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Google Archipelago : Le goulag numérique et la simulation de la liberté

Big Digital

Google Archipelago

Le nouveau livre de Michael Rectenwald entreprend une tâche audacieuse dès la lecture de son titre, en établissant une analogie entre l’état actuel de l’économie de l’internet et les conditions horribles endurées par Alexandre Soljenitsyne dans les goulags soviétiques. Son argument général, par ailleurs, est direct et potentiellement convaincant : en raison de la nature oligopolistique de l’internet moderne, Google, Facebook, Twitter, Instagram et Amazon contrôlant une si grande partie du trafic dans leurs sphères respectives, ces sociétés ont la possibilité de faire passer leurs propres programmes personnels, de gauche, auprès des consommateurs qui veulent simplement être en mesure d’accéder aux informations et aux produits pour lesquels ils sont devenus une passerelle essentielle.

À leur tour, ces entreprises, avec l’aide du gouvernement, utiliseront leur pouvoir monopolistique pour soumettre toute personne qui ne veut pas s’aligner sur le nouvel agenda “woke“.

Les préoccupations générales de Rectenwald concernant la censure privée et sociale, plutôt que gouvernementale, le placent en bonne compagnie. L’éminent philosophe libéral J.S. Mill a noté dans son ouvrage On Liberty (1859 ; 2011, Gutenberg Institute, p. 8) que la censure de la société civile “pratique [sic] une tyrannie sociale plus redoutable que de nombreux types d’oppression politique, car, bien qu’elle ne soit pas habituellement soutenue par des sanctions aussi extrêmes, elle laisse moins de moyens de s’échapper et pénètre beaucoup plus profondément dans les détails de la vie”.

Rectenwald note à juste titre (p. 78) que la Révolution culturelle chinoise, bien que dirigée par les élites politiques, a été entreprise par de simples citoyens qui, dans leur zèle, étaient prêts à détruire littéralement les moyens de subsistance de leurs compatriotes considérés comme insuffisamment fidèles au maoïsme.

Google Archipelago : The Digital Gulag and the Fate of Free Speech explore la portée, la pénétration, la puissance et l’impact du “Big Digital” – ou les méga gestionnaires d’information, les plateformes de médias sociaux, les développeurs d’intelligence artificielle, les fournisseurs d’autres applications et fonctionnalités web, et les architectes et promoteurs de l’Internet des objets à venir. Alphabet (Google, YouTube, etc.) Facebook et Instagram, Twitter, Yelp et Linkedin, ainsi que leurs nombreuses filiales et concurrents, constituent un collectif numérique – Big Digital – dont le domaine est mondial et dont le pouvoir idéologique et fonctionnel représente une force sans équivalent dans l’histoire.

Big Digital, une constellation non gouvernementale de sociétés de technologie numérique, préside désormais à la vie publique et privée à un point tel qu’elle rivalise, voire dépasse, la portée et la pénétration gouvernementales de plusieurs gouvernements nationaux réunis. Le Big Digital représente une nouvelle forme privée de gouvernement, ou une gouvernementalité, les moyens par lesquels les populations sont gouvernées, et les technologies qui permettent cette gouvernance.

Le principal moyen derrière les fonctions gouvernementales de Big Digital est l’idéologie. Et l’idéologie de Big Digital est résolument de gauche. J’appelle l’idéologie de Big Digital “gauchisme d’entreprise” – ou, pour emprunter et redéfinir une expression inventée par George Gilder, “le marxisme de Google”. Le gauchisme d’entreprise ou le marxisme de Google constituent l’ensemble des valeurs et des croyances que l’on retrouve aujourd’hui dans un nombre croissant d’entreprises américaines et autres corporations. Le gauchisme d’entreprise informe les politiques et les procédures de Big Digital.

Mais le gauchisme d’entreprise est également disséminé bien au-delà des cultures de travail du quartier général de Big Digital. Le gauchisme d’entreprise n’est pas une caractéristique subsidiaire ou un aspect accessoire de Big Digital. Le gauchisme est codé dans l’ADN même de la technologie du Big Digital et se réplique avec chaque ramification organisationnelle et chaque nouvelle technologie. L’idéologie gauchiste de Big Digital circule dans les profonds réseaux neuronaux du cyberespace et des autres sphères numériques. Le gauchisme corporatif est intrinsèque à la structure de l’internet, du ” Cloud “, des algorithmes, des applications, des bots d’IA, des services de médias sociaux, des systèmes software de tracking de la navigation web, des assistants virtuels, et plus encore.

Google Archipelago raconte comment les entreprises de technologie numérique de la Silicon Valley sont devenues des bastions du gauchisme – comment, pourquoi et à quelles fins le gauchisme d’entreprise a constitué et informé Big Digital, tout en continuant à promouvoir les objectifs commerciaux de ses conglomérats numériques mondiaux et en étendant leur portée en tant que gouvernementalité privée.

Le gauchisme d’entreprise de Big Digital est autoritaire jusqu’à la moelle – et la principale gouvernementalité dans le monde d’aujourd’hui est la constellation autoritaire gauchiste d’entreprise que j’appelle l’Archipel Google : Le goulag numérique et la simulation de la liberté. Rectenwald, Michael. (2019).

Le cocktail dangereux : Big Tech et idéologie de la justice sociale-Michael Rectenwald | American Thought Leaders

Le gouvernement de Google et le goulag numérique | Michael Rectenwald | The Glenn Beck Podcast | Ep 47

Extrait interview :

“Google Archipelago (ci-après GA) retrace la métastase de l’idéologie sociale dans le domaine numérique. Il peut être considéré comme le deuxième d’une série d’épisodes sur la justice sociale, une série que j’ai commencée dans Springtime for Snowflakes et que je poursuivrai peut-être dans un troisième livre, complétant ainsi une trilogie.

Ce livre représente une étude de la manifestation largement étendue et magnifiée de l’idéologie autoritaire-totalitaire gauchiste à mesure qu’elle s’étend dans le cyberespace, s’étend dans le corps cybersocial et pénètre les recoins les plus profonds de la vie sociale et politique. Dans GA, je relie la politique de Big Digital à ses technologies. Je soutiens et démontre que les technologies sont intrinsèquement gauchistes et autoritaires.

Pour des raisons que j’expose dans le livre, la seule façon de comprendre la politique d’organisations telles que Google, Facebook, Twitter, etc. et la façon dont cette politique se reflète dans ses technologies est de voir le Big Digital comme la pointe d’un conglomérat économique et gouvernemental qui vise à monopoliser la vie humaine à l’échelle mondiale.

L’ambition politique de Big Digital est d’établir un système à deux niveaux composé de monopoles mondiaux d’entreprise et d’État au sommet, avec un “socialisme existant” pour tous les autres. J’appelle ce système à deux niveaux “socialisme d’entreprise“, que je préfère au terme “techno-féodalisme”, utilisé par d’autres.

J’ai de très bonnes raisons d’adopter le nom de socialisme d’entreprise plutôt que celui de techno-féodalisme, dont la moindre n’est pas le penchant des monopolistes à utiliser la rhétorique et l’idéologie socialistes dans leurs tentatives de faire exister le système à deux vitesses.

Le socialisme d’entreprise a pour but d’arriver à un État unique, un seul monde, avec de vastes monopoles mondialistes contrôlant la production. Ces monopoles seraient mis en parallèle avec un socialisme ou une égalité réduisant les perspectives de tous les autres. Des dupes imprudents comme Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez servent les socialistes d’entreprise en habituant les masses à cet état de fait. Les objectifs du socialisme d’entreprise sont introduits sous l’apparence d’une égalité économique et sociale, une égalité avec des perspectives réduites pour la grande majorité.

Les socialistes d’entreprise n’ont pas besoin d’égalité ; l’égalité s’applique strictement à la majorité destinée à vivre avec des perspectives réduites de “socialisme réellement existant” sur le terrain. En fin de compte, Big Digital tente de remplacer la réalité par une ou plusieurs simulations numériques, des simulacres se présentant comme des substituts de la réalité – pour introduire des réalités simulées et fausses ou des simulacres qui déplacent et remplacent le réel. Oubliez les Fake News. Essayez la Fake Reality (la fausse réalité)”.

Dr. Michael Rectenwald

Michael Rectenwald est l’auteur de onze ouvrages, dont Thought Criminal (2020), Beyond Woke (2020), Google Archipelago (2019), Springtime for Snowflakes (2018), Nineteenth-Century British Secularism (2016). Il a été professeur à l’université de New York de 2008 à 2019. Il a également enseigné à la Duke University, la North Carolina Central University, la Carnegie Mellon University et la Case Western Reserve University. Il est un expert et un défenseur de la liberté d’expression contre toutes les formes d’autoritarisme et de totalitarisme, y compris le socialisme-communisme, la “justice sociale”, le fascisme et le politiquement correct.

Il est titulaire d’un doctorat en études littéraires et culturelles de l’université Carnegie Mellon, d’une maîtrise en littérature anglaise de l’université Case Western Reserve et d’une licence en littérature anglaise de l’université de Pittsburgh. (voir son C.V. pour plus de détails). Ses essais universitaires et académiques sont parus dans le Quarterly Journal of Austrian Economics, Academic Questions, Endeavour, le British Journal for the History of Science, College Composition and Communication, International Philosophical Quarterly, les anthologies De Gruyter (Organized Secularism in the United States), etc.

Les publications de Michael destinées au grand public sont apparues sur le fil de Mises Institute, The Epoch Times, RT.com, Campus Reform, The New English Review, The International Business Times, The American Conservative, Quillette, The Washington Post, The Pittsburgh Post-Gazette, entre autres. Le Dr Rectenwald a participé à de nombreux talk-shows politiques et autres sur les grands réseaux (Tucker Carlson Tonight, Fox & Friends, Fox & Friends First, Varney & Company, The Glenn Beck Show), à des émissions de radio syndiquées (Glenn Beck et bien d’autres), ainsi qu’à des émissions et podcasts.

