Communiquer par télépathie avec un essaim de drones

Mind Control. Contrôle de la pensée

Les militaires facilitent plus que jamais l’éloignement des soldats des conséquences de la guerre. Lorsque la guerre des drones a éclaté, les pilotes pouvaient, pour la première fois, s’asseoir dans un bureau aux États-Unis et larguer des bombes au Moyen-Orient. Maintenant, un pilote peut tout faire, simplement en se servant de son esprit – pas besoin de mains.

Au début du mois, la division de recherche militaire de DARPA, a dévoilé un projet sur lequel elle travaillait depuis 2015 : une technologie qui permet à une personne de piloter plusieurs avions et drones avec son esprit.

“À ce jour, les signaux provenant du cerveau peuvent être utilisés pour commander et contrôler… pas seulement un avion, mais trois types d’aéronefs simultanés”, a déclaré Justin Sanchez, directeur du Bureau des technologies biologiques de la DARPA.

DARPA et l’initiative cérébrale

Le porte-parole de la DARPA a déclaré que cette interface cerveau-ordinateur (BCI brain-computer interface) utilise des électrodes implantées dans et sur les cortex sensoriels et moteurs du cerveau, l’expérimentation a été limitée aux volontaires présentant divers degrés de paralysie. C’est-à-dire que les personnes qui dirigeaient ces avions simulés avaient déjà des électrodes cérébrales, ou du moins, avaient déjà des raisons de subir une intervention chirurgicale.

Pour essayer de trouver comment rendre cette technologie plus accessible et ne pas nécessiter la pose chirurgicale d’une sonde métallique dans le cerveau des personnes, la DARPA a récemment lancé le programme de neurotechnologie non chirurgicale N3 (NExt-Generation Nonsurgical Neurotechnology). Le but est de créer un appareil avec des fonctionnalités similaires, mais il ressemblera plus à un casque EEG que le pilote peut retirer une fois la mission terminée.

“Le système N3 envisagé serait un outil que l’utilisateur pourrait utiliser pendant la durée d’une tâche ou d’une mission, puis mis de côté”, a déclaré Al Emondi, responsable de N3, selon le porte-parole. “Je n’aime pas les comparaisons avec une manette de jeu ou un clavier, car elles ne reflètent pas tout le potentiel de la technologie N3, mais elles sont utiles pour transmettre la notion de base d’une interface avec des ordinateurs.”

Defense One, Engadget, DARPA

→ pour allez plus loin : Program Announcement for Artificial Intelligence Exploration (AIE) ; DARPA : Accelerating the Exploration of Promising Artificial Intelligence Concepts

L’Homme augmenté, réflexions sociologiques pour le militaire
Éthique sur le champ de bataille dans un futur proche
Augmentation des performances humaines avec les nouvelles technologies : Quelles implications pour la défense et la sécurité ?

Étude prospective à l’horizon 2030 : impacts des transformations et ruptures technologiques sur notre environnement stratégique et de sécurité.

Des électrochocs pourraient rendre moins violent

Une étude montre que choquer le cerveau d’une personne pourrait la rendre moins violente

Une étude conduite par des chercheurs de l’université de Pennsylvanie montre que des électrochocs rendraient les personnes moins susceptibles de commettre un acte violent. Ils pourraient aussi favoriser la perception du caractère moralement condamnable de la violence et de l’agression.

Les 81 adultes participant à l’étude, ont été divisés en 2 groupes : l’un a reçu pendant 20 minutes des électrochocs ciblés sur le cortex préfrontal, partie avant du cerveau essentielle aux processus de planification et de décision, l’autre n’a reçu aucun traitement. Deux scénarios d’agression physique et sexuelle ont ensuite été présentés à tous les participants, qu’ils aient reçus ou non des électrochocs. Il leur a alors été demandé d’évaluer, sur une échelle de 1 à 10, dans quelle mesure ils seraient susceptibles de commettre de tels actes.

Les résultats montrent que ceux qui ont reçu des électrochocs seraient moins susceptibles de perpétrer des agressions physiques ou sexuelles (respectivement -47% et -70%).

Il serait aisé (et irresponsable) d’en déduire que tous les coupables de violence doivent être soumis à des électrochocs. Néanmoins, l’étude n’ayant même pas tenté de déterminer quels pourraient être le nombre optimal de chocs à administrer, la durée du traitement, et le voltage adéquat, se précipiter vers une telle conclusion serait prématuré.

José Delgado et ses dispositifs de contrôle de l’esprit par la stimulation électrique du cerveau

Selon un communiqué de Stat News, même Olivia Choy, auteure principale de l’étude et professeure assistante en psychologie à l’université Nanyang de Singapour, insiste sur la nécessité de travaux complémentaires plus approfondis avant de conclure à l’efficacité de ce traitement pour réduire la violence.

Ainsi que comme l’a déclaré Roy Hamilton, un neurologue de la Perelman School of Medicine et auteur principal de l’étude, à PennToday, “La capacité de manipuler des aspects aussi complexes et fondamentaux de la cognition et du comportement de l’extérieur du corps a d’importantes implications sociales, éthiques et peut-être un jour juridiques.”

La stimulation magnétique transcrânienne pourrait être utilisée pour contrôler l’esprit

Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires, la possibilité de modifier le comportement par de l’électro stimulation ne semble pas si lointaine que cela. D’ores et déjà, les chocs électriques administrés selon la même technique, appelée stimulation transcrânienne à courant continu (tDSC), ont été utilisés pour traiter des conditions telles que la dépendance à la maladie d’Alzheimer et aux opioïdes, ou simplement pour stimuler la mémoire. Un jour, peut être, les aspects les plus violents de la société seront tempérés par un petit électrochoc. Ou comme le suggère Hamilton, ironiquement, “le secret pour être moins violent au plus profond de vous même est peut être d’avoir un esprit correctement stimulé”.

traduction Véronique Guiberteau

Stat News, Penn Today, Forbes, Journal of Neuroscience, EurekAlert

Vous possédez vos pensées. Mais peut-être pas pour longtemps

Imaginez que vous ayez une interface cérébrale capable de lire toutes vos pensées, conscientes et subconscientes. Qui posséderait ces données ? À qui donneriez-vous accès ? Qui pourrait faire de l’argent dessus ?

