Guerre cognitive : Le cerveau sera le champ de bataille du 21e siècle

La militarisation de la science du cerveau

Les gouvernements occidentaux de l’alliance militaire de l’OTAN développent des tactiques de “guerre cognitive”, utilisant les menaces supposées de la Chine et de la Russie pour justifier une “bataille pour votre cerveau” dans le “domaine humain”, pour “faire de chacun une arme”.

L’OTAN développe de nouvelles formes de guerre pour mener une “bataille pour le cerveau“, selon les termes de l’alliance militaire.

Le cartel militaire de l’OTAN dirigé par les États-Unis a testé de nouveaux modes de guerre hybride contre ses adversaires autoproclamés, notamment la guerre économique, la cyberguerre, la guerre de l’information et la guerre psychologique.

Aujourd’hui, l’OTAN met au point un tout nouveau type de combat qu’elle a baptisé “guerre cognitive“. Décrite comme une ” militarisation des sciences du cerveau “, cette nouvelle méthode consiste à “pirater l’individu” en exploitant “les vulnérabilités du cerveau humain” afin de mettre en œuvre une “ingénierie sociale” plus sophistiquée.

Jusqu’à récemment, l’OTAN divisait la guerre en cinq domaines opérationnels différents : air, terre, mer, espace et cybernétique. Mais avec le développement de stratégies de guerre cognitive, l’alliance militaire discute d’un nouveau domaine, le sixième : le “domaine humain“.

Une étude parrainée par l’OTAN en 2020 sur cette nouvelle forme de guerre explique clairement : “Alors que les actions menées dans les cinq domaines sont exécutées afin d’avoir un effet sur le domaine humain, l’objectif de la guerre cognitive est de faire de chacun une arme.”

“Le cerveau sera le champ de bataille du 21e siècle”, souligne le rapport. “Les humains sont le domaine contesté” et “les conflits futurs se produiront probablement entre les personnes numériquement d’abord et physiquement ensuite, à proximité des centres de pouvoir politique et économique.”

Le domaine cognitif est un nouvel espace de compétition, au-delà des domaines terrestre, maritime, aérien, cybernétique et spatial.
© NATO Innovation Hub

Si l’étude soutenue par l’OTAN insiste sur le fait qu’une grande partie de ses recherches sur la guerre cognitive est conçue à des fins défensives, elle concède également que l’alliance militaire développe des tactiques offensives, en déclarant : “L’humain est très souvent la principale vulnérabilité et il convient d’en tenir compte afin de protéger le capital humain de l’OTAN mais aussi de pouvoir tirer parti des vulnérabilités de nos adversaires.”

Dans une révélation qui fait froid dans le dos, le rapport dit explicitement que “l’objectif de la guerre cognitive est de nuire aux sociétés et pas seulement aux militaires”.

Avec des populations civiles entières dans le collimateur de l’OTAN, le rapport souligne que les armées occidentales doivent collaborer plus étroitement avec le monde universitaire pour armer les sciences sociales et humaines et aider l’alliance à développer ses capacités de guerre cognitive.

L’étude décrit ce phénomène comme “la militarisation de la science du cerveau“. Mais il semble évident que le développement de la guerre cognitive par l’OTAN conduira à une militarisation de tous les aspects de la société et de la psychologie humaines, des relations sociales les plus intimes à l’esprit lui-même.

Cette militarisation globale de la société se reflète dans le ton paranoïaque du rapport parrainé par l’OTAN, qui met en garde contre “une cinquième colonne intégrée, où chacun, à son insu, se comporte selon les plans de l’un de nos concurrents”. L’étude indique clairement que ces “concurrents” censés exploiter la conscience des dissidents occidentaux sont la Chine et la Russie.

En d’autres termes, ce document montre que les figures du cartel militaire de l’OTAN considèrent de plus en plus leur propre population nationale comme une menace, craignant que les civils ne soient de potentielles cellules dormantes chinoises ou russes, de redoutables “cinquièmes colonnes” qui remettent en cause la stabilité des “démocraties libérales occidentales”.

Le développement par l’OTAN de nouvelles formes de guerre hybride intervient à un moment où les campagnes militaires des États membres visent les populations nationales à un niveau sans précédent.

Le Ottawa Citizen a rapporté en septembre dernier que le Commandement des opérations conjointes de l’armée canadienne a profité de la pandémie de Covid-19 pour mener une guerre de l’information contre sa propre population, en testant des tactiques de propagande sur des civils canadiens.

Des rapports internes commandités par l’OTAN suggèrent que cette divulgation ne fait qu’effleurer la surface d’une vague de nouvelles techniques de guerre non conventionnelles que les armées occidentales emploient dans le monde entier.

Le Canada accueille le “Défi innovation de l’OTAN” sur la guerre cognitive

Deux fois par an, l’OTAN organise un événement de type “pitch” qu’elle qualifie de “défi de l’innovation”. Ces campagnes – l’une organisée au printemps et l’autre à l’automne par les États membres en alternance – font appel à des entreprises privées, des organisations et des chercheurs pour aider à mettre au point de nouvelles tactiques et technologies pour l’alliance militaire.

Les défis de type “chars à requins” reflètent l’influence prédominante de l’idéologie néolibérale au sein de l’OTAN, les participants mobilisant le libre marché, les partenariats public-privé et la promesse de prix en espèces pour faire avancer le programme du complexe militaro-industriel.

Le défi d’innovation de l’OTAN – Automne 2021 est organisé par le Canada et s’intitule “La menace invisible : Des outils pour lutter contre la guerre cognitive”.

“La guerre cognitive cherche à modifier non seulement ce que les gens pensent, mais aussi leur façon d’agir“, a fait savoir le gouvernement canadien dans sa déclaration officielle sur ce défi. “Les attaques contre le domaine cognitif impliquent l’intégration de capacités de cybernétique, de désinformation, de psychologie et d’ingénierie sociale.”

Le communiqué de presse poursuit : “La guerre cognitive positionne l’esprit comme un espace de combat et un domaine contesté. Son objectif est de semer la dissonance, de susciter des récits contradictoires, de polariser l’opinion et de radicaliser les groupes. La guerre cognitive peut inciter les gens à agir d’une manière qui peut perturber ou fragmenter une société autrement cohésive.”

Des responsables militaires canadiens soutenus par l’OTAN discutent de la guerre cognitive lors d’une table ronde

Un groupe de défense appelé NATO Association of Canada s’est mobilisé pour soutenir ce défi de l’innovation, en travaillant en étroite collaboration avec les entrepreneurs militaires pour inciter le secteur privé à investir dans de nouvelles recherches au nom de l’OTAN – et de ses propres résultats.

Bien que la NATO Association of Canada (NAOC) soit techniquement une ONG indépendante, sa mission est de promouvoir l’OTAN, et l’organisation se vante sur son site web : “La NAOC a des liens étroits avec le gouvernement du Canada, notamment avec Global Affairs Canada et le Department of National Defence.”

Dans le cadre de ses efforts pour promouvoir le Défi d’innovation de l’OTAN du Canada, la NAOC a organisé une table ronde sur la guerre cognitive le 5 octobre 2021.

Le chercheur qui a rédigé l’étude définitive de 2020 sur la guerre cognitive, parrainée par l’OTAN, François du Cluzel, a participé à l’événement, aux côtés d’officiers militaires canadiens soutenus par l’OTAN.

La table ronde était supervisée par Robert Baines, président de la NATO Association of Canada. Elle était animée par Garrick Ngai, un responsable du marketing dans l’industrie de l’armement qui est conseiller auprès du ministère canadien de la Défense nationale et vice-président et directeur du NAOC.

Baines a ouvert l’événement en indiquant que les participants discuteraient de “la guerre cognitive et du nouveau domaine de compétition, où les acteurs étatiques et non étatiques visent à influencer ce que les gens pensent et comment ils agissent”.

Le président du NAOC s’est également réjoui des “opportunités lucratives pour les entreprises canadiennes” que promet ce défi d’innovation de l’OTAN.

Un chercheur de l’OTAN décrit la guerre cognitive comme “un moyen de nuire au cerveau”.

La table ronde du 5 octobre a débuté avec François du Cluzel, un ancien officier militaire français qui, en 2013, a contribué à la création du NATO Innovation Hub (iHub), qu’il dirige depuis lors depuis sa base de Norfolk, en Virginie.

Bien que l’iHub insiste sur son site web, pour des raisons juridiques, sur le fait que les “opinions exprimées sur cette plateforme ne constituent pas des points de vue de l’OTAN ou de toute autre organisation”, l’organisation est parrainée par l’Allied Command Transformation (ACT), décrit comme “l’un des deux commandements stratégiques à la tête de la structure de commandement militaire de l’OTAN”.

L’Innovation Hub agit donc comme une sorte de centre de recherche ou de groupe de réflexion interne à l’OTAN. Ses recherches ne constituent pas nécessairement une politique officielle de l’OTAN, mais elles sont directement soutenues et supervisées par l’OTAN.

En 2020, le Supreme Allied Commander Transformation (SACT) de l’OTAN a chargé Du Cluzel, en tant que responsable de l’iHub, de mener une étude de six mois sur la guerre cognitive.

Du Cluzel a résumé ses recherches lors de la table ronde d’octobre dernier. Il a commencé ses remarques en notant que la guerre cognitive “est actuellement l’un des sujets les plus chauds pour l’OTAN” et “est devenue un terme récurrent dans la terminologie militaire ces dernières années.”

Bien que français, Du Cluzel a souligné que la stratégie de guerre cognitive “est actuellement développée par mon commandement ici à Norfolk, aux États-Unis”.

Le responsable du NATO Innovation Hub s’est exprimé à l’aide d’une présentation PowerPoint, et a commencé par une diapositive provocatrice décrivant la guerre cognitive comme “une bataille pour le cerveau“.

“La guerre cognitive est un nouveau concept qui commence dans la sphère de l’information, c’est une sorte de guerre hybride”, a déclaré du Cluzel.

“Cela commence par l’hyper-connectivité. Tout le monde a un téléphone portable”, a-t-il poursuivi. “Cela commence avec l’information, car l’information est, si je puis dire, le carburant de la guerre cognitive. Mais cela va bien au-delà de la seule information, qui est une opération autonome – la guerre de l’information est une opération autonome.”

La guerre cognitive se recoupe avec les entreprises Big Tech et la surveillance de masse, car “il s’agit d’exploiter le big data“, explique Du Cluzel. “Nous produisons des données partout où nous allons. Chaque minute, chaque seconde, nous allons en ligne. Et il est extrêmement facile d’exploiter ces données afin de mieux vous connaître et d’utiliser ces connaissances pour changer votre façon de penser.”

Naturellement, le chercheur de l’OTAN a affirmé que les “adversaires” étrangers sont les agresseurs supposés qui utilisent la guerre cognitive. Mais dans le même temps, il a clairement indiqué que l’alliance militaire occidentale développe ses propres tactiques.