Voir aussi :

Qu’est-ce que le Grand Reset ? Espoirs réduits et Bio-techno-féodalisme
Le socialisme d’entreprise
Le capitalisme aux caractéristiques chinoises
Capitalisme des parties prenantes vs. néolibéralisme
L’idéologie Woke

Davos : intervention du Président Emmanuel Macron avec Klaus Schwab

Intervention du Président Emmanuel Macron avec Klaus Schwab, président-fondateur du Forum Economique Mondial dans le cadre de l’Agenda de Davos (25—29 Janvier 2021), sur le thème de la « Grande Réinitialisation » du monde après la pandémie de la COVID-19.

Davos est une réunion annuelle, à laquelle participent plus de 1500 leaders mondiaux, dont 25 chefs de gouvernement et d’État et plus de 500 PDG.

Les sujets abordés, entre autres, ont été le “new normal”, la quatrième révolution industrielle, le Grand Reset, l’intelligence artificielle, les technologies quantiques et les impacts en termes démocratiques qui sont massifs.

Mardi 26 janvier 2021, extrait :

Pr. Klaus SCHWAB
Monsieur le Président, si on prend tous ces changements, est-ce que ça signifie aussi un nouveau mode de mondialisation ? Est-ce c’est aussi, comme on dit, un « new normal » pour la mondialisation ?

Le Président de la République
Alors complètement. Je vais vous dire, tout ce qu’on est en train de se dire converge pour moi vers trois éléments. Le premier, on doit bâtir un nouveau consensus. Le 11 novembre dernier, lors du Forum de Paris pour la paix, on a essayé de réunir des chefs d’Etat et de gouvernement, des ONG, des organisations internationales, des intellectuels pour essayer de réfléchir à ce qu’on a appelé très immodestement le consensus de Paris. C’est le consensus de partout, qu’importe, mais de se dire plusieurs décennies après le consensus de Washington, il nous faut bâtir un nouveau consensus dont les règles ne sont pas la réduction de l’État, la baisse du secteur public et la création de valeur uniquement pour justement l’actionnaire. Et donc on doit bâtir, et c’est exactement la discussion qu’on a depuis tout à l’heure ensemble, un nouveau consensus qui intègre tout cela et qu’il remet au cœur du modèle. Deuxième point, il faut trouver un nouveau mode de coopération entre les États, c’est-à-dire retrouver un multilatéralisme efficace. C’est ce à quoi je crois depuis des années. Il était bloqué, en effet, par une administration américaine qui n’y croyait pas. Je nourris beaucoup d’espoirs en ce début d’année avec un partenaire américain, je l’espère, qui va se réengager, et donc nous devons construire un multilatéralisme efficace qui permettra de répondre et de mettre en œuvre ce nouveau consensus. Et puis, troisième chose, on a besoin de bâtir ces nouvelles coalitions, celles-là même qu’on a essayé de construire dans le cadre des One Planet Summit. C’est-à-dire qu’au fond, pour répondre à ces défis, le « new normal » dont vous parlez est une interaction et je salue à cet égard le caractère très innovant de votre forum, depuis des décennies, vous avez pensé ça, c’est-à-dire la coopération, mais au concret entre les États, les ONG, les entreprises, les investisseurs. C’est-à-dire que ce « new normal » dont on parle, la mise en scène du consensus, ce n’est pas qu’un multilatéralisme intergouvernemental, ce sont des coalitions d’acteurs hétérogènes qui se donnent les mêmes objectifs pour avoir des résultats.

Pr. Klaus SCHWAB
Monsieur le Président, ça me donne justement une raison de vous demander : je sais votre intérêt pour toutes les nouvelles technologies, pour ce qu’on appelle la quatrième révolution industrielle, mais dans toute sa conception, disons, le numérique joue un très grand rôle.
Comment voyez-vous l’impact de la puissance de l’écosystème numérique sur tout ce que vous avez dit ?

Le Président de la République
Je pense qu’il y en a plusieurs. Le premier, c’est que nous sommes en effet en train de multiplier les révolutions, quand on parle de numérique. Il y a plusieurs révolutions en une. Nous sommes au début de plusieurs révolutions technologiques qui nous font complètement changer de dimension. On a la révolution de l’intelligence artificielle, qui va totalement changer la productivité et même aller au-delà du pensable dans énormément de verticaux, de l’industrie à la santé en passant à l’espace. À côté de la révolution de l’intelligence artificielle, il y en a une deuxième qui, pour moi, est totalement fondamentale, qui est celle du quantique, qui va là aussi, par la puissance de calcul et la capacité d’innovation, profondément changer notre industrie, en changeant l’industrie des capteurs et donc ce qu’on peut faire dans l’aéronautique, ce qu’on peut faire dans le civil, changer totalement la réalité du cyber, par exemple ; et notre puissance de calcul, ce qui veut dire aussi la capacité qu’on a à résoudre des problèmes. Je prends l’épidémie que nous sommes en train de vivre, l’intelligence artificielle et le quantique sont des instruments de gestion, de transformation de gestion de l’épidémie. C’est-à-dire que vous pourrez régler des problèmes qui aujourd’hui prennent des semaines, en un jour. Vous pourrez régler des problèmes de diagnostic, peut-être en quelques secondes, grâce au croisement de l’imagerie médicale et de l’intelligence artificielle. Et donc dans la grande famille de ce qu’on appelle le numérique, on a en fait une convergence entre des innovations, celles du numérique, qui est au fond, quand on appelle ça génériquement, des réseaux sociaux et d’une hyper connectivité avec celle de l’intelligence artificielle et des technologies quantiques.

Le mariage de tout ça fait que nous allons rentrer dans une ère d’accélération de l’innovation, de rupture très profonde d’innovation et donc de capacités à commoditiser certaines industries et créer de la valeur très vite. Par rapport à ce que j’ai dit, qu’est-ce que cela a comme impact ? Un, on va continuer à innover et à accélérer. C’est sûr. Deux, il y aura des impacts en termes d’ajustement sociaux et il nous faut les penser dès maintenant. C’est-à-dire que le sujet des inégalités sociales va être encore plus prégnant dans un monde comme celui que je viens d’évoquer parce que nous aurons des impacts, des ajustements qui seront réels et qui sont à penser dès maintenant. Trois, tout cela a des impacts en termes démocratiques qui sont massifs. Et donc si vous voulez, pour moi, ces innovations vont être des accélérateurs de nos problèmes sur le plan social et démocratique. L’expérience américaine des dernières semaines l’a montré sur le plan démocratique, si besoin était. Quatre, la bonne nouvelle c’est que je pense que sur la résilience de nos systèmes et la réponse à la crise climatique, on a sans doute sous-estimé l’apport de l’innovation et je pense aussi que toutes ces technologies vont nous permettre, beaucoup plus vite, de répondre aux défis climatiques.

Et donc si je regarde, que je prends deux pas de recul par rapport à tout ce qu’on est en train de se dire, je pense que nos économies vont devoir de plus en plus investir dans ces innovations et il faut y aller à fond. Je pense que si on s’y prend bien et qu’on coopère entre nous, ces innovations vont nous permettre de créer de la valeur, de répondre aux défis économiques. Elles vont nous permettre, je l’espère, je le crois possible, de répondre plus vite aux défis climatiques. Et c’est aussi pour ça que moi je crois à ce que j’appelle l’économie du mieux, la réponse climatique par l’innovation plutôt que par l’arrêt des activités. Mais elles vont nous poser des problèmes sur lesquels nous n’avons pas assez réfléchi en termes démocratiques, en termes de libertés publiques et d’augmentation des inégalités sociales dans nos différentes nations.

La surveillance totale est le seul moyen de sauver l’humanité

Nick Bostrom, l’auteur de “The Simulation Argument” déclare qu’une mauvaise technologie pourrait détruire l’humanité – et le seul moyen de l’empêcher est une surveillance de masse et une gouvernance mondiale.

Le philosophe d’Oxford qui affirmait il y a 15 ans que nous vivions peut-être dans une matrice a une autre théorie, cette fois sur l’avenir de l’humanité – et elle n’est pas vraiment optimiste.

Mercredi 17 avril, Nick Bostrom est monté sur scène lors d’une conférence TED à Vancouver, au Canada, pour partager quelques-unes des idées issues de son dernier travail, “The Vulnerable World Hypothesis”.

Dans son article, Bostrom soutient qu’une surveillance mondialisée sera nécessaire pour empêcher une technologie de notre propre création de détruire l’humanité – une idée radicalement dystopique de l’un des philosophes les plus éminents de cette génération.

Bostrom cadre son argument en terme d’une urne géante remplie de balles. Chaque balle représente une idée différente ou une technologie possible, et elles sont de couleurs différentes : blanche (bénéfique), grise (modérément nocif), ou noir (destruction de civilisation).

L’humanité tire constamment des balles de cette urne, selon le modèle de Bostom – et heureusement, personne n’a encore sorti une balle noire. L’accent est mis sur “encore”.

“Si la recherche scientifique et technologique continue, écrit Bostrom, nous finirons par l’atteindre et l’extraire.”

Pour éviter que cela ne se produise, Bostrom affirme que nous avons besoin d’un gouvernement mondial plus efficace – un gouvernement qui pourrait rapidement interdire toute technologie potentiellement destructrice pour la civilisation.

Il suggère également que nous nous appuyions sur la surveillance de masse par le gouvernement, en équipant chaque personne de “balises de liberté” ressemblant à des colliers qui peuvent entendre et voir ce qu’elles font à tout moment.

Ces balises seraient introduites dans des “stations de surveillance des patriotes”, ou “centres de liberté”, où des intelligences artificielles surveillent les données, amenant les “agents de la liberté” humains dans la boucle s’ils détectent des signes d’une boule noire.

Nous avons déjà vu des gens abuser des systèmes de surveillance de masse, et ces systèmes sont beaucoup moins exhaustifs que ce que propose Bostrom.

Néanmoins, s’il s’agit de choisir entre l’observation et la surveillance de chacun de nos mouvements ou la fin de la civilisation, Bostrom semble penser que le premier choix est une meilleure option que le second.

