Un embryon de souris a grandi dans un utérus artificiel

Les humains pourraient être les prochains

Des chercheurs ont fait grandir des souris dans un utérus artificiel pendant 11 ou 12 jours, soit environ la moitié de la période de gestation naturelle de l’animal. C’est un record pour le développement d’un mammifère en dehors de l’utérus et, selon l’équipe de recherche, les embryons humains pourraient être les prochains. Cela soulève d’énormes questions éthiques.

L’équipe a fait grandir les embryons de souris plus longtemps en ajoutant du sérum sanguin provenant de cordons ombilicaux humains, en les agitant dans des bocaux en verre et en y injectant un mélange d’oxygène sous pression. Les embryons de souris ne sont morts que lorsqu’ils sont devenus trop gros pour que l’oxygène puisse les traverser, car ils n’ont pas l’apport sanguin naturel que pourrait fournir un placenta.

Selon les chercheurs, les scientifiques voudront également développer des embryons humains de cette manière, afin de mieux étudier le développement précoce. L’équivalent humain d’une souris de 12 jours serait un embryon correspondant au premier trimestre. Mais la communauté scientifique s’accorde à dire qu’elle n’essaiera jamais d’établir une grossesse avec des embryons artificiels – un acte qui est aujourd’hui interdit dans la plupart des pays.

Weizmann Institute of Science, Engadget, Nature, New York Times, MIT Technology Review

Made in Labo – De la procréation artificielle au transhumanisme

ISBN-10: 2204133736

Quand un philosophe pénètre par effraction dans les laboratoires des apprentis sorciers, il en ramène des vérités sur l’humanité qu’on nous fabrique pour demain. Des vérités terrifiantes à dire, mais nécessaires à entendre. Un cri d’alarme contre tous les Frankensteins de la vie, du désir et de l’amour.

Nous vivons une profonde crise anthropologique. En 1968, la grande question était : “Comment faire l’amour sans faire d’enfants ?” Elle s’est retournée depuis 1978, année de naissance du premier bébé-éprouvette, en : “Comment faire des enfants sans faire l’amour ?” – révolution inouïe au regard de l’histoire de l’humanité.

La fabrication de ce bébé, conçu hors du corps humain, a peut-être ouvert la boîte de Pandore. Devenu accessible, notre génome est aussi devenu manipulable, modifiable, en attendant que les adeptes du transhumanisme le réécrivent pour produire un homme nouveau, un “posthumain” libéré des tares de notre condition, limitée et mortelle. Preuve est ainsi faite que l’engendrement, qui assure la transmission par la filiation, fait obstacle à la création. Celle de l’individu par lui-même, comme celle de la “posthumanité” rêvée.

C’est cette effroyable dérive de notre civilisation que Dominique Folscheid analyse, alliant comme personne connaissance scientifique et réflexion philosophique. Un essai percutant, pour combattre dès aujourd’hui les cauchemars de demain.

Nous allons faire grandir des bébés dans des utérus artificiels

Professeur de philosophie émérite à l’université Paris-Est, codirecteur du Département d’éthique biomédicale du Collège des Bernardins, Dominique Folscheid a fondé en 1995 un enseignement de philosophie à destination des personnels de santé, devenu « l’École éthique de la Salpêtrière ». Il a notamment publié Sexe mécanique. La crise de la sexualité contemporaine (2002) ; L’Esprit de l’athéisme et son destin (2003) et contribué à Le Transhumanisme, c’est quoi ? (2018).

Nous allons faire grandir des bébés dans des utérus artificiels

Dans les années à venir, les scientifiques prévoient de cultiver des embryons humains dans un laboratoire utilisant des utérus artificiels de haute technologie.

Des médecins du Children’s Hospital of Philadelphia sont en pourparlers avec la FDA des États-Unis pour commencer à tester des utérus artificiels sur des embryons humains au cours des deux prochaines années, selon Metro. S’ils réussissent, la recherche pourrait changer radicalement notre façon de voir la grossesse, l’accouchement et peut-être même l’évolution humaine.

Si ces essais cliniques se déroulent bien, des utérus artificielles entièrement fonctionnelles pourraient être prêtes d’ici dix ans, a déclaré Carlo Bulletti, médecin à l’Université de Yale.

Utérus artificiel : l’avenir de la procréation humaine ?

Dix ans, c’est loin, en ce qui concerne la recherche médicale. Mais si les utérus artificiels sont sûrs et efficaces, ils pourraient aider à prévenir bon nombre des complications médicales pouvant survenir pendant la grossesse et l’accouchement, sans compromettre la capacité de la mère et de l’enfant à nouer des liens mutuels.

