Le bonheur posthumain ? La promesse manquée du transhumanisme

Un examen approfondi et détaillé des pièges liés au transhumanisme qui nous permet de redécouvrir ce que signifie de vivre bien.

Les livres sur le transhumanisme semblent se diviser en deux catégories : ceux qui brillent d’enthousiasme et ceux qui brillent d’indignation. Posthuman Bliss? The Failed Promise of Transhumanism, Oxford University Press, de Susan B. Levin, experte en philosophie classique au Smith College, appartient à ce dernier camp.

Les partisans du transhumanisme, ou de l’amélioration “radicale”, nous invitent à poursuivre l’amélioration biotechnologique de certaines capacités – avant tout, les capacités cognitives – bien au-delà de toute limite humaine, de telle sorte que les êtres dotés de ces capacités existeraient sur un plan ontologique supérieur. Certains pensent même que l’auto-transcendance de l’humanité par le biais des progrès de la science et de la technologie pourrait même être moralement requise. Par conséquent, selon Levin, les enjeux de notre réponse au transhumanisme sont incommensurablement élevés.

Susan B. Levin conteste les engagements globaux des transhumanistes concernant l’esprit et le cerveau, l’éthique, la démocratie libérale, la connaissance et la réalité, montrant que leur notion de l’auto-transcendance de l’humanité dans la “posthumanité” n’est guère plus que de la fantaisie.

En unissant les arguments philosophiques et scientifiques, Levin remet en question l’affirmation des transhumanistes selon laquelle la science et la technologie soutiennent leur vision de la posthumanité. Dans un style clair et engageant, elle démantèle les affirmations des transhumanistes selon lesquelles les posthumains émergeront si nous n’allouons pas suffisamment de ressources à cette fin.

Loin d’offrir une “preuve de concept” théorique et pratique pour la vision qu’ils nous proposent, explique Levin, les transhumanistes s’engagent de manière inadéquate dans la psychologie cognitive, la biologie et les neurosciences, s’appuyant souvent sur des points de vue douteux ou obsolètes dans ces domaines.

Elle soutient aussi que le transhumanisme va miner la démocratie libérale, promouvoir l’eugénisme et saper l’autonomie personnelle – des revendications qui sont fortement contestées par les transhumanistes.

Le transhumanisme est légitimement critiqué parce que ses partisans insistent sur le fait que rien de moins que l’auto-transcendance de l’humanité est un objectif rationnel … Dans une démocratie libérale, la promotion de la santé et du bien-être publics sans mettre en péril le pilier de la liberté individuelle exige une navigation et une réflexion permanentes.

Ayant montré en profondeur pourquoi le transhumanisme doit être rejeté, Levin plaide avec force pour une perspective holistique du bien-vivre qui est enracinée dans l’éthique de la vertu d’Aristote tout en étant adaptée à la démocratie libérale. Ce holisme est tout à fait humain, dans le meilleur des sens : Il nous incite à envisager des fins valables pour nous en tant qu’êtres humains et à accomplir le travail irremplaçable qui consiste à nous comprendre nous-mêmes plutôt que de compter sur la technologie et la science pour notre salut.

⇒ Un article inintéressant plus détaillé de Susan B. Levin : « Playing to lose: transhumanism, autonomy, and liberal democracy ».

Revues éditoriales

« Les transhumanistes affirment que pour que les êtres humains puissent survivre à l’avenir, et encore moins s’épanouir, nous devons réviser technologiquement nos natures évoluées. Dans sa critique vigoureuse, érudite, claire et pénétrante, Susan Levin montre que l’argument transhumaniste repose sur une compréhension philosophique superficielle de ce que signifie être humain et sur une compréhension scientifique tout aussi superficielle de ce que signifie être un organisme. Au-delà de la critique, elle offre une vision alternative de l’épanouissement qui s’enracine dans la compréhension d’Aristote, est améliorée par les fondateurs américains et s’incarne dans la vie de Martin Luther King. Ce livre sera d’un intérêt énorme pour tous ceux qui se soucient de réfléchir à ce que signifie être humain à une époque où les problèmes de notre existence commune peuvent sembler si terribles que les seules solutions qui restent sont technologiques”. – Erik Parens, The Hastings Center.

« La critique de Susan Levin sur la littérature philosophique qui défend des formes radicales d’amélioration cognitive et morale est très raisonnée, bien documentée et délicieusement pimentée. En remettant en question de manière soutenue les hypothèses scientifiques et philosophiques de ses interlocuteurs, elle établit effectivement le programme du prochain chapitre de la recherche sur nos obligations envers les futurs humains. » – Eric T. Juengst, University of North Carolina, Chapel Hill.

« Ancré dans une vision optimiste des capacités humaines et s’appuyant sur de solides arguments philosophiques et scientifiques, le livre de Susan Levin, à la fois perspicace et bienvenu, révèle les promesses tentantes des transhumanistes, mais qui, en fin de compte, n’ont pas été tenues ». – Inmaculada de Melo-Martín, Weill Cornell Medicine.

« Les pandémies mondiales, le changement climatique, les conflits géopolitiques imminents pour l’eau douce et la nourriture… il semble que plus nous devons apprendre à changer le comportement des humains dans la nature, plus nous reculons et essayons de trouver une issue en changeant plutôt la nature chez les humains. L’un de ces reculs est le transhumanisme. Posthuman Bliss propose une critique approfondie de la fabrication biotechnologique de la pensée et des émotions humaines au niveau moléculaire. Bienvenue à la pensée bioéthique qui est critique et non apologétique. Bienvenue à la perspective interdisciplinaire de la philosophe classique Susan B. Levin sur les limites du biopouvoir ». – Bruce Jennings, Vanderbilt University.

