Les Utopiales Maçonniques 2017 – Devenir : Ethique et Transhumanisme

La 4e édition des Utopiales Maçonniques s’est déroulée les samedi 8 et dimanche 9 avril au siège du Grand Orient de France, à Paris.

Table ronde 5 : Devenir : Éthique et Transhumanisme

Michel Lévy-Provençal est un entrepreneur emblématique français. Ingénieur de formation, il est l’un des fondateurs du site d’informations Rue89 et fut directeur du studio multimédia et chargé du développement digital de la chaîne d’information France 24 de mai 2007 à novembre 2010. En mars 2008, à cause d’un désaccord sur la ligne éditoriale du journal et la stratégie adoptée par la direction, il décide de céder ses parts et quitter Rue89. En mai 2009, il fonde TEDx Paris (la conférence française sous licence TED). Il quitte France 24 en novembre 2010 pour créer Joshfire, une agence dédiée au développement d’objets connectés. En 2012, il crée avec plusieurs membres de l’équipe TEDxParis, l’agence éditoriale Brightness spécialisée dans le coaching d’intervenants et l’accompagnement des entreprises dans leur démarche de transformation. En 2014, il lance L’échappée volée, un do-tank, spin-off de TEDxParis, consacré à l’innovation au service du bien commun.

Quand l’humanité diverge : la spéciation des posthumains

PostHumains : frontières, évolutions, hybridités, Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 205-224. (initialement publié le 6 décembre 2015, l’introduction est disponible en PDF, ainsi que la table des matières PDF).

Elaine Després, Université de Montréal, Département des littératures de langue française, Post-Doc.

La posthumanité s’inscrit tout naturellement dans une réflexion sur le devenir humain, sur les transformations physiologiques, cognitives, génétiques ou technologiques de ce que nous sommes, soulevant la question de notre définition en tant qu’espèce et celle de nos limites, qui formeraient la frontière au-delà de laquelle nous ser(i)ons autre chose. cette réflexion peut relever de l’utopie (chez les transhumanistes), de l’optimisme (les théories gender du cyborg), de l’humanisme (refus de voir disparaître l’humain actuel ou celui d’un passé jugé meilleur) ou du pessimisme (représentation apocalyptique de la fin inéluctable de l’humanité), mais rarement la posthumanité est-elle perçue comme le résultat du mouvement naturel de l’évolution des espèces et rarement est-elle présentée comme pouvant prendre plusieurs formes coexistantes. Or, la plupart des théories de l’évolution sont fondées sur le concept de la divergence, la logique voudrait donc que l’on parle des posthumanités, comme il faudrait parler, sur le plan anthropologique, des humanités. Si l’homme est actuellement le seul représentant du genre Homo, il n’en a pas toujours été ainsi, tel que s’évertue à nous en convaincre le paléoanthropologue pascal picq : « il y a 40 000 ans, c’était hier, il y avait sur cette Terre plusieurs espèces d’hommes, c’est-à-dire biologiquement différentes, mais […] tout aussi humaines. Jusqu’à s’échanger des outils, des parures 1 ». cette cohabitation entre espèces humaines, une locution jamais utilisée au pluriel, n’est pas si lointaine et le processus de spéciation, par lequel pourrait advenir une posthumanisation, conduit logiquement au retour d’une telle cohabitation. Thierry Hoquet souligne que les leçons de la lutte pour la survie doivent être appliquées à l’homme : la question du bricolage (ou des mutations) dirigé(es) est aussi celle d’une espèce, la nôtre, inquiète de son avenir, envisageant l’apparition d’espèces nouvelles rivales, songeant à son expansion dans l’univers, fût-ce au prix de transformations l’affectant elle-même.

À partir des différents aspects du principe de la spéciation, processus d’apparition des nouvelles espèces biologiques, il s’agira d’observer dans quelques textes de fiction la représentation du processus de posthumanisation, et plus particulièrement la coexistence d’espèces « humaines » multiples. la spéciation, qui explique la biodiversité actuelle, est un principe le plus souvent géographique : lorsque deux groupes de la même espèce sont physiquement séparés, ils évoluent indépendamment jusqu’à devenir deux espèces, chacune mieux adaptée à son nouvel environnement. nous verrons que cette dynamique influe profondément sur la construction des récits : c’est le cas avec les Eloi arboricoles et les Morlocks troglodytes de H. G. Wells (The Time Machine), les multiples espèces humanoïdes de Brian aldiss (Hothouse), les Stock people et New humans de robert charles Wilson (« The Great Goodbye ») ou encore les old-style people, potentates et autres hrats de Geoffrey a. landiss (« a Story of the Human and the posthuman Species: a View from Evolutionary Ecology »).

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La multiplication des espèces : spéciation et divergence
Les temps de l’évolution
Les limites de la variabilité ou le bricolage du vivant
Homme de souche, homme nouveau
L’écologie des spéciations posthumaines
Bibliographie

“… l’humanité survivra-t-elle à la prochaine spéciation ?

Anne Frémaux – L’ère du Levant

Roman d’anticipation philosophique sur le thème de la crise écologique, du post-humanisme, de la révolution transhumaniste, des évolutions sociétales et spirituelles du futur.

Anne Frémaux, est agrégée de Philosophie et Doctorante à la Queen’s University de Belfast (UK). Elle a publié un essai critique, La nécessité d’une écologie radicale (Sang de la Terre, 2011) et signe là son premier essai dystopique.

En l’an 90 de la nouvelle ère, Dimitri Atskov, le puissant Gouverneur d’Urbio, première province dans l’ordre protocolaire de la Confédération, envoie la jeune Jana en mission dans le territoire du Levant où, à cause de dérèglements magnétiques liés aux vents solaires, aucun cyborg ou homme augmenté ne peut pénétrer. Elle y rencontrera le vieux Gild et son fils, Github, et sera confrontée aux effets de l’holéum, la fleur du soleil aux vertus psychotropes qui ouvre l’esprit sur de nouvelles réalités. Outre l’amour et les révélations qui l’attendent sur le sens véritable de son existence ainsi que sur le secret de sa naissance, elle fera l’expérience de modes de vie rudimentaires, de formes de pensée et de pratiques spirituelles aux antipodes de ce qu’elle connaissait jusqu’alors et qui la pousseront à questionner la rationalité et le bien-fondé de son monde hautement « technologisé ».

Pendant ce temps, dans la banlieue prolétarienne d’Ustis, capitale d’Urbio, la Résistance se poursuit autour de Rostam et d’Ahün contre l’organisation eugéniste et bientôt génocidaire de la société urbienne qui condamne les faillibles improductifs à la mort et s’apprête à déclarer l’espèce humaine « obsolète », au nom de la révolution mécatronique (transhumaniste) en cours, menée par la vieille Fräulein Kassner. D’autres protagonistes, tels que Clara, la femme du Gouverneur, qui s’oppose aux desseins de son mari, la petite Emna qui rêve d’épouser un robot ou Marius, jeune homme insouciant qui profite des rouages du système et savoure son ascension progressive dans l’échelle confédérale, auront des rôles clés à jouer dans la trame événementielle.