Étant donné que nous construisons la technologie d’interfaçage du cerveau chez Kernel, et que d’autres construisent aussi cette technologie, c’est un exercice de réflexion important qui a pesé lourdement sur mon esprit.

Nos vies sont capturées numériquement; historique de recherche, ce que nous lisons / écrivons, où nous allons, ce que nous faisons, à quelle vitesse nous marchons, ce que nous achetons, où nous vivons, les habitudes, les préférences, la religion, la politique, et des milliers de détails plus intimes. Facebook, Google et d’autres ont miné, monétisé et profité de cette information. Il est troublant de penser que nos données cérébrales brutes pourraient être traitées de la même manière.

Aujourd’hui, vos pensées sont votre domaine privé. Vous êtes la seule personne à avoir accès à votre cerveau. Ce sont les seules données que vous contrôlez toujours. Mais à moins de faire de gros changements, ce ne sera bientôt plus le cas.

Les implications sont plus sérieuses que d’entendre la conversation de quelqu’un.

Il y a quelques mois, #DeleteFacebook était à la pointe de la mauvaise gestion imprudente de nos informations et j’ai écrit Your Data is Your Property pour étoffer cet argument. Malgré le bouleversement public, la capitalisation boursière de FB est en hausse de 100 milliards de dollars et la conversation sur les données a progressé. Heureusement, The Economist et d’autres ont poursuivi leur examen de la propriété des données avec de nouveaux articles publiés cette semaine.

Il est essentiel que nous réglions correctement ce problème, non seulement pour mettre un terme à l’intrusion dans la vie privée ou l’exploitation des données personnelles par les entreprises, mais aussi parce que cela est essentiel pour l’avenir de la race humaine.

Voici pourquoi ce problème est sensible au temps MAINTENANT : nous avons accéléré le chemin pour rendre les humains hors de propos. Nos systèmes économiques actuels sont parfaitement conçus pour mettre l’homme à la faillite. C’est simple : l’argent coule vers les investissements les plus rentables et, par cette mesure, il est plus rentable d’investir dans la technologie que chez les humains (l’écart s’élargit rapidement). Bientôt, il ne sera rentable que d’investir dans la technologie.

En fin de compte, nos données alimentent la technologie qui permet à l’intelligence numérique (comme celle qui alimente Facebook) de devenir plus intelligente, plus rapide et d’atteindre des revenus records. Et peut-être le plus important, ils l’obtiennent, gratuitement, et à nos frais.

Pour inverser ce chemin vers l’inadéquation, nous devons commencer à nous améliorer radicalement. Cela commence avec nous pour posséder nos données. Si nous ne commençons pas la quête pour nous améliorer radicalement, au-delà de ce que nous sommes actuellement capables, nous ne serons pas en mesure de nous prouver nous-mêmes de manière adéquate. C’est la réponse à l’avenir du travail / robots prenant nos emplois.

Nos données personnelles, qui incluent nos compétences, notre prise de décision, nos connaissances, nos préjugés, nos penchants et nos angles morts, constituent l’outil d’auto-amélioration le plus puissant et le plus précieux que nous puissions posséder.

En bref, l’avenir évolue, posséder nos pensées est un point de départ nécessaire. De là, nous devons reconfigurer nos incitations économiques et nos ambitions personnelles vers une amélioration humaine radicale.

Ces idées sont expliquées plus en détail dans Un plan pour l’humanité – passez à l’étape 3.

Bryan Johnson

Bryan Johnson est le fondateur de Kernel, OS Fund et Braintree. En 2016, il a fondé Kernel, investissant 100 millions de dollars pour construire des interfaces neurales avancées pour traiter les maladies et les dysfonctionnements, éclairer les mécanismes de l’intelligence et étendre la cognition. Kernel a pour mission d’améliorer considérablement notre qualité de vie au fur et à mesure que la durée de vie augmente. Il croit que le futur de l’humanité sera défini par la combinaison de l’humain et de l’intelligence artificielle (HI + AI). En 2014, Bryan a investi 100 millions de dollars pour lancer le OS Fund qui investit dans des entreprises scientifiques et technologiques qui commercialisent des découvertes révolutionnaires en génomique, en biologie synthétique, en intelligence artificielle, en automatisation de précision et en développement de nouveaux matériaux. En 2007, Bryan a fondé Braintree (acquiert Venmo en 2012) qu’il a vendu à PayPal en 2013 pour 800 M $.

Encyclopédie du transhumanisme et du posthumanisme

L’humain et ses préfixes

ISBN 978-2-7116-2536-9 – janvier 2015

Les préfixes de l’humain sont nombreux (ab- in-, para-, pré-, post-, proto-, sub-, sur-, trans-humain…). Ils invitent à réfléchir à la nature, aux limites et aux transformations de l’être humain ainsi qu’aux réactions intellectuelles et émotionnelles suscitées. Le trans/posthumanisme concerne toutes les techniques matérielles d’augmentation ou d’amélioration (physique, cognitive, émotionnelle) de l’homme, une perspective volontiers située dans le prolongement de l’humanisme progressiste des Lumières. Mais l’homme « amélioré ou augmenté » – « transformé » – pourrait s’éloigner toujours davantage des conditions de l’homme naturel « cultivé » ordinaire. Le transhumanisme risque de verser, brutalement ou imperceptiblement, dans le posthumanisme, référant à des entités qui, bien que « descendant » de l’homme, seraient aussi étrangères à celui-ci que l’espèce humaine est éloignée des formes de vie paléontologiques. Le posthumanisme flirte avec le nihilisme et l’imagination apocalyptique.

