Une thérapie génique pour allonger la durée de vie

Libella Gene Therapeutics prétend offrir une thérapie génique qui allongera la durée de vie pour 1 million de dollars la dose. La startup indique que deux patients ont déjà payé le traitement dans une clinique en Colombie.

Nous savons que les télomères peuvent avoir quelque chose à voir avec le vieillissement de notre corps. Dans certains tissus, une enzyme appelée télomérase agit pour reconstruire et étendre les télomères afin que les cellules puissent continuer à se diviser.

Nous ne savons pas si la télomérase protège une cellule du vieillissement ou si elle prolonge la vie d’organismes entiers. Les traitements d’extension du télomère chez la souris ont donné des résultats intrigants, mais personne ne l’a démontré chez l’humain.

Cela n’a pas freiné Libella. Il propose d’injecter aux patients des virus porteurs des instructions génétiques de la télomérase transcriptase inverse, qui intervient dans la fabrication de la télomérase.

Cet essai porte sur un traitement non prouvé et non testé qui pourrait même être nocif pour votre santé. Il se produit en dehors des États-Unis parce qu’il n’a pas été approuvé par la Food and Drug Administration. Et les experts dans le domaine ont beaucoup de questions sans réponse à ce sujet.

MIT Technology Review

D’après les auteurs de “l’Effet Télomère”, nous avons le pouvoir d’allonger notre espérance de vie

La mortalité humaine peut-elle être hackée ?

Un scientifique pense que quelqu’un vivant aujourd’hui vivra jusqu’à 1 000 ans.

Aubrey de Grey, un scientifique qui étudie la médecine régénérative, pense que les nouvelles biotechnologies permettront à des personnes d’atteindre l’âge de 1 000 ans.

“C’est extraordinaire pour moi qu’il s’agisse d’une affirmation aussi incendiaire”, a déclaré de Grey à The Week.

De Grey n’est qu’un des nombreux chercheurs de la Silicon Valley qui sont déterminés à prolonger la durée de vie de l’être humain autant que possible sur le plan technologique, ce qui représente un domaine en pleine croissance, mais toujours controversé, de chercheurs obsédés par la prévention de la mort.

https://iatranshumanisme.com/organisms-transhumanist/immortalite-lultime-conquete-de-la-liberte/

Par exemple, The Week rapporte qu’un médecin coréen nommé Joon Yun a offert deux prix de 500 000 $ à des chercheurs qui peuvent prolonger la vie d’un animal de 50 % en préservant la santé de son cœur.

Yun soutient qu’étant donné que le taux de mortalité des jeunes de 20 ans est d’environ un sur mille, les mathématiques de base prédisent qu’une personne capable de maintenir une bonne santé physique d’un jeune de 20 ans en santé vivrait environ 1 000 ans.

De Grey et Yun sont à peine aberrants – The Week fait état de plusieurs autres scientifiques obsédés par la mort, comme le fondateur de Bulletproof Coffee, Dave Asprey, qui prend 100 compléments alimentaires chaque jour et prévoit d’injecter régulièrement des cellules souches dans ses articulations et organes dans l’espoir de les garder plus jeunes.

Mais en dehors de la Silicon Valley, ces chercheurs en longévité n’ont pas vraiment convaincu la communauté scientifique qu’ils sont sur la bonne voie. The Week cite des experts dans le domaine qui estiment que les affirmations de De Grey sont totalement invraisemblables.

D’autres s’inquiètent du fait que la philosophie de la Silicon Valley qui consiste à “agir rapidement et casser les choses” ne devrait pas s’appliquer à la longévité humaine. Il y a trop de dilemmes éthiques inhérents à l’émergence d’une nouvelle classe de personnes extrêmement riches qui peuvent se permettre les traitements hypothétiques qui leur permettraient de vivre pendant des centaines d’années.

Heureusement, à part les prédictions de De Grey, rien n’indique vraiment que les gens d’aujourd’hui auront à s’inquiéter de ce genre de problème – les plus vieux humains à avoir vécu n’ont atteint que 122 ans.

The Week

Transhumanisme : vision utopique ou avenir dystopique ?

Le transhumanisme est un mouvement radical qui favorise la transformation de la condition humaine. Ses représentants préconisent l’application proactive de la science et de la technologie pour «améliorer» les fonctions cognitives et émotionnelles, ainsi que les capacités physiques et sensorielles. Les transhumanistes avancent que les avancées technologiques en génie génétique, en intelligence artificielle, en robotique et en nanotechnologie devraient permettre aux sciences d’étendre considérablement les facultés intellectuelles, de vaincre les maladies liées au vieillissement, d’éliminer le malheur et l’anxiété et d’éviter le vieillissement et même la mort. Le transhumanisme voudrait donc que nous jouions avec notre propre évolution en tant qu’espèce, transformant rapidement les humains en transhumains et, éventuellement, en «posthumains». Je soutiendrai que ce faisant, nous détruirions ce qui est le plus précieux pour l’humanité; La vision du transhumanisme d’une liberté individuelle accrue produirait un monde futur dystopique.

