Le mythe de l’humain augmenté

Une critique politique et écologique du transhumanisme

« Réfléchir le transhumanisme sous l’angle du politique, c’est donc en premier lieu l’appréhender pour ce qu’il est avant tout, à savoir une idéologie. »

Le mythe de l’humain augmenté Une critique politique et écologique du transhumanisme
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Mouvement prônant une amélioration radicale de nos performances physiques, intellectuelles et émotionnelles grâce aux avancées technoscientifiques et biomédicales, le transhumanisme et l’idéologie de l’humain augmenté gagnent de plus en plus en notoriété. Or, le sensationnalisme futuriste de ses thèses nous empêche de bien réfléchir à leur réalité scientifique, à leur rôle économique et à leur sens politique. En resituant le débat sur le terrain du politique, Nicolas Le Dévédec montre avec clarté que ce mouvement n’est en rien révolutionnaire : changer l’être humain pour mieux ne pas changer notre modèle de société constitue son ressort politique profond.

Adhérant à l’horizon productiviste de notre temps, le transhumanisme est indissociable du néolibéralisme et de l’appropriation capitaliste toujours plus poussée de nos corps et de nos vies, comme en témoigne l’intériorisation des normes de performance individuelle calquées sur le modèle de l’entreprise. Cristallisant l’imaginaire de la maîtrise de la nature, le mouvement contribue également à entretenir un rapport au monde, à l’humain et au vivant profondément dévastateur. À l’ère de l’Anthropocène, il est temps de reconquérir notre autonomie politique et de formuler une véritable « écologie politique de la vie et du vivant ».

En librairie le 14 octobre 2021 – Extrait

Nicolas Le Dévédec est sociologue et professeur à HEC Montréal. Il est notamment l’auteur de l’ouvrage La société de l’amélioration. La perfectibilité humaine, des Lumières au transhumanisme (2015).

La grande adaptation. Le transhumanisme ou l’élusion du politique

Le transhumanisme ne se réduit pas à un projet technoscientifique. Il engage un rapport au monde, à la collectivité, à la cité (polis), qu’il est nécessaire d’interroger, au-delà des enjeux éthiques et utilitaristes qui tendent aujourd’hui à prédominer dans les débats. C’est la nature et le sens de ce « rapport au monde » promu par le mouvement que cet article entend mettre en lumière dans une perspective théorique critique.

Son objectif est de montrer que le transhumanisme, y compris quant à la branche dite sociale et progressiste du mouvement, promeut et diffuse un rapport au monde qui se caractérise fondamentalement par l’élusion du politique, au sens philosophique et fondamental du terme.

Sur des sujets aussi divers que la prise en charge des risques globaux planétaires, la question des problèmes de santé publique, le bien-être conjugal ou encore les questions écologiques, les transhumanistes avancent des explications de type « psycho-bio-évolutionnistes » qui exonèrent les sociétés capitalistes de toute responsabilité et conduisent à privilégier des solutions technoscientifiques centrées sur l’adaptation humaine.

Le Dévédec, Nicolas. « La grande adaptation. Le transhumanisme ou l’élusion du politique », Raisons politiques, vol. 74, no. 2, 2019, pp. 83-97.

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Le médicament augmenté

L’usage du médicament dans les discours transhumanistes et ses significations sociales

Si les NBIC et leur convergence sont au cœur des revendications transhumanistes en faveur d’un humain augmenté, le médicament y occupe également une place centrale. Il constitue dans les nombreux écrits et discours du mouvement l’un des premiers moyens systématiquement considérés pour repousser les limites biologiques humaines et améliorer les performances physiques, intellectuelles aussi bien qu’émotionnelles des individus. L’objectif de cet article est d’explorer d’un point de vue sociologique la place et le sens que revêt le médicament dans les discours transhumanistes. Revendiqué comme l’outil d’une véritable émancipation humaine, l’usage non thérapeutique du médicament porté par les transhumanistes fait en réalité fond sur une biomédicalisation accrue de nombre de problématiques sociales contemporaines. Après avoir exploré cette ambivalence, l’article montre ensuite que l’aspiration transhumaniste à faire « mieux que bien » grâce à la pharmacologie, loin d’être propre au mouvement, se rapproche en réalité plus largement des prétentions de la biomédecine contemporaine, au regard desquelles le transhumanisme ne constitue finalement que l’une des manifestations exacerbées.