“Si le [fœtus] était dans un utérus artificiel, il deviendrait possible d’y accéder et de contrôler l’environnement sans restreindre l’autonomie de la femme», a confié à la philosophe Anna Smajdor de l’Université d’Oslo. “Donc, à certains égards, il pourrait effectivement y avoir des avantages pour le [fœtus] lui-même.”

Metro

Utérus artificiel : l’avenir de la procréation humaine ?

Utérus artificiel : Pourquoi ne pouvons-nous pas encore faire développer des fœtus en dehors du corps ?

Un avenir dans lequel n’importe qui peut avoir un bébé, quelle que soit sa croyance ou ses besoins, chaque fois qu’il le souhaite. Ceci n’est pas tiré par les cheveux compte tenu de la vitesse à laquelle les techniques de reproduction ont progressé au cours des dernières décennies. En effet, il est déjà possible d’acheter ou vendre des œufs et du sperme ; nous pouvons faire des tests génétiques sur les embryons pour nous assurer que les enfants qu’ils produisent n’ont pas de maladies héréditaires mettant leur vie en danger ; et les bébés peuvent même naître, maintenant, avec le patrimoine génétique de trois parents différents.

Il s’ensuit que nous devrions bientôt pouvoir avoir une grossesse en dehors du corps – des utérus artificiels.

Les scientifiques ont déjà compris comment imiter de nombreux processus du corps pour des techniques telles que la fécondation in vitro et même le contrôle des naissances hormonales. Mais la manière dont les corps des mères soutiennent les fœtus est incroyablement compliquée – et la science n’est pas encore arrivée à un point où nous pouvons simuler ces processus. Et aussi parce qu’il est interdit aux scientifiques d’étudier les embryons 14 jours après leur fécondation, c’est une vision de science-fiction qui ne se concrétisera probablement pas. Tout du moins, pas dans un avenir proche.

Pour le moment, il a été imaginé dans « The Stork », le deuxième épisode de Glimpse, une nouvelle série de science-fiction originale de Futurism Studios et de DUST.

Cela ne veut pas dire que les utérus artificiels ne sont pas utiles. Ils pourraient avoir une utilisation légèrement différente de celle envisagée par les œuvres de science-fiction qui les ont employées. Par exemple, ils pourraient résoudre le problème croissant des naissances prématurées.

Lorsque l’on parle de naissances «prématurées», on parle généralement de bébés nés avant 37 semaines de gestation. Mais la plus grande préoccupation concerne les bébés nés entre 22 et 24 semaines, qu’on appelle la «frontière de la viabilité» du fœtus.

Au cours des dernières années, les médecins ont trouvé des interventions qui rendent plus probable la survie des bébés nés dans cette fenêtre de temps. Mais même dans ce cas, ils sont beaucoup plus susceptibles d’avoir des problèmes neurologiques, des problèmes pulmonaires ou d’autres effets à long terme sur leur esprit et leur corps. Le taux de survie des bébés nés à 23 semaines n’est que de 30%. Une semaine de plus fait une énorme différence ; à 24 semaines, les chances de survie doublent.

C’est important car, aux États-Unis, le taux de naissances prématurées a augmenté ces dernières années. Personne ne sait très bien pourquoi, mais certains facteurs qui augmentent le risque de naissance prématurée incluent l’âge de la mère et si la mère souffre d’autres problèmes de santé pendant la grossesse.

Les utérus artificiels pourraient aider. Et pour cette utilisation, au moins, ils pourraient se situer dans une perspective pas trop éloignée.

En 2017, des chercheurs du CHOP (Children’s Hospital of Philadelphia) ont dévoilé un prototype fonctionnel d’un utérus artificiel. Au cours des expériences, le système a permis de mener à terme huit bébés agneaux extrêmement prématurés. Les chercheurs ont déplacé les fœtus dans des «environnements semblables à l’utérus» à 110 jours de gestation, soit l’équivalent de la limite humaine de la viabilité.

Gestation réussie pour un agneau dans un utérus artificiel. Les humains pourraient être les prochains

Dans leur étude publiée l’an dernier dans Nature Communications, les chercheurs ne se réfèrent jamais à leurs systèmes comme des «utérus artificiels», probablement parce que ce terme pèse trop lourd et suscite une controverse. «Notre objectif n’est pas d’étendre les limites actuelles de la viabilité, mais plutôt d’offrir un potentiel d’amélioration des résultats pour les nourrissons qui sont déjà systématiquement réanimés et soignés dans des unités de soins intensifs néonatals», écrivent les chercheurs.

