Monnaies numériques des banques centrales vs les cryptomonnaies et le cash

Que veut dire exactement ce terme barbare de CBDC (Central Bank Digital Currency) ? En quoi est-ce différent des espèces physiques, des dépôts bancaires et des cryptomonnaies ?

Nous verrons dans cet article en quoi ces monnaies numériques de banque centrale (traduction de CBDC) sont mises en place contre les cryptomonnaies et les monnaies fiduciaires sous forme d’espèce.

Les CBDC : ce que ce n’est pas

Commençons par énoncer ce que les CBDC ne sont pas.

Il est plus que certain que ce ne sont pas un nouveau type de cryptomonnaies, semblable par exemple au bitcoin.

Alors que les banques centrales travaillent à l’émission de CBDC sous la forme d’un jeton et de l’utilisation de la technologie du grand livre distribué (qui enregistre toutes les transactions dans une blockchain), cela ne signifie pas que les banques centrales ont l’intention de laisser les gens échanger librement.

En effet, faire du commerce, des échanges et des transactions sera évidemment intimement contrôlés par les institutions financières publiques et privées. Le but de la blockchain et de la tokenisation ne sont que des technologies permettant la gestion et la distribution de la monnaie numérique. Cela ne signifie donc pas que les banques centrales ont adopté l’une des idées derrière l’essor du bitcoin, autrement dit la décentralisation et le relatif anonymat. Nous voyons que c’est même exactement l’inverse qu’il se passe.

L’existence et la valeur marchande croissante du bitcoin et d’autres cryptoactifs majeurs prouvent qu’il existe une réelle demande de monnaie numérique. C’est donc un bon moment pour que les banques centrales intensifient leurs efforts et fournissent leur propre vision et version de la cryptomonnaie. Leurs monnaies numériques permettront de contrôler plus précisément la circulation de la masse monétaire et répondront au problème de la demande de bitcoin qui, un peu comme la demande d’or et d’argent métal physique, échappe quelque peu au contrôle des banques centrales et des gouvernements (quand on sait comment s’y prendre).

Il est également important de souligner que les espèces physiques et les CBDC sont des passifs d’une banque centrale. Les détenteurs de ces passifs ont une créance vis-à-vis des banques centrales, mais à quoi ont-ils exactement droit ? La réponse ici est bien sûr, rien. Le fait que les banques centrales enregistrent les liquidités comme un passif est un vestige d’une époque révolue où les billets de banque centrale étaient vraiment des substituts de monnaie, car ils étaient adossés à un étalon-or. Cela signifie que les banques étaient vraiment susceptibles de remettre une somme d’argent quand on réclamait sa créance, c’est-à-dire de l’or. J’en ai parlé de façon plus approfondie dans Géopolitique de l’Or.

Les CBDC : ce que c’est

La CBDC est, ou est censée être, un équivalent numérique de l’argent liquide. Un euro numérique (disponible d’ici 5 ans a priori) équivaudra à un euro en espèce physique. C’est simplement une nouvelle expression technologique de la même monnaie fiduciaire.

Du point de vue de la banque centrale, l’émetteur officiel des devises, la monnaie numérique présente certains avantages par rapport aux espèces physiques. D’une part, la production est vraiment gratuite : les coûts de production de liquidité physique ne sont pas si élevés, mais ils sont présents et surtout ils peuvent devenir particulièrement contraignants quand des liquidités physiques doivent être distribuées rapidement ; par exemple, pour éviter une ruée bancaire (bank run).

La monnaie numérique permet au contraire d’être non seulement créée instantanément par les banquiers centraux, mais aussi d’être distribuée en quelques secondes aux institutions et aux personnes physiques. La banque centrale peut donc diriger rapidement et à moindre coût le flux de la nouvelle monnaie numérique vers qui elle souhaite : le gain d’efficacité est substantiel.

Les CBDC contre le cash et les cryptomonnaies

Bien que les CBDC et les espèces physiques fassent toutes deux partie de l’offre de monnaie fiduciaire, les principales différences entre les deux types de monnaie fiduciaire sont les suivantes : la confidentialité et l’étendue du contrôle exercé par la banque centrale. Examinons ces points.

Au niveau de la confidentialité, payer en espèces permet d’éviter de laisser des traces dans nos transactions. Même le bitcoin et les autres cryptomonnaies ne peuvent rivaliser avec le liquide. Si les monnaies numériques se positionnent contre l’anonymat, alors les cryptomonnaies ne sont pas les seules dans le viseur ; il s’agit d’abord et avant tout de contrôler le cash. Et pour cela, rien de mieux que de le supprimer progressivement. Quant aux CBDC, il ne peut être question de la vie privée : la BCE a explicitement déclaré dans un récent rapport sur la question qu’il sera nécessaire de permettre d’accéder à toutes les transactions pour lutter contre le blanchiment d’argent et le terrorisme. La belle affaire.

Avec une monnaie numérique, la banque centrale aura à la fois le pouvoir et les connaissances nécessaires pour contrôler ce que chaque personne et chaque entreprise détient. Elle peut même imposer toutes sortes de restrictions à la détention de monnaie. La BCE parle ouvertement de plafonner le montant qu’une personne peut détenir, de limiter le temps qu’une personne peut détenir une somme d’argent et d’imposer des taux d’intérêt négatifs sur les montants que la banque juge excessifs. Tout cela serait pratiquement impossible si les gens utilisaient de l’argent physique au lieu d’une monnaie numérique.

Les monnaies numériques de banque centrale : la centralisation à l’état pur

Je cherche un avantage réel aux CBDC pour pondérer l’article, mais j’ai vraiment du mal. À moins que je ne touche mon revenu universel en monnaie hélicoptère très très rapidement, je ne vois pas l’intérêt.

Si les monnaies numériques sont inévitables et que leur médiatisation a sans doute été accélérée par la crise du coronavirus, le pouvoir restera aux mains des gouvernements et aux institutions centralisées. La monnaie actuelle conservera toutes les failles et les vulnérabilités des monnaies fiduciaires d’aujourd’hui et sa nouvelle nature numérique les amplifiera à un degré supérieur.

Les violations de la vie privée d’aujourd’hui deviendront tout simplement imparables, tandis que des politiques monétaires désastreuses, comme des taux négatifs, ne pourront plus être amorties par la capacité des individus à les contourner grâce à de l’argent physique ou des investissements. Il faudra donc obligatoirement placer son argent dans d’autres actifs non monétaires à terme, mais c’est déjà un peu le cas aujourd’hui.

L’hypercentralisation de demain

La voie vers la décentralisation, la libre concurrence et la souveraineté financière individuelle est très belle. Si nous choisissons de briser le monopole d’État de l’argent et de permettre aux cryptomonnaies privées de rivaliser, une myriade de solutions différentes émergeront pour répondre à une myriade de besoins différents.

