Un monde sans travail ?

Les technologies vont-elles détruire le travail ? Cette question tourmente les hommes depuis les débuts de l’ère industrielle. La machine à vapeur, l’électricité, l’automobile ont remplacé des millions d’ouvriers… mais, toujours, de nouveaux postes sont apparus. Aujourd’hui, les stupéfiants progrès de l’intelligence artificielle vont confronter la société à un terrible défi. Dans la décennie qui vient, robots et ordinateurs intelligents vont générer un chômage sans précédent. Comme les machines ont remplacé les ouvriers, des programmes informatiques pourraient se substituer aux employés de bureaux. Mais alors que les « cols bleus » se sont reconvertis dans les services, les « cols blancs » pourront-ils trouver comment rebondir ?.

Par une série de reportages vivants et d’entretiens avec les meilleurs experts, Tiffany Blandin explore les coulisses de cette mutation irrépressible, racontant comment les géants de la Silicon Valley et les startups du monde entier s’emparent de cette technologie, et comment les entreprises de tous les secteurs, déjà, envisagent de se séparer de leurs salariés. Loin des regards, l’automatisation des tâches intellectuelles s’est enclenchée. Il faut en prendre conscience dès maintenant, affronter ce nouveau défi et trouver des solutions pour tous. Sans quoi seuls les plus riches en profiteront.

Tiffany Blandin, née en 1984, est journaliste indépendante. Passionnée par l’investigation, elle écrit sur l’économie, le social et l’environnement pour le quotidien Reporterre et de nombreux magazines grand public.

Ce livre est édité en partenariat avec Reporterre, le quotidien de l’écologie sur Internet.


L’émergence de ce monde sans travail.

L’avenir appartient-il aux machines ? Plus fiables, plus rapides et moins coûteuses que les êtres humains, elles sont en passe de les remplacer dans les entreprises. Enquête sur la marche inéluctable de la robotisation du travail et la fin annoncée de l’emploi.

Depuis vingt ans, les politiques ne parviennent plus à endiguer le chômage de masse et le plein-emploi apparait comme le symbole d’un passé révolu. Les machines “intelligentes”, plus fiables et moins coûteuses que les humains, sont en passe de nous remplacer tandis que l’essor des algorithmes contribue à l’automatisation croissante du travail.

La prochaine cible de cette quatrième révolution industrielle : les cols-blancs, le cœur de la classe moyenne, en France comme partout ailleurs dans le monde.

Du côté de la société civile, les idées et les initiatives se multiplient pour tenter de faire face à cette disparition du plein-emploi. Parmi elles, la proposition de créer un revenu minimum d’existence universel, de garantir une nouvelle répartition de la création de richesses et de retrouver le lien entre l’économie et la réalité d’un monde aux ressources limitées.

Emission de France 5 du mercredi 11 octobre 2017.

Le « super-soldat » à l’épreuve du réel

« Creating breakthrough technologies for national security » DARPA

Le « super-soldat » évoque un personnage de fiction doté de capacités hors du commun dont l’archétype serait Captain America.
Si dans le réel les technologies de l’ « augmentation » existent depuis des décennies avec l’usage de la psycho-pharmacologie (amphétamines, Modafinil, etc.), dans les années à venir, elles vont se diversifier, s’amplifier (neuro-ingénierie, robotique, optogénétique, etc.).

L’objectif de cette conférence est d’explorer les recherches qui gravitent autour du « super-soldat » aux États-Unis via les programmes de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency).

Comment définir un soldat « augmenté » ? Quelles sont les recherches en cours, pour quelles applications ? Quels sont les risques pour le soldat, l’armée, la société ?

Théâtre de la Chaise rouge

Conférence (tarif : 11 euros), « Université populaire de la Chaise rouge », Vendredi 6 octobre 2017 – 18 h 00, de Vincent Guérin, docteur en histoire contemporaine. La Haute Herberie, Pouancé, 49420.