Entre maintenant et le posthumanisme – L’impossible est possible

Né en 1935 à Niederbronn-les-Bains, en Alsace, Victor Moritz a été élevé à Paris par une famille d’industriels. En 1956, il est parti en Algérie remplir ses obligations militaires, puis a mené une vie d’entrepreneur, et fondé une famille de trois enfants. Toute sa vie, il a essayé de comprendre…! Puis à 84 ans pensant avoir compris où se dirigeait l’Humanité, il s’est décidé à écrire ce livre, bien loin des idées reçues…!

Assez rapidement Victor Moritz s’est posé de nombreuses questions. En prenant soin d’étayer ses arguments sur des faits et des réalités à la fois scientifiques, politiques, religieux et sociologiques, il pense que l’Homme biologique actuel va, progressivement, laisser place à un Homme “technologique”.

Homo Sapiens tentera, néanmoins, de retarder au maximum cette échéance. Car la volonté de “survie” est inscrite dans son ADN. Alors en s’unissant, à son avis, les habitants de notre planète pourraient, pendant la période de transition, entre l’Humanisme et le posthumanisme, accepter une certaine Gouvernance commune.

Victor Moritz considère qu’une certaine forme d’alarmisme, utilisée à bon escient, se révèle un bien meilleur levier psychologique qu’un angélisme béat qui n’aurait pour effet et pour objectif que de vous faire passer un bon moment.

Il s’agit simplement d’éveiller les consciences de manière claire et en toute objectivité, de susciter l’intérêt, la curiosité et de créer le débat, voire la controverse. A partir de faits historiques, de faits scientifiques, de faits politiques et de scénarii tangibles, l’auteur narre un scénario plausible de l’histoire de l’humanité et de la chronique annoncée de la fin de l’Homo sapiens.

Les thèmes abordés sont le posthumanisme, le transhumanisme, l’intelligence artificielle, une gouvernance mondiale, une monnaie unique entres autres.

Extrait :

Après avoir expérimenté divers systèmes politiques, la démocratie a semblé meilleure que les autres. Toutefois le libéralisme, engendré par ce système, provoque, lui aussi, des inégalités sociales croissantes de moins en moins acceptables. Dans le domaine financier, par exemple, le libéralisme a permis la création de paradis fiscaux. Les paradis fiscaux permettent aux plus riches, non seulement de s’enrichir encore plus, mais de payer de moins en moins d’impôts dans leur pays d’origine. Les pays d’origine sont obligés, pour survivre, de se retourner vers leurs propres peuples, lesquels deviennent de plus en plus pauvres.

Impossible de supprimer les paradis fiscaux, trop de pays en jeux et pour d’autres raisons aussi. Impossible aux états d’imposer d’avantage leurs administrés. Les limites extrêmes semblent atteintes. Même par le truchement des endettements divers.

La Science permet déjà de remplacer de plus en plus d’organes physiologiques par des organes matériels. Les possibilités d’augmenter les capacités intellectuelles sont de plus en plus nombreuses, non seulement par voies orales mais aussi par des implants divers.

Sans réfléchir plus loin, ce n’est pas un changement de civilisation qui pointe son nez, c’est un passage progressif de l’homme biologique vers l’homme matériel. Cet “Homme Nouveau” entièrement fabriqué, grâce à l’intelligence artificielle, n’aura plus grand chose de commun avec l’Homme biologique.

Les prémices de cette évolution sont perceptibles depuis l’antiquité, mais elle s’approche, maintenant, à une vitesse toujours plus accélérée.

La transition sera progressive et pourrait s’étendre sur plusieurs siècles. L’Homme biologique fera tout pour retarder la disparition de l’Homo Sapiens, mais ne pourra pas l’éviter.

Les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle et des technologies médicales, permettront (ou permettraient déjà), l’implantation d’une “puce” ayant pour fonction de provoquer la mort “à la carte” à l’insu de la personne qui en serait munie. Le déclenchement, de celle-ci, interviendrait automatiquement, pendant le sommeil, à partir d’un âge prédéterminé par chacun et selon divers critères qu’il aurait choisis!

Progressivement l’humain ne sera plus composé que de pièces artificielles, y compris dans le cerveau… pourra-t-il alors conserver le nom d'”Homo-Sapiens” ?

Et le jour où ce “Robot”, progressivement auto-créé, qui n’aura pas de sexe, qui trouvera son énergie du Soleil, insensible au climat, qui n’aura plus besoin de dormir, et… qui ne mourra plus, qu’adviendra-t-il du reliquat des humains…? Des humains qui ne serviront plus à rien d’autre qu’à consommer avec de l’argent provenant d’un “revenu universel” …!

La prise de conscience, de la mutation de l’homme biologique vers l’homme matériel, est en cours. Mais à un stade où certains regardent, surtout, le profit qu’ils peuvent tirer de celle-ci. D’autres pensent que les Homo-Sapiens sauront toujours maîtriser les PostHumains. Que l’IA ne saura jamais nantir un robot d’une Conscience…!

Pourtant, l’intelligence biologique et l’intelligence artificielle, n’ayant ni les mêmes capacités, ni les mêmes intérêts, évolueront très différemment, et leur conscience aussi.

Personnellement, je crois qu’il est impossible de museler la Science; je crois que les PostHumains, avec une conscience qui leur sera propre, finiront, d’une manière ou d’une autre, par provoquer la disparition totale des humains.”

H+ Vers une civilisation 0.0

Des moyens techniques et financiers sans précédent semblent mettre le vieux rêve de l’homme-machine à portée de main : sur quels fondements idéologiques le projet transhumaniste s’appuie-t-il ? Quelle vision de l’homme porte-t-il ? Alors que les idées du transhumanisme affectent déjà nos vies, “H+” en retrace, à travers l’histoire des idées, les enjeux (politiques, philosophiques ou même économiques) et la généalogie.