Bien sûr, comme beaucoup d’autres techniques de reproduction (sinon toutes), un environnement semblable à celui de l’utérus suscite la controverse. Dans les jours qui ont suivi la publication de l’étude du CHOP, une vague de préoccupations exprimées par les médias a été soulevée, la plupart d’entre elles demandant une certaine variation des mêmes questions. Est-ce la fin de la grossesse naturelle ? Est-ce qu’une usine de fabrication semblable à Matrix sera ouverte dans votre quartier ?

Bien sûr, il y a des questions éthiques absolument légitimes à régler sur les utérus artificiels. La technologie pourrait éventuellement réduire l’âge auquel les fœtus sont considérés comme «viables», ce qui pourrait compliquer les droits à l’avortement. Et il y a aussi la question de savoir de qui décide de qui obtient l’accès à la technologie de reproduction avancée ?

Il est compréhensible que les parents d’un bébé prématuré peuvent être mal à l’aise de voir leur nouveau-né dans une sorte de sac en plastique (c’est-à-dire si la technologie CHOP évolue pour être utilisée sur des humains). Mais cela pourrait sauver la vie du bébé. Cependant, cette technologie ne progressera pas s’il n’y a pas de débats sur la question. Mais cela ne devrait pas non plus empêcher la recherche d’avancer.

C’est pourquoi il est contre-productif de s’intéresser à la question de savoir si ce type de technologie est ou non dangereux ou «non naturel». Il y a encore beaucoup de travail à faire avant que les utérus artificiels ne soient disponibles pour les humains. Il faut augmenter la portée et la qualité de la couverture des soins de santé. Et réorganiser les lois et règlements régissant la santé génésique.

Mais l’éducation – sur la façon dont ces appareils fonctionnent, sur les raisons pour lesquelles ils sont nécessaires – et le storytelling, à propos de personnes dont la vie pourrait être améliorée grâce à de tels dispositifs, peuvent contribuer à équilibrer ces conversations. Cela pourrait réduire l’alarmisme et les réactions excessives. Cela pourrait commencer à faciliter la manifestation de cette science-fiction dans une histoire réelle.

Après tout, les utérus artificiels ne sont pas si différents des autres technologies transformatrices qui ont fait leur apparition dans l’histoire. Comme avec ceux-là, les scientifiques créeront les outils – et nous ne déterminerons pas seulement comment nous les utiliserons, mais pas avant que nous décidions combien de temps il faut avant que nous cessions de les craindre et d’explorer les possibilités d’un monde qui les utilise.

Futurism

L’utérus artificiel

Des bébés qui viendraient au monde sans passer un seul instant dans le ventre de leur mère : fable futuriste ou réalité scientifique ? Parce qu’ils parviennent à sauver des prématurés de plus en plus jeunes, des chercheurs envisagent la possibilité de combler toujours plus les besoins des bébés en dehors du ventre de leur mère, jusqu’à pratiquer l’ectogenèse. Ce procédé, déjà pratiqué sur certaines espèces animales (par exemple les chèvres), consiste à faire se développer un bébé, depuis sa conception jusqu’à sa naissance, dans un utérus artificiel ressemblant à une sorte d’incubateur. Fécondation in vitro, liquide amniotique de synthèse, placenta artificiel et, neuf mois plus tard, un enfant naîtrait… Mais comment anticiper les répercussions sur son évolution ? Comment reproduire les connections entre l’enfant et sa mère ?

En tentant de mesurer les enjeux scientifiques, éthiques et psychologiques de cette (r)évolution, Marie Mandy revient sur les fondements de la maternité, ses mythes et ses phantasmes et part à la rencontre des médecins et biologistes en France, en Belgique, au Japon et aux États-Unis, qui expérimentent de nouvelles techniques de gestation extra utero. S’il s’agit d’avancées considérables en matière de procréation (sauver les prématurés, aider les femmes sans utérus…), cela soulève beaucoup de questions d’ordre bioéthique : qui seront les parents ? Qui pourrait y avoir recours ? Une histoire qui interroge la valeur de la vie et le pouvoir de la science.

