DARPA finance des nanoparticules qui pénètrent dans le cerveau pour lire les signaux neuronaux

L’armée les réclame déjà pour une nouvelle technologie d’interface cerveau-ordinateur

Au lieu de se faire poser des implants neuronaux invasifs dans le cerveau, les médecins pourraient un jour inonder votre tête de millions de nanoparticules capables de lire vos signaux neuronaux de l’intérieur et de les transmettre à un ordinateur proche.

C’est du moins l’avenir qu’espère l’ingénieur Sakhrat Khizroev de l’université de Miami. Selon un communiqué, il a mis au point des nanoparticules magnétoélectriques (MENPs) capables de voyager dans le système sanguin, de pénétrer dans le cerveau et de lire les signaux neuronaux d’une manière pouvant être captée par un casque spécialisé.

En bref, il s’agit d’un outil qui pourrait changer radicalement la façon dont les scientifiques abordent les technologies d’interface cerveau-ordinateur en éliminant les capteurs invasifs et localisés et en les remplaçant par des millions de particules injectées comme n’importe quelle autre piqûre et pouvant couvrir l’ensemble du cerveau – et qui suscite déjà l’intérêt des militaires.

“Pour l’instant, nous ne faisons qu’effleurer la surface”, a déclaré Khizroev. “Nous ne pouvons qu’imaginer comment notre vie quotidienne va changer avec une telle technologie”.

D’une part, Khizroev a des objectifs médicaux ambitieux. Cartographier l’activité de l’ensemble du cerveau avec ses MENP, pourrait donner aux chercheurs les outils et les informations dont ils ont besoin pour traiter des maladies neurologiques complexes comme la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer et la dépression.

Et, sans grande surprise, l’armée américaine s’y intéresse également. La DARPA a lancé le projet BRainSTORMS (Next-Generation Nonsurgical Neurotechnology (N3)) pour tester la technologie dans l’espoir qu’elle permette aux soldats auxquels on a injecté les nanoparticules de communiquer avec les systèmes militaires par la pensée.

Des chimères bionanotechnologiques. L’humain aux prises avec les imaginaires technoscientifiques

In book: Science, Fables and Chimera : Strange Encounters, Chapter: Des chimères bionanotechnologiques. L’humain aux prises avec les imaginaires technoscientifiques, Publisher: Cambridge Scholars Publishing, Editors: Laurence Roussillon-Constanty, Philippe Murillo, pp.269-286. July 2013.

Mathieu Quet – CEPED – UMR 196 – IRD/INED/Université Paris Descartes.

Abstract : Les débats autour des bionanotechnologies* accordent souvent une importance particulière aux transformations à venir du corps humain. Ces visions du (corps) futur sont variables, plus ou moins ambitieuses et plus ou moins sombres – de la crainte de la pollution ou de la contamination du corps humain par les nanoparticules aux discours sur les mutations « radicales » du genre humain et à la notion de post-humanité. Par exemple, au cours de la série de débats publics consacrés aux nanotechnologies et organisés par la Commission Nationale du Débat Public fin 2009, début 2010, un certain nombre de questions ont été abordées par des acteurs très différents : des groupes écologistes ont insisté sur les problèmes de pollution que risque de soulever à l’avenir la production de nanoparticules, les industries pharmaceutiques ont insisté sur les bienfaits que pouvaient apporter les nanosciences avec l’émergence de nouveaux traitements, comme la thérapie génique, et un groupe dit « transhumaniste » a évoqué des nanorobots infiltrés dans le corps et la mutation du genre humain. Chacun de ces groupes produisait ainsi des prédictions particulières sur les conséquences à venir des nanotechnologies pour le corps humain. Dans ce contexte, on peut essayer d’appréhender les discours d’anticipation au sujet des effets des nanotechnologies sur le corps humain dans leur hétérogénéité, et tenter de comprendre comment ces discours s’articulent, par-delà leur variété et leurs différences. La production discursive de chimères, ou de transformations plus ou moins imaginaires du corps humain, dans le cadre des multiples débats et controverses sur les nanos, est l’un des modes d’inscription des nanosciences dans l’espace public. La production de prédictions concernant l’avenir du corps, voire de la nature humaine, est donc l’une des médiations par lesquelles les acteurs sociaux tentent de saisir l’objet « nano », de penser son encadrement social. Et il n’est pas l’apanage de quelques illuminés, mais bien un mode d’inscription partagé par tout un faisceau d’acteurs : des chercheurs, des ingénieurs, des militants, des journalistes, et bien d’autres. Dès lors, les chimères et autres imaginaires technologiques remplissent un rôle essentiel dans l’appréhension sociale des effets des nanosciences.