Les transactions économiques peuvent être réalisées via des monnaies numériques physiques adossées à l’or et l’argent (la thèse de Géopolitique de l’Or), des cryptomonnaies spécialisées peuvent offrir de la confidentialité, voire des transactions anonymes, etc.

De nombreuses solutions comme celles-ci existent déjà. Je les défends, mais mon optique réaliste me pousse à me demander si les Etats ne vont pas interdire les échanges de cryptomonnaies les plus gênantes lorsque leurs monnaies numériques de banque centrale seront mises en place.

Et si ce n’est pas une interdiction pure et simple, ce sera une régulation et un contrôle plus strict ; il en sera de même pour les métaux précieux et les diverses transactions qui peuvent échapper au contrôle intégral de l’État.

Les monnaies numériques proposées par les banques centrales sont l’évolution finale de la monnaie fiduciaire : de l’argent totalement sous le contrôle de la banque centrale et du gouvernement émetteur. Nous sommes dans une lutte à mort entre la liberté et le pouvoir, entre la société libre et la domination finale des banques centrales. Les CBDC sont tout simplement la dernière arme dans l’arsenal du pouvoir financier et bancaire dans sa quête de domination complète des sociétés.

Ils peuvent toujours courir : nous investirons dans l’or, dans l’argent, dans les cryptomonnaies et dans des sociétés de qualité pour échapper au contrôle central et faire fructifier notre épargne au passage. C’est ma façon de faire, mais chacun résistera au projet à sa façon.

Ils nous restent encore quelques années de relative liberté pour pouvoir effectuer nos mouvements en ce sens et s’y préparer, car si le projet est instauré sans opposition, la quenelle est garantie.

Franck Pengam

Registres distribués, l’évolution de la chaîne de blocs

L’Institut de gouvernance numérique dépose un livre blanc

Après plusieurs mois de travail, l’Institut de gouvernance numérique (IGN) dévoile aujourd’hui son livre blanc, Registres distribués, l’évolution de la chaîne de blocs entourés d’acteurs impliqués et concernés par cette innovation de rupture, dont le Scientifique en chef du Québec, M. Rémi Quirion. Les travaux de ce livre blanc ont été menés par un comité directeur composé d’universitaires, d’entrepreneurs, d’avocats et d’administrateurs publics.

Le livre blanc Registres distribués, l’évolution de la chaîne de blocs vise à éclairer les décideurs publics et la communauté d’affaires sur cette technologie transformatrice. Les registres distribués bouleversent le domaine de l’archivage et de l’échange sécuritaire des informations, des transactions électroniques, des identités numériques, des dossiers patients, etc. Ils amènent des innovations comme les “contrats intelligents” qui permettent d’automatiser des transactions générant des gains de productivité importants pour les organisations et facilitant la vie des consommateurs, membres, clients, citoyens; la technologie est aussi utilisée de plus en plus par des gouvernements et institutions pour la mise en place de mécanismes de votation électronique ou de consultation populaire.

“À l’heure où les vols de données sont un fléau à travers le monde, à la veille de l’arrivée de la connectivité 5G qui décuplera les données en circulation, au moment où s’amorce la révolution de l’intelligence artificielle, la technologie des registres distribués apparaît comme un élément incontournable. Elle devient un nouveau symbole de cette ère numérique qui fait des données une ressource, et de la sécurité des renseignements personnels, une condition de succès”, explique M. Rémi Quirion, Scientifique en chef du Québec et l’un des parrains du projet.

Les registres distribués permettent la décentralisation de la gestion de l’information d’une manière transparente, traçable et inviolable offrant aux États, aux entreprises et aux organisations les plus diverses un moyen d’assurer la sécurité des données et des échanges. “À brève échéance, les registres distribués pourraient devenir l’ossature technologique des transactions numériques à l’échelle mondiale avec un champ d’application illimité”, estime le professeur Kaiwen Zhang du département de génie logiciel de l’École de technologie supérieure.

Le potentiel est tel que l’une des études citées dans le livre blanc, émanant du Forum économique mondial, indique que 10 % du PIB mondial pourrait être stocké dans des registres distribués d’ici 2027.

Ce livre blanc se veut donc un premier pas afin d’aider le Québec à se positionner. Il a ainsi pour objectifs :

• De présenter cette technologie de manière simple;
• D’aider à la compréhension du potentiel transformateur et parfois perturbateur des applications qui en découlent;
• De cerner certains enjeux plus spécifiques au Québec en regard du développement et de l’utilisation des registres distribués;
• De décrire les forces et les faiblesses de l’écosystème québécois en la matière;
• De définir des pistes d’action adaptées à la réalité québécoise pour le développement de cet écosystème.

Le livre blanc recommande notamment au gouvernement du Québec de reconnaître le phénomène des registres distribués comme un enjeu économique et stratégique incontournable et d’agir en conséquence. Le comité directeur recommande ainsi au gouvernement de s’inspirer du modèle mis sur pied avec le Comité d’implantation de la grappe en intelligence artificielle, et de soutenir un groupe réunissant des experts, des entrepreneurs, des universitaires, des investisseurs pour l’aider à déterminer les meilleurs gestes à poser pour soutenir le développement de l’écosystème, développer les connaissances, stimuler l’innovation et lancer des projets pilotes.

Dans cette foulée, l’IGN propose une démarche d’appropriation des registres distribués crédible et concrète, soutenue par des experts, pour faciliter au moyen de cette technologie, la transformation numérique de l’État, de ses institutions et de l’économie. “Pour le Québec, qui est un leader de premier plan dans plusieurs technologies de pointe, qui compte une communauté d’entrepreneurs très dynamique dans les technologies numériques, la maîtrise des registres distribués devient un atout stratégique essentiel pour affirmer notre leadership dans les créneaux de la prochaine vague d’innovations”, soutient M. Jean-François Gauthier, président-directeur général de l’IGN.

Les travaux de ce livre blanc ont été menés par un comité directeur composé d’universitaires, d’entrepreneurs, d’avocats et d’administrateurs publics. L’Autorité des marchés financiers, Québec Blockchain, Catallaxy (une filiale de Raymond Chabot Grant Thornton), Bitfarms, l’Université Laval, l’École de technologie supérieure ainsi que La Capitale ont aussi contribué à l’exercice. Le Scientifique en chef du Québec, Hydro-Québec, le gouvernement du Québec, Finance Montréal et le Hub Saguenay–Lac-Saint-Jean ont rendu possible l’élaboration de ce livre blanc par leurs contributions financières respectives.