Aux franges les plus audacieuses de la bioéthique, l’Encyclopédie n’écarte pas plus qu’elle ne focalise les questions éthiques. Elle englobe, sans les confondre, l’analyse conceptuelle, l’extrapolation technoscientifique et l’imagination spéculative. La première partie « Philosophie et éthique » est consacrée au débat philosophique relatif au trans/posthumanisme. Les entrées reflètent le vocabulaire conceptuel propre aux principaux auteurs trans/posthumanistes et à leurs critiques directs. La deuxième partie « Technoscience et médecine d’amélioration » parcourt les références actuelles aux sciences et aux techniques biomédicales inhérentes à la problématique transhumaniste. Elle distingue entre ce qui se fait, pourra probablement se faire ou relève du domaine de la projection spéculative et imaginaire.

La troisième partie « Techniques, arts et science-fiction » est centrée autour des échanges entre technosciences et créations artistiques, spécialement l’imaginaire de la science-fiction où les thèmes post/transhumanistes sont fortement représentés.

Ont collaboré à ce volume : S. Allouche, M. Andrin, B. Baertschi, J.-M. Besnier, G. Chapouthier, A. Cleeremans, P.-F. Daled, Ch. Den Tandt, É. De Pauw, G. Dine, L. Frippiat, J. Goffette, J.-Y. Goffi, D. Goldschmidt, M. Groenen, G. Hottois, C. Kermisch, D. Lambert, A. Mauron, J.-N. Missa, D. Neerdael, P. Nouvel, L. Perbal, M.-G. Pinsart, C. Pirson, J. Proust, I. Queval, S. Vranckx

[su_document url=”http://www.vrin.fr/tdm/TdM_9782711625369.pdf” width=”840″ height=”800″]

Une technologie pour lire les émotions des employés chinois

Des projets de surveillance soutenus par le gouvernement déploient une technologie de lecture du cerveau pour détecter les changements dans les états émotionnels chez les employés de la chaîne de production, de l’armée et à la tête des trains à grande vitesse

Les travailleurs en Chine sont connectés à des appareils de lecture de cerveau qui transmettent des informations sur leurs humeurs à leurs employeurs, ce qui soulève des inquiétudes quant à la confidentialité des émotions les plus élémentaires. Les systèmes pourraient représenter un “tout nouveau niveau” d’abus de la vie privée.

Les capteurs électroniques intégrés aux chapeaux et aux casques sont utilisés en Chine sur une échelle sans précédent pour lire les émotions des employés, rapporte le South China Morning Post, dans ce que les entreprises disent faire partie de l’amélioration de l’efficacité et de la productivité.

Bien que les détails sur le fonctionnement de la technologie ne soient pas clairs, les rapports suggèrent que les appareils utilisent des capteurs légers et des algorithmes d’intelligence artificielle pour surveiller les ondes cérébrales et détecter les pics d’émotions tels que la rage, l’anxiété et la dépression. Ils peuvent être dissimulés dans des casques de sécurité ou des chapeaux uniformes, et transmettre des données à des ordinateurs auxquels les employeurs ont accès.

Credit The Telegraph

Les scientifiques décodent les pensées, lisent l’esprit des personnes en temps réel

Certaines entreprises ont indiqué qu’elles utilisaient cette technologie pour surveiller les niveaux de stress des travailleurs afin qu’ils puissent ajuster leurs rythmes de production, les flux de travail et la durée des temps de pause en conséquence, en augmentant l’efficacité et en améliorant potentiellement les moyens de subsistance de leur personnel. L’idée est que le système donne aux entreprises l’occasion de stimuler le moral des travailleurs avant que la détresse émotionnelle puisse causer un problème, pas après.

“Lorsque le système émet un avertissement, le manager demande au travailleur de prendre un jour de congé ou de passer à un poste moins critique”, a déclaré Jin Jia, professeur agrégé de sciences du cerveau et de psychologie cognitive à l’Université de Ningbo, où l’un des projets de surveillance du cerveau a eu lieu. “Certains emplois exigent une forte concentration. Il n’y a pas de place pour une erreur.”

Le machine-learning peut lire votre électroencéphalographie (EEG) et découvrir vos habitudes

Cheng Jingzhou, un responsable du système de surveillance de la State Grid Zhejiang Electric Power à Hangzhou, dans la province orientale du Zhejiang, a déclaré que le système avait connu un énorme succès. Cheng a déclaré que son entreprise, qui compte 40 000 employés, a vu ses bénéfices augmenter d’environ deux milliards de yuans (315 millions de dollars) après le déploiement du système en 2014. “Il n’y a aucun doute sur son effet”, a-t-il ajouté.

Et si vous pouviez « voir » directement dans le cerveau d’une autre personne ?

Les travailleurs qui utilisent l’équipement de balayage cérébral ont montré qu’ils craignaient une atteinte à la vie privée encore plus envahissante. Jia Jia a déclaré que certains utilisateurs pensaient que nous pouvions lire dans leurs pensées. Cela a causé un certain inconfort et une certaine résistance au début.

Qiao Zhian, professeur de psychologie de gestion à l’Université de Beijing, a déclaré que le manque de réglementation de la technologie mettait en péril la vie privée des utilisateurs. “L’employeur peut être fortement incité à utiliser la technologie pour augmenter ses profits, et les employés sont généralement dans une position trop faible pour dire non”.

Il a ajouté : “La vente des données de Facebook est assez mauvaise. La surveillance du cerveau peut porter l’abus de la vie privée à un tout autre niveau.”

Les Chinois sont, sans doute, parmi les personnes les plus surveillées sur Terre. Le gouvernement équipe de nombreuses caméras avec reconnaissance faciale, surveille le revenu des citoyens et leur activité sociale afin de déterminer leur pointage de crédit social. Un score inférieur peut affecter les opportunités d’emploi, les options de voyage et bien plus encore.