Dans ce texte fulgurant, Friederich rétablit les origines de la doctrine transhumaniste au sein de l’histoire des idées, afin de désamorcer la “coupure historique” que celle-ci tente d’initier. Ce faisant, il dénonce cette idéologie nouvelle qui tente d’améliorer grâce aux sciences la condition humaine mais ne fait que relever à ses yeux d’une profonde inhumanité. Il débusque notamment les procédés invisibles auxquels les “technoprophètes”, comme il les qualifie, ont recours pour parvenir à leur fin. Sa critique se double par conséquent d’une dénonciation du capitalisme, dont le transhumanisme est entièrement tributaire. En s’attachant au corps seul, en niant l’esprit, le transhumanisme apparaît comme une dégénérescence du projet philosophique d’émancipation de l’homme.

Arrivée au terme du processus de rationalité critique, voici l’homme en quête d’un modèle neuf comme l’étaient les âmes des morts dans le monde grec. Mais alors les dieux veillaient. Aujourd’hui, l’individu n’est qu’un point nodal sur un réseau. Un réseau aux prises avec une accélération générale. Accélération du rythme de vie, du transfert de l’information, des relations sociales, du régime du travail et des découvertes, de la technique et du marché des idées – ce que Zygmunt Bauman appelle la ‘liquidité’. C’est précisément sur ce marché des idées que les post-humanistes et les post-libéraux cherchent à vendre leur projet d’un homme-machine.”

H+ est le sigle d’identification des Transhumanistes, dont les représentants reprennent à leur compte le rêve ancien de l’homme-machine. À la différence qu’ils disposent cette fois de moyens techniques pour tenter de le réaliser. Ainsi, avons-nous en ce début du XXIe siècle à nous défendre contre une mouvance qui espère remplacer le vivant par une unité fonctionnelle et, sur la foi qu’elle rencontre dans les milieux du pouvoir, bénéficie de soutiens et de moyens financiers considérables. Ce projet aux effets bien réels sur nos vies, à défaut de doter la machine d’un esprit, entend réduire l’homme à la machine.

L’avènement d’un homme artificiel permettrait en effet de contraindre le vivant à se soumettre à un dispositif socio-technique fondé sur la rentabilité. Il permettrait en outre aux puissants, ceux qui conçoivent le dispositif, de dépasser la seule limite que rencontre l’extension infinie du capital et de leur pouvoir : leur propre mort.

Alexandre Friederich ne décrit pas seulement leurs buts, qui sont désormais connus, mais en retrace la généalogie au sein de l’histoire des idées et de celle du capitalisme. Il démontre ainsi comment ils constituent une propagande visant à créer sans attendre un humain simplifié. Avec un espoir : éviter une civilisation 0.0.

Extrait de “H+”

Alexandre Friederich est un Auteur, dramaturge né en 1965 à Lausanne. Fils de diplomate, il passe de nombreuses années à l’étranger (Finlande, Espagne, États-Unis, Mexique, Vietnam…) avant d’entreprendre des études de philosophie à l’université de Genève.

La transmutation posthumaniste – Critique du mercantilisme anthropotechnique

Animal politique et corps de chair, la personne humaine va-t-elle être remplacée par le transhumain génétiquement modifié, le cyborg au métacorps augmenté, l’humanoïde branché sur des réseaux d’intelligence artificielle, le mutant hybride à très longue durée ? Sommes-nous à l’aube d’une rupture anthropologique majeure provoquée par l’application mercantile des biotechnologies et des neurosciences sur l’ensemble du vivant ?

Avec l’expansion mondiale des marchés dérégulés de la naissance artificielle (FIV, PMA, GPA), des modifications corporelles profondes (transgenrisme, chirurgies de biodesign), des “objets intelligents” bioconnectés (implants de puces radio-identification) ou des médecines de dépassement de l’humain (dopage, sélection génétique, clonage), la transmutation posthumaine, largement financée par les géants de l’industrie cybernétique, sort des romans de science-fiction pour investir les corporéités singulières mais aussi les corps sociaux et politiques.

Quatorze auteurs issus de différents champs disciplinaires mènent dans cet ouvrage des réflexions critiques sur l’anthropotechnie qui bouleverse le monde de la vie.

Isabelle Barbéris (agrégée de lettres modernes), Michel Bel (philosophe), Jean-François Braunstein (philosophe), Paul Cesbron (gynécologue-obstétricien), Denis Collin (philosophe), Anne-Lise Diet (psychanalyste), Emmanuel Diet (philosophe et psychanalyste), Christian Godin (philosophe), Aude Mirkovic (juriste), Isabelle de Montmollin (philosophe), François Rastier (linguiste), Pierre-André Taguieff (philosophe et politiste), Patrick Tort (philosophe et historien des sciences), Thierry Vincent (psychiatre et psychanalyste).

Si vous avez moins de 50 ans, vous vivrez éternellement

Lors de la récente édition du 4YFN Barcelona 2019, un sujet est susceptible d’en intéresser quelques uns : vivre pour toujours.

Stephen Dunne (Alpha), Ben Murnane (auteur de Ayn Rand and the Posthuman: The Mind-Made Future) et Alex Rodriguez Vitello (World Economic Forum) se sont entretenus dans une conversation perspicace et réfléchie. Le titre de la discussion était: Si vous avez moins de 50 ans, vous vivrez éternellement : Bonjour le Transhumanisme.

Découvrez ce qu’est le transhumanisme, ce qui se passe actuellement en ce qui concerne le transhumanisme et ce à quoi nous pourrions nous attendre dans le futur.

Transhumains & Post-humains

Le transhumanisme… Cette transformation, des corps et des esprits par le biais des progrès scientifiques, vise un Homme mieux adapté à son milieu, en bonne santé, immortel si possible, en lien parfois avec les intelligences artificielles, connecté, bref meilleur. Quelle forme prendra ce nouveau monde quand l’utopie se réalisera ? Pour engendrer quelle Humanité ? Et surtout, ces post-humains, seront-ils heureux ?