 

Faire des bébés sans ovules serait possible, disent les scientifiques

Gestation réussie pour un agneau dans un utérus artificiel. Les humains pourraient être les prochains

Les agneaux ont passé quatre semaines dans des utérus extracorporels sans le moindre problème apparent

A l’intérieur de ce qui ressemble à un sac en plastique zippé branché à des tubes flexibles contenant du sang et d’autres fluides, huit fœtus de moutons ont poursuivi leur développement, quasiment comme ils l’auraient fait à l’intérieur du ventre de leurs mères. Si l’on en croit la nouvelle étude faisant ses premiers pas vers un utérus artificiel, pendant quatre semaines, les agneaux ont vu leurs poumons et cerveaux se développer, leur peau se couvrir de laine. Ils ont ouvert les yeux, gigoté, et appris à avaler. Un jour, il se pourrait que ce dispositif permette à des enfants prématurés d’arriver à terme hors de l’utérus de leur mère, mais à ce stade, le procédé n’a été testé que sur des moutons.

Credit: The Children’s Hospital of Philadelphia

C’est excitant d’imaginer un monde où des enfants naissent dans des utérus artificiels, éliminant ainsi les problèmes de santé liés à une grossesse. Mais il est important de ne pas aller trop vite explique Alan Flake, chirurgien prénatal au Children’s Hospital de Philadelphia et auteur principal de cette étude. « L’idée de prendre un embryon dès ses premiers stades de développement pour qu’il poursuivre sa gestation dans notre dispositif sans l’intervention primordiale de la mère n’est que pure science-fiction » rassure-t’il.

Toutefois, l’intérêt de mettre au point un utérus artificiel – appelé Biobag par l’équipe – est de donner l’opportunité à des enfants prématurés de terminer leur développement dans un environnement similaire à celui d’un utérus naturel, déclare Flake.

Le Biobag n’a pas vraiment l’allure d’un utérus mais il se compose des mêmes éléments-clés : un sac en plastique transparent enveloppant le fœtus de mouton et le protégeant du monde extérieur, tel qu’un utérus le fait ; une solution électrolyte dans laquelle baigne l’agneau similaire au liquide amniotique contenu dans l’utérus ; et un moyen de faire circuler le sang du fœtus pour que celui-ci puisse éliminer le dioxyde de carbone en échange d’oxygène. Flake et ses collègues ont publié leurs résultats dans la revue Nature Communications.

Flake espère que le Biobag figurera parmi les options disponibles pour les grands prématurés qui gardent de « terribles séquelles bien connues et documentées ». Les naissances prématurées constituent la cause principale de mortalité chez les nouveau-nés. Aux USA, environ 10% des enfants naissent prématurés – avant d’avoir atteint la 37e semaine de gestation. Presque 6% d’entre eux, soit 30.000 naissances, sont considérés comme grands prématurés. Autrement dit, ils naissent avant leur 28e semaine de développement.

A lamb is pictured after four (left) and 28 days (right) in the artificial womb. (Nature Communications)

Ces bébés nécessitent des soins intensifs pour qu’ils continuent à se développer hors du ventre de leur mère. Ceux qui survivent à l’accouchement nécessitent d’être placés sous respirateur, ont besoin de traitements et d’être nourris par intraveineuse. Lorsqu’ils passent le cap des soins intensifs, nombre de ces enfants (entre 20 et 50%) souffrent d’un mauvais état de santé du fait d’un retard de croissance de leurs organes.

« Les parents doivent prendre des décisions terribles quant à l’utilisation de mesures drastiques pour maintenir leurs bébés en vie, ou préférer des soins plus doux et moins douloureux » explique la néonatalogiste Elizabeth Rogers, co-directrice du programme de suivi de Soins intensifs de néonatalogie du UCSF Benioff Children’s Hospital, mais qui n’a pas participé à l’étude. « L’une des choses que l’on n’oublie de dire dans le cas de grands prématurés est que les familles concernées déclarent que « si elles avaient su que leur enfant souffrirait de tant de séquelles, elles auraient préféré ne pas s’acharner ».

Ceci explique que depuis des décennies, les scientifiques essayent de développer un utérus artificiel qui recréerait un environnement quasiment normal dans lequel le petit prématuré pourrait terminer son développement. L’un des problèmes majeurs auxquels sont confrontés les chercheurs réside dans le système circulatoire complexe qui relie la mère et l’enfant. Le sang de la mère circule jusqu’au bébé puis revient, permettant ainsi les échanges gazeux entre oxygène et dioxyde de carbone. Le sang a besoin de circuler avec suffisamment de pression mais si cette dernière est trop élevée, elle peut endommager le cœur du bébé.