Nick Bostrom, philosophe transhumaniste de l’Université d’Oxford, est mondialement reconnu pour ses recherches hypothétiques sur les risques existentiels, les considérations éthiques liées à l’amélioration de l’homme, ainsi que les avantages et les inconvénients d’une intelligence artificielle accrue. Il est également le fondateur de l’institut Future of Humanity, un centre de recherche multidisciplinaire qui permet à des futuristes exceptionnels de réfléchir aux priorités et possibilités mondiales. Les transhumanistes sont, en fin de compte, des philosophes qui chercheraient à transformer l’espèce humaine bien au-delà de son héritage biologique en appliquant les technologies actuelles et futures. Plus problématiques encore, ils considèrent que le vieillissement, voire la mort, sont tous deux inutiles, dans le contexte de l’intensification de nos progrès scientifiques, et indésirables; Ironiquement, Bostrom a publié lui-même un essai en ligne intitulé «Le transhumanisme, l’idée la plus dangereuse au monde». Francis Fukuyama, un critique acharné de Bostrom, souligne que le transhumanisme cherche à libérer l’humanité de ses contraintes biologiques. Tout à fait séduisant et semble paraître assez inoffensif mais à quel prix cette servitude serait-elle brisée ?

Transhumanisme – l’idée la plus dangereuse du monde

En 1957, Julian Huxley (1887-1975) a inventé le mot transhumanisme, prévoyant une société efficace et puissante, vouée au plein développement du potentiel humain, rendant obsolète l’État-providence. Pour Huxley, cela décrivait «l’humanisme évolutionniste», l’effort délibéré de l’humanité pour «se transcender – dans son intégralité, en tant qu’humanité… l’homme restant homme, mais se dépassant lui-même, en réalisant les possibilités de et pour sa nature humaine». Des penseurs transhumanistes ont par la suite inclus des avocats occupant une frange universitaire, tels que Fereidoun M. Esfandiary, qui a changé son nom en FM2030 (2030, date présumée de son centième anniversaire, bien qu’il mourût en réalité en 2000), et qui considérait les transhumanistes comme un dépassement des contraintes humaines du temps et de l’espace. Max More, Ray Kurzweil et Hans Moravec, également des transhumanistes convaincus, estiment que les nouvelles technologies devraient mettre fin à l’existence humaine en tant que telle, en introduisant dans le monde une classe de «Robo sapiens» qui remplacerait Homo sapiens, produisant la prochaine phase. Par exemple, Moravec avait prédit, en 1999, qu ‘«avant la fin du siècle prochain, les êtres humains ne seront plus le type d’entité le plus intelligent ou le plus capable de la planète.

Ces technocrates utiliseraient des programmes de recherche technologique accrédités par les électeurs et financés par le gouvernement pour recréer l’humanité, un effort de la société visant à jouer à Dieu.

Selon le transhumanisme, le droit fondamental à l’autonomie de l’individu fournit le fondement éthique qui justifie l’application de technologies génétiques, nanotechnologies et robotiques / IA (GNR) afin d’élargir la gamme de choix offerts à tous, améliorant ainsi “la condition humaine”. Pour sa part, Bostrom qualifie les détracteurs du transhumanisme de “bioluddites et bioconservateurs”. David Trippett, du Genetic Literacy Project, suggère au transhumaniste de faire face à deux alternatives, dont l’une consiste à tirer parti des avancées des technologies GNR et d’autres sciences médicales pour améliorer les fonctions biologiques de l’être humain (ce qui signifierait ne jamais revenir en arrière). L’autre alternative est de légiférer pour empêcher ces manipulations génétiques et ces modifications physiques de s’enraciner rapidement dans l’humanité, par le biais de la technomédecine socialement coercitive, qui nous opposerait tous progressivement. Qui devrait avoir le droit de décider ? Qui devrait avoir le droit de décider qui a le droit de jouer à Dieu en cette ère moderne ?

Et que dire de cet aspect de nous-mêmes qui, selon la plupart des gens, conviendrait le mieux, nous rend humains, notre conscience ? Le principe fondamental du transhumanisme, sa quête pour atteindre l’immortalité, nécessiterait une attaque de notre conscience humaine et, en fin de compte, une reprise complète du corps humain. Si la vision transhumaniste consistant à remplacer le corps humain par un substitut mécanique était réalisée, les admonitions de films de science-fiction comme Terminator, Blade Runner ou encore Frankenstein deviendraient une réalité. L’empathie humaine disparue, nous deviendrions non humains, ni transhumains ni posthumains. La culpabilité, la honte, l’envie, la compassion et la peur seraient réduites à des états corrigés ou induits par des doses de 800 mg d’opiacés, rendant le monde toujours agréable.

Nos émotions, qui ont évolué de manière organique au cours de millions d’années, fournissent des ancres qui contrôlent nos désirs et nos impulsions. – par exemple, nous motiver à vouloir traiter tout le monde équitablement. Un autre aspect honteux (ou sans vergogne ?) du transhumanisme est que, même si ses adhérents prétendent que ses possibilités de développement personnel seront accessibles à toute l’humanité, l’égalité d’accès est tout à fait improbable. La société postindustrialisée se transformerait en une guerre de classe encore plus profonde, une autre version du prolétariat contre la bourgeoisie, opposant les transhumains en cours ou aspirants aux posthumains. Un tel monde serait beaucoup plus dystopique qu’utopique.