Du Cluzel a défini la guerre cognitive comme “l’art d’utiliser des technologies pour altérer la cognition de cibles humaines“.

Ces technologies, a-t-il noté, intègrent les domaines de la NBIC – nanotechnologie, biotechnologie, technologie de l’information et science cognitive. L’ensemble de ces technologies constitue un cocktail très dangereux qui permet de manipuler davantage le cerveau“, a-t-il déclaré.

Du Cluzel a poursuivi en expliquant que cette nouvelle méthode d’attaque exotique “va bien au-delà” de la guerre de l’information ou des opérations psychologiques (psyops).

“La guerre cognitive n’est pas seulement un combat contre ce que nous pensons, mais c’est plutôt un combat contre la façon dont nous pensons, si nous pouvons changer la façon dont les gens pensent“, a-t-il déclaré. “C’est beaucoup plus puissant et cela va bien au-delà de la [guerre] de l’information et des opérations psyops”.

De Cluzel poursuit : “Il est crucial de comprendre qu’il s’agit d’un jeu sur notre cognition, sur la façon dont notre cerveau traite l’information et la transforme en connaissance, plutôt qu’un jeu uniquement sur l’information ou sur les aspects psychologiques de notre cerveau. Ce n’est pas seulement une action contre ce que nous pensons, mais aussi une action contre la façon dont nous pensons, la façon dont nous traitons l’information et la transformons en connaissance.”

“En d’autres termes, la guerre cognitive n’est pas seulement un autre mot, un autre nom pour la guerre de l’information. C’est une guerre contre notre processeur individuel, notre cerveau.”

Le chercheur de l’OTAN a souligné que “c’est extrêmement important pour nous, les militaires”, car “cela a le potentiel, en développant de nouvelles armes et de nouveaux moyens de nuire au cerveau, d’engager les neurosciences et la technologie dans de très nombreuses approches différentes pour influencer l’écologie humaine… car vous savez tous qu’il est très facile de transformer une technologie civile en une technologie militaire.”

Quant à savoir qui pourraient être les cibles de la guerre cognitive, Du Cluzel a révélé que tout le monde est sur la table.

“La guerre cognitive a une portée universelle, en commençant par l’individu jusqu’aux États et aux organisations multinationales”, a-t-il déclaré. “Son champ d’action est global et vise à prendre le contrôle de l’être humain, civil comme militaire.”

Et le secteur privé a un intérêt financier à faire progresser la recherche sur la guerre cognitive, a-t-il noté : “Les investissements massifs réalisés dans le monde entier dans le domaine des neurosciences laissent penser que le domaine cognitif sera probablement l’un des champs de bataille de l’avenir.”

Le développement de la guerre cognitive transforme totalement le conflit militaire tel que nous le connaissons, a déclaré Du Cluzel, ajoutant “une troisième dimension de combat majeure au champ de bataille moderne : à la dimension physique et informationnelle s’ajoute désormais une dimension cognitive.”

Cela “crée un nouvel espace de compétition au-delà de ce que l’on appelle les cinq domaines d’opérations – ou domaines terrestre, maritime, aérien, cybernétique et spatial. La guerre dans l’arène cognitive mobilise un éventail plus large d’espaces de combat que ne peuvent le faire les seules dimensions physique et informationnelle.”

En bref, les humains eux-mêmes sont le nouveau domaine contesté dans ce nouveau mode de guerre hybride, aux côtés de la terre, de la mer, de l’air, du cyberespace et de l’espace.

L’étude de l’OTAN sur la guerre cognitive met en garde contre une “cinquième colonne intégrée”.

L’étude menée par François du Cluzel, responsable du NATO Innovation Hub, de juin à novembre 2020, a été parrainée par le Allied Command Transformation du cartel militaire, et publiée sous la forme d’un rapport de 45 pages en janvier 2021 (PDF).

Ce document glaçant montre comment la guerre contemporaine a atteint une sorte de stade dystopique, autrefois imaginable uniquement dans la science-fiction.

“La nature de la guerre a changé”, souligne le rapport. “La majorité des conflits actuels restent en deçà du seuil de la définition traditionnellement acceptée de la guerre, mais de nouvelles formes de guerre sont apparues, comme la guerre cognitive (Cognitive Warfare CW), tandis que l’esprit humain est désormais considéré comme un nouveau domaine de la guerre.”

Pour l’OTAN, la recherche sur la guerre cognitive n’est pas seulement défensive, elle est aussi très offensive.

“Développer des capacités pour nuire aux capacités cognitives des adversaires sera une nécessité”, indique clairement le rapport Du Cluzel. “En d’autres termes, l’OTAN devra obtenir la capacité de sauvegarder son processus décisionnel et de perturber celui de l’adversaire.”

Et n’importe qui peut être la cible de ces opérations de guerre cognitive : “Tout utilisateur des technologies modernes de l’information est une cible potentielle. Il vise l’ensemble du capital humain d’une nation”, ajoute le rapport de manière inquiétante.

“Outre l’exécution potentielle d’une guerre cognitive en complément d’un conflit militaire, elle peut également être menée seule, sans aucun lien avec un engagement des forces armées”, poursuit l’étude. “De plus, la guerre cognitive est potentiellement sans fin puisqu’il ne peut y avoir de traité de paix ou de reddition pour ce type de conflit.”

Tout comme ce nouveau mode de combat n’a pas de frontières géographiques, il n’a pas non plus de limite de temps : “Ce champ de bataille est mondial via internet. Sans début ni fin, cette conquête ne connaît aucun répit, rythmée par les notifications de nos smartphones, en tout lieu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.”

L’étude parrainée par l’OTAN note que “certains pays de l’OTAN ont déjà reconnu que les techniques et technologies neuroscientifiques ont un fort potentiel d’utilisation opérationnelle dans diverses entreprises de sécurité, de défense et de renseignement”.

Elle parle de percées dans les “méthodes et technologies neuroscientifiques” (neuroS/T), et précise “l’utilisation des résultats et des produits de la recherche pour faciliter directement la performance des combattants, l’intégration d’interfaces homme-machine pour optimiser les capacités de combat des véhicules semi-autonomes (par exemple, les drones), et le développement d’armes biologiques et chimiques (c’est-à-dire les neuroarmes)”.

Le Pentagone est l’une des principales institutions à faire avancer cette recherche novatrice, comme le souligne le rapport : “Bien qu’un certain nombre de nations aient poursuivi, et poursuivent actuellement, la recherche et le développement neuroscientifiques à des fins militaires, les efforts les plus proactifs à cet égard ont sans doute été menés par le Département de la défense des États-Unis ; les travaux de recherche et de développement les plus notables et les plus rapides étant menés par la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) et l’Intelligence Advanced Research Projects Activity (IARPA)”.

Selon l’étude, les utilisations militaires de la recherche neuroscientifique et technologique comprennent la collecte de renseignements, la formation, “l’optimisation des performances et de la résilience du personnel de combat et de soutien militaire” et, bien sûr, “l’utilisation directe des neurosciences et des neurotechnologies à des fins militaires”.

Cette militarisation de la neuroS/T peut être et sera fatale, comme le souligne clairement l’étude parrainée par l’OTAN. La recherche peut “être utilisée pour atténuer l’agressivité et favoriser les cognitions et les émotions d’affiliation ou de passivité ; induire la morbidité, le handicap ou la souffrance ; et “neutraliser” les adversaires potentiels ou provoquer la mortalité” – en d’autres termes, pour mutiler et tuer des gens.

Le rapport cite le général de division américain Robert H. Scales, qui résume la nouvelle philosophie de combat de l’OTAN : “La victoire se définira davantage en termes de capture du terrain psycho-culturel plutôt que géographique.”

Et tandis que l’OTAN développe des tactiques de guerre cognitive pour “capturer le psycho-culturel“, elle se dote également de plus en plus d’armes dans divers domaines scientifiques.

L’étude parle notamment de “creuset des sciences des données et des sciences humaines”, et souligne que “la combinaison des sciences sociales et de l’ingénierie des systèmes sera essentielle pour aider les analystes militaires à améliorer la production de renseignements.”

“Si la puissance cinétique ne peut vaincre l’ennemi, la psychologie et les sciences comportementales et sociales connexes peuvent combler ce vide.”

“L’exploitation des sciences sociales sera centrale pour le développement du plan d’opérations du domaine humain”, poursuit le rapport. “Il soutiendra les opérations de combat en fournissant des plans d’action potentiels pour l’ensemble du milieu humain environnant, y compris les forces ennemies, mais aussi en déterminant les éléments humains clés tels que le centre de gravité cognitif, le comportement souhaité comme état final.”

Toutes les disciplines universitaires seront impliquées dans la guerre cognitive, et pas seulement les sciences dures. “Au sein de l’armée, des compétences en anthropologie, ethnographie, histoire, psychologie, entre autres, seront plus que jamais nécessaires pour coopérer avec l’armée”, indique l’étude parrainée par l’OTAN.

Le rapport s’approche de sa conclusion avec une citation inquiétante : “Les progrès actuels des nanotechnologies, des biotechnologies, des technologies de l’information et des sciences cognitives (NBIC), dopés par la marche apparemment imparable d’une troïka triomphante composée de l’intelligence artificielle, du Big Data et de la “dépendance numérique” civilisationnelle, ont créé une perspective bien plus inquiétante : une cinquième colonne embarquée, où chacun, à son insu, se comporte selon les plans de l’un de nos concurrents.”

“Le concept moderne de la guerre ne concerne pas les armes mais l’influence”, postulait-il. “La victoire à long terme restera uniquement dépendante de la capacité à influencer, affecter, changer ou impacter le domaine cognitif.”

L’étude parrainée par l’OTAN se termine par un paragraphe final qui indique clairement que l’objectif ultime de l’alliance militaire occidentale n’est pas seulement le contrôle physique de la planète, mais aussi le contrôle de l’esprit des gens :

“La guerre cognitive pourrait bien être l’élément manquant qui permet de passer de la victoire militaire sur le champ de bataille à un succès politique durable. Le domaine humain pourrait bien être le domaine décisif, dans lequel les opérations multi-domaines permettent d’atteindre l’effet recherché par le commandant. Les cinq premiers domaines peuvent donner des victoires tactiques et opérationnelles ; seul le domaine humain peut obtenir la victoire finale et complète.”

Un officier canadien des opérations spéciales souligne l’importance de la guerre cognitive

Lorsque François du Cluzel, le chercheur de l’OTAN qui a mené l’étude sur la guerre cognitive, a conclu ses remarques lors de la table ronde de la NATO Association of Canada du 5 octobre 2021, il a été suivi par Andy Bonvie, un commandant du Centre canadien d’entraînement aux opérations spéciales.

Fort de plus de 30 ans d’expérience au sein des forces armées canadiennes, Bonvie a expliqué comment les armées occidentales utilisent les recherches de Du Cluzel et d’autres, et incorporent de nouvelles techniques de guerre cognitive dans leurs activités de combat.

