du posthumanisme, on pourrait vraisemblablement jouir de la perspective de l’immortalité et continuer à vivre la vie aussi joyeusement qu’auparavant sans la menace de laisser des êtres chers. La mort imminente n’est généralement pas considérée comme un aspect positif de notre vie, pourtant, mais il est considéré comme un aspect positif de nos vies, et il constitue un élément essentiel de la vie. Il laisse la place aux générations futures et nous oblige à apprécier la durée de vie que nous avons. Nous évoluons dans la vie dans un esprit constamment conscient de notre éventuelle disparition, même si ce n’est que dans le tourbillon [les brûleurs arrière : the back burners] de notre conscience. Les transhumanistes étoufferaient les flammes de ces brûleurs arrière.

Lorsque les flammes de la jeunesse s’atténuent et que l’âge diminue, mais concentre également nos capacités physiques et mentales, on a généralement acquis des compétences et des talents importants avec l’expérience de la vie, notamment des formes de compassion et d’empathie qui mûrissent au fur et à mesure du vieillissement. Pourtant, le posthumain vivrait perpétuellement, sans se soucier du monde, ni même de devenir vieux, voire de disparition imminente, s’il était protégé par des modifications physiques drastiques. Le but réel de la vie – vivre malgré les limitations – ne serait pas amélioré, mais détruit par les transhumanistes. L’idée même du report de la mortalité est un acte de rébellion contre Dieu, selon Hava Tirosh-Samuelson. Ne devrions-nous pas vouloir nous assurer que nos vies auront eu un sens et une valeur, alors que nos empreintes vivent pour toujours ? Cependant, c’est cette incarnation même de la vie organique que le transhumanisme cherche à transcender dans sa forme la plus radicale, la cyberimmortalité.

La cyberimmortalité, encore un autre jargon transhumaniste, qui illustre à quel point Bostrom et d’autres futuristes ont profondément ancré leurs espoirs d’amélioration de l’humanité dans l’idolâtrie du scientisme. Massimo Pigliucci, philosophe à la City University de New York, écrit que ces futuristes ont presque toujours spectaculairement tort et absolument dépourvus de tout progrès technologique. Melinda Hall souligne que le transhumanisme assumerait le rôle de décider des vies qui valent la peine d’être vécues. Les transhumanistes prétendent se concentrer sur la protection et l’extension de l’autonomie, affirmant que la moralité et la justice sont renforcées à tout moment et en dépit des forces physiques et mentales renforcées. Cependant, ce faisant, ils ont à la fois une vision négative du droit présent et une vision injustifiée des possibilités apparemment sans limites de la technologie. Ces extrêmes de rejet de soi et d’agitation impatiente sont les deux caractéristiques de la pensée utopique incontrôlable.

Bostrom a involontairement raison de dire que le transhumanisme est l’une des idées les plus dangereuses du monde. Lui et ses compatriotes jouent avec le feu en défendant leurs visions naïves de transformer le genre humain. Depuis au moins 1957, cette philosophie dystopique n’a cessé de gagner du terrain chez de nombreux entrepreneurs très enracinés et autres penseurs frénétiques qui s’attendent à ce que des solutions réalisables émergent d’un tout nouveau domaine des technologies GNR et laissent miraculeusement notre humanité fondamentale intacte. Par leur foi en une philosophie de l’évolution qui transcende le temps et l’espace, Bostrom et ses soldats révolutionnaires jouent tous à Dieu. Si ils y parvenaient, ils créeraient un monde futur profondément dystopique, et non le monde utopique qu’ils recherchent.