Quelque part sur le chemin de l’ingénierie de l’immortalité, les transhumanistes envisagent également de mettre fin au processus de vieillissement. Les biotechnologies génétiques et autres permettraient non seulement de guérir la maladie d’Alzheimer, le cancer, le diabète tardif et d’autres maladies liées à l’âge, mais parviendraient également à éliminer le vieillissement, augmentant ainsi considérablement la «durée de vie». Aubrey de Grey, un gérontologue qui se considère comme un «ingénieur anti-âge», est un autre transhumaniste de premier plan. Son but est de faire du vieillissement un problème mécanique. De Grey milite énergiquement pour mettre toutes les ressources disponibles dans la «guerre contre le vieillissement».

Extrait : La technique | Bernard Charbonneau & Jacques Ellul

En tant qu’organismes humains vivants, plutôt que de jouets mécaniques, nous naissons, prenons à la fois de bonnes et de mauvaises décisions, éprouvons du plaisir et de la douleur, et à travers tout cela (en dehors de la petite enfance), nous attendons à un moment donné de mourir, ce qui crée le cycle de vie humaine. Sous le régime du posthumanisme, on pourrait vraisemblablement jouir de la perspective de l’immortalité et continuer à vivre la vie aussi joyeusement qu’auparavant sans la menace de laisser des êtres chers. La mort imminente n’est généralement pas considérée comme un aspect positif de notre vie, pourtant, mais il est considéré comme un aspect positif de nos vies, et il constitue un élément essentiel de la vie. Il laisse la place aux générations futures et nous oblige à apprécier la durée de vie que nous avons. Nous évoluons dans la vie dans un esprit constamment conscient de notre éventuelle disparition, même si ce n’est que dans le tourbillon [les brûleurs arrière : the back burners] de notre conscience. Les transhumanistes étoufferaient les flammes de ces brûleurs arrière.

Lorsque les flammes de la jeunesse s’atténuent et que l’âge diminue, mais concentre également nos capacités physiques et mentales, on a généralement acquis des compétences et des talents importants avec l’expérience de la vie, notamment des formes de compassion et d’empathie qui mûrissent au fur et à mesure du vieillissement. Pourtant, le posthumain vivrait perpétuellement, sans se soucier du monde, ni même de devenir vieux, voire de disparition imminente, s’il était protégé par des modifications physiques drastiques. Le but réel de la vie – vivre malgré les limitations – ne serait pas amélioré, mais détruit par les transhumanistes. L’idée même du report de la mortalité est un acte de rébellion contre Dieu, selon Hava Tirosh-Samuelson. Ne devrions-nous pas vouloir nous assurer que nos vies auront eu un sens et une valeur, alors que nos empreintes vivent pour toujours ? Cependant, c’est cette incarnation même de la vie organique que le transhumanisme cherche à transcender dans sa forme la plus radicale, la cyberimmortalité.

La cyberimmortalité, encore un autre jargon transhumaniste, qui illustre à quel point Bostrom et d’autres futuristes ont profondément ancré leurs espoirs d’amélioration de l’humanité dans l’idolâtrie du scientisme. Massimo Pigliucci, philosophe à la City University de New York, écrit que ces futuristes ont presque toujours spectaculairement tort et absolument dépourvus de tout progrès technologique. Melinda Hall souligne que le transhumanisme assumerait le rôle de décider des vies qui valent la peine d’être vécues. Les transhumanistes prétendent se concentrer sur la protection et l’extension de l’autonomie, affirmant que la moralité et la justice sont renforcées à tout moment et en dépit des forces physiques et mentales renforcées. Cependant, ce faisant, ils ont à la fois une vision négative du droit présent et une vision injustifiée des possibilités apparemment sans limites de la technologie. Ces extrêmes de rejet de soi et d’agitation impatiente sont les deux caractéristiques de la pensée utopique incontrôlable.

Bostrom a involontairement raison de dire que le transhumanisme est l’une des idées les plus dangereuses du monde. Lui et ses compatriotes jouent avec le feu en défendant leurs visions naïves de transformer le genre humain. Depuis au moins 1957, cette philosophie dystopique n’a cessé de gagner du terrain chez de nombreux entrepreneurs très enracinés et autres penseurs frénétiques qui s’attendent à ce que des solutions réalisables émergent d’un tout nouveau domaine des technologies GNR et laissent miraculeusement notre humanité fondamentale intacte. Par leur foi en une philosophie de l’évolution qui transcende le temps et l’espace, Bostrom et ses soldats révolutionnaires jouent tous à Dieu. Si ils y parvenaient, ils créeraient un monde futur profondément dystopique, et non le monde utopique qu’ils recherchent.

James E. Sullivan

Nick Bostrom. Transhumanism: The World’s Most Dangerous Idea.” Retrieved from : https://nickbostrom.com/papers/dangerous.html
Francis Fukuyama, “Transhumanism.” Foreign Policy Magazine, October 23, 2009.
Gregory R. Hansell and William Grassie, eds (2001)., H+-: Transhumanism and its Critics (Philadelphia: Penn. Metanexus Institute), p. 20.
FM2030 (1970), “Towards New Ideologies,” http://www.aleph.se/Trans/Intro/ideologies.txt
Hansell and Grassie, op.cit.
Nick Bostrom. “Transhumanist Values” in Ethical Issues for the 21st Century, ed. Frederick Adams (Philosophical Documentation Center Press, 2003); reprinted in Review of Contemporary Philosophy, Vol. 4, May (2005).
David Trippett. “Transhumanism could push evolution into hyperdrive, Should we embrace it?” Genetic Literacy Project, April 19, 2018. Retrieved from : https://geneticliteracyproject.org/2018/04/19/transhumanism-could-push-human-evolution-into-hyperdrive-should-we-embrace-it/
Lisa Renee.”Transhumanism-The Consciousness Trap.” Retrieved from : https://veilofreality.com/transhumanism-the-consciousness-trap/
Hava Tirosh-Samuelson, “Engaging Transumanism,” H+-Transhumanism and its Critics, p.20
Massimo Piglilucci, “Why we don’t need Transhumanism,” Rationally Speaking, October 04, 2010. Retreived from http://rationallyspeaking.blogspot.com/2010/10/why-we-dont-need-transhumanism.html
Melinda Hall, “Vile Sovereigns in Bioethical Debate,” Disability Studies Quarterly, vol 33, no.4 2013 http://dx.doi.org/10.18061/dsq.v33i4.3870