Pour résoudre ce problème, Flake et ses collègues ont créé un système circulatoire dépourvu de pompe. Ils relient les vaisseaux sanguins du cordon ombilical du fœtus à une nouvelle sorte d’oxygénateur, et le sang circule tranquillement à travers le système. Tranquillement signifie en fait que le sang circule propulsé par les battements du cœur du fœtus, sans nécessiter l’intervention d’une pompe supplémentaire.

Le problème suivant concerne les risques d’infections, auxquels les prématurés sont exposés lorsqu’ils sont placés en incubateur dans les services de Néonatologie – unité de Soins Intensifs (NICU). C’est là que le Biobag et que le liquide amniotique artificiel interviennent. Le liquide circule depuis et vers le Biobag exactement comme il le ferait dans un utérus. Il assure l’évacuation des déchets, protège l’enfant des germes infectieux présents dans l’hôpital, et conserve les poumons remplis de liquide pendant leur développement.

Flake et ses collègues ont testé le dispositif pendant quatre semaines sur des fœtus de moutons âgés de 105 à 120 jours – ce qui équivaut à des fœtus humains de 22 à 24 semaines de gestation. Au terme des quatre semaines, ils ont mis les agneaux prématurés sous respirateurs tels qu’on procède en temps normal pour des enfants prématurés en NICU.

L’état de santé des agneaux mis sous respirateur est quasiment aussi satisfaisant que celui d’un agneau du même âge né par césarienne. Par la suite, les chercheurs ont débranchés les respirateurs. Le seul agneau qui s’était suffisamment bien développé et respirait de façon autonome a été conservé en vie. Les sept autres ont été euthanasiés afin d’étudier leurs organes. Leurs poumons et cerveaux – les organes qui sont les plus vulnérables lors de naissances prématurées – ne présentaient aucune altération et s’étaient développés comme chez un agneau qui serait né normalement après une gestation complète dans l’utérus de sa mère.

Alors il est vrai qu’un mouton n’est pas un être humain, et que ces organismes présentent des vitesses de développement cérébral différentes. Les auteurs de l’étude reconnaissent qu’il faudra réaliser encore bien d’autres recherches tant d’un point de vue scientifique que de sûreté de ce dispositif avant qu’il soit utilisé avec des bébés humains. Ils ont déjà commencé à tester le dispositif avec des agneaux de taille humaine placés dans des Biobags à un stade plus précoce de gestation. Afin d’observer si des problèmes pouvaient survenir sur le long terme, l’équipe a surveillé les quelques agneaux ayant survécu après que les respirateurs aient été débranchés. Jusqu’ici, les agneaux semblent être en bonne santé. « Je pense qu’il est réaliste d’imaginer que d’ici trois ans les premiers tests sur des humains pourront avoir lieu » déclare Flakes.

« C’est tellement passionnant et c’est également tellement innovant » se réjouit Rogers. «Être capable de poursuivre son développement dans un environnement artificiel peut réduire les nombreux problèmes qui surviennent quand on a la malchance de naître trop tôt ». Mais Rogers ajoute que rares sont les équipements possédant les ressources et les compétences en matière de soins d’avant-garde pour les mères enceintes ; un problème que le Biobag ne pourra pas résoudre. « Nous savons d’ores et déjà qu’il existe des inégalités dans la prise en charge des enfants nés avant terme. Si vous avez accès à des soins de qualité, vous avez plus de chances de bien vous en sortir que dans le cas contraire » regrette la scientifique.

Rogers s’inquiète également des effets que pourrait avoir le battage publicitaire autour du Biobag sur les parents faisant face aux problèmes d’un enfant prématuré. « Je pense que beaucoup de gens ont été confrontés à des naissances avant terme et qu’ils sont persuadés que le Biobag sera la solution miracle. Et je pense également que les naissances prématurées constituent un problème vraiment compliqué ». Selon elle, prévenir les cas de naissances prématurées devrait être une priorité et le Biobag pourrait participer à l’avancée des travaux sur le sujet.

Pour Flake, les recherches se poursuivent. « Je suis toujours aussi époustouflé à chaque fois que je regarde nos agneaux » dit-il. « Je pense que c’est juste une chose incroyable de s’asseoir et de regarder les fœtus dans ce dispositif qui fonctionne comme un véritable utérus… c’est vraiment une entreprise fascinante de pouvoir poursuivre une gestation normale hors du ventre de la maman ».

traduction Virginie Bouetel

doi:10.1038/ncomms15112, The Verge, The Atlantic, BBC, MIT Technology Review

Une puce permet un diagnostic précoce des anomalies fœtales

Une nouvelle méthode pourrait permettre aux médecins de diagnostiquer des anomalies génétiques du fœtus pendant la grossesse, sans les risques inhérents aux techniques actuelles.