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* Il existe une différence légère entre biologie synthétique et bionanotechnologie (même si ces deux champs partagent énormément de points communs). La première cherche à modifier des systèmes vivants, même à les créer ex nihilo. La seconde cherche à bâtir des objets non vivants, à partir de composés propres à ce dernier ou à partir d’organismes vivants. (source: Rémi Soussan, via InternetActu)

Où se cachent les nanos ? Démystifier les nanotechnologies

Nadia Capolla est docteure en physique. Elle compte plus de 20 ans d’expérience industrielle en optique, photonique et nanotechnologie. Elle est présentement au service d’une société de valorisation de la recherche universitaire.

Bien qu’on entende le mot nanotechnologie de plus en plus fréquemment, sa signification demeure encore nébuleuse pour la plupart des gens. Que sont les nanos ? D’où viennent-elles ? Où se cachent-elles ?

Voici un ouvrage qui répond à ces questions de façon accessible, rigoureuse et objective. On y explore avec simplicité l’univers des nanotechnologies afin de dévoiler quelques-unes de ses nombreuses facettes. Ce livre explique les bases nécessaires pour comprendre le monde des nanosciences.

On y apprend que des nanostructures existent déjà dans la nature et que l’être humain crée des nanoparticules depuis longtemps.

On y présente quelques instruments conçus pour littéralement « voir » les atomes et développer des nanostructures avec une précision inégalée.

On y explore plusieurs domaines d’application des nanotechnologies, le tout accompagné d’exemples de réalisations québécoises prometteuses en la matière.

Ce livre plaira autant au grand public curieux qu’aux étudiants et aux industriels désireux de se familiariser avec le sujet. Une belle invitation à découvrir les nanotechnologies !

Roger Lenglet : Nanotoxiques et Menace sur nos neurones

Nanosciences : les enjeux d’une remise en cause

par Marie-Gabrielle Suraud et Camille Dumat · Publication 01/06/2015 · Mis à jour 05/04/2016

Depuis les années 1970, dans la plupart des pays industrialisés, on observe une montée de la contestation des risques « environnement-santé », portée notamment par des associations. Cependant, les revendications du mouvement associatif ont connu des évolutions sensibles. Ainsi, les associations traditionnellement engagées sur ce thème souhaitent désormais participer à l’élaboration des politiques de recherche et non plus intervenir après coup pour tenter de contrôler les développements technologiques et leurs applications.

Ces politiques de recherche deviennent ainsi progressivement un enjeu de démocratisation pour l’opinion publique, suggérant de nouvelles formes d’articulation entre la société civile et la sphère de la recherche. La contestation récente des nanotechnologies – qui prend de l’ampleur en France depuis 2005 – contribue d’ailleurs à renforcer l’idée d’une participation citoyenne aux programmes scientifiques. Au sein du mouvement « anti-nanos », cette revendication fait progressivement son chemin, emportant l’adhésion d’un nombre toujours plus élevé d’associations, notamment environnementalistes.

La mise en question des politiques de recherche par des mouvements de lutte contre les risques « environnement-santé » est en fait bien antérieure à la contestation des nanotechnologies. Déjà, au tournant des années 2000, les mobilisations contre les biotechnologies et les OGM avaient ouvert la voie à l’idée « de faire entrer les sciences en démocratie ». Plusieurs associations plaçant la question des politiques de recherche au cœur de leurs démarches s’étaient alors créées, telles que la Fondation Sciences Citoyennes (2003), Science et Démocratie (2005), Vivagora (2003 ), ou encore Avicenn (2011).

En 2010, la force des revendications vis-à-vis de la science était telle que le Ministère de l’Ecologie avait ouvert le programme de réflexion REPERE (Recherche et Expertise pour Piloter Ensemble la Recherche et l’Expertise) sur les possibilités d’associer des citoyens aux recherches menées dans les laboratoires et/ou d’intégrer des citoyens dans les instances de la recherche. Le Ministère parlait alors de « co-pilotage de la recherche ».

Comment comprendre et interpréter cette volonté des associations d’avoir un droit de regard sur les programmes de recherche ? En quoi le mouvement « anti-nanos » a-t-il contribué à étendre et renforcer cette revendication ? Malgré l’adhésion d’un grand nombre d’associations à l’idée d’un co-pilotage, malgré l’engagement de l’Etat pour mener la réflexion, ce projet de démocratisation ne se réalise cependant pas sans conflit ni opposition. D’où viennent ces désaccords ?