Les destins vont cheminer, se croiser, s’associer ou s’affronter dans un ballet haletant qui va décider du devenir de l’humanité et du sort de la planète tout entière. L’avenir sera-t-il encore humain ? Comment définir l’humanisme à l’heure des manipulations génétiques et des technologies d’amélioration de l’homme (Human enhancement technologies) ? Telles sont les questions centrales auxquelles ce livre d’anticipation tente de répondre et dont l’objet premier pourrait ainsi être résumé : éviter que « l’humanité » ne se perde en route…

Aussi captivant qu’alarmant, aussi effrayant que touchant, ce récit aux accents spiritualistes qui prend pour toile de fond des thèmes aussi importants que la crise écologique, les technologies reproductives, le terrorisme, le post-humanisme et la révolution transhumaniste, nous livre là une peinture prospective fascinante, doublée d’une réflexion critique profonde des enjeux de notre temps. Véritable vade-mecum philosophique pour le présent et le futur, cette œuvre également poétique, décrit avec générosité les aspects émouvants et touchants de la nature humaine, soulignant sa fragilité constitutive comme son éternelle capacité d’adaptation et de transformation face aux épreuves qu’elle rencontre en chemin. Un récit qui ne laissera personne indifférent…

La place prédominante du transhumanisme libérale ou l’échec du transhumanisme français

Marginalisation du transhumanisme à la française…

Le transhumanisme en France fait aujourd’hui l’objet de publications de plus en plus nombreuses, tant dans les journaux qu’à la télévision ou encore à la radio. Cependant, s’il semble s’éloigner des sentiers de la marginalité, le transhumanisme est encore loin de connaître la légitimité espérée par ses membres francophones. En atteste l’intervention de l’un de ses membres, lors d’un débat public sur les nanotechnologies qui, après avoir abordé la question d’une approche positive de l’augmentation de l’homme par les nouvelles technologies dans le cadre d’une évolution transhumaniste, se voit répondre de “ne pas faire de l’éthique sur des fantasmes de science-fiction”.

En France, l’actualité du transhumanisme continue d’être en partie reléguée au plan de fantasme infantile ou dangereux. Comparé à une secte parce qu’il partage, au même titre que les raëliens, des considérations positives sur le clonage, le transhumanisme est aussi assimilé par certains internautes à une tentative sectaire de dominer le monde.

Revendiquer son adhésion au mouvement brise la légitimité de l’individu et de ses propos. Selon le témoignage d’Olivier Goulet, Alberto Masala, philosophe de formation, peine à trouver sa place dans les institutions en raison de son appartenance au transhumanisme. Quant aux membres des Mutants, c’est sous couvert d’anonymat qu’ils préfèrent s’exprimer, afin de pousser les lecteurs à dépasser leurs réticences et à exercer leur esprit critique au-delà d’une mauvaise appréciation de leurs interlocuteurs. Cette difficulté à affirmer son appartenance au mouvement transhumaniste sans susciter une certaine désapprobation pourrait expliquer qu’aucun membre de l’AFT Technoprog, à l’exception d’un biologiste, ne relève d’une formation scientifique, les chercheurs partageant les mêmes considérations préférant ne pas être affiliés au mouvement. Une particularité qui s’oppose au transhumanisme anglo-saxon où le transhumanisme est supporté par des figures scientifiques reconnues. Il faut dire que la question de la science, en France, ne se pose pas de la même manière qu’aux Etats-Unis, et explique en partie pourquoi l’appréhension du transhumanisme s’est faite avec retard dans l’Hexagone.

Comme l’explique Jean-Pierre Dupuy, la culture populaire américaine est baignée de science-fiction. Les travaux de romanciers tels que Michael Crichton ou de cinéastes comme Steven Spielberg permettent au public d’accéder aux problématiques de la science et des techniques en les mettant en scène et en soulevant les questions humaines qui s’y abritent. Comme nous l’avons déjà expliqué, la science-fiction n’y est non pas inspirée par la science, mais au contraire l’anticipe, et nombres de philosophes américains ont été formés par la science-fiction. À l’inverse, bien que les grands philosophes français du 17e et 18e siècles, tels Pascal, Descartes ou Condorcet, fussent tout aussi bien savants, les philosophes français, aujourd’hui, observent de faibles connaissances scientifiques et technologiques, exprimant ainsi une véritable coupure entre culture scientifique et culture philosophique. Ainsi, si les faibles barrières qui existent aux Etats-Unis entre les différentes disciplines permettant une confusion entre science et croyances, tel le transhumanisme, il en est tout autrement en France où le cloisonnement des domaines tend à inscrire les scientifiques dans une réinterprétation du principe de neutralité axiologique décrit par Weber et perçue ici comme la nécessité d’éviter toute prise de position partisane.

Dans un pays où s’observe une carence importante en ce qui concerne l’information scientifique du grand public, certaines pensées portées par la science finissent par s’inscrire dans des représentations fausses, fantasmatiques voire caricaturales. La version française du transhumaniste connaît ainsi peu d’échos et le sujet semble échapper aux premiers intéressés. En effet, le transhumanisme français souffre d’une vision partielle du transhumanisme tributaire d’une origine ultra-libérale dont s’accommode mal la France.

Marc Roux insiste ainsi sur la nécessité de penser le transhumanisme dans toute sa complexité, en prenant compte qu’il s’agit avant tout d’une nébuleuse et qu’aucune définition du transhumanisme n’est réellement acquise. Face au transhumanisme néo-libérale anglo-saxon, le président de l’AFT Technoprog affirme qu’un “autre transhumanisme est possible“, plus humaniste et sociale. Néanmoins, si le transhumanisme français est, selon Jean-Michel Besnier, caractérisé par un “hyperhumanisme” fréquentable, la version néo-libérale anglo-saxonne du transhumanisme n’en reste pas moins la plus représentée. Celle-ci s’est en effet naturellement imposée comme une image représentative du mouvement et en devient l’unique vision reprise par les critiques qui tendent à écarter l’aspect nébuleux du transhumanisme. Comme le constate Nick Bostrom à l’occasion d’une interview pour le magazine en ligne des Automates Intelligents, la plupart des français à s’intéresser à la question transhumaniste tendent trop souvent à l’associer aux travaux de futurologues tels que Ray Kurzweil. Une situation que déplore Nick Bostrom pour qui cette assimilation du transhumanisme à une personnalité ou à une philosophie représenterait un risque dommageable à la compréhension du mouvement.

… face à la visibilité et au pouvoir d’action du transhumanisme néo-libérale.

Non seulement le transhumanisme néo-libérale reste incontestablement le plus représenté, mais il bénéficie également d’intérêts économiques et financiers jouant à sa visibilité et à son pouvoir d’action, et devient par là même la version du transhumanisme la plus susceptible d’avoir un impact sur notre quotidien.