Transhumanisme : quel avenir pour l’humanité ?

De ses débuts confidentiels dans la Californie des années 1990 à la profusion d’articles, de livres et de débats, le transhumanisme suscite rejets radicaux ou adhésions extrêmes, de F. Fukuyama le qualifiant d’« idée la plus dangereuse du monde » à ceux qui décrivent ses opposants en « chimpanzés du futur ». Car le transhumanisme, qui entend augmenter les capacités physiques et mentales de l’être humain, allonger considérablement sa durée de vie, n’est pas une simple confiance dans le progrès technologique. Il porte une utopie : le dépassement de la condition humaine.

Étant donnée la place croissante qu’il occupe dans le débat public, une synthèse, accessible à tous et qui fasse le point sans parti pris, s’impose. De l’apparition de l’idée à sa structuration dans le temps, des figures fondatrices aux acteurs d’aujourd’hui, cet ouvrage présente les idées centrales de la pensée transhumaniste, les arguments pro- et anti-, pour permettre au lecteur de se forger son propre avis et prendre part au débat.

Franck Damour est agrégé d’histoire, chercheur associé à ETHICS EA-7446 et membre de la chaire Éthique et Transhumanisme à l’Université Catholique de Lille. Il codirige la revue Nunc.

David Doat est docteur en philosophie, maître de conférences à ETHICS EA-7446 et titulaire de la chaire éthique et Transhumanisme à l’Université Catholique de Lille.

Introduction

Depuis une dizaine d’années, le transhumanisme alimente des espoirs, des craintes et de très nombreux débats des deux côtés de l’Atlantique. Ce courant d’idées entend promouvoir l’usage des sciences et des techniques en vue d’améliorer et augmenter les capacités physiques et mentales des êtres humains, de prolonger considérablement la durée de vie, bref de libérer l’homme des limites de sa condition. Le transhumanisme défend des projets parfois sidérant d’audace, comme prolonger la vie de plusieurs siècles, coloniser l’espace, doter l’homme de capacités sensorielles et cognitives bien au-delà de sa condition actuelle ou encore contrôler son état psychologique par un dopage permanent.

Ces promesses ne constituent pas une simple confiance dans le progrès technologique. Souvent, le transhumanisme est perçu comme une spéculation sur le développement technologique, ce qu’il est, mais en partie seulement. En effet, ces spéculations sur le futur des nanotechnologies, des interfaces homme/machine, du génie génétique, de l’essor des Big data et du numérique sont portées par une utopie : le dépassement de la condition humaine. Le transhumanisme nous appelle à prendre en main notre évolution pour nous libérer de « la loterie génétique », de la mortalité, des limites de nos capacités. Il s’agit ni plus ni moins que de changer l’homme, de révolutionner ses conditions biologiques pour le transformer, bref faire passer l’humanité à une étape nouvelle (et supérieure) de son évolution grâce à un effort technologique concerté et intense. Le transhumanisme se pense comme un mouvement de libération biopolitique, dans la lignée de ceux qui ont marqué l’histoire depuis les années 1960, avec la particularité de ne pas proposer une révolution sociale ou politique mais une révolution technologique qui changerait le corps et, par ricochet, la société et la politique.

Né à la fin des années 1980, le mouvement transhumaniste a réussi à faire du transhumanisme un courant de pensée, discuté, débattu, scruté dans la plupart des pays occidentaux, au sein d’universités, d’hémicycles politiques, de débats médiatiques. Il est entré dans les dictionnaires et les manuels universitaires, a suscité l’écriture de dizaines de thèses, une abondante littérature, des colloques, des séminaires. Si seulement quelques partis politiques embryonnaires se sont revendiqués du transhumanisme, ses thématiques ont attiré l’attention des dirigeants politiques depuis plus de 15 ans, d’abord aux États-Unis puis en Europe. C’est que le transhumanisme a réussi à inscrire à l’agenda mondial certaines de ses problématiques, son vocabulaire, sa vision du monde : l’homme augmenté, l’eugénisme libéral, le prolongévisme, la colonisation spatiale comme réponse à la crise climatique, autant de thématiques qui ne sont peut-être pas propres au transhumanisme mais que celui-ci porte et, surtout, unifie dans un projet global. Des deux côtés de l’Atlantique, le transhumanisme inspire le travail de think tanks qui entendent orienter la réflexion politique et éthique sur les technologies. Ce travail d’influence passe par des réseaux, des publications, des institutions, des porte-paroles médiatiques. Les transhumanistes annoncent une « révolution technologique » en cours, révolution pour laquelle ils proposent une pensée, une éthique, une psychologie. Aussi n’est-il pas surprenant que le transhumanisme inspire l’action de dirigeants de multinationales qui investissent des sommes considérables dans le développement de technologies correspondant aux utopies transhumanistes, de la conquête spatiale aux transformations du génome. Larry Page et Sergey Brin, Elon Musk, Peter Thiel, Mark Zuckerberg sont les plus médiatisés, les plus puissants sans doute. On peut considérer que l’influence du transhumanisme est devenue majeure au sein de la Silicon Valley et ailleurs, dans les bioindustries comme dans les industries du numérique, notamment au nom de la convergence des technologies.