Une équipe de scientifiques de l’Agency for Science, Technology and Research (A * STAR) Institute of Microelectronics (IME) a fabriqué une puce (microchip) qui peut filtrer les globules rouges fœtaux de la circulation de la mère. La récupération de ces cellules fœtales isolées pourrait permettre le diagnostic précoce des anomalies génétiques du fœtus.

La technique, exigerait seulement quelques millilitres de sang de la femme enceinte, pourrait être utilisée à partir de la huitième semaine de grossesse ; plus tôt que les procédures de diagnostics prénatals actuelles.

Les procédures actuelles permettant de diagnostiquer des anomalies fœtales comprennent l’amniocentèse et le prélèvement de villosités choriales (les échantillons sont prélevés dans le liquide entourant le bébé ou sur la face fœtale du placenta respectivement). Ces techniques sont envahissantes et comportent des risques réels, comme des fausses-couches, des blessures à la mère ou au fœtus, des infections ou l’induction du travail prématuré.

Les globules rouges fœtaux contiennent un noyau, ce qui les rend relativement plus grands que les globules rouges adultes. La puce de l’IME se compose d’une membrane circulaire à microfiltre qui contient des milliers de micro-fentes. Il permet aux plus petits globules rouges et aux plaquettes de la mère de traverser tout en piégeant les globules rouges fœtaux.

Les globules rouges fœtaux circulent normalement à travers la circulation sanguine de la mère, mais en très petit nombre – de l’ordre d’une cellule par millilitre de sang maternel – ce qui les rend très difficiles à isoler. Les cellules capturées dans le microfiltre IME, sont traitées avec des colorants qui les différencient, permettant ainsi aux chercheurs de récupérer et d’analyser ensuite les globules rouges fœtaux pour des anomalies génétiques.

Cette technique pourrait également être appliquée pour surveiller le nombre de cellules tumorales en circulation chez les cancéreux. Si les traitements sont efficaces, il y aura moins de cellules tumorales en circulation dans le sang des patients.

L’équipe a pour but de mener des expériences pour la validation préclinique de sa méthode jusqu’en juin 2016. Après validations précliniques, les chercheurs espèrent déterminer le nombre de maladies génétiques qui peuvent être détectées par le biais de cette technologie. Jusqu’à présent, deux brevets ont été déposés par le projet et des fonds ont été donnés à l’IME pour accélérer le processus afin de mettre la technologie sur le marché.

ScienceDaily

Académie nationale de médecine : La transplantation utérine, alternative à la GPA

Roger HENRION, Jacques MILLIEZ (Rapporteurs)
Au nom d’un groupe de travail des Commissions X (Reproduction et développement) et XVII (Éthique et Droit)

Membres du groupe de travail : Prs Roger HENRION (Président), Jacques MILLIEZ (secrétaire), Claudine BERGOIGNAN-ESPER, JeanFrançois ALLILAIRE, Pierre BÉGUÉ, Yves CHAPUIS, Jean-Noël FIESSINGER, Pierre JOUANNET, Bernard LAUNOIS, Guy NICOLAS (membres de l’Académie de médecine) ; Gérard BENOÎT (recherche expérimentale uro-andrologie- Paris Sud) ( et Yvon LEBRANCHU (Immunoclinique – CHU Tours)

Les membres du groupe de travail déclarent ne pas avoir de liens d’intérêt en relation avec le contenu de ce rapport

L’utérus n’est pas un organe vital mais son absence est responsable d’une infertilité définitive. A ce jour, les seules solutions pour les patientes qui en sont atteintes sont l’adoption, de plus en plus difficile, ou la gestation pour autrui, interdite en France. La transplantation utérine, alternative devenue crédible depuis la naissance d’un enfant vivant en Suède, soulève un immense espoir. Si elle est possible, est-elle pour autant souhaitable et si oui, dans quelles conditions ? Ce rapport s’efforce d’y répondre en faisant une analyse critique des données actuelles sur le sujet et des recommandations.