De part les avancées technologiques, qu’elles soient biologiques, chimiques ou cybernétiques, qu’elles soient volontaires ou subites, nous ne sommes déjà plus les mêmes Hommes que nos grands-parents. Quelles seront notre attitude et notre place dans les sociétés à venir ? Quel regard aurons-nous sur nous-mêmes et sur nos descendants ? Et après le règne de Sapiens, sera-t-il l’heure des IA ?

Cette anthologie de science-fiction « Transhumains, post-humains » offre la vision de seize auteurs francophones sur ce sujet. Alternant ambiances humoristiques, sombres et émouvantes, ces textes sont une invitation au voyage à travers autant de sociétés futuristes différentes, et une question fondamentale commune : qui serons-nous, demain ?

Andréa Deslacs, l’anthologiste de ce recueil, est une écrivaine marseillaise diplômée de la faculté de médecine avec une thèse sur la science-fiction. Déjà publiée pour de nombreuses nouvelles dans le domaine de l’imaginaire, elle a reçu en 2017 le Prix Visions du Futur et a été finaliste du Prix Rosny aîné 2018. Elle est aussi l’auteure d’un cycle de fantasy victorienne.

Manifeste Transhumaniste Universel

Manifeste Transhumaniste Universel pour les années 2020 et au-delà

Au-delà de la peur et du chaos de la vie contemporaine, il y a de bonnes nouvelles à partager.

Une nouvelle ère s’annonce : l’ère de la surabondance durable. Dans cette ère, le potentiel positif de l’humanité peut se développer de manière vraiment profonde.

La clé de cette nouvelle ère consiste à tirer parti des capacités remarquables de la science et de la technologie du XXIe siècle : robotique, biotechnologie, neurotechnologie, technologies vertes, technologies collaboratives, intelligence artificielle, etc.

Ces technologies peuvent nous fournir à tous, les moyens de vivre mieux – être en meilleure santé et en meilleure forme qu’auparavant; nourri émotionnellement et spirituellement aussi bien que physiquement; et vivre en paix avec nous-mêmes, l’environnement et nos voisins, proches et lointains.

Ce n’est pas une vision de la société actuelle au sens large – une simple abondance de biens, de services, d’activités, de relations et de récompenses. C’est la vision d’une surabondance, avec de nouvelles qualités plutôt que de nouvelles quantités.

Ce n’est pas une vision pour revenir à une période historique antérieure imaginée – un âge d’or supposé révolu. C’est une vision de l’avancement dans une nouvelle société, caractérisée par des niveaux de développement humain jamais atteints auparavant.

Ce n’est pas une vision limitée à quelques-uns – celui de l’élite de l’humanité actuelle. C’est une vision universelle pour tous, d’une fraternité large et diversifiée à laquelle tous peuvent participer librement et où tous peuvent profiter d’avantages sans précédent.

Ce n’est pas une vision d’un avenir lointain – quelque chose de pertinent, peut-être, pour nos arrière-petits-enfants. C’est une vision d’un changement qui pourrait s’accélérer de façon spectaculaire tout au long des années 2020 – une vision intensément appropriée à l’approche de l’année 2020.

Ce n’est pas une vision d’une utopie fixe et rigide. C’est une vision de la création collaborative d’un cadre social durable, ouvert et en évolution. Dans ce nouveau cadre, chacun de nous sera habilité à faire et à suivre ses propres choix, sans crainte ni favoritisme.

Dans cette vision, le ciel ne sera plus la limite. Dans cette vision, le cosmos est invoqué avec ses vastes ressources et ses possibilités infinies. Dans cette vision, notre destin réside dans l’exploration et le développement continus de l’espace intérieur et extérieur, alors que nous continuons à progresser ensemble vers des niveaux de conscience plus élevés et vers des expériences avec une signification toujours plus grande.

Choix critiques

Mais d’abord, nous sommes confrontés à des choix difficiles et critiques, des choix qui détermineront notre avenir. Si nous choisissons mal, la technologie fera beaucoup plus de mal que de bien. Si nous choisissons mal, nous nous attendons à un avenir sombre : déclin environnemental misérable, divisions sociales amères et descente rapide dans un nouvel âge sombre et lugubre. Au lieu de l’épanouissement des bons anges de notre nature humaine, ce seront nos démons intérieurs que la technologie magnifiera.

Nous devons nous tenir fermement à l’écart de ces mesures qui pourraient provoquer un tel résultat. Nous devons résister aux idées simplistes ou aux coalitions séduisantes qui nous induiraient en erreur et nous entraîneraient sur une pente glissante d’accélération de la dégradation de la situation humanitaire. Au lieu de cela, nous devons sélectionner et défendre l’ensemble des priorités qui faciliteront l’émergence rapide d’une surabondance durable.

Ce sont des tâches primordiales. Ces tâches exigeront le meilleur de l’analyse et de la compréhension humaine, de la force humaine et de la coopération humaine.

Si nous choisissons bien, les contraintes qui ont longtemps occulté l’existence humaine peuvent bientôt être levées. Au lieu de la dégradation physique et des infirmités grandissantes liées au vieillissement, nous nous attendons à une abondance de la santé et de la longévité.

Au lieu de la somnolence collective et des échecs aveugles du raisonnement, une abondance d’intelligence et de sagesse est à notre portée. Au lieu de la dépression morbide et de l’aliénation émotionnelle – au lieu de l’envie, de la jalousie et de l’égotisme (narcissisme) – nous pouvons atteindre une abondance de bien-être mental et spirituel.