James E. Sullivan

Nick Bostrom. Transhumanism: The World’s Most Dangerous Idea.” Retrieved from : https://nickbostrom.com/papers/dangerous.html
Francis Fukuyama, “Transhumanism.” Foreign Policy Magazine, October 23, 2009.
Gregory R. Hansell and William Grassie, eds (2001)., H+-: Transhumanism and its Critics (Philadelphia: Penn. Metanexus Institute), p. 20.
FM2030 (1970), “Towards New Ideologies,” http://www.aleph.se/Trans/Intro/ideologies.txt
Hansell and Grassie, op.cit.
Nick Bostrom. “Transhumanist Values” in Ethical Issues for the 21st Century, ed. Frederick Adams (Philosophical Documentation Center Press, 2003); reprinted in Review of Contemporary Philosophy, Vol. 4, May (2005).
David Trippett. “Transhumanism could push evolution into hyperdrive, Should we embrace it?” Genetic Literacy Project, April 19, 2018. Retrieved from : https://geneticliteracyproject.org/2018/04/19/transhumanism-could-push-human-evolution-into-hyperdrive-should-we-embrace-it/
Lisa Renee.”Transhumanism-The Consciousness Trap.” Retrieved from : https://veilofreality.com/transhumanism-the-consciousness-trap/
Hava Tirosh-Samuelson, “Engaging Transumanism,” H+-Transhumanism and its Critics, p.20
Massimo Piglilucci, “Why we don’t need Transhumanism,” Rationally Speaking, October 04, 2010. Retreived from http://rationallyspeaking.blogspot.com/2010/10/why-we-dont-need-transhumanism.html
Melinda Hall, “Vile Sovereigns in Bioethical Debate,” Disability Studies Quarterly, vol 33, no.4 2013 http://dx.doi.org/10.18061/dsq.v33i4.3870

Des chimères bionanotechnologiques. L’humain aux prises avec les imaginaires technoscientifiques

In book: Science, Fables and Chimera : Strange Encounters, Chapter: Des chimères bionanotechnologiques. L’humain aux prises avec les imaginaires technoscientifiques, Publisher: Cambridge Scholars Publishing, Editors: Laurence Roussillon-Constanty, Philippe Murillo, pp.269-286. July 2013.

Mathieu Quet – CEPED – UMR 196 – IRD/INED/Université Paris Descartes.

Abstract : Les débats autour des bionanotechnologies* accordent souvent une importance particulière aux transformations à venir du corps humain. Ces visions du (corps) futur sont variables, plus ou moins ambitieuses et plus ou moins sombres – de la crainte de la pollution ou de la contamination du corps humain par les nanoparticules aux discours sur les mutations « radicales » du genre humain et à la notion de post-humanité. Par exemple, au cours de la série de débats publics consacrés aux nanotechnologies et organisés par la Commission Nationale du Débat Public fin 2009, début 2010, un certain nombre de questions ont été abordées par des acteurs très différents : des groupes écologistes ont insisté sur les problèmes de pollution que risque de soulever à l’avenir la production de nanoparticules, les industries pharmaceutiques ont insisté sur les bienfaits que pouvaient apporter les nanosciences avec l’émergence de nouveaux traitements, comme la thérapie génique, et un groupe dit « transhumaniste » a évoqué des nanorobots infiltrés dans le corps et la mutation du genre humain. Chacun de ces groupes produisait ainsi des prédictions particulières sur les conséquences à venir des nanotechnologies pour le corps humain. Dans ce contexte, on peut essayer d’appréhender les discours d’anticipation au sujet des effets des nanotechnologies sur le corps humain dans leur hétérogénéité, et tenter de comprendre comment ces discours s’articulent, par-delà leur variété et leurs différences. La production discursive de chimères, ou de transformations plus ou moins imaginaires du corps humain, dans le cadre des multiples débats et controverses sur les nanos, est l’un des modes d’inscription des nanosciences dans l’espace public. La production de prédictions concernant l’avenir du corps, voire de la nature humaine, est donc l’une des médiations par lesquelles les acteurs sociaux tentent de saisir l’objet « nano », de penser son encadrement social. Et il n’est pas l’apanage de quelques illuminés, mais bien un mode d’inscription partagé par tout un faisceau d’acteurs : des chercheurs, des ingénieurs, des militants, des journalistes, et bien d’autres. Dès lors, les chimères et autres imaginaires technologiques remplissent un rôle essentiel dans l’appréhension sociale des effets des nanosciences.