“De toute évidence, la surveillance de masse et la gouvernance mondiale comportent d’énormes inconvénients, voire des risques énormes”, a-t-il déclaré à la foule lors de la conférence TED, selon Inverse. “Je fais juste remarquer que si on a de la chance, le monde pourrait être tel que ce serait le seul moyen de survivre à une balle noire.”

Business Insider, Inverse

La biométrie dans les pays en développement

Avec un peu plus de 12 ans pour atteindre l’objectif de développement durable de l’ONU, l’objectif 16.91, de fournir une identité juridique universelle d’ici 2030, la technologie conçue pour les pays en développement amène l’ambition à portée de main. Cependant, le marché de la biométrie pour le monde en développement est distinct de celui du monde développé à certains égards importants et le marché mondial en développement devra mûrir pour profiter pleinement de ces technologies de pointe et pour que les bonnes intentions soient atteintes.

En reconnaissant que les systèmes d’identité insuffisants ne sont pas seulement un symptôme, mais en fait un facteur contribuant au sous-développement, l’accès à l’investissement dans les systèmes d’identité et la biométrie a augmenté dans le monde en développement. Le nombre de personnes à l’échelle mondiale sans identité légale diminue rapidement, passant de 1,5 milliard en 2016 à 1,1 milliard en 2017, selon les estimations de la Banque mondiale, car les systèmes d’identification électronique (eID – electronic IDentity) soutenus par la biométrie sont mis en œuvre dans les pays en développement, notamment en Inde avec le programme Aadhaar.

Le dernier milliard de personnes à enregistrer dans les systèmes d’identité juridique, cependant, sera le plus difficile. Les enjeux sont élevés, pour ces personnes, leurs gouvernements et, par extension, toutes les sociétés dans lesquelles ils résident.

« S’ils n’existent pas officiellement, ils ne peuvent pas avoir un intérêt dans la société et, en conséquence, c’est une priorité à laquelle il faut remédier. C’est une priorité pour les agences de développement en raison de l’opportunité d’habiliter les indicateurs de développement », déclare le Président de ID4Africa, le Dr Joseph Atick, en mettant l’accent sur la portée du problème tout au long des efforts des individus et des efforts mondiaux.

Alors que le marché de la biométrie dans les économies les plus développées au monde a évolué à l’origine par l’application de la loi, par le contrôle des frontières, pour une utilisation plus large, la technologie est introduite dans la plupart des pays en développement comme un véhicule pour la prestation de services. « Le concept original de la biométrie, qui était d’amener les méchants, évolue rapidement pour aider les bons », observe Steve Thies, CEO d’Integrated Biometrics.

La plupart des sociétés biométriques les plus importantes au monde sont basées dans les pays les plus riches du monde, tout comme la plupart de leurs clients, et la plupart des revenus de l’industrie proviennent de ces mêmes pays. Les produits et les solutions, par conséquent, ont tendance à répondre à des besoins significativement différents, souvent dans des circonstances très différentes.

Le développement des systèmes d’identité mondiaux nécessitent souvent des programmes d’inscription effectués dans des environnements difficiles, sans l’infrastructure sociale ou technique qui permet la biométrie dans le monde développé. Ils nécessitent également des décisions difficiles, de l’approvisionnement au déploiement, qui sont rendues encore plus difficiles par l’immaturité du marché.

L’importance de l’identité numérique forte pour le développement et l’Agenda mondial 2030 a été reconnue, et la possibilité de poursuivre pour l’identité juridique universelle est déjà en train de frapper.

La biométrie dans le monde en développement

Un aspect des marchés contrastés est une association différente du grand public. Étant donné que les programmes d’identité dans les pays en développement ont tendance à être influencés par les services publics, tels que l’éducation et les soins de santé, le public est moins méfiant à l’égard de l’enrôlement biométrique et souvent plus désireux de participer.

« Leurs points de vue sont très différents », a déclaré le CEO et Président de Credence ID Bruce Hanson à Biometric Update. « Ils veulent s’inscrire. Ils ne veulent pas passer autant de temps à attendre en ligne, alors qu’un administrateur regarde ce document qui est supposé être un diplôme, c’est vraiment plus un morceau de papier qui s’est désintégré dans leur poche. La queue s’étale sur un kilomètre, et le gouvernement dit ‘Attendez une minute, nous ne savons pas qui est cette personne, si elle est admissible’ ».

Un autre programme nigérian, mis en œuvre par la société locale Data Infosec Consult, suit le temps et la fréquentation des enseignants dans le système scolaire public. Ce programme promet une diminution des coûts pour les gouvernements locaux qui gèrent les écoles publiques, mais bénéficie également aux étudiants qui fréquentent ces écoles et, par extension, à toute la société, soutient le CEO de Data Infosec, Harold Monu.

« Outre l’épargne et la réduction du gaspillage, il y a l’avantage social de l’enseignant d’être en classe », a déclaré Monu. « Lorsque le professeur n’est pas dans la salle de classe, même si les enfants sont là, ils n’apprennent pas, puis quelques années plus tard, aucun d’entre eux ne sera parti. Donc maintenant, les enseignants savent, si vous n’êtes pas à l’heure, vous ne serez pas payé, et la présence s’est vraiment améliorée. Nous changeons la façon dont les gens travaillent ».

Le programme se déroule dans les 25 premiers des 774 gouvernements locaux du pays, et déjà des discussions ont commencé pour l’étendre aux écoles secondaires, qui sont dirigées à un autre niveau du gouvernement. Le succès du programme est en partie dû à la capacité de faire respecter la conformité, selon Monu – les enseignants veulent être payés, de sorte qu’ils s’inscrivent. Cependant, le degré de conformité n’a pas été présent pour tous les programmes, car les programmes qui ne motivent pas toutes les parties prenantes sont facilement accessibles.

Le gouvernement nigérian envisage également comment exploiter efficacement l’identité biométrique pour le secteur de la santé. Le succès spectaculaire du programme Aadhaar, qui est en soi responsable de la majeure partie de la réduction du nombre de personnes ayant une identité juridique au cours de la dernière année, est un modèle qui peut servir d’inspiration à d’autres pays en développement, mais ne peut pas être copié trait pour trait. Les différences économiques, gouvernementales et environnementales entre les nations signifient qu’aucun projet ne fait face à la même série de défis.

Les méthodes pour relever tous les défis semblent être disponibles. Réunissant le développement durable des Nations Unies l’objectif 16.9 nécessitera une nouvelle évolution du marché de la biométrie dans les pays en développement, afin d’identifier et de mettre en œuvre les méthodes, les pratiques et les technologies appropriées pour chaque situation.

La technologie

Les défis géographiques et d’infrastructure signifient que l’enrôlement dans les pays en développement doit souvent avoir lieu pour les communautés rurales sur des appareils mobiles, apportés aux gens. Ils doivent pouvoir fonctionner sous tension et hors ligne, se synchronisant avec les bases de données de projet lorsqu’ils peuvent se connecter au réseau. « La technologie doit venir à l’individu », explique Thies. « Le smartphone compatible WiFi est évidemment l’outil de choix pour le monde, comme en témoigne la croissance de la population dans les smartphones ». Les dispositifs d’inscription doivent non seulement être mobiles et alimentés par batterie, mais aussi durables.

Les défis liés aux infrastructures et à l’éloignement dans les pays en développement ne sont pas uniformes, mais même dans leurs technologies actuelles les plus extrêmes sont égaux. En Indonésie, où la quatrième population mondiale est répartie sur des milliers d’îles, avec des conditions climatiques souvent exigeantes, la population a été inscrite à un rythme encore plus rapide que l’Inde avec son programme Aadhaar, selon Hanson.

Les défis environnementaux courants pour les programmes d’inscription comprennent des conditions de température et de poussière extrêmes peuvent causer des problèmes pour les périphériques et la lumière directe du soleil peut empêcher la capture d’image d’empreinte digitale. Pour que les appareils soient vraiment mobiles, ils doivent être léger, ce que souligne Thies, afin de les rendre plus adaptables aux températures extrêmes. En outre, les capteurs d’empreintes digitales émettant des signaux lumineux (LES – light emitting sensor : capteur à luminescence) sont imperméables à la lumière directe du soleil, ce qui les rendent utilisables dans des conditions dans lesquelles il serait nécessaire de trouver un emplacement différent et suffisamment ombragé.

De même, le film électroluminescent est approprié pour l’enrôlement en masse sans avoir à effacer la surface après chaque individu, car il ne collecte pas d’empreintes latentes. Le nouveau dispositif mobile et les technologies biométriques comme celles-ci se combinent pour fournir des capacités qui permettent des programmes précédemment infructueux ou irréalistes.

Parallèlement aux progrès réalisés dans les smartphones et autres appareils mobiles, la technologie back-end a également progressé pour permettre la collecte des données sur un périphérique et ensuite synchronisé avec une base de données centrale via le cloud. Cela facilite non seulement l’inscription, mais aussi permet de rendre l’identité enregistrée portable à d’autres sites à l’aide de la base de données, et potentiellement même à d’autres programmes.

Les parties prenantes semblent presque unanimes dans la conviction que les progrès nécessaires dans la technologie de collecte de données biométriques réalisés au cours des dernières années suffisent à inscrire le milliard de personnes sans identité juridique.

« Nous devons renforcer la capacité en Afrique pour que nous puissions satisfaire aux exigences de 2030 », souligne le Dr Atick. « La technologie est là, l’argent est là, mais les gens – il n’y en a pas assez ».

« La technologie est mature, mais les facteurs politiques et la formation au niveau local sont un défie », estime Monu. « Cependant, nous avons la main-d’œuvre, qui peut être formée, ce qui le rend très réalisable dans un court laps de temps ».

Le développement du marché

La difficulté qui doit être abordée si l’Objectif 16.9 du développement durable de l’ONU doit être atteint n’est donc pas tant une capacité technologique que l’une des capacités en pratique. Cette capacité nécessite un investissement de temps, d’énergie, d’expertise et de ressources. Selon l’économiste principal de la Banque mondiale Robert Palacios, ainsi que le Dr Atick, le mécanisme de sa livraison sera le développement du marché en constante évolution de l’identité mondiale.