“La guerre cognitive est un nouveau type de guerre hybride pour nous”, a déclaré Bonvie. “Et cela signifie que nous devons examiner les seuils traditionnels de conflit et comment les choses qui sont faites sont vraiment en dessous de ces seuils de conflit, des attaques cognitives, et des formes non cinétiques et des menaces non combatives pour nous. Nous devons mieux comprendre ces attaques et adapter nos actions et notre formation en conséquence pour être en mesure d’opérer dans ces différents environnements.”

Bien qu’il ait présenté les actions de l’OTAN comme étant “défensives”, affirmant que les “adversaires” utilisaient la guerre cognitive contre eux, Bonvie a été sans ambiguïté sur le fait que les armées occidentales développent elles-mêmes ces techniques, afin de conserver un “avantage tactique”.

“Nous ne pouvons pas perdre l’avantage tactique pour nos troupes que nous plaçons à l’avant, car il s’étend non seulement sur le plan tactique, mais aussi sur le plan stratégique”, a-t-il déclaré. “Certaines de ces différentes capacités dont nous disposons et dont nous bénéficions tout à coup pourraient être pivotées pour être utilisées contre nous. Nous devons donc mieux comprendre la rapidité avec laquelle nos adversaires s’adaptent aux choses, puis être en mesure de prédire où ils vont dans le futur, afin de nous aider à obtenir et à maintenir l’avantage tactique pour nos troupes à l’avenir.”

“La guerre cognitive est la forme de manipulation la plus avancée à ce jour”.

La guerre cognitive intègre des capacités d’ingénierie cybernétique, informationnelle, psychologique et sociale pour parvenir à ses fins.
© Root Info Solutions

Marie-Pierre Raymond, lieutenant-colonel canadienne à la retraite qui occupe actuellement le poste de “scientifique de la défense et gestionnaire de portefeuille d’innovation” pour le programme Innovation for Defence Excellence and Security des Forces armées canadiennes, a également rejoint le panel du 5 octobre.

“Il est loin le temps où la guerre était menée pour acquérir plus de terres”, a déclaré Raymond. “Maintenant, le nouvel objectif est de changer les idéologies des adversaires, ce qui fait du cerveau le centre de gravité de l’humain. Et cela fait de l’humain le domaine contesté, et l’esprit devient le champ de bataille.”

“Lorsque nous parlons de menaces hybrides, la guerre cognitive est la forme de manipulation la plus avancée vue à ce jour”, a-t-elle ajouté, notant qu’elle vise à influencer la prise de décision des individus et “à influencer un groupe d’individus sur leur comportement, dans le but d’obtenir un avantage tactique ou stratégique.”

Raymond a noté que la guerre cognitive recoupe aussi fortement l’intelligence artificielle, le big data et les médias sociaux, et reflète “l’évolution rapide des neurosciences comme outil de guerre.”

Raymond aide à superviser le Défi d’innovation automne 2021 de l’OTAN au nom du Département de la défense nationale du Canada, qui a délégué les responsabilités de gestion au programme Innovation for Defence Excellence and Security (IDEaS) de l’armée, où elle travaille.

Dans un jargon très technique, Raymond a indiqué que le programme de guerre cognitive n’est pas seulement défensif, mais aussi offensif : “Ce défi appelle une solution qui soutiendra le domaine humain naissant de l’OTAN et qui lancera le développement d’un écosystème de la cognition au sein de l’alliance, et qui soutiendra le développement de nouvelles applications, de nouveaux systèmes, de nouveaux outils et concepts menant à une action concrète dans le domaine cognitif.”

Elle a souligné que cela “nécessitera une coopération soutenue entre les alliés, les innovateurs et les chercheurs pour permettre à nos troupes de combattre et de gagner dans le domaine cognitif. C’est ce que nous espérons voir émerger de cet appel aux innovateurs et aux chercheurs.”

Pour susciter l’intérêt des entreprises pour le NATO Innovation Challenge, Raymond a lancé : “Les candidats bénéficieront d’une visibilité nationale et internationale et recevront des prix en espèces pour la meilleure solution”. Elle a ensuite ajouté de façon alléchante : “Les candidats pourraient également en bénéficier en leur donnant potentiellement accès à un marché de 30 pays.”

Un officier militaire canadien appelle les entreprises à investir dans la recherche de l’OTAN sur la guerre cognitive

L’autre institution qui gère le Défi d’innovation de l’OTAN de l’automne 2021 au nom du Département de la défense nationale du Canada est le Commandement des forces d’opérations spéciales (CANSOFCOM).

Un officier militaire canadien qui travaille avec le CANSOFCOM, Shekhar Gothi, était le dernier panéliste de l’événement organisé par la NATO Association of Canada le 5 octobre. Gothi est l'”agent d’innovation” du CANSOFCOM pour le sud de l’Ontario.

Il a conclu l’événement en appelant les entreprises à investir dans la recherche de l’OTAN sur la guerre cognitive.

Le défi de l’innovation, qui a lieu deux fois par an, “fait partie du rythme de combat de l’OTAN”, a déclaré Gothi avec enthousiasme.

Il a indiqué qu’au printemps 2021, le Portugal a organisé un défi d’innovation de l’OTAN axé sur la guerre dans l’espace.

Au printemps 2020, les Pays-Bas ont accueilli un défi d’innovation de l’OTAN axé sur le Covid-19.

Gothi a rassuré les investisseurs que l’OTAN se pliera en quatre pour défendre leurs résultats : “Je peux assurer à tout le monde que le défi de l’innovation de l’OTAN indique que tous les innovateurs conserveront le contrôle total de leur propriété intellectuelle. L’OTAN ne prendra donc pas le contrôle de cette propriété. Le Canada non plus. Les innovateurs conserveront le contrôle de leur propriété intellectuelle.”

Ce commentaire a constitué une conclusion appropriée au panel, affirmant que l’OTAN et ses alliés du complexe militaro-industriel ne cherchent pas seulement à dominer le monde et les humains qui l’habitent à l’aide de techniques de guerre cognitive inquiétantes, mais aussi à s’assurer que les entreprises et leurs actionnaires continuent de profiter de ces projets impériaux.

Revue de l’OTAN, Innovation Hub, Le Monde

Ben Norton pour The Grayzone : Behind NATO’s ‘cognitive warfare’: ‘Battle for your brain’ waged by Western militaries

Les interfaces cérébrales nous permettront de modifier nos sentiments

Le PDG de la société de jeux américaine Valve Corporation, Gabe Newell, déclare que son entreprise travaille sur un casque d’interface cerveau-ordinateur (BCI) qui pourrait rendre les jeux vidéo plus immersifs que jamais.

Dans une interview avec New Zealand 1 News, Newell a fait savoir que « l’expérience visuelle, la fidélité visuelle que nous serons capables de créer – le monde réel cessera d’être la métrique que nous appliquons à la meilleure fidélité visuelle possible – le monde réel semblera plat, incolore, flou par rapport aux expériences que vous pourrez créer dans le cerveau des gens. »

Valve collabore avec OpenBCI, une société spécialisée dans les biocapteurs, sur ce que Newell a appelé un “projet open source pour que tout le monde puisse disposer de technologies de lecture haute résolution [signal cérébral] intégrées dans les casques”.

« Là où ça devient bizarre, c’est quand ce que vous êtes devient modifiable via une interface neuronale directe”, a déclaré Newell. “Notre capacité à créer des expériences dans le cerveau des gens, qui ne sont pas transmises par leurs périphériques de chair, dépasseront tout ce qui est possible”.

La technologie pourrait permettre aux utilisateurs de modifier non seulement ce qu’ils voient, mais aussi leurs sentiments et leurs émotions. Par exemple, Newell a affirmé qu’un tel casque pourrait améliorer le sommeil. Plus tard, d’autres sentiments non désirés pourraient être supprimés ou totalement éliminés, une forme de thérapie digne de la science-fiction.

Pour finir, Newell ne pense pas que les BCI vont inonder le marché du jour au lendemain – notamment pour des raisons de sécurité – et il faudra encore de nombreuses années avant qu’un dispositif commercialisable n’émerge, même pour Valve.

Les geeks de la Silicon Valley transforment leurs enfants en cyborgs

Une neuroscientifique a admis avoir “transformé son enfant en un cyborg” – et dit vouloir contrôler ses émotions en utilisant des puces cérébrales.

Ce n’est qu’un exemple du mouvement transhumaniste en plein essor : utiliser la technologie pour nous transformer en super-humains.

Vivienne Ming est une neuroscientifique et une experte de renommée mondiale en intelligence artificielle. Et elle déclare que le double diagnostic de l’autisme et du diabète de son fils l’a inspirée à “le transformer en un cyborg”.

“Quand il a été diagnostiqué avec un diabète de type 1, j’ai piraté sa pompe à insuline et construit une IA qui a appris à adapter son insuline à ses émotions et activités.”

Une intelligence artificielle détecte le mensonge

Détecter les mensonges

Elle a également déclaré que le diagnostic de l’autisme l’avait incitée à créer un système intelligent pour attraper les menteurs.

Pendant ses études de premier cycle, Ming a travaillé sur un système d’apprentissage automatique (machine learning) qui reconnaît les expressions faciales dans une vidéo – dans le cadre de ce qu’elle appelle un “projet fou de la CIA”.

“Il a exploré chaque image de la vidéo, apprenant les mouvements des muscles du visage qui indiquaient le dégoût ou la colère. Il a même appris à distinguer les faux sourires des vrais, autrement appelés sourires duchenne.”

Puis, lorsque les lunettes intelligentes Google Glass sont sorties, Ming a décidé d’associer les deux technologies. En 2013, elle a lancé son concept SuperGlass capable de reconnaître les expressions d’un visage et d’afficher l’émotion à l’aide de Google Glass.

Ceci a été conçu pour aider une personne autiste à mieux comprendre quand une personne était heureuse, triste, en colère ou quelque chose d’autre.

“Mais plus j’ai expérimenté, plus j’ai réalisé que je ne voulais pas guérir l’autisme de mon fils”, a expliqué Ming. “Je ne voulais pas le perdre, lui et ses différences merveilleuses. SuperGlass est devenu un outil pour faire la différence entre son expérience et nous les neurotypiques (un terme scientifique qui signifie “ton cerveau est ennuyeux”). “Cela n’a pas nivelé le terrain de jeu – cela lui a simplement donné une autre batte pour jouer.”

Pirater le cerveau

Mais Ming pense également que l’avenir de l’humanité réside dans la neuroprothèse – des implants qui se connectent à votre cerveau. Beaucoup de ces implants existent déjà, y compris des implants rétiniens pour les aveugles et des neuroprothèses motrices pour traiter la paralysie. Certains implants sont même utilisés pour la “stimulation cérébrale profonde” afin de traiter des troubles tels que la maladie de Parkinson et la dépression.

Ming a également contribué à la création d’un implant cochléaire basé sur l’IA, conçu pour restaurer l’audition de certaines formes de surdité. L’IA a été formée pour “entendre” et mieux comprendre les sons.