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Des Lumières au transhumanisme

Inapte pour l’avenir ? La dépolitisation de la perfectibilité humaine, des Lumières au transhumanisme

Résumé

Mouvement intellectuel et culturel promouvant une amélioration radicale de la performance humaine au moyen d’avancées technoscientifiques et biomédicales, le transhumanisme a gagné en notoriété ces dernières années. Regroupant ingénieurs, philosophes, sociologues et entrepreneurs, le mouvement et ses idéaux d’amélioration de l’être humain ont une forte résonance sociale, que ce soit sur le plan du dopage sportif, de l’utilisation de nootropes ou de la lutte biomédicale contre le vieillissement. Le présent article jette un éclairage théorique et critique sur le transhumanisme par le prisme de la perfectibilité humaine. Il vise notamment à présenter la façon dont le mouvement marque un important renversement de la conception humaniste de la perfectibilité humaine héritée des Lumières. Loin d’œuvrer pour l’émancipation sociale et politique de l’homme et de la condition humaine, le transhumanisme est emblématique d’une conception dépolitisée de la perfectibilité humaine axée sur l’adaptation technoscientifique de l’être humain. Il marque ainsi une rupture majeure avec le projet démocratique moderne d’autonomie.

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Dévédec, N. L. (2018). Unfit for the future? The depoliticization of human perfectibility, from the Enlightenment to transhumanism. European Journal of Social Theory, 21(4), 488–507. https://doi.org/10.1177/1368431017750974

La société de l’amélioration

La perfectibilité humaine des Lumières au transhumanisme

Du dopage sportif à l’usage de psychotropes pour accroître les capacités intellectuelles ou mieux contrôler les émotions, du recours aux nouvelles technologies reproductives permettant une maîtrise croissante des naissances, au développement d’une médecine anti-âge qui œuvre à l’effacement de toute trace du vieillissement, jamais il n’a été autant question d’améliorer l’être humain et ses performances par le biais des avancées technoscientifiques et biomédicales.

L’ambition de ce livre est de montrer que cette aspiration contemporaine à un homme amélioré marque le renversement complet de l’idéal humaniste et politique de la perfectibilité humaine formulé au dix-huitième siècle. Il ne s’agit en effet désormais plus tant d’améliorer l’être humain dans et par la société que de l’adapter en le modifiant techniquement, avec tout ce que cela implique de désinvestissement politique.

Comment un tel renversement et une telle dépolitisation de la perfectibilité ont-ils pu avoir lieu ? C’est ce que tente d’éclairer cette étude à travers un vaste parcours socio-historique, des Lumières au transhumanisme.

Mais pourquoi souhaitons-nous tant augmenter nos capacités, au point de vouloir entièrement dépasser ce que nous sommes ?

Nicolas Le Dévédec est docteur en sociologie et science politique et enseigne au département de sociologie de l’Université de Montréal.

Table des matières

Chapitre 1 : Les Lumières et la quête de la perfectibilité
● Aux origines d’une conception
● Jean-Jacques Rousseau et la quête politique de la perfectibilité
● Perfectibilité et progrès
Chapitre 2 : De la quête de la perfectibilité au culte du progrès
● Réorganiser scientifiquement la société : Auguste Comte
● Karl Marx et la nécessité de fer du progrès
Chapitre 3 : Sous le signe de l’évolution : du darwinisme à l’eugénisme
● Charles Darwin et la perfectibilité des espèces
● Herbert Spencer et le darwinisme social
● L’eugénisme ou l’amélioration par la sélection : Francis Galton
Chapitre 4 : L’avènement de l’homme machine
● La matrice cybernétique : Norbert Wiener
● Pierre Teilhard de Chardin, prophète du posthumain
● De l’anthropologie à l’anthropotechnie : André Leroi-Gourhan
Chapitre 5 : L’horizon (dé)constructiviste postmoderne
● Le Manifeste cyborg : Donna Haraway
● « Nous n’avons jamais été humains » : Bruno Latour
● Règles cyniques pour le parc humain : Peter Sloterdijk
● De la lutte des classes à l’humain déclassé : Michael Hardt et Toni Negri
Chapitre 6 : Devenir plus qu’humain ?
● Devenir plus qu’humain : le transhumanisme
● Rester humain : le bioconservatisme
● Réguler l’amélioration : la bioéthique minimale

La perfectibilité humaine, des Lumières au transhumanisme

Généalogies et nature du transhumanisme

État actuel du débat

ISBN: 978-2-89578-644-3

Une histoire du mouvement transhumaniste proposant l’état le plus actuel du débat sur la question.