The South China Morning Post (SCMP), The Telegraph, MIT Tech Review

Upgrade un thriller futuriste et transhumaniste

Situé dans un futur proche, la technologie contrôle presque tous les aspects de la vie. Grey Trace (Logan Marshall-Green), un technophobe, est devenu paralysé suite à une agression et au meurtre de sa femme. Lorsqu’il est approché par un inventeur milliardaire, il est équipé d’un implant cérébral appelé STEM, qui se révèle être une redoutable intelligence artificielle et qui lui donne des capacités presque surhumaines, ainsi qu’une occasion de traquer le tueur de sa femme. Un thriller futuriste et transhumaniste.

Upgrade a été écrit et réalisé par Leigh Whannell (Saw) et sera dans les salles américaines à partir du 1er juin 2018. Il n’y a pas encore de date de sortie au Royaume-Uni ni en France. Le film est produit par Blumhouse Productions.

Une voiture intelligente lit les signaux cérébraux

Des chercheurs de l’EPFL et de Nissan parviennent à lire les signaux cérébraux des conducteurs avant leurs futures actions, pour les transmettre aux véhicules. Ces derniers peuvent ainsi anticiper et faciliter la conduite. Cette technologie cerveau-véhicule a été présenté par Nissan.

Les véhicules de demain pourraient être à la fois autonomes et manuels. «Nous voulions laisser le plaisir de la conduite au chauffeur, tout en augmentant ses compétences grâce à la technologie», explique José del R. Millán, titulaire de la Chaire Fondation Defitech en interface de cerveau-machine CNBI. Dans le cadre d’un projet mené avec Nissan, son équipe est parvenue à lire les signaux cérébraux indiquant une action à venir – freinage, accélération, changement de file – afin de les transmettre au véhicule. Grâce à ces quelques centaines de millisecondes d’avance, la voiture intelligente peut ainsi faciliter la conduite en anticipant un freinage ou un tournant. Dotée de capteurs et détectant son environnement, celle-ci va également aider le conducteur en cas de conditions de trafic difficiles.

Une conduite plus facile et plus personnalisée

Les signaux, produits dans le cortex moteur et frontal du cerveau, sont détectés grâce à un casque EEG (électroencéphalographie) doté de capteurs. Ils sont ensuite transmis et interprétés par le véhicule intelligent, qui va agir en conséquence, tout en tenant compte des informations détectées par ses capteurs. «Si vous arrivez à un feu rouge et que vous vous apprêtez à freiner, le véhicule va simplement profiter des 200-500 millisecondes d’avance pour commencer le freinage et vous faciliter la conduite. Par contre, si vous arrivez à un feu rouge et qu’aucune intention de ralentissement n’a été détectée dans votre cerveau, le véhicule va vous avertir que le feu est rouge, afin d’être sûr que vous l’avez vu», souligne José del R. Millán.

Et si vous pouviez « voir » directement dans le cerveau d’une autre personne ?

Comme chacun d’entre nous génère différents modèles de signaux cérébraux, le véhicule va apprendre de son conducteur et personnalisera ainsi son logiciel. Il garde en mémoire nos trajets et habitudes, mais aussi notre façon de conduire, pour s’adapter et anticiper en fonction de chaque conducteur et ceci en continu. Ainsi, l’interface cerveau-machine (brain-machine interface) ne facilitera pas seulement la conduite, mais la personnalisera puisque la voiture intelligente sera toujours en accord avec le conducteur. En fait, même les paramètres de la voiture pourront s’adapter à ses préférences de façon transparente. Par exemple, l’interface pourrait déterminer un certain désaccord du conducteur avec le style de conduite ce qui permettrait à la voiture de passer du mode «sportive» à un mode plutôt «confort et relax».

Lorsque la plupart des gens pensent à la conduite autonome, ils ont une vision très impersonnelle de l’avenir, où les humains abandonnent le contrôle aux machines. Pourtant, la technologie B2V fait le contraire, en utilisant les signaux de leur propre cerveau pour rendre la conduite encore plus excitante et agréable – Daniele Schillaci, Executive Vice President de Nissan.

Transfert de technologie

Au terme de quatre années de recherche, en 2014 les scientifiques du CNBI ont transféré le système d’interface cerveau-machine à leur partenaire industriel, Nissan. Le constructeur automobile a ensuite poursuivi les recherches dans un programme accéléré (Senior Innovation Research Program) avec le soutien du CNBI. La technologie ainsi développée a été intégrée dans un prototype, créant l’interface qui permet au véhicule intelligent de communiquer avec le conducteur. Ce prototype a été présenté lors du Consumer Electronics Show à Las Vegas en janvier dernier.

Depuis 2015, le constructeur automobile et les chercheurs du CNBI poursuivent le développement de cette interaction homme – voiture, notamment avec une fonction de suivi du regard (eye tracker). «Nos yeux sont constamment en mouvement pour observer ce qui se passe autour de nous, souligne le chercheur. Mais tout ce que nous observons n’est pas forcément pertinent ou important. Nous cherchons donc à détecter les signaux cérébraux qui indiquent que tel objet ou telle situation a retenu notre attention, et qu’ils doivent être pris en compte par le véhicule».

L’équipe de José del R. Millán développe depuis plusieurs années les connaissances scientifiques dans la détection et l’utilisation des signaux cérébraux pour contrôler des objets ou notre environnement. Ils collaborent avec Nissan depuis 2011 en matière de technologie d’aide à la conduite. Parallèlement, ils appliquent leurs compétences dans d’autres domaines tels que l’assistance aux personnes handicapées moteur.

Communiqué de presse Nissan, EPFL

La police chinoise ajoute des lunettes de reconnaissance faciale à leur arsenal de surveillance

Des policiers à Zhengzhou, en Chine, ont été aperçus portant des lunettes équipées d’un logiciel de reconnaissance faciale permettant d’identifier les individus dans une foule. Ces lunettes de surveillance ont été déployées l’année dernière.

La Chine a toujours été en avance sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour la surveillance. Le système de vidéosurveillance du pays a retrouvé un journaliste de la BBC en seulement sept minutes lors d’une manifestation en 2017. Mais cette nouvelle technologie, développée par LLVision, basée à Beijing, porte les efforts de surveillance de la Chine à un tout autre niveau.