DARPA prévoit des choses énormes en biotechnologie

Des chercheurs ont lié un cerveau humain à Internet pour la première fois

Une équipe de chercheurs de l’Université Wits à Johannesburg (Afrique du Sud) a fait une percée majeure dans le domaine de l’ingénierie biomédicale. Selon un communiqué publié sur Medical Express, pour la première fois, les chercheurs ont conçu un moyen de connecter le cerveau humain à Internet en temps réel. Il a été surnommé le projet “Brainternet”, et il transforme essentiellement le cerveau “… en un nœud Internet of Things (IoT) sur le World Wide Web”.

Le projet fonctionne en prenant des signaux EEG (électroencéphalographique) d’ondes cérébrales rassemblés par un dispositif Emotiv EEG connecté à la tête de l’utilisateur. Les signaux sont ensuite transmis à un ordinateur Raspberry Pi à faible coût, qui diffuse les données sur une interface de programmation d’application et affiche les données sur un site Web ouvert où n’importe qui peut afficher l’activité. Adam Pantanowitz, chargé de cours à la Wits School of Electrical and Information Engineering et le superviseur du projet, a déclaré :

« Brainternet est une nouvelle frontière dans les systèmes d’interface cerveau-ordinateur. Il manque de données facilement compréhensibles sur la façon dont un cerveau humain fonctionne et traite l’information. Brainternet cherche à simplifier la compréhension d’une personne de leur propre cerveau et du cerveau des autres. Il le fait grâce à une surveillance continue de l’activité cérébrale ainsi qu’à une certaine interactivité. »

Pantanowitz a déclaré que ce n’est que le début des possibilités du projet. Il ajoute que l’équipe vise maintenant à permettre une expérience plus interactive entre l’utilisateur et son cerveau. Une partie de cette fonctionnalité a déjà été intégrée au site, mais elle est très étroite – limitée aux stimulus tels que le mouvement des bras.

« Brainternet peut être amélioré pour classer les enregistrements grâce à une application de téléphone intelligent qui fournira des données pour un algorithme d’apprentissage machine. À l’avenir, il pourrait y avoir des informations transférées dans les deux sens – entrées et sorties vers le cerveau », a déclaré Pantanowitz.

Wits

Une nouvelle mini antenne pourrait ouvrir la voie à des interfaces cerveau-ordinateur

Des chercheurs de l’Université Northeastern de Boston ont développé une antenne 100 fois plus petite que la technologie actuelle. Ce développement pourrait aider à ouvrir la voie à des interfaces cerveau-ordinateur (BCI), à des téléphones cellulaires implantables et de permettre le développement de meilleurs dispositifs médicaux.

L’équipe a pu développer un dispositif qui prend des ondes électromagnétiques et les convertit en ondes acoustiques, qui ont des longueurs d’onde plus courtes, ce qui permet à l’antenne d’être plus petite. Afin de faciliter cette conversion, les scientifiques ont utilisé de fines feuilles d’un matériau piézomagnétique. Ce matériau se développe et se contracte en réponse aux ondes électromagnétiques, créant des vibrations acoustiques. Leurs résultats ont montré que les nouvelles antennes pouvaient envoyer et recevoir des signaux de 2,5 gigahertz environ 100 000 fois plus efficacement qu’une antenne à anneau classique. Le rapport a été publié dans Nature Communications.

Les applications potentielles dans les interfaces cerveau-ordinateur sont particulièrement intéressantes pour l’auteur principal de l’étude, Nian Sun. Il les considère comme une science-fiction. Il travaille actuellement avec un neurochirurgien du Massachusetts General Hospital pour créer un implant qui peut lire et/ou contrôler l’activité neurale, ce qui pourrait aider à mieux diagnostiquer et traiter les troubles neurologiques et ouvrir la voie à des dispositifs qui relieraient notre cerveau aux ordinateurs.

Science | AAAS

Un nouveau développement permet d’implanter des implants cérébraux de niveau supérieur

Les chercheurs révolutionnent les interfaces cerveau-ordinateur à l’aide de l’électronique au silicium

Dans le nouveau projet DARPA, les chercheurs exploitent les dernières technologies dans l’électronique au silicium pour inventer un dispositif d’interface neuronale implantable qui pourrait transformer la façon dont les systèmes artificiels améliorent les fonctions du cerveau.