Les dirigeants chinois ont adopté les blockchains

Trois récents faits nouveaux de haute importance en Chine ont montré à quel point le gouvernement était enthousiaste en ce qui concerne les blockchains.

Jeudi, le président chinois, Xi Jinping, a appelé la nation à “saisir l’occasion” et à occuper une “position de leader” dans le développement de la technologie de la blockchain. Samedi, le gouvernement a adopté une loi visant à résoudre les problèmes juridiques et réglementaires liés à la cryptographie, un aspect essentiel des systèmes blockchain. Puis lundi, Li Wei, chef du département technologique de la Banque populaire de Chine, a exhorté les banques commerciales à intensifier leurs applications de chaînes de blocs pour le financement.

La Banque populaire de Chine étudie la technologie de la monnaie numérique et de la blockchain depuis 2014, et la banque centrale a annoncé qu’elle est sur le point de lancer une monnaie numérique.

La Chine semble généralement opposée aux systèmes de chaînes de blocs publics, qui permettent aux utilisateurs de participer au réseau et aident à maintenir le grand livre des comptes partagés sans s’identifier. De nombreux passionnés de cryptomonnaie diraient que ce type de contrôle centralisé va à l’encontre de l’utilisation d’une blockchain.

MIT Technology Review

Les internautes chinois utilisent la blockchain pour partager un article d’actualité censuré

L’ère post-numérique approche : êtes-vous prêts ?

Le rythme de l’évolution technologique qui balaie hardiment les entreprises et la société est époustouflant – et il nous fait passer de l’ère numérique à une nouvelle réalité, une nouvelle ère qui sera celle de l’ère post-numérique.

Pourquoi le post-numérique ? Pensez à où nous en sommes aujourd’hui. Selon l’International Data Corporation (IDC), 1,25 trillion de dollars seront consacrés à la transformation numérique à l’échelle mondiale en 2019, et ce chiffre montera en flèche pour atteindre 1,97 trillion de dollars en 2022. Et plus de 60 % du PIB mondial sera numérisé, et la croissance de chaque secteur sera stimulée par des offres, des opérations et des relations améliorées par le numérique.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Les entreprises se trouvent à un tournant décisif. Dans un environnement où tout le monde dit qu’il passe au numérique, nous aurons besoin d’un nouvel ensemble de règles pour réussir. Le numérique est certes encore important, mais c’est maintenant simplement le prix d’entrée pour faire des affaires – ce n’est plus un avantage de différenciation. Quel est le secret pour créer un avantage concurrentiel dans ce monde post-numérique ? C’est ce qui est au cœur de la nouvelle vision technologique 2019 d’Accenture, le nouveau rapport des principales tendances technologiques mondiales au cours des trois prochaines années et au-delà. Le rapport explore cette ère post-numérique et les implications et impératifs stratégiques pour les entreprises.

Dans le monde post-numérique, la différenciation vient de l’application numérique de nouvelles méthodes puissantes. Les technologies nécessaires pour innover et se différencier vont au-delà de l’adoption fondamentale des outils et concepts numériques. C’est une époque où l’établissement d’une relation de confiance avec les clients, les employés, les partenaires d’affaires et les communautés grâce à une approche responsable de la technologie est la priorité absolue pour tous les dirigeants de C-suite qui veulent croître et réussir.

À quoi ressemblera cette ère post-numérique ?

Un monde où l’individualisation et les capacités instantanées à la demande permettront aux entreprises de saisir et de livrer sur des marchés ponctuels.

La prochaine vague de technologie permettra de personnaliser en profondeur les produits, les services et même l’environnement des gens – ce qu’Accenture appelle l’”individualisation” – et de les diffuser instantanément à la demande. Les entreprises pourront mieux que jamais comprendre les consommateurs, les employés, les partenaires d’affaires et leurs objectifs, et elles auront l’agilité nécessaire pour se rapprocher encore plus et agir “dans l’immédiat” pour répondre aux besoins des personnes.

En combinant l’individualisation avec des capacités instantanées à la demande, les entreprises seront en mesure de répondre aux besoins et attentes des individus dans tous les aspects de leur vie, de leur carrière ou de leurs relations d’affaires, façonnant ainsi leur réalité. Pour ce faire, les organisations devront à la fois comprendre les gens à un niveau holistique et répondre à l’évolution des besoins en un clin d’œil.

Le rythme de l’innovation ne sera jamais plus lent qu’aujourd’hui. Parce qu’il faut l’admettre, le monde est complexe et rapide comme l’éclair : 94 % des dirigeants d’entreprises et des responsables informatiques interrogés ont déclaré que le rythme de l’innovation dans leurs organisations s’était accéléré au cours des trois dernières années en raison des technologies émergentes. La loi de Moore approche de ses limites et de nouveaux types de calcul apparaissent, la technologie s’intéresse de plus en plus à tous les aspects de la vie et des expériences de travail des gens.

Bon nombre de ces progrès technologiques sont positifs. Nous avons vu des écrans éblouissants dans le diagnostic des soins de santé utilisant l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle et la technologie numérique double. Plus de la moitié (3,9 billion) de la population mondiale est maintenant en ligne et utilise Internet, ce qui représente une société mondiale de l’information plus inclusive. Et les gens appliquent la technologie à bon escient, de l’adoption de la blockchain pour les efforts humanitaires à l’amélioration des pratiques agricoles et à la réduction des déchets dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire mondiale.

Mais certains impacts de la technologie ont un inconvénient qui motive le “techlash”. Il suffit d’observer le positionnement géopolitique des superpuissances de l’intelligence artificielle, ainsi que la montée de l’opinion publique exigeant des entreprises qu’elles rendent compte de ce qu’elles construisent et lancent sur le marché. La technologie s’étend même à des domaines complexes, comme l’édition génétique et le capitalisme de surveillance, qui soulèvent de nouvelles questions éthiques pour la société.

Alors que vous tracez la voie à suivre pour exploiter les innombrables possibilités qui s’offrent à votre entreprise pour prendre de nouvelles directions dans l’ère post-numérique, il est impératif que le principe directeur soit l’innovation ciblée dont le but est de créer des retombées et impacts commerciaux précieux, tout en gérant les opportunités avec responsabilité.

Tech Vision 2019, “The Post-Digital Era Is Upon Us: Are You Ready for What’s Next?” donne un aperçu du nouveau monde avec des idées novatrices, des tendances bien documentées, des résultats d’enquêtes mondiales et des points de décision sur ce qu’il faudra faire pour naviguer dans l’avenir.

Les cinq tendances sont les suivantes :

1. DARQ Power : Comprendre l’ADN du DARQ

Les nouvelles technologies sont des catalyseurs du changement, offrant aux entreprises de nouvelles capacités extraordinaires. La technologie du grand livre distribué, l’intelligence artificielle, la réalité étendue et l’informatique quantique seront le prochain ensemble de nouvelles technologies pour déclencher un changement radical, permettant aux entreprises de réimaginer des industries entières.