Dans une vidéo publicitaire publiée en décembre sur la plate-forme de messagerie populaire chinoise WeChat, Wu Fei, le PDG de la société, affirme que LLVision Technology est la seule au monde à travailler avec la sécurité publique en temps réel.

La Chine construit ce qu’elle appelle “le plus grand réseau de vidéosurveillance au monde”. Dans tout le pays, 170 millions de caméras de vidéosurveillance sont déjà en place et environ 400 millions de nouvelles seront installées au cours des trois prochaines années. Beaucoup de caméras sont équipées d’une intelligence artificielle, y compris d’une technologie de reconnaissance faciale. John Sudworth, de la BBC, a eu accès à l’une des nouvelles salles de contrôle de la police à la pointe de la technologie.

Le Wall Street Journal a rapporté que la société a une capacité à faire correspondre les visages dans une base de données de 10 000 suspects en 100 millisecondes. La société développe également des lunettes de réalité augmentée portables à usage médical et industriel, telles que des opérations chirurgicales de surveillance à distance.

La police ferroviaire de la gare de Zhengzhou a déjà repéré sept personnes recherchées dans des affaires criminelles majeures et a capturé plus de 25 personnes qui utilisaient l’identité de quelqu’un d’autre. Beaucoup ont souligné que les dispositifs pouvaient se prêter au profilage racial et, plus généralement, qu’ils pouvaient porter atteinte à la vie privée des citoyens et rendre l’état de la surveillance de la Chine encore plus omniprésent.

ABCNews, Wall Street Journal, The Telegraph, The Verge, Tech Crunch

Le Japon choisit la technologie de reconnaissance faciale de Panasonic

La Brain tech, eldorado économique et défi éthique

Perspectives et enjeux

Selon le World Economic Forum, les 7,5 milliards de cerveaux humains que nous sommes auront besoin d’aide pour prospérer dans la quatrième révolution industrielle qui nous est annoncée.

L’internet des objets, l’intelligence artificielle et la robotisation croissante sont les sujets de nombreux débats argumentés. Leurs impacts, réels ou fantasmés, à court et moyen terme, sont l’objet de nombreux débats techniques, business et philosophiques. Les points de vue se succèdent dans les médias sur l’impact de l’intelligence artificielle sur notre vision du travail, notre stratégie politique et militaire, nos organisations, notre relation au monde et à l’autre.

Au milieu de ces discussions, un point nous interpelle : quel est le sort réservé à l’Intelligence dite « naturelle » (humaine essentiellement) par l’industrie de la Cognitive Tech ou Neuro Tech? Sujet d’autant plus essentiel et d’actualité dans un contexte où le QI moyen aurait baissé significativement ces dernières années en France et en Occident, où les maladies neurodégénératives progressent, au premier rang desquelles se hissent Alzheimer et Parkinson, et où les populations des pays du Nord vieillissent de plus en plus rapidement.

En outre, nombreux, dont Elon Musk, voient un lien fort entre développement de l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine. Ils sont déjà entrain de travailler sur des projets d’amélioration des capacités humaines afin de faire face à la croissance exponentielle des capacités de l’IA et de ses menaces présupposées.

L’amélioration du cerveau humain, selon le World Economic Forum, ne serait plus, à terme, un luxe réservé à certains mais une condition d’existence sine qua none. De nombreuses questions sont posées : que pouvons-nous faire pour renforcer la connectivité cérébrale à tout âge, améliorer notre capacité à résoudre des problèmes complexes, la pensée novatrice, l’intelligence émotionnelle…? Autant de compétences considérées comme indispensables pour réussir dans la quatrième révolution industrielle.

Ainsi, cette note de synthèse souhaite apporter un éclairage sur l’industrie de la cognitive tech ou neuro tech puis en présente ses principaux enjeux et défis. Un sujet clé pour notre avenir qui s’avère aussi déterminant et sensible quant à notre conception de l’humain que l’ingénierie du génome.

Des avancées technologiques synonymes d’une explosion des recherches en neurosciences

Observer, mesurer, analyser et pouvoir influencer notre fonctionnement neuronal

Le terme de neurotechnologie peut être défini de différentes manières. Nous nous inspirerons particulièrement de la définition de l’université de Freibourg :

D’une manière générale, la neurotechnologie peut être considérée comme un moyen artificiel d’interagir avec le fonctionnement du cerveau. Cette version inclut l’ajustement pharmacologique de l’activité du cerveau, par exemple les médicaments traitant la maladie de Parkinson ou la démence sénile, ou qui visent à augmenter les performances cognitives.

Dans une définition plus technique, nous pouvons considérer la neurotechnologie comme :

(I) des outils techniques et informatiques qui mesurent et analysent les signaux chimiques et électriques dans le système nerveux, que ce soit le cerveau ou les nerfs des membres. Ceux-ci peuvent être utilisés pour identifier les propriétés de l’activité nerveuse, comprendre comment le cerveau fonctionne, diagnostiquer les conditions pathologiques, ou contrôler les dispositifs externes comme les neuroprothèses, ou les «interfaces machine cerveau» voire les interfaces « cerveaux – cerveaux »

(II) des outils techniques pour interagir avec le système nerveux pour modifier son activité, par exemple pour restaurer l’apport sensoriel comme avec les implants cochléaires pour restaurer l’ouïe ou la stimulation cérébrale profonde pour arrêter les tremblements et traiter d’autres conditions pathologiques.

La recherche en neurotechnologie dans ce contexte comprend toutes les recherches qui contribuent à ces systèmes, y compris, par exemple la résolution des problèmes d’encapsulation de circuits électroniques, de simulations de réseaux neuronaux et de réseaux biologiques de culture pour comprendre leurs propriétés et le développement de techniques d’implant chirurgical.

Sujet particulièrement sensible, l’interaction avec le cerveau exige un haut niveau de responsabilité éthique envers le patient, mais aussi envers la société en raison de son influence sur notre concept de l’être humain en tant que tel. Par conséquent, la neurotechnologie inclut le discours sur l’éthique de la neurotechnologie.