Outre la mise en place d’une communication participant sans conteste à l’expansion du mouvement, le transhumanisme anglo-saxon connaît un fort impact de par la présence de voix fortes relayant les idées transhumanistes. Des leaders relayent ainsi considérablement le message transhumaniste, à l’inverse de la France où les membres du mouvement restent très peu médiatiques. Trois profils se distinguent parmi les membres de la sphère transhumaniste anglo-saxonne avec d’une part, des universitaires européens et américains très présents dans les sphères académique : Nick Bostrom, ancien président de la WTA, possède ainsi ses assises institutionnelles aux James Martin Institute d’Oxford et au Foresight Institute de Londres, tandis que son homologue américain, James Hugues, également homme d’affaires, est directeur de l’Institute for Ethics and Emerging Technologies de Stanford. Outre des universitaires, le mouvement transhumaniste anglo-saxon, tributaire de son orientation techno scientifique, est représenté par de nombreux scientifiques, participant parfois d’un activisme médiatique important en jouant sur l’image du savant fou, notamment en Angleterre, mais aussi légitimés par leurs achèvements théoriques. Les cas d’Aubrey de Grey et de Kevin Warwrick sont ici de bons exemples: Aubrey De Grey, ancien informaticien à l’université de Cambridge et chercheur autodidacte en bio gérontologie, est l’une des figures médiatiques les plus exposées aux médias, jusqu’en France où il fait, en avril 2006, la couverture de Courrier International suite à des déclarations sur les possibilités d’allonger l’espérance de vie jusqu’à un millier d’années. Cette idée est également relayée par Robert A. Freitas Jr, chercheur et ingénieur américain, spécialiste de la nanotechnologie, et élaborant une procédure de “déchronification” consistant à « remonter l’horloge », en prenant à rebours le vieillissement. Si la réputation scientifique d’Aubrey de Grey est remise en cause par ses détracteurs qui voient dans le personnage une seule volonté de provocation médiatique – ses déclarations vont jusqu’à susciter des pétitions de chercheurs en gérontologie – d’autres scientifiques pratiquent tout autant un certain activisme médiatique sans pour autant voir la remise en cause de leurs antécédents académiques. Tel est le cas de Kevin Warwirck, le premier être humain à relier son système nerveux à un ordinateur, par le biais d’électrodes placées dans le bras. S’il ne se déclare par ouvertement transhumaniste, le scientifique britannique participe néanmoins régulièrement aux activités de l’association Humanity+ et met en scène chacune de ses expériences à travers des vidéos chocs, dans le but d’attirer l’attention du public. Bien que leur message, relayé par les médias, tendent à ancrer l’idée selon laquelle le transhumanisme serait l’œuvre de “savants fous”, la présence de scientifiques n’en reste pas moins un gage de légitimité pour un mouvement dont l’essentiel de la pensée repose sur des spéculations pro-techniques. Le conseil d’administration d’Humanity+ est ainsi composé, dans sa majorité, de chercheurs et d’ingénieurs.

Loin de n’être réduit qu’aux aspirations des organisations transhumanistes, la question d’une augmentation de l’homme par une idéologie du progrès concerne également d’autres acteurs scientifiques qui, adhérant à l’idéologie, ne se déclarent pas pour autant en tant que tel. Des chercheurs académiciens reconnus, dans le domaine de la physique, de l’astrophysique, des biotechnologies ou encore des nanotechnologies, soutiennent ainsi la possibilité de voir augmenter les capacités de l’homme. Le scientifique britannique Martin Rees explique que les humains, individuellement et collectivement, ne sont plus adaptés aux changements rapides de la technologie. Il estime ainsi que la question du posthumain est à prendre au sérieux et ne devrait pas être laissée aux écrivains de science-fiction. L’adhésion de scientifique à l’idée du progrès et à la question de l’homme augmenté permet d’apporter aux courants transhumanistes une plus grande visibilité et une crédibilité certaine. Ray Kurzweil, grand promoteur de la singularité technologique, reste ainsi incontestablement la figure de proue du mouvement transhumaniste. Incontournable aux Etats-Unis, il est considéré comme l’un des hommes les plus brillants de son époque, qualifié de “génie hyperactif” par le Wall Street Journal. Ses antécédents théoriques en font un leader, le leadership transhumaniste reposant avant tout sur la notion de l’intellect. Fondateur de neuf start-ups, auteur de nombreuses publications sur le transhumanisme, il est également l’inventeur des premiers synthétiseurs et de la reconnaissance vocale.

Dans ce contexte, les transhumanistes américains bénéficient d’une force de frappe considérable. Comme le constate François Taddéi, “Les Etats-Unis sont pilotés par des recherches de rupture, faire un super-soldat, rendre quelqu’un immortel. Ils sont dans ce mythe perpétuel de nouvelle frontière, d’abord de l’Ouest, puis de l’espace, puis d’Internet, puis de la transformation de l’homme. Ils pensent que la technologie peut résoudre tous les problèmes et sont moins sensibles à leurs effets négatifs”. Le transhumanisme et la singularité technologique n’ont ainsi aucun mal à convaincre les donateurs et à susciter des intérêts économiques et financiers considérables. En atteste l’exemple de la Singularity University, abordée précédemment, et financée, entre autres, par Google et la NASA. Le lien entre transhumanisme et la politique scientifique américaine est ici incontestable. Outre les interventions de Ray Kurzweil au congrès américain concernant les nanotechnologies, ce dernier est aussi membre de l’Army Science AdvisoryBoard, un comité conseillant l’armée US en matière scientifique et technologique. Certains membres de la recherche scientifique soutiennent ainsi activement le transhumanisme qui par ailleurs attire également l’attention des pouvoirs fédéraux. Williams Sims Brainbridge, transhumaniste affirmé, est ainsi membre de la National Nanotechnology Initiative (NNI), un programme fédéral américain destiné à la recherche et au développement des nanotechnologies, et pour qui le chercheur transhumaniste publie de nombreux rapports. En outre, et nous y reviendrons par la suite, les nanotechnologies, dont la recherche et le développement sont activement soutenus par les transhumanistes, font l’objet de nombreux investissements aux Etats-Unis.

Ce qui n’est, à ses débuts, qu’une simple anticipation de la science-fiction devient ainsi un mouvement institutionnalisé regroupant des milliers d’adhérents de par le monde. Plus encore, certains des aspects du transhumanisme en viennent à intéresser les chercheurs scientifiques et à susciter l’intérêt même des investisseurs industriels et étatiques. La science-fiction s’est fait ici la locomotive du développement scientifique et donne ainsi raison à Rémi Sussan lorsqu’il affirmait que le transhumanisme était de la science-fiction prise au sérieux. Cette réalisation, dans le présent, de ce qui ne faisait autrefois partie que de l’imaginaire fictionnelle, n’est pas sans susciter certaines réticences, notamment en France où le transhumanisme tente, tant bien que mal, d’affirmer de nouvelles valeurs.

Si l’utopie concerne, avec Thomas More, un lieu idéal, mais qui n’en reste pas moins dans l’imaginaire, les transhumanistes entendent, quant à eux, réaliser ici et maintenant l’utopie qu’ils se sont donnée. Comme nous allons le voir, ils ne sont pas seuls dans leur démarche et celle-ci concerne aujourd’hui des enjeux dépassant le seul cadre d’un simple mouvement culturel.

Extrait du Mémoire : le transhumanisme en France, Manon DEBOISE, Université Paul Cézanne – Aix-Marseille III, Institut d’études politiques – Année 2011/2012

Un transhumanisme français : la théorisation d’un transhumanisme plus social

L’Association française transhumaniste, AFT Technoprog, revendique une place particulière dans la nébuleuse transhumaniste en affirmant son attachement à un “technoprogressisme”, une position soutenant une rencontre entre développement technologique et progrès social. Selon les adeptes du technoprogressisme, le progrès se doit de se concentrer non seulement sur la science et la technologie, mais aussi sur les questions éthiques et sociales. Le développement technologique est, selon les technoprogressistes, indispensables pour voir advenir une meilleure démocratie et une culture plus civique.