2. Apprenez à me connaître : Déverrouiller des consommateurs uniques et des opportunités uniques

Les interactions axées sur la technologie créent une identité technologique en expansion pour chaque consommateur. Cette base vivante de connaissances sera essentielle non seulement pour comprendre la prochaine génération de consommateurs, mais aussi pour établir des relations riches, individualisées et fondées sur l’expérience à l’ère post-numérique.

3. Humain+ Travailleur : Changer le lieu de travail ou entraver la main-d’œuvre.

Les effectifs deviennent humains+ : chaque individu est responsabilisé par ses compétences et ses connaissances ainsi que par un nouvel ensemble de capacités, en constante augmentation, rendu possible par la technologie. Désormais, les entreprises doivent adapter les stratégies technologiques qui ont permis de créer avec succès cette main-d’œuvre de la prochaine génération pour soutenir une nouvelle façon de travailler à l’ère post-numérique.

4. Sécurisez-nous pour me sécuriser : Les entreprises ne sont pas des victimes, elles sont des vecteurs.

Bien que les entreprises axées sur les écosystèmes dépendent de l’interconnectivité, ces connexions augmentent l’exposition des entreprises aux risques. Les grandes entreprises reconnaissent que, tout comme elles collaborent déjà avec des écosystèmes entiers pour offrir les meilleurs produits, services et expériences de leur catégorie, il est temps que la sécurité se joigne également à cet effort.

5. MyMarkets : Répondre aux besoins des consommateurs à la vitesse de l’éclair

La technologie crée un monde d’expériences intensément personnalisées et à la demande, et les entreprises doivent réinventer leurs organisations pour trouver et saisir ces opportunités au fur et à mesure qu’elles se présentent. Cela signifie qu’il faut considérer chaque occasion comme s’il s’agissait d’un marché individuel – un marché momentané.

Là où opportunités et responsabilités se rencontrent.

L’ère post-numérique perturbera et remodèlera les entreprises et les industries, apportant de nouvelles capacités et possibilités puissantes. Mais cela ne veut pas dire que le numérique n’est pas terminé, bien au contraire, car la plus grande partie du chemin est encore à parcourir, mais le post-numérique exige de nouvelles règles.

Comme chaque entreprise devient effectivement une entreprise numérique, le leadership dépendra de la vitesse à laquelle votre entreprise pourra continuer à maîtriser l’intelligence artificielle, la réalité étendue, la technologie des grands livres distribués, l’informatique quantique et plus encore.

L’ère post-numérique offre aux entreprises une formidable opportunité d’innover et de faire croître leurs activités, ainsi qu’un mandat sans précédent et urgent de se concentrer sur l’instauration d’un climat de confiance et d’une innovation responsable. Il est primordial de tenir compte de la protection de la vie privée, de la sécurité, de l’éthique et de la gouvernance associées à ce niveau d’accès fondé sur la technologie.

Le chemin vers l’ère post-numérique nous attend. Le rapport invite à franchir une nouvelle étape dans la transformation numérique de votre entreprise en appliquant les nouvelles technologies, en investissant dans vos talents et votre organisation pour développer des compétences post-numériques et en renforçant les relations fondées sur la confiance afin d’accroître votre succès.

Rapport Accenture Technology Vision 2019
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Accenture

Protéger la blockchain des hackers quantiques

Pour préserver le grand livre inviolable des hackers quantiques, les deux technologies vont unir leurs forces. S’ils ne le font pas, les données sont en danger.

Il y a un débat acharné entre les défenseurs de la blockchain qui croient qu’elle est sécurisée et ceux qui pensent qu’elle pourrait être détériorée par les nouveaux ordinateurs quantiques.

Grâce à la construction inviolable de son grand livre, la Blockchain est intégrée dans tous les domaines, de l’assurance à l’immigration, et constitue la base des cryptomonnaies telles que Bitcoin. Mais sa nature ouverte et polyvalente pourrait entraîner sa perte – en 2019, l’informatique quantique pourrait briser la blockchain.

Les ordinateurs quantiques peuvent stocker plus d’informations en utilisant moins d’énergie que les ordinateurs traditionnels, ce qui signifie qu’ils peuvent effectuer rapidement des calculs complexes. Là où un ordinateur normal résoudrait un labyrinthe complexe en suivant un chemin à la fois, les machines quantiques peuvent suivre plusieurs chemins simultanément.

L’informatique quantique va changer le monde

En conséquence, la technologie quantique est estimée à des dizaines de milliers, voire des millions de fois plus rapide que les ordinateurs actuels – et plus de puissance signifie que des tâches telles que la rupture du cryptage deviennent énormément plus faciles, exposant potentiellement les dossiers financiers, les données personnelles et autres informations sensibles. En 2016, des scientifiques du MIT et de l’Université d’Innsbruck ont réussi à construire un ordinateur quantique qui, selon eux, pourrait – s’il était déployé avec succès – casser le cryptage RSA, un algorithme largement utilisé qui sécurise tout, des messages texte aux achats en ligne.

La blockchain est particulièrement vulnérable car elle a un point de défaillance unique – tous les blocs sont librement à la disposition des organisations criminelles ou agents de surveillance. Pour le moment, ils ne peuvent rien faire avec eux car ils sont cryptés, mais lorsque l’informatique quantique deviendra suffisamment bon marché, il pourrait y avoir d’énormes fuites de données de la chaîne de blocs potentiellement stockées.

C’est comme si vous gardiez vos objets de valeur dans une boîte verrouillée, mais que vous les laissiez ensuite dans la rue. La capacité d’enchevêtrement quantique (ou intrication quantique) lui permet de faire des sauts logiques que des ordinateurs classiques ne pourraient jamais faire. Cela pourrait combler les lacunes entre les données recueillies à partir de quelques blocs seulement.

Nous sommes passés de la théorie et du prototype à l’informatique quantique commerciale en quelques années seulement. En mars 2018, Google a dévoilé Bristlecone, une puce de 72 qubits qui, selon la société, pourrait bientôt atteindre la «suprématie quantique», mettant sur le marché des ordinateurs quantiques fabriqués en série. La technologie est en train d’être perfectionnée pour créer des processeurs qubit stables, et les machines méga-qubit sont proches.

Les puces neuromorphiques pourraient être l’avenir de l’informatique

L’industrie est concernée. Chaque année, les chercheurs des gouvernements et des géants informatiques dont Intel, Microsoft et Cisco se rencontrent avec les meilleurs chercheurs dans les domaines de la cybersécurité et des mathématiques lors d’atelier sur le chiffrage quantique (QSC : Quantum-Safe Cryptography – cryptographie sécurisée quantique) afin de discuter des solutions potentielles à la menace.