[…]

Le projet de fournir une identité juridique forte, numérique et individuelle à 1,1 milliard de personnes est une opportunité avec un potentiel énorme pour les entreprises biométriques. Il existe un grand potentiel de recettes provenant des contrats. Chaque contrat, si le projet qu’il soutient, réussit, pourrait également représenter un marché sur un marché national ou local. En outre, l’amélioration de la couverture, de la prestation et de la durabilité des programmes de prestations sociales, tout en permettant une planification plus efficace des programmes aura un impact majeur sur la vie de plusieurs millions de personnes mal desservies.

Cela peut entraîner un changement positif dans les perceptions publiques mondiales de la biométrie, en équilibrant les associations populaires de l’Ouest avec des drames de la police de la télévision avec de nouvelles images de services publics et des avantages à être livrés avec succès dans de nouveaux endroits, aux personnes qui ne les ont jamais reçues auparavant. Faire de ces images une partie des futurs bonnes nouvelles du monde en développement est un rôle à la disposition des entreprises biométrique si elles choisissent de saisir l’opportunité.

BiometricUpdate


Note :

1 […] L’identité juridique fait partie intégrante des Objectifs de développement durable (ODD) pour l’après-2015 : l’objectif 16.9 presse les États d’offrir à leurs citoyens un accès universel et gratuit (ou peu coûteux) à des informations d’identification solides et reconnues. La communauté internationale devrait unir ses forces dans le but d’atteindre cet objectif car il constitue un élément essentiel pour de nombreux autres ODD. Aujourd’hui, on compte environ 2,4 milliards de personnes dépourvues de toute identité officielle, notamment des enfants de moins de 14 ans dont la naissance n’a jamais été enregistrée et de nombreuses femmes des régions rurales pauvres d’Afrique et d’Asie. Plus précisément, l’objectif 16.9 des ODD a pour but de « fournir une identité juridique à tous les citoyens d’ici 2030, notamment en enregistrant toutes les naissances » : c’est la première fois que le sujet de l’identité est officiellement stipulé en tant qu’objectif de développement à l’échelle mondiale. […]. Les « papiers » d’identité traditionnels sont en règle générale difficiles à étendre aux populations pauvres et isolées. Toutefois, dans les pays en développement, des progrès considérables pourraient être accomplis en élargissant à tous l’accès aux services et aux opportunités grâce à de nouvelles méthodes, consistant par exemple à tirer parti des plateformes mobiles numériques pour permettre aux gens d’obtenir une identité juridique en s’inscrivant en ligne (voir note 13 de la série Connections, « Des ID numériques pour le développement »). […]. L’année dernière, le Groupe de la Banque mondiale a lancé son programme d’identification pour le développement (ID4D) qui vise à répondre à l’objectif 16.9 des ODD avec une approche plurisectorielle et mieux intégrée. Ce programme vise à forger de nouvelles alliances et à réorganiser les stratégies de développement existantes. […] Source : La Banque Mondiale, sept. 2015 – L’identité, objectif du programme de développement pour l’après-2015. Il s’agit de la note n° 19 de la série Connections. Vous pouvez télécharger la version PDF de cette note ici « The Identity Target in the Post-2015 Development Agenda ». Pour en savoir plus sur ce sujet : The Role of Identification in the Post-2015 Development Agenda, World Bank and Center for Global Development, Banque mondiale et Center for Global Development, juillet 2015. La révolution biométrique : Identification for Development: The Biometrics Revolution – Working Paper 315.

Catastrophe globale et transhumanisme

Les transhumanistes ne sont pas tous techno-optimistes

« Only a singleton could control evolution1 »

Nick Bostrom

En 2008, le philosophe transhumaniste Nick Bostrom (université d’Oxford) publiait un article au titre singulier : « Où sont-ils ? Pourquoi j’espère que la quête de la vie extraterrestre ne donnera rien2. » Tandis que la sonde spatiale américaine Phoenix poursuivait ses investigations sur Mars, il développait l’idée que si nous trouvions une trace de vie intelligente, ce serait un mauvais présage pour l’humanité.

Inspiré du paradoxe du physicien Enrico Fermi, son raisonnement procède de la sorte : alors que nous sondons l’univers depuis plus de 60 ans (notamment dans le cadre du projet SETI – Search for extraterrestrial intelligence)3, que la Voie lactée recèle plus de 200 milliards d’étoiles et l’univers observable entre 100 et 200 milliards de galaxies, pourquoi n’avons-nous pas trouvé de traces tangibles de vie extraterrestre ? En d’autres termes, alors que la probabilité de la vie semble si grande, pourquoi aucune intelligence extraterrestre n’a encore entrepris l’exploration de l’univers ? Comment expliquer ce paradoxe ? Reprenant le concept de l’économiste américain Robin Hanson4, Nick Bostrom s’interroge : existe-t-il « un grand filtre »5, un obstacle, un goulot d’étranglement, une étape critique, au saut évolutionniste nécessaire à l’expansion de la vie et l’essaimage d’une l’intelligence dans l’univers, la civilisation galactique ? Partant de là, il distingue deux possibilités. Soit le « grand filtre » se situe dans notre passé et nous l’avons franchi : au seuil de notre expansion dans l’univers, il est vrai encore timide, cela revient à dire que la vie est rare, peut-être unique, et qu’elle nécessite d’improbables coïncidences pour émerger, sinon d’autres intelligences seraient venues nous rendre visite. La vie étant peu répandue et l’univers immense, on peut aussi imaginer qu’elle a pu émerger loin de nous, dans ce cas les deux intelligences resteront peut-être pour toujours étrangères l’une à l’autre. Dans l’autre hypothèse, le « grand filtre » se situe devant nous, dans le futur, cela signifierait qu’il y a dans le développement technologique de la civilisation un stade critique, qui expliquerait que quelque chose a empêché l’essaimage de l’intelligence. Dans ce cas c’est le risque anthropique, lié à l’homme lui-même, qu’il faut redouter.

Ces considérations liminaires mettent en relief le primat de l’intelligence et le risque anthropique existentiel, qui pourrait nuire à l’étape prochaine de l’évolution désirée par certains transhumanistes, un mouvement philosophique, scientifique et politique, qui s’est cristallisé notamment en Californie dans les années 1960 et qui a pour ambition de prendre en main l’évolution humaine, jugée imparfaite, par la technologie.

Souvent présentés comme techno-fétichistes, il s’agit ici d’explorer un aspect moins connu des transhumanistes : les liens qui unissent certains d’entre eux à l’idée de catastrophe globale6 et comprendre les ressorts de cette inquiétude. Après quelques éléments biographiques sur Nick Bostrom et une définition du risque anthropique existentiel, nous développeront l’exemple de l’« explosion de l’intelligence ».

Nick Bostrom

Niklas Bostrom est né en Suède. Mû par une curiosité intellectuelle intense, adolescent, il décide de faire sa propre éducation7. Au début des années 1990, il réussi le tour de force d’être diplômé de l’université de Göteborg en philosophie, en logique mathématique et en intelligence artificielle. Il poursuit ensuite sa formation à Stockholm où il étudie la philosophie et les mathématiques puis au King’s College de Londres où il s’initie à l’astrophysique et aux neurosciences8.

Acteur transhumaniste historique, il fonde, en 1998, avec le philosophe anglais David Pearce, le World Transhumanist Association (maintenant Humanity +), une institution qui a pour ambition de donner corps au transhumanisme mais aussi lui donner du crédit afin de stimuler des recherches académiques9. La même année, il participe à la rédaction de La déclaration transhumaniste ainsi qu’à la création du Journal of Transhumanism (devenu Journal of Evolution & Technology).

Son doctorat de philosophie obtenu à la London School of Economics porte sur le paradoxe de l’Apocalypse (Doomsday argument), un raisonnement probabiliste sur le risque d’extinction de l’humanité inspiré par l’astrophysicien Brandon Carter que, selon Nick Bostrom, l’on sous-estime trop souvent, notamment dans sa dimension anthropique10. En 2005, il donne naissance, au sein d’Oxford Martin School11, au laboratoire Future of Humanity Institute (FHI)12. Son objectif : générer des outils pluridisciplinaires pour appréhender les risques technologiques émergents mais aussi les opportunités civilisationnelles associées afin de clarifier les choix qui façonnent le futur de l’humanité sur le long terme, en tirer le meilleur profit. En 2014, son livre, Superintelligence, paths, dangers, strategies, a eu un grand retentissement13. En écho à cette publication, qui alimente l’inquiétude autour de l’intelligence artificielle, Elon Musk (Tesla Motors, PayPal, SpaceX, SolarCity) a doté le FHI d’une somme d’un million de dollars14. Récemment on a pu voir Nick Bostrom témoigner sur le risque existentiel à l’ONU au côté du cosmologiste Max Tegmark (MIT)15 fondateur du Future of Life Institute16.

Le risque existentiel

Nick Bostrom définit le risque existentiel comme un risque qui menace prématurément l’extinction de l’intelligence née sur Terre avant qu’elle ne puisse atteindre sa maturité, l’expression de sa plénitude17.

Depuis 500 millions d’années, 15 extinctions de masse auraient eu lieu dont 5 ont failli faire disparaître la vie sur Terre. Une en particulier, au Permien-Trias, il y a 250 millions d’années, aurait éliminé 90 % des espèces18. Dans un passé plus récent, la chute d’un astéroïde comme celui du Yucatán (Mexique), il y a 65 millions d’années, mais aussi l’impact du supervolcan Toba (Indonésie) sont à l’origine d’extinctions massives, directement et indirectement par l’absence de luminosité et le refroidissement induit.

Cependant, si l’humanité a survécu aux risques naturels depuis des centaines de milliers d’années, Nick Bostrom est moins optimiste quant aux menaces nouvelles introduites par celle-ci, depuis peu : c’est le risque existentiel anthropique19. Outre le réchauffement climatique global, l’usage de l’arme nucléaire, d’autres risques sont mis en avant comme une pandémie anthropogène liée au bioterrorisme, l’altération du climat par la géo-ingénierie et l’avènement d’une superintelligence artificielle hostile.