Bien que se revendiquant d’un transhumanisme “démocratique de gauche” tel que développé par James Hughes dans son livre Citizen Cyborg, l’association affirme sa volonté de se détacher du mouvement libéral des origines. Certains des aspects les plus utopistes du transhumanisme sont ainsi mis de côté, tout en insistant sur la nécessité d’une critique rationnelle et d’une rigueur scientifique dans la démarche transhumaniste. Les travaux de l’association s’inscrivent ainsi dans la volonté d’accéder à une certaine respectabilité et de se détacher de toute accusation de sectarisme, l’aspect trop futuriste de certaines projections transhumanistes tendant à entraver une réelle approche sur les enjeux potentiels des technologies. Dans le souci d’être pris aux sérieux dans le débat publique et dans les choix de société, l’association s’éloigne de l’aspect utopiste et fictionnel caractérisant une partie du transhumanisme américain, et fait un partage entre l’hypothétique et le faisable : l’uploading n’est pas une des priorités de l’AFT, qui ne promeut pas non plus la cryogénisation. Quant à la singularité, elle ne fait pas consensus parmi les membres, Marc Roux estime ainsi peu concevable que l’émergence d’une Intelligence artificielle se fasse d’ici vingt à trente ans et remet en cause les principales prises de positions de Ray Kurweil.

Le transhumanisme français présente ainsi une particularité, une spécificité dans la nébuleuse transhumaniste. Tout en faisant l’affirmation d’un “techno-progressisme”, elle souligne la volonté d’établir un transhumanisme plus modéré et mieux adapté aux schémas culturels français, mais aussi européens, fondés sur la solidarité et sur un modèle social plus égalitaire. Marc Roux, ancien militant d’extrême gauche, fait la promotion d’un transhumanisme aux dimensions françaises, fondé sur le souci de l’équilibre social, où l’intégration technologique se fait pour le bien de la société. Ainsi, les statuts de l’AFT Technoprog affirment l’attachement de l’association aux valeurs fondamentales de la République en les intégrant dans la philosophie transhumaniste française. La devise de la République française est ainsi reprise à l’occasion du préambule des statuts de l’association, tout en les adaptant aux enjeux transhumanistes : les membres de l’AFT Technoprog y expriment leur attachement à la liberté, à l’égalité “en droit et en dignité entre tous les êtres conscients”, à la fraternité “en tant que principe qui reconnaît la nécessaire contribution de tous aux besoins élémentaires de chacun dans une communauté comme la société humaine” , et également à la rigueur scientifique.

L’AFT Technoprog se pose avant tout les questions relatives aux progrès technologiques dans leur ensemble, les questions éthiques quant à la progression des nouvelles technologies. Les sciences et les technologies créant de nouvelles possibilités, leurs conséquences sur l’humain sont inévitables selon l’AFT Technoprog. Les questionnements sur les risques sont ainsi particulièrement mis en avant en France comme l’en atteste la dernière conférence organisée en janvier 2012 par l’association qui, intitulée “Futurs transhumanistes : paradis ou enfer ?”, envisage de saisir les risques globaux engendrés par une hypothétique évolution transhumaniste. De manière générale, l’association met en avant la volonté de s’ouvrir le plus possible sur toutes les questions ouvertes par les progrès technologiques, jugeant celles- ci confisquées depuis trop longtemps par les pouvoirs économiques et politiques. Défendant la question de la liberté individuelle, il s’agit pour l’association Technoprog d’assurer aux individus un accès libre et démocratique aux nouvelles technologies. Les spéculations de certains membres de l’AFT abordent ainsi la possibilité d’une société libre permise par les technologies et la mise en place de réseaux électroniques menant à une société exercée selon les principes du “bottom up“, une société sans gouvernement, bénéfique à la liberté individuelle. L’association veut ainsi permettre la diffusion d’une information fiable aux individus et sensibiliser le public à des questions qui deviendront très vite incontournables pour l’ensemble de la population, mais aussi de démocratiser l’accès aux nouvelles technologies et d’éviter ainsi un accaparement de ces dernières au profit d’une minorité de riches privilégiés.

L’association ambitionne de restituer le débat des nouvelles technologies au niveau citoyen. A cet effet, elle permet à ses adhérents de prendre part à différents débats publics, notamment lors de la révision de la loi de bioéthique, dans le cadre des Etats Généraux de la bioéthique en 2009 au cours de laquelle l’AFT Technoprog apporte sa contribution en se positionnant explicitement en faveur d’une libéralisation de la bioéthique française , et également au cours du grand débat public sur les nanotechnologies d’octobre 2009 à février 2010 pour lequel l’association établit un cahier d’acteur. Ecouté à l’occasion de débats publics liés aux avancées technologiques, l’association française transhumaniste représente donc aujourd’hui un acteur officiellement reconnu dans l’espace publique.

L’association multiplie à cet effet ses interventions dans les différents médias pour faire entendre son point de vue et dépasser les polémiques engendrées par une méconnaissance du transhumanisme. En effet la réception des thèses transhumanistes est en grande partie victime de la machine médiatique, les médias recherchant principalement le sensationnel, et les journalistes ayant peu conscience du caractère polymorphe du mouvement. Dès lors, communiquer devient un enjeu important pour l’association qui ne veut pas prendre le risque d’être assimilée à ses homologues américains. Depuis sa création, l’association élargit ainsi sa présence médiatique à travers des émissions de radio, à travers la participation à des présentations télévisées du transhumanisme et dans la presse. Sur Internet, de nombreux articles et commentaires sont postés sur divers blogs à l’initiative de l’association qui participe par ailleurs à une chronique bimensuelle sur Silicon Maniacs, un dispositif médiatique propulsé en décembre 2010 par l’association Silicon Sentier, une association d’entrepreneurs technologiques.

L’AFT Technoprog s’inscrit également dans une volonté de cohésion européenne du mouvement transhumaniste en participant à l’élaboration de structures de coordination du transhumanisme à l’échelle européenne. En effet, une bonne part du transhumanisme européen est critique envers le transhumanisme tel qu’il est conçu outre atlantique et outre-manche, notamment à cause du néo-libéralisme qui le caractérise et de son aspect trop utopiste. Les transhumanistes européens cherchent ainsi à assurer une cohésion entre leurs mouvements pour affirmer leur présence face au transhumanisme américain. L’AFT Technoprog participe ainsi à la publication de dossier spéciaux “transhumanisme” sur le webzine international re-Public, un journal en ligne se concentrant sur les développements innovants dans la pratique et la théorie politique contemporaine, et à plusieurs sommets et évènements transhumanistes européens.

Extrait du Mémoire : le transhumanisme en France, Manon DEBOISE, Université Paul Cézanne – Aix-Marseille III, Institut d’études politiques – Année 2011/2012

A lire également sur le web :

Marc Roux : “Un autre transhumanisme est possible”

Arrivée du transhumanisme en France : d’un accueil mitigé à son institutionnalisation

Les nouveaux concepts culturels naissant outre-Atlantique mettent bien souvent du temps pour s’inscrire dans le paysage culturel français, et ce, malgré la fin des barrières géographiques induites par la démocratisation d’Internet.