La technologie de défense contre les attaques quantiques existe déjà sous la forme de précurseurs de la cryptographie quantiquei, tels que la cryptographie basée sur le hachageii, la cryptographie basée sur le codeiii, la cryptographie basée sur le réseauiv, la cryptographie à plusieurs variablesv et la cryptographie d’isogénie à courbe elliptique supersingulairevi, chacune améliorant les itérations précédentes.

Face aux attaques croissantes sur nos données personnelles, telles que le piratage de British Airways de septembre 2018, nous devons faire pression pour une collaboration entre ces technologies apparemment concurrentes. Bien que l’informatique quantique semble porter atteinte à la sécurité de la blockchain, la solution pourrait consister à combiner les deux technologies et à créer un meilleur ensemble.

Les États-Unis travaillent à la construction de réseaux quantiques inaltérables

Wired


Economie de l’intention et Blockchain

Nous vivons actuellement et ce depuis quelques années un changement progressif de paradigme touchant toutes les économies et tous les marchés. Il s’agit de l’histoire d’un changement voire de rééquilibrage de rôles entre les acteurs du marché, l’offre et la demande. Des actions qui jusqu’à présent étaient de l’unique prérogative des acteurs de l’offre (entreprises, marques,…) deviennent des actions réappropriées par les acteurs de la demande (les clients). C’est ce que l’on qualifie véritablement de Transformation digitale.

Ainsi, chaque individu dispose graduellement d’un champ de possibilités plus vaste dans ses interactions avec les administrations qui les gouvernent, les entreprises qui leur proposent biens et services ainsi qu’avec les autres individus permettant des modes de collaboration plus poussés et mieux coordonnés.

L’apparition et le développement des technologies de communication, au premier rang desquelles figurent internet, ont constitué le premier émulateur de cette évolution. Les révolutions technologiques portées par les NBIC sont de formidables accélérateurs de cette transformation profonde de notre société. Et nous en constatons à peine les premiers effets.

Cette transformation digitale est synonyme de profonds changements pour les entreprises et les différents métiers qui les composent ainsi que pour chacun d’entre nous.

Dans ce contexte, de nouveaux concepts se développent, hérités d’une philosophie libertarienne ancrant davantage l’individu comme l’alpha et l’omega du système où la liberté est conçue comme une valeur fondamentale des rapports sociaux, des échanges économiques et du système politique… Un système non pas fondé sur la coercition, mais sur une coopération libre et volontaire entre les individus, avec un État limité à des fonctions régaliennesRobert Nozick (1938-2002), Murray Rothbard et Charles Murray font partie des principaux auteurs nourrissant cette doctrine.

Le Vendor relationship management ou VRM est né de cette mouvance. Le VRM se veut comme un renversement de la logique du CRM (customer relationship management) dans laquelle l’entreprise contrôle la relation avec le client. Le VRM vise une prise de pouvoir croissante de chaque individu dans la relation commerciale.

Comme nous le verrons, ce concept pourrait avoir de larges implications, mais il peine à se concrétiser faute d’une infrastructure technologique adéquate et d’un dilemme majeur qui était jusqu’alors insoluble : la nécessaire présence d’un tiers voire d’un « quart » de confiance.

Quasiment de manière parallèle à l’émergence du VRM, la blockchain, ou les DLT de manière générale, se sont développées dans cette même ligne de pensée libertarienne avec la mise en place de logique distribuée, décentralisée.

Or, comme nous le verrons, ces deux concepts peuvent se compléter et former ainsi l’infrastructure et la superstructure permettant le développement de nouvelles logiques de marché. Le puzzle semblerait se compléter à merveille.

Après avoir partagé successivement les concepts de VRM et blockchain, nous identifierons les synergies et limites de cette potentielle évolution sur un cas majeur, l’identité numérique.

Le Vendor Relationship Management

Qu’est ce que le VRM et plus largement le concept d’économie de l’intention ?

Notion apparue en 2000 et développée par Doc Searls au Berkman Center for Internet & Society de l’Université de Harvard, le VRM repose sur le principe d’une prise de pouvoir croissante du client dans la relation commerciale.

Ce dernier est mieux informé. Il peut plus facilement comparer les offres, les commenter, faire part de son avis au sein de communautés plus ou moins larges. Ce pouvoir croissant étant synonyme d’une plus grande liberté retrouvée grâce au développement du monde digital et de la data.
Doc Searls parle d’un passage d’une économie de l’attention à l’économie de l’intention. Tout est dit.

Les « offreurs » ont moins besoin de capter l’Attention du prospect que de se tenir davantage prêts à réagir aux intentions exprimées par les demandeurs ou déduites par les « offreurs » grâce à des technologies de marketing prédictif.

Les « offreurs » auront de plus en plus intérêt à respecter des règles de permissive marketing édictées par les demandeurs et celles imposées par les régulateurs. Les « offreurs » devront remettre en question leur approche commerciale afin de passer très vite à un mode véritablement relationnel avec les « demandeurs ».

Le modèle annonceur/cibles – publicitaire – et les principes marketing qui vise à verrouiller la relation commerciale avec les clients doivent être également revus à l’aune de ce nouveau paradigme.

Les principes fondamentaux du VRM selon le VRM project à Harvard :

– les clients doivent entrer en relation avec les entreprises de façon libre
– chaque client centralise les données le concernant
– les clients doivent contrôler la façon dont les données sont transmises aux entreprises
– les clients doivent pouvoir imposer leurs conditions d’engagement
– les clients doivent pouvoir exprimer leurs demandes et intentions sans aucun contrôle des entreprises

Le principe du VRM (Vendor Relationship Management) est donc d’offrir aux consommateurs un ensemble d’outils pour gérer la relation entre vendeur et client. Les trois axes principaux de ce renversement de la relation commerciale sont :

– la réappropriation par les consommateurs de leurs données personnelles,
– la diminution drastique du pistage en ligne,
– et la déclaration des intentions d’achat.

Ces deux premiers points ont été appuyés par la nouvelle règlementation européenne renforçant la protection de la vie privée (GDPR), et le troisième est à la base de nouveaux outils conçus par des entreprises innovantes.