Comment s’est élaborée « l’acceptabilité sociale » des nanotechnologies  → Roger Lenglet : Nanotoxiques et Menace sur nos neurones

Les nanosciences et nanotechnologies (d’après le grec νάνος nain), ou NST, peuvent être définies a minima comme l’ensemble des études et des procédés de fabrication et de manipulation de structures (électroniques, chimiques, etc.), de dispositifs et de systèmes matériels à l’échelle du nanomètre (nm), ce qui est l’ordre de grandeur de la distance entre deux atomes.

Les NST présentent plusieurs acceptions liées à la nature transversale de cette jeune discipline. En effet, elles utilisent, tout en permettant de nouvelles possibilités, des disciplines telles que l’optique, la biologie, la mécanique, microtechnologie. Ainsi, comme le reconnaît le portail français officiel des NST, « les scientifiques ne sont pas unanimes quant à la définition de nanoscience et de nanotechnologie ».

Les nanomatériaux ont été reconnus comme toxiques pour les tissus humains et les cellules en culture. La nanotoxicologie étudie les risques environnementaux et sanitaires liés aux nanotechnologies. La dissémination à large échelle de nanoparticules dans l’environnement est sujette à des questions éthiques.

Les nanotechnologies bénéficient de plusieurs milliards de dollars en recherche et développement. L’Europe a accordé 1,3 milliard d’euros pendant la période 2002-2006. Certains organismes prétendent que le marché mondial annuel sera de l’ordre de 1 000 milliards de dollars américains dès 2015.

Réguler les technologies ou contrôler la recherche ?

Bien que la contestation des nanotechnologies s’inscrive dans l’expérience sociale des risques techno-industriels (nucléaire, amiante, OGM…), les spécificités liées aux « nanos » expliquent en partie que les mouvements « anti » se soient focalisés sur une remise en cause de la science et en particulier des nanosciences.

Une de leurs particularités est d’embrasser un spectre très large de domaines : la production de matériaux, la surveillance des comportements, les biotechnologies et la transformation du vivant… Ainsi, la société civile est confrontée non pas à une activité identifiée – comme c’est le cas pour les OGM ou le nucléaire – , mais à un large éventail de projets en termes d’application technologiques et de commercialisation de produits : médicaments, textiles, cosmétiques, alimentation, électronique, informatique…

Certes, à ce jour, les innovations n’en sont encore souvent qu’au stade de la pré-industrialisation, car leur commercialisation doit passer l’épreuve du principe de précaution issu du règlement européen REACH (Registration, Evaluation, Authorization of CHemical Substances). Cependant, l’idée qu’un point de non-retour pour la santé et l’environnement pourrait être rapidement atteint si la commercialisation des nano-produits devait s’étendre, incite les associations à traiter le problème le plus en amont possible, en demandant le contrôle des recherches. Elles craignent en effet que toute démarche d’interruption des nano-produits, une fois ceux-ci commercialisés, soit inopérante et vouée à l’échec. Plusieurs travaux – dont ceux de l’Américain Kitcher dans le domaine de la génomique – montrent en effet que la mise en œuvre a posteriori de mesures de contrôle des produits et des technologies commercialisés est peu efficace. C’est d’autant plus le cas avec les « nanos » qui sont, faute d’étiquetage généralisé, difficilement décelables dans les différents produits de consommation dans lesquels ils sont intégrés. L’exigence d’un droit de regard des citoyens sur la recherche en nanosciences s’explique donc notamment par la crainte d’une trop faible capacité de contrôle de la commercialisation des nano-produits.

  • Laurent B., 2010, Les politiques des nanotechnologies : pour un traitement démocratique d’une science émergente, Paris : ECLM.
  • Kitcher P., 2010, Science, vérité et démocratie, Paris : PUF, 344 p.

S’entendre ou se diviser ?