Mais le singulier utilisé jusqu’à présent ne doit pas leurrer : le transhumanisme n’est pas un mouvement unifié de militants porteurs d’une idéologie entièrement structurée. Ce courant de pensée est un mouvement protéiforme, avec des tendances multiples, pratiquant la controverse et cultivant un libéralisme foncier. Cette diversité des sensibilités se retrouve dans la diversité de ses formes : le mouvement transhumaniste est constitué de réseaux de militants mais aussi de pôles académiques et de fondations, mobilise des entrepreneurs, des ingénieurs, des sociologues ou des biologistes.

Les prises de position radicales – elles ne font pas dans la demi-mesure et elles touchent aux fondements – des transhumanistes ne peuvent que susciter de fortes polémiques. En remettant en question l’idée que l’homme ait une nature définie, qu’il doive respecter les limites physiques de sa condition, que la mort soit un horizon indépassable pour toute construction sociale, le transhumanisme interroge des éléments structurants de l’expérience humaine. Par certaines de ses propositions les plus radicales, le transhumanisme pousse les positions éthiques classiques dans leurs retranchements, les amenant à se positionner en face de pratiques déjà effectives que l’on pourrait rapporter au transhumanisme (comme un certain eugénisme libéral, l’usage de médicaments pour des bien-portants à finalité d’augmenter leurs capacités, etc.). Certains parlent même d’un « transhumanisme ordinaire », d’un transhumanisme qui se pratique sans que le nom soit utilisé, dans les laboratoires et les éprouvettes, mais aussi dans le secret des consciences. La controverse provoquée par le transhumanisme est donc aussi une formidable machine pour penser notre rapport aux technologies, formuler l’implicite, interroger les non-dits et les a priori, sonder les angles morts.

De tels débats donnent lieu à des prises de position fortes, de part et d’autres, qui souvent peuvent glisser vers la caricature. La rapidité avec laquelle ces débats se sont développés et leur écho médiatique ont favorisé le développement de nombreux lieux communs. C’est à la discussion de ces idées reçues que ce livre veut répondre : quelles sont les origines de ce courant d’idée ? Quelles sont l’ampleur et la nature du mouvement qui le véhicule ? Que veulent les transhumanistes ? Quelles sont leurs valeurs ? Quels sont les arguments de ses adversaires ? Comment, s’il est possible, dépasser les arguments maintes fois répétés et formuler ce qui est en jeu dans ce débat ?

Quel que soit l’avenir du transhumanisme, qu’un mouvement se perpétue ou non, qu’une pensée se structure ou non, que ses relais industriels s’épuisent ou non dans leur quête de l’immortalité ou de l’espace, que se développent des transhumanist studies ou non, le transhumanisme a permis de formuler toute une série de questions sur l’impact des technologies dans nos sociétés. Chemin faisant, en débattant du transhumanisme, c’est de la place que prennent les technologies dans notre vie que nous discutons. Le détour en vaut donc la peine !

Parution le 27 septembre 2018

Sommaire

Petite histoire du transhumanisme
Le transhumanisme est une idée neuve.
Il faut être américain pour croire au transhumanisme.
Le transhumanisme, une histoire de milliardaires.
Le transhumanisme est une nébuleuse.
Nous sommes déjà tous des cyborgs !
La pensée transhumaniste
Les transhumanistes veulent devenir immortels.
Le transhumanisme est un eugénisme.
C’est encore la vieille histoire de l’homme qui se prend pour Dieu.
L’homme augmenté, c’est du transhumanisme.
Le transhumanisme, c’est du libertarisme.
Le transhumanisme, c’est la fin de la morale.
Le transhumanisme, c’est de la science-fiction.
Le transhumanisme dans tous ses états
Le transhumanisme, une stratégie des GAFA pour nous manipuler.
Le transhumanisme est l’idée la plus dangereuse du monde.
Les personnes appareillées en raison d’un handicap préfigurent l’homme du futur.
L’homme d’aujourd’hui sera le chimpanzé du futur.
Une société où l’on ne meurt plus, c’est une société où on ne vit plus.
Le transhumanisme, c’est une religion qui sacralise la technique.

Et si nos vies n’étaient qu’énigme ?

ISBN- 979-1034603879

« Là où c’était à l’instant même, là où c’était pour un peu, entre cette extinction qui luit encore et cette éclosion qui achoppe, Je peux venir à l’être de disparaître de mon dit » Lacan, Ecrits, page 801.

L’homme parle et ne sait pas ce qu’il dit, il désire mais ne sait pas quoi, il jouit mais ne s’en satisfait pas…

Il y a chez l’être humain – parlêtre dirait Lacan – cette vibration intime et secrète de la chair depuis que le Verbe l’a percuté et cette vibration, cette pulsation, c’est le vivant.