Résumé

Après avoir fait le récit des événements qui ont précédé la première transplantation utérine ayant abouti à la naissance d’un enfant vivant et bien portant et fait un état des lieux, les auteurs exposent la législation française actuelle sur la greffe d’organes. Puis, ils abordent les aspects cliniques, insistant sur la complexité de l’acte chirurgical, le dilemme du choix entre donneuse en état de mort cérébrale ou décédée et donneuse vivante, et les indications chez la receveuse. Ils décrivent ensuite le traitement immunosuppresseur avant et pendant la grossesse, les complications plus ou moins graves qui peuvent en émailler le cours et la surveillance particulièrement attentive qu’elles nécessitent, mais aussi les doutes sur l’opportunité de l’allaitement maternel. Ils s’interrogent sur l’avenir de l’enfant à moyen et long terme, son développement psychomoteur et celui de son système immunitaire. Ils retracent les nombreuses et délicates questions éthiques que pose la transplantation utérine, qu’il s’agisse des particularités de la greffe d’utérus, qui n’est pas vitale mais permet de donner la vie, du choix entre transplantation avec donneuse en état de mort cérébrale ou donneuse vivante, de la pénurie d’organes à greffer, des risques courus par la receveuse, du devenir physique et psychologique de l’enfant, enfin du choix entre transplantation utérine et gestation pour autrui et de l’éventualité de dérives. En fait, la transplantation utérine est une chirurgie encore au stade expérimental et seuls l’avenir et le recueil exhaustif de toutes les données la concernant permettront de s’assurer de son bien fondé.

Extrait :

Les transplantations humaines

À l’étranger

Le Comité d’Ethique de Suède, après un refus initial, a donné son accord pour la poursuite des tentatives sous haute surveillance de transplantation d’utérus, la Gestation pour autrui (GPA) étant interdite en Suède. En 2014, Mats Brännström et ses collaborateurs, certains appartenant à plusieurs pays (Suède, Espagne, Australie, Floride), ont rapporté leur expérience portant sur neuf transplantations utérines. Parmi les neuf receveuses, huit souffraient d’une absence congénitale d’utérus (Syndrome de Mayer-Rokitansky-KüsterHauser (MRKH)), la dernière avait subi une hystérectomie pour cancer du col utérin. Toutes avaient une liaison stable avec leurs partenaires d’une durée égale ou supérieure à trois ans. Dans tous les cas, les donneuses étaient vivantes et avaient eu au moins une grossesse normale.

Dans cinq cas, il s’agissait de la mère de la receveuse, la plus proche en histocompatibilité. Trois d’entre elles étaient ménopausées. Sous traitement oestro-progestatif, les menstruations sont apparues dans un délai de deux mois. Sur les neuf femmes ayant bénéficié d’une greffe d’utérus, sept ont conservé l’utérus greffé et vivent sans complication au prix de doses de médicaments immunosuppresseurs modérées. La sélection des donneuses et des receveuses a été draconienne. L’étape chirurgicale la plus longue est la dissection des uretères et des vaisseaux utérins. L’intervention a duré de 10 à 13 heures pour le prélèvement de l’utérus et de 4 à 6 heures pour la transplantation. Aucune complication immédiate n’a été observée. Des épisodes de rejet transitoires et de moyenne gravité sont survenus dans trois cas. Deux complications sont apparues secondairement : une plaie d’un uretère ayant nécessité une réimplantation dont les suites ont été favorables chez une donneuse, un hématome rétropéritonéal chez une receveuse. Deux transplantations ont échoué nécessitant l’ablation de l’utérus greffé. Ces deux échecs sont dus, l’un à une infection utérine avec abcès utérin puis septicémie à Enteroccocus faecalis, l’autre à une thrombose bilatérale des artères utérines. Dans le cas index de la première naissance, l’utérus greffé provenait d’une amie proche de la famille âgée de 61 ans, ménopausée depuis 7 ans. La receveuse, âgée de 35 ans, avait un syndrome de MRKH avec un rein unique. L’enfant de 1775 gr est né au terme de 31 semaines et 5 jours par césarienne dans un tableau de préeclampsie. Deux autres naissances ont eu lieu depuis (non publiées).