Cependant, bien que les associations s’accordent pour demander une démocratisation des politiques de recherche, la mise en pratique de ce principe fait débat et divise. Une double difficulté apparaît : d’une part, les associations ne s’entendent pas sur les formes que pourrait prendre la démocratisation des politiques de recherche, d’autre part, les chercheurs eux-mêmes s’opposent à cette démarche :

– « Démocratiser » les politiques scientifiques : des associations divisées : deux types de tensions traversent les associations. D’une part, les désaccords sont relatifs au statut et au rôle à accorder à la recherche scientifique dont on ne sait quelle dimension sociétale privilégier : source d’émancipation ou facteur de risques ? Le fait que ces dimensions apparaissent souvent inextricablement mêlées (comme c’est le cas pour les recherches en santé) freine l’émergence de positions consensuelles dans la société civile. Certaines associations ont même demandé un moratoire sur la recherche en nanosciences, allant jusqu’à exiger l’arrêt total des recherches : on pense notamment à la demande portée en 2010 par Les Amis de la Terre lors du débat de la Commission Nationale du Débat Public.

D’autre part, trois solutions sont envisagées par les associations pour mettre en pratique la démocratisation de la recherche :

  1. créer des dispositifs de concertation publique accordant une large place aux citoyens et dédiés aux réflexions sur les politiques scientifiques ;
  2. mettre en place des partenariats citoyens-chercheurs pour mener des recherches en laboratoire, notamment sur des sujets jugés sensibles, tels que les recherches en toxicologie, éco-toxicologie, épidémiologie, etc ;
  3. intégrer directement des citoyens dans les instances nationales et locales de pilotage de la recherche, et notamment les instances ayant la charge de répartir les financements des laboratoires et des projets de recherche. Ces trois réponses sont loin d’être équivalentes en termes d’association des citoyens à la sphère scientifique. Elles déclinent en fait des modes d’articulation entre la société civile et la sphère scientifique plus ou moins contraignants pour la recherche.

– « Co-piloter la recherche » : des chercheurs en opposition : au-delà des désaccords entre les associations, l’opposition d’une partie des scientifiques à l’idée d’ouvrir les instances de la recherche et les laboratoires aux citoyens freine ce mouvement de démocratisation de la science. Cette position des chercheurs constitue une rupture. En effet, dans les années 1970, les mouvements qui interrogent le rapport sciences/société ne manifestent guère de clivages ou de tensions entre les chercheurs et le tissu associatif. D’une part, les contestations prennent le plus souvent leur source dans le milieu scientifique lui-même : physiciens nucléaires, généticiens, biologistes (…) se mobilisent contre certains développements scientifiques et technologiques. D’autre part, les associations se limitent à la demande d’un simple décloisonnement de la recherche passant par des actions de vulgarisation, de valorisation ou de diffusion de l’information scientifique.

Avec la montée de l’exigence d’un co-pilotage de la recherche, un pas est franchi. Le principe « d’indépendance de la recherche » exprimé par les chercheurs eux-mêmes, devient un motif de clivage entre les chercheurs et le tissu associatif. Le fossé se creuse alors entre eux, malgré une critique commune des rapports de plus en plus étroits entre la science et le pouvoir ou la science et le marché.

  • Miège B., Vinck D., coord., 2012, Les masques de la convergence. Enquêtes sur sciences, industries et aménagements, Paris : Editions des Archives contemporaines, 296 p.
  • Gaudilliere J.-P., Bonneuil C., 2001, « A propos de démocratie technique », Mouvements, n°18, 73-80.

Avec le mouvement contre les nanos, la critique des politiques de recherche a échappé aux chercheurs et a fragilisé la « coopération » antérieure entre associatifs et chercheurs. Les contestations des nanos ont ainsi fait émerger un clivage entre chercheurs et associatifs non-chercheurs qui prend sa source dans les contours d’une exigence de co-pilotage de la recherche. De façon plus générale, se pose la question de la concordance entre activités de recherche produisant des connaissances scientifiques et valeurs civiques qui tendent à se placer au-dessus des autres activités sociales dites « matérielles ».

Un carnet de recherche proposé par Hypothèses

Des nanorobots capables de libérer des médicaments dans le corps par le contrôle de l’esprit

Qui aurait pu penser que les cafards pouvaient venir en aide à l’humanité ?

Les scientifiques de la Bar-Ilan University, avec l’aide du Interdisciplinary Center en Israël, ont conçu des nanorobots injectables, et ils les testent sur ces petites créatures. Étonnamment, cette technologie contrôle la libération de médicaments nécessaires au cerveau pour le fonctionnement même de ce dernier.

Ce travail a été publié dans le journal PLOS ONE.