Depuis toujours, l’homme a été intrigué par ce vivant mystérieux. Il a voulu le comprendre, l’expliquer,le maitriser, l’évaluer, etc. Il en appelé à l’écriture, à l’image, à la philosophie, aux mathématiques, à l’art, aux religions, et plus que jamais à la science. Ainsi sommes nous passés de Thalès calculant la hauteur de la pyramide de Khéops en mesurant l’ombre portée de son corps, à Armstrong marchant sur la lune…

La science dont la fonction est d’établir des rapports, n’avait pas, jusqu’à il y quelques décennies, répondu aux « origines » et aux « fins ».

Aujourd’hui, elle le veut. Et le prouve en dissociant, par exemple, la parentalité de la reproduction ou en nous promettant l’éternité !

Naguère, la puissance du réel était dévolue au divin. Désormais, le discours scientifique s’en empare,prouvant une fois de plus que rien n’est plus insupportable que le réel, rien n’est plus déconcertant que l’impossible à dire et à se représenter. Alors, autant le confondre, ce réel, avec la réalité !

Cependant, paradoxalement, plus ce discours se veut riche de promesses et plus notre errance s’accroît, ne sachant pas davantage d’où nous venons, ni même où nous allons…

« La psychanalyse trouve sa diffusion en ceci qu’elle met en question la science comme telle – science pour autant qu’elle fait de l’objet un sujet, alors que c’est le sujet qui est de lui-même divisé. » Lacan, Le Séminaire XXIII, p.36.

Actes du colloque organisé par le Collège des humanités les 24 et 25 septembre 2016.

Les auteurs :
Marc Lévy, Psychiatre, psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP, à Montpellier
Augustin Menard, Psychiatre, psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP, à Nîmes
Patrick Lévy, Ecrivain, Poète, Kabbaliste
Esthela Solano, Psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP, à Paris
Jacques Borie, Psychanalyste à Lyon, membre de l’ECF et de l’AMP
Jean-Paul Laumond, Roboticien, directeur de recherche au CNRS-LAAS de Toulouse
Catherine Vidal, Neurobiologiste, Directrice de recherche à l’Institut Pasteur
Valerie Arrault, Professeur en Arts et sciences de l’Art, univ. Paul Valery, Montpellier 3
Jean-Daniel Causse, Professeur au dépt de Psychanalyse, univ. Paul Valéry, Montpellier 3
Jean-Michel Besnier, Professeur de philosophie, Paris 4, docteur en sciences politiques

Le transhumanisme c’est quoi ?

ISBN : 9782204127479

• Comment est née l’idéologie transhumaniste ?
• Comment est-on passé de la volonté d’améliorer les conditions de la vie humaine au fantasme d’une nature humaine profondément modifiée ?
• Le transhumanisme est-il une utopie réalisable ?
• Quels en sont les fondements intellectuels ?
• Quels sont les dangers d’une telle entreprise ?
• Comment réhabiliter l’humanisme aujourd’hui ?

Trois spécialistes, un médecin, un philosophe et un théologien, répondent ici aux questions que pose aujourd’hui ce sujet de société aussi crucial que fascinant. Un ouvrage accessible pour connaître et comprendre le transhumanisme.

L’éthique transhumaniste par Nick Bostrom

La première partie de cet essai examine les fondements axiologiques de l’éthique transhumaniste. La deuxième partie examine le génie génétique des lignées germinales humaines dans une perspective transhumaniste et soutient que cela nous aide à formuler une position éthiquement responsable qui traite des préoccupations concernant les inégalités et la marchandisation de la vie humaine… lire la suite

https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/ethique-transhumaniste/

Aventures chez les transhumanistes

Cyborgs, techno-utopistes, hackers et tous ceux qui veulent résoudre le modeste problème de la mort

isbn 9782373090376

Le transhumanisme peut sembler aussi bien porteur d’un immense espoir que terrifiant. Voire totalement absurde… Son but étant d'”améliorer” la condition humaine – le corps et l’esprit – jusqu’au stade où maladie, vieillesse et mort appartiendront au passé, le futur que prônent ses adeptes relève pour l’instant de la science-fiction. Mais ils sont de plus en plus nombreux, notamment parmi les dirigeants de la Silicon Valley, à croire que l’homme vaincra la mort et à plancher sur la question. Fasciné par ce mouvement en plein essor, le journaliste et essayiste irlandais Mark O’Connell est parti à leur rencontre.

Au fil de son enquête au long cours, il a fait la connaissance des figures majeures du mouvement et a exploré les lieux où ils élaborent leurs projets : laboratoires ultramodernes, espaces de stockage cryonique, caves dédiées au biohacking… On y croise des tenants du téléchargement de l’esprit, des immortalistes, des programmeurs informatiques redessinant le monde dans leur coin ou encore des développeurs de robots de guerre. Aventures chez les transhumanistes dévoile les facettes glaçantes de cette galaxie en pleine expansion.