Ces outils visent prioritairement à offrir aux consommateurs, la possibilité de :

1. partager leurs données de manière sélective. Les informations personnelles divulguées aux entreprises sont à la discrétion et selon la volonté de l’individu.
2. contrôler la manière dont les données sont utilisées par les autres intervenants. L’individu déciderait alors, de la durée d’utilisation de ses données par d’autres utilisateurs. De plus, le client pourrait mettre fin à cette relation quand il le souhaiterait, cela signifierait que les données personnelles utilisées devraient alors être supprimées.
3. affirmer leurs propres conditions de services. Ceci afin de réduire la pénibilité liée à l’appréhension des conditions de services écrites par les entreprises, qui ne sont bien souvent pas lues avant d’être acceptées.
4. exprimer leurs demandes dans un contexte de marché libre. Le client ne doit pas être cantonné une organisation particulière et doit être en mesure de s’exprimer ouvertement sans avoir l’obligation de divulguer des informations personnelles.

Mais un concept difficilement opérable car confronté à des limites opérationnelles criantes dés le départ

Le principe était donc de proposer des plateformes individuelles qui favoriseraient le “business” en ouvrant le marché à de nombreux types de services de tiers qui serviraient aux acheteurs ainsi qu’aux vendeurs.

Ces plateformes se connecteraient aux systèmes d’information existants de gestion des relations sur des standards ouverts et des API ouvertes (interfaces de programme d’application). Cela permettrait à l’entreprise de soutenir une activité de plus en plus variée et complexe comportant un nombre grandissant de liens sociaux.

Si le défi technologique était déjà loin d’être trivial, le principe même de ces solutions se trouvait bancal dès la conception.

En effet, comment les fournisseurs de ces plateformes pouvaient-ils être légitimes? Finalement, cela ne revenait-il pas à proposer à un individu de passer d’une relation commerciale bilatérale à une relation multilatérale en acceptant un nouveau tiers voire quart de confiance ? Pourquoi dans ce cas l’individu ferait-il plus confiance à ce nouvel acteur qui serait également en lien avec les entreprises ? Ces fournisseurs de solutions géreraient la relation, les accès aux données voire leur monétisation.

Cette indépendance ou liberté nouvelle promise aux individus se trouvait remise en cause.

Par ailleurs, la création de ces plateformes nécessite un effet volume considérable afin qu’elles soient perçues comme crédibles par les marques et les entreprises qui logiquement seront toujours réticentes (euphémisme)à se voir désintermédier de façon croissante dans leurs relations avec les clients finaux.

Même si le concept de VRM est fondamentalement attrayant, ces facteurs expliquent que son exécution n’ait pas encore été couronnée de succès jusqu’à présent.

Pour que le VRM puisse réellement se développer, une infrastructure distribuée ou décentralisée sans le recours obligatoire d’un tiers de confiance, avec des services directement et simplement gérés par chacun semble être une des conditions sine qua none de son exécution réussie.

Or, c’est notamment sur ce principe que se sont développées les technologies de registre distribuées (ou DLT) comme la blockchain notamment.

Qu’est ce que la blockchain ?

Les DLT, la solution au déploiement réussi du VRM

Qu’est ce que la blockchain ou chaîne de blocs ?

Si on se réfère à la définition de Blockchain France « La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle ».

Il s’agit d’une base de données distribuée qui contient l’historique de toutes les opérations d’un réseau pair-à-pair effectuées entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est dite distribuée dans la mesure où elle est partagée et donc visible par ses différents utilisateurs dans un même état à tout instant. Cette base de données est sécurisée et réputée immutable (i.e : ne pouvant être falsifiée).

Cette base de données est structurée en blocs d’information, d’où son appellation, avec un chaînage cryptographique d’un bloc à son suivant. Ce chaînage cryptographique est important car il permet de détecter facilement toute altération de la structure de données.

Le fonctionnement d’une blockchain implique les éléments suivants :

– un réseau pair-à-pair (peer to peer) soit public (permissionless), soit totalement ou partiellement privé (permissioned)

– une base de données distribuée servant de « grand livre » où sont inscrites toutes les transactions et autres informations utiles pour les membres du réseau sous forme de blocs d’informations avec un système d’horodatage

– un algorithme de consensus qui règle la mise à jour et l’évolution du registre et qui permet d’automatiser par un ensemble de règles le processus de validation des transactions entre membres du réseau. Sur Bitcoin, par exemple, la validation des transactions passe par la résolution d’un défi (le minage) qui nécessite une grande capacité de calcul et une consommation énergétique conséquente (Proof of work). D’autres processus de validation existent sur des principes différents (proof of stake, proof of ellapsed time,proof of burn, proof of existence …). Ils restent minoritaires dans les blockchains ouvertes

– un ensemble d’outils et de méthodes cryptographiques (système asymétrique de clés publique et privée, principe de factorisation, SHA256,…) assure la sécurité du réseau – en particulier contre toute attaque ou tentative de corruption du registre distribué – et l’intégrité des échanges entre ses membres

– un mécanisme d’incitations inscrit dans le protocole de fonctionnement du réseau, nécessaire pour rémunérer les membres actifs du réseau, à savoir ceux qui se chargent d’assurer la bonne marche et la sécurité du réseau, en particulier et surtout si ce dernier est complètement ouvert. (cf. articles précédents pour en savoir plus sur les blockchains).

Presque personne ne comprend vraiment la technologie blockchain

On constate dés la présentation de cette définition les liens évidents entre VRM et blockchain. Il n’y a ni administrateur central obligatoire,ni stockage de données centralisé.

On parle plus largement de DLT. Car si la blockchain est un système linéaire et donc une DLT particulière, les DLT peuvent également être non linéairement structurées comme par exemple Tangle.

Par ailleurs, la notion de smart contract prend tout son sens dans le contexte du VRM.

Un smart contract est «un programme qui contrôle sans intermédiaire, des actifs numériques» selon le créateur d’Ethereum, VitalikButerin.

Les smart contracts sont donc des programmes informatiques qui sont chargés d’exécuter les termes d’un contrat une fois que toutes les conditions sont réunies, de manière automatique et sans qu’aucune intervention humaine supplémentaire ne soit nécessaire. C’est l’un des points phares des smart contracts ; la désintermédiation.

C’est un contrôle des engagements qui s’opère : dès qu’un utilisateur réalise un engagement celui-ci est enregistré. Une fois tous les engagements nécessaires à réalisation du contrat effectués, le contrat s’applique automatiquement avec transfert des actifs et actes de paiement le cas échéant.

Ethereum est une des principales blockchain qui permet de concevoir des applications décentralisées appelées dAPPS. De même, RSK qui ambitionne de développer des smart contracts sur Bitcoin.

Grâce aux DLT, le VRM, loin de rester un concept aspirationnel, voit des applications concrètes en cours de déploiement.

Un cas concret de mise en œuvre : l’identité numérique

La question de l’identité numérique est cruciale pour la simplification de la vie dans le monde digital et également dans le monde réel. C’est aussi une question éminemment stratégique pour chaque nation.