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* Il existe une différence légère entre biologie synthétique et bionanotechnologie (même si ces deux champs partagent énormément de points communs). La première cherche à modifier des systèmes vivants, même à les créer ex nihilo. La seconde cherche à bâtir des objets non vivants, à partir de composés propres à ce dernier ou à partir d’organismes vivants. (source: Rémi Soussan, via InternetActu)

Les SIC à l’heure du transhumanisme

Nicolas Oliveri
Enseignant-chercheur, IDRAC Business School, campus de Sophia-Antipolis (06), Chercheur associé au Laboratoire I3M, Université de Nice Sophia-Antipolis, Sciences de l’information et de la communication

Puisque le transhumanisme croît de manière aussi rapide qu’abrupte, de même que les technologies de pointe sur lesquelles il s’appuie – biomécatronique en tête – la question du développement de ce courant de pensée semble plus que jamais au centre de préoccupations sociétales majeures (Besnier, 2009 ; Kleinpeter, 2013). Effectivement, deux enjeux émergent simultanément : d’une part, la dimension économique du projet d’une posthumanité en devenir. A priori, les biotechnologies ne sauront combler les disparités économiques entre les futurs bénéficiaires de telles avancées. Ainsi, les populations privilégiées financièrement, auront sans doute la primauté de l’accès aux technologies transhumanistes. Pour la majorité des autres – bien plus nombreux sur la planète – et dont les ressources financières ne permettront pas d’acquérir de tels dispositifs d’amélioration, le risque de n’être ‘qu’un humain’, marquera en toute rigueur logique, l’avènement d’une distinction malvenue entre humains et posthumains. L’humanité scindée en deux ?

Une autre controverse en gestation, se situera autour des critères de sélection des individus ayant recours aux progrès visant à « augmenter » certains au détriment d’autres. Dès lors, l’homme « non augmenté » pourrait-t-il être perçu comme un « homme diminué », à la productivité réduite ? (Stiegler, 2015) Comment anticiper et contourner le problème majeur de la malveillance technologique ? Comment les gouvernements, à terme, parviendront-ils entre autres, à contenir une probable « criminalité augmentée » ? Les conséquences, ici en forme de second enjeu, seront donc essentiellement sociétales. Il s’agira donc pour les transhumanistes (Kurzweil, 2007) d’offrir à l’humanité, au-delà des fantastiques prouesses technologiques promises à transformer l’être humain, un véritable cadre à la fois politique, social, économique, législatif, éthique, etc., qui saura faire la synthèse des attentes de chacun… à l’échelle mondiale.

Si le pouvoir de pénétration des technologies demeure actuellement si marqué – trop diront certains (Morozov, 2014) – alors l’appareil de régulation et les discours d’accompagnement devront être à la hauteur de la vitesse d’apparition des technologies œuvrant pour le transhumanisme. C’est encore à l’humain et à la communication, espérons-le, qu’appartiendront le droit de définir ce que le posthumain sera ou non. Une urgence se profile alors ; celle de permettre aux sciences de l’information et de la communication de se saisir de cet enjeu sociétal émergent et par nature, complexe. Sans une méthodologie de recherche adaptée, sans des concepts stabilisés pour le penser et sans rigueur épistémologique pour le discuter scientifiquement, le projet transhumaniste pourrait alors alimenter un déterminisme technologique particulièrement puissant (Oliveri, 2014), et dont les SIC devront pourtant se saisir afin de proposer une analyse interdisciplinaire et féconde des transformations visibles et en devenir.

Nicolas Oliveri, « Les SIC à l’heure du transhumanisme », Revue française des sciences de l’information et de la communication [En ligne], 10 | 2017, mis en ligne le 01 janvier 2017, consulté le 11 avril 2017. URL : http://rfsic.revues.org/2658 ; DOI : 10.4000/rfsic.2658

Bioéthique. Pour en finir avec la mort ! FEBS 2017

À l’horizon 2040, le post-humain sera immortel et d’ailleurs, ceux qui naissent aujourd’hui n’auront pas à connaître la mort… Que signifie ce besoin humain de tuer la mort ? La mort ne fait-elle pas partie de la vie? N’est-elle pas un passage obligé dans toute vie ? Et puis, que l’on soit croyant, athée ou agnostique, la mort est symboliquement rattachée à un statut particulier dans toutes les religions. C’est à se demander : l’Homme qui ne mourra pas,  sera-t-il encore un humain ?