Au lieu d’une société chargée de tromperies, d’abus de pouvoir et de factions divisives, nous pouvons embrasser une abondance de démocratie – une floraison de la transparence, de l’accès, le soutien mutuel, la vision collective et la possibilité pour tous, sans que personne ne soit laissé de côté.

Si nous choisissons bien, le résultat sera une liberté sans précédent. Le résultat sera que les gens du monde entier seront à la hauteur de leurs attentes et de leurs possibilités, et plus encore. Le résultat sera une humanité transformée et améliorée, faisant des progrès remarquables dans l’évolution, à mesure que la technologie élève et augmente de plus en plus la biologie. Le résultat sera d’aller au-delà de la simple humanité pour atteindre la transhumanité.

Temps pour l’action

À l’approche des années 2020, avec leur rythme de changement accéléré, avec des technologies toujours plus puissantes et largement diffusées, et avec une variété déroutante d’interconnexions enchevêtrées menaçant de conséquences imprévisibles, il est très important pour nous de le garder collectivement à l’esprit.

La pensée qui mérite une attention soutenue, au milieu de toutes les autres considérations, est la vision centrale d’un groupe de personnes connu sous le nom de transhumanistes. Cette idée concerne l’ampleur de la transformation prochaine de l’humanité vers la transhumanité.

Ce n’est pas simplement que cette transformation est possible. Ce n’est pas simplement que cette transformation pourrait être relativement imminente. C’est que cette transformation, gérée avec sagesse, pourrait avoir un énorme avantage positif. C’est que cette transformation, traitée à bon escient, est profondément souhaitable.

Cette idée n’est comprise, aujourd’hui, que par une infime fraction de la population mondiale – par une maigre dispersion de pionniers transhumanistes. Cependant, il est temps que ces pionniers transhumanistes prennent la parole. Les quelques peuvent devenir nombreux.

À l’approche des années 2020, il est temps que les transhumanistes remettent en question et réorientent le récit public. Il est temps d’élever le niveau de la conversation collective sur l’avenir.

Il est temps d’affirmer que l’avenir peut être considérablement meilleur que le présent. Il est temps de clarifier à quel point la nature humaine n’est qu’un point de départ pour un voyage vers des capacités posthumaines extraordinaires. Il est temps de souligner que, alors que l’évolution de la vie a été aveugle pendant des milliards d’années, elle passe maintenant dans notre contrôle conscient et réfléchi. Il est temps de souligner que, alors que l’évolution de la société est dominée depuis des siècles par les questions économiques et les luttes pour des ressources rares, le centre de la scène peut bientôt être marqué par l’épanouissement de l’abondance. Et il est temps de proclamer que de puissants catalyseurs de ces changements exceptionnels arrivent déjà, ici et maintenant.

En bref, il est temps que les transhumanistes du monde entier prennent la responsabilité d’avant-garde de la transformation à venir. Il est temps que les transhumanistes inspirent et soutiennent les peuples du monde entier à s’unir dans le projet historique visant à créer une ère de surabondance durable. Il est temps d’appliquer la sagesse transhumaniste pour identifier et défendre les meilleurs choix en prévision du tumulte des perturbations à venir. Il est temps de veiller à ce que la technologie apporte des avantages universels, au lieu d’être quelque chose que nous regretterons amèrement.

À l’heure actuelle, nous ne pouvons entrevoir que les grandes lignes de l’ère de la surabondance durable à venir. Les transhumanistes ont la responsabilité fondamentale de discerner les contours à venir avec plus de clarté, et d’aider l’ensemble de l’humanité à envisager et à naviguer dans les sentiers à venir.

C’est au service de cette cause capitale que ce Manifeste Transhumaniste Universel est dédié. Ce Manifeste constitue un point d’entrée dans un réseau croissant de documents vivants, dans le but de faire participer des chercheurs, des créatifs, des entrepreneurs, des activistes, des ingénieurs, des humanitaires, et plus encore.

Ensemble, appliquons nos compétences, notre temps et nos ressources pour brosser un tableau plus complet de la surabondance durable. Dépassons nos préoccupations actuelles, nos divisions inutiles, nos programmes individuels et nos limitations humaines héritées. Saisissons le pouvoir de transformation radicale des nouvelles technologies pour améliorer profondément notre vision, notre sagesse, nos structures sociales et notre efficacité.

Ensemble, imaginons des solutions constructives aux obstacles et distractions qui entravent le progrès – solutions combinant le meilleur de la technologie et le meilleur de l’humanité. Construisons des alliances productives qui affaiblissent les forces qui résistent au changement positif. Préparons-nous à tirer parti de l’élan croissant d’un mouvement technoprogressiste mondial inspirant. Nous allons prévoir comment nous délogerons la prise sur le pouvoir détenu par des intérêts rétrogrades d’aujourd’hui.

Et grâce à l’émergence d’une compréhension commune des avantages essentiels que les politiques transhumanistes peuvent apporter à chacun, transformons progressivement une opposition craintive en partenaires volontaires. Les quelques peuvent devenir nombreux.

De cette manière, nous pouvons accélérer la transition vers une surabondance durable. Le plus tôt sera le mieux.

Table des matières complète

Super-abondance à venir
Au-delà de la technologie
Principes et priorités
Vers une énergie abondante
Vers une nourriture abondante
Vers des matériaux abondants
Vers une santé abondante
Vers l’intelligence abondante
Vers une créativité abondante
Vers une démocratie abondante
Options à engager

source : Transpolitica

Remarque: le texte de ce manifeste est provisoire et fait actuellement l’objet d’une révision régulière.