Depuis maintenant quelques années, le transhumanisme s’est imposé, tant dans l’espace médiatique que dans le monde universitaire, politique et économique, des deux côtés de l’Atlantique. Si son nom s’accompagne naturellement de l’image futuriste d’un homme « augmenté », « amélioré », grâce aux avancées remarquables des sciences et des techniques, le mouvement transhumaniste embrasse une pluralité de voix, d’acteurs et de réalités depuis sa naissance dans la seconde moitié du vingtième siècle.

S’agit-il d’une nouvelle utopie ou d’une dystopie, d’un nouvel idéal civilisationnel ou d’un argument marketing, d’une philosophie ou d’une religiosité séculière, d’un nouveau paradigme anthropologique, d’un mouvement politique ou d’un projet de société, de tout cela à la fois ? Au fond, qu’est-ce que le transhumanisme ?

Existe-t-il des critères généraux de rassemblement de tous les transhumanismes ? Par ailleurs, doit-on voir, dans la diversité des propositions transhumanistes, des productions de futurs possibles sur le mode de la science-fiction, probablement privés de toute mise en œuvre pratique, ou faut-il y voir au contraire les anticipations et les reflets particuliers, dans la culture, d’une mutation anthropologique fondamentale en cours de réalisation ?

Le questionnement apparaît d’emblée double, typologique et ontologique: il s’agit non seulement de se demander s’il existe un idéal-type ou une vision du monde sur lesquels tous les transhumanistes s’accorderaient, mais aussi si les théories transhumanistes sont sous-tendues par des logiques sociales ou anthropologiques.

Le présent ouvrage entend répondre à ces questions. Faisant le pari de l’intelligibilité et du dialogue, il donne la parole à des transhumanistes, à des sympathisants du mouvement, à des adversaires déclarés et à des analystes. Il retrace ainsi l’histoire du mouvement, en confronte les lectures, réfléchit à ses promesses et à leur faisabilité, proposant de la sorte l’état le plus actuel du débat transhumaniste.

Collectif dirigé par Franck Damour, Stanislas Deprez et David Doat, à paraître le 13 novembre.

Franck Damour est chercheur associé à la chaire Éthique et Transhumanisme de l’université catholique de Lille. Auteur de plusieurs essais, dont La Tentation transhumaniste (2015) et Heureux les mortels (2016), il est aussi conseiller de la revue Études et co-dirige la revue Nunc.

Stanislas Deprez est maître de conférence de l’université catholique de Lille, chercheur à la chaire Éthique et Transhumanisme. Spécialiste d’anthropologie, auteurs de plusieurs ouvrages, il a codirigé L’Homme, une chose comme les autres ? Exploration interdisciplinaire de la frontière homme-chose (2012).

David Doat est maître de conférences en philosophie, et actuellement titulaire de la chaire Éthique et Transhumanisme de l’université catholique de Lille.

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Introduction 7

Première partie Généalogie d’une idée

Nicolas Le Dévédec
Humanisme, transhumanisme : deux conceptions antithétiques de la perfectibilité humaine 19

Jean-Yves Goffi
L’héritage de la génération Huxley-Teilhard de Chardin 35

Franck Damour
Le transhumanisme au vingt et unième siècle 55

Deuxième partie Significations du transhumanisme

Gilbert Hottois
Pour un transhumanisme philosophique critique 75

Marc Roux
Technoprogressisme et frontières de l’humain : au-delà de l’horizon 91

Francesco Paolo Adorno
L’illusion de la liberté 107

Paul Jorion
Les préconisations du transhumanisme sous le regard de l’anthropologue et de l’éthologue 121

Thierry Magnin et Sylvie Allouche
Le transhumain et l’anthropologie chrétienne 131

Troisième partie Imaginaire et réalité

Salomé Bour
Mythologies transhumanistes 149

Stéphane Zygart
Les désirs d’amélioration du transhumanisme à l’épreuve de l’histoire des rééducations 165

Benjamin Bourcier
La politique transhumaniste : pari utilitariste et politique du futur ? 181

Contributeurs 195[/su_spoiler][/su_accordion]

https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/politique-transhumanisme-james-hughes/

Entre la sacralisation de la vie et l’essentialisation de la nature humaine : un examen critique du bioconservatisme

Le Dévédec, Nicolas. “Entre la sacralisation de la vie et l’essentialisation de la nature humaine : un examen critique du bioconservatisme.” Politique et Sociétés 36, no. 1 (2017): 47–63.