Avec : Delphine Horvilleur. Rabbin, écrivaine, journaliste, directrice  de rédaction du magazine Tenou’a. Michel Deneken. Président de l’Université de Strasbourg. Rémi Sussan. Journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies. Aurélien Benoilid. Neurologue, chef de clinique. Maitre Jean-Marie Ohnet. Notaire. Grands témoins : Malaïka Mercky, Daphnée Pallieres, lycée Jeanne d’Arc à Mulhouse. Animation : Nadia Aubin, directrice, co-fondatrice du Forum Européen de Bioéthique.

Diffusion en direct du Forum Européen de Bioéthique FEBS 2017

La VIIème édition du Forum Européen de Bioéthique

“Humain – Post Humain”

aura lieu du 30 janvier au 4 février 2017

35 débats, avec 135 experts, 40 grand-témoins issus du public, 370 scolaires

Forum Européen de Bioéthique
9 place Kléber
67000 Strasbourg

Accueil

programme de l’édition 2017 du Forum Européen de Bioéthique

 

Le Forum Européen de Bioéthique a pour vocation de rendre accessible à tous les questions de bioéthique.

Ni colloque, ni congrès, le Forum Européen de Bioéthique est l’occasion de réunir chaque année des experts européens face au grand public. Mais au-delà des débats et des échanges, il implique aussi les jeunes et la scène culturelle à travers des approches originales pédagogiques et culturelles. Le Forum Européen de Bioéthique est composé de 3 volets : Forum des rencontres-débats, Forum jeunes, Forum culture.

En plus de rendre accessible à tous les questions de bioéthique, le Forum Européen de Bioéthique contribue à l’attractivité d’un territoire à travers une animation culturelle, fondée sur une tradition humaniste, républicaine et impliquant tous les citoyens. A ce titre, il établit des partenariats à l’échelle de la région, de l’Héxagone, de l’Europe et à l’international.

Forum Européen de Bioéthique

VIIème édition du Forum Européen de Bioéthique “Humain – Post Humain”

La VIIème édition du Forum Européen de Bioéthique

“Humain – Post Humain”

aura lieu du 30 janvier au 4 février 2017

35 débats, avec 135 experts, 40 grand-témoins issus du public, 370 scolaires

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Le Forum Européen de Bioéthique a pour vocation de rendre accessible à tous les questions de bioéthique.

Ni colloque, ni congrès, le Forum Européen de Bioéthique est l’occasion de réunir chaque année des experts européens face au grand public. Mais au-delà des débats et des échanges, il implique aussi les jeunes et la scène culturelle à travers des approches originales pédagogiques et culturelles. Le Forum Européen de Bioéthique est composé de 3 volets : Forum des rencontres-débats, Forum jeunes, Forum culture.

En plus de rendre accessible à tous les questions de bioéthique, le Forum Européen de Bioéthique contribue à l’attractivité d’un territoire à travers une animation culturelle, fondée sur une tradition humaniste, républicaine et impliquant tous les citoyens. A ce titre, il établit des partenariats à l’échelle de la région, de l’Héxagone, de l’Europe et à l’international.

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Quand l’humanité diverge : la spéciation des posthumains

PostHumains : frontières, évolutions, hybridités, Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 205-224. (initialement publié le 6 décembre 2015, l’introduction est disponible en PDF, ainsi que la table des matières PDF).

Elaine Després, Université de Montréal, Département des littératures de langue française, Post-Doc.