Combien de fois, chacun d’entre nous doit saisir et donc divulguer ses informations personnelles lors d’opérations online ? Autant de fois que les entreprises ou les administrations diverses doivent les saisir, les gérer.

Cela génère des coûts conséquents pour les organisations et de la perte de temps voire de la frustration et un risque de pertes données non négligeablepour les individus.

Dans le secteur bancaire, le KYC (know your customer) revêt une importance toute particulière notamment du fait d’obligations réglementaires essentielles relatives à la lutte contre le blanchiment d’argent et contre le financement du terrorisme. Ce process KYC est particulièrement coûteux pour les banques.

Dans certains pays en développement, au-delà des aspects couteux et chronophages, c’est tout simplement la question de pouvoir justifier de son identité qui se pose. Au niveau des administrations, notamment dans des pays à forte composante rurale et déconnectée, pouvoir déclarer et justifier son identité peut être un véritable parcours du combattant.

De nombreuses startups travaillent sur la question de l’identité numérique en utilisant les DLT comme solution de base. En effet, le DLT permettent de concilier respect et protection des libertés individuelles et efficience des processus mis en œuvre.

Parmi ces startups, on peut citer par exemple :

– Trunomi : qui simplifie le processus de KYC en connectant les clients aux institutions financières tout en permettant aux clients de gérer le partage de leurs données personnelles et de les sécuriser
– PikcioChain apporte également des solutions facilitant le KYC et permet également aux clients d’être rémunérés lorsqu’ils partagent leurs données avec les entreprises de leur choix.

Des pays se sont également lancés dans ce type de solution au premier rang desquels nous pouvons citer l’Estonie.

L’Estonie, une nation digitale

Tel qu’indiqué sur le site e-estonia.com, chaque Estonien dispose d’une identité digitale émise par le gouvernement. Tout citoyen peut ainsi signer électroniquement un document ou accéder en ligne à un service administratif. 98 % des Estoniens disposent d’une carte d’identité dite ID-Card permettant d’accéder de manière sécurisée à l’ensemble des services administratifs numériques offerts par l’Estonie. Ainsi, cette carte peut être utilisée pour voter électroniquement, pour utiliser son compte bancaire, pour bénéficier des services de santé, etc. De fait, plus de 500 millions de signatures digitales ont déjà été enregistrées. Cette avancée technologique de l’Estonie est une réaction aux cyber-attaques dont le pays a été la cible en 2007. Le gouvernement estonien a décidé d’utiliser la blockchain pour gérer les échanges de données entre les administrations et les consigner de façon infalsifiable. La blockchain est utilisée dans des situations où plusieurs parties prenantes doivent partager des informations autorisées l’une avec l’autre sans un tiers central. En conséquence, le système estonien fournit à ses citoyens une expérience administrative unifiée, transparente, sécurisée et satisfaisante.

Rapport Terra Nova – І L’identité numérique : un usage de la blockchain au profit du citoyen – P 12

La logique libertarienne sous-jacente à ce type d’évolutions aussi bien technologiques (blockchain) que conceptuelle (le VRM) semble donc avoir le vent en poupe à l’heure actuelle.

De nouveaux modèles économiques et structures de marchés sont ainsi à repenser mettant au cœur chaque individu « responsabilisé davantage ».

Cette responsabilité accrue pour chaque individu peut être lourde de sens. En cas de dysfonctionnement, le recours en dernier ressort est l’individu et non une administration publique ou un acteur privé tiers de confiance.

Le recours aux DLT alliant à la fois sécurité et intelligence collective permettrait d’alléger cette lourde charge pour chacun d’entre nous. Mais le recours aux DLT seul peut sembler insuffisant pour que chacun d’entre nous puisse utiliser à plein ces nouvelles solutions.

Un cadre réglementaire et juridique, national et international, doit également évoluer en ce sens afin de permettre l’essor de l’identité numérique transnationale et plus largement une logique économique centrée sur des individus « libres ».

Il est fort à parier que, comme pour le mobile money, cette évolution sera plus rapidement développée dans les pays émergents et en développement.Cette évolution étant motivée avant tout par la nécessité ainsi que par des contraintes économiques et sociales ressenties par chaque individu.

La promesse de solutions permettant de libérer chaque individu des marques et des administrations en rééquilibrant les rapports de force entre Offre et Demande semble très attrayante…

Mais finalement, ne s’agirait-il pas dans ce cas de passer d’une « soumission » individuelle à des organisations politiques déterminées et contrôlées par des systèmes issus de la démocratie (voire aussi par des autocraties dans certains pays) à des organisations déterminées par la technologie et le capital … ? Avec le développement des solutions IA, la tentation ne serait-elle pas encore plus forte de déléguer ce type de responsabilités ? Et si oui, quels en seraient les garde-fous?


Notes :
Qu’est-ce-qu’un « smart contract » ?
– L’identité numérique : un usage de la blockchain au profit du citoyen (PDF)
– Terra Nova | L’identité numérique : un usage de la blockchain au profit du citoyen
– International Journal of Pure and Applied Mathematics, Volume 119 No. 10 2108, 259-265. BlockChain Technology (DLT Technique) for KYC in FinTech Domain: A Survey
– iatranshumanisme.com : L’informatique quantique et la blockchain, une équation à plusieurs inconnues

Les marchés de crypto-actifs

Canaux potentiels pour les implications futures sur la stabilité financière

Ce rapport présente l’analyse qui sous-tend l’évaluation proactive du Conseil de stabilité financière (CSF – Financial Stability Board (FSB)) des conséquences potentielles des actifs cryptographiques sur la stabilité financière. Le rapport fait suite à l’évaluation initiale énoncée dans la lettre du président du CSF de mars 2018 aux ministres des Finances et aux gouverneurs des banques centrales du G20, et au résumé des travaux du CSF et des organismes de normalisation sur les actifs cryptographiques que le CSF a publiés en juillet.

Le rapport du CSF comprend une évaluation des principaux risques liés aux actifs cryptographiques et à leurs marchés, tels que la faible liquidité, l’utilisation d’un effet de levier, les risques de marché liés à la volatilité et les risques opérationnels. Sur la base de ces caractéristiques, les actifs cryptographiques ne possèdent pas les attributs essentiels des devises souveraines et ne servent pas de moyen de paiement commun, de réserve de valeur stable ou d’unité de compte traditionnelle.

Sur la base des informations disponibles, les actifs cryptographiques ne posent pas de risque important pour la stabilité financière mondiale à l’heure actuelle. Cependant, une surveillance vigilante est nécessaire compte tenu de la rapidité des développements du marché. Si l’utilisation des actifs cryptographiques continuait d’évoluer, cela pourrait avoir des conséquences sur la stabilité financière à l’avenir.