Résumé : Souvent qualifiés par leurs détracteurs d’« anti-mélioristes » ou de « bioluddites », les penseurs associés au « bioconservatisme » ont développé au début du vingt et unième siècle une critique vigoureuse des avancées technoscientifiques et biomédicales visant l’amélioration de l’être humain et de ses performances. À travers l’examen de la pensée de deux de ses représentants majeurs, le philosophe Leon Kass et le politologue Francis Fukuyama, cet article propose une lecture critique de la bioéthique conservatrice. Si les bioconservateurs ont le mérite de rappeler la nécessité de tenir compte de l’ancrage vivant irréductible de l’être humain à l’ère de la bioéconomie et de l’exploitation croissante du monde vivant, nous verrons que la conception, sinon religieuse, pour le moins dogmatique de la « nature humaine » qui soutient leur argumentation permet difficilement de répondre aux défis éthiques et politiques soulevés par l’aspiration actuelle à un humain augmenté.

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Fin des Lumières : bienvenue dans le meilleur des mondes transhumanistes

Par Nicolas Le Dévédec, sept. 2016 FigaroVox (PDF)

Extrait :

«Changer l’être humain plutôt que changer le monde», telle pourrait être résumée la rupture introduite par le transhumanisme quant à la conception de la perfectibilité humaine. Il ne s’agit désormais plus tant d’améliorer la société et nos conditions de vie sociales par des moyens politiques, mais d’améliorer l’humain par des moyens technoscientifiques dans une optique adaptative. Ce renversement marque une rupture importante avec la culture humaniste des Lumières, qui encourageait au contraire les êtres humains à conquérir leur autonomie sociale et politique.

Il ne se passe pas un jour ou presque sans qu’on parle du mouvement transhumaniste et de son ambition d’«améliorer» techniquement l’être humain et ses performances intellectuelles, physiques et émotionnelles. Militant en faveur d’un humain revu et corrigé par les technosciences et bénéficiant du soutien de géants économiques comme Google ou PayPal, le transhumanisme ne cesse en effet de gagner en notoriété. Les idéaux d’un «humain augmenté» trouvent un écho certain dans nos sociétés obnubilées par le culte de la performance. Chirurgie esthétique, dopage sportif, recours aux psychostimulants pour optimiser les capacités cognitives ou développement d’une médecine régénératrice qui œuvre à repousser la mort en sont quelques-unes des manifestations saillantes.

Suscitant depuis plusieurs années d’importants débats, force est de constater que le transhumanisme demeure toutefois essentiellement interrogé dans une perspective bioéthique gestionnaire et utilitariste centrée sur la minimisation des risques et la maximisation des avantages de l’humain augmenté. lire la suite

 

Transhumanisme. Utopie ou néofascisme ?

Humanité Dimanche, 30 juillet 2015

2045, l’intelligence des machines va nous dépasser… 2030, vous serez tous équipés de prothèses. Les transhumanistes imaginent ainsi améliorer l’espèce humaine par la technologie et la science, tuer la mort en quelque sorte. A priori, on aurait envie de reléguer ces scénarios au rayon science-fiction. En réalité, c’est un projet sérieux, à la fois structuré philosophiquement et politiquement. Issu des libertariens, le mouvement s’épanouit grâce aux millions déversés par les géants du numérique. Balade en Transhumanie, un monde où l’espèce humaine doit disparaître…

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[note admin : Les extropiens constituent un groupe de transhumanistes fondé par Tom M. Morrow et Max More. En 1990, un code plus formel et concret pour les transhumanistes libertariens prend la forme des Principes transhumanistes d’Extropie (Transhumanist Principles of Extropy, traduction française), l’extropianisme étant une synthèse du transhumanisme et du néolibéralisme.