La posthumanité s’inscrit tout naturellement dans une réflexion sur le devenir humain, sur les transformations physiologiques, cognitives, génétiques ou technologiques de ce que nous sommes, soulevant la question de notre définition en tant qu’espèce et celle de nos limites, qui formeraient la frontière au-delà de laquelle nous ser(i)ons autre chose. cette réflexion peut relever de l’utopie (chez les transhumanistes), de l’optimisme (les théories gender du cyborg), de l’humanisme (refus de voir disparaître l’humain actuel ou celui d’un passé jugé meilleur) ou du pessimisme (représentation apocalyptique de la fin inéluctable de l’humanité), mais rarement la posthumanité est-elle perçue comme le résultat du mouvement naturel de l’évolution des espèces et rarement est-elle présentée comme pouvant prendre plusieurs formes coexistantes. Or, la plupart des théories de l’évolution sont fondées sur le concept de la divergence, la logique voudrait donc que l’on parle des posthumanités, comme il faudrait parler, sur le plan anthropologique, des humanités. Si l’homme est actuellement le seul représentant du genre Homo, il n’en a pas toujours été ainsi, tel que s’évertue à nous en convaincre le paléoanthropologue pascal picq : « il y a 40 000 ans, c’était hier, il y avait sur cette Terre plusieurs espèces d’hommes, c’est-à-dire biologiquement différentes, mais […] tout aussi humaines. Jusqu’à s’échanger des outils, des parures 1 ». cette cohabitation entre espèces humaines, une locution jamais utilisée au pluriel, n’est pas si lointaine et le processus de spéciation, par lequel pourrait advenir une posthumanisation, conduit logiquement au retour d’une telle cohabitation. Thierry Hoquet souligne que les leçons de la lutte pour la survie doivent être appliquées à l’homme : la question du bricolage (ou des mutations) dirigé(es) est aussi celle d’une espèce, la nôtre, inquiète de son avenir, envisageant l’apparition d’espèces nouvelles rivales, songeant à son expansion dans l’univers, fût-ce au prix de transformations l’affectant elle-même.

À partir des différents aspects du principe de la spéciation, processus d’apparition des nouvelles espèces biologiques, il s’agira d’observer dans quelques textes de fiction la représentation du processus de posthumanisation, et plus particulièrement la coexistence d’espèces « humaines » multiples. la spéciation, qui explique la biodiversité actuelle, est un principe le plus souvent géographique : lorsque deux groupes de la même espèce sont physiquement séparés, ils évoluent indépendamment jusqu’à devenir deux espèces, chacune mieux adaptée à son nouvel environnement. nous verrons que cette dynamique influe profondément sur la construction des récits : c’est le cas avec les Eloi arboricoles et les Morlocks troglodytes de H. G. Wells (The Time Machine), les multiples espèces humanoïdes de Brian aldiss (Hothouse), les Stock people et New humans de robert charles Wilson (« The Great Goodbye ») ou encore les old-style people, potentates et autres hrats de Geoffrey a. landiss (« a Story of the Human and the posthuman Species: a View from Evolutionary Ecology »).

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La multiplication des espèces : spéciation et divergence
Les temps de l’évolution
Les limites de la variabilité ou le bricolage du vivant
Homme de souche, homme nouveau
L’écologie des spéciations posthumaines
Bibliographie

“… l’humanité survivra-t-elle à la prochaine spéciation ?

Face à l’anthropologie de l’imposture

Discours académique de la séance solennelle de l’Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge de Paris

Dimanche 8 février 2015, Par le R.P. Jean Boboc, professeur de Bioéthique

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Extrait :

L’antihumanisme des humanistes des Lumières, comme l’a si bien démontré le professeur Xavier Martin (Voltaire méconnu. Aspects cachés de l’humanisme des Lumières (1750-1800) ; L’homme des droits de l’homme et sa compagne (1750-1850). Sur le quotient intellectuel et affectif du ‘bon sauvage’ ; et dans « Le tribut des Lumières à la bioéthique », allié au culte de la raison, a généré le biotope propice à la floraison d’une anthropologie de l’émancipation et de l’autonomie humaine, renonçant au modèle chrétien de l’anthropologie révélée. Peut être, est-ce là, la première grande imposture éthique à laquelle se sont ralliés les bons esprits du XVIIIe siècle et les médecins philosophes qui voulaient recréer l’homme dans une apostasie civilisationnelle et précurseur du transhumanisme aujourd’hui déjà à l’œuvre et annonçant le post-humain. De l’homme-machine de Julien Offray de La Mettrie, dont le titre plaisait tant à Voltaire, on en vient la machine-homme.

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Le professeur Testart, l’un des pères du premier bébé-éprouvette français, reconnaissait que « chaque pas plus permissif que le précédent, est logiquement argumenté ». Il en est de même dans le transhumanisme où « Pas à pas, année après année, petite transgression indolore par petite transgression indolore, notre transhumanité toujours plus technophile pourrait se faire à l’idée de la posthumanité », comme le souligne le neurobiologiste Laurent Alexandre.