Aujourd’hui, les dispositifs d’électrodes implantées pour stimuler le cerveau sont des dispositifs extrêmement grossiers avec une poignée d’électrodes qui sont utilisées pour atténuer les effets de la maladie de Parkinson, de l’épilepsie et d’autres affections neurodégénératives. Le nombre de patients avec ces dispositifs représente seulement des dizaines de milliers en raison de l’extrême invasivité du processus d’implantation et de la grande taille du dispositif implanté. L’invention d’un dispositif d’implant moins invasif avec de nombreux autres canaux qui peuvent interagir avec le cerveau entraînerait des améliorations révolutionnaires dans les interfaces cerveau-machine, y compris les interfaces directes avec le cortex auditif et le cortex visuel, en augmentant de manière spectaculaire la façon dont les systèmes artificiels peuvent prendre en charge la fonction cérébrale.

A flexible multielectrode array designed by Shepard and his team. If successful, this noninvasive device could alter the lives of people with hearing and visual impairments and neurodegenerative diseases. Credit: Ken Shepard

Grâce à une nouvelle subvention de 15,8 millions de dollars sur quatre ans de l’Agence pour les projets de recherche avancée de défense (DARPA) du département de la Défense des États-Unis (United States Department of Defense, abrégé par DoD), le professeur de Columbia Engineering, Ken Shepard, pionnier dans le développement de l’électronique qui interfère avec les systèmes biologiques, dirige une équipe pour faire exactement cela : inventez un dispositif d’interface neuronale implantable qui pourrait transformer la vie de personnes atteintes de maladies neurodégénératives ou de personnes qui ont une déficience visuelle et auditive.

“Ce sujet a attiré beaucoup d’intérêt venant du secteur privé, y compris les start-up Neuralink et Kernel”, explique Shepard, professeur de génie électrique et d’ingénierie biomédical à Columbia Engineering. “Si nous réussissons, la petite taille et l’échelle massive de cet appareil pourraient donner la possibilité pour des interfaces transformationnelles au cerveau y compris des interfaces directes avec le cortex visuel qui permettraient aux patients qui ont perdu leur vue de discriminer des modèles complexes à des résolutions sans précédent. Il s’agit d’un projet très ambitieux pour Columbia, en effet pour nous tous, et nous sommes très heureux d’aborder une question aussi difficile.”

Un implant cérébral se connectera avec 1 million de neurones

Le projet de Shepard se trouve dans le programme de R&D, Neural Engineering System Design (NESDconception de système d’ingénierie de neurones), une partie du plus grand programme de recherche du gouvernement fédéral : l’initiative BRAIN (BRAIN Initiative : Brain Research through Advancing Innovative Neurotechnologies – aussi appelé Brain Activity Map Project). NESD vise à développer une interface neuronale implantable qui peut fournir une résolution de signal sans précédent et une bande passante de transfert de données entre le cerveau et le monde numérique. L’équipe de Shepard comprend des chercheurs d’institutions de premier plan comme Baylor College of Medicine, California Institute of Technology, Duke University, New York University, Northwestern et Medtronic. À Columbia, le projet comprend Rafael Yuste (professeur de sciences biologiques et neurosciences, arts et sciences), Liam Paninski (professeur de statistique et de neurosciences, arts et sciences) et Luca Carloni (professeur d’informatique, ingénierie). L’équipe est axée sur la réalisation des objectifs NESD pour concevoir un dispositif d’interface neuronale implantable à l’échelle d’un million de canaux pour permettre l’enregistrement et la stimulation du cortex sensoriel. En outre, ils prévoient de demander l’approbation réglementaire pour commencer les expériences chez l’homme à la fin du programme de quatre ans.

