Peut-on augmenter l’homme à l’infini ?

Laurent Alexandre vs. Jacques Testart

La promesse d’une humanité 2.0, dopée à la technologie exponentielle, est-elle scientifiquement crédible ? Le transhumanisme est-il notre destin collectif, celui de quelques-uns ou un dangereux mirage ? Un débat organisé en janvier 2016 entre Jacques Testart, biologiste à l’origine du premier bébé éprouvette en 1982, et Laurent Alexandre, chirurgien urologue, président d’une société spécialisée dans le séquençage génétique, en collaboration avec We Demain.

Transhumanisme : l’apparition du surhomme

L’homme augmenté fait rêver… L’homme, débarrassé de ses faiblesses et lorgnant vers l’immortalité, est pour demain. A grand renfort de nanotechnologies, génétique et biotechnologies. Et si aux côtés de l’homme augmenté apparaissait le sous-homme ? Une partition peu souhaitable pour l’Humanité… Jacques Testart fait part de ses réflexions sur TV5MONDE.

Jacques Testart : Le transhumanisme contre l’humanité

Le transhumanisme Podcast France Inter

Quel monde nous prépare le transhumanisme ? S’agit-il d’une rupture de civilisation ou de la poursuite logique du « progrès », en particulier de la médecine ? Qui impulse ces recherches et quelles seront les conséquences sociales et environnementales de ce processus ? Pourquoi est-il si difficile de penser l’irruption du transhumanisme dans nos vies ?
Avec Jacques Testart, biologiste, père scientifique du premier « bébé éprouvette » français né en 1982 et son dernier livre est : « Au péril de l’humain, les promesses suicidaires du transhumanisme » Ed du Seuil, et Marc Roux, Président de l’Association Française Transhumaniste.

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Au péril de l’humain. Les promesses suicidaires des transhumanistes

Au péril de l’humain. Les promesses suicidaires des transhumanistes

Fabriquer un être humain supérieur, artificiel, voire immortel, dont les imperfections seraient réparées et les capacités améliorées. Telle est l’ambition du mouvement transhumaniste, qui prévoit le dépassement de l’humanité grâce à la technique et l’avènement prochain d’un « homme augmenté » façonné par les biotechnologies, les nanosciences, la génétique. Avec le risque de voir se développer une sous-humanité de plus en plus dépendante de technologies qui modèleront son corps et son cerveau, ses perceptions et ses relations aux autres. Non pas l’« homme nouveau » des révolutionnaires, mais l’homme-machine du capitalisme.

Bien que le discours officiel, en France, résiste encore à cette idéologie, le projet technoscientifique avance discrètement. Qui impulse ces recherches ? Comment se développent-elles dans les champs médicaux, militaires et sportifs ? Comment les débats démocratiques sont-ils éludés ? Et comment faire face à des évolutions qui ne feront que renforcer les inégalités ? Surtout, quel être humain va naître de ces profondes mutations, de ces expérimentations brutales et hasardeuses sur notre espèce, dont l’Homo sapiens ne sortira pas indemne ?

Jacques Testart, biologiste, est le père scientifique du premier bébé-éprouvette français né en 1982. Il développe une réflexion critique sur les avancées incontrôlées de la science et de la technique dans ses nombreux écrits, dont Faire des enfants demain, Seuil, 2014 et L’Humanitude au pouvoir, Seuil, 2015.

Agnès Rousseaux, journaliste, coordonne le média indépendant Basta ! (bastamag.net) suivi par plus d’un million de lecteurs chaque mois. Elle a codirigé Le Livre noir des banques LLL, 2015.

Résister au transhumanisme. Pourquoi ? Comment ?

par Jacques Testart, critique de science, directeur de recherche honoraire à l’INSERM. Chercheur engagé, citoyen vigilant, préoccupé des dérives de nos sociétés, il s’affirme le défenseur têtu “d’une science contenue dans les limites de la dignité humaine” et de la démocratie réelle. Autant de prises de positions scientifiques et éthiques qu’il expose dans de nombreux articles de presse et ouvrages.

“Les techniques du transhumanisme se forgent discrètement dans nos laboratoires et commencent à envahir notre quotidien. C’est que les marchands de confort et d’illusions rencontrent des intérêts industriels mais aussi des esprits réceptifs, surtout ceux des plus jeunes. Résister c’est d’abord informer et analyser mais c’est surtout produire un discours et des pratiques de déminage, c’est proposer des modes d’être au monde avec les autres qui refusent la performance et la compétition, c’est affirmer que l’humain vaut mieux que ce qu’il en parait trop souvent”.