“Nos expériences ont montré que l’algorithme améliorait considérablement la perception de la parole pour les utilisateurs d’implants”, a-t-elle déclaré.

Neuralink veut connecter votre cerveau à Internet

Améliorer la personnalité

Une partie du travail de Ming a également porté sur la modification de nos personnalités. L’un de ses projets est le wearable HUMM qui envoie des signaux électriques pour améliorer les connexions entre les parties du cerveau.

Cette stimulation favorise l’augmentation des performances multitâches, l’attention et la durée de la mémoire de travail. Lors d’une expérience récente, les adultes ont augmenté de 20% la durée d’une séquence de lumières et de sons dont ils pouvaient se souvenir avec régularité lorsqu’ils portaient l’appareil HUMM, par rapport à une stimulation factice.

Dans une autre expérience récente, une stimulation similaire a amélioré la mémoire chez les personnes âgées en déclin cognitif. Ming a déclaré que de véritables dispositifs d’amélioration des performances seraient bientôt disponibles – et qu’ils seraient comme des égaliseurs musicaux.

Interfaces cerveau-ordinateur : des fonds militaires pour contrôler les sentiments

Cependant, plutôt que de se connecter à un haut-parleur, le dispositif collecterait simplement un lien vers une puce dans votre cerveau pour stimuler votre attention ou freiner votre créativité.

“Ajoutez de la mémoire et vous êtes prêt pour un examen. Appuyez sur une date prédéfinie pour stimuler les émotions et la concentration tout en atténuant les facultés cognitives”.

Ces aptitudes pourraient devenir un cadeau de la part de parents hyper-compétitifs, ou être achetées dans les centres commerciaux de la Silicon Valley pour améliorer les performances.

La Silicon Valley entreprend même une quête de l’immortalité – avec des injections de cellules et des implants cérébraux. Peut-être qu’ils sont tous devenus fous, cependant : Les geeks de la Silicon Valley paient 1 000 £ par mois rien que pour dormir dans un lit superposé. Et un milliardaire de la Silicon Valley a même payé 10 000 $ pour être tué et voir son cerveau conservé numériquement.

Quartz, The Sun

Des scientifiques veulent choquer le cerveau des prisonniers pour combattre l’agressivité

Des scientifiques veulent choquer le cerveau des prisonniers pour combattre l’agressivité

Les prisons sont souvent en proie à la violence. Mais cela pourrait changer si une expérience à venir produisait l’effet souhaité – et si la société pouvait supporter les implications éthiques de bricoler le cerveau des détenus.

Des chercheurs de l’Université espagnole de Huelva ont déclaré à New Scientist qu’ils allaient bientôt lancer une étude pour voir s’ils pouvaient calmer les pulsions violentes des détenus de la prison de Huelva en les traitant par stimulation transcrânienne à courant continu (tDCS), c’est-à-dire en électrocutant le cerveau des détenus.

“L’étude visera à déterminer si le tDCS a un impact sur différentes évaluations de l’agressivité”, a déclaré Andrés Molero-Chamizo, responsable du projet, à New Scientist. “Ça pourrait aider à maintenir l’ordre dans une prison.”

Les chercheurs prévoient d’enrôler un minimum de 12 volontaires de sexe masculin purgeant des peines d’emprisonnement pour meurtre. Pendant trois jours consécutifs, ils attacheront des électrodes à la tête de chaque homme et allumeront un courant électrique pendant 15 minutes, un processus qu’ils disent indolore.

Au début et à la fin de l’expérience, chaque sujet répondra s’il est d’accord ou non avec une série d’énoncés, comme “de temps en temps, je ne peux pas contrôler l’envie de frapper une autre personne”.

En plus de cette auto-déclaration, l’équipe espère aussi collecter des échantillons de salive de chaque homme afin d’évaluer leur taux de cortisol et de déterminer si l’hormone de stress peut aider à comprendre l’agressivité du détenu.

Ce n’est pas la première fois que l’équipe de l’Université de Huelva teste la capacité de la stimulation électrique du cerveau pour freiner les tendances violentes des détenus. En janvier, elle a publié les résultats d’une autre étude portant sur un groupe de 41 détenus. Cette expérience s’est concentrée sur un autre type de tDCS, mais elle a donné des résultats prometteurs.

Cependant, certains remettent en question l’éthique de l’expérimentation sur des prisonniers.

“J’ai de grandes inquiétudes à ce sujet”, a déclaré Delaney Smith, psychiatre médico-légale, au New Scientist. “La prison est un environnement intrinsèquement coercitif. Les prisonniers pourraient toujours penser que cela pourrait leur être bénéfique à l’avenir.”

Néanmoins, si le tDCS est en mesure d’aider les détenus à freiner leurs pulsions violentes, cela pourrait être un moyen prometteur d’assurer la sécurité des détenus pendant qu’ils purgent leur peine derrière les barreaux.

Une étude similaire, publié en juillet 2018 conduite par des chercheurs de l’université de Pennsylvanie, a montré que des électrochocs rendraient les personnes moins susceptibles de commettre un acte violent. (Stimulation of the Prefrontal Cortex Reduces Intentions to Commit Aggression: A Randomized, Double-Blind, Placebo-Controlled, Stratified, Parallel-Group Trial.).

Dans un article d’avril 2002 sur Wired, il est question des différents usages et techniques de la stimulation magnétique transcrânienne (TMS). Le chercheur américain en neurosciences cognitives et professeur d’université Michael A. Persinger, avançait que la TMS pourrait être utilisée pour contrôler l’esprit, dans un article publié en 1995 dans Perceptual and Motor Skills Volume 80, Issue 3, June 1995: 791–799., titré « On the possibility of directly accessing every human brain by electromagnetic induction of fundamental algorithms ».

José Delgado, célèbre pour ses recherches sur le contrôle de l’esprit par la stimulation électrique du cerveau, a été accusé de mettre au point des dispositifs de contrôle de l’esprit « totalitaire », Dr José Delgado a entamé son enquête sur la douleur et le plaisir de la stimulation électrique en Espagne durant les années 1930. Il devient ensuite directeur de neuropsychiatrie à Yale University Medical School, où il a affiné la conception de son « stimulateur transdermique » commandée à distance (contrôle de l’esprit par la stimulation électrique du cerveau, utilisé pour stimuler les émotions et contrôler le comportement, susciter des réactions physiques spécifiques). Le Dr Delgado a découvert que toute une gamme d’émotions et de comportements peuvent être électriquement orchestrés chez les humains et les animaux. L’individu n’a pas la capacité de résister à un tel contrôle si stimulé. [Livre de José M. R. Delgado, M.D. (Harper & Row, NY, 1969) Physical Control of the Mind: Toward a Psychocivilized Society].

Les recherches sur les interfaces cerveau-ordinateur ne sont pas sans connotation de mauvais augures.

New Scientist

Des électrochocs pourraient rendre moins violent

Une étude montre que choquer le cerveau d’une personne pourrait la rendre moins violente

Une étude conduite par des chercheurs de l’université de Pennsylvanie montre que des électrochocs rendraient les personnes moins susceptibles de commettre un acte violent. Ils pourraient aussi favoriser la perception du caractère moralement condamnable de la violence et de l’agression.

Les 81 adultes participant à l’étude, ont été divisés en 2 groupes : l’un a reçu pendant 20 minutes des électrochocs ciblés sur le cortex préfrontal, partie avant du cerveau essentielle aux processus de planification et de décision, l’autre n’a reçu aucun traitement. Deux scénarios d’agression physique et sexuelle ont ensuite été présentés à tous les participants, qu’ils aient reçus ou non des électrochocs. Il leur a alors été demandé d’évaluer, sur une échelle de 1 à 10, dans quelle mesure ils seraient susceptibles de commettre de tels actes.

Les résultats montrent que ceux qui ont reçu des électrochocs seraient moins susceptibles de perpétrer des agressions physiques ou sexuelles (respectivement -47% et -70%).

Il serait aisé (et irresponsable) d’en déduire que tous les coupables de violence doivent être soumis à des électrochocs. Néanmoins, l’étude n’ayant même pas tenté de déterminer quels pourraient être le nombre optimal de chocs à administrer, la durée du traitement, et le voltage adéquat, se précipiter vers une telle conclusion serait prématuré.

José Delgado et ses dispositifs de contrôle de l’esprit par la stimulation électrique du cerveau

Selon un communiqué de Stat News, même Olivia Choy, auteure principale de l’étude et professeure assistante en psychologie à l’université Nanyang de Singapour, insiste sur la nécessité de travaux complémentaires plus approfondis avant de conclure à l’efficacité de ce traitement pour réduire la violence.

Ainsi que comme l’a déclaré Roy Hamilton, un neurologue de la Perelman School of Medicine et auteur principal de l’étude, à PennToday, “La capacité de manipuler des aspects aussi complexes et fondamentaux de la cognition et du comportement de l’extérieur du corps a d’importantes implications sociales, éthiques et peut-être un jour juridiques.”

La stimulation magnétique transcrânienne pourrait être utilisée pour contrôler l’esprit

Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires, la possibilité de modifier le comportement par de l’électro stimulation ne semble pas si lointaine que cela. D’ores et déjà, les chocs électriques administrés selon la même technique, appelée stimulation transcrânienne à courant continu (tDSC), ont été utilisés pour traiter des conditions telles que la dépendance à la maladie d’Alzheimer et aux opioïdes, ou simplement pour stimuler la mémoire. Un jour, peut être, les aspects les plus violents de la société seront tempérés par un petit électrochoc. Ou comme le suggère Hamilton, ironiquement, “le secret pour être moins violent au plus profond de vous même est peut être d’avoir un esprit correctement stimulé”.

traduction Véronique Guiberteau

Stat News, Penn Today, Forbes, Journal of Neuroscience, EurekAlert

Le transhumanisme est inévitable

http://us.macmillan.com/transhuman-1/eveherold

« Le Transhumanisme devient de plus en plus respectable, et le transhumanisme, avec un t minuscule, émerge rapidement au travers du public », rapporte Eve Herold dans son nouveau livre avisé, Beyond Human [au-delà de l’humain]. Tandis que le Transhumanisme avec un grand T est le mouvement militant qui préconise l’utilisation de la technologie pour étendre les capacités humaines, le transhumanisme avec un t minuscule est la croyance ou la théorie que l’espèce humaine évoluera au-delà de ses limites physiques et mentales actuelles, particulièrement au moyen d’interventions technologiques délibérées. En tant que directrice de recherche et de l’éducation des politiques publiques à la Genetics Policy Institute, Herold connaît bien ces territoires scientifiques, médicaux et bioéthiques.