Mark O’Connell est un journaliste et essayiste irlandais dont les travaux sur le transhumanisme ont été publiés dans Slate, le New Yorker et le New York Times Magazine. Livre paru en mars 2017 et déjà traduit dans 10 pays (Chine, République Tchèque, Pays-Bas, Allemagne, Italie, Japon, Corée du Sud, Pologne, Russie, Turquie).

https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/politique-transhumanisme-james-hughes/le-transhumanisme-democratique-2-0/

« Une plongée unique au cœur du milieu transhumaniste, qui permet de mieux saisir cette foi dans la technologie (parfois) sinistre et (toujours) excessivement arrogante qui irradie de la Silicon Valley. » —The Guardian

« Les lecteurs apprécieront le sens de l’humour et l’écriture nerveuse de O’Connell, partageant ses nombreuses interrogations sur les conséquences éthiques et les dilemmes moraux qu’implique le transhumanisme. » — Booklist

« Le transhumanisme – défini comme “un mouvement prônant ni plus ni moins que l’émancipation totale vis­à­vis de notre condition biologique” – est passé au crible dans cette enquête très fouillée et provocante à souhait. » — Publishers Weekly

« O’Connell présente aux lecteurs une galerie de personnages burlesques voire délirants, parmi lesquels Max More, un philosophe “extropien” diplômé d’Oxford, qui aspire à repousser toujours plus loin les limites du vivant ; ou encore Zoltan Istvan, le candidat transhumaniste à la présidentielle américaine en 2016, qui mena sa campagne en sillonnant les routes à bord d’un bus en forme de cercueil… » — New Statesman

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Extraits

Plus j’approfondissais le sujet, plus je découvrais que le transhumanisme, malgré son apparente radicalité et bizarrerie, exerçait une influence patente sur la culture de la Silicon Valley – et donc, plus largement, sur l’imaginaire des nouvelles technologies. Elle se manifestait par exemple chez de nombreux entrepreneurs tech adhérant à l’idéal d’une extension conséquente de la durée de vie : c’est notamment le cas du cofondateur de PayPal et investisseur précoce de Facebook Peter Thiel, à l’origine de divers projets allant dans ce sens ; ou de Google, qui a ouvert une filiale spécialisée dans les biotechnologies, Calico, laquelle vise à résoudre le problème de la vieillesse.

On perçoit également cette influence dans les avertissements de plus en plus pressants de personnalités comme Elon Musk, Bill Gates ou Stephen Hawking, qui s’inquiètent de voir un jour notre espèce annihilée par une superintelligence artificielle. Sans oublier l’embauche par Google de Ray Kurzweil, le grand gourou de la « singularité technologique », au poste de directeur de l’ingénierie. Je vois aussi l’empreinte du transhumanisme dans des déclarations telles que celle-ci, signée Eric Schmidt, ex-PDG de Google : « Vous disposerez d’un implant qui vous donnera automatiquement une réponse dès que vous vous poserez une question. » Ces hommes – il s’agissait d’hommes pour l’essentiel – parlaient d’un avenir dans lequel les humains ne feraient plus qu’un avec les machines. Quelles que soient leurs divergences, ils évoquaient tous un futur post-humain, dans lequel le techno-capitalisme survivrait à ses propres inventeurs, trouvant de nouvelles formes pour se perpétuer et tenir ses promesses.

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Une partie de la communauté scientifique se montre de plus en plus inquiète à l’idée qu’une intelligence supérieure balaye l’humanité de la surface de la terre. En découvrant que cette vision de notre avenir technologique était partagée par d’autres personnes que moi, ma nature fataliste y a trouvé matière à entretenir son angoisse.

Les journaux s’empressent souvent de relayer ce genre de prophéties sinistres, généralement illustrées par une image apocalyptique tirée de la franchise Terminator – un robot tueur au crâne de titane dévisageant le lecteur de ses yeux rouges et cruels.

Après avoir qualifié l’IA de « plus grand menace existentielle qui pèse sur l’humanité », Elon Musk a ainsi souligné que nous risquions d’« ouvrir la boîte de Pandore » en la laissant se développer de manière exponentielle. (« J’espère que nous ne serons pas l’amorce de cette superintelligence numérique », a-t-il tweeté en août 2014.) Pour sa part, Peter Thiel a déclaré que « les gens passent trop de temps à se soucier du changement climatique et pas assez à se préoccuper de l’IA ». Quant à Stephen Hawking, il a publié une tribune dans The Independent, qui se présentait clairement sous forme d’avertissement : si l’aboutissement d’un tel projet représenterait sans doute « le plus grand événement de toute l’histoire de l’humanité », celui-ci pourrait « tout aussi bien être le dernier, à moins que nous trouvions dès à présent un moyen de réduire les risques au maximum ». Même Bill Gates a publiquement exprimé ses craintes à ce sujet, ajoutant « ne pas comprendre pourquoi certaines personnes ne s’en inquiètent pas ».

Suis-je moi-même inquiet ? Oui et non. Malgré le fait qu’elles entrent en résonance avec ma tendance innée au pessimisme, je ne suis pas vraiment convaincu par ces augures apocalyptiques, en grande partie parce qu’elles me semblent être le pendant des prophéties les plus optimistes sur l’IA – où l’on assisterait à une grande redistribution des rôles, où les humains seraient propulsés au plus haut sommet de la connaissance et la puissance, où ils vivraient pour l’éternité dans la lumière resplendissante de la Singularité. Au fil de ma réflexion, j’ai pourtant vite compris que mon scepticisme était davantage lié à mon tempérament qu’à des arguments logiques. Le fait est que j’ignore à peu près tout des raisons scientifiques (probablement excellentes) qui motivent une telle frayeur. Et même si je n’y crois pas, je reste néanmoins fasciné par cette idée morbide : nous pourrions être sur le point de créer une machine capable de rayer notre espèce de la carte.