Les scientifiques commencent à travailler sur l’ingénierie inverse du cerveau

“C’est un calendrier très agressif”, note Shepard. “Nous pensons que le seul moyen d’y parvenir est d’utiliser une approche tout électrique qui implique un réseau d’enregistrement de surface massif avec plus d’un million d’électrodes fabriquées comme un dispositif monolithique sur un seul circuit intégré complémentaire en oxyde de métal-semiconducteur (CMOS). Nous travaillons avec Taiwan Semiconductor Manufacturing Company comme notre partenaire de fonderie”.

Compte tenu de la complexité et de l’ampleur des interfaces requises, Shepard et son équipe croient que le degré de non-invasion requis pour l’utilisation humaine dans ce délai agressif ne peut être réalisé qu’avec des architectures d’électrodes basées sur la stimulation et l’enregistrement sur la surface du cerveau. Bien que son approche soit fondée sur la pratique clinique humaine actuelle avec des matrices d’enregistrement en surface, la grande échelle et les exigences du programme NESD nécessitent un écart dramatique par rapport aux approches électriques antérieures des interfaces cerveau. Shepard croit que l’obtention de l’échelle requise pour NESD n’est possible que si son équipe exploite toutes les fonctionnalités de la technologie de pointe CMOS, ainsi que les capacités de fabrication associées de l’industrie, et utilise l’intégration monolithique des électrodes de stimulation/enregistrement avec une plate-forme électronique CMOS sous-jacente.

Les puces implantées sont ultra-conformes à la surface du cerveau, très légères et suffisamment souples pour se déplacer avec le tissu. La puce ne pénètre pas dans le tissu cérébral et utilise l’alimentation sans fil et la télémétrie de données.En utilisant l’état de l’art dans la nanoélectronique au silicium et l’appliquant de manière inhabituelle, nous espérons avoir un impact important sur les interfaces cerveau-ordinateur”, déclare Shepard.Nous avons réuni une équipe de classe mondiale pour traduire nos efforts à des fins humaines à la fin de ce programme”.

Columbia University School of Engineering and Applied Science

* interface neuronale directe – aussi appelée IND ou BCI ou encore ICM (brain-computer interface : interface cerveau-machine, ou encore interface cerveau-ordinateur)

Et si vous pouviez « voir » directement dans le cerveau d’une autre personne ?

Ce dispositif d’IRM portable (wearable MRI) pourrait nous aider à lire les esprits

La capacité de lire les esprits, appelée télépathie, est encore un concept qui est abondant en science-fiction, mais un ancien responsable de Facebook déclare que nous pourrions tous être capables de voir dans l’esprit de quelqu’un d’autre – à condition que nous soyons équipés de la bonne technologie.

Mary Lou Jepsen a été responsable de la technologie d’affichage de la division Oculus VR de Facebook avant de créer sa propre startup Openwater. L’objectif de l’entreprise, bien que ambitieux, est en théorie assez simple : « créer un wearable pour nous permettre de voir le fonctionnement interne du corps et du cerveau en haute résolution ». En bref, la télépathie est une interface cerveau-ordinateur (BCI) – un appareil portatif qui fonctionne comme une machine d’imagerie par résonance magnétique (IRM).

« OpenWater est en train de créer un appareil qui peut nous permettre de voir dans votre cerveau et votre corps avec beaucoup de détails. Avec cela, vient la promesse de nouvelles possibilités pour diagnostiquer et traiter les maladies et bien au-delà – celle de communiquer uniquement par la pensée ».

“Je ne pense pas que cela va prendre des décennies”, a déclaré Jepsen sur le développement de la technologie, lors d’un entretien avec CNBC. “Je pense que nous parlons de moins d’une décennie, probablement huit ans jusqu’à la télépathie.” Son entreprise prévoit de mettre un nombre très limité de prototypes à la disposition de ses partenaires afin d’y accéder d’ici l’an prochain.

La technologie de l’IRM portative (Wearable MRI) pourrait être un atout en termes de diagnostic et de traitement de la maladie. D’un coup d’œil, un médecin peut voir ce qui se passe dans le cerveau d’une personne ou ailleurs dans le corps. Bien sûr, cela soulève de nombreuses questions et préoccupations au sujet de la vie privée, où Jepsen affirme que sa compagnie y travaille. « Nous essayons de faire en sorte que le chapeau ne fonctionne que si l’individu veut qu’il fonctionne, puis en filtrant des éléments que la personne qui le porte ne pense pas qu’il soit approprié de partager », a-t-elle déclaré.