Télécharger le Manifeste Transhumaniste Universel

[su_document url=”https://iatranshumanisme.com/wp-content/uploads/2019/01/Sustainable-Superabundance.pdf” width=”740″ height=”700″]

Le cyberpunk latino-américain, critique de la puérilité

Dans cet article, Juan Ignacio Munoz Zapata (Université de Montréal) confronte l’image de la jeunesse véhiculée dans le cyberpunk anglophone avec celles véhiculées dans deux romans du cyberpunk latino-américain. Plutôt qu’en mouvement cohérent, le cyberpunk latino-américain s’est constitué en une série de vagues dissociées apparaissant vers la fin des années 1980 avec le démantèlement des dictatures militaires et l’accélération des projets économiques néolibéraux. Après avoir discuté de l’idée de la jeunesse prévalant dans le cyberpunk anglophone, il analyse un roman mexicain de 1993, La Primera Calle de la Soledad (La première rue de la solitude) de Gerardo Horacio Porcayo, et un roman argentin de 2008, El Pugil (Le pugiliste) de Mike Wilson Reginato. Le premier roman fait une critique, à travers l’utilisation de l’image du cyborg et de la vidéo, de l’infantilisation ou de la puérilité que produisent les médias. Quant au deuxième roman, il aborde les thèmes du post-humanisme à travers la proposition d’un savoir culturel propre à une jeunesse alternative, proposition par laquelle on peut considérer le roman comme méta-cyberpunk. La critique de la puérilité et le méta-cyberpunk servent à distinguer les deux romans du cyberpunk anglo-américain.

« Le cyberpunk latino-américain, critique de la puérilité », Écritures jeunesses, Tome 1. Représenter la jeunesse pour elle-même. Christian Chelebourg (ed.), París: Lettres modernes Minard, 2010.

cyberpunk latino-américain, critique de la puérilité

[su_document url=”https://iatranshumanisme.com/wp-content/uploads/2018/12/le_cyberpunk_latino-americain_critique_d.pdf” width=”840″ height=”800″]

source Academia.edu

La guerre post-humaniste 2 : Géopolitique du génome

La prolifération de nouveaux éléments nous pousse à prolonger notre dossier du numéro précédent, à propos des initiatives dans la modification génétique à l’international.

Actualités touchant le génome

Les CAR-T cells permettent de traiter certains cancers du sang en modifiant génétiquement les cellules du patient. Le CAR (Chimeric Antigen Receptor) est un récepteur antigénique chimérique que l’on intègre par modification génétique aux cellules immunitaires du patient (les lymphocytes T) afin qu’elles identifient et attaquent les cellules tumorales. Ce ne serait ni plus ni moins « la découverte de l’année », selon la puissante association américaine de cancérologie ASCO. Selon les premiers résultats, le taux de rémission est de 83 % pour les patients traités au CAR-T cells contre environ 15 % pour les autres enfants et adultes jusqu’à 25 ans atteints de leucémie aiguë réfractaire. Dans le cas de patients atteints d’un lymphome diffus à grandes cellules B réfractaire, une rémission complète ne toucherait que 5 à 10 % des individus traités avec une chimiothérapie conventionnelle contre 40 % de rémission complète 15 mois après le traitement par CAR-T. Les deux hôpitaux parisiens Saint-Louis et Robert-Debré seront les premiers labellisés « centres experts pour le traitement par cellules CAR-T » en Europe. Toujours en France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a délivré aux laboratoires américains, Gilead Sciences et Kite (sa filiale axée sur la thérapie cellulaire autologue T), et au groupe pharmaceutique suisse Novartis des autorisations temporaires d’utilisation (ATU) de ces traitements, nécessaires avant une possible autorisation de mise sur le marché (AMM).

Le laboratoire pharmaceutique Glaxosmithkline ou GSK (l’un des plus gros au monde) a annoncé le rachat des données génétiques de 5 millions de clients au spécialiste US de l’analyse génétique 23andMe (un des plus grands fabricants de tests ADN à domicile) pour un coût de 300 M$. Ces clients ont transmis leur salive à la société pour en savoir plus sur leur ADN, leur ascendance et ainsi obtenir des rapports de santé personnalisés. GSK a racheté toutes ces informations pour leurs études pharmaceutiques. Plus de 5 millions de personnes ont envoyé un échantillon de salive en échange d’informations, notamment sur leur risque de développer un cancer du sein.

Avec la manipulation génétique, une équipe de scientifiques de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) a réussi à transférer la mémoire d’un escargot de mer à un autre, le 14 mai dernier. L’expérience, décrite dans la revue scientifique eNeuro, consiste à stimuler la mémoire des escargots grâce à une sensibilisation par faible choc électrique sur la queue. En provoquant leur réflexe défensif de contraction de la queue, les escargots « entraînés » après 24 h, contractent ce membre pendant cinquante secondes contre une seconde pour les « non entraînés ». L’ARN (acide nucléique essentiel dans le transport du message génétique et la synthèse des protéines) du système nerveux des escargots entraînés est ensuite extrait pour l’injecter dans les spécimens non entraînés. Vingt-quatre heures plus tard, ces derniers avaient le même réflexe de défense que les escargots ayant subi des chocs électriques. À terme, les chercheurs espèrent transférer la mémoire d’un humain à un autre. Une expérience qui fait penser à celle réalisée fin 2017, où le collectif OpenWorms avait entrepris d’analyser minutieusement le cerveau du ver Caenorhabditis elegans pour le reproduire virtuellement et le télécharger dans un robot Lego. Résultat : sans aucune programmation, le cerveau virtuel a pris le contrôle du robot, qui s’est comporté comme l’animal et a même réagi à la simulation des capteurs de nourriture destinés au ver.

La guerre post-humaniste

Les ciseaux moléculaires CRISPR et la course à la modification génétique

Actuellement, un nouveau projet international est en cours pour réécrire entièrement le génome humain. Le séquençage du génome, qui consiste à identifier tous les gènes de notre espèce, avait déjà pris 13 années. L’objectif de ce nouveau programme nommé Recode est de créer un génome 100 % synthétique. Si l’objectif reste généralement thérapeutique dans un premier temps, se posent toujours des questions éthiques, à différents niveaux selon les espaces civilisationnels [cf. Géopolitique Profonde n° 6].