En France

Deux équipes se préparent pour le greffe d’utérus. A Limoges, Tristan Gauthier et Pascal Pivert et coll., après avoir fait des autogreffes puis des allogreffes chez la brebis à partir de 2007 et des études de résistance du myomètre au froid et à l’anoxie, ont testé, avec l’accord de l’Agence de la Biomédecine (ABM), les conditions dans lesquelles des utérus pouvaient être prélevés dans un programme de prélèvements d’organes chez des femmes en état de mort cérébrale. Ils ont prélevé sept utérus entre le 1er août 2012 et le 31 juillet 2013, dans un but purement scientifique et sans projet de transplantation. A l’hôpital Foch de Suresnes, l’autre équipe, animée par Jean-Marc Ayoubi et René Frydman, envisage d’utiliser des donneuses vivantes, l’utérus étant recueilli lors d’une hystérectomie pour une pathologie n’intéressant pas l’utérus, tel qu’un prolapsus, par exemple, ou chez les transsexuelles femmes voulant devenir hommes (FtM), un choix fondé sur le fait que les grossesses obtenues en Suède l’ont été à partir de donneuses vivantes, alors que les grossesses à partir de prélèvement cadavérique, en Turquie, ont abouti à des avortements spontanés. L’équipe de Foch va déposer une demande de recherche expérimentale auprès de l’ABM et de l’Agence Nationale de Sécurité des Médicaments et des produits de santé (ANSM).

La transplantation utérine proposée comme alternative ou complémentaire de la GPA pose un certain nombre de questions éthiques concernant sa finalité, la donneuse, la pénurie de d’organes, la receveuse, l’avenir de l’enfant et en définitive le choix entre transplantation utérine et gestation pour autrui.

Il est également difficile d’apprécier le comportement de ces enfants lorsqu’ils apprendront leur venue au monde à partir de l’utérus de leur grand-mère, d’un proche parent ou, à plus forte raison, du cadavre d’une inconnue.

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CHRU Nancy : première naissance après réparation des trompes utérines par voie robotique

Le 22 février dernier, Sandra, âgée aujourd’hui de 33 ans, a donné naissance à de beaux jumeaux, une fille et un garçon, à la Maternité du CHRU de Nancy. Après une contraception définitive en  juillet 2007, Sandra a été la première patiente en Lorraine à bénéficier d’une réparation des trompes utérines par voie robotique. Cette intervention mini-invasive, réalisée sous anesthésie générale, a permis à la patiente de recouvrer rapidement une fertilité naturelle.

La contraception définitive (autrefois appelée ligature des trompes) consiste à obturer les trompes utérines soit en y posant un clip ou en les sectionnant à leur origine, soit en y plaçant des implants (petits ressorts).

La décision d’une contraception définitive est préalablement soumise à un délai de réflexion de 4 mois et d’une information obligatoire sur son caractère définitif et irréversible. Malgré ces précautions, un certain nombre de patientes expriment des regrets et souhaitent après quelques années une nouvelle grossesse. Ces regrets interviennent le plus souvent parce que la contraception définitive a été décidée à un âge jeune, parce qu’un nouveau couple s’est formé, ou parce que la décision a été prise  à un  moment  particulièrement difficile dans la vie de la patiente.

C’est le cas de Sandra, qui s’est remise en couple, à l’issue d’une séparation. Le nouveau couple formé a souhaité un nouvel enfant et a commencé par se renseigner sur les possibilités auprès de différents professionnels avant d’être orienté à la Maternité du CHRU de Nancy.

Jusqu’à très récemment, recouvrer une fertilité naturelle relevait de deux principales techniques. La première technique est la microchirurgie qui nécessite une incision de 10 cm environ de l’abdomen, avec l’utilisation de pinces et de fils très fins sous microscope. La deuxième technique utilise la voie coelioscopique qui a l’avantage de ne réaliser que de très petites incisions avec une récupération plus rapide pour la patiente. Cette deuxième intervention est toutefois extrêmement difficile et délicate et nécessite un chirurgien très expérimenté. La réparation est beaucoup moins précise qu’en microchirurgie.

Désormais, il est possible de réaliser cette intervention chirurgicale par voie robotique. Avec le robot dernière génération Da Vinci, cette chirurgie offre à la fois les avantages de la coelioscopie (incisions de petite taille, récupération rapide) et ceux de la microchirurgie (utilisation d’un matériel très fin et suture de meilleure qualité). Les réparations ainsi obtenues sont d’excellente qualité et les incisions pratiquées de moins d’1 cm.  La patiente est hospitalisée 24 à 48 heures et la récupération est très rapide.

Sandra a été la première patiente en Lorraine à bénéficier de cette intervention de pointe par voie robotique, en mars 2014. Trois mois plus tard, elle était spontanément enceinte de jumeaux.  Une prise en charge experte et un accompagnement de qualité du Dr Cécile Malartic et du Pr Olivier Morel ont permis à Sandra de récupérer rapidement une fertilité naturelle. Le 22 juin prochain, Gabin et Charlie, en pleine forme, fêteront dignement leur 4 mois !

source CHRU de Nancy 18/06/15