Facebook travaille sur une interface cérébrale qui vous permettra de « communiquer uniquement avec votre esprit »
Elon Musk lance une entreprise pour fusionner votre cerveau avec un ordinateur
→ L’interface cerveau-à-cerveau — le prochain grand saut dans la communication humaine : des pouvoirs télépathiques
Les scientifiques décodent les pensées, lisent l’esprit des personnes en temps réel
Brevets américains pour les technologies de manipulation et contrôle de l’esprit
Mind control
Interfaces cerveau-ordinateur : des fonds militaires pour contrôler les sentiments
Les tatouages télépathie ou télékinésie
La communication cerveau à cerveau chez les humains pourrait bientôt devenir une réalité
Un pas vers le transhumanisme : contrôler les gènes par la pensée
Neurosciences : un système fait entendre tout haut ce que notre cerveau raconte
Nataliya Kosmyna, pilote des objets par la pensée
Une étude pilote de communication directe cerveau-à-cerveau chez l’homme

C’est ce que le CEO de Tesla et SpaceX, Elon Musk, a à l’esprit avec Neuralink, son entreprise de fusion de l’esprit / machine. La branche de recherche du Département de la Défense des États-Unis, DARPA, travaille également sur des projets qui combinent les humains avec les machines. Une autre société est Kernel, qui travaille sur une neuroprothèse qui peut rendre programmable le code neuronal du cerveau.

CNBC, CNET, Openwater

Openwater portion starts at 30 minutes into this presentation from the Milken Global Conference of May 2017

Sujet, objet, IA, Musk, une religion

Sujet, objet, IA, Musk, une religion – Revue Médicale Suisse (RMS N° 560) p.928, Bertrand Kiefer

Notre époque a ses mythes et ses utopies, ses rêves de grandeur et ses projections dans le futur. Tout n’est pas réaliste, évidemment, dans ce mélange de métaphores et de récits, mais le fond est d’origine scientifique. C’est notre caractéristique. De la science-fiction nous avons fait une religion. Parmi cet ensemble de projections, deux se distinguent par leur capacité à bouleverser notre quotidien. La première est celle de l’homme augmenté. En attendant son aboutissement le plus fou, le transhumanisme, le projet d’augmentation est en marche…. La seconde est l’intelligence artificielle (IA). Elle commence à sortir de son cocon d’obsession de geek pour transformer concrètement le monde.

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Étude prospective à l’horizon 2030 : impacts des transformations et ruptures technologiques sur notre environnement stratégique et de sécurité.

Pour la première fois, un document gouvernemental en matière de prospective technologique est réalisé par le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) pour penser les défis technologiques à venir auxquels nous serons confrontés et les ruptures stratégiques qui en découleront. Il vise à proposer des pistes de réflexion à l’ensemble des acteurs de la communauté stratégique française, voire alimenter le débat public dans une période où les questions de sécurité et de défense s’imposent au cœur des préoccupations.

A vocation pédagogique, cet exercice de prospective n’exprime pas de position officielle et ne correspond pas à une quelconque doctrine, livre blanc ou politique publique. Il reflète le point de vue de chercheurs et l’état des réflexions sur un ensemble de sujets. Le choix des thématiques résulte du travail de veille technologique réalisé par le SGDSN, en relation étroite avec le monde de la recherche. Il pourra être actualisé et augmenté par l’étude ultérieure d’autres sujets.