Une forte typologie s’esquisse parmi les pays occidentaux en ce qui concerne l’appréhension du mouvement transhumaniste avec d’une part les pays anglo-saxons, avec en-tête les Etats-Unis, puis le Royaume Unis et les pays du Commonwealth, marqués par un fort activisme, et de l’autre, le reste des pays occidentaux où l’impact du transhumanisme reste encore minoritaire, ce mouvement y étant encore bien souvent considéré comme un fantasme infantile.

Si l’anglais, langue officielle du transhumanisme, permet au courant de rapidement se développer dans l’ensemble du monde anglo-saxon, il devient a contrario un facteur déjouant à la faveur de l’expansion du mouvement, notamment en France, pays classé bon dernier en ce qui concerne la maîtrise de la langue de Shakespeare. Les sites internet, blogs, magazines et périodiques vont malgré tout permettre au mouvement transhumaniste de se diffuser progressivement, en attirant l’oreille de certains curieux de l’Hexagone, et de susciter de nouvelles vocations, les évolutions techniques finissant par attiser les mêmes spéculations transhumanistes chez certains individus français.

La Spirale, un webzine ayant rejoint la toile Internet dans les années 1995, est l’un des premiers en France à donner un espace d’expression aux transhumanistes. Spécialisé dans les contre-cultures numériques, le site donne ainsi la parole à de hauts représentants de la culture technofuturiste tels Timothy Leary, Natasha Vita More ou encore son mari, Max More. Si le site ne concerne qu’une minorité d’intéresser passionnés par les questions de la contre-culture numérique naissante, il se positionne malgré tout en premier en relais des idées transhumanistes et extropiennes toutes droites venues des Etats-Unis, avant même la création de la World Transhumanist Association et offre l’avantage de proposer tous ses textes traduits en français.

Aux alentours des années 2002-2003, un collectif anonyme, les Mutants, fondé par Peggy Sastres et Charles Müller, deux journalistes scientifiques, fait son apparition sur la toile Internet. Il représente alors la première forme d’un mouvement transhumaniste naissant en France. Les Mutants mènent une activité strictement en ligne et le site est animé par des individus se sentant à l’aise avec les idées venues du monde anglo-saxon. Peggy Sastres, doctorante en philosophie, militante pour un « féminisme hédoniste », se fait la grande promotrice de l’ectogenèse, une technique médicale consistant à développer un embryon ou un foetus humain hors du corps humain par le biais d’un utérus artificiel, alliant ainsi post-sexualisme et impératif hédoniste pearcien.

Les nombreux textes postés sur leur site, en faisant la promotion d’un droit à la « mutation », annoncent une humanité entrant dans une nouvelle phase de l’évolution. Les membres du réseau ambitionnent une prise en main de leur destin évolutif et reprennent une partie des thèmes transhumanistes tout en les inscrivants dans un registre tragique, cynique et narcissique, loin de l’optimisme initial du courant américain.

Bien que le réseau des Mutants entretiennent des liens avec les extropiens et les transhumanistes nord-américains, leurs revendications se portent avant tout sur la modification biologique de l’humain, abordant peu la question de l’hybridité homme- machine et écartant notamment la thèse de l’uploading considérée comme irréaliste au vu des connaissances actuelles.

Au cours de la vie du réseau des Mutants, deux cents personnes vont s’inscrire au forum, dont une vingtaine réellement active. Les profils rencontrés sont variés, beaucoup de ses membres se revendiquent de formation philosophique, scientifique ou de l’ingénierie, et on peut alors retrouver des personnalités telles que Rémi Sussan, journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies, ou encore Yves Michaud, philosophe français. Tous ne soutiennent pas les déclarations faites sur le site, mais beaucoup sont des curieux de ces nouveaux mouvements enfantés par la progression technologique.

Les réactions des visiteurs du site des Mutants sont extrêmes, tantôt marquées par un enthousiasme débordant, tantôt haineuses, assimilant les Mutants à une secte ou à des délires infantiles. Il faut dire que l’atmosphère régnant sur le site est toute particulière : entre nihilisme et ultralibéralisme, à l’image de ce que fut le mouvement extropien, le collectif en vient à prôner parfois un eugénisme radical et élitiste. Les nombreuses controverses suscitées par le réseau tendent à rendre difficiles l’assurance d’une légitimité fiable et les discordes entre les membres du groupe se multiplient. En 2007, le réseau des Mutants prend fin et le site est gelé, l’ensemble de son contenu restant cependant encore disponible en ligne. Cependant, les polémiques ont l’avantage d’avoir produit un effet de visibilité, et l’accumulation des textes et des analyses permet de porter les idées de la « mutation » à un public de plus en plus intéressé par le travail des Mutants. Le défaut de ce collectif, glorifiant avant tout le chaos, reste sûrement celui d’avoir prôné des pensées trop radicales pour être écouté et accepté en France sans conflits, et de n’avoir su, par ailleurs, quitter la seule activité en ligne pour se constituer de manière structurelle.

S’inscrivant dans un premier temps de façon marginale, le transhumanisme ne connaît alors toujours pas de vitrine institutionnelle en France. Certaines personnes créent des plates-formes de temps en temps, abordant la question, beaucoup discutent de ce sujet sur les forums ou rejoignent directement les associations anglo-saxonnes à la source. Si les groupements qui se sont développés jusqu’alors ont mis fin à leurs activités, la création par d’anciens membres de la liste de diffusion des Mutants, au début des années 2010, de l’Association française transhumaniste, reconnue par la WTA, permet au mouvement de prendre une dimension plus officielle dans le paysage français. À la fin de l’année 2007, une première liste de diffusion, destinée aux individus désireux d’échanger leurs idées sur la question du transhumanisme, est créée à l’initiative de Stéphane Gouanari, 27 ans, étudiant en Risk Management, et Alberto Masala, 31 ans, philosophe italien de la Sorbonne. Très vite s’affirme la volonté de créer une association transhumaniste française, afin de proposer au mouvement français émergeant une assise institutionnelle lui offrant une plus grande visibilité et des possibilités d’action élargies. En 2010, celle-ci voit le jour sous l’impulsion de Marc Roux, son président. Association régie par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901, elle s’intitule Association Française Transhumaniste : Technoprog! (AFT) et se donne pour objectif d’initier, en France, une réflexion sur le transhumanisme et d’en faire la promotion sur le territoire français en diffusant :

Les thématiques et les questionnements relatifs aux technologies susceptibles d’améliorer et de prolonger la vie des individus et de l’espèce humaine. L’association se propose de promouvoir ces technologies, liées notamment au fonctionnement corporel et aux conditions de vie, aussi bien dans les domaines scientifiques, philosophiques, artistiques, etc“.