Ces robots microscopiques sont équipés de nanoparticules en oxyde de fer qui agissent comme des « portes » pour le contrôle de la libération de médicaments nécessaires au cerveau. Ces portes peuvent être contrôlées par électroencéphalographie (EEG) induite par des électroaimants. Ces derniers répondent, et « ouvrent » lorsque se présente un motif cérébral spécifique détecté par l’EEG. En particulier, l’EEG peut être calibrée pour répondre à un épisode psychotique et les robots vont alors libérer les médicaments pour soulager le patient.

A cette fin, l’équipe affirme que les nanorobots peuvent être très utiles dans le cas de problèmes mentaux tels que la schizophrénie ou les troubles de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité.

Quoi qu’il en soit, à ce jour, ces méthodes n’ont pas été approuvées pour la phase de test sur les êtres humains, et c’est à ce moment-là que les cafards font leur entrée : l’équipe les utilise pour perfectionner cette technologie.

traduction Virginie Bouetel

Engadget, PLOS ONE

Comment s’est élaborée « l’acceptabilité sociale » des nanotechnologies

© Félix Blondel/Reporterre

28 juillet 2016 / Sarah Lefèvre (Reporterre)

Une enquête approfondie sur les nanomatériaux par Reporterre

Grenoble est le centre français des nanotechnologies. Elles s’y développent par une alliance sans faille entre l’Etat, les entreprises et le Commissariat à l’énergie atomique. Qui ont réussi à avancer sans que les citoyens prennent conscience de ce que représente cette voie technologique.

Au cœur des monts de l’Isère, Grenoble a la réputation d’être le plus influent technopôle européen. À l’origine de cette mutation high tech, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et son Leti, le Laboratoire d’électronique et de technologies de l’information, en plein cœur de la ville. Ils planchent de concert avec les géants voisins de la microélectronique : Philips, Motorola, STMicroelectronics ou IBM. Il y a dix ans, sous l’impulsion du CEA, le campus s’est agrandi d’un complexe de huit hectares, destiné à l’enseignement et à la recherche sur les micro et les nanotechnologies : Minatec.

Son inauguration, le 1er juin 2006, a rassemblé près d’un millier d’opposants à l’initiative du collectif OGN, Opposition grenobloise aux nécrotechnologies, et de Pièces et Main d’œuvre (PMO), pour la première manifestation au monde contre les nanos. « Sur les 8,6 milliards de dollars consacrés en 2004 dans le monde à la recherche et au développement des nanotechnologies, une bonne part l’aura été grâce à des budgets militaires », dénonçaient les opposants au projet. « Contre l’homme-machine, le mouchardage électronique et la tyrannie technologique », pouvait-on lire sur les tracts. Des centaines de CRS furent déployés dans Grenoble, et l’inauguration reportée au lendemain. Jacques Chirac, alors président de la République, aurait dû être de la fête inaugurale, mais ce rassemblement citoyen l’en dissuada : l’Élysée tint son locataire en lieu sûr, craignant d’attirer l’attention de la presse sur les critiques contre Minatec. Quelques politiques décidèrent malgré tout de célébrer l’événement : André Vallini, le président PS du conseil général de l’Isère, gestionnaire du projet, et le ministre de l’Industrie, François Loos. →  lire la suite télécharger le PDF

Des nanoparticules s’imposent en secret dans les aliments (PDF)

Nanoparticules : les travailleurs sont les premiers exposés (PDF)

Le but ultime des nanotechnologies : transformer l’être humain (PDF)

Les dangers de ces nanoparticules. Elles sont « de redoutables toxiques qui provoquent des mutations génétiques, des cancers… Les nanotubes de carbone peuvent même provoquer des perturbations neuronales et des mésothéliomes, ces cancers de la plèvre qui jusqu’ici étaient essentiellement causés par l’amiante », affirme le journaliste Roger Lenglet.

« Elles sont ultramobiles et ont une capacité à transpercer les barrières du vivant, les sols, les rivières », affirme Julien Gigault, chargé de recherche au CNRS. « C’est justement parce qu’elles sont si petites qu’elles pénètrent dans les cellules, enchérit l’écotoxicologue Magalie Baudrimont. Si elles étaient d’une taille plus importante, elles ne pourraient pas pénétrer les tissus. »

« À partir du moment où les nanoparticules pénètrent au sein même des cellules, il y a de grandes chances pour qu’elles aient des effets toxiques sur les organismes qui les ingèrent. » Quels effets ? Le stress oxydant par exemple. La chercheuse décrit le processus : « C’est un poison cellulaire issu de l’oxygène, contenu dans l’air respiré et dans l’eau du corps. Les nanoparticules entrent en interaction avec cet oxygène et produisent un stress oxydant qui a des effets délétères à plusieurs niveaux. » Chez l’homme, il est à l’origine d’inflammations, de cancers, de maladies cardio-vasculaires ou d’AVC.