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Sommaire

Avant-propos
Introduction
Partie 1 : Des tendances qui se consolident
La défense antimissile balistique en 2030 : un système militaire mature au cœur des équilibres stratégiques
La démocratisation de l’accès à l’espace
Paix et guerre dans le cyberespace
La dissuasion, atout de puissance et facteur de paix
Terrorisme et menaces NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) : vers un terrorisme technologique ?
Frontières passoires ou frontières intelligentes
Partie 2 : ruptures technologiques – ruptures stratégiques
Les missiles et vecteurs hypervéloces, nouveaux déterminants des puissances ?
Militarisation et insécurisation de l’espace
La révolution de l’impression 3D
La biologie de synthèse : un saut dans l’inconnu
Comment les neurosciences vont-elles transformer la guerre ?
La cryptographie est-elle à l’aube de la révolution quantique ?
Le champ de bataille « 3.0 » : intelligence artificielle, robots, nanotechnologies et armes à énergie dirigée sous l’uniforme


Extrait : Comment les neurosciences vont-elles transformer la guerre ?

L’impact potentiel des neurosciences sur la manière de faire la guerre est identifié et de nombreuses recherches sont en cours. Essentielles en termes de santé, ces avancées vers « l’homme augmenté » sont parfois déroutantes au plan militaire et éthique. La France et l’Europe doivent les prendre en compte pour maintenir leurs capacités de défense pour la guerre du futur, identifier les priorités afin de ne pas disperser moyens et financements et se préparer à créer les conditions d’une modération des acteurs et d’un encadrement international.

De formidables avancées susceptibles d’intéresser la défense

Les stratégies et méthodes permettant d’étudier le fonctionnement cérébral ou de modifier les capacités cognitives sont de natures très diverses, impliquant à la fois des technologies non-invasives ou invasives. Des avancées récentes en matière d’imagerie cérébrale, de techniques de neuromodulation ou d’interfaces cerveau-machine ouvrent de nouvelles perspectives à plus ou moins long terme.

Pour les forces armées, les recherches actuelles dans le domaine des neurosciences, si elles aboutissent, pourraient participer à la réalisation de plusieurs objectifs, comme :

– la préservation de la santé et de la sécurité des opérateurs militaires ;
– le maintien, voire l’amélioration de leurs performances, notamment en matière d’endurance, de capacités sensorielles, de réactivité, de productivité, de créativité ou encore de résistance au stress.

Ces applications auraient une incidence directe sur les performances individuelles et la capacité opérationnelle.

Parmi les axes de recherche qui suscitent également un intérêt – et soulèvent autant d’enjeux éthiques et sociétaux – figurent l’exploitation des connaissances et technologies relevant des neurosciences, en particulier des techniques d’imagerie cérébrale fonctionnelle, en vue d’évaluer la véracité des informations obtenues lors d’un interrogatoire ou même de déterminer le degré de responsabilité d’un individu, notamment dans le cadre d’expertises judiciaires ou dans le domaine du renseignement.

L’Homme augmenté, réflexions sociologiques pour le militaire
Éthique sur le champ de bataille dans un futur proche
Augmentation des performances humaines avec les nouvelles technologies : Quelles implications pour la défense et la sécurité ?

Les applications potentielles des neurosciences pour les forces armées, dont certaines restent à l’heure actuelle très hypothétiques, comprennent :

– le suivi médical individuel des combattants, par exemple la surveillance de l’évolution de la vigilance ou du niveau de stress ;
– la prise en charge médico-psychologique, avec notamment la possibilité de restaurer une fonction après une atteinte à l’intégrité physique, voire psychique (commande de dispositif prothétique, perception de sensations recréées, restauration des souvenirs, etc.) ;
– l’amélioration de la formation et de l’entraînement, y compris en cas de stress ;
– l’amélioration des performances physiques et sensorielles des combattants ;
– le guidage à distance de systèmes d’armes, tels que des robots, des drones ou un exosquelette, par une interface cerveau-machine ;
– l’amélioration des performances cognitives des opérateurs et des combattants, en particulier dans un environnement complexe et avec des sollicitations multiples ;
– l’obtention et l’évaluation d’informations à des fins de renseignement ;
– la mise en réseau de capacités cérébrales afin de pouvoir combiner des compétences individuelles.