Les neurotechs restent pour le moment principalement l’apanage de la recherche fondamentale. Pour autant, des applications émergent dans des marchés très variés initiées par des gouvernements et des entreprises privées, porteuses de visions très ambitieuses … voire pour certaines dignes d’Icare?

Le développement du business de la Neurotech et les avancées technologiques (nanotech et informatique) ont permis une explosion de la recherche dans ce domaine.

Entrepreneurs et investissements alimentent une croissance effrénée

Avec des investissements publics et privés, l’innovation évolue à un rythme accéléré, en témoigne l’explosion du nombre de brevets déposés dans le domaine des neuro tech depuis 2010 aux États Unis (source Sharpbrain).

Des domaines d’application variés sont concernés : l’interface cerveau – machine, l’augmentation des capacités intellectuelles, la gestion de l’humeur, la manipulation des objets par la pensée, la lutte contre les neurodégénérescences, les maladies d’Alzheimer ou de Parkinson, Brain fitness …

Des initiatives gouvernementales

Sujet d’importance stratégique pour les États, de nombreuses initiatives gouvernementales ou inter gouvernementales ont été lancées ces dernières années avec des logiques fortes de Partenariat Privé Public.

Les scientifiques commencent à travailler sur l’ingénierie inverse du cerveau

On peut noter l’initiative américaine menée par la DARPA Brain initiative :

If we want to make the best products, we also have to invest in the best ideas… Every dollar we invested to map the human genome returned $140 to our economy… Today, our scientists are mapping the human brain to unlock the answers to Alzheimer’s… Now is not the time to gut these job-creating investments in science and innovation. Now is the time to reach a level of research and development not seen since the height of the Space Race.” – President Barack Obama, 2013 State of the Union.

Un nouveau développement permet d’implanter des implants cérébraux de niveau supérieur

On peut également mentionner l’initiative menée au niveau européen « the human brain project » même si contestée par de nombreux scientifiques.

A côté de la recherche fondamentale, de nombreuses applications commerciales sont actuellement testées voire commercialisées.

Utiliser le pouvoir de l’esprit

Fait qui pourrait en surprendre plus d’un, il est déjà possible de manipuler à distance des objets par le pouvoir de la pensée.

Lors d’une expérimentation, une personne quadriplégique a su piloter sur simulateur un F35 uniquement par la pensée. Associée à la robotique, cette application pourrait notamment améliorer la vie des personnes en situation de mobilité fortement réduite.

Cela est possible par la lecture, la retranscription de codes neuraux (directement associés à des actions) et leur « téléchargement » ensuite dans le cerveau d’une autre personne, lui permettant ainsi de reproduire ces mêmes actions par la pensée.

Certaines solutions sont déjà commercialisées à destination du grand public. La startup australienne Emotiv, une des plus en vue sur le sujet, dirigée par Tan Lee, commercialise des « brain wearables ».

Révolutions à venir dans les réseaux sociaux avec à la clé une expérience client « magnifiée »

Croyez le ou non, Mark Zuckerberg a des convictions fortes sur la télépathie et pense qu’un jour nous serons en mesure d’échanger via télépathie sur Facebook.

Facebook travaille sur une interface cérébrale qui vous permettra de « communiquer uniquement avec votre esprit »

Bien entendu, une telle révolution prendra probablement plusieurs dizaines d’années ; mais les recherches actuelles semblent suggérer que cela serait de l’ordre de l’envisageable.

Avant d’arriver à ce stade, où des questions éthiques et de préservation de la vie privée et intime ne manqueront pas de se poser, Facebook cherche à améliorer l’expérience client en la simplifiant au maximum.

Ainsi est né le projet « typing by brain » à la R&D de Facebook. Ce projet consiste à développer une solution non invasive (i.e sans implants cérébraux) qui permettrait de détecter ce que l’utilisateur voudrait écrire. Cette solution permettrait de traduire des pensées en texte à raison de 100 mots par minute! De nombreux neuroscientifiques restent très sceptiques car aujourd’hui avec des solutions invasives, le record de mots est porté à 8 mots à la minute.

Une autre entreprise, Openwater, dirigée par une ancienne haute responsable de Facebook, ambitionne de proposer des solutions d’échanges télépathiques dans un horizon de 3 ans.

Et si vous pouviez « voir » directement dans le cerveau d’une autre personne ?

Plus globalement, la neurotechnologie, associée à la révolution Data au sens large, peut être amenée à radicalement impacter les pratiques du marketing et de la communication grâce à une connaissance réellement plus intime du client.

Améliorer les capacités humaines : cognitives, cérébrales et physiques

Elon Musk est intervenu à de multiples occasions pour alerter sur les risques de développement à terme d’une intelligence artificielle générale qui ne nous voudrait pas que du bien…

En mars dernier, le CEO de Tesla et de SpaceX entre autres a révélé sa nouvelle entreprise Neuralink, dont le but avoué est de construire un système BCI (brain computer interface) qui serait implanté dans le cerveau humain afin de lui permettre de rivaliser avec l’IA. Musk imagine une solution sans opération lourde mais plutôt une solution inoculée par voie sanguine.

Elon Musk lance une entreprise pour fusionner votre cerveau avec un ordinateur

Bien qu’il n’ait pas dévoilé d’informations sur les principes techniques de la solution envisagée, les neuroscientifiques supposent que la solution reposerait sur de la recherche de pointe actuelle impliquant de minuscules électrodes de “neural dust” qui se déploient dans le cerveau.

A moyen terme, la solution de Neuralink viserait à aider les personnes souffrant de handicaps cérébraux puis à long terme elle deviendrait une solution grand public.

Dans cette même logique, Kernel, société fondée par Bryan Johnson (Braintree revendue à Ebay) souhaitait initialement commercialiser un implant cérébral pour aider les personnes souffrant de pertes mémorielles importantes (Alzheimer notamment). A noter toutefois que depuis son lancement, Kernel a fait évoluer sa vision pour se concentrer sur l’enregistrement des signaux générés par les neurones.