« La question sanitaire est ordinaire : toute nouvelle industrie produit de nouvelles nuisances. Les nanotechnologies et les technologies convergentes concourent avant tout à l’automatisation du monde et à l’avènement de l’homme-machine. Elles s’attaquent à l’autonomie de l’humain. »

« La science et la technologie vont de plus en plus dominer le monde alors que la population, l’exploitation des ressources et les conflits sociaux potentiels augmentent. De ce fait, le succès de ce secteur prioritaire est essentiel pour l’avenir de l’humanité. »

William S. Bainbridge milite pour l’Association mondiale des transhumanistes (WTA). L’une de ses maximes : « De meilleurs esprits, de meilleurs corps, de meilleures vies. » « Avec les transhumanistes, poursuit la journaliste scientifique, l’humain n’est plus destiné à devenir meilleur par l’éducation (humaniste), et le monde par des réformes sociales et politiques, mais simplement par l’application de la technologie à l’espèce humaine. »

« Avec le foisonnement d’applications qui se profile, il serait dangereux de laisser les scientifiques, préoccupés de connaissance et de performance, se laisser déborder par les projets politiques transhumanistes. » Et Dorothée Benoit-Browaeys d’ajouter : « Pour piloter ces affaires, où sont les philosophes, sociologues, historiens, citoyens, capables de peser dans le bras de fer redoutable qui s’amorce ? »

→ Le Rapport NBICLes transhumains s’emparent des nanotechs

© Félix Blondel/Reporterre

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Roger Lenglet : Nanotoxiques et Menace sur nos neurones

Menace sur nos neurones. Alzheimer, Parkinson… et ceux qui en profitent

Pourquoi les cas de maladies neurodégénératives sont-ils en recrudescence, et pourquoi les malades sont-ils de plus en plus jeunes ? Les substances toxiques qui agressent nos organismes quotidiennement sont identifiées, mais pas interdites… À qui profite le crime ? Études et enquêtes rigoureuses à l’appui, les auteurs démontent le mécanisme d’un “effet d’aubaine” ignoble et proposent des solutions à cette crise sanitaire.

J’ai entrepris cette enquête pour savoir si oui ou non les nanos représentent un danger pour le vivant. » Roger Lenglet

Nanotoxiques, une enquête

Les produits contenant des nanoparticules envahissent notre quotidien. Invisibles à l’œil nu, ces nouvelles molécules hightech laissent parfois deviner leur présence par les accroches publicitaires : aliments aux “saveurs inédites”, “cosmétiques agissant plus en profondeur”, “sous-vêtements antibactériens”, fours et réfrigérateurs “autonettoyants”, articles de sports “plus performants”, et armes plus destructrices…
Sans cesse, les ingénieurs en recherche et développement inventent de nouvelles applications des nanos qui sont commercialisées sans le moindre contrôle, au mépris de la réglementation les obligeant à tester la toxicité des substances avant de les vendre. Or, il s’avère que ces nanoparticules sont souvent redoutables – elles sont si petites que certaines peuvent traverser tous les organes, jouer avec notre ADN et provoquer de nombreux dégâts.
Grâce à son enquête aussi rigoureuse qu’explosive, Roger Lenglet a retrouvé les principaux acteurs des nanotechnologies. Il livre ici leurs secrets et les dessous de cette opération menée à l’échelle planétaire qui, avec le pire cynisme, continue de se déployer pour capter des profits mirobolants au détriment de notre santé.
Avec ce premier livre en français sur la toxicité des nanoparticules, Roger Lenglet tente de prévenir un nouveau scandale sanitaire d’une ampleur inimaginable.