Le nouvel exosquelette des Forces Spéciales « Iron Man » arrête les balles avec une armure liquide
Robotisation des armées : « Il y a un début de fuite en avant dans certains pays »
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Le nouveau programme de la DARPA envisage de stimuler vos nerfs pour l’auto-guérison

S’ils se concrétisent, certains développements pourraient être à l’origine de profonds bouleversements dans les prochaines décennies, sans qu’il ne soit encore possible de déterminer toutes les conséquences au niveau individuel, sociétal ou international. En effet, outre la restauration des capacités, il devient désormais envisageable de pouvoir altérer de façon ciblée des fonctions cognitives telles que la mémorisation ou le processus de prise de décision, en les améliorant ou en les dégradant, voire peut-être un jour de modifier ou créer des souvenirs ou encore d’accéder aux pensées d’un individu. Ces évolutions imposent d’engager une réflexion approfondie sur les questions éthiques, sociétales, juridiques et médicales afférentes, en fonction des applications, qu’elles soient civiles ou militaires, et du contexte d’emploi. Elles soulèvent des questions quant aux conséquences en termes de dignité humaine et de respect de la vie privée, mais aussi de risques d’atteinte à l’identité personnelle et à l’autonomie. En interférant avec les fonctions cognitives, ces avancées s’accompagnent ainsi d’une possible remise en cause des notions de libre arbitre ou de responsabilité individuelle, telles qu’elles sont traditionnellement appréhendées. Enfin, il convient de considérer les risques de détournement à des fins malveillantes.

Les scientifiques ont repéré le circuit cérébral qui pourrait aider à effacer la peur
Interfaces cerveau-ordinateur : des fonds militaires pour contrôler les sentiments
Une manipulation de neurones spécifiques aide à effacer les mauvais souvenirs et améliorer les bons
José Delgado et ses dispositifs de contrôle de l’esprit par la stimulation électrique du cerveau

Au-delà de l’état actuel des connaissances sur le cerveau et son fonctionnement, la complexité de la problématique est aussi liée à l’interdépendance fonctionnelle avec l’environnement physique et social. Que la modification soit recherchée ou secondaire, il peut y avoir atteinte à l’intégrité physique ou psychique des individus. Sans même chercher à dégrader certaines capacités, il existe un risque que l’amélioration de fonctions cognitives spécifiques se fasse au détriment d’autres. La question de la réversibilité des effets doit également être posée. Il faut de plus considérer la problématique de l’acceptabilité individuelle mais aussi sociétale.

La sécurité des équipements médicaux implantables fait déjà partie des préoccupations majeures pour les acteurs du secteur de la santé. En plus des risques de dysfonctionnement, la vulnérabilité aux cyber-attaques de certains systèmes représente donc une crainte légitime, en particulier s’agissant de ceux qui sont connectés et reçoivent et/ou transmettent des flux de données à distance, et ce d’autant plus s’ils sont invasifs. En prenant pour exemple les travaux de recherche en cours portant sur le développement d’un implant neuronal qui pourrait remplacer les dispositifs externes de réalité virtuelle, des informations altérées pourraient par exemple être transmises directement au niveau du cortex visuel.

A l’horizon 2030, un soutien financier substantiel à des programmes de recherche innovants aura permis d’obtenir des résultats concrets, avec une transition réussie de la recherche fondamentale à des applications concrètes de façon générale mais aussi a posteriori dans les forces armées. Dans le même temps, les recherches relevant des neurosciences bénéficieront des approches collaboratives et interdisciplinaires, permettant la levée de verrous technologiques. « L’homme augmenté » sera en passe de devenir une réalité.

Les États-Unis, comme la Chine, auront investi massivement dans ce domaine. Malgré de fortes réticences au sein de la société civile et d’organisations non gouvernementales, voire du Comité international de la Croix-rouge, certains systèmes innovants seront déployés et opérationnels au sein des forces armées américaines et vraisemblablement, de façon plus limitée, de celles d’autres pays comme la Chine, de la Russie ou Israël. A ce stade, il s’agira principalement :

– d’implants destinés à augmenter l’acuité visuelle ou auditive ;
– de dispositifs d’électrostimulation cérébrale pour les opérateurs exerçant en environnement complexe ;
– d’interfaces cerveau-machine permettant soit d’utiliser des exosquelettes afin d’augmenter les capacités locomotrices, soit de piloter des drones ou des robots pour le déminage des engins explosifs improvisés (IED) ;
– d’outils d’aide aux interrogatoires à des fins de renseignement.