Les mouvements attirent des contre-mouvements, et Herold couvre aussi les adversaires à la transformation transhumaine. Ces bioconservateurs vont de néoconservateurs moralisateurs aux égalitaristes libéraux craignant que ces nouvelles technologies mettent en danger d’une façon ou d’une autre la dignité et l’égalité humaine. « J’ai commencé ce livre en m’engageant à explorer tous les arguments, à la fois pour et contre les augmentations humaines », écrit-elle. « J’ai découvert à maintes reprises dans le processus que les arguments bioconservateurs sont moins que persuasifs ». (Herold cite quelques-unes de mes [Ronald Bailey] propres critiques du bioconservatisme dans son livre.)

Herold commence [le livre] avec l’histoire de Victor Saurez, un homme vivant deux siècles dans le futur qui, alors âgé de 250 ans, à l’apparence et la vitalité d’une personne de 30 ans. Retour à l’époque sombre du 21e siècle, Victor était idéologiquement contre toutes les technologies dernier cri qui permettraient d’allonger artificiellement sa vie. Mais après avoir connu un début précoce d’insuffisance cardiaque, il a accepté de se faire implanter un cœur artificiel permanent parce qu’il voulait connaître ses petits-enfants. Ensuite, afin de ne pas être un fardeau pour sa fille, il a décidé de se faire implanter des puces de vision dans ses yeux pour corriger la cécité de la dégénérescence maculaire. Enfin, il a accepté des traitements intelligents de nanoparticules guidées qui inversent le processus de vieillissement en corrigeant sans relâche l’accumulation des erreurs de l’ADN qui causent la détérioration physique et mentale.

De la science-fiction ? Pour l’instant. « Ceux d’entre nous qui vivent aujourd’hui ont de bonnes chances d’être un jour les bénéficiaires de ces avancées », soutient Herold.

Considérez les cœurs artificiels. En 2012, Stacie Sumandig, une mère de 40 ans ayant quatre enfants, s’est vue annoncée qu’elle serait morte d’ici quelques jours dus à une insuffisance cardiaque causée par une infection virale. Étant donné qu’aucun cœur de donneur n’était disponible, elle choisit de se faire installer à la place le Syncardia Total Artificial Heart (TAH) [cœur artificiel total temporaire de Syncardia]. Le TAH remplace complètement le cœur naturel et est alimenté par des batteries transportées dans un sac à dos. Il a permis à Sumandig de vivre, travailler, et prendre soin de ses enfants pendant 196 jours avant qu’un cœur de donneur devienne disponible. A partir de ce mois-ci, 1 625 TAH ont été implantés ; une personne a vécu avec pendant 4 ans avant de recevoir un cœur de donneur. En 2015, un essai clinique en cours a commencé dans lequel 19 patients ont reçu des TAH permanents.

Herold poursuit en décrivant des recherches innovantes sur les reins artificiels, les foies, les poumons et pancréas. « Les organes artificiels seront bientôt conçus pour être plus durables et peut-être plus puissants que les naturels, les amenant à être non seulement curatifs mais aussi améliorants », soutient-elle. Dans le futur, les gens vont être chargés avec des technologies pour les maintenir en vie et en bonne santé. (Une question troublante se pose : que faisons-nous quand quelqu’un utilisant ces technologies biomédicales choisit de mourir ? Qui serait en charge de désactiver ces technologies ? Est-ce que la loi traiterait la désactivation par une tierce personne comme équivalent à un meurtre ? Dans de tels cas, quelque chose de comparable à la légalisation du suicide assisté pourrait être mis en place.)

Les organes artificiels ont également une concurrence considérable. Herold, malheureusement, ne fait pas état sur les perspectives remarquables pour la culture d’organes humains transplantables à l’intérieur des cochons et des moutons. Tout comme elle ne porte pas beaucoup d’attention aux thérapies utilisant des cellules souches qui pourraient remplacer et réparer les tissus et organes endommagés. Mais de telles recherches soutiennent son point de vue que les biotechnologies, les technologies de l’information et les nanotechnologies, convergent pour produire une pléthore de traitements curatifs et améliorants.

L’application phare de l’amélioration humaine est l’immortalité – stopper et inverser les handicaps physiques et mentaux qui nous arrivent avec le vieillissement. Herold porte beaucoup d’attention sur le développement de nanorobots qui patrouilleraient le corps pour réparer et enlever les dommages causés par les défaillances de la machinerie cellulaires au fil du temps. Elle croit que la nanomédecine va d’abord atteindre le succès dans le traitement des cancers et puis de passer à guérir d’autres maladies. « Ensuite, si tout se passe bien, nous allons entrer dans le paradigme du maintien de la santé et de la jeunesse pour un temps très long, peut-être sur des centaines d’années », affirme-t-elle. Peut-être parce que la recherche avance très vite, Herold ne dit pas comment l’édition du génome par CRISPR permettra aux futurs gérontologues de reprogrammer de vieilles cellules pour les rendre plus jeunes.

Herold pense que ces révolutions technologiques seront une bonne chose, mais cela ne veut pas dire qu’elle est une Pollyanna. Tout au long du livre, elle s’inquiète sur notre dépendance croissante aux nouvelles technologies et comment elles nous affecteront. Elle anticipe un monde peuplé de robots à notre service pour presque toutes les tâches. Des robots sociaux surveilleront notre santé, nettoieront nos maisons, nous divertiront, et satisferont nos désirs sexuels. Herold met en garde, les utilisateurs isolés avec des robots parfaitement subordonnés pourraient « perdre d’importantes aptitudes sociales telles que l’altruisme et le respect des droits des autres. » Elle demande également, « aurons-nous encore besoin des uns des autres quand les robots deviendront nos nounous, amis, serviteurs et amants ? »

Il y a aussi la question de savoir comment des institutions centralisées, contrairement à des individus responsabilisés, pourraient utiliser cette nouvelle technologie. Vous trouverez derrière beaucoup des améliorations à venir, l’armée américaine, qui finance des recherches pour protéger ses soldats et les rendre plus efficaces au combat. Comme le rapporte Herold, la DARPA subventionne des recherches sur un médicament qui permettrait de maintenir les gens éveillés et alertes pendant une semaine. DARPA est également à l’origine des travaux sur les implants cérébraux conçus pour modifier les émotions. Bien que cette technologie puisse aider les personnes aux prises avec des problèmes psychologiques, elle pourrait également être utilisée pour éliminer la peur ou la culpabilité des soldats. Manipuler les émotions des soldats de façon qu’ils suivent les ordres sans broncher, est éthiquement problématique, c’est le moins que l’on puisse dire.

Voir aussi → Éthique sur le champ de bataille dans un futur proche
L’Homme augmenté, réflexions sociologiques pour le militaire
→ CREOGN* : L’Humain augmenté : quels enjeux éthiques et juridiques dans les politiques de Défense et de Sécurité intérieure ?
L’armée française à la recherche du « soldat augmenté »
2030, l’Horizon H+ : les futurs probables, selon le Conseil National du Renseignement des États-Unis

Des questions similaires hantent les discussions d’Herold sur ces technologies, comme les médicaments et les implants de neuro-améliorations, qui pourraient nous aider à créer de meilleurs cerveaux. Au travers de l’histoire, l’ultime royaume de la vie privée a toujours été nos pensées cachées. Les proliférations de capteurs neuronaux et des implants pourraient dévoiler/ouvrir nos pensées à l’inspection par nos médecins, amis, et famille – et ainsi qu’aux représentants gouvernementaux et du marketing d’entreprises.

Augmentation des performances humaines avec les nouvelles technologies : Quelles implications pour la défense et la sécurité ?
Recours aux techniques biomédicales en vue de « neuro-amélioration » chez la personne non malade : enjeux éthiques

Pourtant, Herold réfute efficacement les arguments bioconservateurs contre la poursuite et l’adoption de l’amélioration humaine. Une des inquiétudes souvent entendues est que la recherche sur la longévité nous entraînera dans un monde de soins infirmiers à domicile où les gens vivent plus longtemps, mais avec des vies de plus en plus débilitées. C’est un non-sens : l’idée des recherches contre le vieillissement n’est pas de laisser les gens être âgés plus longtemps, mais de les maintenir jeunes plus longtemps. Un autre argument soutient que les technologies transhumaines vont tout simplement laisser les riches devenir plus riches.

Le rapport, rédigé et publié par le Conseil national du renseignement des États-Unis, nous alerte également sur les risques associés au progrès disruptif et au changement de paradigme qu’il devrait induire. D’après le groupe d’analystes, bon nombre de ces technologies d’augmentation ne seront disponibles que pour ceux qui seront en mesure de les payer.

Ces déséquilibres d’accès à l’amélioration pourraient être à l’origine de violentes turbulences, et de conflits si rien n’est mis en place pour réguler et encadrer les technologies impliquées.

Le risque principal résulte d’une société clivée, à deux niveaux formée d’une part des individus ayant accès aux technologies d’augmentation et profitant pleinement des améliorations et d’autre part, des laissés pour compte technologiques, non augmentés pour lesquels l’écart des capacités se creuse à mesure que le progrès avance. Cette asymétrie n’est pas tenable et nécessitera probablement une stricte surveillance des gouvernements et une régulation méthodique des technologies d’augmentation. La convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives (NBIC) devrait induire des progrès scientifiques collatéraux importants, comme ceux du stockage de l’énergie avec des batteries longue durée, ceux de l’interfaçage biologique-silicium, ou encore ceux de l’électronique biocompatible flexible.

« Nous entrons dans l’ère de transhumanisme, et les nombreuses nouvelles thérapies ciblées contre le cancer vont avoir une incidence sur les prix. Les dépenses de santé vont exploser dans les prochaines années à un rythme de 10 % par an » Nicolas Bouzou.

« Il suffit de jeter un coup d’œil sur les disparités séparant aujourd’hui l’étroite minorité des super-riches et les 95 % de citoyens restant à l’écart du progrès, pour se convaincre que la Singularité promise par Ray Kurzweil et ses disciples, ne sera pas pour tout le monde» JP Baquiast 20/08/2014.

« Une redistribution massive des richesses est la pierre angulaire de l’ordre du jour. Si oui ou non les 1 % qui contrôlent 85 % de la richesse mondiale donneront volontairement leurs milliards est encore à voir. » William Henry, auteur, mythologue d’investigation et présentateur de télévision intervenant sur la chaîne History Channel.

Pierre Concialdi : « L’utopie (le délire ?) transhumaniste peut faire miroiter le mirage d’une vie de cyborg quasiéternelle libérée du travail. C’est un rêve réservé à une minuscule élite d’ultra riches. Pour les autres, le cauchemar continue. »

Herold note que bien que les riches ont presque toujours accès aux nouvelles technologies en premier, les prix baissent ensuite rapidement, les rendant accessibles pour presque tout le monde au bout du compte. Elle est persuadée que la même dynamique s’appliquera pour ces thérapies.

Dans ce cas, pourquoi les implants dentaires sont-ils toujours si chers ?