D’autres entreprises pionnières dans leur domaines cherchent à exploiter le principe de neuroplasticité afin d’apporter un “mieux être” cognitif et améliorer les capacités d’apprentissage. On parle de Brain fitness via l’évaluation des capacités cognitives et la mise en place de thérapies (BrainHQ, CogniFit, Akili, Pear Therapeutics, MyndYou, Click Therapeutics, Cogniciti, SBT Group) via diverses applications mobiles (Headspace, Claritas Mindsciences) ou autres solutions de type électroencéphalographie (Emotiv, Interaxon, NeuroSky) ou réalité virtuelle (MindMaze).

Shelli Kesler de l’université de Stanford a publié un article qui montrait l’impact significatif de Lumosity, une application Brainfitness : 12 semaines d’utilisation avaient significativement amélioré les fonctions cognitives et cérébrales d’un groupe d’utilisatrices.

Ainsi, de nombreuses startups promettent des solutions pour nous aider à monitorer notre “neuro-santé” et améliorer nos capacités cognitives, qui s’appuient sur l’analyse des données et une personnalisation extrême.

Enfin, il nous semble aussi intéressant d’évoquer le développement des nootropiques : des médicaments, plantes et substances diverses permettant une augmentation cognitive et qui ne présenteraient pas ou relativement peu d’effets nocifs sur la santé à dose standard. Il est fort à parier qu’un marché colossal est à conquérir quand on voit l’importance de la consommation de produits psychoactifs sur les lieux de travail (source : Le Monde.fr).

Vers une révolution du sport et une amélioration sans précédent des performances sportives

Le multiple champion de football américain Tom Brady, considéré comme l’un des plus grands athlètes de l’histoire du football américain voire du sport, a présenté son “brain resiliency programme” un des éléments qui lui a permis d’être au plus haut dans la maitrise de son sport et pendant longtemps. Ce programme contient un volet entier dédié à l’utilisation de la neurotech.

La firme américaine HaloNeuro commercialise déjà des casques plébiscités par les sportifs de haut niveau qui leur permettent d’améliorer leurs performances obtenues en entrainement. En améliorant la transmission du signal cerveau muscle, l’apprentissage et les performances des sportifs sont améliorés.

Ainsi, le sport voit lui aussi dans son ensemble ses repères bousculés par les neurosciences et la brain tech. Une autre revanche des « nerds » en quelque sorte…

Plus encore, voire plus inquiétant, au-delà de la lecture du cerveau

L’optogénétique correspond à un nouveau domaine de recherche et d’application, associant l’optique à la génétique. Cette technique est notamment utilisée pour identifier des réseaux neuronaux.
L’optogénétique est principalement basée sur une protéine, la channelrhodospine, qui possède la propriété d’être activée par la lumière bleue. Des cellules neuronales exprimant cette protéine, peuvent alors elles-mêmes être activées par de la lumière bleue, apportée par une fibre optique. (Futura-Sciences)

Des chercheurs explorent les possibilités d’aller au-delà de la lecture du cerveau pour envisager de passer en « mode écriture » afin de pouvoir en quelque sorte contrôler la pensée et implanter de nouveaux souvenirs.

Le Pr. Yuste, du Kavli Institute for brain science, a utilisé une des plus récentes avancées technologiques, l’optogénétique, pour reprogrammer le cerveau de souris pour leur faire croire avoir vu quelque chose qu’elles n’avaient jamais vu. L’optogénétique altère les neurones via un procédé mêlant à la fois optique (utilisation d’une lumière bleue) et génétique (utilisation d’une protéine).

Selon le Pr. Yuste, Imaginons qu’une telle découverte technologique pénètre le marché des produits technologiques ou du bien-être sous la forme d’un accélérateur de performance cognitive ou de mémorisation, cela ouvrirait la porte aux possibilités d’implanter des souvenirs aux personnes à leur insu et pourraient ainsi remodeler leur identité propre! La question n’étant pas de savoir si cela est possible mais de savoir quand et dans quel cadre cela sera possible compte tenu des avancées technologiques observées à l’heure actuelle…

Comme on peut le constater, la brain tech est un domaine en plein boom et porteurs d’évolutions lourdes de conséquences sur nos vies.

Certains experts et chercheurs tempèrent néanmoins ces éléments en arguant du fait que même avec les milliards potentiellement investis notamment par la Silicon Valley, il s’agit avant tout de recherche fondamentale et non de sciences appliquées répliquables plus rapidement en business model. De nombreuses questions clés resteraient encore ouvertes avant d’envisager des applications commerciales.

Cela fait également dire à ces mêmes experts que la présence de grands noms, de fonds importants ne serait pas sans risque de créer une bulle d’illusions voire de désillusions ultérieures si les promesses sont trop hautes et non tenues.

En dépit de ces réserves, devons-nous nous inquiéter ou en tout cas de nous interroger sur l’ambition des géants technologiques qui veulent entrer dans nos têtes ? Après avoir réussi à conquérir une grande part du temps disponible du cerveau des individus, veulent-ils réussir tout simplement à encore mieux mesurer et plus fortement influencer nos décisions?

Des impacts et des défis éthiques auxquels nous semblons ne pas être suffisamment préparés

Face à cette grappe d’innovations aux impacts sans précédent, inquiétudes et controverses se développent.

Des organisations internationales se sont explicitement emparées de la question. Le World Economic Forum a créé à cette fin le Global Council on the Future of Human Enhancement qui a pour but d’évaluer les nouvelles technologies et de s’assurer qu’elles sont acceptables d’un point de vue éthique.

Des experts de renom dans les neurosciences se sont mobilisés afin de sensibiliser l’opinion publique et les décideurs sur la nécessité de définition d’un cadre protecteur pour nos vies.

27 experts de renommée internationale arguent du fait que ces puissantes neurotechnologies, à l’origine conçue pour aider les personnes handicapées (moteurs ou cognitifs), pourrait exacerber les inégalités sociales et offrir à certaines entreprises, hackers ou gouvernement mal intentionnés de nouvelles voies pour exploiter les gens.