Extrait du Mémoire : le transhumanisme en France, Manon DEBOISE, Université Paul Cézanne – Aix-Marseille III, Institut d’études politiques – Année 2011/2012

Le transhumanisme en France

Mémoire par Manon DEBOISE
Université Paul Cézanne – Aix-Marseille III
Institut d’études politiques – Année 2011/2012

Résumé : Les évolutions de la science et des techniques font naître de multiples fantasmes quant aux possibilités d’agir sur le monde mais également sur la nature même de l’homme. Dans ce contexte, le transhumanisme est un mouvement culturel qui ambitionne de dépasser la nature humaine en augmentant les performances intellectuelles, physiques et sensorielles de l’individu grâce à l’usage des nouvelles technologies, jusqu’à faire entrer l’humanité dans une nouvelle étape de son évolution. Porté par les politiques scientifiques américaines, ce fantasme tout droit sorti des œuvres de science-fiction est en passe de devenir réalité. Encore peu connu du grand public en France, le transhumanisme commence cependant à entrer dans le débat intellectuel français et suscite alors de vives réactions. Le projet transhumaniste est en effet porteur d’une certaine vision de l’homme : devenu entrepreneur de lui-même, l’individu, techniquement perfectible, devient son propre créateur jusqu’à dépasser les déterminismes de son existence. Cette vision de l’homme n’est pas sans interroger nos valeurs françaises qui sont tout autant de limites à l’expansion du mouvement transhumaniste en France.

SOMMAIRE

PARTIE I : D’UN POSTULAT TECHNOFUTURISTE AMERICAIN A L’ARRIVEE MITIGEE EN FRANCE D’UN MOUVEMENT INSTITUTIONNALISE.

Chapitre I – L’univers technofuturiste américain : un creuset culturel propice à l’émergence du mouvement transhumaniste.

I – L’imaginaire transhumaniste: au croisement de la contre-culture américaine et de la science-fiction.

  • Aux origines du mouvement: une contre-culture technofuturiste née dans les milieux libéraux américains.
  • Un enrichissement de la science et de la science-fiction nourrissant l’imaginaire transhumaniste.

II – D’un postulat techno-futuriste à un mouvement d’idées structuré.

  • De l’élaboration du concept de transhumain…
  • … à la conceptualisation du mouvement transhumaniste.

Chapitre II – La stratégie négociée d’internationalisation d’un mouvement intellectuel prolifique aux enjeux aujourd’hui économique.

I – De l’université américaine à l’internationalisation: une stratégie négociée.

  • L’Extropy Institute : les origines libérales-libertaires du mouvement.
  • Le virage social-démocrate de la World Transhumanist Association.
  • L’internationalisation du mouvement transhumaniste.

II – D’un foisonnement intellectuel au lobby industriel.

  • Le transhumanisme : une nébuleuse hétérogène.
  • La singularité technologique: une place névralgique.

Chapitre III – Le transhumanisme en France : une réception conflictuelle entre tendance libérale et sociale.

I – Le transhumanisme en France: une adaptation aux schémas culturels français.

  • Arrivée du transhumanisme en France : d’un accueil mitigé à son institutionnalisation.
  • Un transhumanisme français : la théorisation d’un transhumanisme plus social.

II – La place prédominante du transhumanisme libérale ou l’échec du transhumanisme français.

  • Marginalisation du transhumanisme à la française…
  • … face à la visibilité et au pouvoir d’action du transhumanisme néo-libérale.

PARTIE II : LE TRANSHUMANISME FACE AUX SPECIFICITES DU MODELE SOCIAL ET POLITIQUE FRANCAIS.

Chapitre I – Transhumanisme et convergence technologique : la concrétisation d’une utopie par l’intégration au champ scientifique et économique.

I – Une nouvelle utopie fondée sur une réactualisation du projet moderne.

  • Le transhumanisme: une réponse au désir ancien d’immortalité et de perfectibilité.
  • La reprise du tryptique du projet des Lumières: rationalité, autonomie de l’individu et progrès scientifique comme pilier du mouvement…
  • … vers une perfectibilité individualiste et technoscientifique : pour une nouvelle utopie.

II – La récupération du projet transhumaniste par les politiques économiques et scientifiques américaines via les nanotechnologies.

  • La convergence technologique: la réappropriation des ambitions transhumanistes par les politiques scientifiques américaines.
  • Au coeur des NBIC, les nanotechnologies: le passage d’une vision révolutionnaire à une réalité industrielle et économique.

Chapitre II – Le transhumanisme en France: tributaire de la position française ambivalente, entre méfiance et compétitivité dans la course aux nouvelles technologies.

I – La compétition technoscientifique et son impératif économique : une rupture des traditions françaises pour une fuite en avant technologique.

  • Les résistances des traditions françaises à l’égard des nano-biotechnologies.
  • L’entrée dans la compétition économique et scientifique : vers une politique transhumaniste ?

II – La méfiance du public face au développement des technosciences : vecteur d’une opposition au transhumanisme ?

  • L’appréhension du public à l’égard des technosciences : les nanotechnologies et le principe de précaution.
  • La logique néo-libérale des technosciences face au modèle social français : le transhumanisme, un nouvel avatar de la domination économique américaine.

Chapitre III – Transhumanisme et convergence NBIC : une nouvelle conception de l’être humain face aux traditions françaises.

I – Un nouveau paradigme pour un nouvel être.

  • Le paradigme informationnel : le corps artificialisé.
  • De la perfectibilité du corps.
  • Adaptation et évolutionnisme technologique : le posthumain, une nouvelle espèce adaptée au monde technoscientifiques.

II – Le contrôle politique du corps contemporain en France : une politique bio conservatrice ?

  • La France et le posthumain : la bioéthique restrictive des “anciens”.
  • La bioéthique et l’héritage français : le principe de dignité contre le transhumanisme.
  • James Hughes et la biopolitique.

CONCLUSION

Puisant ses sources dans la contre-culture technofuturiste imprégnant la Californie des années 1980, le mouvement transhumaniste, porté par l’imaginaire de la science-fiction, se forme à l’initiative de quelques individus. Ceux-ci, mus par l’intuition commune que la technologie permettrait à l’homme de transcender les limites de sa condition, décident de théoriser un mouvement œuvrant explicitement en faveur d’un tel dessein. Le transhumanisme, d’un simple postulat futuriste, se dessinent alors en mouvement structuré qui s’affirme et se développe à travers son institutionnalisation. La création de l’Extropy Institute et de la World Transhumanist Association (WTA), appuyée par une forte politique de communication, joue alors un rôle prépondérant dans l’expansion des idées transhumanistes : d’une audience limitée à un cercle restreint d’étudiants et d’universitaires californiens, de scientifiques de la Silicon Valley ou de quelques écrivains et amateurs de science-fiction, la question transhumaniste finit par atteindre des sphères académiques plus étendues et par interpeller les profanes attirés par la médiatisation croissante du mouvement. Grâce à l’action de l’association Humanity+ (ancienne WTA), le transhumanisme est aujourd’hui un mouvement internationalisé composé d’une nébuleuse d’associations relayant le message au niveau locale. Cependant, le transhumanisme, mouvement complexe, dépasse le cadre de sa seule définition institutionnelle. Le mouvement transhumaniste est avant tout un mouvement d’idées qui s’entrecroisent et s’alimentent mutuellement. Composé de nombreux sous-groupes, le transhumanisme ne peut être défini dans des limites strictes et s’identifie mal à une définition figée. Dans cette nébuleuse, le principe de la singularité technologique s’affirme comme l’un des concepts fondateurs du transhumanisme en ce qu’elle s’affirme comme l’une des modalités les plus représentatives du mouvement tout en attirant l’attention même des investisseurs, tant industriels qu’étatiques.