Source : http://www.dentaly.org/prix-dun-implant-dentaire-le-guide-complet/#Implants_dentaires_prix_pour_plusieurs_dents

Les bioconservateurs affirment souvent que les technologies d’améliorations doivent être interdits, car autrement, ceux-ci subiront une irrésistible pression sociale pour les utiliser dans le but de rester compétitif. Herold répond sèchement : «il est de la responsabilité de chaque individu de faire les choix qui lui paraissent bons pour lui. Ce n’est pas la responsabilité de la société de limiter la liberté d’autres personnes de sorte que l’on puisse se sentir bien dans ses choix ». Les bioconservateurs, note-t-elle, « échouent à convaincre sur, pourquoi ceux qui s’opposent aux améliorations devraient être en mesure d’exercer le libre choix, tandis que ceux qui le désirent ne devraient pas. »

Qu’en est-il des préoccupations sur l’authenticité et la déshumanisation ? Ici, Herold déclare : « Rien ne pourrait être naturel aux êtres humains que d’aspirer à se libérer de ses contraintes biologiques. » Herold observe que personne n’a jamais vraiment réussi à sortir une bonne définition de la nature humaine. Alors que nous entamons l’inévitable voyage transhumaniste, elle conclut que « nous pouvons ne jamais voir qui nous sommes aujourd’hui in the rearview mirror, d’un état beaucoup plus avancé que celui où nous nous trouvons maintenant. » Allons découvrir qui nous sommes vraiment.

Traduction Thomas Jousse

Ronald Bailey est correspondant scientifique pour Reason Magazine et auteur de The End of Doom (juillet 2015).

Beyond human: How cutting-edge science is extending our lives, by Eve Herold, St. Martin’s Press

José Delgado et ses dispositifs de contrôle de l’esprit par la stimulation électrique du cerveau

https://fr.wikipedia.org/wiki/Implant_cérébral

Le mois dernier, nous avons publié un article sur des fonds militaires pour contrôler les sentiments (interfaces cerveau-ordinateur). Dans cet article, le MIT a cité José Delgado (célèbre pour ses recherches sur le contrôle de l’esprit par la stimulation électrique du cerveau) accusé de mettre au point des dispositifs de contrôle de l’esprit « totalitaire » :

Dans les années 1970, un neuroscientifique de l’Université de Yale, José Delgado, a montré qu’il pourrait amener les gens à ressentir des émotions, comme la relaxation ou l’anxiété, à l’aide d’implants, appelés « stimoceivers » (contrôle de l’esprit par la stimulation électrique du cerveau, utilisé pour stimuler les émotions et contrôler le comportement, susciter des réactions physiques spécifiques). Mais Delgado, également financé par l’armée, a quitté les États-Unis après les audiences du Congrès dans lequel il a été accusé de mettre au point des dispositifs de contrôle de l’esprit « totalitaire ». Selon les scientifiques, financés par la DARPA, l’Agence a été inquiète de la façon dont le programme de Subnets (sous-réseaux) pourrait être perçu, et elle a nommé un comité d’éthique chargé pour superviser la recherche.

Les recherches sur les interfaces cerveau-ordinateur ne sont pas sans connotation de mauvais augures. Sur le site que le MIT a cité en référence (http://www.wireheading.com/delgado/brainchips.pdf), nous avons trouvé d’autres archives sur José Delgado que nous avons traduit.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Implant_cérébral

Contrôle de l’esprit : José Delgado contrôle un taureau furieux par la stimulation électrique du cerveau

« L’individu peut penser que la réalité la plus importante est sa propre existence, mais c’est seulement son point de vue personnel. Ceci manque de perspective historique. L’homme n’a pas le droit de développer son propre esprit (sa propre façon de penser). Ce genre d’orientation libérale a un grand attrait. Nous devons contrôler électroniquement le cerveau. Un jour, les armées et les généraux seront contrôlés par la stimulation électrique du cerveau. »
Dr José Delgado,
Directeur de neuropsychiatrie
Faculté de médecine de l’Université Yale, transcription des séances du Congrès américain,
N ° 26, Vol. 118 24 février 1974

Dr José Delgado a entamé son enquête sur la douleur et le plaisir de la stimulation électrique en Espagne durant les années 1930. Il devient ensuite directeur de neuropsychiatrie à Yale University Medical School, où il a affiné la conception de son « stimulateur transdermique » commandée à distance. Le Dr Delgado a découvert que toute une gamme d’émotions et de comportements peuvent être électriquement orchestrés chez les humains et les animaux. L’individu n’a pas la capacité de résister à un tel contrôle si stimulé.

Le Dr Delgado avait grande foi dans sa technologie. Dans une célèbre expérience menée en Espagne, le Dr Delgado a confronté un taureau de 1 000 livres (1963). Comme l’animal à cornes se précipita vers lui agressivement, le Dr Delgado a utilisé un signal radio pour activer une électrode implantée profondément dans le cerveau du taureau. Le taureau a été stoppé aux pieds de Delgado.

Dans Journey Into Madness, The True Story of Secret CIA Mind Control and Medical Abuse (Bantam Books, 1989), Gordon Thomas, l’ancien producteur de la BBC, le correspondant à l’étranger et le journaliste d’investigation, raconte comment “Le Dr Gottlieb et les comportementalistes de l’ORD [Bureau de recherche et développement -Office of Research and Development, CIA, Central Intelligence Agency] ont partagé le point de vue de [Dr] José Delgado que le jour viendra où la technique pourrait être parfaite pour faire réagir, non seulement des animaux, mais aussi des êtres humains, aux signaux transmis électriquement »… « Comme le Dr Delgado [Université de Yale], le neurochirurgien (Le Dr Heath de l’université de Tulane) a conclu que l’ESB [electronic stimulation of the brain – stimulation électronique du cerveau] pouvait contrôler la mémoire, les impulsions, les sentiments et pourrait susciter des hallucinations ainsi que la peur et le plaisir. Il pourrait littéralement manipuler la volonté humaine – à volonté. »

mp3 José Delgado (1975) ↓

https://www.wireheading.com/delgado/jose.mp3?_=1

Contrôle physique de l’esprit : Vers une société psycho-civilisée

Physical Control of the Mind: Toward a Psychocivilized Society

Livre de José M. R. Delgado, M.D. (Harper & Row, NY, 1969)

Le plaisir humain évoqué par l’ESB

(Electrical Stimulation of the Brain – Stimulation électrique du cerveau)

Sur la base de nombreuses études sur la chirurgie cérébrale, Penfield a affirmé qu’en ce qui concerne la colère, la joie, le plaisir et l’excitation sexuelle dans le cerveau humain que « dans la limite des expériences qui ont été menées, ni décharge épileptique localisée, ni la stimulation électrique n’ont été capable d’éveiller de telles émotions. On est tenté de croire qu’il n’y a aucun mécanisme cortical spécifique lié à ces émotions. » Cette déclaration est toujours valable pour le cortex cérébral, mais des études sur des sujets humains, avec des électrodes implantées dans le cerveau, ont démontré que la stimulation électrique du cerveau profond peut induire des manifestations agréables, comme en témoignent les rapports verbaux spontanés des patients, leur expression faciale et leur comportement général et leur désir de renouveler l’expérience. Sur un groupe de 23 patients atteints de schizophrénie, la stimulation électrique de la région septale, située en profondeur dans les lobes frontaux, a provoqué un renforcement de la vigilance, parfois accompagnée d’une augmentation de la production verbale, d’euphorie ou de plaisir. Dans une étude plus systématique sur un autre groupe de patients, une preuve supplémentaire a été présentée des effets enrichissants et gratifiants de la stimulation septale. Un homme souffrant de narcolepsie a été équipé avec un petit stimulateur et un compteur intégré qui enregistre le nombre de fois qu’il stimulait volontairement chacun des points de contacts situé dans son cerveau, pendant une période de 7 semaines. Le score le plus élevé a été enregistré à partir d’un point dans la région septale, et le patient déclara que lorsqu’il appuyait sur ce bouton en particulier, il se sentait « bien » comme s’il se préparait à un orgasme, sans y aboutir, et se sentait souvent impatient et anxieux. Sa narcolepsie a été grandement soulagée en appuyant sur ce bouton « septal. » Un autre patient, atteint d’épilepsie psychomotrice a également apprécié l’auto-stimulation septale, qui encore une fois, eu le taux le plus élevé de pression du bouton et induisait souvent des pensées sexuelles. La stimulation de la région septale par injection directe d’acétylcholine a induit des variations électriques locales sur deux patients épileptiques et un changement d’humeur, de la dysphorie, au contentement et à l’euphorie, accompagnée le plus souvent avec une motivation sexuelle et certaines « sensations orgasmiques. »

Plus de connaissances ont été acquises lors de l’étude d’un groupe de 65 patients souffrant de schizophrénie ou de la maladie de Parkinson, sur lesquels un total de 643 contacts ont été implantés, principalement dans la partie antérieure du cerveau. Les résultats de l’ESB ont été regroupés comme suit :
– 360 points étaient « Positifs I », et avec une stimulation « les patients se sentaient relaxés, à l’aise, avaient un sentiment de bien-être et/ou une légère somnolence. »
– 31 points étaient « Positifs II », et « les patients étaient changés totalement… de bonne humeur, se sentaient bien. Ils étaient détendus, à l’aise et s’appréciaient, en souriant souvent. Il y avait une légère euphorie, mais le comportement était adéquat. » Parfois, ils voulaient plus de stimulations.
– 8 autres points, étaient « Positif III, » quand « l’euphorie était au-delà des limites du normal. Les patients riaient à gorge déployée, s’appréciaient et aimaient réellement la stimulation et en voulaient plus. »
– 38 points donnaient des résultats ambivalents. Les patients exprimaient parfois le plaisir ou de déplaisir après la stimulation de la même région.
– 3 autres points, les réponses furent qualifiées d’ « orgasme » parce que les patients exprimaient initialement le plaisir et soudainement étaient entièrement satisfaits et ne voulaient plus de stimulation pendant une période de temps variable.
– Enfin, à partir d’environ 200 points, l’ESB a produit des réactions désagréables comprenant l’anxiété, la tristesse, la dépression, la peur et des débordements émotionnels.

Une des images prises dans la présente étude, a été très démonstrative, montrant un patient avec une expression de tristesse et légèrement déprimée, se mit a sourire lors d’une brève stimulation appliquée à la partie rostrale du cerveau, puis retournant rapidement à son état dépressif, pour sourire à nouveau dès que la stimulation reprenait. Puis une stimulation de 10 secondes a modifié de manière durable son comportement et l’expression de son visage dans une ambiance agréable et heureuse. Certains malades mentaux ont reçu un stimulateur portable afin qu’ils traitent leur état dépressif par auto-stimulation, avec un succès clinique apparent.

Ces résultats impliquent d’agir avec précaution lors des interventions chirurgicales sur le cerveau, afin de ne pas induire une euphorie ou une dépression excessives lorsque des zones cérébrales ayant des propriétés de renforcement ou de réduction de ces sentiments sont touchées. L’instabilité émotionnelle, caractérisée par des bouffées de larmes ou de rire sans raisons apparentes a déjà été observée à la suite d’interventions neurochirurgicales. Ces importants problèmes de comportement auraient pu être évités en préservant les zones impliquées dans la régulation des émotions.