La Déclaration des chimpanzés du futur

Dans le cadre de la première conférence-débat du Forum de la biologie de synthèse, au Centre national des Arts et métiers de Paris, le 25 avril 2013, le débat est interrompu par une quinzaine de personnes portant des masques de singe, – les chimpanzés du futur – déployant une banderole “Non à la vie synthétique”. Slogans, affiches, banderoles, sifflets ont rendu impossible la tenue de l’opération officielle de communication. Cette dernière a laissé place, après une heure de chahut, à un échange dans la salle animé par des lycéens présents.

Credit PMO

Nous portons ces masques pour dénoncer la mascarade qui se déroule sous nos yeux. La mascarade de ce pseudo-débat pour nous faire accepter des décisions déjà prises. Nous portons ces masques parce que nous sommes les chimpanzés du futur.

Nous sommes ces chimpanzés – ces humains qui ne fusionneront pas avec la machine. Nous ne trafiquerons pas notre génome pour devenir plus performants. Nous refusons la vie synthétique mise au point dans les laboratoires.

Dans ce pseudo « Forum de la biologie de synthèse », vous pouvez dire tout ce que vous voulez. Cela n’a aucune importance, aucune incidence. Cela ne changera rien au développement de la biologie de synthèse. Les décisions sont prises, les programmes lancés. Pendant qu’on vous distrait avec ce spectacle, Total, Sanofi, Monsanto, l’INRA, le CEA, le Genopole fabriquent des bactéries synthétiques et des codes génétiques artificiels. Ils s’emparent du vivant et accélèrent l’épuisement de la planète.

Pour les manipulateurs d’opinion, il faut que nous participions à la mascarade. Comme ils disent : « Faire participer, c’est faire accepter ».

Si nous participons à cette parodie, nous laissons croire qu’un débat démocratique a eu lieu. Nous aidons les communiquants à roder leur argumentaire pour étouffer la contestation.

Participer, c’est accepter.

Vous, chercheurs, qui prétendez délibérer sur la biologie de synthèse, vous devez vos carrières, vos revenus, votre position sociale à la recherche. Vous êtes juges et parties ; vous êtes en conflit d’intérêt ; vous devriez être les derniers à vous exprimer sur le sujet. Votre participation à ce débat est illégitime. Autant consulter les marchands d’armes sur l’opportunité de déclarer la guerre.

Nous, chimpanzés du futur, nous ne défendons aucun avantage ni privilège. Nous défendons juste la possibilité de choisir ce qui va nous arriver.

La ministre de la recherche Geneviève Fioraso vous a commandé de « désamorcer les craintes » de l’opinion. Mais nous n’avons pas peur, nous sommes en colère.

Nous n’avons ni question à vous poser, ni incertitude à lever. Notre position est déjà figée : nous n’acceptons pas.

– Nous refusons la fuite en avant technologique qui épuise les humains, les écosystèmes et la planète.

– Nous refusons vos bactéries artificielles, votre biodiversité artificielle, votre viande synthétique cultivée en laboratoire,

– Nous refusons le pillage du vivant,

– Nous refusons votre monde-machine peuplé d’aliens à l’ADN synthétique – bactéries, plantes, animaux et humains génétiquement modifiés,

– Nous refusons la destruction du monde et des hommes au nom de la guerre économique.

Nos masques servent à dire que ce forum est une mascarade ; et maintenant la mascarade est finie. Vous, dans cette salle, rentrez chez vous. Informez-vous par vous-mêmes ; parlez avec vos proches, vos voisins, vos amis. Refusez la manipulation d’opinion et les faux débats. Rejoignez les chimpanzés du futur.

Non à la vie synthétique, à la vie artificielle, à la vie morte ! Vive la vie vraie, la vie vivante : notre seule vie !

Les chimpanzés du futur. Paris, le 25 avril 2013