Cette sortie de la science-fiction hors du simple cadre de l’imaginaire n’est pas sans susciter certains réticences, notamment en France, où le transhumanisme vient s’inscrire de façon originale dans la nébuleuse en proposant un nouveau transhumanisme, plus modéré : le technoprogressisme. Mais le transhumanisme français tarde à être reconnu. Noyé dans la nébuleuse transhumaniste, il perd sa visibilité face au transhumanisme anglo-saxon, dont la réception en France ne va pas toujours de soi. Ainsi, les fortes voies de la version néo-libérale du mouvement, présents dans les milieux universitaires et scientifiques, finissent par relayer un message soulevant l’attention même des politiques fédérales américaines. L’orientation des structures du mouvement et de ses personnalités permettent au transhumanisme anglo-saxon de devenir un véritable lobby, tout en s’appuyant sur de fortes ambitions économiques. Le transhumanisme néo-libéral, possédant une force d’impact considérable, devient ainsi l’image la plus représentative du mouvement, au grand dam du transhumanisme français.

Dans une étude sur la manière dont différentes sociétés usent de la technique, Miquel et Ménard montrent comment nos sociétés contemporaines sont les premières à évoluer avec une technique non plus limitée par un système de valeur, mais considérée comme une valeur en tant que telle. Ainsi, plus rien ne semble poser de limites, aujourd’hui, au développement de la science et des techniques : la science-fiction peut dorénavant devenir la nouvelle locomotive du développement scientifique. Tel est le cas pour le transhumanisme qui attirent dorénavant l’attention des politiques scientifiques américaine et dont l’utopie, loin de rester un idéal imaginaire, n’est plus très loin de se réaliser ici et maintenant. En effet, l’utopie qui consiste à vouloir déraciner l’homme de la nature et à le perfectionner vers un nouvel être, grâce à une l’application technologique, apparaît aujourd’hui, avec les avancées considérables des nanotechnologies et des technologies convergentes, plus réalisable que jamais. Ainsi, s’il est possible de contester les prévisions transhumanistes et l’optimisme de ces derniers dans la volonté de changer radicalement l’être humain, leur idéologie n’en repose ainsi pas moins sur une réalité déjà présente. Les avancées de la science font dorénavant sortir du domaine de la science-fiction les mythes du cyborg pour en faire une réalité, et le mouvement transhumaniste n’est que la forme explicite de politiques scientifiques aux enjeux économiques majeurs dans le domaine des nanotechnologies et de la convergence technologique.

Dans cette course aux NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l’information, sciences cognitives), la France et les États-Unis sont marqués par une rivalité où les États-Unis arrivent incontestablement en tête, imposant ainsi des pratiques scientifiques fondées sur la perfectibilité informationnelle de l’homme. Étant intrinsèquement liées aux évolutions de la science et de la technique, celles-ci font naître de multiples fantasmes quant aux possibilités d’agir sur la nature même de l’humain, mais aussi, comme l’illustre la pensée transhumaniste, sur la possibilité de créer de nouvelles espèces d’être humain. Deux visions de l’homme viennent alors ici s’entrechoquer. L’une, portée par les politiques scientifiques américaines et fondée sur le contrôle de la nature, et la soumission de l’homme au développement technologique : les nouvelles technologies y sont mises au service de l’amélioration des performances de l’individu pour permettre de dépasser ses limites naturelles. Créant ainsi un monde nouveau, totalement différent de celui que nous connaissons, elles ouvrent la voie à une nouvelle forme d’humanité, incarnée dans le posthumain, et dont l’Europe, et plus particulièrement la France, se trouve être l’adversaire. En effet, la conception de l’homme inhérente au programme de convergence technologique, touche aux fondements de l’Europe occidentale, carrefour « du Christianisme, des écoles du droit naturel, de l’idéologie des Lumières (qui) ont contribué depuis quelques siècles à forger les éléments qui tiennent l’homme pour valeur suprême et fin en soi » mais aussi plus particulièrement à la France qui, tributaire de la Révolution française et de son histoire, met en avant un certain modèle social qui n’est pas sans se confronter aux valeurs individualistes et élitistes de ce nouvel être néo-libéral prôné par les transhumanistes. Perçu comme un sous-jacent de l’idéologie capitaliste au même titre que les techno-sciences, le projet transhumaniste, représente pour certains le dernier avatar de la domination américaine, et vient se confronter à une partie de l’opinion publique française, frileuse à l’idée des inégalités que pourrait créer une telle approche des nanotechnologies.

La France se retrouve ainsi devant la nécessité de se défendre économiquement, en entrant à son tour dans la compétition technoscientifique, mais aussi idéologiquement en défendant non seulement une certaine idée de la société mais aussi une certaine idée de l’homme. Celle-ci se fait alors par l’inscription, sous l’angle de la justice, du droit et du politique, d’une bioéthique qui, forme de biopouvoir, n’est pas sans contrarier les projets transhumanistes. Cette politique bioéthique mise en place par la France, particulièrement restrictive, met en évidence une conception de l’homme reposant sur de grands principes moraux, tributaires du processus révolutionnaire et de la culture latine caractérisant le pays. Ainsi, alors que les nouvelles technologies offrent la possibilité aux individus d’agir sur leur destin biologique et d’acquérir une plus grande liberté individuelle, la bioéthique française y répond en opposant contraintes et obstacles, dans le souci de faire perdurer une certaine image du sujet moderne basé sur l’égalité et la dignité humaine. La France mène ainsi ce que James Hughes nommerait une politique bio conservatrice, une politique, en somme, tournée contre le transhumanisme.

Ainsi, la France est porteuse de valeurs, auxquelles l’association transhumaniste française tente de s’adapter, mais qui n’en représentent pas moins un frein majeur à l’expansion du mouvement transhumaniste dans le champ français.

Pourtant, l’arrivée d’un tel homme, à l’heure où la technique domine nos représentations, semble aujourd’hui inévitable. La technique, constate Jacques Ellul, devient un système autonome, s’imposant à l’homme et à ses actions, et, s’affranchissant dès lors de toute morale, permet de justifier l’immorale : la société vit aujourd’hui dans la transgression, ne veut plus de limites, et ce qui hier était impensable devient aujourd’hui désirable. La technique prend une telle importance qu’il faille, comme le constate Olivier Dyens, “songer à redéfinir l’idée même de société humaine” et plus encore, notre conception de l’humain. La France s’est ici longtemps voulue porteuse de valeurs universelles, tant sur le plan politique que culturel, dérivées de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 et de la philosophie des Lumières. Aujourd’hui, la voilà face une nouvelle conception du monde et de l’homme qui n’est pas la sienne, mais que l’Europe a pourtant créée en initiant l’industrialisation et le capitalisme mondialisé. Dans un environnement où elle se retrouve en décalage, la France se replie sur elle-même et en appel à ses traditions par peur de perdre ses repères. Mais ceux-ci ne sont peut-être déjà plus que l’ombre d’eux-mêmes. Heidegger, à une question de Jean Beaufret répond ainsi en ces mots : « Vous demandez : Comment redonner un sens au mot « Humanisme »? Cette question ne présuppose pas seulement que vous voulez maintenir le mot “Humanisme”; elle contient encore l’aveu qu’il a perdu son sens ». En se repliant ainsi sur ses traditions, la France prend le risque d’une polarisation entre deux conceptions du monde d’où l’une finira par sortir perdante. Dans ce contexte, le développement actuel de nos sociétés laisse fort à parier que la marche vers le posthumain n’en est qu’à ses débuts. Mais comme l’explique Bernard Andrieu, l’hybridation technologique produit avant tous des métissages, des mixités et des mélanges, et n’en est pas pour autant le refus de tout repère symbolique. Peut-être vaut-il mieux ainsi s’ouvrir au changement, vers ce nouveau monde transhumaniste, non pas en intégrant sans concession la vision libérale américaine, mais en y apportant une nouvelle dimension française. Laisser nos peurs de côtés, et construire, dans un élan de créativité, de nouveaux repères, plus européens, à ce posthumain à venir : où le souci de l’autre primerait sur l’individualisme, où l’hybridité ne serait pas synonyme d’asservissement de l’homme par la technique, mais symbole d’une symbiose entre soi et le monde.