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Nate Soares leva une main en direction de son crâne rasé de frais, qui lui conférait de faux airs de moine, et se tapota le front à coups secs afin d’accompagner le geste à la parole : « Encore aujourd’hui, pour faire fonctionner un être humain, il faut obligatoirement passer par cette masse de viande et de neurones. »

Nous discutions des avantages qui pourraient découler de l’avènement d’une superintelligence artificielle. Pour Nate, le principal d’entre eux serait la capacité de faire fonctionner un être humain – à commencer par lui-même – sur un autre support que celui qu’il pointait du doigt.

C’était un homme trapu et calme, aux larges épaules, âgé d’environ 25 ans. Autre détail : il portait un T-shirt orné de l’inscription « Nate le Grand ». Tandis qu’il se rasseyait sur sa chaise de bureau et croisait les jambes, je remarquais aussitôt 1) qu’il avait retiré ses chaussures ; 2) que ses chaussettes étaient dépareillées – l’une bleue unie, l’autre blanche avec des motifs.

La pièce était totalement vide à l’exception des chaises sur lesquelles nous étions assis, d’un tableau blanc et d’un bureau, où étaient posés un ordinateur portable ouvert et une édition papier du livre Superintelligence de Nick Bostrom. Nous nous trouvions dans le bureau de Nate au Machine Intelligence Research Institute (MIRI) de Berkeley. L’aspect dépouillé de la pièce tenait sans doute au fait qu’il venait tout juste de décrocher un nouveau travail ici, celui de directeur exécutif. Il avait quitté l’an passé son poste lucratif d’ingénieur logiciel chez Google, avant de gravir rapidement les échelons au sein du MIRI. Son prédécesseur était Eliezer Yudkowsky – le théoricien de l’IA cité par Bostrom dans son livre –, qui avait fondé l’institut en 2000.

Je savais que Nate nourrissait des projets ambitieux pour le MIRI après avoir lu ses nombreux articles publiés sur le site Less Wrong, où il évoquait l’objectif qu’il s’était depuis longtemps assigné : sauver le monde d’une destruction certaine. Dans l’un de ces textes, il revenait sur son éducation catholique stricte, sa rupture avec la foi à l’adolescence et le déploiement subséquent de son énergie dans « l’optimisation de l’avenir » – bien entendu grâce aux lumières de la raison. Ses arguments rhétoriques me semblaient être une version hypertrophiée du verbiage de la Silicon Valley, où chaque nouveau réseau social ou start-up centrée sur l’économie du partage avait la ferme intention de « changer le monde ».

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D’une manière ou d’une autre, les robots représentent notre avenir. C’est en tout cas ce que m’ont assuré les transhumanistes auxquels j’ai parlé. Qu’il s’agisse de Randal Koene, Natasha Vita-More ou Nate Soares, ils en sont tous persuadés à des degrés divers et variés. Soit que nous devenions nous-mêmes des robots et que nos esprits soient téléchargés dans des machines plus performantes que nos corps de primates. Soit que nous vivions au milieu de machines toujours plus évoluées, au point de leur céder chaque jour des pans toujours plus grands de notre travail et de notre autonomie. Soit qu’ils finissent par nous rendre obsolètes et par remplacer complètement notre espèce.

Tandis que je prenais mon petit-déjeuner en regardant mon fils jouer avec le petit robot que je lui avais rapporté de San Francisco, l’objet vacillant sur la table tel Frankenstein en direction du saladier à fruits, je me demandais quel rôle les véritables robots joueraient dans son avenir. Parmi toutes les carrières professionnelles que je lui avais imaginées, combien existeraient encore dans vingt ans ? Et combien auraient été rattrapées par l’automatisation totale, le rêve ultime du techno-capitalisme entrepreneurial ? Un jour, il m’intercepta dans le couloir après avoir regardé deux ou trois épisodes d’un dessin-animé pour enfants.

« Je-suis-une-machine-qui-marche », dit-il, alors qu’il mimait la démarche saccadée des robots tout en décrivant des cercles autour de mes jambes. Cela semblait une chose étrange à dire. Il est vrai, cependant, que la majeure partie de ses propos relevaient de cette catégorie : l’étrangeté.

J’avais beaucoup réfléchi aux robots sans pour autant en avoir jamais vu pour de vrai. Pas en chair et en os, si je suis dire, pas en action. De sorte que je ne savais pas exactement ce à quoi j’étais en train de réfléchir. Jusqu’à ce j’entende parler du DARPA Robotics Challenge, un événement au cours duquel les ingénieurs en robotique les plus réputés de la planète se réunissaient pour faire concourir leurs robots les uns contre les autres, dans une série d’épreuves conçues pour tester leurs performances dans des environnements hostiles ou dans des situations génératrices de stress pour l’homme. Notant que le New York Times décrivait l’évènement comme « le Woodstock des robots », je décidai sur-le-champ qu’il me fallait y assister.

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Médecine prédictive, transhumanisme…

Jusqu’où peut-on allonger la vie ?

Les réponses du Dr Christophe de Jaeger, président fondateur de la Société française de médecine et de physiologie de la longévité, et auteur de Longue vie ! (éd. Télémaque). “Changer l’être humain, l’augmenter par des prothèses ou grâce à des nanotechnologies… risquerait de nous faire perdre notre humanité.”

France 3