Nick Bostrom fait aussi état du risque nanotechnologique, pas seulement le très fantasmé gray goo20, une écophagie environnementale liée à la perte de contrôle d’un assembleur moléculaire popularisée par Eric Drexler (FHI)21, mais aussi l’usage d’armes nanométriques22. Il ajoute quelque chose d’imprévisible23. Focalisons-nous sur le risque inhérent à l’émergence de la superintelligence artificielle.

« 10 scénarios pour la fin de l’homme (avec Nick Bostrom) :

Partie 2

L’ « explosion de l’intelligence »

Le statisticien Irving John Good (1916-2009) serait le premier à l’avoir exposée officiellement en 1965 :

« Supposons qu’existe une machine surpassant en intelligence tout ce dont est capable un homme, aussi brillant soit-il. […] cette machine pourrait à son tour créer des machines meilleures qu’elle-même ; cela aurait sans nul doute pour effet une réaction en chaîne du développement de l’intelligence, pendant que l’intelligence humaine resterait presque sur place. Il en résulte que la machine ultra-intelligente sera la dernière invention que l’homme aura besoin de faire, à condition que ladite machine soit assez docile pour constamment lui obéir. Il est curieux que ce point soit si rarement abordé en dehors de la science-fiction. Il faudrait parfois prendre la science-fiction au sérieux24. »

Cette ultra-intelligence devient singularité technologique sous la plume du mathématicien et auteur de science fiction Vernor Vinge en 1993.

« Within thirty years, we will have the technological means to create superhuman intelligence. Shortly after, the human era will be ended25. »

En 2008, Robin Hanson (FHI) et Eliezer Yudkowsky (Machine Intelligence Research Institute) ont débattu à ce propos, l’un considérant que le « décollage » (takeoff) sera lent, qu’il prendra des années, des décennies et l’autre, au contraire, fulgurant26. Nick Bostrom pense aussi que le décollage sera explosif27.

L’ « explosion de l’intelligence » peut être résumée de cette manière : lorsque la machine aura atteint le stade de l’intelligence humaine, elle pourrait se reprogrammer, puis à nouveau se reprogrammer à partir de cette nouvelle programmation et ainsi de suite jusqu’à produire une évolution exponentielle.

Les techno-optimistes de la Silicon Valley comme Peter Diamandis et Ray Kurzweil utilisent ce concept de singularité technologique pour illustrer l’émergence de la superintelligence28. Nous serions au seuil d’une « accélération technologique », objectivement impensable, qui passé un point d’inflexion deviendra explosive et profondément transformatrice. Cette singularité technologie échappe à nos catégories de pensée car nous pensons de façon linéaire, alors que l’évolution technologique se fait de manière exponentielle. Peter Diamandis utilise cette métaphore : si 30 pas linéaires (1, 2, 3, etc.) amènent approximativement à 30 mètres, 30 pas exponentiels (1, 2, 4, 8, 16, etc.) nous feraient parcourir 26 fois le tour de la planète29. Dans le cadre de cette accélération, Ray Kurzweil prophétise l’émergence de la super-intelligence autoréplicante pour 204530. Nous sommes dans un compte à rebours quasi messianique, espéré auto-réalisateur, comme l’a été la loi de Moore31. C’est le retour en grâce du fantasme de l’intelligence artificielle « forte » stimulé par le l’augmentation des capacités de stockage de l’information et des puissances de calcul.

Pour Nick Bostrom, parmi les leviers devant conduire à une augmentation cognitive, si la digitalisation du cerveau (whole brain emulation) semble la voie la plus prometteuse, la méthode la plus rapide à mettre en œuvre serait le couplage avec la superintelligence artificielle32. Seulement, cette méthode qui conditionne un devenir hybride, cyborg, comporte un risque existentiel ; nous sommes revenus au « grand filtre ».

Nick Bostrom considère que l’évolution ne sera pas toujours nécessairement avantageuse pour l’humanité33. Contrairement aux libertariens de la Silicon Valley, il n’est pas techno-optimiste, il redoute les risques existentiels qui pourraient nuire à l’humanité toute entière.

Plus précisément, ces risques menacent de façon prématurée l’extinction, selon lui, non pas de l’humanité au sens de l’Homo sapiens, une incarnation transitoire, mais de l’ « intelligence d’origine terrestre » et sa « maturité technologique », c’est-à-dire le maximum de ses potentialités : le posthumain et ses promesses comme la colonisation de l’espace, etc34.

Selon Nick Bostrom, nous sous-estimons le risque anthropique existentiel et notamment celui inhérent à la superintelligence artificielle.

Comment se prémunir contre cette catastrophe ? Une manière d’éviter le désastre consisterait à prendre en main l’évolution de l’humanité, aussi suggère-t-il de développer ce qu’il appelle un singleton (en mathématiques, un ensemble formé d’un seul élément), un ordre mondial présidé par une entité indépendante qui nous permettrait d’éviter les risques existentiels35. Ce singleton pourrait être un gouvernement mondial démocratique, une dictature  ou… une superintelligence, une sorte de gouvernement pastoral machinique36.

Finalement, la création d’un singleton, quelque soit sa nature, pourrait anticiper et ainsi réduire certains risques. Il pourrait aussi en faire advenir d’autres comme un régime oppressif global et permanent37.

Notes

1 Nick Bostrom, « The future of human evolution », in Charles Tanguy (ed), Death and anti-death: two hundred years after Kant, fifty years after Turing, Palo Alto, rup, 2004, 2009, [version en ligne], p. 16.

2 Nick Bostrom, « Where are they. Why I hope the search for extraterrestrial Life Finds Nothing », MIT Technology review, mai/juin, 2008, p. 72-77.

3 SETI Institute Home.

4 Robin Hanson, « The great filter – Are we almost in the past ? », 15 septembre 1998.

5 Ce concept est utilisé en exobiologie (ou astrobiologie). Lire Aditya Chopra et Charles H. Lineweaver, « The case for a Gaian bottleneck. The biology of habitability », Astrobiology, vol. 16, no 1, 2016.

6 Le rapport de la fondation Global challenges définit la catastrophe globale comme un événement qui tuerait au moins 10 % de l’humanité, soit actuellement 750 millions de personnes. Lire Global Challenges Foundation/Global Priorities Project (Future of Humanity Institute), Global Catastrophic Risks, 2016, p. 6.

7 Raffi Khatchadourian, « The doomsday invention. Will artificial intelligence bring us utopia or destruction ? », The New Yorker, no 23, novembre 2015.

8 Curriculum vitae de Nick Bostrom.

9 Nick Bostrom, « A history of transhumanist thought », Journal of Evolution & Technology, vol. 14, no 1, avril 2005, p. 15.

10 Cet argument est discuté par John A. Leslie dans The end of the world. The science and ethics of human extinction, London, Routeldge, 1996

11 Fondé en 2005 par James Martin, un spécialiste des technologies de l’information, Oxford Martin School, est un centre de recherche pluridisciplinaire qui porte sur les enjeux  globaux pour le XXIe siècle.

13 Nick Bostrom, Superintelligence, paths, dangers, strategies, Oxford, OUP, 2014.

14 Ideas into action, 10 years of groundbreaking research, Oxford Martin School/University of Oxford, 2015, p. 9.

15 Prof. Max Tegmark and Nick Bostrom speak to the UN about the threat of AI.

17 Nick Bostrom, « Existential risk prevention as global priority », Global Policy, vol. 4, no 1, 2013, p. 15.

18 Nick Bostrom et Milan M. Ćirković, « Introduction », Global Catastrophic Risks, Oxford, OUP, 2008, p. 8.

19 Nick Bostrom, « The future of humanity », in Jan-Kyrre Berg Olsen, Evan Selinger et Soren Riis (eds),  New Wages in philosophy of technology, NY, Palgrave McMilla, 2009 [version en ligne], p. 10-11.

20 Nick Bostrom, Existential risks: Analyzing human, extinction scenarios and related hazards, Journal of Evolution and Technology, vol. 9, mars 2009, p. 8.

21 Eric K. Drexler, Engins de création : l’avènement des nanotechnologies, Paris, Vuilbert, 2005 [Engines and creation. The coming era of nanotechnology, 1986].

22 Nick Bostrom, « The future of humanity », op. cit., p. 10-11.

23 Nick Bostrom, Existential risks : Analyzing human, extinction scenarios and related hazards, op.cit., p. 8.

24 Irving J. Good, « Speculations concerning the first ultraintelligent machine », in F. Alt et M. Ruminoff (eds.), Advances in computers, vol. 6, 1965, p. 33.

25 Venor Vinge, « The coming technological singularity: How to survive in the post-human era », Vision-21, Interdisciplinary science and engineering in the era of cyberspace. Proceedings of a symposium cosponsored by the NASA Lewis Research Center and the Ohio Aerospace Institute and held in Westlake, Ohio March 30-31, 1993, p. 11.

26 Robin Hanson et Eliezer Yudkowsky, The Hanson-Yudkowsky AI foom debate, Berkeley, CA, Machine Intelligence Research Institute, 2013.

27 Nick Bostrom, Superintelligence, paths, dangers, strategies, op. cit., p. 64-65.

28 Voir Ray Kurzweil, The singularity is near. When humans transcend biology, London, Penguin Books, 2005.

29 Peter Diamandis et Steven Kotler, Bold. How to go big, create wealth and impact the world, NY, Simon and Schuster Books, 2014, p. 16.

30 Peter Diamandis, « Ray Kurzweil’s mind-boggling predictions for the next 25 years », Singularity Hub, 20 janvier 2015.

31 Walter Isaacson, Les innovateurs. Comment un groupe de génies, hackers et geeks a fait la révolution numérique, Paris, JC Lattès, 2015, p. 247.