Bibliographie

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Deboise_Manon_Part1

Deboise_Manon_Part2

Deboise_Manon_Part3

Deboise_Manon_Part4-Annexes-Table-des-matières

Humanisme, transhumanisme, posthumanisme

Gilbert Hottois montre dans cet article à quel point les idées transhumanistes sont contestées et débattues.

Résumé

Je ne reviens pas ici sur les objections de ceux qui s’opposent absolument à l’enhancement, pour des raisons théologiques, métaphysiques, irrationnelles ou fausses. Je m’intéresse aux difficultés soulevées par ceux qui adhèrent foncièrement à l’esprit transhumaniste. Il s’agit des problèmes et objections de nature éthique, sociale et politique. Le paradigme évolutionniste du transhumanisme est matérialiste. Ce matérialisme est technoscientifique, il évolue avec les technosciences, leurs instruments et leurs concepts opératoires. Le paradigme évolutionniste est un paradigme “dangereux”: il peut être interprété et appliqué de façon simpliste, brutale, aveugle, insensible et conduire dans un monde posthumain de fait inhumain, barbare. Cependant, par contre, des Rapports américains tels que Converging technologies for improving human performance (2002) et Beyond therapy (2003) sont figés dans leur unilatéralisme respectif et antagoniste, le transhumanisme bien compris c’est l’humanisme progressiste capable d’intégrer les révolutions technoscientifiques théoriquement et pratiquement.

Universidad El Bosque • Revista Colombiana de Bioética. Vol. 8 No 2 • Julio-Diciembre de 2013 – Gilbert Hottois

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Manifeste pour le post-humanisme

Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin – 21/05/2015

Lorsque l’on voit comment certains humains se comportent, d’une façon se situant en deçà de la bestialité, car même les espèces animales réputées les plus cruelles se l’interdisent, on est conduit à s’interroger sur les motifs par lesquels notre société européenne continue à voir en eux des humains alors qu’ils déshonorent l’humanité tout entière.

Les exemples de comportements que nous ne dirons pas bestiaux, mais inhumains, n’ont pas manqué au cours de l’histoire. Mais aujourd’hui ils se multiplient à nos portes, entrainant des vocations chez certains de ceux qui chez nous abritent leur fanatisme derrière les libertés permise par notre civilisation. Ces comportements inhumains sont partout. Citons aujourd’hui les conflits entre chiites et sunnites au Moyen-Orient, conduisant des bandes de tueurs à s’entretuer, tout en égorgeant les populations civiles qui veulent rester en paix.

Citons aussi le cas [évoqué dans un autre article] des monarques du Golfe, riches à milliards du fait que nous continuons à leur acheter un pétrole qu’ils ne seraient même pas capables d’extraire par eux-mêmes, et qui exécutent dans des conditions atroces des personnes condamnées pour des “crimes” parfaitement anodins. Ces rois et princes n’ont même pas l’excuse de la pauvreté qui pour certains militants des droits de l’homme justifierait les massacres tribaux dans le monde.

Si en vertu d’une philosophie humaniste qui par ailleurs nous fait honneur, nous refusons de considérer que tous ces tueurs n’appartiennent pas à l’humanité, nous devons pour notre part nous résoudre à considérer que nous ne voulons plus appartenir à cette même humanité. Autrement dit qu’il n’est que temps pour nous de mettre en pratique un post humanisme dont les futurologues parlent beaucoup mais dont personne n’a encore accepté à ce jour de jeter les bases.

Autrement dit, comme cela été fait pour les grandes réformes qui ont ennobli l’Europe depuis l’époque des Lumières, droits de la femme, droits politiques et sociaux, droits du travail, nous devons sans attendre mettre en place des actions syndicales et politiques proposant aux citoyens les valeurs d’un post-humanisme destiné à remplacer un humanisme dévoyé, et mener les luttes sociales et scientifiques permettant de les préciser et les faire reconnaître. Nous savons bien que l’Europe a été à la source des pires crimes de l’humanité. Mais aujourd’hui elle en semble guérie. A nous de faire en sorte que cela demeure.

Valeurs post-humanistes

Il n’est pas nécessaire ici de proposer une liste de telles valeurs. Nous venons d’en jeter les bases. Il faudra par contre, dans le cadre d’investissements coûteux et de discussions nombreuses, préciser comment les citoyens ralliés à un tel post-humanisme pourront décider collectivement du contenu de ces valeurs, comment aussi ils pourront entreprendre les démarches, non exclusives de sacrifices, permettant d’y accéder.

Mais la question clef posée aux futurs post-humains sera de savoir comment se comporter vis-à-vis de ceux qui continueront à combattre les armes à la main de telles valeurs post-humaine, et les militants qui s’y investissent. On retrouve la vieille question consistant à savoir comment combattre dans le cadre d’institutions démocratiques ceux qui refusent de telles institutions.

Que l’on ne nous fasse pas non plus valoir que les défenseurs européens des valeurs humanistes se satisfont fort bien d’une exploitation capitaliste jetant des milliards d’humains dans la misère et souvent le crime. L’argument est exact, mais parmi les valeurs du post-humanisme devra figurer en premier lieu la lutte contre des intérêts économiques et financiers prenant le monde en otage. Ceci dit, il ne faut pas se faire d’illusions. Le post-humanisme tel que défini ici suscitera de telles oppositions violentes qu’il sera bien obligé de se défendre, en partie, avec les armes de ses adversaires.

A plus long terme cependant, on peut admettre que les valeurs post-humaines auront suffisamment de forces pour s’étendre au monde entier, à condition d’être diffusées aussi largement que possible. C’est bien ce qui s’est passé en Europe, laquelle a exclu la peine de mort et où les femmes ont pu non sans combats obtenir des droits se rapprochant de ceux des hommes. C’est également eu Europe que la science naturaliste (matérialiste) a pu s’imposer dans la description de l’univers tel que nous le percevons, plutôt que le recours à des explications religieuses auxquelles se réfèrent encore les 9 dixièmes de l’humanité. .

Concrètement, ici, nous ne pouvons pas ici entreprendre une défense et une illustration convenablement argumentées de ce que pourrait être le post-humanisme. Nous pouvons par contre proposer que se créent en France et dans l’Union européenne des associations et clubs permettant d’en débattre.

A toute grande oeuvre il faut un début.

@ Automates Intelligents, n°127 – Juin 2015

voir aussi :

L’avènement des super-intelligences
Un modèle constructible de système psychique
Livre : Ce monde qui vient – Sciences, matérialisme et posthumanisme au XXIe siècle
Les livres d’Alain Cardon et Jean-Paul Baquiast (PDF)