Ces implications peuvent inclure :

– des effets de confiance et des risques de réputation pour les institutions financières et leurs régulateurs;
– les risques découlant des expositions directes ou indirectes d’institutions financières;
– les risques liés à l’utilisation généralisée des actifs cryptographiques dans les paiements et les règlements;
– et les risques liés à la capitalisation boursière et aux effets de richesse.

Les crypto-actifs soulèvent également plusieurs problèmes de politique plus vastes :

– tels que le besoin de protection des consommateurs et des investisseurs;
– protocoles d’intégrité du marché forts;
– la réglementation et la surveillance en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, y compris la mise en œuvre de sanctions internationales;
– mesures réglementaires pour prévenir l’évasion fiscale;
– la nécessité d’éviter le contournement des contrôles de capitaux;
– et les préoccupations relatives à la facilitation des offres de valeurs mobilières illégales.

Ces risques font l’objet de travaux aux niveaux national et international et ne sont pas au centre des préoccupations du présent rapport.

Presque personne ne comprend vraiment la technologie blockchain

À ce jour, les membres du CSF ont pris toute une série de mesures de surveillance, de réglementation et d’application nationales liées aux actifs cryptographiques. Les autorités nationales et les organismes de normalisation ont mis en garde les investisseurs contre les risques liés aux actifs cryptographiques, ainsi que des déclarations soutenant le potentiel de la technologie de grand livre distribuée (DLT) sous-jacente sur laquelle elles s’appuient pour améliorer l’efficacité du système financier. Ces actions s’équilibrent entre la préservation des avantages de l’innovation et la maîtrise de divers risques, notamment ceux de la protection des consommateurs et des investisseurs et de l’intégrité du marché.

Source : Financial Stability Board

Guérir le monde… avec des blockchains ?

C’est possible, affirme le Forum économique mondial dans cette nouvelle étude optimiste. Le rapport présente 65 « cas d’utilisation existants et émergents » pour lesquels les chaînes de blocs pourraient être utilisées pour résoudre les problèmes environnementaux, des catastrophes naturelles à la pénurie d’eau et, bien sûr, au changement climatique. Des concepts tels que le commerce de l’énergie peer-to-peer pourraient rendre les réseaux électriques plus efficaces et résilients, tandis que les systèmes décentralisés contribueraient à diffuser des informations essentielles à la suite d’une catastrophe. En ce qui concerne la réduction des émissions de gaz à effet de serre? Les crédits de carbone « tokenisés » peuvent y contribuer.

Le WEF pourrait avoir raison. Mais soyons réaliste : comme le reconnaît le rapport, la plupart de ces cas d’utilisation ne sont que des concepts ou des projets pilotes. Les réseaux de chaînes de blocs peuvent également poser un problème environnemental à part entière. Les plus populaires utilisent autant d’électricité qu’une petite nation en raison du processus, appelé preuve de travail, que les participants utilisent pour parvenir à un consensus sur le fait que les informations contenues dans leur grand livre partagé sont exactes.

Presque personne ne comprend vraiment la technologie blockchain

Des mécanismes de consensus plus efficaces sur le plan énergétique pourraient émerger et trouver du succès à grande échelle. Mais les obstacles techniques à cela ne peuvent être occultés. Les défis liés à l’évolutivité et à la durabilité environnementale peuvent être surmontés en se tournant vers les réseaux de chaînes de blocs qui nécessitent que les participants s’identifient. Cela réduit le coût de convaincre le reste du réseau de leur faire confiance – même si beaucoup d’entre eux diraient qu’une telle structure mine l’idée même de la blockchain.

Quelle que soit la voie à suivre, les réseaux de chaînes de blocs doivent relever leurs propres défis environnementaux avant de pouvoir s’attaquer à la planète.

Le rapport a été réalisé en partenariat avec PwC et le Stanford Woods Institute for the Environment

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Les internautes chinois utilisent la blockchain pour partager un article d’actualité censuré

Les internautes chinois se sont tournés vers la blockchain pour partager un article censuré sur les vaccins défectueux administrés aux petits bébés. Bien qu’un poste d’investigation viral ne puisse plus être trouvé, certains tentent de garantir sa disponibilité en exploitant la technologie de la chaîne de blocs.

Un scandale choquant entourant le fabricant de médicaments Changchun Changsheng Biotechnology a éclaté en juillet. La société basée à Jilin aurait violé les normes de fabrication de vaccin pour les humains. De plus, quelque 252 600 vaccins anti-DTC (diphtérie, coqueluche, tétanos) de qualité inférieure fabriqués par la société ont été vendus à la province du Shandong. Ces vaccins contre la coqueluche et le tétanos fourni à des bébés de trois mois étaient inefficaces pour stimuler le système immunitaire humain. Changchun avait utilisé ces produits de mauvaise qualité pour augmenter ses marges de profit, devenant ainsi le plus grand fabricant de vaccins en Chine.

Les incidents ont rapidement fait fureur dans tout le pays, où il est devenu l’un des sujets les plus regardés sur les médias sociaux locaux, tels que WeChat et Weibo, où les internautes exprimaient leur dégoût du système de vaccination corrompu et inefficace. Ils ont essayé de lire l’histoire intitulée «King of Vaccines», écrite par un internaute sous le pseudonyme «Beast», mais toute tentative de republier l’histoire n’a pas duré longtemps avant d’être supprimée.

Ainsi, le 22 juillet, les utilisateurs se sont tournés vers le réseau blockchain d’Ethereum. Une adresse Ethereum a envoyé 0,001 Ether (environ 0,47 USD) à elle-même, en collant le texte de la publication dans les métadonnées de la transaction, qui reste visible dans le grand livre public. Etant donné qu’Ethereum est décentralisé et difficile à manipuler, les moniteurs de Beijing ne sont pas en mesure d’intervenir et font pression sur les propriétaires du réseau pour qu’ils suppriment la transaction.

C’est le deuxième cas majeur où les utilisateurs chinois ont choisi la chaîne de blocs pour exprimer leurs valeurs sociales et leurs plaintes au même titre que la société moderne. En avril, des étudiants activistes se sont rendus sur le réseau blockchain d’Ethereum pour publier une lettre ouverte écrite par une étudiante qui avait été intimidée et menacée par son collège afin de ne pas parler d’agression sexuelle et de harcèlement. Cette lettre reste disponible sur la blockchain afin que tout le monde puisse l’examiner, ce qui est une occurrence étonnamment rare pour la plupart des documents exprimant une opinion divergente en Chine.

En utilisant la blockchain de cette nouvelle manière, les citoyens chinois ont peut-être enfin trouvé le moyen de s’exprimer au-delà de la censure du gouvernement.

The Verge, The New York Times, TechNode, Stat News