Introduction

Les nanotechnologies fascinent. Dans un premier temps, j’ai moi-même été stupéfié par leurs prouesses : elles sont à l’origine de matériaux aux propriétés extraordinaires, des produits cent fois plus résistants que l’acier et six fois plus légers, plus conducteurs ou plus isolants que tous ceux connus à ce jour, plus résistants à la traction, au feu, au froid ou à l’abrasion… Bref, elles paraissent miraculeuses. Les nanotechnologies ont la particularité d’estomper les frontières de la physique, de la chimie et de la biologie. À travers elles, les sciences vont se fondre en une seule, prédisent les ingénieurs. Ils nous promettent un “big-bang” technico-scientifique. Mais devant les choses fascinantes, il faut garder son sang-froid.
J’ai entrepris cette enquête pour savoir si oui ou non les nanos représentent un danger pour le vivant. Il m’a semblé nécessaire d’examiner d’abord l’histoire de cette course folle des industriels pour laquelle les gouvernements ne voulaient pas être en reste et de pénétrer dans les coulisses des décisions. L’enjeu est financier, bien sûr, et nous verrons combien il pèse, mais pas seulement. Chacun cherche à devenir le leader de cette technologie de pointe, et nous allons voir que le volet militaire y joue un rôle considérable, à l’instar de ce qui a fait la fortune du nucléaire.

Les nanotechnologies sont entrées dans nos vies en catimini. Nous voilà devant le fait accompli. Les nanomatériaux sont ajoutés dans de nombreux aliments pour leur donner des saveurs et des textures inédites, dans des cosmétiques pénétrant plus en profondeur sous la peau, dans des textiles “intelligents”, des produits de construction se moquant des intempéries, des fours anéantissant les graisses, des articles sportifs plus souples et plus résistants… Les firmes pharmaceutiques les intègrent aussi de plus en plus dans les pansements et promettent des médicaments censés traverser toutes les barrières organiques comme des vaisseaux intergalactiques pour apporter leur précieux chargement dans les “cellules cibles”.
Peu d’entre nous savent qu’environ 2 000 applications différentes sont déjà commercialisées. Séduits par le marketing vantant les performances des produits, nous ignorons qu’elles sont dues à la présence de nanomatériaux. Encore rares en effet sont ceux qui ont pris conscience de l’invasion de notre quotidien par les nanotechnologies. L’étiquetage ne les signalait pas encore en 2013, les lobbies industriels arguant qu’ils n’étaient pas encore prêts et les instances européennes accumulant les retards.

Dans cette situation, il est devenu urgent de connaître les risques pour notre santé. Pour y parvenir de façon sérieuse, il a fallu enquêter, creuser, trouver des documents, remonter aux sources vers des études peu divulguées, des rapports d’assureurs, des avertissements restés discrets. Il est vrai, les enjeux économiques sont non seulement gigantesques mais cachent souvent aussi de vastes opérations de détournements et de mensonges.
Nous allons voir que, très tôt, les États ont dépensé des sommes exorbitantes. Dès les années 1980, des pays européens ont lancé des programmes de subvention pour la recherche et le développement des nanos. Outre-Atlantique, à la fin des années 1990, Bill Clinton et Al Gore mettaient sur pied la National Nanotechnology Initiative (NNI), un énorme programme de subventions annuelles aux industries pour “ne pas rater le tournant historique le plus impressionnant de tous les temps”. Ils débloquaient près d’un demi-milliard de dollars pour l’année 2000, et ce n’était qu’un début. Les grands groupes économiques (Procter & Gamble, IBM, Coca-Cola, Danone, Total, Areva et cent autres) se sont lancés à corps perdu…
Cette enquête nous mènera au cœur des laboratoires de toxicologie et des instances de santé publique. Chose incroyable : en France, des organismes publics ont mis en garde les responsables politiques dès 2004, sans résultat. Et des scientifiques tiraient l’alarme même avant. Les nanoparticules les plus utilisées (nanotubes de carbone, nano-argent, nanotitane…) se révèlent être de redoutables toxiques qui provoquent des mutations génétiques, des cancers… Les nanotubes de carbone peuvent même provoquer des perturbations neuronales et des mésothéliomes, ces cancers de la plèvre qui jusqu’ici étaient essentiellement causés par l’amiante.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Je me suis penché sur les procédés dont les lobbies ont usé pour engluer les autorités et convaincre les organismes publics de participer à la course aux nanos sans s’inquiéter. Ce sont leurs actions, leurs pressions conjuguées sur fond de complaisance qui ont rendu possible cette précipitation, ce déchaînement qui menace chaque jour d’exploser en causant d’incalculables dégâts.
Nous aborderons aussi les leçons qu’il faut tirer au plus vite de cette affaire qui apparaît comme un nouvel avatar de la vulnérabilité des institutions face au lobbying de plus en plus sophistiqué des groupes industriels. Comment devons-nous agir pour que la santé publique ne soit plus la variable d’ajustement de la logique des marchés ? Les solutions existent, comme nous le verrons au dernier chapitre. Que les États les appliquent ne dépend que de notre mobilisation.