Réécrire un génome, c’est une sorte de formatage ou de remise à zéro des gènes humains. Le qualificatif de « modifié génétiquement » se réfère à des plantes et des animaux qui ont été modifiés d’une manière qui ne serait pas apparue naturellement à travers l’évolution, comme le transfert d’un gène d’une espèce à une autre pour doter l’organisme d’un nouveau caractère (résistance aux parasites ou une tolérance accrue à la sécheresse). L’entreprise biopharmaceutique Cellectis a par exemple créé son outil d’édition de génome appelé TALEN en association avec l’Institut Wyss de Harvard pour couper l’ADN, ôter, coller, modifier toutes les mutations, tous les défauts ou toutes les particularités acquises au cours de milliers d’années d’évolution.

Pour l’exemple, l’agence militaire étasunienne DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) et le ô grand milliardaire philanthrope Bill Gates auraient investi 100 M$ dans le « forçage génétique ». Cette technique de manipulation génétique a pour but de modifier un gène pour qu’il soit ensuite rapidement transmissible à toute une espèce animale ou végétale. Ceci pourrait, par exemple, limiter la capacité de reproduction d’une espèce, la rendre plus sensible ou insensible à une maladie ou à un produit chimique. Des expérimentations pourraient se dérouler en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Burkina Faso, en Ouganda, au Mali et au Ghana. La Fondation Bill & Melinda Gates aurait au passage également consacré 1,6 M$ en lobbying via la société Emerging A.G pour promouvoir cette expérimentation.

Aujourd’hui, ce sont les technologies d’édition de gènes CRISPR (Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats) qui sont les plus médiatisées. Elles permettent d’introduire de nouveaux caractères en réécrivant directement le code génétique de la cible (végétaux, animaux, humains). Dans l’agriculture, cela présente l’avantage d’être plus rapide et plus précis que la culture conventionnelle (sélection des plantes), tout en étant moins controversé que les techniques OGM. En 2012, l’outil d’édition génique CRISPR-Cas9 émerge de la collaboration des chercheuses française Emmanuelle Charpentier et américaine Jennifer Doudna avec la publication de leurs recherches à l’Université de Californie à Berkeley.

CRISPR se traduit littéralement par « Courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées ». Il s’agit de famille de séquences répétées dans l’ADN. Le deuxième terme Cas9, quant à lui, renvoie à l’endonucléase, une enzyme capable de couper les deux brins de l’hélice d’ADN. En combinant les deux, on obtient les « ciseaux moléculaires » CRISPR-Cas9 qui permettent d’éditer le génome, de couper l’ADN, d’inactiver des gènes ou d’en introduire. Ses applications peuvent être plurielles dans la recherche fondamentale, la médecine et la biotechnologie. La simplicité de cette technique et son bas coût peuvent amener à des dérives multiples, dans la manipulation d’embryons par exemple.

Contrairement aux deux méthodes de coupures d’ADN 1) des protéines TALEN (Transcription activator-like effector nucleases – nucléases effectrices de type activateur de transcription) et 2) des nucléases à doigt de zinc — le ciblage de l’ADN par le procédé CRISPR-Cas9 est plus direct et ne requiert pas de modification de la protéine, mais seulement de l’ARN guide. De nombreuses sociétés investissent dans la recherche sur ce nouvel outil d’altération génétique.

Le US Patent and Trademark Office (USPTO – Bureau américain des brevets et des marques de commerce) a accordé deux nouveaux brevets CRISPR à l’Université de Californie à Berkeley. En 2017, l’instance a accordé à Feng Zhang et à son équipe du Broad Institute of Harvard et du MIT un autre brevet convoité pour utiliser l’outil CRISPR-Cas9 dans l’édition d’ADN de mammifères : il y a une bataille juridique pour déterminer lequel des scientifiques devient propriétaire, car l’équipe de Jennifer Doudna a fait appel de cette décision. Ce 10 septembre 2018, la Cour d’appel des États-Unis a confirmé cette dernière décision du USPTO. Le brevet donne à un inventeur la propriété légale de son invention ou découverte. Il est le seul à pouvoir donner l’autorisation à quiconque voulant utiliser son idée et collecter l’argent de l’octroi de la licence.

Deux sociétés américaines, Indoor Technologies et Felix Pets, se font concurrence pour modifier génétiquement des embryons de chats afin de les rendre hypoallergéniques, c’est-à-dire qu’il ne présenteraient plus le gène qui provoque des allergies aux humains. Des brevets ont été déposés en 2016 pour utiliser le Crispr-Cas9 pour couper le gène bien identifié qui provoque l’allergie, la protéine Fel d 1.

L’américain Sangamo Therapeutics a testé un procédé d’édition du génome in vivo destiné à lutter contre le rare syndrome de Hunter (maladie génétique lysosomale) sur quatre personnes. Les premiers résultats non réussis de son essai clinique ont été publiés. Les médecins ont utilisé les nucléases à doigt de zinc en tant que ciseau moléculaire et non CRISPR.