32 Nick Bostrom, Superintelligence, paths, dangers, strategies, op. cit.

33 Nick Bostrom, « The future of human evolution », op. cit., p. 1-2.

34 Nick Bostrom, « Existential risk prevention as global priority », op. cit., p. 15-31.

35 Nick Bostrom, « The future of human evolution », op. cit., p. 16-18.

36 Nick Bostrom, « What is a Singleton », Linguistic and Philosophical Investigations, vol. 5, no 2, 2006, p. 48-54.

37 Nick Bostrom, « The future of human evolution », op. cit. p. 18.

Une femme a des micropuces implantées dans chacune de ses mains

Une australienne de 27 ans, Shanti Korporaal, futuriste et entrepreneur (a créé sa propre boutique en ligne ChipMyLife), c’est implantée des micropuces dans chacune de ses mains (micropuce RFID – technologie NFC) pour déverrouiller des portes, régler ses achats, sans sortir son portefeuille, son trousseau de clé ou même son smartphone… lire l’article sur BFMTV.

“Ces dispositifs n’ont pas été testés ou certifiés par un organisme de réglementation pour l’implantation ou l’utilisation sur ou dans le corps humain”.

En juin dernier, un député demandait au gouvernement d’interdire purement et simplement la pose de puces NFC sous la peau au travers d’une question écrite parue au Journal officiel, faisant suite à une  « implant party » qui a eu lieu le 13 juin 2015, dans le cadre du festival Futur en Seine 2015, sur le plateau média de la Gaîté lyrique.

Thanks to the RFID chip embedded in one hand, Korporaal can unlock her office’s garage with a back-handed bump to a scanner as she zips into work on her Vespa. On the other hand in the same spot, the fleshy space between her thumb and forefinger, sits a near-field communication chip that stores her health and contact data. She can feel a chip’s hard lump if she probes with a finger; otherwise, she’s used to them by now… lire l’article sur The Washington Post

Expérience de Bitcoin avec une puce NFC : une clé privée implantée
Des dispositifs implantables et des lentilles de contact pour communiquer avec les Smartphones
CBS Pittsburgh : Des gens s’implantent des puces électroniques sous la peau
Implants, puces et transhumainsFrance Info : Les implants NFC arrive en France

Comment la technologie pourrait faciliter et détruire l’immigration légale

Par Zoltan Istvan, 7 juillet 2016

L’immigration – c’est l’un des sujets brûlants de l’élection de 2016. Le Républicain Donald Trump veut construire un mur immense entre les États-Unis et le Mexique. La Démocrate Hillary Clinton veut rendre plus simple la venue des immigrants en Amérique. Les opinions des candidats présidentiels sur l’immigration et ses effets en Amérique sont diamétralement opposées.

Malgré cela, ni Trump ni Clinton ne parlent de la question qui pourrait redéfinir l’immigration plus que n’importe quoi d’autre dans le prochain quart de siècle : la technologie. La technologie de surveillance, les programmes de reconnaissance faciale, les drones, les implants sous-cutanés de puces sont tous là – et se banalisent. Leurs utilisations dans, qui nous laisserons entrer en Amérique – et comment nous le permettrons – jouera un grand rôle pour l’immigration dans le futur.

J’ai suggéré que nous ayons une discussion sur le puçage des réfugiés adultes venant de nations reconnues comme terroristes pendant les trois premières années de leur séjour en Amérique pour mieux les surveiller. De cette façon, nous pouvons dissiper les préoccupations sur le terrorisme, et nous assurer que les réfugiées complètent la vie américaine – plutôt que de la nuire.

Les implants sous-cutanés de puce (dans la main), par exemple, prennent quelques secondes à installer et tout autant à désinstaller. Et ils peuvent être utilisés pour une multitude de choses, comme faire ses paiements par carte de crédit*, transporter des informations importantes, démarrer une voiture sans les clés, et à des fins de traçage.

Bien que certains pensent que c’est autoritaire, je crois que la moitié des américains recevront un implant ou une puce tatouée pour simplifier les fonctionnalités technologiques de leur vie dans la prochaine décennie. Faire avancer les choses avec des réfugiées de pays reconnus comme terroristes n’est donc pas si exagéré que ça – surtout si cela rend les membres du Congrès plus compatissants pour les laisser venir en Amérique. Et c’est la raison principale du puçage des réfugiés – que cela soit la carotte dont les membres du Congrès Démocrates et Républicains aient besoin pour passer des lois et en  sauvant des centaines de milliers de vies en acceptant aux États-Unis des réfugiés déchirés par la guerre. Si nous ne créons pas de scénario bipartisan acceptable dans lequel nous laissons venir les réfugiés, alors des millions d’êtres humains innocents continueront d’être tués et menacés dans des villes entièrement détruites et des zones de guerre.

Une idée, que je soutiens avec attention, est une meilleure coopération des gouvernements nationaux. Malgré le choc du Brexit, une forme relâchée de gouvernement mondial démocratique est probablement inévitable sur le long terme. La technologie fera en sorte que la mondialisation soit la façon optimale de gouverner, et non le nationalisme.

Whatever happens, the way we look at immigration is about to undergo major changes because of technology.

Curieusement, il est même possible que la technologie puisse un jour être du côté receveur de l’immigration, où des robots et des intelligences artificielles (éventuellement avec des droits à la personnalité) en provenance de Chine et d’Allemagne doivent se soumettre à des autorisations d’immigration afin d’être en mesure d’opérer en Amérique. Et certaines de ces technologies pourraient être si sophistiquées (ou si pauvres en performance) qu’elles ne seraient pas autorisées du tout – parce qu’elles créeraient une disruption économique ressentie dans l’économie et le statu quo.

Quoi qu’il arrive, la façon dont nous regardons l’immigration est sur le point de subir des changements majeurs en raison de la technologie. A travers tout cela, nous devons maintenir à la fois un sentiment de compassion pour les individus en quête d’avoir une vie meilleure, et une sens de la rationalité pour les décisions économiques et sécuritaires des gouvernements nationaux qui tentent de faire face à la situation épineuse des nouveaux arrivants (et les nouvelles technologies) entrant en permanence dans leurs sociétés.

* Notes:

Trexit ? Transnationalisme et Transhumanisme et pourquoi ils sont les véritables enjeux de 2016

Expérience de Bitcoin avec une puce NFC : une clé privée implantée

Le système de reconnaissance faciale du FBI a accès à 411 millions de photos

Traquer vos enfants via une micropuce

Est-ce que l’US Navy planifie d’implanter des micro-puces ?

Une micropuce devient obligatoire au Royaume-Uni pour les chiens

Total Contrôle – Arte

Patrouille du futur : plutôt cop ou Robocop ?

Itélé : bientôt une mini-puce implantée sous la peau

Implants, puces et transhumains

Traduction Thomas Jousse

Motherboard

Trexit ? Transnationalisme et Transhumanisme et pourquoi ils sont les véritables enjeux de 2016

Nashville — êtes-vous prêt à céder votre corps à l’organisme mondial et à la technologie transhumaniste sous le contrôle de transnationaliste ? Ou, vous cherchez le Trexit[1] ?

Le Secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a récemment invité un groupe d’élèves de Northeastern University pour voir l’avenir avec lui. Comme s’ils regardèrent dans sa boule de cristal, Kerry a exhorté son auditoire pour voir un monde sans nations ni frontières[2].

Imaginez. Un seul monde. Pas de frontières. Cela semble merveilleux, futuriste, plein d’espoir.

Il s’agit de la vision du monde transcendant des transnationalistes.

Le Transnationalisme est un nouveau type de conscience. Aussi appelé mondialisme, c’est un agenda social, ou révolution, développé à partir de l’accélération de l’interconnectivité et l’interdépendance axée sur la technologie entre les personnes et l’importance économique et sociale du recul des frontières entre les États-nations.

La libre circulation des capitaux et des personnes (légaux et illégaux) sur la sphère de la terre est un des objectifs du transnationalisme.

Comme Kerry l’a fait remarquer, se cachant derrière les murs de ce « nouveau » monde sans frontières ne sera pas possible.

La mention de « murs » a été un coup de feu à Donald Trump, qui veut construire un mur entre les États-Unis et le Mexique.

Ce que Kerry n’a pas dit, c’est que ce monde sans mur va arriver via la technologie… qui tôt ou tard, sera implanté dans notre corps. Les technologies dont nous dépendons désormais pour nos vies dans le monde en ligne seront bientôt en prise avec notre chair et rendront notre vie de chair et de sang comme un livre ouvert et transparent. Aucun mur physique ne sera nécessaire.

Le terme technique pour engrener notre chair grâce à la technologie est le transhumanisme. Tous les défenseurs mondialistes ne sont pas des transhumanistes, mais tôt ou tard, ils se rendront compte que transformer les humains en cyborgs est l’agenda mondialiste et est certainement la clé de son succès.

Si Google, Apple, Microsoft, Samsung, Sony et d’autres méga-sociétés conduisant au mondialisme arrivent à leurs fins, cette technologie sera bientôt hors de votre bureau et à l’intérieur de votre corps. Bientôt, équivaut à horizon 2020-2030.

De toute évidence, la mondialisation (ndlr concubine du Nouvel Ordre Mondial) offre de nouvelles opportunités inégalées assorties seulement par son potentiel pour la tyrannie inégalée. Ceci est le grand danger. Combiné avec le transhumanisme, les résultats pourraient être catastrophiques pour l’humanité. En fait, c’est la fin de la race humaine telle que nous la connaissons.

Nous sommes ceux qui décideront de l’avenir pour toute l’humanité entière. Beaucoup de gens cherchent un Trexit. D’autres embrassent une entrée ou l’itinéraire Transhumaniste/Transnationaliste.

AGENDA 2030

Un gouvernement et une économie mondiale sont le prochain “grand bond en avant” du mondialisme dans ce que l’ONU appelle le “nouvel agenda universel” (ou nouvel ordre du jour universel) pour l’humanité qu’ils espèrent accomplir d’ici 2030. Appelé « Agenda 2030 », ce vaste programme a été adopté à l’unanimité le 25 septembre 2015 par l’Assemblée générale des Nations Unies (United Nations General Assembly). Son noble objectif est d’améliorer la vie des populations pauvres du monde entier.

Selon l’Agenda, d’ici 2030, la majorité d’entre nous cesseront de s’identifier à la nationalité ou du pays de sa naissance et à la place embrasseront la religion et se considéreront comme « citoyens globaux » vivant dans la lumière.

Une redistribution massive des richesses est la pierre angulaire de l’ordre du jour (de l’Agenda).