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Des micro-robots télécommandés sont maintenant disponibles pour les interventions chirurgicales

Collaboration between EPFL and ETHZ produced a new technique for building microrobots that could be used to deliver drugs and perform other medical operations in the human body. (Image Credit: Selman Sakar)

Les scientifiques du monde entier se sont penchés sur les moyens de traiter diverses maladies à l’aide de robots miniatures au cours de ces dernières années. Ces robots seraient en mesure de remplacer les chirurgies complexes et invasives telles que l’ouverture des artères obstruées ou délivrer des médicaments à des emplacements spécifiques dans le corps.

Teva s’associe avec Microchips Biotech pour l’utilisation de micro-puces administrant des médicaments
Un implant sous-cutané pour une médecine plus précise

Un scientifique de l’EPFL nommé Selman Sakar ainsi que Bradley Nelson et Hen-Wei Huang de ETHZ ont collaboré pour créer une méthode pour construire ces robots, qui disposent de fonctionnalités avancées. Dans le même temps, ils ont également mis au point une plate-forme de test pour des conceptions multiples et divers types de locomotion. Ainsi, ils ont été en mesure de mettre sur pied les micro-robots qui sont à la fois complexes et reconfigurables. La plate-forme de manipulation a également été construite pour contrôler les robots à distance par le biais de champs électromagnétiques et leur permettre de modifier leurs formes en utilisant la chaleur.

Ces robots ne fonctionnent pas sur moteurs, ils sont souples et flexibles puisqu’ils ont été faits avec des nanoparticules magnétiques et d’hydrogel biocompatible. Les nanoparticules font que les micro-robots nagent et se déplacent lors de l’application d’un champ électromagnétique et leur donnent aussi une forme particulière lorsqu’ils sont en cours de fabrication.

Nanotechnologies : la révolution invisible

La construction d’un micro-robot est une procédure complexe impliquant de nombreuses étapes. Tout d’abord, les nanoparticules sont mises à l’intérieur des couches d’hydrogel biocompatible. Après le champ électromagnétique permet d’obtenir des nanoparticules orientées dans différents endroits, puis l’hydrogel est solidifié à l’aide d’une technique de polymérisation.

L’étape suivante consiste à placer le robot dans l’eau pour que l’architecture 3D finale du micro-robot soit formée. Au cours de ce processus, le robot se pliera, selon la disposition des nanoparticules qui sont dans le gel.

Une fois que cette opération est terminée, le robot est fait pour nager en utilisant un champ électromagnétique. Le robot va se dérouler et changer de forme une fois qu’il est devenu chaud. Fabriquer le robot de cette façon, a donné aux chercheurs la possibilité de construire un micro-robot spécifique qui pourrait agir de la même façon que la bactérie qui est connue pour provoquer la maladie du sommeil, également connu sous le nom de trypanosomiase africain. Cette bactérie est propulsée par un flagelle, mais une fois à l’intérieur de la circulation sanguine, un mécanisme de survie se met en marche.

L’étude a été publiée dans Nature intitulé « Soft micromachines with programmable motility and morphology ».

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Des micro mains robotiques pour assister les chirurgiens

Les robots ont permis de grandes avancées dans le domaine médical en permettant de faciliter les interventions. Et prochainement, des micro mains robotiques pourraient assister un peu plus les chirurgiens.

Actuellement, certains robots spécialisés dans la chirurgie et la laparoscopie permettent de pratiquer des interventions très peu invasives, avec pour effet de réduire les temps de récupération des patients.

Malheureusement, aussi petits que soient les outils de ces robots, il leur est encore complexe d’intervenir dans des espaces très confinés. C’est pour cela que les chercheurs se penchent sur la robotique souple, un domaine dans lequel les outils robotisés sont flexibles pour mieux s’adapter aux corps humains.

Des chercheurs développent actuellement ce qu’ils présentent comme des mains robotiques souples capables d’aider dans les procédures chirurgicales et même d’aller délivrer des molécules médicamenteuses de façon très ciblée.

Ces mains prennent la forme d’étoiles à six branches mesurant à peine quelques millimètres de diamètre lorsqu’elles sont ouvertes. Chacune des branches peut se replier vers le centre pour maintenir des molécules avant d’aller les délivrer ou de s’agripper aux tissus. C’est la température ambiante qui déclenche l’ouverture ou la fermeture de l’étoile, avec une température charnière fixée à 36°C.

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