Ce groupe des 27, le groupe Morningside, conclut que les questions relatives aux neurotechnologies sont aussi voire plus cruciales que les questions relatives à l’utilisation de l’IA.

Ainsi le groupe Morningside a rédigé les neuro-droits des citoyens et estime qu’ils devraient figurer dans les textes réglementaires et les chartes internationales comme la déclaration universelle des droits de l’homme.

Parmi les droits à protéger car potentiellement menacés par une brain tech non éthique : la vie privée, l’identité, l’intégrité des personnes et l’équité entre elles.

La vie privée

Chaque individu devrait avoir le droit de garder privé le type de données collectées et exploitées par les neurotech.

Afin de s’en assurer, le groupe Morningside recommande les principes suivants :

  • Passer en mode opt out par défaut la possibilité de partager ses neuro données. Le traitement de ces données serait inspiré des principes du don d’organes. Chaque individu devrait explicitement donner son accord pour le partage de ses neuro-données. Cela impliquerait la mise en œuvre de processus sécurisés intégrant de manière transparente chaque partie prenante avec des rôles clairement délimités dans l’exploitation des données, avec mention des objectifs visés ainsi que de la durée d’utilisation de ces données.

  • Le partage, le transfert et la vente des neuro-données devraient être également strictement régulés à l’instar de qui existe pour les dons d’organes.

  • Enfin l’utilisation de technologies désignées pour être plus protectrices du point de vue de l’individu doit être incitée. En particulier, les systèmes distribués type Blockchain, smart contracts, car permettant une meilleure traçabilité et auditabilité des systèmes sans nécessité d’un tiers de confiance centralisateur de l’information.

L’intelligence artificielle pourrait détourner les interfaces cerveau-machine

Augmentation, identité et inégalités

Les individus pourraient connaître une pression croissante pour utiliser les neurotech dés lors que les premiers le font et disposent alors de capacités plus importantes. Cette pression à adopter les neurotech risque de changer les normes sociales et soulever des problèmes d’inégalité flagrants et de nouvelles formes de discrimination. Plus encore, lorsqu’il s’agit de course à l’utilisation des neurotech à des fins militaires. Déjà, l’armée américaine forment leurs soldats d’élite et leurs analystes et les équipent avec ces « nouvelles technologies » afin d’augmenter leurs capacités cognitives et physiques.

Une neuro-ingénierie responsable

De manière sous-jacente dans l’ensemble des recommandations des 27, il s’agit avant tout d’un appel à la prise de conscience et de responsabilités qui s’adjoignent à l’énorme potentiel des neurotech en prenant en compte les aspects sociaux et éthiques de ces innovations, à l’instar de ce qui est fait par l’IEEE Standards association concernant l’IA et les systèmes autonomes.

Une gouvernance proactive et éviter le neuro-hype

La société dans son ensemble et l’industrie de la Brain tech pourrait profiter d’un cadre de discussions anticipées et inclusive sur les enjeux éthiques, légaux et les implications sociétales de la mise sur le marché de ces nouvelles technologies. Par exemple, l’impact des devices neuromodulaires qui viseraient à améliorer nos capacités cognitives y compris notre moral, les impacts sur la dignité humaine ou l’accès équitable à ces solutions, pourraient être considérés de manière anticipée dans le processus de recherche et de développement.

Dans ce domaine comme dans tout nouveau domaine technologique disruptif, la désinformation et les publicités mensongères peuvent être légions. Le risque de défiance du public peut être alors important empêchant ainsi la formation de marchés vertueux et le développement de solutions et de produits viables économiquement.

Les régulateurs doivent en ce sens intervenir afin de favoriser l’émergence d’un écosystème sain viable et durable.

Ce panorama de la Brain tech, de ses perspectives et de ses enjeux, ne doit pas nous faire oublier que ces neurotechnologies sont encore loin d’être pleinement intégrées dans les usages et la vie quotidienne de chacun. Néanmoins, les progrès technologiques actuels de la neurotech et l’engouement des grands groupes indiquent que nous y arriverons peut-être plus rapidement que prévu.

L’opportunité actuelle d’améliorer la vie des personnes à mobilité fortement réduite ou des personnes atteintes de dysfonctionnements neuraux ou neuronaux doit être évidemment poursuivie et accélérée.

En faisant cela, nous nous rapprochons d’un avenir où il sera possible de manipuler facilement les mécanismes du cerveau, de décrypter les intentions, les émotions et les décisions. D’un avenir où les individus pourront interagir sur le monde qui les entoure par la pensée via des devices et des machines.

Il nous semble finalement que deux questions majeures doivent être traitées : l’une du point de vue de l’individu dont on doit protéger l’intégrité et l’identité et l’autre du point de vue de la collectivité à laquelle on doit assurer l’équité d’accès et minimiser les risques de discrimination majeure rendus possible par cette technologie si laissée entre les mains de privilégiés uniquement.

Sans être foncièrement néo-luddite, ne serait-il pas, à l’instar du moratoire qui avait été demandé s’agissant de CRISPR Cas 9, pertinent d’envisager un moratoire sur ces technologies une fois arrivées à un stade d’application suffisamment avancé ?

sources : IEEE Spectrum: Silicon Valley’s Latest Craze: Brain Tech. Elon Musk, Mark Zuckerberg, and other big Silicon Valley players want to make commercial gadgets for your brain.
Stat News: New brain technologies pose threats to privacy and autonomy that are all too real, experts warn.
DARPA and the Brain Initiative.
The World Economic Forum: Five reasons the future of brain enhancement is digital, pervasive and (hopefully) bright
The World Economic Forum: 5 ways brain science is changing our world.
The Conversation: Considering ethics now before radically new brain technologies get away from us. Andrew Maynard Director, Risk Innovation Lab, Arizona State University.
LSE Business Review: How to ensure future brain technologies will help and not harm society
Nature 551, 159–163 (09 November 2017) doi:10.1038/551159a Four ethical priorities for neurotechnologies and AI