L’utilisation de CRISPR sur l’Homme est plus compliquée à tester en raison des réflexions éthiques que le procédé suscite. Les premiers essais cliniques utilisant CRISPR sur l’être humain ont débuté rapidement, avec un recul encore probablement insuffisant. En 2017, des scientifiques américains de l’Oregon Health & Science University ont franchi un cap en déclarant utiliser cette technologie pour éditer des embryons humains après deux ans d’attente pour l’autorisation éthique de leurs expériences. L’hôpital de l’Université de Pennsylvanie et l’agence US de régulation Food and Drug Administration (FDA) ont mis tout autant de temps à obtenir le feu vert pour tester une thérapie basée sur CRISPR sur 18 patients cancéreux. La société CRISPR Therapeutics de Cambridge (Massachusetts) aimerait aussi démarrer des essais cliniques de phase I en utilisant CRISPR pour traiter des patients atteints du trouble bêta-thalassémies (maladie génétique de l’hémoglobine). L’américain Editas Medicine doit également lancer sous peu un essai clinique utilisant la technique CRISPR pour traiter une forme rare de cécité.

Au vu des ralentissements prudents de la FDA à propos des essais cliniques sur l’Homme sur le sol américain depuis mai 2018, un premier essai clinique utilisant CRISPR-Cas9 chez l’homme a été lancé à l’hôpital de Ratisbonne (Allemagne). Deux sociétés US, Vertex Pharmaceuticals et CRISPR Therapeutics, se sont associées pour développer le traitement expérimental CTX001. L’essai clinique (phase 1/2) compte douze adultes atteints de bêta-thalassémie (maladie génétique de l’hémoglobine) pour prélèvement de leurs cellules sanguines, traitement in vitro et réinjection. C’est la course aux essais cliniques.

Chez les Britanniques, l’organisme de bienfaisance indépendant basé à Londres Nuffield Council on Bioethics (NCB) a pondu un rapport sur les problèmes sociaux et éthiques liés à l’édition et à la reproduction du génome humain. Le bienfaiteur autoproclamé a pour habitude d’analyser les questions éthiques en biologie et en médecine. Selon sa récente étude, l’édition d’embryons, de spermatozoïdes et des ovules humains est « moralement acceptable» sous la condition que « la modification ne compromette pas le bien-être de l’individu en devenir (la personne issue de l’embryon qui aura subi une édition génétique) ou que cela n’augmente pas le désavantage, la discrimination ou la division dans la société ».

Au Japon, les autorités étudient une autorisation prochaine de la recherche fondamentale sur les modifications génétiques des embryons humains (avec l’outil CRISPR-Cas9), dans le cadre de la recherche sur les traitements de procréation assistée. La validation de la directive est prévue d’ici avril 2019 après consultation de la population. Les embryons altérés seront ceux issus de fécondation in vitro non utilisés. Il sera interdit de les réimplanter dans l’utérus de femmes après modification. Nous voilà rassurés.

La Chine lance également des programmes de thérapie génique d’envergure internationale. La belliciste banque Goldman Sachs juge que « la Chine bat les États-Unis dans la course aux armements géniques ». Dès 2013, les scientifiques chinois ont utilisé CRISPR sur l’ADN humain, et en avril 2015, ils ont modifié directement sur des embryons un gène responsable d’une maladie du sang. Les embryons non viables n’ont pas survécu, mais la polémique a marqué les esprits. Les scientifiques du pays ont modifié génétiquement les cellules d’au moins 86 patients atteints du cancer et du VIH dans le pays en utilisant la technologie CRISPR-Cas9.

La course scientifique entre les deux superpuissances asiatique et nord-américaine est tellement intense qu’elle est qualifiée de « Spoutnik 2.0 » en référence à la concurrence spatiale opposant l’URSS et les USA durant la Guerre froide. L’École de Guerre économique a relevé qu’une équipe chinoise a fait naître des chiens de race beagles en supprimant le gène de la myostatine (protéine qui inhibe la croissance musculaire). En conséquence, les animaux sont nés avec une masse musculaire doublée par rapport à celle habituellement admise. On imagine très bien les perspectives sur l’Homme.

Contrebalançant l’enthousiasme entourant toutes ces nouvelles techniques, des scientifiques du Centre Wellcome Sanger ont récemment établi dans la revue Nature Biotechnology que l’édition de gènes CRISPR-Cas9 produit des altérations voire des suppressions dangereuses d’ADN dans les cellules de souris et d’homme. D’autres études récentes publiées dans Nature Medicine montrent que la modification des génomes avec CRISPR-Cas9 pourrait augmenter le risque que les cellules altérées déclenchent un cancer (des ovaires, du côlon, du rectum ou de l’œsophage). Des chercheurs de l’Institut suédois Karolinska et, séparément, de Novartis ont constaté que les cellules dont les génomes sont édités avec succès par CRISPR-Cas9 ont le potentiel d’ensemencer des tumeurs à l’intérieur d’un patient. Les deux études se concentrent sur le gène p53 qui joue un rôle majeur dans la prévention des tumeurs en détruisant des cellules avec de l’ADN endommagé. Selon des recherches antérieures, la plupart des tumeurs humaines ne peuvent tout simplement pas se former si la cellule p53 fonctionne correctement. Si elle est dysfonctionnelle, le risque de cancers pourrait être plus élevé. Malheureusement, p53 est aussi une sorte de défense naturelle contre les modifications du génome faites par CRISPR-Cas9. Lorsque les chercheurs utilisent ces ciseaux moléculaires pour couper et remplacer un peu d’ADN, p53 passe à l’action, provoquant l’autodestruction des cellules éditées. Cela rend l’édition CRISPR essentiellement théorique, ce qui pourrait expliquer pourquoi la méthode ne serait pas si efficace.

La version CRISPR-Cas12 serait encore plus précise et spécifique que le Cas9, qui ne reconnaît que 2 ou 3 nucléotides pour se fixer solidement à l’ADN. CRISPR-Cas12 « agit plus comme un velcro, en multipliant les liaisons faibles. Tous les nucléotides de la séquence génétique doivent être reconnus pour qu’une fixation solide se fasse ». Une utilisation généralisée de ce procédé devrait être prochainement mise en place.

Franck Pengam
Extrait de Géopolitique Profonde n°7 – Septembre-Octobre 2018