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Sommaire :
Progrès technique contre évolution naturelle
Les rapports entre le vivant, l’humain et la machine
Pourquoi s’opposer au transhumanisme ?
Comment s’opposer au transhumanisme ?
Vers une humanité responsable ?
Un impératif : tenir compte de la nature
En conclusion

Faire des enfants demain

​Jacques Testart est directeur de recherche honoraire à l’Inserm. Pionnier des méthodes de procréation assistée, il est l’auteur de nombreux ouvrages dans lesquels il défend l’analyse critique de la science afin de justifier l’engagement éthique et de nourrir la démocratie.

Trente-cinq ans après le premier « bébé-éprouvette », près de 3 % des enfants sont conçus avec l’aide de la biomédecine dans les pays industrialisés. Qu’en sera-t-il dans les décennies à venir ?

S’il ne s’agit, selon la loi actuelle, que d’aider les couples stériles, l’assistance médicale à la procréation a désormais atteint ses buts avec l’optimisation des actes biologiques et médicaux. Mais la technique, sous couvert de médecine de pointe, cherche toujours à agrandir son territoire et à régenter nos vies, même lorsque la nécessité ne s’impose pas… Aussi, puisqu’aujourd’hui la régulation bioéthique fait l’objet d’une permissivité croissante, la question se pose de savoir jusqu’où ira la médicalisation de la procréation, et comment la société pourra en maîtriser les dérives sociétales et eugéniques.

Devrons-nous aller jusqu’à compter sur la décroissance économique pour, mieux que les lois de bioéthique, imposer des limites à la démesure technoscientifique ?

Fin du sexe, avenir de la procréation. Demain, les enfants seront conçus au laboratoire et le sexe sera réservé au plaisir.

“Je rencontre, depuis trente ans, deux types de réaction quand j’expose cette perspective révolutionnaire et dramatique. D’abord celle des « bioconservateurs » selon la terminologie transhumaniste, horrifiés par la fabrication des enfants comme des objets de commerce. Puis celle de personnes de plus en plus nombreuses, et de plus en plus jeunes, qui osent lancer « Et alors ?…Où est le problème ?… ». Tentons quelques réponses. L’humaniste voit dans la sélection humaine la réification de l’enfant et une incitation pour stigmatiser les handicapés, ou seulement les déviants, c’est à dire un fort recul de nos valeurs. Il craint aussi l’instauration future de politiques autoritaires au nom du « bien collectif ». Encore nous situons nous ici dans la perspective traditionnelle de la conception par un homme et une femme et pas dans celles, possibles, de la conception homosexuelle voire autonome. Quant au biologiste, il imagine la désillusion possible dans les familles si l’enfant, sélectionné sur des bases statistiques, vient créer la surprise par son identité individuelle. Mais, surtout, il s’inquiète de la perte de diversité génétique si, comme c’est vraisemblable, les critères de sélection (hors cosmétiques) deviennent les mêmes partout, évoluant en tout lieu grâce aux corrélations croissantes issues du croisement informatique des données génomiques avec les caractéristiques de personnes existantes. Il ne faudrait pas plus de quelques générations, en recourant de façon quasi généralisée au tri embryonnaire, pour changer le génome de notre espèce, et ceci sans avoir modifié un seul génome! Aussi, en ces temps incertains de modifications drastiques de l’environnement, il serait sage d’assurer notre pérennité en conservant une biodiversité capable de résister à des fléaux inconnus (conditions climatiques, alimentation, parasites, épidémies,…). Bien sûr, cette précaution est superflue pour les transhumanistes qui souhaitent changer notre espèce. H Greely reconnaît cet effet de l’ « easy PGD » (DPI facile) mais il ne s’en inquiète pas. Il ne propose de législation que pour des actes délictueux (vol de cellules sur une tasse pour faire fabriquer le bébé d’une star…). Il pense qu’il serait dangereux pour un gouvernement de distinguer entre vies supportables ou non selon la sévérité estimée des atteintes de l’enfant à venir, et qu’il faut donc laisser les couples choisir. Mais il ajoute que la coercition n’est pas toujours mauvaise et évoque alors une taxation… Bref, une éthique à l’américaine ! Avouons qu’au point avancé où nous en sommes il serait naïf d’imaginer faire mieux.”


France culture : Assiste-t-on à une révolution dans la procréation ? 19.03.2014

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Jacques Testart : Ça fait bientôt trente ans que j’essaie de me battre contre certaines dérives.Ce que je crains, c’est que la procréation assistée devienne une sorte de fabrique des enfants, y compris pour des gens qui n’ont pas besoin d’assistance médicale. En fabriquant l’enfant, la bio-médecine prend une responsabilité et ferait en sorte que l’enfant soit de meilleure qualité que l’enfant qu’on pourrait concevoir au hasard. Ce que je crains le plus, c’est le tri des embryons, qui se développe un peu dans tous les pays et qui risque de prendre une ampleur que personne n’imagine aujourd’hui.