Si oui ou non les 1 % qui contrôlent 85 % de la richesse mondiale donneront volontairement leurs milliards est encore à voir.

Si « L’ordre du jour 2030 (Agenda 2030) » est un développement positif est également encore à déterminer.

L’« Agenda 2030 » a soulevé des sonnettes d’alarme chez les analystes qui ne le voient pas comme un moyen pour chacun de nous à « s’aimer les uns les autres ». Ils y voient une évolution vers un État totalitaire mondial.

L’adhésion est obligatoire. Non-négociable. C’est déjà un fait accompli.

Certains croient que ce plan peut seulement être atteint que par un pouvoir dictatorial absolu ou au moment d’une arme à feu (or at the point of a gun). Ma conviction est qu’aucune arme ne sera impliquée. Les puces électroniques (micropuces) feront le travail. L’ONU a déjà commencé à donner des cartes d’identité biométriques aux réfugiés afin de les suivre, car ils font leur chemin vers leurs nouveaux foyers. « L’Agenda 2030 » appel pour l’ensemble de l’humanité d’avoir des cartes biométriques dans leurs mains d’ici 2030. Ces cartes peuvent être littéralement dans nos mains, entre vos mains. C’est pourquoi le transnationalisme et le transhumanisme sont liés.

Si nous, les gens n’aimons pas l’ordre du jour, c’est maintenant le temps de parler.

Le silence est le consentement.

Le vote du 23 juin 2016 de la Grande-Bretagne du Brexit mondialiste UE aura beaucoup à dire sur la montée du transnationalisme et du transhumanisme à travers le monde et l’accomplissement de l’ordre du jour (l’Agenda) de l’ONU.

Le vote de l’Amérique en novembre va amplifier les sentiments des deux côtés du Brexit.

Le plus grand choix ici est de prendre le chemin Transnationale/Transhumain ou le Trexit.

Smarten up [Rendre plus élégant, donnez du chic]

Les démocrates socialistes en Amérique ont l’Agenda 2030 à l’esprit. Ils visent à unifier le corps humain. Leur message est “come together”. “Smarten up”  [« se rassembler ». « Donnez du chic »].

La popularité de Donald Trump est attribuée en partie à sa position contre le transnationalisme. Au lieu d’éliminer les murs, Trump promet d’en construire un entre les Etats-Unis et le monde.

La stratégie America First (l’Amérique d’abord) de Donald Trump est aussi mosaïque que ses orientations de législateur autocratiques et il se trompe sur la construction du mur, mais pas complètement. Personnellement, je pense que nous avons besoin de portes, pas de murs.

Les remplaçants de Donald Trump fournissent d’autres avertissements ou un aperçu du possible « côté obscur de la lumière » du « Transnationalisme ou Mondialisme » qu’ils assimilent avec le fascisme.

L’enjeu global perçu de la stratégie de l’Amérique d’abord de Trump est précisé dans un éditorial du 12 mai 2016 USA Today par le sénateur Jeff Sessions, qui a écrit : « Pour la première fois depuis longtemps, ce novembre donnera aux Américains un choix clair sur peut-être la question la plus importante à laquelle fait face notre pays et notre civilisation : si nous restons un État-nation qui sert son propre peuple, ou si nous glissons irrémédiablement vers un mondialisme sans âme qui traite les humains comme des widgets interchangeables dans le marché mondial. »

La série de sessions a en partie raison sur le mondialisme étant sans âme. Certains croient que le processus de mondialisation se traduira par un monde sans religion. D’autres pensent que cela conduira à une meilleure compréhension entre les religions du monde. La relation du mondialisme avec la religion et la spiritualité est complexe.

La série de sessions a totalement raison sur l’ordre mondialiste pour traiter les humains comme des widgets, qui signifie « des dispositifs mécaniques », sur le marché mondialiste.

Pour plus de clarté, ce qui, selon moi, la série de sessions auraient dû dire : est-ce que « le mondialisme sans âme » traite les humains comme une « intelligence » interchangeable ou des widgets transhumanistes dans le marché mondial. Les widgets ou les choses « intelligentes » sont des objets électroniques connectés et communiquant avec l’Internet.

La série de sessions et les mondialistes doivent réaliser que, depuis 2003, le gouvernement américain a encouragé la promotion de la transformation de notre corps dans des widgets via la technologie intelligente et l’évolution de l’humanité dans un esprit de ruche. C’est le cœur de la pomme mondialiste. Par « intelligent » ne signifie pas plus intelligent. Cela signifie interfacé avec la technologie informatique qui nous rend plus regardables, programmable, traçable et contrôlable.

JOUER À DIEU

Dans mon livre de 2015, “The Skingularity Is Near[3], j’ai documenté comment cette technologie intelligente est maintenant en phase portable, mais finalement est destinée à notre peau.

Dans la phase des dispositifs portables, pour le corps d’origine, ils sont utilisés pour augmenter le corps humain. Ceux-ci comprennent des montres et des capteurs « intelligents ».

Ces appareils deviendront de moins en moins sur l’exécution de fonctions telles que la mesure biométrique et de plus en plus sur notre identité. Ces appareils ressemblent à des bijoux avec un extraordinaire éventail de fonctions.

Le nec plus ultra est proposé par Google, un vêtement nano-nutriment qui vise à promouvoir la longévité. Cette robe de plusieurs couleurs enverra des nano-robots dans tous les orifices de votre corps sur les missions de rechercher et détruire les agents pathogènes dans votre sang et garder vos artères propres comme un coup de sifflet. Le résultat sera qu’il prolongera la durée de vie de façon spectaculaire. Il fait écho aux vêtements miracle ou robes de pouvoir des anciens dieux. C’est le manteau de lumière porté une fois par Adam et Eve, qui étaient hermaphrodites.

La phase portable ne durera pas longtemps. Cette technologie va diminuer dans un avenir immédiat, afin que les systèmes puissent être incorporés (intégrés) ou implantés dans le corps. Le téléphone intelligent dans votre main sera, plus tôt que vous ne le pensez, implanté dans votre oreille.

SkinTrack, une nouvelle technologie portable développée à l’Université Carnegie Mellon, transforme fondamentalement l’avant-bras en un pavé tactile (touchpad). Elle diffère des approches précédentes parce que SkinTrack oblige l’utilisateur à porter un anneau spécial qui propage avec une faible consommation d’énergie, un signal haut fréquence par le biais de la peau lorsque le doigt touche ou se rapproche de la surface de la peau.

Au bout de quelques clignements de l’œil, des lentilles de contact intelligentes, nous donnerons une vision super-humaine et plus. Sony, Samsung et Google ont tous déposé des brevets pour la technologie d’implant oculaire intelligent courant 2016.

2020, ici, nous voilà !

Où est-ce 2030 ?

Cela ne veut pas dire qu’ils n’auront pas des effets nocifs potentiels. Au contraire, je veux dire que comme d’autres instruments implantables, les lentilles intelligentes peuvent être enlevées ou insérées par l’utilisateur. Elles ne sont pas sous ou dans la peau en permanence.

Google Life Sciences – Verily (entreprise américaine, filiale d’Alphabet, spécialisée dans la recherche sur les sciences de la vie), est à l’avant-garde pour faire bénéficier l’IoT (Internet of Things- Internet des objets) dans votre globe oculaire. Dans la nouvelle « ère cognitive », comme le nomme IBM, les êtres humains (s’augmenteront) partiront en randonnée vers le meilleur achat ou un vers autre débouché de l’électronique, pour choisir sa nouvelle lentille. Votre lentille naturelle sera retirée de votre globe oculaire. Un liquide sera injecté dans l’œil. En quelques instants, ce fluide va fusionner avec la capsule du cristallin de l’œil. Comme elle se solidifie, votre nouvel œil contient du stockage, une batterie, des capteurs, une radio et d’autres appareils électroniques. Lorsque vous quitterez le magasin, vous serez un être transhumain qui aura une vision parfaite, avec la capacité de voir dans l’obscurité, des capteurs pour détecter le taux de glucose sanguin et d’autres applications, dont nous n’avons pas encore rêvé.

Bien sûr, avec des verres à vision supérieure vient la surveillance. La grande crainte est que l’implantation de cette technologie viendra à un coût supérieur que nos cristallins organiques. Elle va nous coûter notre libre arbitre et nous transformera en cyborgs sans émotions, impassibles.

Une autre start-up de Google, Magic Leap, a soulevé 1 milliard de dollars pour créer une lentille de contact implantable qui injecte des images générées par ordinateur dans le champ de vision du monde réel. Appelée le démarrage le plus secret du monde, son objectif est de ramener la magie dans le monde en repensant à la relation de la technologie avec les gens. Son but est de supprimer les chaînes liant l’humanité en jetant loin les boites sur notre bureau en unissant le cerveau et le corps grâce à la technologie.

En fait, Google peut vous demandez de penser à éliminer votre corps physique complètement.

Son chef futuriste, auteur Neal Stephenson, est surtout connu pour le concept de « Métavers – c’est-à-dire méta-univers – (de l’anglais Metaverse) » paru en 1992, décrit dans le roman Snow Crash (Le Samouraï virtuel). Stephenson imagine un univers virtuel où les utilisateurs créés des avatars pour communiquer et interagir. Qui a besoin d’un corps physique quand votre avatar est tellement mieux ?

TRANSHUMANISME

Le Brexit vient de mettre une clé dans ce plan, tout comme le rejet de la Google Glass a ralenti l’objectif de Google pour contrôler votre corps, votre esprit…. et l’âme.

Le Transhumanisme promet de prendre les potentiels de ce droit à de nouveaux niveaux. La prolongation de la vie par l’intermédiaire des organes synthétiques, des médicaments et d’autres nouvelles technologies, éliminent les obstacles à notre poursuite de la vie, la liberté et l’immortalité.

Le transhumanisme est un projet de reconfiguration (réingénierie) humaine basé sur le maillage de la chair humaine avec la technologie “intelligente” ou des appareils électroniques.