Dans une de nos expériences, des sensations de plaisir ont été observées chez trois patients atteints d’épilepsie psychomotrice. Le premier cas a été V.P. une femme de 36 ans avec une longue histoire de crises d’épilepsie qui ne pouvait être contrôlée par la prise de médicaments. Les électrodes ont été implantées dans son lobe temporal droit et lors de la stimulation réalisée dans la partie supérieure à environ 3 millimètres sous la surface, elle a signalé une sensation agréable de picotement dans la partie gauche de son corps « depuis mon visage jusqu’en bas de mes jambes. » Elle se mit à rire et à faire des commentaires amusants, déclarant qu’elle aimait « beaucoup » cette sensation. La répétition de cette stimulation rendait la patiente plus communicative et séduisante. Elle finit par exprimer ouvertement son désir d’épouser le thérapeute. La stimulation des autres points cérébraux ne modifia pas son humeur, ce qui prouve la spécificité de l’effet induit. Au cours des entretiens de contrôle réalisés avant et après l’ESB, son comportement était tout à fait normal, sans familiarité ou convivialité excessives.

Le deuxième patient était J.M., une femme de 30 ans attrayante, coopérative et intelligente, qui souffrait depuis onze ans de crise de psychomotricité et de grand mal qui résistaient aux traitements médicaux. Les électrodes ont été implantées dans son lobe temporal droit, et la stimulation de l’un des points de l’amygdale induit une agréable sensation de plaisir et de relaxation et a augmenté considérablement son discours, qui a pris un caractère plus intime. Cette patiente à exprimer ouvertement son affection pour le thérapeute (qu’elle ne connaissait pas auparavant), embrassa ses mains et a exprimé son immense gratitude pour ce que l’on lui faisait. Une augmentation similaire de l’expression verbale et émotionnelle a été répétée quand le même point a été stimulé un autre jour, mais ceci ne se manifesta pas lorsque l’on explorait d’autres zones du cerveau. Lors des tests de contrôles, la patiente était plutôt réservée et posée.

Le troisième cas était A.F., un garçon de 11 ans souffrant d’épilepsie psychomotrice sévère. Six jours après l’implantation d’électrodes dans les deux lobes temporaux latéraux, sa quatrième entrevue enregistrée sur bande magnétique, a été réalisée alors que l’activité électrique de son cerveau a été enregistrée en continue et des stimulations de 5 secondes ont été appliquées dans un ordre préétabli à des intervalles d’environ quatre minutes. L’intervieweur a maintenu un air amical tout au long, généralement sans initier la conversation. Après six autres excitations(stimulations), le point LP situé sur la surface du lobe temporal gauche est stimulé pour la première fois, et il y avait une déclaration immédiate du plaisir. Le patient avait gardé le silence pendant l’intervalle des cinq minutes précédentes, mais immédiatement après la stimulation, il s’exclama : « Hey ! Vous pouvez me garder plus longtemps quand vous me donnez ça ; j’aime ça ». Il a continué à insister sur le fait que les tests en cours lui faisaient se sentir bien. Des déclarations similaires avec une expression emphatique de « se sentir bien » suivirent 8 des 16 stimulations de ce même point au cours de cet entretien de 90 minutes. Plusieurs de ces manifestations étaient accompagnées d’une déclaration d’affection pour l’intervieweur de sexe masculin, et lors de la dernière, il s’était étiré voluptueusement. Aucune de ces manifestations n’apparut au cours des vingt-deux minutes pendant lesquelles d’autres points furent stimulés. L’analyse statistique de la différence entre la fréquence des expressions de plaisir avant et après l’apparition des stimulations a prouvé que les résultats étaient très significatifs (p < 0,001).

L’expression ouverte de plaisir dans cet entretien et le comportement de passivité généralement exprimé peuvent être liés, plus ou moins intuitivement aux aspirations féminines. Il est donc remarquable que dans le prochain entretien, réalisé de manière similaire, le patient exprima une confusion au sujet de sa propre identité sexuelle suite à la stimulation du point LP. Il a soudainement commencé à exposer son désir de se marier, mais quand on lui demande, « à qui ? » il n’a pas répondu immédiatement. Après la stimulation d’un autre point et d’un silence d’une minute, vingt secondes, le patient déclare de manière confuse, « Je pensais – il y a – je disais cela pour vous. Comment épeler «oui» – oui. Je voulais dire toi. Non ! ‘Vous’ pas toi. C’est ça. Vous ». Le sujet a été ensuite complètement abandonné. Le moniteur qui écoutait depuis la salle voisine a interprété cela comme une volonté, un vœu à peine voilé d’épouser l’interviewer, et il a été décidé de stimuler le même point à nouveau après que l’examen prévu serait terminé. Pendant les quarante minutes qui suivent, sept autres points furent stimulés, et le patient parla de plusieurs sujets sans aucun rapport. Puis le point LP fut stimulé encore une fois et le patient a commencé à faire référence à la barbe de l’interviewer et continua en mentionnant des poils pubiens et du fait qu’il avait été l’objet de jeux sexuels dans le passé. Il a exprimé ensuite des doutes sur son identité sexuelle, en disant : « Je pensais et me demandais “si j’étais un garçon ou une fille – lequel je voudrais être. » Suite à une autre stimulation, il fit remarquer avec un plaisir évident : « c’est l’effet que vous me faites maintenant… » et puis il dit : « je voudrais être une fille. »


Extraits du livre intitulé « Physical Control of the Mind » (cliquez sur les titres ci-dessous)

Contrôle physique de l’esprit : Vers une société psycho-civilisée

Physical Control of the Mind: Toward a Psychocivilized Society

Livre de José M. R. Delgado, M.D. (Harper & Row, NY, 1969)
Directeur de neuropsychiatrie à Yale University Medical School

Communication radio bidirectionnelle avec le cerveau (pages 89-96)

«… il est déjà possible d’équiper les animaux ou les êtres humains avec des minuscules instruments appelés « stimoceivers » (stimorécepteur, contraction de stimulation et récepteur) pour la transmission radio et la réception des messages électriques du cerveau chez les sujets complètement débridés. La microminiaturisation des composants électroniques de l’appareil permet un contrôle de tous les paramètres d’excitation pour la stimulation de la radio de trois endroits différents dans le cerveau et aussi l’enregistrement télémétrique des trois canaux de l’activité électrique intracérébrale.

Il est raisonnable de supposer que dans un proche avenir, le stimoceiver peut fournir le lien essentiel de l’homme vers l’ordinateur puis à nouveau vers l’homme, avec une rétroaction réciproque entre les neurones et les instruments qui représente une nouvelle orientation pour le contrôle médical des fonctions neurophysiologiques. Par exemple, il est concevable que l’activité électrique anormale localisée qui annonce l’imminence d’une crise épileptique peut être captée par des électrodes implantées, télémétrée vers une salle des instruments distante, enregistrée sur bande et analysée par un ordinateur capable de reconnaître les schémas électriques anormaux. L’identification de la perturbation électrique spécifique pourrait déclencher l’émission de signaux radio pour activer le stimoceiver du patient et appliquer une stimulation électrique à une zone d’inhibition déterminée du cerveau, bloquant ainsi le début de l’épisode convulsif.

L’un des facteurs limitants dans ces études était l’existence de fils allant du cerveau au stimoceiver en dehors du cuir chevelu. Les fils représentaient une possible porte d’entrée pour les infections et pouvaient constituer un obstacle aux soins de la chevelure malgré leur petite taille. Il serait évidemment beaucoup plus souhaitable d’employer des instruments minuscules qui pourraient être implantés complètement sous la peau. Pour cela, nous avons développé dans notre laboratoire, un petit stimulateur à trois canaux qui peut être implanté sous la peau et qui a pour but final d’être implanté dans le cerveau (Figure 6). L’instrument est à l’état solide, n’a pas de batteries et peut fonctionner indéfiniment. L’énergie électrique nécessaire, le contrôle à distance des paramètres de la stimulation et le choix des canaux sont fournis par couplage transdermique, à l’aide d’une petite bobine qui est activée par modulation de fréquence de signaux radio.

La technologie pour la communication non sensorielle entre les cerveaux et les ordinateurs via la peau intacte est déjà à portée de main, et ses conséquences sont difficiles à prévoir. Dans le passé, les progrès de la civilisation ont énormément amplifié la puissance de nos sens, de nos muscles et de nos compétences. Maintenant, nous ajoutons une nouvelle dimension : l’interface directe entre les cerveaux et les machines. Même si c’est vrai, cette affirmation est peut-être trop spectaculaire et elle exige des éclaircissements prudents. Nos connaissances actuelles concernant le codage de l’information, les mécanismes de la perception et les bases neuronales du comportement sont si élémentaires qu’il est hautement improbable que les mises en corrélation électriques des pensées ou des émotions puissent être captées, transmises et appliquées électriquement à la structure appropriée d’un autre sujet pour être reconnues et pour déclencher des pensées ou des émotions apparentées. Toutefois, il est déjà possible d’induire une grande variété de réponses, depuis des effets moteurs jusqu’à des réactions émotionnelles et des manifestations intellectuelles, par stimulation électrique directe du cerveau. En outre, plusieurs chercheurs ont appris à identifier les schémas de l’activité électrique (dont un ordinateur pourrait également reconnaître) localisés dans des zones spécifiques du cerveau et liés aux phénomènes déterminés tels que la perception des odeurs ou de la perception visuelle des bords des objets et des mouvements. Nous avançons rapidement dans la reconnaissance des formes des corrélats électriques du comportement et dans la méthodologie pour une communication radio bidirectionnelle entre le cerveau et les ordinateurs.

Des craintes ont été exprimées que cette nouvelle technologie apporte avec elle la menace d’un éventuel contrôle à distance des activités cérébrales de l’homme par d’autres hommes, des contrôles non désirés et contraire à l’éthique, mais comme on le verra plus tard, ce danger est tout à fait improbable et l’emporte (est contrebalancé) sur les avantages cliniques et scientifiques escomptés (qui en sont attendus). La microminiaturisation et les connaissances électroniques ont tellement progressé que les limites semblent plutôt biologiques que technologiques. Notre plus grand besoin consiste en des informations plus expérimentales sur les mécanismes neuronaux associés aux processus mentaux et comportementaux, et la recherche chez les sujets sans restriction promet de révéler une nouvelle compréhension des esprits normaux et des traitements plus efficace des cerveaux perturbés.

Both sides of a three-channel transdermal stimulator. This instrument has no batteries, is activated by radio, and can be used for life, so that the brain can be stimulated indefinitely.


Jose Delgado was born in Ronda Spain in 1915, a founding member of the ACNP and lifelong Fellow. He died at age 96, 3 months before our organization celebrated its fiftieth anniversary.