Est en train de se mettre en place tout un système de sécurisation de la procréation, de fabrication, qui est assez navrant. Il y a quelque chose qui se met en place, comme s’il était normal de faire un bébé dans un laboratoire plutôt que dans un lit. On est devant une nouvelle considération de ce qu’est la procréation.


Jacques Testart : “J’ai des craintes de dérives eugéniques”.

Emmanuel Faux reçoit Jacques Testart, directeur de recherche honoraire à l’Inserm, auteur de Faire des enfants demain.

Dans cette vidéo, Jacques Testart nous livre ses impressions sur le devenir de la procréation médicalement assistée.

Jacques Testart : Tous les enfants conçus par PMA dans un siècle ?


Depuis le 1er janvier 2012, suite à la réorganisation des instances intergouvernementales au Conseil de l’Europe, le Comité de Bioéthique (DH-BIO) mène les travaux qui sont assignés au Comité directeur pour la bioéthique (CDBI) par la Convention pour la protection des droits de l’homme et de la dignité de l’être humain à l’égard des applications de la biologie et de la médecine. Cette réorganisation a également pour but de créer un lien plus étroit entre le DH-BIO et le Comité directeur pour les Droits de l’Homme (CDDH).

Rapports abrégés

DH-BIO abr RAP 1 F, DH-BIO abr RAP 2 F, DH-BIO abr RAP 3 F, DH-BIO abr RAP 4 F, DH-BIO abr RAP 5 F, DH-BIO abr RAP 6 F, DH-BIO abr RAP 7 F, DH-BIO abr RAP 8 F, DH-BIO abr RAP 9 F, DH-BIO abr RAP 10 F

La perfectibilité hybride. Vers une autosanté inhumaine ou citoyenne ?

Bernard Andrieu. La perfectibilité hybride, Vers une autosanté inhumaine ou citoyenne ? Champ psychosomatique, Médecine, Psychanalyse anthropologie, 2009, p. 111-121. <hal-00447940>.

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Résumé : Entre la déconstruction du corps naturel et la cyborgisation du post-humanisme, l’hybridation bio-technologique est une voie moyenne et classique depuis les Métamorphoses d’Ovide, au moins. La déconstruction de la catégorie monstre par les disabilities studies a rendu nécessaire la critique du handicap comme limitation de l’humain. Non que, ce que Catherine Malabou appelle les accidents de plasticité n’existeraient plus, la condition incarnée du corps suffirait à le rappeler. Le corps humain, même si les limites de la mort seront encore reculées , engage le sujet dans le vécu de son vivant. Corriger les difformités de la nature est devenu une possibilité même de sélectionner les nouveaux nés ou, ce qui est très différent, de réparer par la chirurgie, même du visage les accidents corporels. Comme l’indique Jacques Testart, « la pulsion d’accaparement du plus petit de notre espèce pourrait ainsi relever d’une exigence de consommation cannibale ». La réparation du corps modifie son fonctionnement et le vécu du sujet. Les progrès des prothèses, implants et nanobiologie définissent un corps démonstruisé mais remastérisé par des compléments de soi qui procure une nouvelle clôture d’un moi peau reconstitué. La technique fait performer le corps dans l’actualisation de potentialités inexploités jusque là, comme les cellules souches, ou dans la complémentation de procédés technologiques qui prolongent la vie et ses conditions d’exercices. L’obstacle de la dégénérescence immunitaire ou nerveuse exige que la technique pense encore davantage l’interaction entre le médicament et le vivant comme l’atteste la nanobiotique, la bionique ou le génie génétique.

Transhumanisme. Utopie ou néofascisme ?

Humanité Dimanche, 30 juillet 2015

2045, l’intelligence des machines va nous dépasser… 2030, vous serez tous équipés de prothèses. Les transhumanistes imaginent ainsi améliorer l’espèce humaine par la technologie et la science, tuer la mort en quelque sorte. A priori, on aurait envie de reléguer ces scénarios au rayon science-fiction. En réalité, c’est un projet sérieux, à la fois structuré philosophiquement et politiquement. Issu des libertariens, le mouvement s’épanouit grâce aux millions déversés par les géants du numérique. Balade en Transhumanie, un monde où l’espèce humaine doit disparaître…

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[note admin : Les extropiens constituent un groupe de transhumanistes fondé par Tom M. Morrow et Max More. En 1990, un code plus formel et concret pour les transhumanistes libertariens prend la forme des Principes transhumanistes d’Extropie (Transhumanist Principles of Extropy, traduction française), l’extropianisme étant une synthèse du transhumanisme et du néolibéralisme.

Face à l’avenir : Peut-on augmenter l’homme à l’infini ?

Le débat Laurent Alexandre/Jacques Testart sur ARTE Future et dans We Demain.