Né de la réalisation de la NASA, en 1962, que nous ne serons pas en mesure de transcender la terre dans notre combinaison de chair et de sang, le gouvernement américain a commencé à travailler sur la transformation des humains en cyborgs (un terme inventé par la NASA).

Le Transhumanisme vise à parfaire (perfectionner) le corps humain par ensemencement avec ou de la céder à la technologie d’intelligence artificielle, ce qui lui donne une nouvelle couche de peau et reliant tous les êtres humains sur la planète à l’Internet des objets (IoT). En moins de dix ans, tous les organes et parties du corps seront remplaçables par une version technologique[4].

Ces nouvelles technologies comprennent l’Internet des objets (IoT) qui anime le transnationalisme/mondialisme.

L’IoT est actuellement composé de 20 milliards de choses « intelligentes » ou de widgets — grille-pains, réfrigérateurs, voitures, téléphones, ordinateurs — qui vont gonfler à plus 50 milliards de ces choses intelligentes à l’horizon 2020.

L’IoT deviendra essentiellement un cerveau global artificiellement intelligent dont chaque cerveau humain individuel est un neurone.

Comment l’Internet des objets va tout changer – y compris nous-mêmes ?

Actuellement inclus parmi ces choses sont près de 4 milliards d’êtres humains, qui sont rapidement séparés de tout ce qui est humain et en adoptant les mises à niveau transhumaines conçus par les magiciens de la Silicon Valley. Si vous vous demandez le degré de dépendance, sinon accro, que nous avons à ces technologies, nous prenons nos téléphones cellulaires sans arrêt. Essayez d’exécuter un monde sans eux.

[…]

En fin de compte, la vue de « citoyen du monde » promue par le transnationalisme est une étape transitoire vers une trans-terre ou d’une civilisation de multi-planète transhumaine (machines améliorées humanoïdes) transcendant les frontières de la vie terrestre et qui vont et viennent entre la terre, la lune, Mars et au-delà.

Je suis pour aider les « pauvres » pour élever leur vie et pour transcender les limites de la terre. Mais je ne suis pas sûr de le faire comme l’homme chinois.

Comme j’ai expliqué dans «The Skingularity Is Near », le transhumanisme est l’accomplissement de la prophétie chrétienne et la philosophie de l’homme « nouveau », « parfait » et en Amérique « nous pouvons faire ce que nous voulons avec la bonne orientation de la technologie ».

Depuis qu’Adam et Ève ont été expulsés de l’Eden, l’humanité a cherché à se racheter pour récupérer notre état d’origine parfait.

Certains mondialistes et transhumanistes croient que notre espèce devrait embrasser notre transition aux choses de l’humain intelligent dans le cadre de notre évolution de ruche et notre retour à la perfection. Pour eux, une nouvelle race humaine reliée par des technologies implantées est un saut quantique. D’autres croient que cette vision est forgée de toutes pièces.

Cependant, les défenseurs des droits de l’homme, y compris cet auteur, avertissent que, comme la technologie devient de plus en plus envahissante et fusionne avec nous, nous devenons plus transparents. La vie privée deviendra impossible. Homo sapiens en tant qu’espèce cessera d’exister.

De cette façon, l’élection présidentielle américaine de 2016 est un vote pour le transhumanisme et le transnationalisme ou contre elle. Allons-nous faire une Entrée (dans le transhumanisme/transnationalisme) ou un Trexit ?

Vous décidez.

William Henry est un auteur basé à Nashville, mythologue d’investigation et présentateur de télévision intervenant sur la chaîne History Channel, dans la série documentaire américaine Ancient Aliens. Il est une autorité internationalement reconnue sur le potentiel spirituel humain, la transformation et l’ascension.

Trexit?: Transnationalism and Transhumanism and why they are the real issues of 2016

Notes :

[1] Brexit + Trump = Trexit

[2] Mouvement transhumaniste “Zero State” : Zero State (ZS) is a trans-national virtual autonomous community based around some well defined common principles, and goals which encompass renewal on a global scale of science, technology, economics, politics, art, religion and spirituality. In other words, generally remaking the world.

[3] skin=la peau ; émergence d’une nouvelle peau ou la seconde peau pour l’humanité et avec elle le prochain humain. La transformation ou la transcendance de l’humanité a longtemps été prophétisée, en particulier par le christianisme. La plupart des gens dans le monde ne sont pas au courant des progrès récents ou de ce qui est à venir […] les plus grandes sociétés du monde développent cette technologie, des Trillions de dollars sont en jeu.

[4] Vivre jusqu’à 100 ans grâce aux organes de remplacement ; Restaurer la vue : les scientifiques créent des mini-rétines 3D en utilisant des cellules-souche ; Des neurochirurgiens russes utilisent des implants crâniens imprimés en 3D ; Un implant en titane, imprimé en 3D, pour remplacer la cage thoracique ; implant individuel en titane pour cervicale imprimé en 3D ; un bras cybernétique intelligent et connecté ; la fusion de la technologie et du corps pour demain ; 3 bébés sauvés grâce à des implants imprimés en 3D ; Un projet d’oeil bionique qui pourrait faire basculer l’humanité dans le transhumanisme ; 2030, l’Horizon H+ : les futurs probables, selon le Conseil National du Renseignement des États-Unis.

Laurent Alexandre : Lettre à mes enfants : “Vous allez vivre dans un futur vertigineux”

Comment se forger des valeurs dans un monde en pleine mutation ? Quelle formation faut-il choisir ? Que faire de sa vie ? Dans cette lettre à ses enfants, notre chroniqueur Laurent Alexandre livre quelques pistes de réflexion.

À 55 ans, je suis un vieux con. J’ai donc peu de légitimité pour vous donner des conseils. Le futur dans lequel vous allez évoluer est différent du monde qui m’a formaté. Vous ne le réalisez pas mais je suis né cinq ans avant l’énoncé par Gordon Moore de sa loi. Je viens du monde d’avant les NBIC. Je suis un homme du passé. Vous allez vivre dans un futur vertigineux.

Au XXIe siècle, les scientifiques vont euthanasier la mort, créer la vie artificielle, manipuler les cerveaux, augmenter nos capacités, développer une intelligence artificielle. Beaucoup des repères de ma génération vont se dissoudre dans la révolution technologique. Dès lors, comment se forger des valeurs ? Quelle formation faut-il choisir ? Que faire de votre vie ?

“Pisser du code n’est pas un métier d’avenir”

Sur le plan scolaire, n’oubliez jamais les humanités. Aucun technicien ne résistera à la croissance exponentielle des automates et de l’intelligence artificielle. Apprendre à coder n’est pas inutile, mais n’oubliez pas que bientôt le code sera écrit par des algorithmes : pisser du code informatique n’est pas un métier d’avenir. Il faut apprendre à décoder le monde plus qu’à coder des programmes informatiques. Vous êtes déjà des encyclopédies technologiques, tentez de devenir des “honnêtes hommes”.

Nous ne savons pas encore les tâches qui ne seront pas automatisables : soyez flexibles, transversaux et opportunistes. Ne soyez pas les victimes d’une école qui forme aujourd’hui aux métiers d’hier. Ne devenez pas chirurgiens, l’acte chirurgical sera à 100 % robotisé quand vous aurez fini vos études de médecine ! Surtout, ne faites pas l’ENA : une école dont on sort sans connaître la loi de Moore ne devrait pas exister ! N’écoutez pas vos maîtres, ils connaissent bien moins le futur que vous.

“Votre génération va dessiner les contours de cet homme 2.0”

Le monde qui vient sera éminemment politique : que fait-on du pouvoir démiurgique dont nous allons disposer sur notre nature biologique ? Il faut faire le pont entre les NBIC et l’histoire, la culture, la philosophie. Votre génération a une responsabilité historique. Vous allez prendre des décisions qui engagent l’avenir de l’humanité. C’est votre génération qui va dessiner les contours de cet homme 2.0, puissant et quasi immortel, que la Silicon Valley et notamment les dirigeants de Google appellent de leurs vœux.

Soyez suffisamment forts pour ne pas vous laisser berner par les utopies mortifères, fussent-elles sympathiques… Les transhumanistes sont en train de gagner la bataille des cœurs : il leur faudra des contre-pouvoirs. Soyez partie prenante de ce débat fondamental : l’humanité ne doit pas se transformer sans débat philosophique et politique.

“Fuyez les gourous égocentriques et suivez de belles causes”

Une barbarie technologique est possible. Non pas sous la forme de Bienvenue à Gattaca, mais plutôt sous les traits d’un 1984 aux couleurs des NBIC. C’est pourquoi je vous conseille de refuser l’idée de gouvernement mondial. Il faut garder plusieurs ensembles géopolitiques. Imaginez un gouvernement mondial qui se servirait des NBIC pour créer une neurodictature éternelle ! Laissez encore une petite chance à l’Europe. Mais si le déclin de notre continent continue du fait de la médiocrité et de l’incompétence technologique de nos élites politiques, partez dans la zone Asie-Pacifique sans hésiter. Emportez tout de même avec vous les recettes de cuisine que je vous aurai apprises. 

Rien de ce que nous faisons n’est réellement altruiste : nous agissons toujours pour avoir des bénéfices secondaires psychiques. Augmenter notre production cérébrale d’endorphines est notre seul moteur. Ce constat troublant ne doit pas vous conduire à être misanthropes et cyniques : ce n’est pas parce qu’on est altruiste par égoïsme neurobiologique qu’il ne faut pas l’être. Essayez de faire un peu de bien au nom d’une morale détachée de Dieu (Good without God), que vous soyez athées ou croyants : faire le bien par peur de la transcendance est tellement minable !

Fuyez les gourous égocentriques et suivez de belles causes. Prenez exemple sur Bill Gates, le plus grand héros du XXIe siècle, qui a déjà sauvé 10 millions de vies grâce à ses campagnes sanitaires dans les pays pauvres. Essayez d’être le plus libre possible en combattant vos déterminismes génétiques et neurobiologiques. Bien sûr, ne faites jamais rien en fonction de ce qu’auraient fait vos parents : soyez autonomes ! C’est pourquoi vous ne devez pas lire cette lettre, que je ne vous enverrai pas.

Chronique extraite de We Demain n°11