Jose intended to emulate his father, an ophthalmologist, but fell under the spell of Santiago Ramon y Cahal often considered the ‘Father of Neuroscience’, Nobel Laureate in 1906.

Jose enrolled in Madrid Medical School in 1933 to study both medicine and physiology. In 1936, the Spanish civil war erupted, his mentor Juan Negri fled the country and Jose joined the Republican side as a medical corpsman. After the fascist victory he spent 5 months in a concentration camp before obtaining his MD and Doctorate of Science, both cum laude.

From 1942 to 1950, he began research in neurophysiology on selective brain ablation and electrical stimulation in animals, published 14 articles and won several prizes. In his 2005 OHP interview, at age 90, he tells how he went to Africa to buy primates for research, bonded with a gorilla and, unable to operate on his ‘new friend’, donated the animal to a zoo.

In 1950, Delgado won a scholarship to the Yale University in the Department of Physiology under the direction of John Fulton whose pioneer work on pre-frontal lobotomy in chimpanzees encouraged the Portuguese psychiatrist Egas Moniz to perform the operation in schizophrenic patients, for which he received the Noble Prize in 1949.

Delgado flourished at Yale; rising to Professor of both Physiology and Psychiatry, he eventually succeeded Fulton as Director of Research. Described as ‘a technological wizard’, he invented the ‘stimoceiver’; implanted electrodes that established two-way communications with the brain in mobile animals allowing Jose to stimulate different regions, producing changes in affect and behavior. Encouraged by these results, and Moniz example, Delgado extended his research to patients with chronic refractory epilepsy and schizophrenia.

This ground breaking research was published in 1952 anticipating similar work by Bob Heath at the Tulane University. 1952 was a watershed year in neuroscience, when chlorpromazine was being given to patients with schizophrenia, spawning the neuropsychopharmacology revolution.

Delgado positioned himself between growing disapproval of mutilating brain surgery and his own belief that electrical stimulation of specific brain areas was scientifically superior to oral administration of drugs whose effects were mitigated by liver metabolism, the blood–brain barrier, and uncertain distribution.

Events proved Jose wrong; the effects of electrical stimulation were imprecise, poorly replicated and yielded no useful therapeutic outcomes. Conversely, neuropsychopharmacology thrived. Drugs were developed for every type of psychiatric disorder, deinstitutionalization occurred, and, in 1970, the Nobel Prize went to Julius Axelrod and colleagues for the catecholamine hypothesis of depression.

Nevertheless, in two decades (1950–1970) Delgado authored 134 scientific publications on electrical stimulation in cats, monkeys and patients, both psychotic and non-psychotic. In 1963, he performed an experiment that attracted worldwide attention, including a front page article in the New York Times. After implanting his stimoceiver in the caudate nucleus of a fighting bull, Jose stood facing the bull waving a red cape before stopping the animal in its tracks by activating the electrodes.

Soon after this, Delgado was invited to contribute a volume to a series on ‘World Perspectives’. Its editorial board comprised 12 of the world’s most distinguished leaders in ethics, sociology, economics, spirituality, and science, including three Nobel Laureates. The series editor was a renowned philosopher whose life was devoted to inviting leading scientists and thinkers to speculate on the societal and philosophical implications of their narrow fields; to ‘extrapolate an idea in relation to life’.

Jose chose a provocative title for his volume, ‘Physical Control of the Mind: Towards a Psychocivilized Society’. The text and tone were equally challenging. Although Jose’s discussion of his scientific findings was modest and objective, the philosophical speculations were grandiose and went beyond the data. None the less his intent was benevolent; to encourage the development of ‘a future psychocivilized human being; a less cruel, happier, and better man’. In essence, he was proposing that science might accomplish what two millennia of religion failed to do!

Unfortunately, this rhetoric and hyperbole clashed with a changing scientific, political, and social Zeitgeist, engulfing Delgado in controversy that would end his career in America. Without distinguishing between science and philosophy, Jose’s research and ideas were attacked and denigrated on two fronts.

In 1972, Congress held hearings in response to efforts to end funding for this type of brain surgery. Testimony was given by a libertarian psychiatrist, a scientologist at the time, who disparaged drugs, ECT, and biological psychiatry. This included a collage of selective, out of context, quotations from Delgado and other neuropsychiatrists.

Coincidentally, public and political outrage surfaced over covert CIA ‘mind control’ experiments, designed to combat communism, initiated in the McCarthy era and extending into the mid 1960s (MK-ULTRA).

These twin forces manifested a plethora of websites fed by conspiracy theorists and alleged victims of psychosurgery that disseminated innuendo and largely unsubstantiated accusations for four decades. Delgado’s name and book figure prominently along with other well-known psychiatrists from among 43 universities and colleges alleged to have been involved.

Mired in controversy, Delgado accepted an offer to become Chair of Physiological Science at a new medical school in Madrid and moved there in 1974.

For the next quarter century, Jose continued to publish his research and philosophical ideas, achieving a lifetime total of over 500 articles and six books. His final book, in 1989, was titled ‘Happiness’ and went through 14 editions.

In the last years of his life, Jose and his wife returned to America and lived in San Diego where he died unheralded. Unjustly treated and harshly judged by segments of the public and his profession, Jose Delgado’s ground breaking research, benevolent philosophy, and memory deserve better recognition. His career trajectory may provide budding scientists with a cautionary note about the pitfalls of mingling science with philosophy.

Neuropsychopharmacology (2012) 37, 2883–2884; doi:10.1038/npp.2012.160 (PDF)


Un article du New York Times en 1970, et un autre du Scientific American en 2005, décrivent les travaux de Delgado et de certains autres chercheurs. Ces articles sont disponibles sur les sites officiels du New York Times et du Scientific American:

sources : http://www.wireheading.com/delgado/ ; http://www.wireheading.com/delgado/excerpt.html ; http://www.wireheading.com/jose-delgado.html

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Interfaces cerveau-ordinateur : des fonds militaires pour contrôler les sentiments

Brain reader: An array of micro-electrodes printed on plastic can record from the brain’s surface. It is 6.5 millimeters on a side.
credit: MIT

Un programme de  70 millions $ va essayer de développer des implants cérébraux capables de réguler les émotions chez les personnes souffrant de troubles mentaux.

May 29, 2014

Beaucoup d’anciens combattants souffrent de problèmes émotionnels écrasants.

Jose Carmena a travaillé sur les singes Macaques pour qu’ils déplacent les curseurs et les membres robotiques avec leurs esprits. Il le fait par l’implantation d’électrodes dans leur cerveau pour surveiller l’activité neuronale. Dans le cadre d’un programme de $ 70 millions financé par l’armée américaine, Carmena a un nouvel objectif : utiliser les implants cérébraux pour lire et ensuite contrôler les émotions des malades mentaux.

La Defense Advanced Research Projects Agency, ou DARPA, a décerné deux importants contrats au Massachusetts General Hospital et de l’Université de Californie, San Francisco, pour créer des implants cérébraux électriques capables de traiter les sept maladies psychiatriques, y compris la toxicomanie, la dépression et le trouble de la personnalité borderline.

Le projet s’appuie sur l’expansion des connaissances sur la façon dont fonctionne le cerveau ; le développement de systèmes microélectroniques qui peuvent s’insérer dans le corps ; et des preuves substantielles que les pensées et les actions peuvent être modifiées avec des impulsions électriques bien placées dans le cerveau.

« Imaginez que j’ai une dépendance à l’alcool et que j’ai une envie, » dit Carmena, professeur à l’Université de Californie, Berkeley et impliqué dans le projet dirigé par l’UCSF. « Nous pourrions détecter ce sentiment et puis stimuler l’intérieur du cerveau pour l’empêcher de se produire. »

Les Etats-Unis font face à une épidémie de la maladie mentale chez les anciens combattants, avec des taux de suicide trois ou quatre fois supérieur à celui du grand public. Mais les médicaments et thérapies par la parole sont d’une utilité limitée, ce qui est la raison pour laquelle l’armée se tourne vers les périphériques neurologiques, dit Justin Sanchez, responsable du programme DARPA, pour Systems-Based Neurotechnology for Emerging Therapies.

« Nous voulons comprendre les réseaux cérébraux [dans] les maladies neuropsychiatriques, développer une technologie pour les mesurer et procéder à la signalisation de précision du cerveau » explique Sanchez. « C’est quelque chose de complètement différent et nouveau. Ces dispositifs n’existent encore. »

[…]

La nouvelle ligne de recherche a été surnommée « interfaces cerveau-ordinateur affectives » (aBCI) par certains, ce qui signifie que les appareils électroniques qui modifient les sentiments, peuvent-être sous le contrôle direct des pensées et des désirs (souhaits) du patient. « Fondamentalement, nous essayons de construire la prochaine génération de stimulateurs cérébraux psychiatriques », déclare Alik Widge, un chercheur de l’équipe de Mass General.

Darin Dougherty, un psychiatre qui dirige la division de Mass General de neurothérapeutiques (directs Mass General’s division of neurotherapeutics), dit que l’un des objectifs serait d’éteindre la peur chez les anciens combattants souffrant de trouble de stress post-traumatique, ou TSPD. La peur est générée dans l’amygdale, une partie du cerveau impliquée dans les souvenirs émotionnels (mémoire émotionnelle). Mais elle peut être réprimée par des signaux dans une autre région, le cortex préfrontal ventromédian. « L’idée serait de décoder un signal dans l’amygdale montrant la suractivité, puis stimuler ailleurs pour « supprimer » cette peur, » dit Dougherty.

Ces recherches ne sont pas sans connotation de mauvais augures.

Dans les années 1970, un neuroscientifique de l’Université de Yale, Jose Delgado, a montré qu’il pourrait amener les gens à ressentir des émotions, comme la relaxation ou l’anxiété, à l’aide d’implants, appelés « stimoceivers » (contrôle de l’esprit par la stimulation électrique du cerveau, utilisé pour stimuler les émotions et contrôler le comportement, susciter des réactions physiques spécifiques). Mais Delgado, également financé par l’armée, a quitté les États-Unis après les audiences du Congrès dans lequel il a été accusé de mettre au point des dispositifs de contrôle de l’esprit « totalitaire » (second lien). Selon les scientifiques, financés par la DARPA, l’Agence a été inquiète de la façon dont le programme de Subnets (sous-réseaux) pourrait être perçu, et elle a nommé un comité d’éthique chargé pour superviser la recherche.

Les implants psychiatriques contrôleraient en effet comment les malades mentaux agissent, bien que dans de nombreux cas, indirectement, en changeant ce qu’ils ressentent. Par exemple, un stimulateur qui arrête une envie de cocaïne modifierait le comportement du toxicomane. « C’est de changer ce que ressentent les gens et de changer ce qu’ils font. Ceux-ci sont intimement liés, » explique Dougherty. « Cela va être pour les personnes qui ne répondent pas aux autres traitements ».

by Antonio Regalado, May 29, 2014 pour MIT Technology Review

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